{"id":38940,"date":"2024-09-20T10:50:01","date_gmt":"2024-09-20T16:50:01","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=38940"},"modified":"2024-10-07T13:33:42","modified_gmt":"2024-10-07T19:33:42","slug":"delazkar-utopias-cotidianas-certezas-fragmentacion-autonomia-comunidad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/delazkar-utopias-cotidianas-certezas-fragmentacion-autonomia-comunidad\/","title":{"rendered":"Composer et fragmenter l'utopie communautaire. Vivre l'autonomie entre r\u00eaves et d\u00e9ceptions."},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">L'objectif de ce texte est de discuter des pratiques, des r\u00e8gles, des horizons d'espoir et de d\u00e9senchantement dans la composition de l'autonomie communautaire \u00e0 San Isidro de la Libertad, Chiapas, \u00e0 partir de mon exp\u00e9rience ethnographique et des exp\u00e9riences de trois jeunes membres de la communaut\u00e9. Certaines pratiques locales conf\u00e8rent un pouvoir politique au projet d'autonomie : la fabrication de la milpa, la c\u00e9l\u00e9bration des saints, la tenue d'assembl\u00e9es, les repas en famille, entre autres. La re-signification de ces pratiques dans un r\u00e9cit collectif du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et de l'avenir de la localit\u00e9 est un processus inachev\u00e9 que j'appelle \"utopisation de la vie traditionnelle\". \u00c0 leur tour, ces pratiques fa\u00e7onnent le sujet id\u00e9al de leur utopie communautaire, un sujet qui incarne l'espoir mais qui refl\u00e8te, g\u00e9n\u00e8re et d\u00e9coule de multiples fragmentations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/autonomia\/\" rel=\"tag\">l'autonomie<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/certezas\/\" rel=\"tag\">certitudes<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/comunidad\/\" rel=\"tag\">communaut\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/fragmentacion\/\" rel=\"tag\">fragmentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/utopias-cotidianas\/\" rel=\"tag\">utopies quotidiennes<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\"><span class=\"small-caps\">faire et d\u00e9faire les utopies communautaires : les r\u00eaves et les d\u00e9sillusions de l'autonomie<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-text abstract\">L'objectif de cet article est de discuter des pratiques, des r\u00e8gles, des espoirs et des \u00e9checs associ\u00e9s \u00e0 la construction de l'autonomie communautaire \u00e0 San Isidro de la Libertad, au Chiapas, sur la base de ma propre exp\u00e9rience ethnographique et de celle de trois jeunes membres de la communaut\u00e9. Certaines pratiques locales conf\u00e8rent un pouvoir politique au projet d'autonomie, notamment la culture de la milpa, la c\u00e9l\u00e9bration des saints, les assembl\u00e9es citoyennes et les repas familiaux partag\u00e9s. La red\u00e9finition de ces pratiques dans un r\u00e9cit collectif du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et de l'avenir de la ville est un processus continu que je qualifie d'\"utopisation de la vie traditionnelle\". Ces pratiques, \u00e0 leur tour, donnent forme au sujet id\u00e9al de l'utopie communautaire, un sujet qui incarne l'espoir mais qui refl\u00e8te, provoque et provient de multiples fragmentations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : utopies quotidiennes, certitudes, fragmentation, autonomie, communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Dans ce texte, je n'aborde pas la communaut\u00e9 en tant qu'exercice anarchique radical, ni ne suis l'id\u00e9e de la pr\u00e9figuration politique en tant que bastion ontologique unifi\u00e9 de l'avenir local envisag\u00e9, plus discut\u00e9e dans les \u00e9tudes sur les nouveaux mouvements sociaux ou la d\u00e9colonialit\u00e9. Je ne discuterai pas non plus des diff\u00e9rentes typologies d'autonomies afin de d\u00e9finir un nouveau type d'organisation. Je discuterai plut\u00f4t de l'espoir et du d\u00e9sespoir incarn\u00e9s dans l'exercice singulier d'une autonomie associ\u00e9e et nourrie par le zapatisme,<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a> mais qui trouve sa l\u00e9gitimation dans leur propre condition et leur persistance \u00e0 vivre un pr\u00e9sent et un avenir \u00e9loign\u00e9s de l'oppression gouvernementale et du contr\u00f4le du parti. Enfin, mon attitude m\u00e9thodique m'a conduit \u00e0 consid\u00e9rer les \u00e9motions et les r\u00e9flexions des membres de la communaut\u00e9 comme un processus ouvert et non concluant, produit des r\u00eaves collectifs pass\u00e9s et des exp\u00e9riences de fragmentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article pr\u00e9sente les r\u00e9sultats de mon \u00e9tude doctorale men\u00e9e avant la pand\u00e9mie dans une petite vall\u00e9e de la municipalit\u00e9 de Zinacant\u00e1n, au Chiapas, dans la communaut\u00e9 autonome de San Isidro de la Libertad (<span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>). Je m'appuie sur mon exp\u00e9rience ethnographique, mon observation et mon accompagnement dans les activit\u00e9s propres \u00e0 la communaut\u00e9 qui d\u00e9finissent dans une large mesure l'exercice de leur autonomie : leur religiosit\u00e9 catholique, le tequio agricole (\u00e0 travers leur propre coop\u00e9rative), l'engagement individuel dans le collectif, l'\u00e9ducation autonome, les assembl\u00e9es communautaires, la formation de la famille. Toutes ces activit\u00e9s sont des pratiques de leur mode de vie (Wittgenstein, 1999), des caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res de leur \"\u00eatre autonome\" qui, berc\u00e9es dans la vie quotidienne, deviennent des certitudes, des structures s\u00fbres pour affronter les incertitudes de l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le processus de <em>\u00eatre autonome<\/em> ne se limite pas \u00e0 la demande publique de reconnaissance par l'\u00c9tat - sur une base juridique et constitutive (Gonz\u00e1lez, 2002), elle exige une politisation de la vie quotidienne (Gravante, 2023).<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Dans ce cas particulier, la vie quotidienne et le pass\u00e9 sont revaloris\u00e9s en tant que ressources politiques et narratives, afin de distinguer que la vie quotidienne et le pass\u00e9 sont des ressources politiques et narratives, afin de distinguer que le pass\u00e9 est une ressource politique. <em>\u00eatre,<\/em> et leurs pratiques respectives, des autres populations, m\u00eame des parents et des cohabitants de la localit\u00e9, en termes id\u00e9ologiques, \u00e9thiques et politiques. Ici, le personnel est politique pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'un bon point de d\u00e9part a \u00e9t\u00e9 leur propre vie quotidienne, qu'ils valorisent comme une forme de r\u00e9bellion ou de protestation (Federici, 2019). D'apr\u00e8s mon exp\u00e9rience avec la communaut\u00e9, plut\u00f4t que d'avoir une proposition de changement social radical, en <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> Le changement implique de pr\u00e9server et de reproduire certaines pratiques quotidiennes politis\u00e9es ou utopis\u00e9es, sans \u00e9luder les nuances et les contradictions.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est le but de cette r\u00e9\u00e9valuation de leur vie quotidienne ? Contrairement \u00e0 <em>attendre<\/em> de r\u00e9aliser un jour l'utopie communautaire, je crois que donner une valeur politique et culturelle \u00e0 ces pratiques facilite l'utopisation du quotidien ou la quotidianisation de l'utopie, ce qui leur permet de situer historiquement leur utopie, leur espoir de changement dans le pr\u00e9sent, de la vivre au quotidien : c'est une autonomie qui ne fonctionne que si elle est incarn\u00e9e, qui pose une exigence publique et collective de d\u00e9monstration de l'engagement de tous ses membres.<\/p>\n\n\n\n<p>J'envisage les utopies \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles : comme un horizon d'espoir pour la communaut\u00e9 ; en effet, \"la fonction utopique de l'espoir\" est de repenser la fa\u00e7on dont on vit et dont on se rapporte au temps et de fa\u00e7onner l'(im)possible (Dinerstein <em>et al<\/em>., 2013 : 170) ; une motivation constante pour am\u00e9liorer leurs conditions de vie individuellement et collectivement ; un changement en mouvement qui existe d\u00e9j\u00e0 en germe dans leur pr\u00e9sent (Bloch, 1977) ; un espoir incarn\u00e9 dans le pr\u00e9sent (Bloch, 1977) ; un espoir dans le pr\u00e9sent (Bloch, 1977) ; un espoir dans le futur (Bloch, 1977) ; un espoir dans le futur (Bloch, 1977).<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> qui nous demande et nous motive \u00e0 maintenir un \u00e9tat d'esprit et une conscience politiques actifs, et \u00e0 continuer d'aspirer et d'anticiper l'avenir d\u00e9sir\u00e9. Je comprends \u00e9galement les utopies comme une ressource culturelle (Appadurai, 2013) qui a sa propre composition historique locale, ancr\u00e9e dans les exp\u00e9riences d'unions collectives, d'accords et de d\u00e9sunions, et dans les structures de mod\u00e9lisation du groupe, c'est-\u00e0-dire dans ses certitudes de vie, qui donnent les valeurs id\u00e9ales et les actions attendues du sujet communautaire autonome. Enfin, je sugg\u00e8re de voir que cette autonomie est soutenue dans une communaut\u00e9 avec des fragmentations et qu'elle n\u00e9cessite une utopisation de la vie quotidienne afin de surmonter la tension dynamique qui existe entre les non-conformit\u00e9s individuelles, les r\u00e8gles et certitudes communautaires, les espoirs collectifs, les doutes et les d\u00e9cisions quotidiennes dans la mise en forme de ce projet utopique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma coexistence continue pendant plus de trois ans avec les villageois de <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> m'a permis de voir comment l'utopie \u00e9tait v\u00e9cue dans les pratiques quotidiennes, dans sa dimension d'horizon de l'\u00eatre communautaire, dans le dialogue et la n\u00e9gociation entre l'individuel et le collectif. Henri Lefebvre (1991) consid\u00e8re que le quotidien est un \" espace de libert\u00e9 \". <em>site des possibilit\u00e9s utopiques <\/em>parce qu'elle est pleine d'actions qui peuvent signifier diff\u00e9rentes mani\u00e8res de r\u00e9sister au syst\u00e8me mondial. Lefebvre consid\u00e8re la vie quotidienne comme l'espace ultime de l'inconnaissance, alors que Ludwig Wittgenstein consid\u00e8re que cette notion d'inconnaissance est plut\u00f4t un espace d'ignorance. <em>charni\u00e8re<\/em>a <em>la non-connaissance,<\/em> une certitude de la pratique quotidienne, quelque chose que l'on \"sait\" \u00eatre vrai, qui permet, m\u00eame si c'est de mani\u00e8re cach\u00e9e, d'\u00eatre chaque jour magn\u00e9tis\u00e9 par\/avec la r\u00e9alit\u00e9 sans avoir besoin de la remettre en question.<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>C'est dans ces charni\u00e8res, qui vont de soi, que les membres de la communaut\u00e9 ont distingu\u00e9 la valeur de leur vie traditionnelle pour leur propre lutte autonome. C'est l\u00e0 que se trouvent les valeurs qu'ils consid\u00e8rent aujourd'hui comme fondamentales pour leur existence, leur r\u00e9sistance et leur p\u00e9rennit\u00e9. Le probl\u00e8me de la visualisation de ces certitudes, comme nous le verrons plus loin, est qu'elles s'ouvrent aussi au public, \u00e0 la remise en question du traditionnel, \u00e0 la remise en question interne de son propre mode de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les informations que je pr\u00e9sente dans cet article sont une synth\u00e8se de dizaines de conversations informelles, de la coexistence quotidienne, des c\u00e9l\u00e9brations annuelles et circonstancielles, ainsi que d'entretiens ponctuels et organis\u00e9s. Par cons\u00e9quent, je me limiterai \u00e0 pr\u00e9senter quelques histoires et r\u00e9cits de vie de personnages communautaires qui d\u00e9montrent les futurs souhait\u00e9s, les espoirs, les difficult\u00e9s et les fragmentations de l'utopie communautaire. Dans ces histoires, il y a des pratiques quotidiennes qui nous alertent sur une forme d'utopisation de la vie traditionnelle de la communaut\u00e9, et qui servent \u00e0 penser et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur l'avenir du sujet communautaire, que je consid\u00e8re comme une existence intersubjective en dialogue constant entre l'id\u00e9al (structurel), le r\u00e9el (pratiques quotidiennes) et le ressenti (exp\u00e9rientiel),<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a> qui ne d\u00e9finit pas le sujet mais le compose, en apprenant \u00e0 \u00eatre soi-m\u00eame avec les autres (Das, Jackson, Kleinman et Singh Bhrigupati, 2014 : 114).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La composition de la communaut\u00e9 autonome<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Les villageois de <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> Ils affirment \u00eatre \"une communaut\u00e9 autonome et ind\u00e9pendante\", avec une formation id\u00e9ologique au sein du zapatisme, mais ne sont jamais devenus une base de soutien pour l'Arm\u00e9e zapatiste de lib\u00e9ration nationale (EZLN).<span class=\"small-caps\">ezln<\/span>). Elles ont maintenu une relation d'ob\u00e9issance et de tension avec les d\u00e9cisions des Juntas de Buen Gobierno et, plus tard, avec le Congr\u00e8s national indig\u00e8ne. Il s'agit d'une autonomie sans permission de l'\u00c9tat, comme Miguel Gonz\u00e1lez (2002) a appel\u00e9 les communaut\u00e9s zapatistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l'autonomie communale propos\u00e9e par divers auteurs, pour la plupart oaxaquiens, se traduit par l'exercice de l'autogouvernement, la gestion de leurs propres ressources et la conservation de leur territoire ancestral (Velasco Cruz, 2003), en <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> r\u00e9pondent aux deux premiers crit\u00e8res. Toutefois, la territorialit\u00e9 g\u00e9ographique en <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> n'est ni exclusive ni d\u00e9fendue en tant que telle, puisque deux autres communaut\u00e9s occupent le m\u00eame espace g\u00e9ographique, Chactoj et San Isidro. L'exercice de l'autonomie s'inspire plut\u00f4t de la libert\u00e9 de culte catholique (th\u00e9ologie indienne), reproduisant les revendications zapatistes de libre autod\u00e9termination (auxquelles ils ajoutent leur ethnie et leur langue comme crit\u00e8res d'autonomie particuli\u00e8re), de la production collective d'aliments et de ressources (milpa, cuisine, sant\u00e9, \u00e9ducation, \u00e9pargne, tissage), de la r\u00e9solution des conflits internes par le biais d'assembl\u00e9es communautaires et de la volont\u00e9, d'origine catholique, de maintenir l'unit\u00e9 de la famille. Ces pratiques quotidiennes sont les plus importantes \u00e0 pr\u00e9server et \u00e0 m\u00e9moriser, celles qui deviennent des r\u00e9f\u00e9rents de ce qu'ils sont-sans-\u00eatre encore, celles qui sont utopis\u00e9es ; et ce sont celles qui r\u00e9gulent le plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9rer l'autonomie comme un processus inachev\u00e9 et ouvert est \u00e0 la fois une perspective d'analyse (Dinerstein <em>et al<\/em>., 2013) comme un exercice r\u00e9el dans la communaut\u00e9, et dans cette dynamique quotidienne circulent les contradictions, les discussions internes, les peurs, les attentes, les fiert\u00e9s et les besoins des co-munitariens. C'est dans cet espace que les membres de la communaut\u00e9 se d\u00e9placent et, comme le souligne Mariana Mora, que se construit l'identit\u00e9 politique collective anticapitaliste (Gonz\u00e1lez, Burguete Cal y Mayor et Ortiz-T., 2010) bien que, comme je le montre dans le texte, elle ne soit pas n\u00e9cessairement unifi\u00e9e, lin\u00e9aire et absolue, puisqu'elle contient ses fragmentations et contradictions respectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \"nouvelles propositions r\u00e9volutionnaires\", telles que la lutte pour les droits des femmes et la pr\u00e9servation de l'environnement, sont encore difficiles \u00e0 mettre en pratique pour cette communaut\u00e9, bien qu'elles servent de r\u00e9cit politique collectif de ce qu'elle souhaite obtenir et de distanciation par rapport aux m\u00eames pratiques traditionnelles qui g\u00e9n\u00e8rent encore des tensions et des attachements : machisme, destruction de l'environnement, autoritarisme, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des habitants de cette localit\u00e9 sont originaires d'un village voisin (\u00e0 environ cinq kilom\u00e8tres) qui existe depuis plus de 90 ans, Elan vo'.<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a> Les habitants d'Elan vo', ainsi que les autres villages de Zinacant\u00e1n (centre municipal) et des hauts plateaux du Chiapas, seraient les \"b\u00e9n\u00e9ficiaires indirects\" du projet assimilationniste et int\u00e9grationniste de l'Institut National Indig\u00e8ne (INI).<span class=\"small-caps\">ini<\/span>), avec son Centre de coordination au Chiapas, des projets ethnographiques et la cr\u00e9ation de promoteurs culturels d\u00e8s le milieu du si\u00e8cle dernier (Lewis, 2020 : 62) ; \u00e0 cela s'ajoute la promesse d'une modernit\u00e9 \u00e9tatique mat\u00e9rialis\u00e9e par des \u00e9coles, des administrations, des \u00e9glises catholiques et des autoroutes - notamment la route panam\u00e9ricaine en 1947 (Cancian, 1992 : 108), dans la continuit\u00e9 des exp\u00e9riences sociales du Mexique post-r\u00e9volutionnaire pour r\u00e9soudre \" le probl\u00e8me indig\u00e8ne \", qui \u00e9tait le probl\u00e8me rural productif (Calder\u00f3n M\u00f3lgora, 2018 : 155).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Cancian (1992), la grande majorit\u00e9 des <em>hameaux<\/em> (Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, les villages du Zinacant\u00e1n ont \u00e9t\u00e9 pris dans une vague de r\u00e9formes administratives modernistes, un processus d'institutionnalisation de l'\u00c9tat par le biais de la r\u00e9forme agraire et l'expansion du syst\u00e8me de fret : nouveaux centres politiques, nouvelles cargaisons, imp\u00f4ts et accompagnement par des personnalit\u00e9s politiques et \u00e9ducatives qui servaient d'interm\u00e9diaires entre \"les deux mondes\". La demande de nouveaux bureaux, dit Cancian, \u00e9tait presque inappr\u00e9ciable et g\u00e9n\u00e9rait des tensions parmi ses utilisateurs, en particulier ceux qui n'\u00e9taient pas politiquement actifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces tensions se sont accumul\u00e9es au cours des ann\u00e9es 1970 et se sont traduites par des ruptures administratives, \u00e9conomiques et g\u00e9ographiques entre les petits villages et les grandes villes. C'est dans cette logique de d\u00e9centralisation administrative (1992 : 114-115) que s'inscrivent les chercheurs de terres d'Elan vo', porteurs de l'exp\u00e9rience de la r\u00e9organisation, qui s'installent \u00e0 Chactoj au cours de cette d\u00e9cennie,<a class=\"anota\" id=\"anota7\" data-footnote=\"7\">7<\/a> un village en dehors des registres officiels dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer qu'avant le soul\u00e8vement zapatiste, le contexte religieux de la th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration servait d\u00e9j\u00e0 de force et de soutien aux communaut\u00e9s int\u00e9ress\u00e9es par les autonomies.<a class=\"anota\" id=\"anota8\" data-footnote=\"8\">8<\/a> En effet, en 1975, Chactoj a eu le premier cat\u00e9chiste indig\u00e8ne de tout Zinacant\u00e1n, qui a assum\u00e9 la nouvelle orientation du dioc\u00e8se - une option pour les pauvres - et \"a soutenu la formation chr\u00e9tienne de sa communaut\u00e9\", selon les mots du fr\u00e8re Dominico Iribarren.<a class=\"anota\" id=\"anota9\" data-footnote=\"9\">9<\/a> Le cat\u00e9chiste repr\u00e9sentait l'amalgame d'int\u00e9r\u00eats entre la religiosit\u00e9 locale - entre les vestiges rituels mayas et le catholicisme traditionnel et institutionnel - et la demande d'\u00e9ducation, de sant\u00e9 et surtout de propri\u00e9t\u00e9 des terres de l'ejido, base de l'autonomie communautaire sans abus de l'\u00c9tat, comme l'a d\u00e9montr\u00e9 le premier congr\u00e8s indig\u00e8ne en 1974 (S\u00e1nchez Mart\u00ednez, Parra V\u00e1zquez et Zamora Lomel\u00ed, 2022 : 104), qui a en outre donn\u00e9 lieu \u00e0 une \u00e9ducation politique communautaire privil\u00e9gi\u00e9e (Harvey, 2000).<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le soul\u00e8vement zapatiste a finalement eu lieu en 1994, l'institution catholique avait d\u00e9j\u00e0 germ\u00e9 parmi les habitants.<a class=\"anota\" id=\"anota10\" data-footnote=\"10\">10<\/a> les pr\u00e9ceptes de la th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration, l'autonomie et la recherche d'une vie meilleure. Apr\u00e8s une ann\u00e9e de discorde religieuse continue et de diff\u00e9rences id\u00e9ologiques, San Isidro est n\u00e9, un moment consid\u00e9r\u00e9 localement comme le d\u00e9but de la lutte pour l'autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les divisions politiques et religieuses n'\u00e9taient pas nouvelles dans ces communaut\u00e9s, et l'\u00c9tat et l'\u00c9glise catholique ont particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9organisation des villages de Zinacant\u00e1n (Cancian, 1992 : 202), mais les s\u00e9parations internes r\u00e9sultaient g\u00e9n\u00e9ralement de conflits entre partis ou entre familles, ou de d\u00e9saccords politiques avec le gouvernement de l'\u00e9poque, principalement le Parti r\u00e9volutionnaire institutionnel (PRI).<span class=\"small-caps\">pri)<\/span>sans tenir compte de l'ind\u00e9pendance ou de l'autonomie locale. Ce n'est qu'apr\u00e8s le soul\u00e8vement zapatiste que de nombreuses familles et des villages entiers se sont prononc\u00e9s en faveur de la reconnaissance de leur autonomie. <em>agents<\/em> (leaders locaux qui servaient de pont entre les dirigeants municipaux et la localit\u00e9) et exigeaient l'autonomie par rapport au gouvernement, \u00e0 l'administration publique et \u00e0 l'\u00c9glise catholique - jusqu'\u00e0 un certain niveau - comme c'est le cas \u00e0 San Isidro.<a class=\"anota\" id=\"anota11\" data-footnote=\"11\">11<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>D'autre part, malgr\u00e9 l'\u00e9loignement de plus en plus grand de la <span class=\"small-caps\">ezln<\/span> avec les partis politiques, le Parti de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique (<span class=\"small-caps\">prd<\/span>) b\u00e9n\u00e9ficiait encore d'un soutien important de la part de la soci\u00e9t\u00e9 civile et paysanne au milieu des ann\u00e9es 1990, en tant que principal opposant \u00e0 la <span class=\"small-caps\">pri<\/span>. En effet, certaines familles de San Isidro ont continu\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des alliances entre les partis - avec la <span class=\"small-caps\">prd<\/span> et d'autres. Au niveau r\u00e9gional, la transition gouvernementale est pass\u00e9e d'une domination quasi absolue de l'Union europ\u00e9enne \u00e0 une domination de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">pri<\/span> \u00e0 un processus croissant de pluripartisme et de d\u00e9mocratisation \u00e9lectorale dans les Highlands, \u00e9galement motiv\u00e9 par le soul\u00e8vement zapatiste (Viqueira et Sonnleitner, 2000 : 163).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au tournant du si\u00e8cle <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>Le d\u00e9saccord entre le respect des mandats de la <span class=\"small-caps\">ezln<\/span> o recevoir le \"soutien\" du gouvernement.<a class=\"anota\" id=\"anota12\" data-footnote=\"12\">12<\/a> et d'autres parties ont conduit \u00e0 de nouvelles frictions et in\u00e9galit\u00e9s entre deux camps clairs. Malgr\u00e9 cela, l'administration quotidienne de la communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue conjointement : nettoyage des puits, organisation des f\u00eates patronales, pour ne citer que quelques exemples ; en outre, les deux factions, malgr\u00e9 leur d\u00e9sunion id\u00e9ologique, se sont alli\u00e9es dans certaines revendications \u00e0 l'\u00e9gard du gouvernement, telles que le non-paiement de l'\u00e9lectricit\u00e9. Cependant, de nouveaux conflits sont apparus concernant l'utilisation des ressources en eau de la communaut\u00e9, qui ont \u00e9t\u00e9 brouill\u00e9s par les diff\u00e9rences id\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle fragmentation de la communaut\u00e9 s'est accompagn\u00e9e d'une augmentation des conflits li\u00e9s \u00e0 la gestion de l'eau en 2003 : lorsque des jeunes du c\u00f4t\u00e9 zapatiste de la communaut\u00e9 (San Isidro) ont suivi une formation sur la gestion de l'eau, les conflits se sont multipli\u00e9s. <span class=\"small-caps\">cideci<\/span><a class=\"anota\" id=\"anota13\" data-footnote=\"13\">13<\/a> Ils sont venus disputer un terrain \u00e0 des jeunes hommes de l'autre camp, non zapatiste. Les premiers s'\u00e9taient engag\u00e9s \u00e0 tout donner pour la communaut\u00e9, m'a assur\u00e9 Ciro,<a class=\"anota\" id=\"anota14\" data-footnote=\"14\">14<\/a> mais \"ce n'\u00e9tait que des mensonges, car d\u00e8s qu'ils ont obtenu ce qu'ils voulaient\", ils les ont quitt\u00e9s. Cette jeunesse, consid\u00e9r\u00e9e comme la g\u00e9n\u00e9ration de l'espoir pour maintenir l'unit\u00e9 des familles sous le zapatisme, a bris\u00e9 la confiance en l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs articles de presse,<a class=\"anota\" id=\"anota15\" data-footnote=\"15\">15<\/a> rapports du Centre des droits de l'homme Fray Bartolom\u00e9 de Las Casas<a class=\"anota\" id=\"anota16\" data-footnote=\"16\">16<\/a> et m\u00eame des communiqu\u00e9s zapatistes par le biais de <em>La Jornada<\/em>,<a class=\"anota\" id=\"anota17\" data-footnote=\"17\">17<\/a> Le rapport rend compte des conflits internes pour l'eau et l'\u00e9lectricit\u00e9 entre les communaut\u00e9s zapatistes et non zapatistes voisines de Zinacant\u00e1n. C'est la continuit\u00e9 d'une tradition sociale de d\u00e9sunion sociale et politique, c'est la communaut\u00e9 fragment\u00e9e (Crehan, 1998), \u00e0 la fois \u00e0 cause de l'appauvrissement structurel et de la manipulation politique et \u00e0 cause de d\u00e9saccords internes, de genre, de classe et m\u00eame d'expressions d'engagement social ; et pourtant, li\u00e9s par des relations de parent\u00e9, un pass\u00e9 relativement commun, et je pourrais ajouter, la nostalgie d'un espoir communautaire uni, d'un faire commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \"perredistas\", les \"priistas\" ou les partisans du peuple \"entero\" (Chactoj) sont progressivement devenus l'alt\u00e9rit\u00e9, malgr\u00e9 leur histoire, leur g\u00e9ographie, leur famille, leur religion et leur ethnicit\u00e9 communes. Ces conflits sont \u00e0 l'origine de la d\u00e9cision d'un collectif de 30 familles de \"devenir ind\u00e9pendant\" de San Isidro, de fonder leur propre \"communaut\u00e9\" et de la baptiser San Isidro de la Libertad en 2003. Le nom associe l'exercice de l'autonomie et le mode de vie communautaire \u00e0 l'action d'un J\u00e9sus r\u00e9volutionnaire, le J\u00e9sus des opprim\u00e9s, des indig\u00e8nes. Pour ces familles, suivre leurs propres convictions id\u00e9ologiques et de vie signifiait vivre dans la dignit\u00e9 et la libert\u00e9. Un premier mandat consistait donc \u00e0 rejeter l'intol\u00e9rance locale et l'autoritarisme des partis et \u00e0 les remplacer par des exercices de dialogue plus rassembleurs et moins impos\u00e9s. Les familles n'\u00e9migreraient pas vers une \"terre promise\" ou ne changeraient pas de g\u00e9ographie dans cette fragmentation, elles resteraient dans leurs maisons, mais d\u00e9sormais unies par le noyau de la coop\u00e9rative Vientos del Norte al Sur,<a class=\"anota\" id=\"anota18\" data-footnote=\"18\">18<\/a> \u00e0 partir desquels sont organis\u00e9s les tequios agricoles, la collecte collective des semences, la commercialisation des c\u00e9r\u00e9ales et d'autres activit\u00e9s collectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd'hui, la coop\u00e9rative repr\u00e9sente la plate-forme formelle permettant \u00e0 ce collectif de familles de vivre <em>\u00e0<\/em> une nouvelle communaut\u00e9. <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> n'est pas un ejido avec son propre polygone, ni une g\u00e9ographie ou une histoire individuelle ; elle existe en tant que communaut\u00e9 au niveau conceptuel et dans les pratiques et r\u00e9seaux de ses membres. Si Chactoj<a class=\"anota\" id=\"anota19\" data-footnote=\"19\">19<\/a> et San Isidro restent le r\u00e9seau heuristique qui les relie (en raison des \u00e9l\u00e9ments qu'ils partagent), <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>en tant que collectif, a d\u00e9velopp\u00e9 une <em>distinction subjective<\/em> qui permet \u00e0 ses membres de re-signifier leurs activit\u00e9s quotidiennes comme dignes d'un patrimoine \u00e0 d\u00e9fendre et \u00e0 reproduire. Elle n'est pas, \u00e0 mon avis, une nouvelle ontologie parce que m\u00eame son <em>\u00eatre<\/em> communautaire et ancestrale <em>est<\/em> de la quasi-alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le processus d'autonomie des <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> a un arri\u00e8re-plan administratif \u00e9tatique, des impulsions familiales et locales motiv\u00e9es par la th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration au sein des communaut\u00e9s et le soul\u00e8vement zapatiste de 1994. Son autonomie s'inscrit dans la continuit\u00e9 d'autres processus de lutte sociale aux niveaux \u00e9conomique et sociopolitique. La division de Chactoj en trois communaut\u00e9s est une pratique de Los Altos que l'on peut mettre en relation avec l'\u00e9mancipation ou la lib\u00e9ration politique et administrative, mais qui n'atteint pas l'autonomie communale dans ses dimensions id\u00e9ales, ni sur le plan \u00e9conomique, ni sur le plan social. En d'autres termes, l'autonomisation est en soi une pratique utopique parce qu'elle aspire \u00e0 des niveaux d'\u00e9mancipation qui sont (im)possibles dans les conditions actuelles (sans savoir si elles s'am\u00e9lioreront ou non dans le futur), et je crois qu'elle exige au moins deux efforts dans le pr\u00e9sent : associer davantage de pratiques quotidiennes qui l\u00e9gitiment ce processus et continuer \u00e0 couper les liens \u00e9conomiques et \u00e9ducatifs avec les institutions et les plates-formes du pouvoir gouvernemental.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rester soi-m\u00eame<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Quand je suis pass\u00e9 devant la maison de Jos\u00e9,<a class=\"anota\" id=\"anota20\" data-footnote=\"20\">20<\/a> Vers sept heures du matin, il m'a tr\u00e8s gentiment demand\u00e9 si j'avais pris mon petit-d\u00e9jeuner. Lui et Maria,<a class=\"anota\" id=\"anota21\" data-footnote=\"21\">21<\/a> et sa compagne, \u00e9taient en route pour Chenalh\u00f3. Je lui ai demand\u00e9 si nous n'allions plus tenir la r\u00e9union au centre communautaire. \u00c0 son \"non\" sec, j'ai compris qu'ils avaient encore oubli\u00e9 notre rendez-vous, et j'ai donc accept\u00e9 son offre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes assis sur de petites chaises en bois autour d'une petite table pr\u00e8s de la cuisini\u00e8re. Maria servait la nourriture, mais elle mangeait son assiette debout tout en continuant \u00e0 cuisiner. Jos\u00e9 m'a dit qu'ils n'\u00e9taient pas tr\u00e8s habitu\u00e9s aux \u00e9trangers, que des volontaires \u00e9taient arriv\u00e9s,<a class=\"anota\" id=\"anota22\" data-footnote=\"22\">22<\/a> mais pas tant que cela. Il a souri en racontant les blagues sur le piment qu'il partageait avec certains d'entre eux, montrant ainsi l'intimit\u00e9 de ces relations. Toutefois, il a d\u00e9clar\u00e9 qu'il n'avait pas <em>les<\/em> La Commission a d\u00e9clar\u00e9 qu'elle laissait entrer \"beaucoup\" de gens dans la communaut\u00e9 parce qu'ils ne venaient que pour profiter de la situation, pour obtenir des informations. Cela ressemblait \u00e0 un rejet de ma propre existence. C'est peut-\u00eatre pour cela qu'ils \u00e9vitent les entretiens formels. J'ai pens\u00e9 qu'il s'agissait d'un point d\u00e9licat et comme j'\u00e9tais \u00e9galement d'accord, j'ai dit oui, je comprenais pourquoi ils ne le faisaient pas. <em>nous<\/em> J'ai accept\u00e9 tant de choses. J'ai d'ailleurs accept\u00e9 l'alt\u00e9rit\u00e9 dans laquelle on m'a plac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons discut\u00e9 de l'\u00e9ducation des deux seules \u00e9tudiantes de l'\u00e9cole secondaire autonome.<a class=\"anota\" id=\"anota23\" data-footnote=\"23\">23<\/a> En fait, il me semblait que nous parlions des m\u00e9canismes internes de la coh\u00e9sion sociale, des strat\u00e9gies pour maintenir ou \"r\u00e9veiller\" les gens dans la communaut\u00e9. J'ai dit \u00e0 Maria que les filles \u00e9taient motiv\u00e9es et intelligentes, mais tr\u00e8s timides ; elles ne me posaient pratiquement pas de questions en classe. Jos\u00e9 m'a r\u00e9pondu qu'il \u00e9tait bon que je vienne les aider, que ma t\u00e2che d'\u00e9ducateur \u00e9tait \"d'am\u00e9liorer ce qu'elles ont d\u00e9j\u00e0\", mais qu'il serait bon que je leur dise - \"que je leur dise comme une recommandation\", a ajout\u00e9 Maria avec une assurance et un s\u00e9rieux remarquables - de ne pas oublier leurs racines, leur culture, leur langue, d'o\u00f9 elles viennent. Son visage \u00e9tait celui d'une autorit\u00e9 ind\u00e9niablement engag\u00e9e \u00e0 \u00e9viter que les deux filles ne s'int\u00e9ressent trop \u00e0 l'alt\u00e9rit\u00e9, \u00e0 ma culture par exemple. Il m'a dit qu'il n'\u00e9tait pas bon qu'elles \"pensent trop \u00e0 elles-m\u00eames\", qu'il \u00e9tait bon qu'elles apprennent davantage \u00e0 parler espagnol, que cela les aiderait plus tard, lorsqu'elles seraient plus professionnelles. Mais elle m'a pr\u00e9venue, sans perdre sa ponctualit\u00e9, de leur rappeler l'importance de \"continuer \u00e0 \u00eatre eux-m\u00eames\", \"tsotsiles\", et de ne pas se prendre pour des \"enfants\". <em>kaxlanes<\/em> (blanc, m\u00e9tis, ladino, non-autochtone).<\/p>\n\n\n\n<p>Maria remue la soupe qui chauffe dans la marmite, s'impr\u00e9gnant de la fum\u00e9e qui \u00e9mane de la cuisini\u00e8re. Elle \u00e9tait toujours attentive \u00e0 ce que nous disions. A tel point que c'est elle qui a termin\u00e9 les paroles de son compagnon en avertissant les filles de ne pas cesser de parler dans leur langue entre elles ou avec d'autres personnes, de ne pas \u00eatre g\u00ean\u00e9es maintenant qu'elles connaissaient l'espagnol. L'avertissement n'\u00e9tait pas pour le reproduire dans les oreilles des filles, mais pour que j'agisse aussi selon ce principe \u00e9thique et politique, ce devoir du sujet autonome.<\/p>\n\n\n\n<p>J'ai senti que toutes les recommandations \u00e9taient une demande claire : qu'ils gardent leur identit\u00e9 Tsotsil, je ne devais pas sugg\u00e9rer le contraire. Une strat\u00e9gie claire pour se souvenir ou d\u00e9velopper un \u00e9tat de conscience propre et collectif. Jos\u00e9 m'a fait remarquer que mon r\u00f4le \u00e9tait de les guider vers ce qu'ils savaient d\u00e9j\u00e0, car l'\u00e9veil de la conscience, la politisation du sujet communautaire, est associ\u00e9 \u00e0 l'engagement dans les r\u00e8gles de l'autonomie, dans l'exercice quotidien de l'identit\u00e9, comme le maintien de la langue maternelle face \u00e0 l'autre, dans l'engagement dans le respect de l'identit\u00e9, dans le respect des droits de l'homme, dans le respect des droits de l'homme, dans le respect des droits de l'homme. <em>kaxlan<\/em> En particulier, un exercice de r\u00e9sistance et de d\u00e9fense de l'alt\u00e9rit\u00e9 per\u00e7ue comme dangereuse, et m\u00eame de l'alt\u00e9rit\u00e9 qui n'est pas per\u00e7ue comme suspecte mais qui doit \u00eatre observ\u00e9e. En ce sens, une bonne communaut\u00e9 devrait suivre ces principes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9termin\u00e9 \u00e0 mourir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">En quittant \u00e0 pied le centre communautaire de <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> Sur le chemin du terrain de basket, situ\u00e9 \u00e0 San Isidro (\u00e0 environ 500 m), o\u00f9 se trouve \u00e9galement l'\u00e9cole autonome, j'ai demand\u00e9 \u00e0 Esteban combien de familles faisaient partie de l'autonomie. D'un ton sec, il m'a r\u00e9pondu qu'il y a quatre ou cinq ans, il y avait 30 \u00e0 32 familles, mais qu'aujourd'hui, il y en a environ 25 \u00e0 26.<a class=\"anota\" id=\"anota24\" data-footnote=\"24\">24<\/a> Il m'avoue avec une certaine amertume : \"plusieurs familles sont parties... elles cherchent de l'argent, elles vont \u00e0 Chactoj, avec le gouvernement\". D'autres membres de la communaut\u00e9 m'ont fait la m\u00eame remarque, sur un ton similaire, entre m\u00e9pris et d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 sur le terrain, il m'a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, autour de quelques verres de <em>v\u00e9role<\/em> Il a dit qu'il voulait continuer la lutte pour l'autonomie, qu'il ne partirait pas, que m\u00eame s'il restait pauvre, il allait mourir pauvre, mais dans la r\u00e9sistance. \u00c0 21 ans, la conviction qu'il exprimait \u00e9tait l'une des plus encourageantes et passionn\u00e9es que j'aie jamais entendues pour poursuivre \"le processus de lutte\" malgr\u00e9 les difficult\u00e9s \u00e9conomiques, professionnelles et de sant\u00e9. Son alcoolisme n'a pas, \u00e0 mon avis, d\u00e9motiv\u00e9 son authentique sentiment d'appartenance et de loyaut\u00e9 envers l'autonomie en tant que projet collectif ; mais il ne l'a pas favoris\u00e9 non plus, \u00e9tant donn\u00e9 que la consommation d'alcool est sanctionn\u00e9e, et pire encore pour lui qui, cette ann\u00e9e-l\u00e0, occupait un poste public (membre de la commission de l'\u00e9ducation).<\/p>\n\n\n\n<p>Il s'appelle Esteban G\u00f3mez. Pendant des ann\u00e9es, je l'ai vu participer \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements de la communaut\u00e9 : assembl\u00e9es, p\u00e8lerinages, tequio, agriculture, f\u00eates, entre autres, mais toujours en imitant les autres, sans se distinguer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons jou\u00e9 au basket pendant un moment, seuls, heureux, avec un ballon d\u00e9gonfl\u00e9, sans respecter aucune r\u00e8gle \"officielle\". Je lui ai demand\u00e9 s'il allait envoyer sa fille de deux ans dans une \u00e9cole ind\u00e9pendante et il m'a r\u00e9pondu par l'affirmative. Sa r\u00e9ponse positive \u00e9tait accompagn\u00e9e de quelque chose qui m'a surpris : il a dit qu'il voulait \"apprendre plus\", qu'il voulait apprendre \u00e0 jouer de la guitare, \u00e0 \u00e9tudier l'espagnol, \u00e0 le parler \"tr\u00e8s bien\" ; il voulait continuer \u00e0 \u00e9tudier \u00e0 l'\u00e9cole, terminer son \u00e9cole primaire. Le grand mur qu'il m'a fait remarquer \u00e9tait \"mais avec une femme et un enfant, on ne peut pas faire \u00e7a\".<\/p>\n\n\n\n<p>Je n'ai pas remarqu\u00e9 de tristesse \u00e0 ce sujet, mais j'ai remarqu\u00e9 un d\u00e9sir de ne pas rester exclusivement dans le domaine du travail ; il m'a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises qu'il voulait continuer \u00e0 apprendre davantage : il voulait jouer de la guitare, danser, aller \u00e0 des f\u00eates, boire, \u00e9tudier. Il avait 15 ans et sa femme en avait 11 ou 12 lorsqu'ils se sont mari\u00e9s. Ils sont mari\u00e9s depuis six ans et n'ont qu'une fille. Je l'ai interrog\u00e9 sur son travail et il m'a dit qu'il s'en sortait parfois bien, parfois moins bien, mais qu'il avait d\u00e9j\u00e0 tout, femme, enfant, mais qu'il voulait plus... et il a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ses d\u00e9sirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois plus tard, il m'a avou\u00e9 qu'il avait song\u00e9 \u00e0 \u00e9migrer \"au nord\" (\u00c9tats-Unis d'Am\u00e9rique), mais que son p\u00e8re ne l'avait pas laiss\u00e9 partir. Des ann\u00e9es plus tard, il n'y pense plus, mais il croit que l\u00e0-bas on peut gagner beaucoup d'argent, \u00e0 condition d'\u00e9viter \"la boisson et les femmes\", sinon \"on revient pauvre\". Son autor\u00e9gulation est soutenue par ces valeurs communautaires en <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>Le projet s'inscrit clairement dans un contexte catholique, qui promeut la vie de famille et le r\u00f4le du p\u00e8re en tant que pourvoyeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces petites histoires m'ont incit\u00e9 \u00e0 constater que lui et d'autres membres de la communaut\u00e9 de la <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> n'absolutisent pas leur vie dans le travail politique, ni que leur seule et plus forte motivation dans la vie est la lutte pour l'autonomie. Esteban refl\u00e8te un sujet autonome plus r\u00e9aliste, qui reste fid\u00e8le au collectif, mais qui conna\u00eet les pratiques non id\u00e9ales de l'autonomie (recevoir de l'argent du gouvernement, boire de l'alcool, d\u00e9sint\u00e9grer la famille), certains r\u00e9f\u00e9rents de l'anti-utopie (suivre le \"mauvais gouvernement\", trahir la communaut\u00e9, s'allier avec les partis politiques) et les id\u00e9aux du -jeune- sujet, trahir la communaut\u00e9, s'allier aux partis politiques) et les id\u00e9aux du jeune sujet autonome (trouver la dignit\u00e9 dans la vie m\u00eame si l'on souffre de la pauvret\u00e9, faire confiance \u00e0 l'\u00e9ducation autonome, avoir de l'espoir et de la conviction pour sa propre famille, pour l'autonomie, m\u00eame dans l'impuissance et l'incertitude).<\/p>\n\n\n\n<p>Les aspirations d'Esteban, outre celle de militer jusqu'\u00e0 la mort, sont li\u00e9es \u00e0 son pass\u00e9 et \u00e0 la tradition qui le marque, cette condition inexorable d'un homme adulte responsable qui apprend \u00e0 rejeter les d\u00e9sirs individuels \"juv\u00e9niles\" et assume une paternit\u00e9 \u00e9conomique avec sa famille, et symbolique avec l'autonomie. Cependant, la tradition elle-m\u00eame offre une s\u00e9curit\u00e9 conceptuelle au d\u00e9sir d'Esteban \"d'en savoir plus\", qui se pr\u00e9sente \u00e9galement comme une nostalgie de l'autre vie : c'est la certitude que la vie communautaire est une vie qui a un sens. En fin de compte, cette expression authentique de non-conformit\u00e9 avec ses responsabilit\u00e9s collectives se soumet au r\u00f4le qui favorise le sens de la vie communautaire pour avoir \"tout\".<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 son enthousiasme et son d\u00e9vouement au pr\u00e9sent et \u00e0 l'avenir de l'autonomie, les espoirs de changement de g\u00e9n\u00e9ration n'ont pas \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en Esteban. Je ne sais pas si c'est \u00e0 cause de sa \"pr\u00e9sence passive\" en public, mais la figure id\u00e9ale pour la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait l'un de ses fr\u00e8res, qui poss\u00e9dait une distinction sociale favorable \u00e0 l'autonomie : le charisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le leader qui n'\u00e9tait pas<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Lorsque le chauffeur du \"vocho\" (Volkswagen) est sorti, j'ai remarqu\u00e9 quelque chose d'inhabituel dans son comportement, \u00e9tait-ce sa d\u00e9marche, son sourire peu timide, sa ma\u00eetrise de l'espace ? D\u00e8s le d\u00e9but, il a \u00e9t\u00e9 hilarant avec ceux qui l'attendaient, son professeur de cat\u00e9chisme, deux cat\u00e9chistes de la communaut\u00e9 Vochojvo' (tous deux \u00e2g\u00e9s de 20 \u00e0 25 ans) et moi-m\u00eame. Il nous a accueillis avec encouragement, surtout moi, l'\u00e9tranger, en plaisantant. Il \u00e9tait joyeux, enthousiaste et apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 de s\u00e9rieuses excuses \u00e0 son professeur, qui n'a pas appr\u00e9ci\u00e9 le retard, nous nous sommes mis en route pour le voyage de <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>JXun est un sacr\u00e9 personnage ! Pendant le voyage, il \u00e9tait agit\u00e9, jovial et bavard ; contrairement \u00e0 ses camarades de classe, qui sont rest\u00e9s silencieux pendant la majeure partie du trajet et m'ont \u00e0 peine adress\u00e9 un mot (nous \u00e9tions tous les trois sur la banquette arri\u00e8re). jXun, au contraire, n'arr\u00eatait pas de parler, anim\u00e9 par le partage de situations quotidiennes, sans message strict, me semble-t-il. D\u00e9finitivement diff\u00e9rent de ses compagnons. La cat\u00e9chiste ne prenait pas beaucoup de plaisir \u00e0 sa com\u00e9die, mais elle semblait s'en accommoder. Pour ma part, je commen\u00e7ais \u00e0 \u00eatre fascin\u00e9 par sa fa\u00e7on particuli\u00e8re de se divertir et de se socialiser.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, jXun semblait \u00eatre un interlocuteur typique de sa communaut\u00e9. Ses parents sont n\u00e9s \u00e0 Chactoj, mais son grand-p\u00e8re est venu d'une autre communaut\u00e9 voisine. jXun est mari\u00e9 \u00e0 une jeune fille locale, plus jeune que lui, avec laquelle il a trois enfants. Lorsque je l'ai rencontr\u00e9, il avait 24 ans. Il \u00e9tait cat\u00e9chiste \u00e0 <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> et a \u00e9t\u00e9 le promoteur de l'\u00e9ducation pour l'\u00e9cole autonome pendant cinq ans. Bien qu'il sache cultiver sa milpa comme la plupart de ses voisins de la communaut\u00e9, d'autres m\u00e9tiers occupent la majeure partie de son temps et lui procurent l'essentiel de ses revenus. Dans son oralit\u00e9, il tenait un discours sur l'importance de l'autonomie, parlait le tsotsil et \u00e9tait catholique. Jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, quelques caract\u00e9ristiques de leadership et de particularit\u00e9 se sont d\u00e9gag\u00e9es, bien que son profil soit traditionnel et tr\u00e8s similaire \u00e0 celui des autres membres de la communaut\u00e9.<a class=\"anota\" id=\"anota25\" data-footnote=\"25\">25<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame jour, sur le chemin du retour, dans le m\u00eame vocho, il m'a racont\u00e9 sa vie. Il avait travaill\u00e9 comme traducteur, \u00e9ducateur, pharmacien en apprentissage comme hom\u00e9opathe, pr\u00e9parant des pr\u00e9parations et les vendant, musicien auteur-compositeur-interpr\u00e8te dans un groupe dans les rues de San Crist\u00f3bal, jouant dans les bars locaux, serveur dans des restaurants, ouvrier dans les champs de Tierra Caliente et de Los Altos, entre autres. Il m'a parl\u00e9 de ses diff\u00e9rentes liaisons amoureuses, de ses conqu\u00eates et de son premier mariage, ainsi que des probl\u00e8mes de ce dernier et de la s\u00e9paration avec sa premi\u00e8re fille ; il a d\u00e9crit avec une grande dr\u00f4lerie la fa\u00e7on dont il a achet\u00e9 la voiture, entre dettes, doutes et jongleries pour la payer ; et ses \"probl\u00e8mes avec l'alcool\", ainsi que quelques cons\u00e9quences malheureuses dans le vocho (accidents). Au cours de la visite, il m'a parl\u00e9 avec enthousiasme de la passion qu'il mettait dans chaque travail, des erreurs qu'il admettait avoir commises dans ses relations sociales et professionnelles, de ses nouveaux projets, des personnes qu'il avait rencontr\u00e9es, de ses voyages, et m\u00eame de son d\u00e9go\u00fbt de vivre l\u00e0 o\u00f9 il vit, \u00e0 <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>. Tout cela en une demi-heure de discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rents emplois qu'il a occup\u00e9s et ses voyages au Chiapas et dans d'autres \u00c9tats du pays ont montr\u00e9 ses dons artistiques et ses int\u00e9r\u00eats personnels, sa ma\u00eetrise de l'espagnol et son d\u00e9sir d'apprendre d'autres langues \u00e9trang\u00e8res \u00e9taient dignes d'un sujet d'\u00e9tude. Dans son r\u00e9cit, jXun est le personnage principal, le h\u00e9ros, bien qu'il semble \u00eatre plut\u00f4t un anti-h\u00e9ros en voie de gu\u00e9rison parce qu'il reconna\u00eet avoir pris des d\u00e9cisions indignes d'un cat\u00e9chiste, d'un personnage public de sa communaut\u00e9. Cependant, il est \u00e9galement vrai qu'il s'attribuait autant de vertus que possible. J'ai \u00e9cout\u00e9 tr\u00e8s attentivement ses histoires, dont un tiers pouvait \u00eatre exag\u00e9r\u00e9, un tiers pouvait ne pas \u00eatre le sien, et un tiers pouvait \u00eatre motiv\u00e9 par son ego expos\u00e9 \u00e0 un \u00e9tranger ; mais je n'ai pas m\u00e9dit\u00e9 sur la v\u00e9racit\u00e9 ou non des histoires, mais sur le r\u00e9cit qu'il construisait de sa propre vie, refl\u00e9tant la fa\u00e7on dont il souhaitait se pr\u00e9senter au public. <em>\u00eatre<\/em> vu, diff\u00e9rent des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis sortie de la voiture et j'ai dit au revoir. C'\u00e9tait la derni\u00e8re fois que je lui parlais avant longtemps.<a class=\"anota\" id=\"anota26\" data-footnote=\"26\">26<\/a> Apr\u00e8s la fin de l'ann\u00e9e scolaire 2016, \u00e0 laquelle il n'a pas particip\u00e9, jXun est devenu un personnage insaisissable dans la vie publique de la communaut\u00e9, assumant son r\u00f4le de cat\u00e9chiste, mais s'\u00e9loignant de plus en plus des assembl\u00e9es communautaires. Sa pr\u00e9sence, ainsi que celle de sa femme et de ses enfants, se fait de plus en plus absente. L'ann\u00e9e suivante, il a quitt\u00e9 d\u00e9finitivement la communaut\u00e9 autonome pour rejoindre San Isidro en tant que cat\u00e9chiste principal. En 2018, j'ai appris d'un membre de la communaut\u00e9 qu'il n'\u00e9tait m\u00eame plus au Chiapas, mais qu'il \u00e9tait parti travailler \u00e0 Guerrero, d'apr\u00e8s ce que j'avais entendu dans les r\u00e9unions paroissiales de Zinacant\u00e1n.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que personne ne le mentionne ouvertement, quand on parlait de jXun, il y avait une certaine dose de suspicion et de regret. Ce n'est pas \u00e9tonnant, car il \u00e9tait l'un des exemples les plus charismatiques de la communaut\u00e9 et, comme le dit \u00e0 juste titre le fr\u00e8re Iribarren, les espoirs d'un renouveau g\u00e9n\u00e9rationnel reposaient sur lui : \"Il avait de la force en mati\u00e8re religieuse, sociale, politique et \u00e9ducative, il \u00e9tait comme l'animateur [...] Je ne sais pas s'ils ont voulu baisser sa garde \u00e0 un moment donn\u00e9 et alors il s'est rebell\u00e9\" (Fr\u00e8re Pablo, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9part de jXun, bien que graduel et proc\u00e9dural, a \u00e9t\u00e9 puissant pour l'\u00e9tat d'esprit de la population. Il ne s'agissait pas seulement du d\u00e9part d'un leader potentiel, mais son d\u00e9part \u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 un affaiblissement de sa conscience, \u00e0 une trahison du collectif pour satisfaire des besoins \u00e9conomiques, qu'il avait d'ailleurs. En outre, il s'est li\u00e9 \u00e0 des partis politiques, ce que les membres de la communaut\u00e9 ont interpr\u00e9t\u00e9 comme un \"travail de contre-insurrection\". Le pire, selon un commentaire de Gregorio, un autre membre de la communaut\u00e9, est qu'il s'est \"laiss\u00e9 berner\" en \u00e9tant cat\u00e9chiste, en acceptant l'offre des \"partis politiques\" (c'est-\u00e0-dire en acceptant d'\u00eatre b\u00e9n\u00e9ficiaire des projets sociaux du gouvernement) et en convainquant un autre cat\u00e9chiste de faire de m\u00eame (Gregorio, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e de \"se laisser tromper\" est tout \u00e0 fait li\u00e9e \u00e0 plusieurs \u00e9l\u00e9ments que j'ai expos\u00e9s plus haut \u00e0 propos des pratiques qui placent sur un horizon de d\u00e9sespoir ou d'anti-utopie : ces pratiques qui d\u00e9couragent le d\u00e9veloppement d'un esprit d'\u00e9quipe et d'un esprit d'\u00e9quipe. <em>prix<\/em> de leur communaut\u00e9. Le choc \u00e9motionnel a \u00e9t\u00e9 double en raison des personnes qui sont parties et de la mani\u00e8re dont elles sont parties. Le d\u00e9part des deux \u00e9tudiants n'a fait l'objet d'aucune r\u00e9primande ; la politique interne ne consiste pas \u00e0 exiger la permanence, mais \u00e0 la recommander. Mais une fois la d\u00e9cision prise, il n'y a pas eu de retour en arri\u00e8re. Les deux sont devenus l'autre.<\/p>\n\n\n\n<p>jXun repr\u00e9sentait un jeune n\u00e9 et \u00e9lev\u00e9 dans la lutte pour l'autonomie ; c'\u00e9tait un jeune homme qui avait vu les conflits internes entre les communaut\u00e9s, un jeune homme issu d'une famille politiquement active. Il \u00e9tait per\u00e7u comme un leader int\u00e9ress\u00e9 par sa communaut\u00e9, form\u00e9 \u00e0 l'\u00e9cole et \u00e0 l'universit\u00e9. <em>pour<\/em> sa communaut\u00e9 : cat\u00e9chiste, \u00e9ducateur, Tsotsil, charismatique. Le d\u00e9sespoir provoqu\u00e9 par son d\u00e9part a marqu\u00e9 un constat s\u00e9v\u00e8re pour celle qui allait le remplacer dans son travail \u00e9ducatif : Carmela.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le successeur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Ma s\u0153ur est la premi\u00e8re \u00e0 avoir voulu aller \u00e0 l'\u00e9cole primaire quand elle \u00e9tait petite et je ne voulais pas y aller. Quand j'y suis all\u00e9e seule, je suis all\u00e9e avec elle [pour l'accompagner] et elle a arr\u00eat\u00e9 d'\u00e9tudier et je suis rest\u00e9e [\u00e0 l'\u00e9cole primaire]. Oui, j'aime beaucoup [apprendre], la seule chose que je ne veux pas arr\u00eater, c'est d'\u00e9tudier [elle dit cela en riant et en souriant] (Carmela, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Il jouit d'une bonne r\u00e9putation au sein de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> Le souhait le plus concret est que les enfants aillent \u00e0 l'\u00e9cole - beaucoup de jeunes entre 15 et 30 ans, dont Carmela, ont fait leurs \u00e9tudes primaires dans des \u00e9coles officielles - mais le souhait le plus concret est qu'ils re\u00e7oivent une \u00e9ducation autonome, m\u00eame si la gestion et la planification de cette \u00e9ducation incombent surtout aux \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les autorit\u00e9s de ces ann\u00e9es-l\u00e0, les \u00e9tudes formelles ne favorisent pas un apprentissage significatif, car elles associent l'\u00e9ducation publique \u00e0 la violence. Comme Maria me l'a fait remarquer lors de l'activit\u00e9 de cl\u00f4ture de l'ann\u00e9e scolaire en 2017, les enseignants des \u00e9coles formelles sont violents envers les \u00e9l\u00e8ves indig\u00e8nes et ne se soucient pas de savoir si les enfants apprennent bien l'espagnol ou non. C'est pourquoi un \"enseignant\" local, jXun, a \u00e9t\u00e9 choisi, et lorsqu'il est parti, cette m\u00eame logique s'est poursuivie avec Carmela.<\/p>\n\n\n\n<p>Carmela semblait \u00eatre le successeur id\u00e9al en raison de son charisme et de son autonomie. Dans la maison de ses parents, son p\u00e8re lui parlait en espagnol et de son travail en dehors de la communaut\u00e9, tandis que dans la maison de sa grand-m\u00e8re maternelle, tout \u00e9tait traditionnel et en tsotsil. Sa curiosit\u00e9 l'a pouss\u00e9e \u00e0 s'informer sur le monde ext\u00e9rieur comme sur le monde int\u00e9rieur, m'a-t-elle dit. En effet, elle \u00e9tait l'une des rares femmes - et jeunes femmes - \u00e0 affirmer vouloir poursuivre ses \u00e9tudes au-del\u00e0 de l'\u00e9cole primaire, voir les pyramides du Chiapas, se promener \u00e0 San Crist\u00f3bal et, en m\u00eame temps, r\u00e9pondre aux attentes de la communaut\u00e9 en mati\u00e8re de genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la diff\u00e9renciation qu'elle voit elle-m\u00eame et qu'elle \u00e9tablit avec ses d\u00e9sirs, la vie quotidienne de Carmela n'est pas \u00e9loign\u00e9e des pratiques et des r\u00f4les qu'elle a en tant que membre de cette communaut\u00e9 et en tant que femme : se lever \u00e0 cinq ou six heures du matin, pr\u00e9parer la nourriture, tisser, nettoyer, s'occuper de ses fr\u00e8res, des animaux, laver ses v\u00eatements et ceux de ses fr\u00e8res, tisser, aller au champ de ma\u00efs et r\u00e9p\u00e9ter (Carmela, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>L'\u00e9v\u00e9nement de l'enfance de Carmela (\u00e9pigraphe) \u00e9tait une <em>tournant <\/em>pour elle : elle a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle possibilit\u00e9 de vie, une ligne de vie alternative. Ce n'est pas par hasard qu'elle raconte l'histoire (r\u00e9historisation), fi\u00e8re et heureuse, refl\u00e9tant l'engagement significatif qu'elle a pour l'\u00e9ducation.<a class=\"anota\" id=\"anota27\" data-footnote=\"27\">27<\/a> Cela la distinguerait toujours du reste de ses cohabitants et favoriserait \u00e9galement un sens critique des r\u00e8gles qui la limitent dans la poursuite de ses d\u00e9sirs. Sa vie quotidienne, telle qu'elle la d\u00e9crit, l'associe davantage au r\u00f4le id\u00e9al que l'on attend d'elle en tant que jeune femme. La soumission au r\u00f4le, contrairement \u00e0 Esteban, est en ce sens plus forte que sa distanciation du r\u00f4le lorsqu'elle critique les autorit\u00e9s (Goffman, 1961). Par exemple, lorsqu'elle n'est pas autoris\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir elle-m\u00eame des relations avec des agents ext\u00e9rieurs ou \u00e0 proposer ses propres id\u00e9es pour l'enseignement des cours, ou lorsqu'elle refuse d'assister aux r\u00e9unions de l'\u00e9cole. <span class=\"small-caps\">cideci<\/span>,<a class=\"anota\" id=\"anota28\" data-footnote=\"28\">28<\/a> parmi d'autres d\u00e9cisions consid\u00e9r\u00e9es comme individualistes (comme le rouge \u00e0 l\u00e8vres ou la teinture des cheveux).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2017, j'ai demand\u00e9 \u00e0 Carmela quel \u00e9tait son projet d'avenir. Elle m'a fait part des deux possibilit\u00e9s qu'elle entrevoyait : \"\u00c0 quoi je pense, dois-je rester \u00e0 l'\u00e9cole ou dois-je me marier ? La deuxi\u00e8me possibilit\u00e9 est celle, habituelle, de <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span> et d'autres communaut\u00e9s rurales du Chiapas : les filles arr\u00eatent d'\u00e9tudier lorsqu'elles \"se mettent ensemble\". Pour elle, \u00e0 l'\u00e2ge de 18 ans, son projet ne fait aucun doute : continuer \u00e0 \u00e9tudier. Cependant, deux \u00e9l\u00e9ments p\u00e8sent sur elle : la tradition et le d\u00e9sir de rester autonome. Il suffit de dire que pendant ses deux ann\u00e9es de promotion de l'\u00e9ducation, elle a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e un nombre incalculable de fois pour ses d\u00e9cisions \"individualistes\" dans sa fa\u00e7on d'\u00eatre, de parler, de s'habiller et d'interagir avec les \u00e9trangers de la communaut\u00e9. Elle ne r\u00e9pondait pas au devoir d'\u00eatre de la communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m'a avou\u00e9 un jour que son plus grand d\u00e9sir \u00e9tait d'\u00e9tudier le droit, mais qu'elle ignorait totalement comment fonctionnait le syst\u00e8me des dipl\u00f4mes de l'enseignement secondaire, du lyc\u00e9e ou de l'universit\u00e9. Ses parents l'encourageaient \u00e0 poursuivre ses \u00e9tudes et \u00e0 enseigner dans l'\u00e9cole \u00e0 charte, mais les tensions internes et l'angoisse personnelle s'intensifiaient. \u00c0 la fin de l'ann\u00e9e 2018, sa famille est devenue une autre famille \u00e0 abandonner le projet d'autonomie. Ils n'ont pas d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, ils ne se sont pas dispers\u00e9s, ils n'ont pas vendu leurs terres, ils n'ont pas cess\u00e9 de croire au zapatisme. Ils sont simplement sortis de <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>. Le concept, les alliances et les r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La fermeture. Les fissures de l'avenir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Lorsque j'ai demand\u00e9 \u00e0 Mariano, qui \u00e9tait \u00e0 l'\u00e9poque l'un des chefs de file de l'Union europ\u00e9enne, ce qu'il en pensait. <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>Il m'a expliqu\u00e9 ce que signifiait la communaut\u00e9 dans sa langue : \"[...] la communaut\u00e9 signifie que les familles sont toujours unies ; [...] elle signifie [...] que les familles sont toujours unies ; [...] qu'elles sont toujours unies. <em>lek<\/em> <em>svoloj baik, <\/em>ce qu'ils font <em>faire<\/em> en commun\" (Mariano, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Que \"les familles soient toujours unies\" est \u00e0 la fois un id\u00e9al et une r\u00e9alit\u00e9. <em>leitmotiv<\/em> pour l\u00e9gitimer l'importance du travail collectif et communautaire. Sans ce principe ou cette r\u00e8gle, la l\u00e9gitimit\u00e9 de vivre en autonomie, de faire les choses en commun, perdrait son pouvoir utopique. Compte tenu des exp\u00e9riences de d\u00e9sunion, de contre-insurrection, d'appauvrissement et de tensions territoriales, les param\u00e8tres de participation\/engagement \u00e0 l'autonomie sont stricts. C'est le d\u00e9fi de re-signifier la vie en autonomie, de vivre selon des r\u00e8gles communautaires dot\u00e9es de ce sens particulier de la vie, en tension constante entre l'id\u00e9al zapatiste d'horizontalit\u00e9 et les profondes racines hi\u00e9rarchiques locales.<\/p>\n\n\n\n<p>Je consid\u00e8re que ces conceptions (autonomie, communaut\u00e9, famille) sont dialogiques dans le mode de vie de l'homme. <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>Ceux-ci s'expriment comme une symbiose en constante d\u00e9finition, non pas en repr\u00e9sentant le pass\u00e9 ou le pr\u00e9sent, la tradition ou la modernit\u00e9, mais par la puissance utopique avec laquelle elle agit sur la vie de ces personnes. Suivre ces r\u00e9cits ou conceptions nous parle du devenir du sujet communautaire (<em>devenir<\/em>), de l'utopisation de la vie quotidienne comme plateforme de l\u00e9gitimation de l'autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur <em>Des luttes tr\u00e8s diff\u00e9rentes<\/em>Diff\u00e9rents auteurs parlent de l'autonomie comme de l'unit\u00e9 entre les volont\u00e9s personnelles et les int\u00e9r\u00eats collectifs. Par exemple, Stahler-Sholk parle de l'autonomie zapatiste comme celle qui \" revendique des principes \u00e9thiques et le droit de prendre ses propres d\u00e9cisions quant aux relations qui sont \u00e9tablies avec chaque instance et groupe \" (Baronnet, Stahler-Sholk et Mora Bayo, 2011 : 412). Ces strates doivent \u00eatre mises \u00e0 l'\u00e9preuve de leurs particularit\u00e9s. Sur <span class=\"small-caps\">sifflets<\/span>Comme le montrent les histoires que j'ai partag\u00e9es, les int\u00e9r\u00eats et les d\u00e9cisions des trois jeunes ont \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s et r\u00e9duits \u00e0 des \u00e9motions individuelles qui n'ont pas favoris\u00e9 les besoins collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00eaves d'Esteban, de jXun ou de Carmela, leurs d\u00e9sirs, leurs horizons de changement et d'arr\u00eat, ont toujours \u00e9t\u00e9 en dialogue avec les id\u00e9aux de l'\u00eatre autonome. En reconnaissant leurs renoncements individuels pour continuer \u00e0 vivre l'utopie communautaire, ils exposent les certitudes ou les r\u00e8gles suppos\u00e9es de leur soci\u00e9t\u00e9 : ce sont les charni\u00e8res wittgensteiniennes expos\u00e9es au questionnement, c'est la fronti\u00e8re du non-savoir, la fissure qui montre ce qui n'avait pas \u00e0 \u00eatre demand\u00e9 parce que c'\u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme acquis, sans qu'il soit n\u00e9cessaire d'en prendre conscience. Rappelons que l'exercice de l'autonomie collective est personnel et que cela implique de reconna\u00eetre la position sociale de chaque individu dans la communaut\u00e9, car il vit dans une matrice de structures sociales qui se croisent, une intersectionnalit\u00e9 qui fa\u00e7onne et affecte \u00e9galement sa position politique (Raekstad et Gradin, 2020 : 160).<\/p>\n\n\n\n<p>Tous trois ont connu des luttes internes, d\u00e9battant de leurs \u00e9motions et de leurs d\u00e9cisions par rapport \u00e0 ce qu'on attendait d'eux en termes d'autonomie. Alors qu'Esteban a choisi - et choisit toujours - de mettre ses pratiques au service de la r\u00e9alisation quotidienne de l'utopie communautaire, jXun et Carmela, en suivant leur propre rythme, sont devenus le d\u00e9sespoir, la peur de la fragmentation, l'alt\u00e9rit\u00e9 en dehors de l'horizon d\u00e9sir\u00e9 de l'autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les valeurs de l'autonomie : travail collectif (coop\u00e9rative), prise de d\u00e9cision communautaire (assembl\u00e9e), valorisation positive d'un h\u00e9ritage ancestral tsotsil, pratique du catholicisme \u00e0 leur mani\u00e8re, prise de distance avec les partis politiques ou les projets gouvernementaux, \u00e9lection de leurs propres autorit\u00e9s sont les exercices quotidiens de leur mode de vie actuel, ils sont aussi les bases fondamentales pour consid\u00e9rer qu'ils vivent l'autonomie, leur utopie, au pr\u00e9sent ; rester fid\u00e8le \u00e0 ces pratiques quotidiennes, c'est donc donner corps \u00e0 l'esp\u00e9rance et au sujet autonome.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Appadurai, Arjun (2013). The Future as Cultural Fact. Essays on the Global Condition (1a. ed.). Londres: Verso.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Baronnet, Bruno, Richard Stahler-Sholk y Mariana Mora Bayo (2011). Luchas \u201cmuy otras\u201d. Zapatismo y autonom\u00eda en las comunidades ind\u00edgenas de Chiapas. San Crist\u00f3bal de las Casas: Universidad Aut\u00f3noma Metropolitana\/<span class=\"small-caps\">ciesas\/unach<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bloch, Ernst (1977). El principio esperanza, vol 1. Madrid: Aguilar.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Calder\u00f3n M\u00f3lgora, Marco Antonio (2018). \u201cM\u00e9xico: de la educaci\u00f3n ind\u00edgena a la educaci\u00f3n rural\u201d. Historia y Memoria de la Educaci\u00f3n, 7, 153-190. https:\/\/doi.org\/10.5944\/hme.7.2018.18727<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Cancian, Frank (1992). The Decline of Community in Zinacantan. Stanford: Stanford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Crehan, Kate (1998). The Fractured Community. Landscapes of Power and Gender in Rural Zambia (1a. ed.). https:\/\/doi.org\/10.2307\/486237<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Das, Veena; Michael Jackson, Arthur Kleinman y Singh Bhrigupati (2014). The Ground Between. Durham: Duke University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Dinerstein, Ana; Daniel Contartese, Melina Deledicque, Juan Pablo Ferrero, Luciana Ghiotto y Rodrigo Pascual (2013). Movimientos sociales y atuonom\u00eda colectiva. La pol\u00edtica de la esperanza en Am\u00e9rica Latina. Buenos Aires: Capital Intelectual.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Federici, Silvia (2019). \u201cRe-enchanting the World: Feminism and the Politics of the Commons\u201d. The AAG Review of Books (vol. 8). https:\/\/doi.org\/10.1080\/2325548x.2020.1722464<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Giddens, Anthony (2011). \u201cElementos de la teor\u00eda de la estructuraci\u00f3n\u201d, en Jos\u00e9 Luis Etcheverry (ed.). La constituci\u00f3n de la sociedad. Bases para la teor\u00eda de la estructuraci\u00f3n (2 a. ed.). Buenos Aires: Amorrortu, p. 416.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Goffman, Erving (1961). Encounters: Two Studies in the Sociology of Interaction. (1a. ed.). https:\/\/doi.org\/10.2307\/2089837<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gonz\u00e1lez, Miguel (2002). \u201cAutonom\u00edas territoriales con permiso y sin permiso del Estado: an\u00e1lisis comparativo de los procesos auton\u00f3micos en Chiapas y Nicaragua\u201d, Bolet\u00edn de Antropolog\u00eda Americana, 38 (enero-diciembre), pp. 211-226. https:\/\/doi.org\/10.2307\/40978213<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014, Araceli Burguete Cal y Mayor y Pablo Ortiz T. (coords.) (2010). La autonom\u00eda a debate. Autogobierno ind\u00edgena y Estado plurinacional en Am\u00e9rica Latina. Quito: <span class=\"small-caps\">flacso<\/span>-Ecuador\/<span class=\"small-caps\">gtz\/iwgia\/ciesas\/unich<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gravante, Tommaso (2023). \u201cActivismo de base prefigurativo y futuros alternativos. Una propuesta de an\u00e1lisis\u201d, Andamios. Revista de Investigaci\u00f3n Social, 20 (51), pp. 133-166. https:\/\/doi.org\/10.29092\/uacm.v20i51.972<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Harvey, Neil (2000). La rebeli\u00f3n de Chiapas. M\u00e9xico: <span class=\"small-caps\">era<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Lefebvre, Henri (1991). Critique of Everyday Life. Vol. I (2a. ed). Londres- Nueva York: Verso\/New Left Books.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Lewis, Stephen E. (2020). Repensando el indigenismo mexicano. El Centro Coordinador del Instituto Nacional Indigenista en los Altos de Chiapas y el destino de un proyecto ut\u00f3pico. M\u00e9xico: <span class=\"small-caps\">unam<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Raekstad, Paul y Sofa Saio Gradin (2019). Prefigurative Politics. Building Tomorrow Today. Cambridge: Polity Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">S\u00e1nchez Mart\u00ednez, Luvia M.; Manuel R. Parra V\u00e1zquez y Carla B. Zamora Lomel\u00ed (2022). \u201cAutonom\u00eda de los pueblos ind\u00edgenas latinoamericanos. Estudios de caso comparativo entre Chil\u00f3n (M\u00e9xico) y Charagua (Bolivia)\u201d, Latinoam\u00e9rica, 75, pp. 93-121.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Velasco Cruz, Sa\u00fal (2003). \u201cLa autonom\u00eda ind\u00edgena en M\u00e9xico. Una revisi\u00f3n del debate de las propuestas para su aplicaci\u00f3n pr\u00e1ctica\u201d, Perspectivas Te\u00f3ricas, pp. 71-99.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Viqueira, Juan Pedro y Willibald Sonnleitner, (2000). Democracia en tierras indigenas: elecciones en los Altos de Chiapas, 1991-1998. M\u00e9xico: <span class=\"small-caps\">colmex<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Wittgenstein, Ludwig (1999). Investigaciones filos\u00f3ficas. Barcelona: Altaya.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Del\u00e1zkar Noel Rizo Guti\u00e9rrez<\/em>. Nicaraguayen. Docteur en anthropologie sociale de <span class=\"small-caps\">ciesas<\/span>Sud-est (2019). Rattach\u00e9 \u00e0 l'Universidad Aut\u00f3noma Chapingo, Chiapas branch. Candidat pour <span class=\"small-caps\">sni<\/span>post-doctorant \u00e0 l'Institut de recherche sur les maladies infectieuses de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">unam<\/span> (2020-2022) ; boursier postdoctoral par <span class=\"small-caps\">conahcyt<\/span> (2022-2024). Centres d'int\u00e9r\u00eat : ethnographie, futurs, utopies, r\u00e9cits environnementaux ; temporalit\u00e9s, \u00e9thique, humour. Membre de groupes de travail et de s\u00e9minaires : R\u00e9seau d'\u00e9tudes sur les communaut\u00e9s, les utopies et les futurs (<span class=\"small-caps\">riocomun<\/span>), groupe de travail de l'Association latino-am\u00e9ricaine d'anthropologie ; s\u00e9minaire sur l'anthropologie de l'espace extra-atmosph\u00e9rique ; groupe de travail sur l'humour, le rire et les hi\u00e9rarchies.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L'objectif de ce texte est de discuter des pratiques, des r\u00e8gles, des horizons d'espoir et de d\u00e9senchantement dans la composition de l'autonomie communautaire \u00e0 San Isidro de la Libertad, Chiapas, \u00e0 partir de mon exp\u00e9rience ethnographique et des exp\u00e9riences de trois jeunes membres de la communaut\u00e9. Certaines pratiques locales conf\u00e8rent un pouvoir politique au projet d'autonomie : la fabrication de la milpa, la c\u00e9l\u00e9bration des saints, la tenue d'assembl\u00e9es, les repas en famille, entre autres. La re-signification de ces pratiques dans un r\u00e9cit collectif du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et de l'avenir de la localit\u00e9 est un processus inachev\u00e9 que j'appelle \"utopisation de la vie traditionnelle\". \u00c0 leur tour, ces pratiques fa\u00e7onnent le sujet id\u00e9al de leur utopie communautaire, un sujet qui incarne l'espoir mais qui refl\u00e8te, g\u00e9n\u00e8re et d\u00e9coule de multiples fragmentations.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[279],"tags":[1269,1285,1259,1284,1286],"coauthors":[551],"class_list":["post-38940","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-279","tag-autonomia","tag-certezas","tag-comunidad","tag-fragmentacion","tag-utopias-cotidianas","personas-rizo-gutierrez-delazkar-noel","numeros-1267"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Componer y fragmentar la utop\u00eda comunitaria &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Este texto es discute pr\u00e1cticas, reglas y horizontes en la composici\u00f3n de la autonom\u00eda comunitaria de San Isidro de la Libertad, Chiapas.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/delazkar-utopias-cotidianas-certezas-fragmentacion-autonomia-comunidad\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Componer y fragmentar la utop\u00eda comunitaria &#8211; Encartes\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Este texto es discute pr\u00e1cticas, reglas y horizontes en la composici\u00f3n de la autonom\u00eda comunitaria de San Isidro de la Libertad, Chiapas.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/delazkar-utopias-cotidianas-certezas-fragmentacion-autonomia-comunidad\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Encartes\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-09-20T16:50:01+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-10-07T19:33:42+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Written by\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/delazkar-utopias-cotidianas-certezas-fragmentacion-autonomia-comunidad\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/delazkar-utopias-cotidianas-certezas-fragmentacion-autonomia-comunidad\/\"},\"author\":{\"name\":\"Arthur Ventura\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/97215bba1729028a4169cab07f8e58ef\"},\"headline\":\"Componer y fragmentar la utop\u00eda comunitaria. 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