{"id":38633,"date":"2024-03-21T11:00:50","date_gmt":"2024-03-21T17:00:50","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=38633"},"modified":"2024-03-21T11:00:50","modified_gmt":"2024-03-21T17:00:50","slug":"bedoya-visualidad-mareros-periodicos-posguerra-guatemala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/bedoya-visualidad-mareros-periodicos-posguerra-guatemala\/","title":{"rendered":"R\u00e9gimes scopiques d'une nouvelle guerre : photographies de mareros dans la note rouge de l'apr\u00e8s-guerre au Guatemala."},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Depuis le milieu des ann\u00e9es 1990, les journaux guat\u00e9malt\u00e8ques publient des photographies d'hommes tatou\u00e9s identifi\u00e9s comme des mareros. La mobilisation de ces photographies joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans la socialisation des id\u00e9es sur l'identit\u00e9 et les activit\u00e9s de ces individus, conduisant \u00e0 la formation d'un regard public sur la criminalit\u00e9 comme ph\u00e9nom\u00e8ne concomitant de l'apr\u00e8s-guerre. La formation de ce regard public, \u00e0 son tour, est devenue un \u00e9l\u00e9ment nodal d'une nouvelle contre-insurrection sous la forme de la lutte contre la criminalit\u00e9, dont la nota roja a \u00e9t\u00e9 l'un des dispositifs rh\u00e9toriques. La discussion que je propose se concentre sur la performance des deux journaux repr\u00e9sentatifs du genre : <em>Al D\u00eda<\/em> et <em>Nuestro Diario<\/em>et se limite \u00e0 la d\u00e9cennie 1996-2005.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/guatemala\/\" rel=\"tag\">Guatemala<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/mareros\/\" rel=\"tag\">gangs<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/nota-roja\/\" rel=\"tag\">note rouge<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/nueva-contrainsurgencia\/\" rel=\"tag\">nouvelle contre-insurrection<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/posguerra\/\" rel=\"tag\">apr\u00e8s-guerre<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/visualidad\/\" rel=\"tag\">visualit\u00e9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\">visualit\u00e9s d'une nouvelle guerre : photographies de mareros dans le journalisme \u00e0 sensation dans le Guatemala de l'apr\u00e8s-guerre civile<\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-text abstract\">Depuis le milieu des ann\u00e9es 1990, les journaux guat\u00e9malt\u00e8ques publient des photos d'hommes tatou\u00e9s identifi\u00e9s comme des <em>gangs<\/em> (membres de gangs). Le d\u00e9ploiement de ces photographies a permis de diffuser des id\u00e9es sur l'identit\u00e9 et les activit\u00e9s de ces sujets, forgeant ainsi une vision publique de la criminalit\u00e9 en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne li\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode d'apr\u00e8s-guerre. Fa\u00e7onner cette perspective publique est devenu une nouvelle forme de contre-insurrection contre la criminalit\u00e9, et le sensationnalisme s'est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre un outil rh\u00e9torique essentiel. La discussion se concentre sur deux journaux \u00e0 sensation, <em>Al D\u00eda et Nuestro Diario<\/em>et couvre la p\u00e9riode 1996-2005.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots-cl\u00e9s : <em>gangs<\/em>Les membres de gangs, la visualit\u00e9, le journalisme \u00e0 sensation, l'apr\u00e8s-guerre civile, la nouvelle contre-insurrection, le Guatemala.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Les photographies de membres de gangs dans les journaux guat\u00e9malt\u00e8ques sont apparues dans le cadre d'un angle d'actualit\u00e9 sp\u00e9cifique : actualit\u00e9s sur les gangs, actualit\u00e9s relatant des \u00e9v\u00e9nements violents et des comportements criminels perp\u00e9tr\u00e9s par des membres de gangs. Les deux journaux qui ont le plus r\u00e9guli\u00e8rement fait conna\u00eetre les mareros sont <em>Al D\u00eda<\/em> et<em> Notre journal.<\/em> Le premier est apparu en 1996 et l'autre en 1998. <em>Al D\u00eda<\/em> a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 de la circulation en 2013 ; <em>Nuestro Diario<\/em> est toujours d'actualit\u00e9. Tous deux sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans les nouvelles rouges et les sports, sujets qui leur ont valu la faveur des lecteurs de classe inf\u00e9rieure et peu scolaris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le style photographique marero n'est pas propre au Guatemala, il serait donc erron\u00e9 d'en attribuer la cr\u00e9ation aux journaux. \u00c9tant donn\u00e9 que les mareros sont depuis le d\u00e9but un ph\u00e9nom\u00e8ne criminel transnational, le style photographique doit \u00eatre situ\u00e9 dans des champs de visualit\u00e9 \u00e9galement transnationalis\u00e9s, aliment\u00e9s par la rh\u00e9torique sur les membres de gangs dans le syst\u00e8me carc\u00e9ral californien, la fiction cin\u00e9matographique, les syst\u00e8mes de surveillance de l'immigration, et ainsi de suite. Si la reconstruction de ces champs transnationalis\u00e9s de la visualit\u00e9 publique est une t\u00e2che analytiquement stimulante, mon objectif est ici de mettre en lumi\u00e8re leurs configurations locales en \u00e9tudiant l'\u00e9mergence et la consolidation des mareros dans la nota roja guat\u00e9malt\u00e8que au cours de la d\u00e9cennie qui a suivi la signature de l'Accord pour une paix ferme et durable de 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>L'emballage de ce que j'ai appel\u00e9 les \" nouvelles des gangs \" dans les journaux rouges peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9, en premier lieu, comme un effet de l'\u00e9volution ordinaire de la publicit\u00e9 sur la criminalit\u00e9. Les journaux, selon Picatto (2001 et 2017), existent aussi pour g\u00e9n\u00e9rer des revenus et transmettre des informations. De m\u00eame, on pourrait affirmer que l'arriv\u00e9e des mareros dans les nouvelles r\u00e9sulte de la d\u00e9pendance des journaux \u00e0 l'\u00e9gard de la source polici\u00e8re. De ce point de vue, on pourrait affirmer que si les journaux publient des informations sur les gangs, c'est parce que les protagonistes des \u00e9v\u00e9nements enregistr\u00e9s par la police sont des membres de gangs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, si nous nous int\u00e9ressons aux effets politiques produits par la publicit\u00e9 des nouvelles, nous aurons une r\u00e9ponse analytique plus complexe. Dans cet article, j'aborde la couverture m\u00e9diatique des mareros dans le but d'expliquer comment la mobilisation de photographies d'hommes tatou\u00e9s dans les journaux et leur utilisation pour faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'affiliation criminelle ont eu une influence d\u00e9cisive sur les processus de s\u00e9lection pr\u00e9ventive des groupes de population, qui ont \u00e9t\u00e9 encapsul\u00e9s dans un type social reconnaissable \u00e0 travers une s\u00e9mantique corporelle bas\u00e9e sur le port de tatouages.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Guatemala, c'est la police qui a commenc\u00e9 \u00e0 s'int\u00e9resser aux corps tatou\u00e9s et \u00e0 les utiliser comme r\u00e9f\u00e9rence pour les comportements criminels. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 le faire \u00e0 partir de 1997 et 1998 dans le contexte du renforcement des politiques de contr\u00f4le de la criminalit\u00e9 urbaine de bas niveau. Ainsi, au d\u00e9but, les photographies semblaient servir des objectifs de maintien de l'ordre et de contr\u00f4le (Sekula, 1986). Par la suite, la police a interpr\u00e9t\u00e9 ses rencontres avec les mareros en s'appuyant sur des flux d'informations qui mettaient \u00e0 jour l'\u00e9tat des gangs en Californie et ailleurs en Am\u00e9rique centrale, o\u00f9, disait-on, ils g\u00e9n\u00e9raient des niveaux \u00e9lev\u00e9s de violence. \u00c0 partir de l\u00e0, le contr\u00f4le policier s'est appuy\u00e9 sur la saisie des corps, comme s'ils d\u00e9tenaient les cl\u00e9s pour d\u00e9chiffrer la malignit\u00e9 sociale qu'ils esp\u00e9raient localiser et mettre au jour. C'est ainsi qu'est n\u00e9e l'archive polici\u00e8re anti-mara proprement dite, dont la singularit\u00e9 par rapport aux versions ant\u00e9rieures r\u00e9side dans son recours accru \u00e0 la grammaire corporelle. Avec ces \u00e9l\u00e9ments, une nouvelle \u00e9pist\u00e9mologie du crime et de la violence a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L'irruption publique des mareros a eu lieu dans un contexte d'anxi\u00e9t\u00e9 s\u00e9curitaire accrue, exacerb\u00e9e dans une large mesure par la reconversion de l'appareil de violence de l'\u00c9tat apr\u00e8s la fin de la guerre antigu\u00e9rilla. Ma position est que, dans ce contexte, la criminalit\u00e9 a supplant\u00e9 les images ant\u00e9rieures de d\u00e9sordre. Les criminels, y compris les mareros, ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans la position de nouveaux ennemis de la soci\u00e9t\u00e9 contre lesquels l'\u00c9tat devait faire la guerre. Dans cette optique, il est possible d'affirmer que les archives polici\u00e8res des mareros, dont s'inspire la nota roja, se sont d\u00e9velopp\u00e9es en dialogue avec les technologies de la nouvelle contre-insurrection, que M\u00fcller (2015) a appel\u00e9e \" contre-insurrection criminelle \" parce qu'elle \u00e9tait centr\u00e9e sur la lutte contre la criminalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une perspective comparative, les mareros sont le seul type de criminel \u00e0 \u00eatre reconnu par l'utilisation d'une grammaire corporelle encod\u00e9e dans les photographies. Le regard v\u00e9hicul\u00e9 par les photographies r\u00e9gule, organise et met en valeur des qualit\u00e9s qui, index\u00e9es sur l'\u00eatre social des individus repr\u00e9sent\u00e9s, produisent des images. La puissance visuelle de ces photographies r\u00e9side dans le fait qu'elles incarnent le nouvel ennemi social.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conceptualiser la formation du regard public des mareros, j'utilise le terme de \"r\u00e9gime scopique\", propos\u00e9 par Martin Jay (1993 et 2011). Pour Jay, les r\u00e9gimes scopiques rendent possible l'existence de certaines pratiques visuelles dans des circonstances historiques sp\u00e9cifiques. Le r\u00e9gime scopique des mareros donne de la v\u00e9racit\u00e9 \u00e0 leur existence, permet de scruter certains corps et d'\u00e9tablir des relations indexicales avec les notions de crime, de violence et de d\u00e9sordre social.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9gime scopique est un outil d'analyse critique de la culture visuelle dont les applications en termes d'\u00e9chelle sont vastes, au-del\u00e0 de sa conceptualisation initiale (Metz, 1982). Ces utilisations, note Jay (2011), nous permettent de penser \u00e0 des r\u00e9gimes macro et micro. D'un c\u00f4t\u00e9, on s'efforce de caract\u00e9riser des configurations d'\u00e9poque, par exemple les r\u00e9gimes scopiques de la modernit\u00e9 ; de l'autre, on trouve des pratiques visuelles plus \u00e9troites, circonscrites \u00e0 des temps et \u00e0 des espaces limit\u00e9s. Le regard public des mareros dans le Guatemala de l'apr\u00e8s-guerre entre dans cette cat\u00e9gorie.<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que d'aborder des questions d'\u00e9chelle, je souhaite r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l'interaction entre les technologies photographiques, le fa\u00e7onnement des mani\u00e8res de voir et la domination sociale, dans des champs de force historiquement configur\u00e9s. En ce sens, la th\u00e8se d'un r\u00e9gime scopique de mareros reprend l'affirmation de Feldman (1991) selon laquelle les \u00c9tats et leurs alli\u00e9s agissent souvent pour offrir \u00e0 leurs publics des images qui donnent un acc\u00e8s visuel aux histoires qui se cachent derri\u00e8re les id\u00e9es qui soutiennent les projets de domination dans lesquels ils se sont engag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame ordre d'id\u00e9es, mon approche de la visualit\u00e9 contemporaine du crime s'inspire de l'analyse de Mar\u00eda Torres (2014) et de son \u00e9tude de l'esth\u00e9tique et des r\u00e9cits \u00e9labor\u00e9s par les photojournalistes qui ont couvert la violence politique guat\u00e9malt\u00e8que pass\u00e9e. Selon Torres, la nota roja guat\u00e9malt\u00e8que a contribu\u00e9 de mani\u00e8re significative \u00e0 la construction des r\u00e9gimes scopiques de terreur propiti\u00e9s par les dictatures militaires, mais elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 une entreprise commerciale ordinaire et un d\u00e9p\u00f4t visuel d'une valeur \u00e9norme pour les processus de m\u00e9moire. La nota roja contemporaine est, comme par le pass\u00e9, \u00e0 la fois un appareil rh\u00e9torique de contre-insurrection, une entreprise d'\u00e9dition et un repr\u00e9sentant de la nouvelle violence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La nouvelle guerre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Au Guatemala, l'augmentation des statistiques sur la criminalit\u00e9 et les morts violentes et le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 publique qui en d\u00e9coule sont devenus des exemples privil\u00e9gi\u00e9s pour v\u00e9rifier l'essoufflement des transitions de la guerre \u00e0 la paix et de l'autoritarisme \u00e0 la d\u00e9mocratie formelle (Bateson, 2013 ; L\u00f3pez <em>et al<\/em>2009 ; Camus <em>et al<\/em>2015 ; Mendoza, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi la violence et la criminalit\u00e9 ont-elles augment\u00e9 en temps de paix ? Il n'y a pas une, mais plusieurs r\u00e9ponses possibles, chacune avec ses propres nuances, mais avec la pr\u00e9misse commune que la r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e repr\u00e9sente une irr\u00e9gularit\u00e9 sociologique : la transition aurait d\u00fb apporter la paix, et non pas plus de violence et de criminalit\u00e9, comme ce fut le cas. Il n'est pas dans mon int\u00e9r\u00eat de dresser un \u00e9tat des lieux de la violence et de la criminalit\u00e9 d'apr\u00e8s-guerre, ni de contrarier les adeptes de la pacification. Je constate simplement que la pertinence politique que la criminalit\u00e9 et la violence ont atteinte au cours de la p\u00e9riode d'apr\u00e8s-guerre ne se limite pas \u00e0 la croissance num\u00e9rique des vols, des enl\u00e8vements, des homicides, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre le positionnement de la criminalit\u00e9 et de la violence en tant que questions hautement sensibles dans le contexte du remplacement des modes de gouvernement autoritaires par des modes formellement d\u00e9mocratiques, il convient de pr\u00eater attention aux mouvements s\u00e9miotiques de substitution et de d\u00e9placement de la menace nationale au sein de l'imagerie dominante de l'ordre et du d\u00e9sordre. En m\u00eame temps que dans les faits enregistr\u00e9s dans les statistiques, la criminalit\u00e9 est une r\u00e9alit\u00e9 contest\u00e9e qui menace la continuit\u00e9 des m\u00e9thodes de domination violente historiquement configur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce pari analytique, que j'expose bri\u00e8vement, repose sur la formulation suivante : les \u00e9lites guat\u00e9malt\u00e8ques et les agents de l'\u00c9tat agissant dans leur int\u00e9r\u00eat soup\u00e7onnent que les m\u00e9canismes civils dont ils disposent pour perp\u00e9tuer la domination sociale sont fragiles. Historiquement, les \u00e9lites \u00e9conomiques n'ont pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9tendre la base de l'h\u00e9g\u00e9monie par la distribution des richesses et la construction d'une culture nationale capable d'aborder les diff\u00e9rences internes de mani\u00e8re positive. En temps de crise et lorsqu'elles sentent que la domination sociale s'affaiblit, elles ont souvent recours \u00e0 l'agitation de personnalit\u00e9s socialement dangereuses, que l'\u00c9tat doit contr\u00f4ler ou extirper par des m\u00e9thodes violentes. Il est frappant de constater que, dans l'exp\u00e9rience guat\u00e9malt\u00e8que, les menaces \u00e0 l'ordre social viennent de l'int\u00e9rieur du corps de la nation, et non de l'ext\u00e9rieur. Ainsi, la plupart du temps, la continuit\u00e9 de l'autorit\u00e9 de l'\u00c9tat a d\u00e9pendu de l'existence de quelque chose ou de quelqu'un \u00e0 combattre au nom de la d\u00e9fense de la soci\u00e9t\u00e9 nationale. En effet, dans une large mesure, l'\u00c9tat existe pour accomplir une telle t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p>Renouveler la croyance que la nation est menac\u00e9e en permanence par des figures de l'int\u00e9rieur fait partie des jeux d'affirmation de la domination sociale auxquels je fais allusion. Il s'agit de d\u00e9velopper des capacit\u00e9s \u00e0 contr\u00f4ler les ressources physiques de la violence dont l'\u00c9tat est investi, \u00e0 s'arroger le droit d'en autoriser l'usage d\u00e9fensif au nom d'un enjeu plus large que l'autod\u00e9fense. Ainsi, dans ce pays, la guerre contre les ennemis de la soci\u00e9t\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 la violence contre les autres Guat\u00e9malt\u00e8ques, jamais ou rarement la violence contre les \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>S'il est juste de lier les repr\u00e9sentations de la nation comme un corps perp\u00e9tuellement menac\u00e9 de l'int\u00e9rieur \u00e0 la culture des classes dirigeantes, il est \u00e9galement vrai que la s\u00e9miotique des ennemis int\u00e9rieurs et de la valeur r\u00e9solutive de la violence n'est pas l'apanage des \u00e9lites. \u00c0 diff\u00e9rentes \u00e9poques et dans diff\u00e9rents espaces, les classes populaires se sont enthousiasm\u00e9es pour des projets de domination violente qui se retournent contre elles-m\u00eames ou contre les environnements de l'intimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l'apr\u00e8s-guerre, les criminels ont remplac\u00e9 les gu\u00e9rillas gauchistes. Alors que les subversifs mena\u00e7aient les privil\u00e8ges de classe de l'\u00e9lite et promettaient un avenir meilleur aux masses appauvries, les criminels n'avaient pas de projets de transformation sociale, ils \u00e9taient simplement des pr\u00e9dateurs de vies et de biens. Il s'agit de d\u00e9placements avec modifications, de ruptures avec continuit\u00e9s, et non de relais lin\u00e9aires.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd'hui, le fait que nous soyons tous des victimes potentielles de la criminalit\u00e9 fait que la peur se diffuse dans le corps social de la nation avec une grande acuit\u00e9. C'est pourquoi la mobilisation de la peur et du sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 a atteint des densit\u00e9s narratives in\u00e9gal\u00e9es dans le pass\u00e9, ce qui fait que des personnes et des groupes s\u00e9par\u00e9s par des fractures de classe, d'ethnie et de diff\u00e9rences entre zones urbaines et rurales consid\u00e8rent que la lutte contre les menaces \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 est un projet commun auquel ils doivent tous contribuer.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral que s'inscrit le positionnement des mareros comme source de d\u00e9sordre et nouveaux ennemis de l'\u00c9tat. Par rapport au pass\u00e9, la nouvelle guerre serait in\u00e9dite parce qu'elle se d\u00e9roulerait dans le cadre d'une gouvernance formellement d\u00e9mocratique, serait men\u00e9e principalement par la police, se d\u00e9roulerait dans les p\u00e9riph\u00e9ries urbaines et contre un ennemi d\u00e9pourvu d'id\u00e9ologies de changement social radical.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fabrication des mareros dans la note rouge urbaine<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Pour comprendre la formation de l'opinion publique sur les membres de gangs, il est n\u00e9cessaire de pr\u00eater attention \u00e0 l'\u00e9volution de la nota roja en g\u00e9n\u00e9ral, ainsi qu'au sous-genre des informations sur les gangs en particulier. Le probl\u00e8me de connaissance auquel nous sommes confront\u00e9s n'est pas l'existence des mareros au sens sociologique du terme, mais la production et la mobilisation d'id\u00e9es et d'images sur ce qu'ils sont et ce qu'ils font. Il s'agit d'un objet de connaissance auquel sont attribu\u00e9s des qualificatifs de proximit\u00e9 avec le crime, dont l'appr\u00e9hension d\u00e9pend de l'activation d'une r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 visuelle bas\u00e9e sur des marqueurs corporels.<\/p>\n\n\n\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 la convention du genre, les reportages sur les gangs racontent des \u00e9v\u00e9nements, g\u00e9n\u00e9ralement des crimes, et pr\u00e9sentent des photographies des protagonistes. D'un point de vue s\u00e9miotique, les faits divers constituent des propositions g\u00e9n\u00e9rales compos\u00e9es d'\u00e9l\u00e9ments linguistiques et visuels (Peirce, 1986). Les photographies semblent y remplir des fonctions d'iconicit\u00e9 ou d'indexicalit\u00e9 par rapport au message g\u00e9n\u00e9ral. La conceptualisation des nouvelles en tant que proposition g\u00e9n\u00e9rale n'annule pas le pouvoir de signification autonome des photographies journalistiques. Dans notre \u00e9tude de cas, la reconnaissance de l'autonomie relative de la photographie par rapport au texte \u00e9crit est pertinente, en raison de la pr\u00e9pond\u00e9rance que la visualit\u00e9 a acquise dans les processus de cognition sociale du type de criminel qui y est repr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le large consensus sur le r\u00f4le jou\u00e9 par les journaux dans la formation de l'imaginaire social et la socialisation des id\u00e9es et des discours politiques s'\u00e9tend \u00e0 leur r\u00f4le dans la production et la mobilisation de notions sur le crime et les criminels (Jusionyte, 2015 ; Picatto, 2001, 2017 ; Siegel, 1998). Dans les journaux intimes, \u00e9crit James Siegel, nous ne trouverons pas de criminels au sens sociologique du terme, mais la fabrication d'images et d'id\u00e9es sur leur gen\u00e8se et leur existence (1998 : 30). Les r\u00e9cits criminels \u00e9mergent de processus complexes et d\u00e9centralis\u00e9s, extensibles \u00e0 diff\u00e9rents espaces, de l'apparition de la police sur les sc\u00e8nes de crime aux salles de presse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le crime dans les nouvelles est un objet contentieux qui est modul\u00e9 dans les rencontres et les n\u00e9gociations entre les individus et les institutions qui travaillent ensemble pour traduire les faits en explications faisant autorit\u00e9 et s\u00e9miotiquement orient\u00e9es, \u00e0 travers lesquelles un \u00e9v\u00e9nement particulier est transform\u00e9 en nouvelles. Selon Jusionyte (2015), la production de nouvelles implique un type particulier de travail consistant en la manipulation de signes et de significations que l'auteur appr\u00e9hende avec le terme \"nouvelles\". <em>crimecraft <\/em>(fabrication discursive du crime)<em>. <\/em>Ce concept est utile pour \u00e9tudier le travail de composition narrative des nouvelles effectu\u00e9 par les journalistes sur la base de la source polici\u00e8re. Je l'utilise ici \u00e0 deux fins : pour mettre en \u00e9vidence la force cr\u00e9atrice de l'\u00e9nonciation journalistique et pour souligner le protagonisme de la presse dans la production de la cognitivit\u00e9 sociale des types sociaux et des criminels en particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les bulletins d'information guat\u00e9malt\u00e8ques, les mareros ont commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre sporadiquement \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 (<span class=\"small-caps\">avancso<\/span>1998 ; Res\u00e9ndiz, 2018). Dans les ann\u00e9es qui ont suivi, les reportages journalistiques sur les activit\u00e9s des gangs se sont multipli\u00e9s, mais n'ont pris une place \u00e0 part enti\u00e8re qu'apr\u00e8s 1994. Depuis lors, les maras et les mareros constituent des cat\u00e9gories linguistiques de r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 des groupes et acteurs criminels facilement d\u00e9limitables. Comme le rayon d'action des mareros se limitait alors aux quartiers pauvres de la p\u00e9riph\u00e9rie et du centre populeux de la capitale, leur apparition dans les nouvelles se situait entre les lignes de la criminalit\u00e9 des pauvres. En d'autres termes, ils \u00e9taient d\u00e9crits comme des pauvres victimisant d'autres pauvres (Misse, 2018). Cependant, d\u00e8s le d\u00e9part, ils \u00e9taient charg\u00e9s de signes de malignit\u00e9 sociale et de d\u00e9sordre social.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons qu'au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 et l'attrait de la population pour la criminalit\u00e9 s'\u00e9taient estomp\u00e9s, \u00e0 la fois en raison de la croissance quantitative des actes violents et des inqui\u00e9tudes accrues de l'opinion publique, qui soup\u00e7onnait le retrait du pouvoir militaire d'entra\u00eener l'apparition de vides d'autorit\u00e9 colonis\u00e9s par les criminels. Les enl\u00e8vements, crimes dont sont victimes les classes moyennes et sup\u00e9rieures, sont au centre de l'attention publique. De toutes parts, des discours sont adress\u00e9s \u00e0 l'\u00c9tat pour r\u00e9clamer une protection violente, \u00e0 laquelle r\u00e9pondent des promesses de renforcement de l'action polici\u00e8re dans les rues et de l'aggravation des sanctions p\u00e9nales. C'est au cours de cette p\u00e9riode que le plus grand nombre de condamnations \u00e0 mort ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es. Dans ce contexte, les dialogues entre les gouvern\u00e9s et les gouvernants, largement m\u00e9diatis\u00e9s par la presse, ont modul\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 de la criminalit\u00e9, en produisant des significations communes et un consensus. Cela a conduit \u00e0 la prise de conscience que les membres des gangs constituaient aussi une menace sociale \u00e0 prendre en compte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-1.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1992x1265\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 1. El Gr\u00e1fico, 2 de octubre de 1993. Fotograf\u00eda del autor.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-1.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 1 : El Gr\u00e1fico, 2 octobre 1993. Photographie de l'auteur.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Si, en 1996, les cat\u00e9gories maras et mareros se sont impos\u00e9es dans le discours public, il n'en va pas de m\u00eame pour les repr\u00e9sentations visuelles. Les mareros \u00e9taient reconnaissables lorsque des individus s'identifiaient comme tels, lorsque quelqu'un disait \"c'est un marero\" et lorsqu'ils apparaissaient dans des gangs. L'utilisation de photographies comme moyen de reconnaissance du type de criminel est plus tardive. L'absence de regard public sur les corps \u00e0 ce moment de l'histoire peut \u00eatre illustr\u00e9e par le cas suivant : en octobre 1993, le journal <em>Le graphique<\/em>Dans le m\u00eame article, il pr\u00e9sente un fait divers concernant un gang qui, compos\u00e9 de \"jeunes hommes v\u00eatus de noir et arm\u00e9s de battes de base-ball\", a fait d'une avenue commerciale de la capitale son centre d'op\u00e9rations criminelles (Hermosilla, 1993, p. 10). L'article contient une photographie de l'avenue susmentionn\u00e9e, mais pas des membres du gang dont il parle. \u00c0 l'emplacement occup\u00e9 plus tard par les photographies de corps tatou\u00e9s, on trouve un graphique qui visualise les rues autour de l'avenue en question et dans lequel est ins\u00e9r\u00e9 un avatar repr\u00e9sentant les membres du gang. L'avatar a pour but de montrer le style vestimentaire \"loose\" des mareros et l'ostentation des chauves-souris d\u00e9crite dans les nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait divers inclus dans l'avatar est repr\u00e9sentatif de l'univers narratif des maras \u00e0 cette \u00e9poque. Si les photographies sont absentes, c'est parce que les corps des membres des gangs n'avaient pas encore \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence comme des textes \u00e0 interpr\u00e9ter. L'absence d'indices corporels \u00e9tablissant l'appartenance \u00e0 un gang a fait que, dans de nombreuses occasions, les mareros ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme des criminels ordinaires. Cette situation est bien refl\u00e9t\u00e9e dans les rapports de police \u00e0 partir desquels les nouvelles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9es. Dans ces rapports, les personnes arr\u00eat\u00e9es sont souvent identifi\u00e9es en fonction du type de d\u00e9lit commis. Ceux qui volaient des sacs \u00e0 main \u00e9taient des pickpockets ; ceux qui volaient \u00e9taient des agresseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant que les op\u00e9rations antigang ne deviennent monnaie courante, l'attention de la police sur la criminalit\u00e9 des pauvres se concentrait sur les voleurs qui agressaient et volaient les clients et les passants dans le centre ville. La police avait l'habitude de pr\u00e9parer des plans de s\u00e9curit\u00e9 sp\u00e9ciaux pour les dates o\u00f9 le commerce populaire augmentait, comme \u00e0 No\u00ebl et lors d'autres grandes f\u00eates. L'objectif prioritaire de ces plans de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9tait d'arr\u00eater les criminels en flagrant d\u00e9lit. Avant, pendant et apr\u00e8s leur mise en \u0153uvre, les actions de la police \u00e9taient largement couvertes par la presse rouge. De ce qui s'est pass\u00e9, le nombre d'arrestations et les sc\u00e8nes de spectacle notoire (courses-poursuites, bagarres, etc.) ont g\u00e9n\u00e9ralement fait la une des journaux. La plupart des arrestations effectu\u00e9es par la police dans le cadre des op\u00e9rations \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es selon le caract\u00e8re flagrant de l'affaire : voleur, pickpocket, agresseur, cambrioleur, etc. Cette situation a commenc\u00e9 \u00e0 changer apr\u00e8s 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plan de s\u00e9curit\u00e9 de No\u00ebl 1997 est un tournant important pour l'histoire que nous examinons. Le nombre d'arrestations signal\u00e9es par la police \u00e0 cette occasion \u00e9tait particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9. Dans la plupart des rapports de police repris par les journaux, les d\u00e9tenus sont identifi\u00e9s comme des agresseurs ou des voleurs. Ce n'est qu'\u00e0 quelques reprises qu'il est fait allusion \u00e0 l'appartenance de certains d'entre eux aux maras. Malgr\u00e9 cela, les journalistes ont \u00e9largi l'interpr\u00e9tation des rapports en affirmant que les voleurs d\u00e9tenus par la police \u00e9taient \u00e9galement des membres de gangs. Il s'agit du premier \u00e9pisode s\u00e9curitaire dans lequel la presse s'est efforc\u00e9e de situer les mareros dans le r\u00f4le d'acteurs criminels socialement dangereux, allant m\u00eame plus loin que la police elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L'impression qui se d\u00e9gage de la lecture de ces nouvelles est que, pour les journalistes, l'appartenance \u00e0 un gang de certains d\u00e9tenus \u00e9tait plus digne d'int\u00e9r\u00eat que le simple fait de les identifier comme des voleurs. Cette attitude indique que, comme nous le verrons plus loin, le journal rouge guat\u00e9malt\u00e8que a gard\u00e9 un \u0153il sur l'implantation pr\u00e9coce des gangs d'origine californienne en Am\u00e9rique centrale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La guerre contre les gangs<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le plan de s\u00e9curit\u00e9 de No\u00ebl 1997, qui devait prendre fin apr\u00e8s le r\u00e9veillon du Nouvel An 1998, a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 au cours des mois suivants jusqu'\u00e0 devenir un \u00e9tat d'urgence quasi permanent, ax\u00e9 sur la surveillance des membres des gangs. \u00c0 partir du deuxi\u00e8me trimestre de l'ann\u00e9e, les op\u00e9rations de lutte contre la criminalit\u00e9 dans le centre et la p\u00e9riph\u00e9rie de la capitale ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9es par la police elle-m\u00eame de \"guerre contre les maras\".<\/p>\n\n\n\n<p>Les journaux disponibles montrent que c'est \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque que la police a commenc\u00e9 \u00e0 commettre syst\u00e9matiquement des ex\u00e9cutions extrajudiciaires contre des personnes soup\u00e7onn\u00e9es d'appartenir \u00e0 des gangs. Rien qu'entre f\u00e9vrier et mars de cette ann\u00e9e-l\u00e0, plus d'une douzaine de jeunes hommes identifi\u00e9s comme membres des maras ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s dans des circonstances qui attribuaient la responsabilit\u00e9 de leur mort \u00e0 la police (Avenda\u00f1o et Salazar, 1998 : 8). A proprement parler, la cristallisation des mareros en tant que nouveau type criminel reconnaissable aux yeux a eu lieu lors des op\u00e9rations polici\u00e8res de la fin de l'ann\u00e9e 1997 et des premiers mois de l'ann\u00e9e 1998. Par cette affirmation, je ne nie pas l'existence d'initiatives ant\u00e9rieures reconnaissables. Je souligne plut\u00f4t l'op\u00e9rabilit\u00e9 d'un saut qualitatif dans la conceptualisation par l'\u00c9tat d'une cat\u00e9gorie de dangerosit\u00e9 sociale et sa traduction dans le domaine de la violence polici\u00e8re et, plus important encore, la construction d'une visualit\u00e9 qui lui est propre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l'inauguration de la guerre contre les maras, la police a d\u00e9couvert les corps tatou\u00e9s des mareros et a soulign\u00e9 que ces tatouages \u00e9taient utiles pour r\u00e9f\u00e9rencer visuellement le nouveau type de criminel. Elle s'est appuy\u00e9e sur ses rencontres avec des membres de la Mara Salvatrucha. Voyons comment cela s'est pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1998, l'univers des gangs \u00e9tait compos\u00e9 d'une myriade de gangs aux noms propres qui, pour les besoins de l'expos\u00e9, peuvent \u00eatre regroup\u00e9s en deux modalit\u00e9s selon leur origine : les gangs autochtones et les gangs transnationaux. Les premiers ressemblent \u00e0 des groupes de quartier identifi\u00e9s par un leader charismatique, non tatou\u00e9s et au profil criminel rudimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L'adjectif \"transnational\" est utile pour d\u00e9signer la Mara Salvatrucha (<span class=\"small-caps\">ms<\/span>) et Barrio 18 (B18). Selon les propres fictions fondatrices de ces organisations, toutes deux sont apparues aux \u00c9tats-Unis pour cristalliser les logiques raciales du gangst\u00e9risme californien qui s\u00e9gr\u00e9guaient les Centram\u00e9ricains des Chicanos, des Noirs et des autres. La litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e a expliqu\u00e9 l'enracinement des <span class=\"small-caps\">ms<\/span> et le B18 en Am\u00e9rique centrale suite aux d\u00e9portations massives effectu\u00e9es par le gouvernement am\u00e9ricain au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Parmi les d\u00e9port\u00e9s se trouvaient des membres de gangs qui, d\u00e8s leur arriv\u00e9e, ont entrepris de recr\u00e9er les organisations californiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la police guat\u00e9malt\u00e8que a commenc\u00e9 sa guerre contre les maras entre 1997 et 1998, l'activit\u00e9 des gangs dans le pays \u00e9tait diversifi\u00e9e. Alors que les maras locales oscillaient entre des bandes de jeunes inoffensives et des groupes d'agresseurs et de petits voleurs, les maras transnationales se montraient capables de violence et de d\u00e9velopper des profils criminels plus complexes. Il est devenu courant que, dans la pr\u00e9sentation des <span class=\"small-caps\">ms<\/span>La r\u00e9currence de telles mentions traduit la certitude que, dans une certaine mesure, les rencontres de la police guat\u00e9malt\u00e8que avec le gang ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par l'anticipation du flux d'informations sur la situation du gang. La r\u00e9currence de telles mentions traduit la certitude que, d'une certaine mani\u00e8re, les rencontres de la police guat\u00e9malt\u00e8que avec les Salvatruchas ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par l'anticipation du flux d'informations sur la situation des gangs californiens et la r\u00e9alit\u00e9 salvadorienne. En d'autres termes, dans l'exp\u00e9rience guat\u00e9malt\u00e8que, le concept de ce qu'\u00e9tait ou de qui \u00e9tait un Salvatrucha a anticip\u00e9 la pr\u00e9sence physique d'individus identifi\u00e9s comme tels.<\/p>\n\n\n\n<p>L'inclusion des salvatruchas dans la taxonomie nationale des maras signifiait que chaque fois que la police appr\u00e9hendait des membres pr\u00e9sum\u00e9s des maras, elle v\u00e9rifiait s'ils \u00e9taient tatou\u00e9s. Ceux qui avaient des tatouages \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s comme des Salvatruchas (rappelons que les membres des maras indig\u00e8nes n'avaient pas de tatouages). La pr\u00e9sence de tatouages conduisait \u00e0 d\u00e9nuder le torse des d\u00e9tenus et \u00e0 l'exposer ainsi aux photojournalistes, qui \u00e9taient charg\u00e9s d'en rendre compte. C'est pourquoi, pendant plusieurs ann\u00e9es, les photographies ont montr\u00e9 certains individus partiellement nus et d'autres habill\u00e9s. R\u00e9trospectivement, et en utilisant le regard policier sous-jacent, il est possible d'anticiper l'appartenance des individus repr\u00e9sent\u00e9s : ceux qui gardaient leurs v\u00eatements appartenaient aux maras indig\u00e8nes ; ceux qui apparaissaient le torse nu pouvaient presque certainement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des gangsters. C'est ainsi que les journaux ont commenc\u00e9 \u00e0 publier des photographies d'hommes tatou\u00e9s en les identifiant comme membres de la Mara Salvatrucha.<\/p>\n\n\n\n<p>L'apparition de photographies de corps tatou\u00e9s dans les journaux et leur utilisation pour r\u00e9pertorier l'appartenance \u00e0 la <span class=\"small-caps\">ms<\/span> a eu lieu dans le contexte de la mise en \u0153uvre d'op\u00e9rations de lutte contre la criminalit\u00e9 qui ont abouti \u00e0 l'arrestation d'un grand nombre de membres de gangs entre 1997 et 1998. <em>Al D\u00eda<\/em> et <em>Nuestro Diario<\/em>. Le traitement des maras et des mareros dans ces journaux est assez similaire, mais il vaut la peine de les consid\u00e9rer s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-2.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"308x320\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 2. Al D\u00eda, 19 de febrero de 1998. Fotograf\u00eda del autor.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-2.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 2 : Al D\u00eda, 19 f\u00e9vrier 1998. Photographie de l'auteur.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p><em>Al D\u00eda<\/em> a commenc\u00e9 \u00e0 circuler en novembre 1996. Bien qu'il ait pr\u00e9sent\u00e9 des informations sur les gangs d\u00e8s le d\u00e9but, il n'a fait la une que pendant la couverture de la guerre des gangs. Dans son \u00e9dition du 19 f\u00e9vrier 1998, le journal fait \u00e9tat d'une \"fusillade entre gangs\" dans un quartier populaire du nord de la capitale. La photographie de la premi\u00e8re page montre un homme allong\u00e9 sur un brancard d'h\u00f4pital, le torse d\u00e9couvert, avec ce qui semble \u00eatre le chiffre 18 tatou\u00e9 sur le ventre, mais ni la police ni les journalistes ne sont au courant de l'existence de cette marque. On ne sait pas non plus qui a enlev\u00e9 sa chemise, qu'il s'agisse des policiers qui l'ont arr\u00eat\u00e9 ou des ambulanciers qui sont intervenus aux urgences (<em>Al D\u00eda<\/em>, 1998a).<\/p>\n\n\n\n<p>Un mois plus tard, le 23 mars, <em>Al D\u00eda<\/em> a parl\u00e9 de la \"guerre contre les maras\" dans un article pr\u00e9sentant les r\u00e9sultats des op\u00e9rations de police antigang. La photographie qui l'accompagne offre une vue panoramique d'un habitat irr\u00e9gulier avec des maisons en t\u00f4le \u00e9parpill\u00e9es sur une colline aride. Le sujet de l'appareil photo n'\u00e9tait pas les mareros, mais l'environnement social dont ils \u00e9taient issus : la pr\u00e9carit\u00e9 de la p\u00e9riph\u00e9rie de la capitale (Flores, 1998 : 3).<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re mention des tatouages comme indice d'appartenance \u00e0 un gang dans ce journal est apparue le 29 mars 1998. L'article faisait \u00e9tat de la d\u00e9couverte de deux cadavres non identifi\u00e9s \"abandonn\u00e9s\" sur une route \u00e0 l'ext\u00e9rieur de la capitale. Selon les policiers cit\u00e9s par le journaliste, les cadavres \"appartenaient \u00e0 des gangs en raison du nombre de tatouages peints sur le thorax, les bras et le dos\" (Salazar, 1998 : 8). C'est ainsi qu'est d\u00e9crite l'image imprim\u00e9e sur la peau de l'un des membres de gang ex\u00e9cut\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\"><em>L\u00e0 o\u00f9 la mort me surprend, bienvenue<\/em>. La pri\u00e8re ci-dessus est tatou\u00e9e sur le bras gauche et fait partie de plusieurs figures ail\u00e9es avec des griffes ac\u00e9r\u00e9es, des cornes et des expressions d\u00e9moniaques qui ont \u00e9t\u00e9 peintes sur d'autres parties du corps de la victime. L'enqu\u00eateur de la police prend note et d\u00e9clare que \"ce gar\u00e7on est l'un des membres du gang qui v\u00e9n\u00e8re Satan. Nous avons d\u00e9j\u00e0 captur\u00e9 certains d'entre eux et ils pr\u00e9sentent les m\u00eames caract\u00e9ristiques : de nombreux tatouages et une croix sur le majeur de la main gauche\" (Salazar, 1998 : 8 ; les italiques et les guillemets internes appartiennent \u00e0 l'original).<\/p>\n\n\n\n<p>La photographie incluse dans le reportage ne montre pas les tatouages. Elle montre un policier photographiant les corps et la foule de badauds entourant la sc\u00e8ne. Le journal souligne l'indexation que la pr\u00e9sence des tatouages permet d'\u00e9tablir au-del\u00e0 de la d\u00e9couverte des deux cadavres qui, d'ailleurs, pourraient bien avoir \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s par la police elle-m\u00eame. La pertinence de ce fait divers r\u00e9side dans la d\u00e9claration de l'enqu\u00eateur, qui sermonne calmement le journaliste depuis la position d'autorit\u00e9 que lui a conf\u00e9r\u00e9e la guerre contre les gangs. L'utilisation du pluriel implicite \"nous avons\" est essentielle dans ce sens, car elle fait allusion \u00e0 un \"nous\" incorpor\u00e9 par la police ; nous qui avons captur\u00e9 des membres de gangs ; <em>nous qui<\/em> <em>nous avons<\/em> a appris \u00e0 les reconna\u00eetre ; <em>nous qui avons<\/em> a acquis une ma\u00eetrise qui lui permet d'apprendre aux autres \u00e0 faire ce qu'ils veulent.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fois que <em>Al D\u00eda<\/em> Le premier num\u00e9ro de la revue \u00e0 utiliser des photographies d'un corps tatou\u00e9 pour faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la visualit\u00e9 des mareros a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 13 mai 1998. La couverture de cette \u00e9dition montre un homme torse nu, photographi\u00e9 de dos, les bras lev\u00e9s. Il porte plusieurs tatouages dans le dos et sur les bras, dont les initiales <span class=\"small-caps\">ms<\/span>plac\u00e9 sur les omoplates. La photographie est l\u00e9gend\u00e9e \"Salvatruchas captur\u00e9s\" (<em>Al D\u00eda<\/em>, 1998b : 1).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-3.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1160x1280\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 3. Al D\u00eda, 13 de mayo de 1998 (portada). Fotograf\u00eda del autor.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-3.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 3 : Al D\u00eda, 13 mai 1998 (couverture). Photographie de l'auteur.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Le lecteur remarquera qu'il s'agit d'une image truqu\u00e9e. L'objet a \u00e9t\u00e9 isol\u00e9 et plac\u00e9 sur un fond blanc, peut-\u00eatre dans le but de limiter les facteurs de distraction. La composition parle d'elle-m\u00eame, ou du moins c'est ce qui semble \u00eatre l'objectif sous-jacent. Le montage repr\u00e9sentant la Salvatrucha est bas\u00e9 sur la th\u00e8se selon laquelle les mareros sont visuellement r\u00e9ductibles \u00e0 des corps tatou\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle de la capture des gangsters partage la premi\u00e8re page avec trois nouvelles secondaires. Deux d'entre elles comportent des photographies conventionnelles. L'autre, qui relate l'arriv\u00e9e de la Vierge de Fatima dans le pays, comporte \u00e9galement une image trafiqu\u00e9e. \u00c0 leur mani\u00e8re, les deux images font le m\u00eame travail : ce sont des ic\u00f4nes. L'une de la Vierge, l'autre des mareros. C'est l\u00e0 que r\u00e9side leur pertinence en termes de repr\u00e9sentation. Ainsi, nous savons que les premiers corps tatou\u00e9s exhib\u00e9s par la police dans le but de signifier l'affiliation aux maras appartenaient \u00e0 des salvatruchas. Par cons\u00e9quent, la visualit\u00e9 publique du type social marero s'est adapt\u00e9e \u00e0 l'imagerie conditionn\u00e9e par les corps des membres de cette mara.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nombre de publications de <em>Al D\u00eda<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 la guerre contre les maras a continu\u00e9 \u00e0 cro\u00eetre au cours de l'ann\u00e9e 1998. La r\u00e9currence th\u00e9matique nous permet d'observer comment s'est op\u00e9r\u00e9 le transfert de concepts et d'id\u00e9es du champ policier au r\u00e9cit journalistique. La police a pr\u00e9sent\u00e9 des individus, morts ou vivants, qu'elle a incrimin\u00e9s en tant que membres de gangs et qu'elle a expos\u00e9s aux journalistes pour qu'ils les photographient, elle a donn\u00e9 des caract\u00e9risations et expliqu\u00e9 le contr\u00f4le qu'elle exer\u00e7ait sur eux, tout en fournissant des indices interpr\u00e9tatifs permettant aux lecteurs de les situer dans le paysage figuratif de la criminalit\u00e9 urbaine. Le message qu'il voulait faire passer semble clair : pour reconna\u00eetre les mareros, il n'\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de les entendre dire \"je suis un marero\", il suffisait de regarder des photographies, dont les notes de bas de page \u00e9tablissaient que l'objet repr\u00e9sent\u00e9 \u00e9tait un marero.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit de <em>Nuestro Diario<\/em> est peu diff\u00e9rente de celle de <em>Al D\u00eda<\/em>La raison en est la rh\u00e9torique de l'incrimination ult\u00e9rieure. <em>Nuestro Diario<\/em> a commenc\u00e9 \u00e0 circuler en janvier 1998. En tant que <em>Al D\u00eda,<\/em> sp\u00e9cialis\u00e9 dans la note rouge et l'actualit\u00e9 du football. L'apparition de <em>Nuestro Diario<\/em> a co\u00efncid\u00e9 avec le premier \u00e9pisode de la guerre polici\u00e8re antigang. C'est peut-\u00eatre pour cette raison que les mareros ont \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de l'actualit\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res \u00e9ditions. Dans ce journal, les relations entre les corps tatou\u00e9s et les gangsters \u00e9taient li\u00e9es aux rencontres entre la police et les gangsters.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nuestro Diario <\/em>a fait pour la premi\u00e8re fois allusion \u00e0 la valeur interpr\u00e9tative des tatouages des mareros le 13 mai 1998, lorsqu'il a rapport\u00e9 que la police avait captur\u00e9 deux fr\u00e8res, qu'il a accus\u00e9s de meurtre. L'article comprenait une photographie des d\u00e9tenus. L'un d'eux porte un tee-shirt sans manches, r\u00e9v\u00e9lant des tatouages sur l'avant-bras droit. Mais c'est la l\u00e9gende de la photo qui tisse la correspondance entre l'image et le r\u00e9cit. On peut y lire : \"Le tatouage traditionnel <span class=\"small-caps\">ms<\/span> sur leur corps les identifie comme membres de la \"mara Salvatrucha\" (Revolorio, 1998 : 4).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-4.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"320x258\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 4. Nuestro Diario, 15 de marzo de 1998: 4. Fotograf\u00eda del autor.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-4.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Nuestro Diario, 15 mars 1998 : 4.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Sur <em>Nuestro Diario<\/em>Le premier corps tatou\u00e9 d\u00e9shabill\u00e9 \u00e0 \u00eatre photographi\u00e9 dans le but expr\u00e8s d'\u00eatre expos\u00e9 est apparu le 23 ao\u00fbt 1998. \u00c0 cette occasion, le journal a fait \u00e9tat d'une descente de police dans des maisons closes de la capitale. L'article indiquait que six gangsters accus\u00e9s de vols et de bagarres dans le centre ville avaient \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s. Bien que le titre r\u00e9sume le rapport de police sur la descente de police, la photographie plus longue incluse dans l'article repr\u00e9sente un homme torse nu dont le haut du corps est couvert de tatouages, soumis \u00e0 la m\u00eame technique de manipulation que la photographie de la premi\u00e8re page de <em>Al D\u00eda<\/em> du 13 mai. La note de bas de page indique que \"les 'Salvatruchas' ont un corps plein de tatouages diaboliques\" (Cortez, 1998 : 5).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-5.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"317x320\" data-index=\"0\" data-caption=\"Imagen 5. Nuestro Diario, 31 de agosto de 1998: 5. Fotograf\u00eda del autor.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Imagen-5.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Image 5 : Nuestro Diario, 31 ao\u00fbt 1998 : 5.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>La discordance entre le titre de l'article, la photographie et la note de bas de page qui l'accompagne est plus qu'al\u00e9atoire. Le journal a omis d'\u00e9tablir l'identit\u00e9 personnelle de l'individu photographi\u00e9, ainsi que la paternit\u00e9, la provenance et la datation de la photographie. Qui \u00e9tait cette personne ? \u00c9tait-elle l'une des personnes captur\u00e9es lors de la descente dans les maisons closes ? Nous n'en savons rien. L'identit\u00e9 personnelle semble avoir peu d'importance pour l'entreprise de p\u00e9dagogie visuelle en jeu. La composition vise \u00e0 produire les m\u00eames effets pragmatiques que l'image truqu\u00e9e du <em>Al<\/em> <em>Jour<\/em>Ce qui suit est un avertissement aux lecteurs : les gangsters sont des gangsters et sont reconnaissables aux tatouages qu'ils portent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est frappant de constater que la premi\u00e8re fois que les deux journaux ont expos\u00e9 un corps tatou\u00e9 dans le but de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la visualit\u00e9 des mareros, ils ont eu recours \u00e0 des photographies truqu\u00e9es qui isolent l'objet de l'environnement de la prise de vue. Les deux images retirent l'objet du contexte de la prise de vue dans un effort \u00e9vident pour fixer le regard sur le corps tatou\u00e9, en supprimant les distractions.<\/p>\n\n\n\n<p>Les faits montrent que lorsque les gangs apparaissaient dans les rues, la police \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 les reconna\u00eetre. Ces rencontres sont synth\u00e9tis\u00e9es dans le slogan \"guerre aux maras\", lanc\u00e9 en 1998, dans un contexte marqu\u00e9 par un sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 accru qui a renforc\u00e9 l'anticipation de figures socialement dangereuses. Il est \u00e9galement \u00e9vident que la connaissance du fait que les mareros \u00e9taient tatou\u00e9s avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie au pr\u00e9alable, favoris\u00e9e par le flux d'informations sur la cr\u00e9olisation des gangs californiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, convenons que l'incorporation des tatouages dans la bo\u00eete \u00e0 outils du renseignement criminel s'est cristallis\u00e9e lors de la mise en place de la guerre contre les gangs, entre 1997 et 1998, et que leur arriv\u00e9e dans les pages des journaux rouges a \u00e9t\u00e9 simultan\u00e9e. Comme le souligne Jusionyte (2015), en rapportant des nouvelles sur les gangs, les journaux ont fait plus que simplement rapporter des \u00e9v\u00e9nements impliquant des membres de gangs et la police : en suivant le mod\u00e8le des rapports de police et en synchronisant leurs objectifs avec l'objectif de la police, les journaux rouges ont fa\u00e7onn\u00e9 un r\u00e9cit de la criminalit\u00e9 urbaine et ont d\u00e9limit\u00e9 les bords du regard du public form\u00e9 \u00e0 voir les membres de gangs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Iconicit\u00e9 et remixage photographique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Nous savons d\u00e9j\u00e0 que l'une des le\u00e7ons que la guerre contre les gangs a enseign\u00e9e aux services de renseignement de la police guat\u00e9malt\u00e8que est que le fait d'\u00eatre membre d'un gang et d'avoir un tatouage pr\u00e9suppose l'appartenance aux gangs. <span class=\"small-caps\">ms<\/span>. \u00c9tant donn\u00e9 que les membres de ce gang \u00e9taient peu nombreux, la disponibilit\u00e9 de photographies de corps tatou\u00e9s \u00e0 exposer dans les journaux \u00e9tait limit\u00e9e. Le dilemme a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu en r\u00e9utilisant des photographies qui, selon l'optique journalistique, r\u00e9sumaient les signes visuels du nouveau type de criminel. Ce sont ces photographies qui ont donn\u00e9 forme \u00e0 l'iconicit\u00e9 visuelle des mareros.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est le cas du membre de gang repr\u00e9sent\u00e9 sur la photo trafiqu\u00e9e pr\u00e9sent\u00e9e par le <em>Nuestro Diario<\/em> dans la nouvelle sur la descente dans les maisons closes de la capitale, dont l'image a \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9e dans des nouvelles sur des sujets g\u00e9n\u00e9riques. Lors de sa premi\u00e8re apparition, la photographie est devenue un symbole de l'existence individuelle en raison du fait qu'elle repr\u00e9sentait un marero r\u00e9ellement existant : le propri\u00e9taire du corps repr\u00e9sent\u00e9. Retir\u00e9e de son contexte d'origine, elle ne repr\u00e9sentait plus cet individu. Lors de ses apparitions ult\u00e9rieures, la photographie est devenue le signe iconique d'une cat\u00e9gorie sociologique g\u00e9n\u00e9rale : les mareros.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la th\u00e9orie s\u00e9miotique, les ic\u00f4nes sont des signes qui sont tir\u00e9s de <em>comme<\/em> l'objet qu'ils repr\u00e9sentent en vertu de similitudes qualitatives partag\u00e9es ; c'est-\u00e0-dire que le portrait dans les journaux est <em>comme <\/em>les gangsters qui r\u00f4dent dans les rues. Mais les photographies embl\u00e9matiques ont \u00e9volu\u00e9 pour devenir des repr\u00e9sentations rh\u00e9matiques. Les r\u00e9mas sont des signes d'une plus grande complexit\u00e9. Ils se caract\u00e9risent par le fait qu'ils sont reli\u00e9s aux objets qu'ils repr\u00e9sentent par des associations d'id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. Ainsi, \u00e0 chaque nouvelle apparition, les photographies actualisent dans l'esprit de l'observateur un lien de signification entre l'image et la cat\u00e9gorie sociologique correspondante (Peirce, 1986 : 35). Le remixage des signes photographiques dans les journaux a contribu\u00e9 \u00e0 galvaniser la visualit\u00e9 publique des mareros.<\/p>\n\n\n\n<p>L'unicit\u00e9 corporelle des Salvatruchas s'est rapidement dissip\u00e9e. En 2002, les tatouages avaient acquis une valeur \u00e9pist\u00e9mique suffisante pour \u00e9tablir des liens existentiels avec tous les membres du gang. Il n'y avait alors plus de distinctions entre les Salvatruchas et les autres mareros. Pour la police, les tatouages sont devenus une monnaie courante pour les identifier, sans que l'affiliation n'ait beaucoup d'importance. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s rouges ont \u00e9t\u00e9 remplis de nouvelles sur les gangs, avec des photos de corps tatou\u00e9s. La mat\u00e9rialit\u00e9 du r\u00e9gime scopique des gangs repose sur cette accumulation d'images qui r\u00e9p\u00e8tent des sch\u00e9mas de visualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les projets de d\u00e9cryptage de la malignit\u00e9 ne s'arr\u00eatent pas l\u00e0. En gagnant du terrain, le regard policier a pris conscience que les tatouages constituaient un syst\u00e8me de signes interconnect\u00e9s avec d'autres syst\u00e8mes de signes parfaitement lisibles pour ceux qui les partageaient. En suivant leurs traces, la note rouge transmet les conclusions de l'expertise s\u00e9miotique polici\u00e8re : les maras ont leur propre langage qui communique un univers particulier. Par exemple, dans une d\u00e9p\u00eache de 2004 rapportant que la police centram\u00e9ricaine cherchait \u00e0 unifier ses strat\u00e9gies de lutte contre les maras, on pouvait lire : \"Les maras ont un langage propre qui communique un univers particulier, <em>Nuestro Diario<\/em> a fait l'affirmation suivante : \"Comme dans toutes les cultures marginales, les maras ont d\u00e9velopp\u00e9 un langage qui leur est propre et qui va au-del\u00e0 des mots. Elles ont un langage manuel et des tatouages qui refl\u00e8tent le degr\u00e9 d'ascension au sein du gang\" (Redacci\u00f3n, 2004 : 3).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2004, \"les maras\" \u00e9tait une cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rale ayant le pouvoir s\u00e9miotique d'englober les diff\u00e9renciations qui, par le pass\u00e9, devaient \u00eatre signal\u00e9es. La possession d'une langue commune a pulv\u00e9ris\u00e9 la multiplicit\u00e9 des identit\u00e9s qui existaient dix ans plus t\u00f4t. Ce n'est pas que les diff\u00e9rences soient devenues inutiles, mais les capacit\u00e9s d'interpr\u00e9tation ont gagn\u00e9 en ampleur d\u00e9notative, en connectant et en entrela\u00e7ant des liens, en concevant des similitudes et en ins\u00e9rant des histoires particuli\u00e8res dans une histoire commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de la publication du rapport susmentionn\u00e9, les mareros avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s au centre des programmes de coop\u00e9ration r\u00e9gionale en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 parrain\u00e9s par les \u00c9tats-Unis (M\u00fcller, 2015 ; Hochm\u00fcller et M\u00fcller, 2016 et 2017). Il ne s'agissait plus de simples figures de la petite d\u00e9linquance situ\u00e9es dans les p\u00e9riph\u00e9ries urbaines, mais de r\u00e9seaux criminels transnationaux pouvant \u00eatre homologu\u00e9s et permettant de transf\u00e9rer leur dangerosit\u00e9 vers leur point d'origine mythique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un rapport ult\u00e9rieur, le \"langage propre\" des maras a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu aux gestes et aux graffitis :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Les maras, ou gangs de jeunes, compos\u00e9s de quelque 15 000 Guat\u00e9malt\u00e8ques, ont un niveau d'organisation comparable \u00e0 celui des mafias, o\u00f9 \"celui qui entre ne sort pas, il n'y a que des morts\". [Leur langage comprend des signes de la main, des graffitis sur les murs et des tatouages sur le corps. Tous ont une signification particuli\u00e8re. \"C'est un code d'expression unique, un alphabet tr\u00e8s complexe avec lequel nous communiquons, nous nous saluons, voire nous nous insultons\", explique un chef marero qui a refus\u00e9 de donner son nom ou son surnom [...] Chaque signe de la main, graffiti ou tatouage a un message. \"Les graffitis et les tatouages racontent notre histoire, nos pens\u00e9es et nos sentiments, ils d\u00e9crivent ce que nous faisons\", ajoute un autre membre du gang. En outre, il existe des messages secrets qu'ils n'utilisent qu'entre eux et dont la divulgation peut entra\u00eener la mort (Salazar et del Cid, 2005 : 2 ; la ponctuation correspond \u00e0 l'original).<\/p>\n\n\n\n<p>L'impression qui se d\u00e9gage de cette citation est qu'en effet, comme l'a affirm\u00e9 le premier marero qui est intervenu dans l'interview, les maras ressemblent \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes et que leurs membres poss\u00e8dent des codes linguistiques accessibles uniquement aux initi\u00e9s ; les tatouages sont l'un de ces codes. Dans ces conditions, selon le journal, le projet policier devait d\u00e9passer le contr\u00f4le physique des individus et s'\u00e9tendre \u00e0 la grammaire de l'espace jusqu'\u00e0 ce qu'il s'approprie leur langage.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fermeture<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La fin de la guerre anti-gu\u00e9rilla au milieu des ann\u00e9es 1990 a pos\u00e9 le d\u00e9fi de trouver de nouvelles raisons \u00e0 la poursuite de la violence d'\u00c9tat. \u00c0 la place des anciens r\u00e9volutionnaires, des criminels ont surgi avec une ph\u00e9nom\u00e9nologie vari\u00e9e. Parmi eux, les mareros, conglom\u00e9rats de jeunes urbains, populations pr\u00e9caires et flottantes, poss\u00e9dant une sociologie pleine de menaces ext\u00e9rieures, de moralit\u00e9s perturbatrices, etc. Ces caract\u00e9ristiques les placent \u00e0 la limite du d\u00e9sordre social. Les actes de nommer, d'affirmer <em>ces<\/em> Le nouveau type de criminel a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9 par la consolidation du nouveau type de criminel, constituant le point de d\u00e9part des processus ult\u00e9rieurs d'assujettissement et d'\u00e9tiquetage anticip\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre contre les maras, qui a d\u00e9but\u00e9 entre 1997 et 1998, a fait qu'\u00eatre un marero signifiait <em>plus<\/em> que le vol ou la querelle. Il s'agit de <em>plus <\/em>s'est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e insaisissable par les mots. Pour l'appr\u00e9hender, il fallait recourir \u00e0 d'autres ressources que le discours \u00e9crit et scruter les corps comme s'ils portaient les coordonn\u00e9es interpr\u00e9tatives d'une malignit\u00e9 sociale en devenir. La photographie, dont la relation avec les archives polici\u00e8res est d'une grande profondeur historique, a fourni le r\u00e9alisme repr\u00e9sentatif que l'on cherchait \u00e0 transmettre.<\/p>\n\n\n\n<p>L'apparition de photographies d'hommes tatou\u00e9s, susceptibles d'\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme des ic\u00f4nes du danger social, a jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la consolidation d'une nouvelle fa\u00e7on de regarder. Pour que ce regard ait des effets publics, il devait \u00eatre port\u00e9 \u00e0 l'attention du public criminel national, la nota roja \u00e9tant son infrastructure de communication pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Affirmer que la reconnaissance des mareros a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e au regard est une autre fa\u00e7on de d\u00e9signer l'existence d'un r\u00e9gime scopique sp\u00e9cifique pour ce type de criminel.<\/p>\n\n\n\n<p>On observe ici que le r\u00e9gime scopique des mareros met \u00e0 nu les corps des mareros, morts ou vivants, en utilisant les tatouages comme signes de r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 visuelle de la sociologie criminelle des individus repr\u00e9sent\u00e9s. En reprenant l'optique polici\u00e8re des mareros, des journaux tels que <em>Al D\u00eda<\/em> et <em>Nuestro Diario<\/em> ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 la nouvelle contre-insurrection de l'\u00c9tat. Ils ont traduit dans l'opinion publique les r\u00e9cits autoris\u00e9s dans les rapports de police et ont investi d'\u00e9normes doses d'esth\u00e9tique graphique pour reproduire des photographies qui r\u00e9p\u00e9taient des sch\u00e9mas de repr\u00e9sentation visuelle, avec des notes de bas de page indiquant que la ou les personnes repr\u00e9sent\u00e9es \u00e9taient des mareros.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mesure o\u00f9 la note rouge d'apr\u00e8s-guerre a embrass\u00e9 avec enthousiasme la guerre contre les maras et a contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner son r\u00e9cit, elle a fonctionn\u00e9 comme un appareil rh\u00e9torique de la nouvelle contre-insurrection. Historiquement enclins \u00e0 d\u00e9pendre de la voix autoritaire de la source polici\u00e8re, les journaux ont assum\u00e9 ce r\u00f4le dans le cadre de la recherche de nouveaut\u00e9s susceptibles d'attirer l'attention des lecteurs et d'augmenter les ventes. Certes, la note rouge urbaine de l'apr\u00e8s-guerre a calibr\u00e9 la rh\u00e9torique de la nouvelle contre-insurrection, mais il serait erron\u00e9 de la r\u00e9duire \u00e0 une simple caisse de r\u00e9sonance de la voix de la police. Comme dans d'autres contextes et moments historiques, la presse \u00e9crite a jou\u00e9 plus d'un r\u00f4le \u00e0 la fois. Si la publicit\u00e9 des maras a prosp\u00e9r\u00e9, c'est parce qu'il y avait des lecteurs qui consommaient les nouvelles qu'ils pr\u00e9sentaient. En ce sens, en pr\u00e9sentant des informations sur la criminalit\u00e9 <em>Al D\u00eda <\/em>et<em> Nuestro Diario<\/em> r\u00e9pondaient \u00e0 la demande de lecteurs d\u00e9sireux d'observer des criminels. Et, \u00e0 l'instar de la violence politique du pass\u00e9, la note rouge nous fournit le meilleur r\u00e9pertoire d\u00e9taill\u00e9 de la criminalit\u00e9 et de la violence contemporaines dont nous disposons aujourd'hui.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, il convient de souligner qu'\u00e0 l'heure actuelle, la rh\u00e9torique de la dangerosit\u00e9 sociale des mareros a progressivement c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un discours de criminalit\u00e9 orthodoxe ax\u00e9 sur la publicit\u00e9 de la criminalit\u00e9 extorqu\u00e9e. Malgr\u00e9 cela, la visualit\u00e9, que je qualifierai de classique par souci de clart\u00e9, reste pertinente et a clairement gagn\u00e9 en autonomie par rapport \u00e0 sa source d'origine. Les photographies de corps tatou\u00e9s posant en gangsters continuent de para\u00eetre dans les journaux, mais les l\u00e9gendes didactiques indiquant \"...\" sont toujours en vigueur.<em>cette<\/em> est un marero\" est devenu obsol\u00e8te. Aujourd'hui, les signes visuels semblent signifier des concepts g\u00e9n\u00e9raux sans avoir \u00e0 d\u00e9montrer l'existence r\u00e9elle de leurs objets, puisque l'\u00e9conomie visuelle des maras s'est mondialis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Remerciements<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">L'article pr\u00e9sente les r\u00e9sultats partiels d'un projet financ\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">digi-usac<\/span> (Projet B-6 2020). La recherche a \u00e9t\u00e9 coordonn\u00e9e par Felipe Gir\u00f3n, avec la participation de F\u00e1tima D\u00edaz et Fernando Orozco. Je tiens \u00e0 les remercier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\"><em>Al D\u00eda<\/em> (19 de febrero de 1998a). \u201cTiroteo entre maras\u201d, p. 1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\"><em>Al D\u00eda<\/em> (13 de mayo de 1998b). \u201cCapturan a Salvatruchas\u201d, p. 1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Avenda\u00f1o, Mario y Edwin Salazar (6 de abril de 1998). \u201cDenuncian limpieza social\u201d. <em>Al D\u00eda<\/em>, p. 8.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Asociaci\u00f3n para el Avance de las Ciencias Sociales (<span class=\"small-caps\">avancso<\/span>) (1998). <em>Por s\u00ed mismos. 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Counter-revolution Today. <\/em>Durham: Duke University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Torres, Mar\u00eda (2014). \u201cArt and Labor in the Framing of Guatemala\u2019s Dead\u201d<em>, Anthropology of Work Review<\/em>, vol. 35, n\u00fam. 1, pp. 14-24. <span class=\"small-caps\">doi<\/span>: https:\/\/doi.org\/10.1111\/awr.12027<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Luis Bedoya <\/em>est titulaire d'un doctorat en anthropologie sociale du El Colegio de Michoac\u00e1n, Mexique (2017). Il s'int\u00e9resse \u00e0 l'\u00e9tude de la violence, des r\u00e9cits criminels et des processus de formation de l'\u00c9tat \u00e0 l'\u00e9chelle locale et r\u00e9gionale.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le milieu des ann\u00e9es 1990, les journaux guat\u00e9malt\u00e8ques publient des photographies d'hommes tatou\u00e9s identifi\u00e9s comme des mareros. La mobilisation de ces photographies joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans la socialisation des id\u00e9es sur l'identit\u00e9 et les activit\u00e9s de ces individus, conduisant \u00e0 la formation d'un regard public sur la criminalit\u00e9 comme ph\u00e9nom\u00e8ne concomitant de l'apr\u00e8s-guerre. La formation de ce regard public, \u00e0 son tour, est devenue un \u00e9l\u00e9ment nodal d'une nouvelle contre-insurrection sous la forme de la lutte contre la criminalit\u00e9, dont la nota roja a \u00e9t\u00e9 l'un des dispositifs rh\u00e9toriques. L'analyse que je propose se concentre sur les performances des deux journaux repr\u00e9sentatifs du genre : Al D\u00eda et Nuestro Diario, et se limite \u00e0 la d\u00e9cennie 1996-2005.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":38637,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[388,1229,1230,1231,894,1232],"coauthors":[551],"class_list":["post-38633","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-9","tag-guatemala","tag-mareros","tag-nota-roja","tag-nueva-contrainsurgencia","tag-posguerra","tag-visualidad","personas-bedoya-luis","numeros-1187"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Las fotograf\u00edas de mareros en la nota roja guatemalteca &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Desde los 90s, los peri\u00f3dicos guatemaltecos han publicado fotograf\u00edas de hombres con el cuerpo tatuado a quienes identifican como mareros.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/bedoya-visualidad-mareros-periodicos-posguerra-guatemala\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Las fotograf\u00edas de mareros en la nota roja guatemalteca &#8211; 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