{"id":39538,"date":"2025-03-21T13:00:00","date_gmt":"2025-03-21T19:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=39538"},"modified":"2025-03-21T18:48:27","modified_gmt":"2025-03-22T00:48:27","slug":"rivera-estetica-del-retorno-fotografia-alteridad-narrativa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/rivera-estetica-del-retorno-fotografia-alteridad-narrativa\/","title":{"rendered":"L'esth\u00e9tique du retour ou la force de l'alt\u00e9rit\u00e9 de la photographie"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap abstract\">Le professeur Diego Lizarazo nous le propose dans son dernier ouvrage prim\u00e9, <em>La photographie et l'autre <\/em>(2022), trois chapitres raffin\u00e9s et essentiels pour penser le rapport de la photographie \u00e0 l'alt\u00e9rit\u00e9 ou, selon les termes de l'auteur, pour penser l'\"esth\u00e9tique du retour\", c'est-\u00e0-dire l'esth\u00e9tique centr\u00e9e sur le retour des disparus, mais toujours comme force d'alt\u00e9rit\u00e9 et non comme r\u00e9surrection idol\u00e2tre. \u00c0 cette fin, il \u00e9voque trois femmes, Virginia Woolf, Susan Sontag et Judith Butler, qui ont r\u00e9fl\u00e9chi sur la photographie des \u00e9v\u00e9nements atroces et traumatiques, sur la photographie qui rend la mort et la disparition plus \u00e9videntes.<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e photographique de Woolf est pr\u00e9sent\u00e9e comme la plus na\u00efve des trois auteurs. Diego Lizarazo (2022 : 34) \u00e9crit que l'\u00e9crivain anglais consid\u00e8re les photographies comme des d\u00e9clarations abstraites qui permettent \u00e0 chacun de comprendre le mal inh\u00e9rent \u00e0 tout conflit guerrier. Cependant, Lizarazo a raison lorsqu'il affirme que les m\u00eames images peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es et utilis\u00e9es de diff\u00e9rentes mani\u00e8res : les photographies de guerre et d'autres actes violents peuvent susciter des sentiments d'indignation et de piti\u00e9 pour les victimes, mais elles peuvent \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9es aux fins des auteurs de ces actes. Ce qui est certain, c'est que face \u00e0 de telles photos, il y a d'abord un choc et une impression de manque de \" lisibilit\u00e9 intrins\u00e8que \" (Didi-Huberman, 2015 : 23), et ce n'est qu'ensuite qu'il faut faire l'effort de leur donner un sens.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La photographie et l'autre<\/em> se poursuit avec quelques pages ac\u00e9r\u00e9es consacr\u00e9es \u00e0 Susan Sontag. Pour cet auteur, le \"pr\u00e9suppos\u00e9 de l'unanimit\u00e9 face \u00e0 l'horreur que procurent les photographies\" (Lizarazo, 2022 : 33) est faux. Il a souvent \u00e9t\u00e9 dit que la photographie des d\u00e9sastres de guerre pourrait servir \u00e0 augmenter les d\u00e9tracteurs des conflits de guerre et m\u00eame \u00e0 mettre fin aux guerres, mais l'histoire a montr\u00e9 que ces aspirations ont \u00e9chou\u00e9. Ainsi, comme le souligne Lizarazo (2022 : 35), \"souligner la nature destructrice de la guerre n'est pas un argument contre la guerre. Il ne suffit pas de montrer l'horreur de toute confrontation arm\u00e9e pour convaincre que cet instrument ne devrait pas \u00eatre utilis\u00e9 \u00e0 des fins politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>D'une certaine mani\u00e8re, l'auteur nous invite \u00e0 nous interroger sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de la strat\u00e9gie iconoclaste ou iconophobe qui aboutit \u00e0 l'interdiction de l'image, voire sur l'admission de la censure d'images qui peuvent \u00eatre choquantes et banaliser le mal. Ce qui est certain, c'est qu'une m\u00eame image peut \u00eatre, pour les uns, respectueuse de l'alt\u00e9rit\u00e9 et, pour les autres, l'annuler. La photographie s'attaque \u00e0 l'alt\u00e9rit\u00e9 ou s'en d\u00e9sint\u00e9resse lorsqu'elle devient un instrument de domination (par exemple, les photos d'identit\u00e9 ou les photos de famille). <em>photos d'identit\u00e9<\/em>) et lorsqu'elle est r\u00e9duite \u00e0 sa fonction technique. Un tel usage de l'image a beaucoup \u00e0 voir avec le concept de \"visuel\" que Serge Daney (2004) a invent\u00e9 pour penser, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 r\u00e8gne le simulacre, le signe sans l'ext\u00e9rieur. Les v\u00e9ritables \"images\", en revanche, constituent la porte d'entr\u00e9e de l'alt\u00e9rit\u00e9. Des seuils de ce type, ce sont toutes ces photos que l'on retrouve dans le troisi\u00e8me et dernier chapitre du livre chroniqu\u00e9 ici. Toutes ces photos choquantes sont tr\u00e8s pr\u00e9caires : elles en disent aussi peu sur les \u00e9v\u00e9nements traumatiques que n'importe quelle photo de l'\u00e9v\u00e9nement le plus banal. Lorsqu'il s'agit de la photographie d'un \u00e9v\u00e9nement horrible et traumatique, l'important est de savoir comment l'assembler, c'est-\u00e0-dire comment la mettre en relation avec d'autres images et d'autres discours pour pouvoir la comprendre. Nous pensons que c'est \u00e0 cela que fait r\u00e9f\u00e9rence Diego Lizarazo lorsque, dans l'indispensable deuxi\u00e8me chapitre de son livre, il parle du travail de \"narration\" que requiert l'interpr\u00e9tation de la photographie. Il est \u00e9galement tr\u00e8s important qu'une telle narration puisse d\u00e9sactiver son \u00e9ventuel effet pervers sur le spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le c\u00e9l\u00e8bre essai de Roland Barthes (1990), <em>La chambre claire<\/em>On a dit que la photo, l'image, peut appartenir \u00e0 l'ordre de la pornographie, du \"visuel\", et l'on peut alors penser qu'il ne lui manque rien, que ce qu'elle montre est toute la v\u00e9rit\u00e9. Mais la photographie peut aussi \u00eatre con\u00e7ue comme quelque chose de pr\u00e9caire qui, pour commencer \u00e0 \"parler\", doit \u00eatre mis en relation avec son contexte et son cadre, c'est-\u00e0-dire qu'il faut s'approcher de ce qui est en dehors du champ de la photo pour y trouver un sens. Diego Lizarazo a montr\u00e9 qu'il est absurde d'opposer la narration \u00e0 l'image, car la pr\u00e9carit\u00e9 de l'image \"vraie\", de celle qui n'est pas compl\u00e8te ou autosuffisante, exige toujours un exercice de montage ou de narration.<\/p>\n\n\n\n<p>En lien avec ce dernier th\u00e8me, la controverse entre Susan Sontag et Judith Butler (2017 : 99-106) sur ce qu'une photographie peut exprimer est tr\u00e8s importante. Selon l'auteur de <em>Ante el dolor de los dem\u00e1s<\/em>Dans cet article, les images photographiques manquent de \" coh\u00e9rence narrative \" car en elles-m\u00eames, sans l\u00e9gende ou analyse \u00e9crite, elles ne peuvent offrir une interpr\u00e9tation. En revanche, Butler (2017 : 99-106) soutient que la photo, en cadrant la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers un certain angle, une mise au point, un \u00e9clairage, etc. est d\u00e9j\u00e0 un acte interpr\u00e9tatif objectif qui d\u00e9pend des \" conditionnements structur\u00e9s du genre et de la forme \" et pas seulement de choix subjectifs. Penser l'image \u00e0 partir du cadre rend inutile une narration pour comprendre le contexte ou l'arri\u00e8re-plan politique de la photographie. C'est pourquoi \"la photographie n'est pas simplement une image visuelle en attente d'interpr\u00e9tation ; elle est elle-m\u00eame activement interpr\u00e9t\u00e9e, parfois m\u00eame de mani\u00e8re coercitive\". Cependant, il nous semble que Butler se contredit lorsqu'elle affirme plus loin que la m\u00eame photographie \"peut \u00eatre instrumentalis\u00e9e dans des directions radicalement diff\u00e9rentes, en fonction de la mani\u00e8re dont elle est encadr\u00e9e discursivement et dans quel moyen de communication elle est pr\u00e9sent\u00e9e ou montr\u00e9e\" (p. 133). Une telle instrumentalisation signifie que nous regardons effectivement une image en attente d'interpr\u00e9tation ; mais, en r\u00e9alit\u00e9, nous attendons de d\u00e9cider d'un cadre discursif qui nous permette de l'analyser et de la comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e8se discutable de Butler diff\u00e8re de certains penseurs qui, comme Siegfried Kracauer (2008 : 36-37), estiment que l'image photographique, qui se limite en soi \u00e0 montrer le continuum spatial dans un instant pr\u00e9cis, reste opaque si elle n'est pas accompagn\u00e9e d'un discours ou d'un r\u00e9cit sur l'objet ou le sujet photographi\u00e9. De m\u00eame, Butler s'\u00e9carte des r\u00e9flexions de Jacques Ranci\u00e8re (2015 : 98), pour qui la force esth\u00e9tique de l'image photographique d\u00e9coule de ce qui s'\u00e9carte de la connaissance fournie par le \"cadre\". Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l'une des photos les plus individualis\u00e9es de l'album d'Auschwitz, le philosophe fran\u00e7ais affirme que plus la photo est \u00e9nigmatique, moins nous en savons sur sa fonction et, en d\u00e9finitive, plus elle est ind\u00e9termin\u00e9e, plus sa force esth\u00e9tique sera grande.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9flexions de Butler analys\u00e9es par Lizarazo sur la relation du \"cadre\" avec le photographe, l'appareil photo et la sc\u00e8ne nous semblent \u00e9galement tr\u00e8s pertinentes. Bien que le photographe et l'appareil photo, \u00e0 moins que leur reflet ne soit photographi\u00e9 dans un miroir ou quelque chose de similaire, ne soient g\u00e9n\u00e9ralement pas visibles dans la m\u00eame image, ils font partie de l'\u00e9v\u00e9nement repr\u00e9sent\u00e9 ou de la r\u00e9f\u00e9rence, puisque la photographie est le r\u00e9sultat de la rencontre effective de l'\u00e9v\u00e9nement photographi\u00e9 avec le dispositif technique et le sujet photographi\u00e9. Certes, les images prises \u00e0 Abu Ghraib d\u00e9montrent que les photographies peuvent faire partie de l'\u00e9v\u00e9nement et nous permettent de soup\u00e7onner que le photographe est intervenu dans cette sc\u00e8ne terrifiante de torture, mais c'est une chose dont nous ne pouvons jamais \u00eatre s\u00fbrs. Butler (2017 : 125) ajoute que \" la circulabilit\u00e9 ind\u00e9finie de l'image \", le fait que l'image ait circul\u00e9 en dehors de la sc\u00e8ne originelle, \" permet \u00e0 l'\u00e9v\u00e9nement de continuer \u00e0 se produire, pour ne pas dire [...] qu'il n'a jamais cess\u00e9 de se produire \". Identifier, comme le fait le philosophe dans le fragment cit\u00e9 ci-dessus, l'image \u00e0 l'\u00e9v\u00e9nement, \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence, nous semble \u00eatre une conception idol\u00e2tre de la photographie, une transmutation en pure pr\u00e9sence de l'absence inh\u00e9rente \u00e0 toute image photographique qui, tout au plus, est la trace, la \"cendre\", de ce qui se trouvait devant l'appareil.<\/p>\n\n\n\n<p>Butler elle-m\u00eame (2017 : 140-141), dans une autre contradiction, semble le reconna\u00eetre et s'\u00e9loigner de la conception idol\u00e2tre lorsque, \u00e0 propos d'un fragment barth\u00e9sien de Sontag, elle s'attarde sur l'hypoth\u00e8se que la photographie raconte l'absence ou la \" mort \u00e0 venir \", puis affirme que, dans ce cas, la photographie souligne qu'une vie \" vaut la peine d'\u00eatre pleur\u00e9e \". Son <em>pathos<\/em>est bien s\u00fbr \"affective et interpr\u00e9tative\", ce qui est une autre fa\u00e7on de parler de la \"culture\" de l'entreprise. <em>punctum<\/em> et le <em>studium<\/em> Barthesien. Au-del\u00e0 des faiblesses du discours de Butler sur la photographie, l'auteur de <em>La photographie et l'autre<\/em> a su en tirer le meilleur. Lizarazo (2022 : 77) a sans doute raison lorsqu'il dit \"qu'on ne peut voir qu'\u00e0 travers les cadres\", mais il ajoute qu'\"il est possible de questionner, de d\u00e9construire, d'interroger, ce que ces cadres permettent et ce qu'ils laissent de c\u00f4t\u00e9 ou effacent\".<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion \u00e9thique et politique sur les photographies de torture, de meurtre et d'autres actes intol\u00e9rables doit n\u00e9cessairement se concentrer sur leurs effets sur les spectateurs. Lizarazo (2022 : 46) nous rappelle que, pour Sontag, \"\u00e0 la violence inflig\u00e9e aux victimes s'ajoute la violence de leur exposition et de l'objectivation que provoque le fait qu'elles deviennent de pures images\". Il est vrai - et le philosophe Jean-Luc Nancy (2003) nous livre de pr\u00e9cieuses r\u00e9flexions \u00e0 ce sujet - que dans l'image photographique il y a toujours quelque chose de la violence, de la force, parce que, en d\u00e9coupant ou en encadrant une partie de la r\u00e9alit\u00e9 et en l'exposant, l'image sort les choses du fond d'indistinction dans lequel elles demeuraient dans l'obscurit\u00e9. Mais il est vrai aussi que toute violence n'est pas mauvaise, de m\u00eame que toute cruaut\u00e9 n'est pas mauvaise. Montrer des images atroces peut \u00eatre cruel et d\u00e9chirant, quelque chose qui nous blesse ; mais cet acte de cruaut\u00e9, cette douleur inflig\u00e9e au spectateur, peut faire na\u00eetre un \u00e9tat d'indignation qui nous am\u00e8ne \u00e0 agir pour la justice, la r\u00e9paration et l'\u00e9mancipation.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la saturation des images ou de l'exc\u00e8s de photos traumatisantes et de photos abjectes, pr\u00e9judiciables sur le plan \u00e9thique et politique, est \u00e0 mettre en relation avec la question de l'\"\u00e9cologie des images\". Peter Szendy (2021 : 32) nous rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que Susan Sontag (2006 : 251) est la premi\u00e8re \u00e0 avancer, dans son essai des ann\u00e9es 1970 sur la photographie, l'id\u00e9e d'\"une \u00e9cologie appliqu\u00e9e non seulement aux choses r\u00e9elles mais aussi aux images\". D\u00e8s cette \u00e9poque, elle propose l'\u00e9cologie des images comme antidote \u00e0 la logique consum\u00e9riste d'un surplus iconique infini. Lorsqu'il reviendra sur cette probl\u00e9matique un an avant sa mort, dans son livre <em>Ante el dolor de los dem\u00e1s<\/em>Sontag (2014 : 92) \u00e9crit que l'id\u00e9e d'une \u00e9cologie iconique n'a pas d'avenir car elle consid\u00e8re encore pire l'existence de gatekeepers ou de censeurs qui contr\u00f4lent les doses d'horreur que nous pouvons \"dig\u00e9rer\". Szendy (2021 : 33) oppose cette position \u00e0 celle d\u00e9fendue par Andrew Ross dans son article <em>L'\u00e9cologie des images<\/em>dans laquelle elle soutient que Sontag, en se limitant \u00e0 d\u00e9plorer la surcharge d'images offerte par notre soci\u00e9t\u00e9 moderne de l'information, n'a pas tenu compte du fait que les images elles-m\u00eames permettent de lutter contre \"la disparition mat\u00e9rielle du r\u00e9el\" et de \"s'opposer \u00e0 la destruction du monde naturel\". L'\u00e9crivain am\u00e9ricain c\u00e8de au clich\u00e9 de la \"surcharge d'informations\" et \u00e9limine la possibilit\u00e9 d'une \"r\u00e9sistance des images elles-m\u00eames \u00e0 leurs effets\".<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9flexions sur le \" cadre \", qui, comme nous l'avons vu, occupent une place tr\u00e8s importante dans l'ouvrage \u00e9tudi\u00e9, ont un certain \" ar\u00f4me \" d'ocularphobie (Jay, 2007), puisqu'elles se concentrent avant tout sur les pathologies d\u00e9riv\u00e9es du cadre coercitif \" qui nous rend aveugles \u00e0 ce que nous voyons \" (Butler, 2017 : 144). Penser le cadre ne suffit pas \u00e0 saisir la force d'alt\u00e9rit\u00e9 de la photographie, ni \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 l'\" esth\u00e9tique du retour \" que l'ouvrage <em>La photographie et l'autre<\/em> propose \u00e0 partir de l'analyse des \u0153uvres belles et justes de Yael Mart\u00ednez, Gustavo Germano, Jes\u00fas Abad Colorado, Erika Diettes et Lucila Quieto. En fait, Lizarazo (2022 : 90) va dans la direction oppos\u00e9e \u00e0 la limite du cadre. Il oppose ainsi la force de l'alt\u00e9rit\u00e9, qui lib\u00e8re une existence \" non contenue \" et incommensurable, \u00e0 \" la force du cadrage \".<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident que la photographie r\u00e9unit toujours deux attributs contradictoires. D'une part, il n'y a pas de photographie sans l'objectivit\u00e9 de l'enregistrement m\u00e9canique. Georges Didi-Huberman (2015 : 59) a raison lorsqu'il parle de \"l'innocence fondamentale\" de l'enregistrement optique, de l'enregistrement de quelque chose qui est ext\u00e9rieur et qui n'a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par le photographe. D'autre part, il n'y a pas de photographie sans cadrage objectif et sans manipulation subjective ou point de vue du photographe. Lorsque la photographie est r\u00e9duite au \"cadre\", au \"regard matriciel\" ou \u00e0 \"la configuration historique qui organise\" ce qui doit \u00eatre vu et non vu, valoris\u00e9 ou non, etc. Bien s\u00fbr, il est juste de se m\u00e9fier des photos, il est l\u00e9gitime et n\u00e9cessaire de rendre visible le cadre et les forces politiques et sociales qui d\u00e9terminent ce qui est encadr\u00e9 par la photo. L'op\u00e9ration - comme dirait la psychanalyse - de \"percer le fant\u00f4me\", de montrer le cadre, a un caract\u00e8re \u00e9mancipateur car elle permet de d\u00e9sactiver la domination id\u00e9ologique invisible ou transparente. Mais le plus beau dans la photographie tient finalement \u00e0 ce que Diego Lizarazo nous montre dans le troisi\u00e8me chapitre de son livre : \u00e0 l'\"esth\u00e9tique du retour\", \u00e0 l'esth\u00e9tique qui transmet une \"force d'alt\u00e9rit\u00e9\" qui, bien qu'elle soit dans la photo, est \u00e9trang\u00e8re au cadre et \u00e0 la matrice qui homog\u00e9n\u00e9ise tout. Le pouvoir de la photographie de montrer l'alt\u00e9rit\u00e9 ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 par la connaissance.<em>studium<\/em> comme l'appelle Barthes (1990 : 63) - fournie par l'image r\u00e9v\u00e9l\u00e9e elle-m\u00eame. Il faut alors recourir \u00e0 des cat\u00e9gories qui, \u00e0 l'instar de celles des<em> punctum<\/em>, <em>Stimmung<\/em> ou latence, ne sont pas herm\u00e9neutiques car ils se rapportent, comme l'enseigne Hans Ulrich Gumbrecht (2011), \u00e0 des exp\u00e9riences ou \u00e0 des v\u00e9cus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00e9galement tenir compte de la place centrale qu'acquiert l'impr\u00e9vu ou le hasard dans la photographie, ce que Walter Benjamin (1987 : 48) appelle l'\"inconscient optique\" et qui, pour Antonin Artaud, est ce qu'il y a de plus po\u00e9tique dans une photographie ou un film. Le d\u00e9calage entre l'\u0153il du photographe et l'\u0153il de la machine rend in\u00e9vitable le fait que ce n'est qu'apr\u00e8s la prise de vue, apr\u00e8s la rencontre du dispositif technique avec l'ext\u00e9rieur, que l'on sait vraiment ce que l'on a photographi\u00e9. La meilleure expression de l'inattendu reste sans doute la photographie du parc pr\u00e9sent\u00e9e dans le film <em>Blow-Up<\/em> (1966) de Michelangelo Antonioni. Si la photo qui donne son nom \u00e0 la s\u00e9rie est si impressionnante... <em>La maison qui saigne<\/em>C'est peut-\u00eatre parce que son auteur, Yael Mart\u00ednez, avant de faire le \"geste de photographier\", ne savait pas ce que la photo r\u00e9v\u00e9lerait : la sym\u00e9trie parfaite et sinistre de l'ombre d'une femme pendue \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, et la tache rouge du mur qui saigne \u00e0 l'autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous semble que l'\" esth\u00e9tique du retour \" ne peut pas accepter ce que Sontag dit et que Butler (2017 : 143) reprend \u00e0 la fin de son deuxi\u00e8me chapitre de <em>Cadres de guerre : des vies en deuil<\/em>Les morts se d\u00e9sint\u00e9ressent profond\u00e9ment de nous\", \"ils ne cherchent pas notre regard\" et \"ils se moquent que nous voyions ou ne voyions pas\". En revanche, le livre que nous chroniquons nous invite \u00e0 penser que, pour le spectateur de photographies dot\u00e9es de la \"force de l'alt\u00e9rit\u00e9\", les morts cherchent notre regard. En parlant ainsi, nous entrons dans le domaine de l'imaginaire. Il en va de m\u00eame pour Pascal Quignard (2018 : 188-189) lorsqu'il \u00e9crit que les visages photographi\u00e9s, en particulier ceux qui proviennent des \"profondeurs de l'absence\", \"nous requi\u00e8rent, ont besoin de nous, nous demandent de l'aide\", nous supplient de les ressusciter par notre regard. Ces morts ont disparu, mais ils n'ont pas \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s. Il faut noter \u00e0 cet \u00e9gard que la disparition, inh\u00e9rente \u00e0 l'image photographique, n'est pas le n\u00e9ant et ne doit donc pas \u00eatre identifi\u00e9e \u00e0 la pulsion de mort entropique ou \u00e0 l'oubli. Au contraire, elle est l'une des modalit\u00e9s de l'absence qui, en tant que telle, exige toujours une recherche et, par cons\u00e9quent, exige que l'image soit mise en mouvement, vivifi\u00e9e, reli\u00e9e \u00e0 son ext\u00e9rieur, afin que, comme l'\u00e9crit Lizarazo (2022 : 148, 154), \"un certain retour de l'invisible, de l'\u00e9limin\u00e9, du corps disparu\" puisse avoir lieu et que l'on puisse ainsi r\u00e9sister \u00e0 la \"mort du pass\u00e9\". Notre imagination nous permet d'affirmer que la photographie a piti\u00e9 des morts et leur rend leur regard. Cette piti\u00e9 est la m\u00eame que celle que ressentent, pour Benjamin et Kracauer (2010 : 169), l'antiquaire et le collectionneur lorsqu'ils sauvent et rach\u00e8tent des choses, lorsqu'ils les extraient de l'obscurit\u00e9 pour qu'elles ne tombent pas dans l'oubli.<\/p>\n\n\n\n<p>Le retour de cette alt\u00e9rit\u00e9 que repr\u00e9sente le corps du disparu aide \u00e0 faire le deuil et \u00e0 sortir de la p\u00e9trification m\u00e9lancolique. Toutes les images comment\u00e9es dans le dernier chapitre de <em>La photographie et l'autre<\/em> sont des photographies qui gu\u00e9rissent. C'est pourquoi l'acte de cr\u00e9ation photographique - \u00e9crit Diego Lizarazo (2022 : 153) en s'appuyant sur Gilles Deleuze - devient un \"acte de r\u00e9sistance\". Nous nous trouvons aux antipodes de la th\u00e9orie selon laquelle l'image de la douleur banalise, objective et introduit le degr\u00e9 z\u00e9ro de l'alt\u00e9rit\u00e9. Lizarazo (2022 : 149) l'a dit tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment : ce sont des photos qui cherchent la gu\u00e9rison, qui r\u00e9interpr\u00e8tent \"la douleur de la violence dans des rites qui nous permettent de subsumer le pr\u00e9sent dans un temps cosmique\". Contrairement aux images terribles d'Abu Ghraib, elles nous permettent de r\u00e9-habiter le monde, m\u00eame les espaces souill\u00e9s par des actes atroces et inhumains.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, je pense que les photographies de l'\"esth\u00e9tique du retour\" co\u00efncident par essence avec les \"images dialectiques\" de Benjamin, avec des images qui montrent le retour de l'\"autre\" du pr\u00e9sent. Cet \"autre\" est \u00e0 la fois le pass\u00e9, le temps des disparus, et l'avenir, le temps futur qui s'ouvre aux survivants lorsque l'\u00e9ternel pr\u00e9sent de la douleur se transforme en un souvenir beau et consolant. Disons, pour conclure, avec les mots de Diego Lizarazo (2022 : 157) : \"le corps ni\u00e9 de l'autre est inclus dans la nouvelle forme de m\u00e9moire. L'inhabit\u00e9 est r\u00e9-habit\u00e9\".<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Barthes, Roland (1990). <em>La c\u00e1mara l\u00facida. Nota sobre la fotograf\u00eda<\/em>. Barcelona: Paid\u00f3s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Benjamin, Walter (1987).<em> Discursos interrumpidos I<\/em>. Madrid: Taurus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Butler, Judith (2017). <em>Marcos de guerra. Las vidas lloradas<\/em>. Barcelona: Paid\u00f3s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Daney, Serge (2004). \u201cLa guerre, le visuel, l\u2019image\u201d, <em>Trafic<\/em>, 50, pp. 439-444.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Didi-Huberman, Georges (2015). <em>Remontaje del tiempo padecido. El ojo de la historia 2<\/em>. Buenos Aires: Biblos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gumbrecht, Hans Ulrich (2011). <em>Stimmungen\/Estados de \u00e1nimo. Sobre una ontolog\u00eda de la literatura<\/em>. Murcia: Tres Fronteras.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Jay, Martin (2007). <em>Ojos abatidos. La denigraci\u00f3n de la visi\u00f3n en el pensamiento franc\u00e9s del siglo <span class=\"small-caps\">xx<\/span><\/em>. Madrid: Akal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Kracauer, Siegfried (2008). <em>La fotograf\u00eda y otros ensayos. 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Madrid: Funambulista.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ranci\u00e8re, Jacques (2015). \u201cLes incertitudes de la dialectique\u201d, <em>Trafic<\/em>, 93, pp. 94-101.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Sontag, Susan (2006). <em>Sobre la fotograf\u00eda<\/em>. M\u00e9xico: Alfaguara.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2014). <em>Ante el dolor de los dem\u00e1s<\/em>. Barcelona: Penguin Random House.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Szendy, Peter (2021). <em>Pour une \u00e9cologie des images<\/em>. Par\u00eds: Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Filmographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Antonioni, Michelangelo (dir.) (1966). <em>Blow-Up<\/em> [pel\u00edcula]. Reino Unido, 108 min. Ingl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Antonio Rivera Garc\u00eda<\/em> est professeur d'esth\u00e9tique et de th\u00e9orie des arts au d\u00e9partement de philosophie et de soci\u00e9t\u00e9 de l'universit\u00e9 Complutense de Madrid, dont il est actuellement le directeur. Il est \u00e9galement codirecteur depuis 2010 de <em>Res Publica. Revue de l'histoire des id\u00e9es politiques<\/em>. Il est actuellement administrateur de la <span class=\"small-caps\">ucm<\/span> projet de recherche \"Esth\u00e9tique contemporaine : art, politique et soci\u00e9t\u00e9\". Ses recherches se sont concentr\u00e9es sur l'histoire des id\u00e9es et des concepts politiques et sur l'esth\u00e9tique contemporaine, avec une attention particuli\u00e8re pour la th\u00e9orie de l'image. Son dernier livre est <em>La cruaut\u00e9 des images. Esth\u00e9tique et politique du cin\u00e9ma<\/em> (2022). 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