{"id":40648,"date":"2026-09-21T15:00:00","date_gmt":"2026-09-21T21:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=40648"},"modified":"2026-09-18T15:24:16","modified_gmt":"2026-09-18T21:24:16","slug":"salazar-hernandez-fosas-clandestinas-desaparicion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/salazar-hernandez-fosas-clandestinas-desaparicion\/","title":{"rendered":"T\u00e9moignage de la barbarie : les fosses clandestines, micro-espaces d'exception dans le nord de l'\u00c9tat de Chihuahua, au Mexique, 2008-2024"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cet article a pour objectif d\u2019analyser le ph\u00e9nom\u00e8ne des fosses clandestines dans le nord de l\u2019\u00c9tat de Chihuahua en tant qu\u2019expression de la violence atroce et des disparitions forc\u00e9es au Mexique, afin de comprendre comment ces lieux fonctionnent comme des dispositifs n\u00e9cropolitiques qui articulent des pratiques d\u2019extermination, de mise au silence et de contr\u00f4le territorial. Ce travail a consist\u00e9 \u00e0 examiner les donn\u00e9es statistiques et les informations journalistiques locales et nationales, ainsi qu\u2019\u00e0 mener des entretiens semi-structur\u00e9s avec des membres du Centre des droits de l\u2019homme Paso del Norte (<span class=\"small-caps\">cdh<\/span>&nbsp;Paso del Norte). Il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que la r\u00e9gion nord de l\u2019\u00c9tat concentre plus de la moiti\u00e9 des fosses communes recens\u00e9es entre 2008 et 2024, ce qui met en \u00e9vidence un sch\u00e9ma syst\u00e9matique de violence, d\u2019impunit\u00e9 et d\u2019effondrement institutionnel. Les fosses clandestines ne contiennent pas seulement des corps, mais constituent \u00e9galement des marques territoriales qui instillent une \u00ab p\u00e9dagogie de l\u2019horreur \u00bb sur le territoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots-cl\u00e9s : fosses clandestines, micro-espaces d\u2019exception, disparition forc\u00e9e, corps abandonn\u00e9, fronti\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title abstarct\"><span class=\"small-caps\">T\u00e9moignage de barbarie : les fosses clandestines, micro-espaces d'exception dans le nord du Chihuahua, au Mexique, 2008-2024<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-text abstract\">Cet article analyse le ph\u00e9nom\u00e8ne des fosses clandestines dans le nord de l'\u00c9tat de Chihuahua comme une manifestation de la violence extr\u00eame et des disparitions forc\u00e9es au Mexique, en explorant la mani\u00e8re dont ces lieux fonctionnent comme des dispositifs n\u00e9cropolitique qui articulent des pratiques d'extermination, de mise au silence et de contr\u00f4le du territoire. Cette \u00e9tude s\u2019est appuy\u00e9e sur l\u2019analyse de donn\u00e9es statistiques, de sources d\u2019information nationales et locales, ainsi que sur des entretiens semi-structur\u00e9s men\u00e9s aupr\u00e8s de membres du Centre des droits de l\u2019homme de Paso del Norte (<span class=\"small-caps\">cdh<\/span> Paso del Norte). Les r\u00e9sultats indiquent que plus de la moiti\u00e9 des fosses communes identifi\u00e9es entre 2008 et 2024 se trouvent dans le nord de l'\u00c9tat, ce qui r\u00e9v\u00e8le un sch\u00e9ma syst\u00e9matique de violence, d'impunit\u00e9 et d'effondrement des institutions. Les fosses clandestines ne contiennent pas seulement des corps, mais constituent \u00e9galement des rep\u00e8res territoriaux qui gravent une le\u00e7on de terreur dans le paysage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-text abstract\">Mots-cl\u00e9s : tombes clandestines, micro-espaces d'exception, disparitions forc\u00e9es, corps abandonn\u00e9s, fronti\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_1_salvador_y_vladimir.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1823x2655\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 1. Rastreo en Valle de Ju\u00e1rez, Chihuahua. Fuente: Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, abril de 2025.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_1_salvador_y_vladimir.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 1. Op\u00e9ration de recherche dans la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, dans l'\u00c9tat de Chihuahua. Source : Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, avril 2025.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne des fosses communes clandestines a mis en lumi\u00e8re une forme de violence atroce, notamment \u00e0 l\u2019encontre des corps des personnes disparues, dans un contexte de criminalit\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle et de complicit\u00e9 avec des agents de l\u2019\u00c9tat mexicain. Dans le contexte particulier du nord de Chihuahua, cette question constitue l\u2019un des visages les plus crus et les plus pass\u00e9s sous silence de la violence structurelle et atroce qui frappe le pays. Dans cette r\u00e9gion frontali\u00e8re, marqu\u00e9e historiquement par son r\u00f4le strat\u00e9gique sur les routes du trafic de drogue et du commerce binational, la prolif\u00e9ration des sites d\u2019inhumation clandestins ne peut s\u2019expliquer sans reconna\u00eetre la pr\u00e9sence persistante d\u2019acteurs de la macrocriminalit\u00e9 \u2013 des cartels disposant de r\u00e9seaux de complicit\u00e9 avec des fonctionnaires du gouvernement, ainsi que des \u00e9l\u00e9ments policiers et militaires \u2013, en \u00e9troite collusion avec diff\u00e9rentes sph\u00e8res de l\u2019\u00c9tat mexicain. Face \u00e0 l'incapacit\u00e9 institutionnelle \u00e0 pr\u00e9venir, enqu\u00eater et sanctionner ces crimes, nous observons une forme de complicit\u00e9 active qui permet la persistance de la violence et favorise&nbsp;<em>des micro-espaces d'exception<\/em>&nbsp;(Gami\u00f1o, 2021).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les disparitions de personnes, en particulier les disparitions forc\u00e9es dans cette r\u00e9gion du pays,<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a>&nbsp;s'est impos\u00e9 comme une r\u00e9f\u00e9rence majeure dans la recherche universitaire. La mani\u00e8re dont op\u00e8rent les groupes arm\u00e9s, souvent avec la complicit\u00e9, la protection, voire la collaboration d'op\u00e9rations politico-militaires s'inscrivant dans des strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9, comme ce fut le cas lors de la soi-disant \u201c guerre contre le trafic de drogue \u201d,<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a>&nbsp;a transform\u00e9 de vastes territoires en th\u00e9\u00e2tres de spoliation et d'extermination \u00e0 l'encontre des populations les plus vuln\u00e9rables. Aborder plus particuli\u00e8rement le ph\u00e9nom\u00e8ne des fosses clandestines, dont plusieurs sont li\u00e9es \u00e0 des cas de personnes figurant dans les registres des disparitions forc\u00e9es, implique non seulement de mettre en lumi\u00e8re les multiples facettes de la violence qui le caract\u00e9risent, mais aussi de d\u00e9noncer les m\u00e9canismes d\u2019impunit\u00e9 qui font obstacle \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la justice. Les fosses clandestines sont une marque d\u2019horreur (Mart\u00ednez Mart\u00ednez, 2025). Leur analyse permet de comprendre comment la disparition s\u2019ancre dans des contextes o\u00f9 la fronti\u00e8re entre l\u00e9galit\u00e9 et ill\u00e9galit\u00e9 s\u2019estompe, et o\u00f9 l\u2019\u00c9tat, loin de garantir les droits, appara\u00eet comme un acteur complice d\u2019actions ou de pratiques d\u2019impunit\u00e9 face \u00e0 une violence d\u00e9mesur\u00e9e.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte s'inscrit dans le cadre des r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires d'un projet de recherche consacr\u00e9 aux disparitions forc\u00e9es survenues r\u00e9cemment dans l'\u00c9tat de Chihuahua, ainsi qu'aux actions collectives men\u00e9es par les familles \u00e0 la recherche de leurs proches pour d\u00e9fendre la m\u00e9moire et la justice. En particulier, Ciudad Ju\u00e1rez et la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez,<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a>&nbsp;ainsi que les communes d\u2019Ahumada,\u00a0Buenaventura, Ascensi\u00f3n, Casas Grandes, Nuevo Casas Grandes et Janos, ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 une forte pr\u00e9sence de groupes li\u00e9s \u00e0 la grande criminalit\u00e9, ce qui a entra\u00een\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes tels que les d\u00e9placements forc\u00e9s, les assassinats, les disparitions forc\u00e9es, les enl\u00e8vements ou l\u2019extorsion. Notre objectif est de mettre en lumi\u00e8re le lien entre les disparitions de personnes dans la r\u00e9gion et la d\u00e9couverte croissante de fosses clandestines dans cette partie de l'\u00c9tat.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La question centrale \u00e0 laquelle nous cherchons \u00e0 r\u00e9pondre est la suivante : quel est l\u2019impact de la d\u00e9couverte de fosses clandestines, en tant que micro-espaces d\u2019exception, dans la r\u00e9gion nord de Chihuahua entre 2008 et 2024 ? Rodolfo Gami\u00f1o (2021) qualifie de \u00ab micro-espaces d'exception \u00bb les territoires marqu\u00e9s par les disparitions forc\u00e9es qui, bien qu'ils semblent invisibles et int\u00e9gr\u00e9s au quotidien, fonctionnent comme des dispositifs de mort et de spoliation. Ces lieux, issus des logiques \u00e9tatiques d\u2019exclusion et de n\u00e9cropolitique, suspendent l\u2019ordre juridique et social en instaurant la peur et l\u2019incertitude au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Afin d\u2019\u00e9tudier cette relation, les donn\u00e9es statistiques requises ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es via un portail de transparence, concernant le nombre de d\u00e9couvertes de fosses clandestines dans ces communes par le parquet g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat de Chihuahua. Par ailleurs, une analyse des articles de presse locaux et nationaux couvrant la p\u00e9riode 2008-2024 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e ; ces articles ont suivi les affaires de fosses clandestines au Chihuahua et leurs liens probables avec des groupes li\u00e9s \u00e0 la macrocriminalit\u00e9 dans la r\u00e9gion.<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a>&nbsp;Dans un troisi\u00e8me temps, trois entretiens semi-structur\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s aupr\u00e8s du personnel du Centre des droits de l'homme Paso del Norte, A.C. (<span class=\"small-caps\">cdh<\/span>&nbsp;Paso del Norte),<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a>&nbsp;qui permettent d\u2019observer \u2013 \u00e0 travers le regard d\u2019experts en droits de l\u2019homme et de militants solidaires \u2013 l\u2019impact de la d\u00e9couverte de fosses communes dans diff\u00e9rentes zones de la r\u00e9gion et la mani\u00e8re dont celles-ci mettent en \u00e9vidence les modes d\u2019action de la macrocriminalit\u00e9 sur le territoire.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La disparition forc\u00e9e comme instrument de \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La disparition forc\u00e9e ne se contente pas d\u2019\u00e9liminer physiquement une personne, elle en fait un corps absent, suspendu entre la vie et la mort, effac\u00e9 de l\u2019ordre juridique et symbolique. En ce sens, le \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb ne se contente pas de tuer, mais efface, brouille et d\u00e9shumanise la condition d\u2019un individu. C\u2019est pourquoi la disparition forc\u00e9e est un dispositif qui op\u00e8re dans des territoires marqu\u00e9s par l\u2019impunit\u00e9 et o\u00f9 l\u2019on g\u00e8re la mort atroce, o\u00f9 certains corps sont trait\u00e9s comme jetables et superflus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019ont soulign\u00e9 diverses autrices telles que Sayak Valencia (2010) ou Ariadna Est\u00e9vez (2022), le concept de n\u00e9cropolitique formul\u00e9 par Achille Mbembe (2011) constitue un outil th\u00e9orique fondamental pour comprendre comment le pouvoir contemporain s\u2019exerce \u00e0 travers la production et la gestion de la mort. Contrairement aux formes de biopolitique d\u00e9crites par Michel Foucault, centr\u00e9es sur la r\u00e9gulation de la vie, Mbembe place au c\u0153ur de son analyse la mani\u00e8re dont certains r\u00e9gimes de pouvoir d\u00e9terminent qui peut vivre et qui doit mourir, et comment certains corps sont condamn\u00e9s \u00e0 une mort sociale, civile ou physique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_2_salvador_y_vladimir.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1228x1906\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 2. Rastreo en Valle de Ju\u00e1rez, Chihuahua. Fuente: Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, agosto de 2025.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_2_salvador_y_vladimir.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 2. Patrouille dans la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, dans l'\u00c9tat de Chihuahua. Source : Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, ao\u00fbt 2025.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Cette approche s'av\u00e8re tr\u00e8s utile pour aborder le ph\u00e9nom\u00e8ne de la disparition forc\u00e9e, pratique qui incarne clairement les logiques du \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb. La disparition n\u2019est pas seulement la n\u00e9gation du droit \u00e0 la vie, mais aussi la suspension de tout statut juridique et humain de la personne, la transformant en un corps invisible, spectral, hors du cadre du deuil et de la justice. En ce sens, la disparition forc\u00e9e ne repr\u00e9sente pas seulement une technique r\u00e9pressive, mais une forme de gouvernement qui repose sur la terreur, l\u2019impunit\u00e9 et la suspension de la reconnaissance de la vie d\u2019une personne dont on ignore le lieu o\u00f9 elle se trouve et l\u2019\u00e9tat.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le contexte actuel, le \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb, outre le fait qu\u2019il s\u2019exerce \u00e0 partir de l\u2019\u00c9tat-nation, s\u2019articule \u00e9galement avec des acteurs criminels, \u00e9conomiques et militaires qui font de la violence et de la spoliation un moyen de contr\u00f4le territorial et social. Au Mexique, o\u00f9 la disparition forc\u00e9e est devenue une pratique syst\u00e9matique et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, la notion de n\u00e9cropolitique permet de mettre en lumi\u00e8re les fa\u00e7ons dont le pouvoir non seulement tue, mais efface, r\u00e9duit au silence et fragmente les communaut\u00e9s. Ainsi, aborder la question des disparitions sous l\u2019angle de la n\u00e9cropolitique nous permettra de comprendre comment les fosses clandestines sont l\u2019expression de cette logique atroce et, en m\u00eame temps, un point de r\u00e9f\u00e9rence essentiel pour appr\u00e9hender les m\u00e9canismes actuels de d\u00e9shumanisation et construire des cadres de m\u00e9moire, de v\u00e9rit\u00e9 et de justice.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre cas, sur la base d'une demande d'acc\u00e8s \u00e0 l'information adress\u00e9e au parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat de Chihuahua en ao\u00fbt 2024,<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a>&nbsp;Des informations ont \u00e9t\u00e9 obtenues \u00e0 partir du registre des dossiers des personnes disparues, de celles qui ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es et de celles dont le cas a fait l'objet de poursuites judiciaires pour disparition forc\u00e9e.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le tableau 1 pr\u00e9sente les donn\u00e9es relatives aux cas enregistr\u00e9s entre janvier 2008 et juillet 2024. Comme on peut le constater, le parquet g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat de Chihuahua comptait \u00e0 cette \u00e9poque un total de 40 701 personnes disparues ou introuvables, dont plus de 80% \u00e9taient des hommes.\u00a0En particulier, le Parquet sp\u00e9cialis\u00e9 dans les enqu\u00eates sur les violations des droits de l\u2019homme et les disparitions forc\u00e9es de l\u2019\u00c9tat fait \u00e9tat de 41 cas qu\u2019il consid\u00e8re comme des disparitions forc\u00e9es. Cette donn\u00e9e est importante car il s\u2019agit de cas dans lesquels il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli, conform\u00e9ment \u00e0 la Convention internationale des Nations unies pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forc\u00e9es :&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">l'arrestation, la d\u00e9tention, l'enl\u00e8vement ou toute autre forme de privation de libert\u00e9 commise par des agents de l'\u00c9tat ou par des personnes ou des groupes de personnes agissant avec l'autorisation, le soutien ou l\u2019acquiescement de l\u2019\u00c9tat, suivie du refus de reconna\u00eetre cette privation de libert\u00e9 ou de la dissimulation du sort ou du lieu o\u00f9 se trouve la personne disparue, la soustrayant ainsi \u00e0 la protection de la loi (<span class=\"small-caps\">onu<\/span>, 2006).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"231\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2-1024x231.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-40657\" srcset=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2-1024x231.png 1024w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2-300x68.png 300w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2-768x174.png 768w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2-18x4.png 18w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2-1200x271.png 1200w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-2.png 1354w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tableau 1. Personnes disparues non retrouv\u00e9es et retrouv\u00e9es dans l'\u00c9tat de Chihuahua, de janvier 2008 \u00e0 juillet 2024. Source : \u00c9laboration de Salvador Salazar Guti\u00e9rrez et Vladimir Hern\u00e1ndez Hern\u00e1ndez \u00e0 partir de donn\u00e9es fournies par le Parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat de Chihuahua.&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne le Mexique, les implications de l'affaire de la disparition des 43 \u00e9tudiants de l'\u00e9cole normale d'Ayotzinapa, dans l'\u00c9tat de Guerrero ;\u00a0l'augmentation du nombre de personnes disparues sous les gouvernements de Felipe Calder\u00f3n et d'Enrique Pe\u00f1a Nieto, la pression exerc\u00e9e par les associations de familles de personnes disparues, ainsi que l'arr\u00eat rendu par la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l'homme (Cour <span class=\"small-caps\">idh<\/span>) dans l'affaire Alvarado Espinoza contre l'\u00c9tat mexicain, a abouti, en novembre 2017, \u00e0 la publication de la loi g\u00e9n\u00e9rale relative aux disparitions forc\u00e9es, aux disparitions commises par des particuliers et au syst\u00e8me de recherche des personnes<em>.<\/em><a class=\"anota\" id=\"anota7\" data-footnote=\"7\">7<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Compte tenu de notre int\u00e9r\u00eat pour la r\u00e9gion nord de Chihuahua, il est important de ne pas perdre de vue les implications li\u00e9es \u00e0 la participation directe d'agents de l'\u00c9tat aux disparitions forc\u00e9es dans cette r\u00e9gion, notamment dans l'affaire Alvarado Espinoza et autres contre le Mexique.<em>.<\/em><a class=\"anota\" id=\"anota8\" data-footnote=\"8\">8<\/a>&nbsp;Le 28 novembre 2018, la Cour&nbsp;<span class=\"small-caps\">idh,<\/span>&nbsp;dont le si\u00e8ge se trouve \u00e0 San Jos\u00e9, au Costa Rica, a rendu son arr\u00eat d\u00e9finitif dans cette affaire. Le document retrace le parcours judiciaire qui a dur\u00e9 neuf ans, engag\u00e9 \u00e0 la suite de la plainte d\u00e9pos\u00e9e par des membres de la famille Alvarado aupr\u00e8s de diverses instances judiciaires de l\u2019\u00c9tat mexicain.\u00a0Cette plainte concerne la d\u00e9tention arbitraire et la disparition forc\u00e9e de trois membres de la famille Alvarado, perp\u00e9tr\u00e9es par des \u00e9l\u00e9ments de l'arm\u00e9e li\u00e9s \u00e0 l'op\u00e9ration conjointe Chihuahua-Ju\u00e1rez, le 29 d\u00e9cembre 2009.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L'arr\u00eat montre comment, pendant la p\u00e9riode de la soi-disant \u201c guerre contre le trafic de drogue \u201d lanc\u00e9e sous le gouvernement de Felipe Calder\u00f3n et qui s'est poursuivie pendant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es du mandat d'Enrique Pe\u00f1a Nieto,\u00a0des violations syst\u00e9matiques des droits de l\u2019homme ont \u00e9t\u00e9 commises par divers organismes de s\u00e9curit\u00e9 publique, des unit\u00e9s des forces arm\u00e9es, ainsi que par des instances charg\u00e9es des proc\u00e9dures judiciaires. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019arr\u00eat \u00e9tablit :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">La Cour a constat\u00e9 que le renforcement de la participation de l\u2019arm\u00e9e aux missions de s\u00e9curit\u00e9 publique constituait une tendance constante au Mexique depuis 2006. Dans ce contexte, le recours aux forces arm\u00e9es dans la lutte contre la d\u00e9linquance est devenu une pratique courante gr\u00e2ce \u00e0 la mise en \u0153uvre des \u201c op\u00e9rations conjointes \u201d, auxquelles participaient \u00e0 la fois des policiers et des militaires. Et ce, sans qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli, aux fins de l\u2019affaire en question, que les garanties relatives \u00e0 la participation des forces arm\u00e9es aient \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es, telles que le caract\u00e8re exceptionnel, temporaire et strictement n\u00e9cessaire de l\u2019op\u00e9ration conjointe, ainsi qu\u2019une r\u00e9glementation et des protocoles d\u2019intervention ad\u00e9quats pour ces missions, ni leur contr\u00f4le, et les faits d\u00e9nonc\u00e9s ayant m\u00eame \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s par la justice militaire pendant une p\u00e9riode consid\u00e9rable. Au vu de l\u2019analyse expos\u00e9e, la Cour conclut que l\u2019\u00c9tat mexicain est internationalement responsable de la disparition forc\u00e9e de Nitza Paola Alvarado Espinoza, Jos\u00e9 \u00c1ngel Alvarado Herrera et Roc\u00edo Irene Alvarado Reyes, en violation des droits \u00e0 la reconnaissance de la personnalit\u00e9 juridique, \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique et \u00e0 la libert\u00e9 individuelle, \u00e9tablis respectivement conform\u00e9ment \u00e0 la Convention am\u00e9ricaine et \u00e0 la Convention interam\u00e9ricaine sur la disparition forc\u00e9e des personnes (Extrait de l\u2019arr\u00eat, Cour&nbsp;<span class=\"small-caps\">idh<\/span>, 2018 : 78).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l'ensemble, la r\u00e9solution d\u00e9nonce avec force diverses violations des droits de l'homme. Des droits tels que la reconnaissance de la personnalit\u00e9 juridique, le droit \u00e0 la vie, \u00e0 l'int\u00e9grit\u00e9 physique et \u00e0 la libert\u00e9 individuelle, ainsi que la libert\u00e9 de circulation et de r\u00e9sidence, qui sont prot\u00e9g\u00e9s par la Convention am\u00e9ricaine relative aux droits de l'homme. Elle met notamment l'accent sur la violation inh\u00e9rente \u00e0 l'acte de disparition forc\u00e9e, telle que pr\u00e9vue par la Convention interam\u00e9ricaine sur la disparition forc\u00e9e des personnes.<a class=\"anota\" id=\"anota9\" data-footnote=\"9\">9<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La fosse clandestine : des micro-espaces d'exception&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous devons consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence de fosses communes clandestines dans diverses r\u00e9gions du pays constitue une preuve flagrante de crimes contre l'humanit\u00e9 (Ruiz Reyes, 2019).<a class=\"anota\" id=\"anota10\" data-footnote=\"10\">10<\/a>&nbsp;Elles sont clairement li\u00e9es \u00e0 des pratiques de terreur et de peur mises en \u0153uvre par des groupes du crime organis\u00e9, en complicit\u00e9 avec des agents de l\u2019\u00c9tat mexicain, depuis plusieurs d\u00e9cennies. Fabrizio Lorusso (2021) souligne que la notion de \u201c fosse clandestine \u201d au Mexique est devenue centrale dans le discours public, acad\u00e9mique et juridique, notamment en raison de la crise des disparitions forc\u00e9es et de l\u2019\u00e9mergence de collectifs de recherche. Il soutient que la notion de fosse clandestine n\u2019est pas univoque : elle d\u00e9pend du domaine disciplinaire (anthropologie, droit, criminologie, arch\u00e9ologie m\u00e9dico-l\u00e9gale) et des objectifs politiques, sociaux ou juridiques poursuivis par ceux qui l\u2019utilisent.<a class=\"anota\" id=\"anota11\" data-footnote=\"11\">11<\/a>&nbsp;\u00c0 cette fin, il propose la d\u00e9finition suivante :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Une fosse clandestine peut \u00eatre d\u00e9finie comme tout lieu dans lequel un ou plusieurs cadavres, des ossements et\/ou des restes humains, de mani\u00e8re ill\u00e9gale, dans le but pr\u00e9sum\u00e9 de dissimuler le sort d\u2019une ou plusieurs personnes, d\u2019entraver ou de rendre impossible leur localisation et\/ou leur identification, de d\u00e9truire des preuves, ou encore, entre autres, d\u2019emp\u00eacher les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eater ou de sanctionner les motifs et\/ou les modalit\u00e9s de ces actes (Lorusso, 2021 : 156).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je consid\u00e8re que l\u2019approche de Lorusso, dans l\u2019ensemble, permet une r\u00e9flexion plus approfondie et multidimensionnelle, car elle con\u00e7oit la fosse clandestine \u00e0 la fois comme un lieu d\u2019inhumation ill\u00e9gale et comme un espace marqu\u00e9 par de graves violations des droits de l\u2019homme ainsi que par des conflits sociaux et politiques autour de la m\u00e9moire et de la justice. Ce ne sont pas seulement des \u00e9l\u00e9ments de preuve m\u00e9dico-l\u00e9gaux, mais aussi des \u00e9l\u00e9ments qui mettent en \u00e9vidence la violence structurelle et la crise humanitaire auxquelles nous sommes confront\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport <em>Violence et terreur : d\u00e9couvertes concernant des fosses communes au Mexique<\/em> montre que la d\u00e9couverte de fosses clandestines est devenue un ph\u00e9nom\u00e8ne structurel de la violence dans le pays, directement li\u00e9 aux disparitions forc\u00e9es, aux ex\u00e9cutions extrajudiciaires et \u00e0 la torture. Dans son \u00e9tude, qui couvre plusieurs \u00c9tats pour la p\u00e9riode 2009-2014, durant laquelle le pays a connu des pics de violence homicide, il d\u00e9montre que l'inhumation clandestine s'inscrit dans un sch\u00e9ma syst\u00e9matique d'extermination et de dissimulation. Le texte souligne que chaque fosse clandestine constitue non seulement un lieu de mort, mais aussi un espace d\u2019impunit\u00e9 et de d\u00e9ni des droits, o\u00f9 se concr\u00e9tisent de multiples violations graves de la dignit\u00e9 humaine :\u00a0\u201c La d\u00e9couverte de fosses clandestines refl\u00e8te, d\u2019une part, les diff\u00e9rents sch\u00e9mas de violence propres aux \u00c9tats et aux municipalit\u00e9s du pays et, d\u2019autre part, le manque de capacit\u00e9s institutionnelles et de volont\u00e9 politique des diff\u00e9rents niveaux de gouvernement pour retrouver, enregistrer et identifier les corps des personnes dont les droits ont \u00e9t\u00e9 totalement bafou\u00e9s \u201d (Gonz\u00e1lez N\u00fa\u00f1ez et Ch\u00e1vez Vargas, 2017 : 15).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_3_salvador_y_vladimir-scaled-e1789082663541.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"4000x2252\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 3. Rastreo en Valle de Ju\u00e1rez, Chihuahua. Fuente: Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, agosto de 2025.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_3_salvador_y_vladimir-scaled-e1789082663541.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 3. Op\u00e9ration de recherche dans la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, au Chihuahua. Source : Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, ao\u00fbt 2025.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Comme le montre l'\u00e9tude, cette pratique du \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb n'est pas l'apanage de la r\u00e9gion nord de Chihuahua, puisqu'il s'agit d'une pratique syst\u00e9matique de contr\u00f4le et de domination sur des territoires fond\u00e9e sur la peur et les disparitions forc\u00e9es.\u00a0D\u2019autre part, ces pratiques sont \u00e9galement utilis\u00e9es dans le but de r\u00e9primer la r\u00e9sistance, de discipliner la soci\u00e9t\u00e9 et de consolider le pouvoir par la peur. D\u2019apr\u00e8s Mbembe (2011), le \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb se d\u00e9finit comme la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et d\u2019autres acteurs \u00e0 exercer un contr\u00f4le absolu sur la vie et la mort des individus, en d\u00e9terminant quels corps peuvent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s sans cons\u00e9quences juridiques ni morales. En ce sens, nous partons du principe que les fosses clandestines fonctionnent comme des lieux de disparition forc\u00e9e, incarnant la d\u00e9cision souveraine sur la vie et la mort de groupes consid\u00e9r\u00e9s comme dangereux ou en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la dimension territoriale rev\u00eat une importance capitale pour la compr\u00e9hension de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Rodolfo Gami\u00f1o Mu\u00f1oz (2021) propose la cat\u00e9gorie des \u00ab micro-espaces d\u2019exception \u00bb pour analyser comment certains territoires marqu\u00e9s par les disparitions forc\u00e9es se configurent comme des zones suspendues de l\u2019ordre juridique et social, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat d\u00e9l\u00e8gue ou abandonne sa souverainet\u00e9, tout en conservant une pr\u00e9sence s\u00e9lective, punitive ou symbolique. \u00c0 partir de l\u2019\u00e9tude de fosses communes clandestines et de camps d\u2019extermination situ\u00e9s dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, Gami\u00f1o explique comment ces espaces \u00e9chappent non seulement \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9, mais sont aussi activement produits par des logiques \u00e9tatiques d\u2019exclusion et de n\u00e9cropolitique. Pour cet auteur, les micro-espaces d\u2019exception se caract\u00e9risent par leur invisibilit\u00e9 apparente, car ils s\u2019inscrivent dans le quotidien : sur des terrains abandonn\u00e9s, au bord des routes ou dans des zones p\u00e9riph\u00e9riques, mais ils fonctionnent comme des dispositifs de mort et de spoliation. L\u2019existence de ces micro-espaces, comme nous le verrons plus loin, vise tant \u00e0 \u00e9liminer physiquement la dissidence qu\u2019\u00e0 instaurer un syst\u00e8me de violence structurelle qui paralyse la soci\u00e9t\u00e9 par la peur et l\u2019incertitude.<a class=\"anota\" id=\"anota12\" data-footnote=\"12\">12<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En Am\u00e9rique latine, les dictatures militaires de la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle&nbsp;<span class=\"small-caps\">xx<\/span>&nbsp;ont mis en place le recours syst\u00e9matique aux disparitions forc\u00e9es et aux fosses communes comme m\u00e9thode de r\u00e9pression politique. En Argentine, pendant la dictature de 1976 \u00e0 1983, le Plan Condor a mis en place un r\u00e9seau de coop\u00e9ration r\u00e9pressive entre les r\u00e9gimes militaires de la r\u00e9gion, entra\u00eenant la disparition d\u2019environ 30 000 personnes (Verbitsky, 1995). Le Chili, sous le r\u00e9gime de Pinochet, a recouru \u00e0 des strat\u00e9gies similaires, notamment dans des cas tels que ceux de Pisagua et du Patio 29, o\u00f9 des centaines d\u2019opposants ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s dans des fosses clandestines (Stern, 2010). Au Mexique, la d\u00e9couverte de fosses communes au XIXe si\u00e8cle&nbsp;<span class=\"small-caps\">xxi<\/span>&nbsp;Il a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 la violence li\u00e9e au trafic de drogue et \u00e0 la complicit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat dans les disparitions forc\u00e9es (Gonz\u00e1lez Rodr\u00edguez, 2012).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Carolina Robledo (2020) avance que les fosses communes symbolisent la disparition physique des corps et, en m\u00eame temps, une forme de spoliation territoriale, dans laquelle la terreur devient une strat\u00e9gie de r\u00e9organisation sociale et de contr\u00f4le des communaut\u00e9s. La localisation des fosses clandestines ob\u00e9it \u00e0 des logiques spatiales d\u2019exclusion et de marginalisation, renforc\u00e9es par l\u2019\u00c9tat et les groupes criminels dans une symbiose de pouvoir n\u00e9cropolitique. En ce sens, Fabrizio Lorusso (2021) soutient que, dans le cas du Mexique, la prolif\u00e9ration des fosses clandestines illustre un ph\u00e9nom\u00e8ne de gouvernementalit\u00e9 n\u00e9cropolitique, dans lequel la disparition et la mort s\u2019int\u00e8grent aux dynamiques \u00e9conomiques et politiques du pays. L\u2019impunit\u00e9 et l\u2019absence d\u2019enqu\u00eates sur ces crimes consolident un syst\u00e8me de violence structurelle qui utilise la peur comme m\u00e9canisme de contr\u00f4le social.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, nous ne pouvons pas ignorer, comme le souligne Diana Tello (2021), le traumatisme v\u00e9cu par les proches des personnes disparues, en particulier les m\u00e8res, lorsqu\u2019elles passent de l\u2019espoir de retrouver leurs proches vivants \u00e0 la douloureuse acceptation de les rechercher dans des fosses clandestines. Tello fait valoir que ce glissement n\u2019est pas seulement \u00e9motionnel, mais aussi profond\u00e9ment politique et \u00e9pist\u00e9mique : il implique d\u2019apprendre \u00e0 s\u2019approprier le langage m\u00e9dico-l\u00e9gal, \u00e0 n\u00e9gocier avec les institutions \u00e9tatiques et \u00e0 redonner un sens au corps de l\u2019enfant en tant que trace pouvant \u00eatre exhum\u00e9e et reconstitu\u00e9e (Tello, 2017 :\u00a015). L\u2019auteure souligne comment ce processus bouleverse les notions conventionnelles du deuil, puisqu\u2019il se vit sans corps, sans conclusion et dans une logique de revictimisation constante de la part de l\u2019\u00c9tat. De plus, il est int\u00e9ressant de noter l\u2019accent mis sur la production de savoirs situ\u00e9s par les m\u00e8res en qu\u00eate de leurs enfants, qui, dans leur action quotidienne, deviennent des expertes du territoire, des preuves et des technologies de la douleur, d\u00e9passant ainsi le r\u00f4le qui leur est attribu\u00e9 de victimes passives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut consid\u00e9rer que l\u2019utilisation de fosses clandestines comme outil de terreur s\u2019inscrit dans une logique de \u00ab n\u00e9cro-pouvoir \u00bb dans laquelle des agents de l\u2019\u00c9tat mexicain, de connivence avec des r\u00e9seaux de grande criminalit\u00e9, d\u00e9cident quels corps doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s sans aucune cons\u00e9quence juridique ni morale. La disparition forc\u00e9e et l'inhumation ill\u00e9gale des victimes visent non seulement \u00e0 exterminer une personne, mais aussi \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un traumatisme collectif qui paralyse la soci\u00e9t\u00e9 par la peur et qui s'incarne dans le territoire comme une logique de domination, ce que Rossana Reguillo (2021) appelle la \u00ab n\u00e9cro-machine \u00bb.<a class=\"anota\" id=\"anota13\" data-footnote=\"13\">13<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Paysage marqu\u00e9 par une violence atroce. Fosses communes dans le nord de Chihuahua&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">N'oublions pas que le ph\u00e9nom\u00e8ne des disparitions forc\u00e9es dans l'\u00c9tat de Chihuahua remonte \u00e0 tr\u00e8s longtemps. Depuis les ann\u00e9es 70 du si\u00e8cle&nbsp;<span class=\"small-caps\">xx<\/span>, dans le contexte de ce qu\u2019on a appel\u00e9 la \u201c guerre sale \u201d, les cas de disparitions orchestr\u00e9es par des agents de l\u2019\u00c9tat \u00e9taient monnaie courante dans cette r\u00e9gion du pays (Quintana, 2013). Une politique r\u00e9pressive \u00e0 l\u2019encontre de la dissidence de cette \u00e9poque, qui a trouv\u00e9 son expression la plus visible dans la disparition et l\u2019assassinat de membres de la Ligue communiste du 23 septembre.<a class=\"anota\" id=\"anota14\" data-footnote=\"14\">14<\/a>&nbsp;L'appareil r\u00e9pressif de l'\u00c9tat de l'\u00e9poque, en coordination avec les forces de police et militaires, fonctionnait selon une logique de contre-insurrection visant \u00e0 \u00e9touffer toute dissidence politique par la terreur. Au cours de cette p\u00e9riode, Chihuahua est devenu un territoire o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9es des formes de violence institutionnelle qui ont marqu\u00e9 la m\u00e9moire collective et cr\u00e9\u00e9 des pr\u00e9c\u00e9dents en mati\u00e8re d\u2019impunit\u00e9 et de contr\u00f4le social.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Au-del\u00e0 de ce contexte, notre int\u00e9r\u00eat porte sur la mani\u00e8re dont ont \u00e9t\u00e9 mises au jour, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des fosses clandestines li\u00e9es \u00e0 des territoires disput\u00e9s par le crime organis\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a pris de l'importance en raison du nombre \u00e9lev\u00e9 de sites recens\u00e9s depuis 2008, en tenant compte, bien s\u00fbr, du lancement de l\u2019Op\u00e9ration conjointe Chihuahua dans le cadre de la \u201c guerre contre le trafic de drogue \u201d men\u00e9e par Felipe Calder\u00f3n, ainsi que du contr\u00f4le que les groupes criminels ont \u00e9tabli dans diverses r\u00e9gions du nord de l\u2019\u00c9tat. Il ne faut pas perdre de vue que le ph\u00e9nom\u00e8ne de la d\u00e9couverte de corps pr\u00e9sentant des signes de violence, dans des lieux inhabit\u00e9s ou sur des terrains abandonn\u00e9s, s\u2019inscrit dans cette p\u00e9riode.\u00a0Il est important de ne pas perdre de vue le ph\u00e9nom\u00e8ne du f\u00e9minicide syst\u00e9mique, qui illustre clairement comment, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, une violence atroce s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre des corps, en particulier ceux des femmes \u00e0 Ciudad Ju\u00e1rez.<a class=\"anota\" id=\"anota15\" data-footnote=\"15\">15<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne le registre que le Parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat a constitu\u00e9 concernant les lieux o\u00f9 des s\u00e9pultures clandestines ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes, le tableau 2 indique le nombre de cas recens\u00e9s au cours de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"224\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3-1024x224.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-40658\" srcset=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3-1024x224.png 1024w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3-300x66.png 300w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3-768x168.png 768w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3-18x4.png 18w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3-1200x263.png 1200w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-3.png 1480w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tableau 2.\u00a0Nombre de sites o\u00f9 des s\u00e9pultures clandestines ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes  Source : \u00c9labor\u00e9 par Salvador Salazar Guti\u00e9rrez et Vladimir Hern\u00e1ndez Hern\u00e1ndez \u00e0 partir d'informations fournies par le parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat de Chihuahua, de janvier 2008 \u00e0 d\u00e9cembre 2024.&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le registre tenu par le Parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat, qui recense les cas de fosses clandestines localis\u00e9es et fouill\u00e9es afin de r\u00e9cup\u00e9rer des restes humains dans le but d'identifier des personnes disparues non retrouv\u00e9es, permet de constater l'augmentation du nombre de ces incidents. Gr\u00e2ce \u00e0 une demande d'acc\u00e8s \u00e0 l'information,<a class=\"anota\" id=\"anota16\" data-footnote=\"16\">16<\/a>&nbsp;Nous pr\u00e9senterons ci-apr\u00e8s les donn\u00e9es relatives au nombre de sites d'inhumation clandestins, ainsi qu'au nombre de fosses situ\u00e9es sur ces sites, en tenant \u00e9galement compte du nombre de personnes recens\u00e9es et identifi\u00e9es au cours de la p\u00e9riode allant de janvier 2008 \u00e0 d\u00e9cembre 2024.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si nous nous concentrons sur le nord de l'\u00c9tat, il serait utile de ne pas perdre de vue la r\u00e9partition des fosses clandestines et le nombre de corps et de restes osseux recens\u00e9s dans d'autres communes de Chihuahua. Par exemple, dans la r\u00e9gion centrale, la ville de Chihuahua se distingue avec un total de 55 fosses clandestines et 65 enregistrements de restes osseux ;\u00a0Cuauht\u00e9moc, avec 28 fosses et 35 cas de restes osseux recens\u00e9s ; et Aldama, avec 15 fosses et 21 cas de restes osseux recens\u00e9s. Dans la r\u00e9gion sud et montagneuse (ouest), on trouve les communes de Bocoyna, avec 12 fosses clandestines et 16 cas de restes osseux recens\u00e9s ; Guachochi, avec 12 fosses clandestines et 19 cas de restes osseux recens\u00e9s ;\u00a0Guerrero, avec 12 fosses clandestines et 21 cas d\u2019ossements recens\u00e9s ; Urique, avec 10 fosses clandestines et 18 cas d\u2019ossements recens\u00e9s ; et Hidalgo del Parral, avec 11 fosses clandestines et 11 cas d\u2019ossements recens\u00e9s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_4_salvador_y_vladimir.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"3240x1823\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 4. Rastreo en Valle de Ju\u00e1rez, Chihuahua. Fuente: Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, octubre de 2025.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_4_salvador_y_vladimir.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 4. Op\u00e9ration de recherche dans la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, dans l'\u00c9tat de Chihuahua. Source : Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, octobre 2025.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Il convient de souligner que, pour cette p\u00e9riode, les signalements de fosses clandestines se concentrent dans la r\u00e9gion de Ciudad Ju\u00e1rez et de la Vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, qui repr\u00e9sente plus de la moiti\u00e9 du nombre total de cas recens\u00e9s au cours de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on peut le constater, dans la commune de Ju\u00e1rez \u2013 qui englobe Ciudad Ju\u00e1rez et quelques petites localit\u00e9s de la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez \u2013, on recense 190 lieux d\u2019inhumation, avec un total de 225 fosses clandestines situ\u00e9es sur ces sites. En ce qui concerne les d\u00e9couvertes, le tableau 3 montre que 381 squelettes ou cadavres ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s dans le syst\u00e8me, parmi lesquels seuls 221 individus ont pu \u00eatre identifi\u00e9s. Ce chiffre augmente consid\u00e9rablement si l\u2019on prend en compte les trois communes qui composent la r\u00e9gion de la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez \u2013 Ju\u00e1rez, Guadalupe et Praxedis G. Guerrero \u2013, puis on observe un registre de 234 sites d'inhumation, avec un total de 281 fosses clandestines, dans lesquelles ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s 459 squelettes ou cadavres, parmi lesquels 264 individus ont pu \u00eatre identifi\u00e9s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"516\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4-1024x516.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-40659\" srcset=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4-1024x516.png 1024w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4-300x151.png 300w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4-768x387.png 768w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4-18x9.png 18w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4-1200x605.png 1200w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-4.png 1472w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tableau 3. Cas recens\u00e9s de lieux d'inhumation et de fosses clandestines&nbsp;&nbsp;<br>* Il est important de noter qu'un site d'inhumation est l'endroit o\u00f9 des ossements ou des restes osseux ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts, et qu'un de ces sites peut comporter une ou plusieurs fosses clandestines. C'est pourquoi le tableau montre que, dans certaines communes, le nombre de sites est inf\u00e9rieur au nombre total de fosses localis\u00e9es.<br>Source : \u00c9laboration de Salvador Salazar Guti\u00e9rrez et Vladimir Hern\u00e1ndez Hern\u00e1ndez \u00e0 partir des informations fournies par le parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat de Chihuahua et les municipalit\u00e9s de la r\u00e9gion nord, du 1er janvier 2008 au 15 mars 2024.&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette prolif\u00e9ration effr\u00e9n\u00e9e de cas ne peut \u00eatre comprise sans tenir compte de la crise d\u2019impunit\u00e9, de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de la recrudescence de la violence atroce qui ont frapp\u00e9 la r\u00e9gion. La prolif\u00e9ration des fosses communes, outre qu\u2019elle met en \u00e9vidence l\u2019ampleur de l\u2019horreur, refl\u00e8te \u00e9galement la fracture du tissu social et l\u2019absence de m\u00e9canismes judiciaires efficaces. Selon les propos d\u2019un membre du&nbsp;<span class=\"small-caps\">cdh \u00c9tape<\/span>&nbsp;du Nord :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">La question des disparitions, avec la d\u00e9couverte de fosses clandestines, soul\u00e8verait la possibilit\u00e9 qu\u2019il s\u2019agisse de cas de travail forc\u00e9 et de recrutement ; or, ce que nous avons constat\u00e9 lors de la d\u00e9couverte de ces fosses, c\u2019est que cela se produit dans des zones o\u00f9 les autorit\u00e9s n\u2019exercent aucun contr\u00f4le sur le territoire. Des zones o\u00f9 des groupes criminels ont coopt\u00e9 des populations, parfois m\u00eame des populations enti\u00e8res, et travaillent en \u00e9troite collaboration avec les autorit\u00e9s, non seulement par leur acquiescement, mais aussi par la participation d\u2019\u00e9l\u00e9ments des forces de police \u00e0 la commission de ces crimes, y compris en mati\u00e8re d\u2019omissions ou d\u2019entraves aux enqu\u00eates sur les cas de disparitions de personnes. Dans des zones comme Palomas ou la Vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, qui sont des zones rurales contrairement \u00e0 Ciudad Ju\u00e1rez, il est plus qu\u2019\u00e9vident que les autorit\u00e9s ont eu une implication directe. Ce \u00e0 quoi nous assistons, c\u2019est un abandon institutionnel, un abandon d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment orchestr\u00e9 pour favoriser ou permettre aux groupes criminels de s\u2019emparer de ces territoires (Entretien avec un membre du&nbsp;<span class=\"small-caps\">cdh&nbsp;<\/span>Paso del Norte, le 9 juin 2025).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La complicit\u00e9 entre les autorit\u00e9s, en particulier les organisations charg\u00e9es des missions de s\u00e9curit\u00e9 publique, est l\u2019un des facteurs qui permettent d\u2019expliquer l\u2019augmentation des cas de disparitions forc\u00e9es dans la r\u00e9gion. De plus, la militarisation de la s\u00e9curit\u00e9 publique, comme ce fut le cas tant lors de l\u2019Op\u00e9ration conjointe Chihuahua de 2008 \u00e0 2013 que lors de l\u2019op\u00e9ration \u00ab Frontera Segura \u00bb en 2019,\u00a0loin de contenir la violence, a contribu\u00e9 \u00e0 la normalisation de pratiques atroces telles que les disparitions forc\u00e9es, facilitant la dissimulation syst\u00e9matique des corps dans des zones rurales et difficiles d\u2019acc\u00e8s. Cette crise humanitaire est aggrav\u00e9e par la n\u00e9gligence de l\u2019\u00c9tat dans la recherche et l\u2019identification des victimes, ce qui perp\u00e9tue la souffrance des familles et renforce un climat de terreur et d\u2019impunit\u00e9 qui emp\u00eache la reconstruction de la m\u00e9moire collective et la revendication de la justice.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le tableau 4 pr\u00e9sente le cas de la municipalit\u00e9 de Ju\u00e1rez, o\u00f9 l\u2019on constate clairement l\u2019existence d\u2019une corr\u00e9lation entre le nombre de squelettes-cadavres retrouv\u00e9s sur les sites d\u2019inhumation, qui est principalement li\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riode de mise en \u0153uvre de l\u2019Op\u00e9ration conjointe Chihuahua entre 2008 et 2012 ;\u00a0cependant, ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas propre \u00e0 cette p\u00e9riode, car il faut garder \u00e0 l\u2019esprit qu\u2019au cours des six derni\u00e8res ann\u00e9es, on observe \u00e0 nouveau des pics dans le nombre de d\u00e9couvertes, li\u00e9s avant tout au contr\u00f4le que les groupes criminels ont pris sur la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"459\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6-1024x459.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-40662\" srcset=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6-1024x459.png 1024w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6-300x135.png 300w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6-768x345.png 768w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6-18x8.png 18w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6-1200x538.png 1200w, https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/image-6.png 1364w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tableau 4. Nombre de lieux d'inhumation, de fosses clandestines et de squelettes<br>dans la commune de Ju\u00e1rez, dans l'\u00c9tat de Chihuahua, pour la p\u00e9riode allant de 2008 \u00e0 2023.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une manifestation de violence atroce. D\u00e9couvertes r\u00e9centes \u00e0 El Willy&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Nous ne voulons pas passer sous silence la d\u00e9couverte de fosses clandestines dans la communaut\u00e9 connue sous le nom d'El Willy, \u00e0 Casas Grandes, dans l'\u00c9tat de Chihuahua.<a class=\"anota\" id=\"anota17\" data-footnote=\"17\">17<\/a>&nbsp;Une affaire qui repr\u00e9sente non seulement un fait d\u2019horreur accablant, mais aussi une radiographie des m\u00e9canismes d\u2019extermination qui op\u00e8rent dans le pays selon la logique du \u00ab n\u00e9cropouvoir \u00bb, dans laquelle le corps disparu devient l\u2019objet d\u2019un conflit symbolique, politique et territorial. Dans une r\u00e9gion marqu\u00e9e par la collusion entre le crime organis\u00e9 et des acteurs de l\u2019\u00c9tat,<a class=\"anota\" id=\"anota18\" data-footnote=\"18\">18<\/a>&nbsp;La d\u00e9couverte d'au moins 76 squelettes humains dans un ranch cach\u00e9 au c\u0153ur des montagnes de la Sierra du nord-ouest de Chihuahua met en lumi\u00e8re la gravit\u00e9 de la crise d'impunit\u00e9 et de d\u00e9faillance des institutions qui favorise et perp\u00e9tue ces formes de barbarie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Selon des informations officielles et des articles de presse,<a class=\"anota\" id=\"anota19\" data-footnote=\"19\">19<\/a> La d\u00e9couverte \u00e0 El Willy a \u00e9t\u00e9 rendue possible gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration d'un informateur bas\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, ce qui r\u00e9v\u00e8le en soi l'absence de m\u00e9canismes internes efficaces d'enqu\u00eate et de pr\u00e9vention. Les travaux d'exhumation, lanc\u00e9s en janvier 2025 par le parquet g\u00e9n\u00e9ral de l'\u00c9tat de Chihuahua, en collaboration avec la Commission locale de recherche ainsi que des membres de la Garde nationale et de l\u2019arm\u00e9e, mettent en \u00e9vidence un sch\u00e9ma syst\u00e9matique de dissimulation de corps, vraisemblablement le fait du groupe criminel La L\u00ednea, branche arm\u00e9e du cartel de Ju\u00e1rez. Les victimes, dont beaucoup n\u2019ont toujours pas \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es, pr\u00e9sentaient des signes de violence extr\u00eame : mutilations, d\u00e9membrements et traces de torture. Ce niveau de cruaut\u00e9 n\u2019est pas seulement une forme d\u2019\u00e9limination physique, mais aussi une strat\u00e9gie de domination symbolique sur des communaut\u00e9s enti\u00e8res. La r\u00e9action des associations de familles de personnes disparues, aux c\u00f4t\u00e9s des organisations de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme, a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diate : elles ont exig\u00e9 que l\u2019identit\u00e9 des personnes enterr\u00e9es \u00e0 cet endroit soit \u00e9tablie, ainsi que le contexte et les raisons pour lesquelles elles ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9es et enterr\u00e9es \u00e0 cet endroit.<a class=\"anota\" id=\"anota20\" data-footnote=\"20\">20<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 El Willy, le procureur r\u00e9gional nous a indiqu\u00e9 qu\u2019il y avait des jeunes qui se consacraient au nettoyage des pare-brise, qui avaient \u00e9galement \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s de mani\u00e8re, il faut le pr\u00e9ciser, forc\u00e9e, et qu\u2019ils se trouvaient au ranch El Willy. L\u2019identit\u00e9 de toutes les personnes localis\u00e9es sur place au ranch n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie ; nous ne savons pas avec certitude si toutes les personnes qui ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9es sont des opposants au groupe criminel ou s\u2019il s\u2019agit de personnes qui ne r\u00e9pondaient pas \u00e0 tous les crit\u00e8res de recrutement et qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es sur place. Selon des informations, principalement d\u2019origine journalistique, il s\u2019agirait de personnes qui tentent de p\u00e9n\u00e9trer dans la zone sans autorisation, dans le but d\u2019y travailler comme transporteurs, et qui disparaissent ensuite en cours de route. D\u2019apr\u00e8s certains entretiens avec des survivants, comme en t\u00e9moigne l\u2019un des dossiers que nous traitons au Centre, on peut penser qu\u2019il s\u2019agissait bel et bien de travail forc\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 les transformer en tueurs \u00e0 gages (Entretien avec un membre du&nbsp;<span class=\"small-caps\">cdh<\/span>&nbsp;Paso del Norte, le 7 juin 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>Dossiers en cours trait\u00e9s par le&nbsp;<span class=\"small-caps\">cdh<\/span>&nbsp;Dans le cadre de l'enqu\u00eate sur les disparitions de jeunes, Paso del Norte a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le ranch servait de centre d'extermination.<a class=\"anota\" id=\"anota21\" data-footnote=\"21\">21<\/a>&nbsp;Son emplacement, dans une zone bois\u00e9e difficile d'acc\u00e8s, lui a permis de fonctionner pendant des ann\u00e9es sans aucune intervention des agents de l'\u00c9tat. Ce type d'espaces constitue des micro-espaces d'exception, o\u00f9 la mort atroce devient un instrument visant \u00e0 discipliner et \u00e0 fragmenter le tissu social. Dans ces territoires marqu\u00e9s par l\u2019abandon institutionnel et la violence impunie, la disparition forc\u00e9e devient une pratique quotidienne, non pas comme un exc\u00e8s du crime organis\u00e9, mais comme une strat\u00e9gie structurelle de contr\u00f4le des populations. L\u2019affaire \u00ab El Willy \u00bb met en outre en \u00e9vidence la complicit\u00e9 active des forces de police. Le d\u00e9mant\u00e8lement de la police municipale de Nuevo Casas Grandes, apr\u00e8s la d\u00e9couverte de son implication directe dans des disparitions forc\u00e9es et de sa collusion avec des groupes criminels de la r\u00e9gion, n\u2019est que la partie \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg d\u2019un r\u00e9seau bien plus vaste. Ce qui est alarmant, c\u2019est la corruption institutionnelle et la banalisation de la terreur comme moyen de contr\u00f4le territorial dans de vastes r\u00e9gions de l\u2019\u00c9tat de Chihuahua, notamment dans les zones montagneuses et rurales, o\u00f9 les structures de l\u2019\u00c9tat se pr\u00e9sentent comme des alli\u00e9s du crime plut\u00f4t que comme des garants des droits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9couverte prend encore plus d\u2019importance si on la replace dans le contexte plus large de la crise des disparitions dans l\u2019\u00c9tat. Comme nous l\u2019avons vu plus haut, entre 2008 et 2024, 504 fosses ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9es sur 411 sites d\u2019inhumation clandestine \u00e0 Chihuahua, avec au moins 811 squelettes exhum\u00e9s, dont seulement 505 ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. La r\u00e9gion nord \u2013 qui comprend Ciudad Ju\u00e1rez, la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez et des communes telles que Guadalupe, Ascensi\u00f3n et Praxedis G. Guerrero \u2013 concentre plus de la moiti\u00e9 de ces d\u00e9couvertes. Toutefois, les communes de montagne telles que Casas Grandes affichent \u00e9galement une augmentation alarmante, ce qui confirme que la violence ne se limite plus aux zones urbaines mais s\u2019\u00e9tend d\u00e9sormais vers des zones p\u00e9riph\u00e9riques, o\u00f9 la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat est faible ou contr\u00f4l\u00e9e par des acteurs criminels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9placement de la violence vers les montagnes et les zones rurales s'explique par des facteurs structurels. D'une part, la militarisation de la s\u00e9curit\u00e9 publique, avec des strat\u00e9gies telles que l'\u00ab Operativo Conjunto Chihuahua \u00bb (2008-2012), mais aussi le plan de militarisation de la fronti\u00e8re nord men\u00e9 par la Garde nationale et mis en \u0153uvre sous le gouvernement d\u2019Andr\u00e9s Manuel L\u00f3pez Obrador, ont favoris\u00e9 un red\u00e9ploiement du crime organis\u00e9, le poussant vers des territoires moins surveill\u00e9s et o\u00f9 la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat mexicain est encore balbutiante. D\u2019autre part, l\u2019\u00c9tat mexicain a syst\u00e9matiquement \u00e9chou\u00e9 \u00e0 mettre en place des m\u00e9canismes de recherche efficaces et des politiques de pr\u00e9vention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Il faut \u00eatre clair : les cas de personnes disparues \u00e0 Ciudad Ju\u00e1rez, Casas Grandes, Ascensi\u00f3n ou dans la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez sont le r\u00e9sultat de l'inaction et de l'absence de l'\u00c9tat mexicain, qui n'a pas su s'attaquer \u00e0 la racine du probl\u00e8me.\u00a0On installe certes des barrages militaires ou de police d\u2019\u00c9tat, on parle d\u2019op\u00e9rations coordonn\u00e9es, mais au final, ces actions semblent davantage viser \u00e0 dissimuler ou \u00e0 couvrir les agissements des groupes criminels de la r\u00e9gion, qui s\u2019en prennent violemment aux populations (Entretien avec un membre du&nbsp;<span class=\"small-caps\">cdh<\/span>&nbsp;Paso del Norte, le 9 juin 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans de nombreux cas, comme \u00e0 El Willy, les recherches ne sont lanc\u00e9es que lorsqu\u2019il y a une pression internationale ou une intervention d\u2019acteurs ext\u00e9rieurs, ce qui t\u00e9moigne du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des institutions pour s\u2019attaquer \u00e0 une probl\u00e9matique qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 des chiffres et \u00e0 la bureaucratie m\u00e9dico-l\u00e9gale. Dans ce contexte, les \u00e9v\u00e9nements survenus \u00e0 El Willy interpellent non seulement les institutions charg\u00e9es de rendre justice, mais aussi les discours nationaux sur la s\u00e9curit\u00e9, la gouvernance et les droits de l\u2019homme. Cette d\u00e9couverte doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un avertissement quant aux limites de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 urgente de repenser les politiques publiques dans une perspective de droits, de m\u00e9moire et de r\u00e9paration. La r\u00e9cup\u00e9ration et l\u2019identification des corps, plus qu\u2019une simple proc\u00e9dure m\u00e9dico-l\u00e9gale, constituent un acte politique de restitution de la dignit\u00e9. Chaque squelette retrouv\u00e9 est un corps qui r\u00e9clame de faire \u00e0 nouveau partie de l\u2019humain, du visible, du narrable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, cette affaire met en lumi\u00e8re l\u2019importance de l\u2019action collective et de la mobilisation populaire. Sans la pers\u00e9v\u00e9rance des familles \u00e0 la recherche de leurs proches, des organisations civiles telles que le Centre des droits de l\u2019homme \u00ab Paso del Norte \u00bb et des m\u00e9dias ind\u00e9pendants, bon nombre de ces crimes resteraient dans l\u2019ombre. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la d\u00e9couverte faite \u00e0 El Willy est le sympt\u00f4me d\u2019une situation pr\u00e9occupante : la normalisation de l\u2019horreur comme mode de gestion du territoire. Il ne suffit pas de recenser les fosses communes, il est indispensable de d\u00e9manteler les structures d\u2019impunit\u00e9 qui les rendent possibles. La crise des disparitions forc\u00e9es au Chihuahua, notamment dans le nord et la r\u00e9gion montagneuse, exige non seulement une justice l\u00e9gale, mais aussi une transformation radicale des conditions qui permettent que des corps humains soient trait\u00e9s comme des d\u00e9chets.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des grammaires de la violence atroce&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Les cas de fosses communes clandestines dans des contextes de violence atroce, tels que ceux expos\u00e9s ci-dessus, impliquent de les reconna\u00eetre comme des lieux d'extermination et des dispositifs&nbsp;<em>p\u00e9dagogiques de la cruaut\u00e9<\/em>&nbsp;(Segato, 2018). Elles incarnent une le\u00e7on brutale : celle selon laquelle certains corps peuvent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s sans laisser de traces, sans nom et sans deuil. Elles deviennent un dispositif qui, par la terreur, \u00e9nonce un message : celui de vies qui n\u2019ont aucune importance et de corps r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9chets. Loin d\u2019\u00eatre simplement un lieu o\u00f9 l\u2019on d\u00e9pose un corps an\u00e9anti, les fosses communes sont des artefacts symboliques qui transmettent des messages de contr\u00f4le, de domination et de peur. Dans ce contexte, la violence extr\u00eame qui se traduit par l\u2019\u00e9mergence de ces micro-espaces d\u2019exception devient un langage performatif du pouvoir, visant \u00e0 fa\u00e7onner des subjectivit\u00e9s terrifi\u00e9es et \u00e0 r\u00e9organiser l\u2019ordre spatial et social.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la violence dans des contextes de d\u00e9composition institutionnelle et de crise civilisationnelle prend des formes spectaculaires qui visent non seulement \u00e0 d\u00e9truire physiquement ses victimes, mais aussi \u00e0 transmettre un message : discipliner le corps social, mettre en garde, red\u00e9finir les limites du tol\u00e9rable (Reguillo, 2013). Dans cette optique, les fosses clandestines ne doivent pas \u00eatre analys\u00e9es uniquement sous l\u2019angle de leur fonction instrumentale li\u00e9e \u00e0 la dissimulation ou \u00e0 la dissolution du corps, mais aussi sous celui de leur capacit\u00e9 s\u00e9miotique : elles v\u00e9hiculent un message de contr\u00f4le et de domination sur un territoire o\u00f9 \u201c il n\u2019y a pas d\u2019issue possible \u201d. Il appara\u00eet clairement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019inscriptions territoriales de la terreur, de marques d\u2019une souverainet\u00e9 criminelle qui agit, avec ou sans la complicit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, dans des zones particuli\u00e8res afin d\u2019effrayer la population. La fosse n\u2019est donc pas seulement une tranch\u00e9e ou une trace dans la terre, c\u2019est un acte de parole violent (Reguillo, 2013), une \u00e9nonciation sans mots qui dit : ici, le pouvoir peut effacer, \u00e9liminer, r\u00e9duire au silence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_5_salvador_y_vladimit.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"2026x2602\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 5. Rastreo en Valle de Ju\u00e1rez, Chihuahua. Fuente: Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, marzo de 2025.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/imagen_5_salvador_y_vladimit.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 5. Patrouille dans la vall\u00e9e de Ju\u00e1rez, dans l'\u00c9tat de Chihuahua. Source : Salvador Salazar Guti\u00e9rrez, mars 2025.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re dont les corps sont d\u00e9pos\u00e9s dans les fosses clandestines s'inscrit \u00e9galement dans un circuit d'\u00e9nonciation o\u00f9 le message se traduit par des lieux o\u00f9 l'on peut agir par le biais de la peur. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019une p\u00e9dagogie de la cruaut\u00e9 s\u2019articule autour de micro-espaces d\u2019exception : la g\u00e9ographie elle-m\u00eame devient le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019horreur et les corps disparus sont utilis\u00e9s comme dispositifs d\u2019enseignement symbolique pour susciter la peur et la crainte au sein de la population, afin d\u2019\u00e9roder ainsi le tissu social communautaire. Cette p\u00e9dagogie n\u2019est ni abstraite ni diffuse ; elle s\u2019exerce sur des corps concrets, au sein de communaut\u00e9s sp\u00e9cifiques, sur leurs territoires, produisant des effets tant mat\u00e9riels qu\u2019imaginaires.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La terreur fonctionne comme un outil p\u00e9dagogique qui montre ce qui peut arriver si l\u2019on franchit les limites impos\u00e9es par les acteurs violents \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse de criminels, des pouvoirs publics ou d\u2019une combinaison des deux. Comme le souligne Rossana Reguillo (2021), la peur cesse d\u2019\u00eatre une \u00e9motion individuelle pour devenir une technologie de gouvernement qui organise les comportements, les d\u00e9placements et les liens sociaux. Dans les territoires marqu\u00e9s par les disparitions forc\u00e9es, la peur emp\u00eache de circuler, de parler, de d\u00e9noncer, de chercher ; mais surtout, elle paralyse le corps collectif et fragmente le tissu communautaire. Il est important de partir du principe que la d\u00e9couverte d\u2019une fosse clandestine n\u2019est pas seulement un \u00e9v\u00e9nement m\u00e9dico-l\u00e9gal, mais un \u00e9v\u00e9nement politique, communicationnel et territorial. Chaque corps retrouv\u00e9 \u2013 ou les restes d\u2019un squelette non identifi\u00e9 \u2013 constitue une inscription qui en dit long sur le pouvoir, sur la place qu\u2019occupe une vie dans la cartographie de la domination et du d\u00e9ni.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du simple d\u00e9compte des corps, les fosses communes constituent l\u2019expression ultime d\u2019une violence qui d\u00e9pouille l\u2019individu de toute condition politique et le r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9chet. Ces corps sans nom, en d\u00e9composition, fragment\u00e9s, sont les t\u00e9moins silencieux d\u2019une guerre non d\u00e9clar\u00e9e mais permanente, dans laquelle la disparition est \u00e0 la fois une punition et un avertissement. La fosse commune est, en ce sens, un dispositif de m\u00e9moire invers\u00e9e : son but est d\u2019effacer toute trace du crime, m\u00eame si, une fois d\u00e9couverte, elle r\u00e9v\u00e8le avec une clart\u00e9 brutale les m\u00e9canismes de la violence \u00e9tatique et parastatale. Dans ces micro-espaces d\u2019exception, \u00e0 la lisi\u00e8re de la l\u00e9galit\u00e9 et de la cruaut\u00e9, les corps brutalement assassin\u00e9s et non identifi\u00e9s qui gisent dans des fosses clandestines constituent l\u2019un des signes les plus radicaux de la d\u00e9composition de l\u2019ordre juridique et politique contemporain.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les territoires touch\u00e9s par les disparitions forc\u00e9es, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat suspend l\u2019ordre juridique et social, permettent \u00e0 la violence de s\u2019exercer de mani\u00e8re s\u00e9lective et syst\u00e9matique. Ces espaces, o\u00f9 se c\u00f4toient fosses communes, camps d'entra\u00eenement ou camps d'extermination, se caract\u00e9risent par leur relative invisibilit\u00e9 et leur int\u00e9gration dans le quotidien, mais fonctionnent comme des dispositifs de mort et de d\u00e9possession. Loin de repr\u00e9senter de simples lieux d\u2019ex\u00e9cution d\u2019un crime, ce sont des espaces o\u00f9 les corps abandonn\u00e9s sont la manifestation mat\u00e9rielle d\u2019une op\u00e9ration souveraine qui a d\u00e9pouill\u00e9 le sujet de toute condition politique, juridique et symbolique.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque squelette retrouv\u00e9, sans identit\u00e9, sans deuil, sans histoire, t\u00e9moigne d\u2019une forme de gouvernement qui non seulement permet la mort, mais la g\u00e8re dans le cadre de sa logique de gouvernance des territoires. Les corps non identifi\u00e9s d\u00e9couverts sur ces sites sont les vestiges d\u2019une condition humaine en suspens. Ce ne sont pas des cadavres pouvant \u00eatre rattach\u00e9s \u00e0 un sujet biographique, car, bien souvent, ils n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un rite fun\u00e9raire. Ce sont des d\u00e9chets, des restes de corps dont l\u2019inscription dans l\u2019ordre symbolique a \u00e9t\u00e9 radicalement interrompue. Le corps-d\u00e9chet n\u2019est pas simplement le r\u00e9sultat mat\u00e9riel de la mort, mais l\u2019effet d\u2019une souverainet\u00e9 macrocriminelle qui op\u00e8re \u00e0 travers les sph\u00e8res juridique, polici\u00e8re et \u00e9conomique, caract\u00e9risant la domination du n\u00e9cropouvoir. Un corps a \u00e9t\u00e9 soustrait au circuit de la reconnaissance, expuls\u00e9 du champ du vivable et du pleurable. Sa condition de clandestinit\u00e9, au sens o\u00f9 il est d\u00e9pourvu de tout processus d\u2019identification, montre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une vie non seulement susceptible d\u2019\u00eatre tu\u00e9e, mais aussi d\u2019une vie qui a d\u00e9j\u00e0 perdu sa capacit\u00e9 \u00e0 signifier et \u00e0 \u00eatre reconnue au sein d\u2019une communaut\u00e9 politique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fermeture&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne des fosses clandestines dans le nord de Chihuahua appara\u00eet comme l\u2019une des manifestations les plus brutales et syst\u00e9matiques de la violence atroce qui s\u00e9vit au Mexique depuis deux d\u00e9cennies. Tout au long de cet ouvrage, il a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 que ces fosses ne constituent pas des \u00e9v\u00e9nements isol\u00e9s ni ne sont exclusivement imputables aux agissements du crime organis\u00e9. Au contraire, elles constituent les dispositifs mat\u00e9riels d\u2019un r\u00e9gime n\u00e9cropolitique qui utilise la mort comme moyen de contr\u00f4le territorial, de discipline sociale et de musellement politique, dans lequel s\u2019op\u00e8re une complicit\u00e9 entre des acteurs macrocriminels et l\u2019\u00c9tat mexicain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Loin d\u2019\u00eatre de simples lieux de d\u00e9p\u00f4t de corps, les fosses communes incarnent une p\u00e9dagogie qui red\u00e9finit l\u2019espace social, le lien communautaire et la possibilit\u00e9 m\u00eame de la vie en tant que projet collectif. L\u2019analyse r\u00e9gionale des donn\u00e9es obtenues gr\u00e2ce \u00e0 des demandes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information adress\u00e9es au parquet g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat de Chihuahua, ainsi que la mise au jour de d\u00e9couvertes telles que celles du ranch El Willy, permettent de mesurer l\u2019ampleur de la trag\u00e9die et de mettre en \u00e9vidence les sch\u00e9mas structurels qui la sous-tendent : militarisation de la s\u00e9curit\u00e9 publique, collusion des autorit\u00e9s civiles et militaires avec les r\u00e9seaux criminels, n\u00e9gligence et impunit\u00e9 institutionnelles dans l\u2019identification des corps, ainsi que revictimisation des proches qui, face \u00e0 l\u2019abandon de l\u2019\u00c9tat, se transforment en \u00ab chercheuses \u00bb dans des territoires d\u2019horreur. \u00c0 travers une analyse qui articule chiffres, t\u00e9moignages, cadres juridiques et interpr\u00e9tations th\u00e9oriques, cet article a cherch\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont les disparitions forc\u00e9es s\u2019ancrent dans les zones frontali\u00e8res sous l\u2019emprise d\u2019une logique d\u2019impunit\u00e9, de pr\u00e9carisation de la vie et d\u2019exclusion sociale, comme en t\u00e9moigne la pr\u00e9sence croissante de fosses clandestines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La cat\u00e9gorie des \u00ab micro-espaces d'exception \u00bb permet de comprendre que la disparition forc\u00e9e n'est pas seulement une technique r\u00e9pressive, mais une forme de gouvernement qui s'exerce sur des territoires concrets. Des zones soustraites \u00e0 l\u2019ordre juridique, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat renonce \u00e0 exercer sa pleine souverainet\u00e9 et permet l\u2019exercice de formes de violence meurtri\u00e8re orchestr\u00e9es par des acteurs criminels. Ces espaces, souvent invisibles, font partie du paysage quotidien : zones rurales isol\u00e9es, lieux urbains abandonn\u00e9s, bois ou terrains vagues. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019exerce une souverainet\u00e9 criminelle qui allie le contr\u00f4le du territoire \u00e0 l\u2019\u00e9limination des corps.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension territoriale de l\u2019atroce t\u00e9moigne d\u2019une crise de pr\u00e9sence institutionnelle de la part de l\u2019\u00c9tat mexicain. La strat\u00e9gie de politique r\u00e9pressive qui a caract\u00e9ris\u00e9 les r\u00e9centes administrations f\u00e9d\u00e9rales et \u00e9tatiques a constitu\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment suppl\u00e9mentaire des logiques de dissimulation qui favorisent ces paysages d\u2019horreur dans la r\u00e9gion. Les m\u00e9canismes de cooptation volontaire ou involontaire dans les lieux de recrutement, en particulier les preuves montrant comment ces lieux se transforment en lieux d\u2019extermination, constituent une preuve irr\u00e9futable d\u2019un effondrement tant institutionnel que social, dans la mesure o\u00f9 ils banalisent ces ph\u00e9nom\u00e8nes et les pr\u00e9sentent comme quelque chose de courant et de quotidien dans nos vies. Il est \u00e9tonnant que, malgr\u00e9 les niveaux \u00e9lev\u00e9s de violence v\u00e9cus au quotidien, il n\u2019existe pas de revendication sociale large et coh\u00e9rente qui clame avec fermet\u00e9 \u201c \u00c7a suffit ! \u201d. Cette pr\u00e9occupation reste d\u2019actualit\u00e9 et, dans ce contexte, le monde universitaire ne peut se soustraire \u00e0 sa responsabilit\u00e9 : apporter des cl\u00e9s de lecture pour comprendre ce qui se passe, une t\u00e2che qui reste urgente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"small-caps\">Bibliographie&nbsp;<\/span><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Aguirre Moreno, Arturo (2016).&nbsp;<em>Nuestro&nbsp;espacio doliente. Reiteraciones&nbsp;para pensar en&nbsp;el&nbsp;M\u00e9xico&nbsp;contempor\u00e1neo<\/em>. Puebla: Af\u00ednita Editorial\/Benem\u00e9rita Universidad Aut\u00f3noma de Puebla.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Est\u00e9vez, Ariadna (2022).&nbsp;\u201cEl proceso necropol\u00edtico de la migraci\u00f3n forzada. Una conceptualizaci\u00f3n de la producci\u00f3n y administraci\u00f3n del refugio en el siglo<span class=\"small-caps\">&nbsp;xxi\u201d,<\/span>&nbsp;<em>Estudios Pol\u00edticos<\/em>, vol. 02,&nbsp;n\u00fam. 63, pp. 243-267.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gami\u00f1o Mu\u00f1oz, Rodolfo (2021).&nbsp;\u201cEstado, narcotr\u00e1fico y desaparici\u00f3n forzada. La construcci\u00f3n de microespacios de excepci\u00f3n flexibles, m\u00f3viles y atemporales\u201d, en Carlos Mendoza \u00c1lvarez, Pablo Reyna Esteves y Carolina Robledo Silvestre (comps.).<em>&nbsp;De las fosas clandestinas a las tumbas vac\u00edas. Narrativas de dignidad y esperanza en tiempos de horror.&nbsp;<\/em>Ciudad de M\u00e9xico: Universidad Iberoamericana.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gonz\u00e1lez N\u00fa\u00f1ez, Denise y&nbsp;Luc\u00eda Guadalupe&nbsp;Ch\u00e1vez Vargas (coords.) (2017).&nbsp;Informe<em> Violencia y&nbsp;terror. Hallazgo de fosas clandestinas en M\u00e9xico<\/em>. Ciudad de M\u00e9xico:&nbsp;Universidad Iberoamericana\/Comisi\u00f3n Mexicana de Defensa y Promoci\u00f3n de Derechos Humanos,&nbsp;A.C.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gonz\u00e1lez Rodr\u00edguez, Sergio (2015).&nbsp;<em>Los 43 de Iguala:&nbsp;cr\u00f3nica&nbsp;de una infamia<\/em>.&nbsp;Madrid: Debate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Honig, Jan Willem y&nbsp;Norbert&nbsp;Both (1996).&nbsp;<em>Srebrenica: Record of a War Crime<\/em>.&nbsp;Nueva&nbsp;York:&nbsp;Penguin Books.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Lorusso, Fabrizio (2021).&nbsp;\u201cUna discusi\u00f3n sobre el concepto de fosa clandestina y el contexto mexicano\u201d,&nbsp;<em>Historia y Graf\u00eda,&nbsp;<\/em>Universidad Iberoamericana<em>,<\/em>&nbsp;a\u00f1o 28, n\u00fam. 56,&nbsp;pp. 129-170.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Mart\u00ednez Mart\u00ednez, Miguel \u00c1ngel (2025).&nbsp;\u201cLas fosas clandestinas: necroescritura, duelo y subjetividad\u201d,<em>&nbsp;Religaci\u00f3n<\/em>, Quito,&nbsp;vol. 18, n\u00fam. 44,&nbsp;pp.&nbsp;01-19.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Mbembe, Achille (2011).&nbsp;<em>Necropol\u00edtica<\/em>. Barcelona:&nbsp;Melusina.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Mon\u00e1rrez Fragoso, Julia Estela (2013).&nbsp;<em>Trama de una injusticia. Feminicidio&nbsp;sexual sist\u00e9mico&nbsp;en Ciudad Ju\u00e1rez<\/em>.&nbsp;Tijuana:&nbsp;El Colegio de la Frontera Norte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Organizaci\u00f3n de&nbsp;las&nbsp;Naciones Unidas (<span class=\"small-caps\">onu<\/span>) (2006).&nbsp;Convenci\u00f3n Internacional para la protecci\u00f3n de todas las personas contra las desapariciones forzadas.&nbsp;https:\/\/www.ohchr.org\/es\/instruments-mechanisms\/instruments\/international-convention-protection-all-persons-enforced.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Preston, Paul (2012).&nbsp;<em>El holocausto espa\u00f1ol:&nbsp;odio&nbsp;y exterminio en la Guerra Civil y despu\u00e9s<\/em>.&nbsp;Madrid: Debate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Quintana Silveyra, V\u00edctor Manuel (2013). \u201cContexto y proceso de las desapariciones forzadas en el estado de Chihuahua. Un primer acercamiento\u201d,&nbsp;<em>Chihuahua Hoy<\/em>,&nbsp;tomo&nbsp;<span class=\"small-caps\">xi<\/span>,&nbsp;M\u00e9xico:&nbsp;Universidad Aut\u00f3noma de Ciudad Ju\u00e1rez,&nbsp;pp. 525-548.&nbsp;https:\/\/elibros.uacj.mx\/omp\/index.php\/publicaciones\/catalog\/view\/61\/54\/553-1&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Reguillo, Rossana (2013).&nbsp;\u201cDe las violencias: caligraf\u00eda y gram\u00e1tica del horror\u201d,&nbsp;<em>Desacatos. Revista&nbsp;de&nbsp;Ciencias Sociales<\/em>,&nbsp;n\u00fam.&nbsp;40,&nbsp;pp.&nbsp;33-46. https:\/\/doi.org\/10.29340\/40.254&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2021).&nbsp;<em>Necrom\u00e1quina<\/em>.&nbsp;<em>Cuando&nbsp;morir&nbsp;no&nbsp;es suficiente<\/em>. Barcelona:&nbsp;Ned&nbsp;Ediciones.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Robledo, Carolina (2020).&nbsp;<em>Territorios de muerte:&nbsp;desapariciones&nbsp;y fosas clandestinas en M\u00e9xico.&nbsp;<\/em>Ciudad de M\u00e9xico: Universidad&nbsp;Nacional&nbsp;Aut\u00f3noma de&nbsp;M\u00e9xico.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ruiz Reyes, Jorge (2019).&nbsp;\u201cFosas clandestinas y su relaci\u00f3n con cr\u00edmenes de lesa humanidad. Propuesta metodol\u00f3gica para la documentaci\u00f3n de casos que determinen responsabilidad penal internacional en M\u00e9xico\u201d,&nbsp;<em>Historia y&nbsp;Graf\u00eda,<\/em>&nbsp;vol. 26,&nbsp;n\u00fam. 52,&nbsp;pp.&nbsp;97-128.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Segato, Rita (2018).&nbsp;<em>Contra-pedagog\u00edas de la crueldad<\/em>. Buenos Aires:&nbsp;Prometeo Libros.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Silva, Emilio (2010).&nbsp;<em>Las fosas de Franco:&nbsp;cr\u00f3nica&nbsp;de un desagravio.<\/em>&nbsp;Madrid: Temas de Hoy.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Stern, Steve J. (2010).&nbsp;<em>Battling for Hearts and Minds: Memory Struggles in Pinochet\u2019s Chile, 1973-1988.<\/em>&nbsp;Durham: Duke University Press.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Tello, Diana (2021).&nbsp;\u201cDe la b\u00fasqueda con vida a la b\u00fasqueda de un cuerpo\u201d, en&nbsp;Carlos Mendoza \u00c1lvarez, Pablo Reyna Esteves&nbsp;y Carolina Robledo Silvestre&nbsp;(comps.).&nbsp;<em>De las fosas clandestinas a las tumbas vac\u00edas. Narrativas de dignidad y esperanza en tiempos de&nbsp;horror.&nbsp;<\/em>Ciudad de M\u00e9xico: Universidad Iberoamericana.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Valencia, Sayak (2010).&nbsp;<em>Capitalismo&nbsp;gore<\/em>. Barcelona: Melusina.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Verbitsky, Horacio (1995).&nbsp;<em>El vuelo<\/em>. Buenos Aires: Planeta.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Salvador Salazar Guti\u00e9rrez<\/em> est titulaire d'un doctorat en sciences sociales de l'universit\u00e9 <span class=\"small-caps\">iteso<\/span>, membre du <span class=\"small-caps\">snii<\/span> niveau <span class=\"small-caps\">ii<\/span>, son domaine de recherche : les cultures des jeunes et les processus socioculturels \u00e0 la fronti\u00e8re nord. salvador.salazar@uacj.mx<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Vladimir Hern\u00e1ndez Hern\u00e1ndez<\/em> Il est titulaire d'un doctorat en sciences sociales, avec une sp\u00e9cialisation en \u00e9tudes r\u00e9gionales, d\u00e9livr\u00e9 par El Colegio de la Frontera Norte, et membre du <span class=\"small-caps\">snii<\/span> niveau <span class=\"small-caps\">ii<\/span>, son domaine de recherche : analyse urbaine et territoriale. vladimir.hernandez@uacj.mx<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un an\u00e1lisis de las fosas clandestinas en el norte de Chihuahua como dispositivos necropol\u00edticos de exterminio y control territorial.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":40654,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[1575,366,1228,419,1574],"coauthors":[551],"class_list":["post-40648","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-9","tag-cuerpo-desechado","tag-desaparicion-forzada","tag-fosas-clandestinas","tag-frontera","tag-microespacios-de-excepcion","personas-salazar-gutierrez-salvador","personas-hernadez-hernandez-vladmir","numeros-1554"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Testimonio de la barbarie: fosas clandestinas como microespacios de excepci\u00f3n en el norte de Chihuahua, M\u00e9xico, 2008-2024 &#8211; 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