{"id":37562,"date":"2023-09-21T11:00:00","date_gmt":"2023-09-21T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=37562"},"modified":"2024-03-15T10:34:29","modified_gmt":"2024-03-15T16:34:29","slug":"gutierrez-bourdin-kindl-perspectivismo-antropologico-alteridad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/gutierrez-bourdin-kindl-perspectivismo-antropologico-alteridad\/","title":{"rendered":"Le perspectivisme : une th\u00e9orie du point de vue de l'alt\u00e9rit\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\">Sans aucun doute, le mouvement dit perspectiviste en anthropologie a ses plus grands repr\u00e9sentants en Philippe Descola et Eduardo Viveiros de Castro, qui proposent que ce regard soit une nouvelle th\u00e9orie et un nouveau paradigme anthropologiques connus sous le nom de \"perspectivistes\". <em>tournant ontologique, multinaturalisme, \u00e9cologie symbolique, anthropologie post-structurale<\/em>. L'approche principale est la remise en question du soi, de sa nature, qui cr\u00e9e une division entre la nature de l'\u00eatre humain et celle de l'\u00eatre non humain, une position qui est m\u00e9thodologiquement constructiviste et politiquement et moralement relativiste. Les deux chercheurs consid\u00e8rent que, contrairement \u00e0 ce que suppose la science occidentale, il n'existe pas de forme unique de cosmogonie ou de pens\u00e9e unifi\u00e9e. L'\u00eatre humain n'est pas le seul \u00e0 pouvoir avoir un point de vue, les animaux et les autres formes ou \u00eatres non humains ont \u00e9galement leurs propres points de vue, qui seraient \u00e9quivalents. Il est donc important de conna\u00eetre ces points de vue sur la r\u00e9alit\u00e9 afin de les int\u00e9grer dans diff\u00e9rentes perspectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour certains, le perspectivisme est une r\u00e9volution dans la pens\u00e9e anthropologique, tandis que pour d'autres, il ne s'agit pas d'une th\u00e9orie, mais plut\u00f4t d'une id\u00e9ologie forg\u00e9e en ramenant dans l'ar\u00e8ne de la discussion de vieux paradigmes d\u00e9terr\u00e9s et d\u00e9pass\u00e9s depuis longtemps. Plus qu'une th\u00e9orie, il s'agirait d'un flirt avec la m\u00e9taphysique, qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une sorte d'orthodoxie acad\u00e9mique avec des acolytes qui r\u00e9p\u00e8tent une formule sans fondement th\u00e9orique solide.<\/p>\n\n\n\n    <div class=\"discrepancia tres\">\n        <h2>Consid\u00e9rez-vous le perspectivisme comme une th\u00e9orie ou comme une continuit\u00e9 d'autres th\u00e9ories ?<\/h2>\n    <button class=\"discrepante-btn\" data-slug=\"bourdin\">\n        <p class=\"nombre\">Gabriel Bourdin<\/p>\n        <p class=\"llamada\">Le perspectivisme anthropologique est une th\u00e9orie \u00e0 part enti\u00e8re, qui repose sur une base empirique solide dans la recherche ethnographique.<\/p>\n        <p class=\"open-content\"><span class=\"on\">voir la r\u00e9ponse compl\u00e8te<\/span><span class=\"off\">fermer r\u00e9ponse<\/span><\/p>\n    <\/button>\n    <button class=\"discrepante-btn\" data-slug=\"kindl\">\n        <p class=\"nombre\">Olivia Kindl<\/p>\n        <p class=\"llamada\">une m\u00e9taphysique perspectiviste caract\u00e9rise non seulement les peuples am\u00e9rindiens d'Amazonie, mais s'\u00e9tend \u00e0 l'ensemble du continent.<\/p>\n        <p class=\"open-content\"><span class=\"on\">voir la r\u00e9ponse compl\u00e8te<\/span><span class=\"off\">fermer r\u00e9ponse<\/span><\/p>\n    <\/button><\/p>\n\n\n\n<p>\n      <div class=\"respuesta bourdin\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Ma connaissance du sujet se limite principalement \u00e0 ma participation au s\u00e9minaire \"Cosmologie et ontologie. Un enfoque antropol\u00f3gico\", donn\u00e9 par Philippe Descola (Coll\u00e8ge de France) \u00e0 l'Instituto de Investigaciones Antropol\u00f3gicas de l'Universidad Nacional Aut\u00f3noma de M\u00e9xico les 28 et 30 septembre et le 2 octobre 2009. J'ai \u00e9galement eu l'occasion de lire quelques articles encadr\u00e9s dans ce courant et j'ai conseill\u00e9 quelques th\u00e8ses de troisi\u00e8me cycle adoptant l'orientation susmentionn\u00e9e. \u00c0 mon avis, le perspectivisme anthropologique est une th\u00e9orie \u00e0 part enti\u00e8re, avec une base empirique solide dans la recherche ethnographique. Comme toute autre th\u00e9orie anthropologique, il contient des \u00e9l\u00e9ments de continuit\u00e9 avec les th\u00e9ories pr\u00e9c\u00e9dentes et des \u00e9l\u00e9ments de rupture. L'\u00e9l\u00e9ment le plus notable et le plus nouveau est l'adoption de la notion gnos\u00e9ologique de perspective. Selon moi, ce concept remonte aux id\u00e9es de Friedrich Nietzsche sur la distinction entre, d'une part, la pens\u00e9e, la morale et les sciences occidentales, qui cherchent \u00e0 obtenir une connaissance objective du monde et de la vie, et, d'autre part, le mode de connaissance subjectif, que le philosophe allemand consid\u00e9rait comme plus authentique et r\u00e9v\u00e9lateur de la volont\u00e9 humaine individuelle, ce que nous appelons habituellement la subjectivit\u00e9. Ces id\u00e9es se retrouvent dans <em>La g\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em> (1887) et dans certains paragraphes de son <em>Manuscrits posthumes<\/em> (1888). Je citerai quelques phrases qui illustrent la notion nietzsch\u00e9enne de perspective, r\u00e9sum\u00e9e comme suit : il n'y a pas de faits, il n'y a que des interpr\u00e9tations :<\/p>\n\n\n\n<p>\"Toute connaissance est une perspective, et il y a autant de perspectives qu'il y a d'\u00eatres humains dans le monde\" (<em>Manuscrits posthumes<\/em>, 1887).<\/p>\n\n\n\n<p>\"La morale est une perspective, pas une v\u00e9rit\u00e9 absolue. Chaque \u00e9poque et chaque culture ont leur propre morale, et aucune n'est universellement valable\" (<em>G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em>, 1887).<\/p>\n\n\n\n<p>\"Les \u00eatres humains n'ont pas acc\u00e8s \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 objective, mais ne peuvent conna\u00eetre le monde qu'\u00e0 travers leurs propres perspectives subjectives\" (<em>Manuscrits posthumes<\/em>, 1886).<\/p>\n\n\n\n<p>\"La v\u00e9rit\u00e9 n'est pas quelque chose que l'on peut atteindre d'un seul point de vue, mais elle doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e sous de multiples angles pour \u00eatre pleinement comprise\" (<em>Manuscrits posthumes<\/em>, 1885).<\/p>\n\n\n\n<p>\"La perspective est ce qui fait avancer la vie. La m\u00eame chose vue sous diff\u00e9rents angles devient un monde compl\u00e8tement diff\u00e9rent\" (<em>Manuscrits posthumes<\/em>, 1886).<\/p>\n\n\n\n<p><div class=\"close-content\">fermer r\u00e9ponse<\/div>\n      <\/div>\n      <\/p>\n\n\n\n<p> \n      <div class=\"respuesta kindl\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Les \u00e9tudes perspectivistes se distinguent par leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et - cela vaut la redondance - par la diversit\u00e9 des perspectives et des interpr\u00e9tations de ce qu'est ou peut \u00eatre une approche perspectiviste de l'analyse anthropologique. Je commencerai par la trajectoire de son principal repr\u00e9sentant, qui est en m\u00eame temps le fondateur du perspectivisme en anthropologie : l'anthropologue br\u00e9silien Viveiros de Castro. C'est un sp\u00e9cialiste des Arawet\u00e9, auxquels il a consacr\u00e9 ses premiers travaux ethnographiques. Il s'agit d'un peuple de chasseurs et d'agriculteurs de la for\u00eat amazonienne du nord du Br\u00e9sil, qui fait partie des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9rindiennes de la famille linguistique tupi-guarani, qui comprend plus de 50 langues diff\u00e9rentes parl\u00e9es en groupes dans plusieurs pays d'Am\u00e9rique du Sud, comme l'Argentine, la Bolivie, la Colombie, la Guyane fran\u00e7aise, le P\u00e9rou et le V\u00e9n\u00e9zu\u00e9la. Il convient de noter que les Arawet\u00e9 sont peu nombreux : \u00e0 l'\u00e9poque o\u00f9 Viveiros de Castro les a \"ethnographi\u00e9s\", il a effectu\u00e9 des recensements de population qui indiquent qu'entre 1981 et 1992, ils comptaient entre 130 et 168 personnes ; lors du dernier recensement effectu\u00e9 par l'Institut de recherche sur les langues et les civilisations de l'Union europ\u00e9enne, les Arawet\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s par l'Institut de recherche sur les langues et les civilisations de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">funai<\/span> en 2023, sa d\u00e9mographie \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 environ 293 personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses \u00e9tudes sur l'arawet\u00e9, Viveiros de Castro a not\u00e9 que, dans une approche relationnelle entre le sujet et l'objet, toute perception du monde implique l'existence d'un point de vue. Cette relation entre le sujet et le monde peut \u00eatre illustr\u00e9e par l'exemple suivant : ce qui appara\u00eet \u00e0 un humain comme un r\u00e9cipient de sang appara\u00eet comme un pot de bi\u00e8re \u00e0 un jaguar, ce qui signifie \u00e9galement que celui qui per\u00e7oit un pot de bi\u00e8re assume une perspective humaine, tandis que celui qui voit un r\u00e9cipient de sang assume celle d'un jaguar (Viveiros de Castro, 1992). Le mod\u00e8le amazonien du \"multinaturalisme\" invent\u00e9 par Viveiros de Castro implique l'\u00e9change paradigmatique amazonien, celui des perspectives, dans lequel un \u00e9change de substances est presque toujours impliqu\u00e9. Pour se d\u00e9marquer du relativisme et de la notion de repr\u00e9sentation qu'il implique, Viveiros de Castro affirme que l'on per\u00e7oit \u00e0 partir du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu'il soit courant que les anthropologues \u00e9tudient de petits groupes pour construire leurs interpr\u00e9tations th\u00e9oriques plus g\u00e9n\u00e9rales, il convient de rappeler ces aspects de l'\u0153uvre de l'inventeur du perspectivisme, au moins pour laisser la porte ouverte aux r\u00e9flexions et aux interrogations sur la port\u00e9e universelle que peuvent avoir les mythes, les rituels et la cosmologie de ces peuples. Comme l'envisage Viveiros de Castro, une m\u00e9taphysique perspectiviste caract\u00e9rise non seulement les peuples am\u00e9rindiens d'Amazonie, mais s'\u00e9tend \u00e0 l'ensemble du continent et bien au-del\u00e0, de telle sorte que le perspectivisme \u00e9l\u00e8ve l'une des diverses mani\u00e8res de penser le monde que l'on trouve dans un petit village amazonien \u00e0 une th\u00e9orie anthropologique de port\u00e9e universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 une proposition aussi grandiose, on peut se demander comment cet anthropologue br\u00e9silien en est arriv\u00e9 \u00e0 formuler de telles g\u00e9n\u00e9ralisations et de quel type de formation intellectuelle et de courants de pens\u00e9e cette approche universaliste peut provenir. Il convient de rappeler \u00e0 cet \u00e9gard que l'enseignement de l'anthropologie au Br\u00e9sil - comme en t\u00e9moigne Viveiros de Castro lui-m\u00eame - s'inscrit clairement - comme au Mexique d'ailleurs - dans le culturalisme nord-am\u00e9ricain et dans l'h\u00e9ritage de Franz Boas en tant que fondateur de l'anthropologie nord-am\u00e9ricaine en tant que discipline. <em>\u00e0 part enti\u00e8re<\/em>. L'anthropologue fran\u00e7ais Claude L\u00e9vi-Strauss, qui a enseign\u00e9 l'anthropologie au Br\u00e9sil dans les ann\u00e9es 1930, \u00e9tait lui-m\u00eame h\u00e9ritier du courant culturaliste nord-am\u00e9ricain et boasien. Pour Viveiros de Castro, L\u00e9vi-Strauss a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9tablir des ponts de pens\u00e9e entre l'anthropologie sociologique fran\u00e7aise (\u00c9mile Durkheim, Marcel Mauss...) et l'anthropologie culturelle nord-am\u00e9ricaine. De lui, il retient l'id\u00e9e d'une pens\u00e9e sauvage et l'\u00e9tude des cosmologies am\u00e9rindiennes \u00e0 travers les mythes, la recherche de logiques de pens\u00e9e \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la n\u00f4tre, l'analyse des syst\u00e8mes de classification indig\u00e8nes (taxonomies), avec une attention particuli\u00e8re \u00e0 la langue et \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 de ses modalit\u00e9s expressives selon les contextes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le perspectivisme en anthropologie est l'h\u00e9ritier du structuralisme l\u00e9vistraussien et du post-structuralisme en philosophie. D'une part, le perspectivisme implique que la relation entre un sujet et un objet est plus pertinente que la d\u00e9finition de chaque terme ; nous voyons ici un h\u00e9ritage clair de la m\u00e9thode d'analyse structuraliste l\u00e9vistraussienne. L'ouvrage de Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari, intitul\u00e9 <em>L'anti-\u0152dipe. Capitalisme et schizophr\u00e9nie <\/em>(1985 [1972]), sert \u00e9galement d'inspiration \u00e0 Viveiros de Castro, notamment pour cr\u00e9er la formule de l'anti-narcissique (Viveiros de Castro, 2010:11-81), en tant que critique de l'anthropologie classique avec son point de vue ethnocentrique et \u00e9gocentrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je consid\u00e8re donc que, sans rien perdre de son caract\u00e8re original et comme beaucoup d'autres th\u00e9ories anthropologiques, le perspectivisme est le r\u00e9sultat d'une synth\u00e8se de plusieurs th\u00e9ories ant\u00e9rieures, dont je n'ai mentionn\u00e9 que quelques-unes.<\/p>\n\n\n\n<p><div class=\"close-content\">fermer r\u00e9ponse<\/div>\n      <\/div>\n      <\/p>\n\n\n\n<p>\n    <\/div>\n    \n\n\n\n    <div class=\"discrepancia tres\">\n        <h2>Comment le discours biom\u00e9dical sur les corps et les identit\u00e9s s'articule-t-il avec d'autres discours et projets moraux ?<\/h2>\n    <button class=\"discrepante-btn\" data-slug=\"bourdin\">\n        <p class=\"nombre\">Gabriel Bourdin<\/p>\n        <p class=\"llamada\">N'y a-t-il pas une nuance ethnocentrique dans l'id\u00e9e que tous les groupes humains ont d\u00e9velopp\u00e9 une recherche sur l'\"\u00eatre\" ?<\/p>\n        <p class=\"open-content\"><span class=\"on\">voir la r\u00e9ponse compl\u00e8te<\/span><span class=\"off\">fermer r\u00e9ponse<\/span><\/p>\n    <\/button>\n    <button class=\"discrepante-btn\" data-slug=\"kindl\">\n        <p class=\"nombre\">Olivia Kindl<\/p>\n        <p class=\"llamada\">Ce dont il est question dans les travaux perspectivistes, c'est de la conception de l'autre dans sa nature profonde.<\/p>\n        <p class=\"open-content\"><span class=\"on\">voir la r\u00e9ponse compl\u00e8te<\/span><span class=\"off\">fermer r\u00e9ponse<\/span><\/p>\n    <\/button><\/p>\n\n\n\n<p>\n      <div class=\"respuesta bourdin\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Je consid\u00e8re que le plus grand apport du perspectivisme en anthropologie est d'avoir r\u00e9actualis\u00e9, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, deux motifs fondamentaux inh\u00e9rents \u00e0 la vision ethnologique de la r\u00e9alit\u00e9 humaine : tout d'abord, l'unit\u00e9 ins\u00e9parable et complexe du monde humain avec les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels dont il fait partie. Cette vision \u00e9cologique des soci\u00e9t\u00e9s humaines trouve ses racines dans la pens\u00e9e de Jean-Jacques Rousseau qui, comme l'a soulign\u00e9 L\u00e9vi-Strauss, affirmait qu'\u00e0 travers la vie et la mort, l'homme est un \u00eatre \u00e0 part enti\u00e8re. <em>La Piedad<\/em>En d'autres termes, en s'identifiant \u00e0 tous les \u00eatres de la cr\u00e9ation, la pens\u00e9e humaine est capable d'atteindre une compr\u00e9hension plus large et plus sympathique du monde et de la vie. Une deuxi\u00e8me contribution est constitu\u00e9e par la position fermement non-objectiviste sur les relations entre les diff\u00e9rentes cultures, form\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s humaines, et les diff\u00e9rentes \"natures\" non-humaines que ces cultures ont con\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la critique de la position perspectiviste-ontologiste, mon point de vue se fonde sur une s\u00e9rie de doutes plut\u00f4t que sur des objections th\u00e9oriques ou m\u00e9thodologiques. J'\u00e9num\u00e8re ci-dessous quelques aspects de la question que je ne comprends pas : la notion de perspective condense sans aucun doute la vision subjective-objective que l'anthropologie culturelle a adopt\u00e9e depuis ses d\u00e9buts. Les notions de culture, de diversit\u00e9 culturelle, de relativit\u00e9 culturelle ou de vision du monde font depuis longtemps partie de notre discours d'anthropologues. L'\u00e9thique de la neutralit\u00e9 anthropologique nous conduit invariablement \u00e0 respecter les connaissances, les convictions et les croyances des \"autres\" culturels. D\u00e8s lors, les questions suivantes se posent : sur quelles bases pouvons-nous substituer ces concepts \u00e0 l'id\u00e9e de \"m\u00e9taphysiques ou d'ontologies autochtones\" ? En quoi les disciplines grecques classiques de l'\u00eatre et des entit\u00e9s peuvent-elles nous offrir une meilleure compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes cognitifs et \u00e9motionnels que l'\u00e9tude des syst\u00e8mes classificatoires ou de la soi-disant ethnopsychologie ? O\u00f9 se situe la nouveaut\u00e9 effective de cette approche ? Je suppose que l'intention des auteurs perspectivistes n'\u00e9tait pas simplement de remplacer le terme latin \"culture\" par d'autres d'origine grecque, comme la m\u00e9taphysique et l'ontologie. N'ayant pas approfondi le sujet, cette question reste pour moi sans r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Une deuxi\u00e8me question concerne la position des anthropologues perspectivistes-ontologistes sur le r\u00f4le de l'anthropologue vis-\u00e0-vis de la pens\u00e9e scientifique. Dans le texte d'introduction \u00e0 ce questionnaire, il est fait mention de ce qui suit :<\/p>\n\n\n\n<p>L'approche principale est la remise en question du soi, de sa nature ; ils cr\u00e9ent une division entre la nature de l'\u00eatre humain et celle de l'\u00eatre non-humain. Une position constructiviste en termes m\u00e9thodologiques et relativiste en termes politiques et moraux. Ils consid\u00e8rent que, contrairement \u00e0 ce que suppose la science occidentale, il n'existe pas de forme unique de cosmogonie ou de pens\u00e9e unifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela signifie-t-il que tous les groupes humains ont d\u00e9velopp\u00e9 une forme de r\u00e9flexion sur des notions aussi abstraites et idiosyncrasiques que celles de la tradition grecque antique, bas\u00e9e principalement sur la pr\u00e9sence dans les langues indo-europ\u00e9ennes du verbe copule \u00catre [\u03b5\u03af\u03bc\u03b1\u03b9, \"eimai\"] ? N'y a-t-il pas une nuance ethnocentrique dans l'id\u00e9e que tous les groupes humains ont d\u00e9velopp\u00e9 une enqu\u00eate sur l'\"\u00eatre\", l'\"entit\u00e9\" et toutes ses d\u00e9rivations ? \u00c0 mon humble avis, seule la tradition occidentale a d\u00e9velopp\u00e9 une r\u00e9flexion sur l'\u00eatre. Les modes de cat\u00e9gorisation du monde naturel et humain qui op\u00e8rent \u00e0 travers la \"pens\u00e9e sauvage\" t\u00e9moignent de cette diversit\u00e9 des mani\u00e8res de concevoir le monde. Si nous acceptons la r\u00e9alit\u00e9 d'innombrables ontologies, ne reviendrions-nous pas de la science humaine contemporaine, durement acquise, \u00e0 l'\u00e9tat ant\u00e9rieur d'une connaissance notionnelle, principalement verbale et logocentrique, telle que celle de la m\u00e9taphysique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le texte d'introduction \u00e0 ce questionnaire mentionne : \" Ce n'est pas l'\u00eatre humain seul qui peut avoir un point de vue, mais les animaux et les autres formes ou \u00eatres non humains ont leurs propres points de vue, qui seraient \u00e9quivalents \". Le doute, \u00e0 ce stade, est d'ordre m\u00e9thodologique : par quels moyens un ethnographe pourrait-il acqu\u00e9rir le point de vue des animaux et des autres \u00eatres non humains ? Comment pourrait-il m\u00eame savoir que ces points de vue sont \u00e9quivalents ? Sans nier les avanc\u00e9es de disciplines telles que l'\u00e9tude de la \"communication animale\" et la bios\u00e9miotique, y compris la perspective de l'\u00e9cologie profonde, j'ai du mal \u00e0 concevoir comment pourrait \u00eatre combl\u00e9 le foss\u00e9 apparemment insurmontable entre l'univers symbolique des langages humains (verbal, gestuel, etc.) et l'alt\u00e9rit\u00e9 radicale du R\u00e9el, que nous, humains, traitons, symboliquement et imaginairement, lorsque nous construisons des \"natures\" diverses et innombrables en les peuplant de signes.<\/p>\n\n\n\n<p><div class=\"close-content\">fermer r\u00e9ponse<\/div>\n      <\/div>\n      <\/p>\n\n\n\n<p>\n      <div class=\"respuesta kindl\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Depuis une vingtaine d'ann\u00e9es, le perspectivisme a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 et remis en question \u00e0 travers diff\u00e9rentes approches critiques, ouvrant ainsi des espaces de r\u00e9flexion, de d\u00e9bat et de reformulation. Je tenterai de synth\u00e9tiser les principales critiques qui ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es au perspectivisme afin de r\u00e9pondre \u00e0 la question, en soulignant \u00e0 la fois les aspects que je consid\u00e8re comme discutables et les principaux apports de ce courant de la pens\u00e9e anthropologique. Je pense qu'il est important de souligner que, bien que je sois d'accord avec plusieurs de ces critiques, je consid\u00e8re que l'un des aspects positifs de ces d\u00e9bats est qu'ils ont stimul\u00e9 des r\u00e9flexions int\u00e9ressantes et nouvelles non seulement pour l'anthropologie, mais aussi pour d'autres sciences, d'un point de vue th\u00e9orique, m\u00e9thodologique et m\u00eame \u00e9thique.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant la trajectoire de son fondateur, d\u00e8s ses premiers travaux ethnographiques, Viveiros de Castro cherche \u00e0 \u00e9largir ses horizons et commence \u00e0 d\u00e9velopper des \u00e9tudes comparatives au niveau r\u00e9gional. Cette initiative r\u00e9v\u00e8le sans doute en filigrane la m\u00e9thode d'analyse transformationnelle de L\u00e9vi-Strauss. Le niveau d'analyse suivant consiste en la recherche d'universaux de la pens\u00e9e humaine afin d'atteindre un niveau de r\u00e9flexion anthropologique, selon la hi\u00e9rarchie \u00e9tablie par L\u00e9vi-Strauss entre l'ethnographie, l'ethnologie et l'anthropologie. Ce sch\u00e9ma \u00e9pist\u00e9mologique, qui se caract\u00e9rise par l'\u00e9tablissement d'une hi\u00e9rarchie entre les diff\u00e9rents niveaux de la connaissance anthropologique, m\u00e9rite d'\u00eatre remis en cause pour son caract\u00e8re trop m\u00e9canique et discriminant. Cependant, ce sch\u00e9ma hi\u00e9rarchique est encore en vigueur dans les \u00e9tudes de nombreux coll\u00e8gues, c'est pourquoi, me semble-t-il, il n'a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment critiqu\u00e9 pour provoquer une rupture \u00e9pist\u00e9mologique compl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, un probl\u00e8me crucial de ce sch\u00e9ma est qu'il reconna\u00eet une trace du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle de la grande \"culture\". <em>anthropologues en fauteuil roulant<\/em> qui a souvent conduit \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralisations \u00e0 partir d'un cas ethnographique sp\u00e9cifique. Il suffit de citer les exemples du chaman, du mana et du tabou, parmi d'autres concepts indig\u00e8nes sp\u00e9cifiques qui ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s de toutes latitudes et temporalit\u00e9s. A cet \u00e9gard, je partage les r\u00e9flexions critiques d\u00e9velopp\u00e9es par Pierre D\u00e9l\u00e9age dans son livre <em>L'Autre-mental. Figures de l'anthropologue dans la science-fiction<\/em> (2020), qui reconna\u00eet des affinit\u00e9s entre le perspectivisme de Viveiros de Castro et la pens\u00e9e de Lucien L\u00e9vy-Bruhl sur l'\"\u00e2me primitive\".<\/p>\n\n\n\n<p>Suivant cet ordre d'id\u00e9es, Viveiros de Castro a d\u00e9velopp\u00e9 dans ses premiers travaux ethnographiques des r\u00e9flexions comparatives qui couvraient davantage de soci\u00e9t\u00e9s de la r\u00e9gion, avec des th\u00e8mes tels que le chamanisme, le cannibalisme, la parent\u00e9 et les syst\u00e8mes rituels amazoniens. En \u00e9largissant ses horizons, la position th\u00e9orique et m\u00e9thodologique de Viveiros de Castro dialogue \u00e9galement avec les travaux de Marilyn Strathern (1988) et de Roy Wagner (1981 [1975]) sur certaines soci\u00e9t\u00e9s d'Oc\u00e9anie, qui cherchent \u00e0 montrer que chaque individu - ou plut\u00f4t sujet - est immerg\u00e9 dans une s\u00e9rie de r\u00e9seaux relationnels qui d\u00e9terminent sa position et son identit\u00e9 dans le monde. Selon cette approche, c'est \u00e0 travers ces r\u00e9seaux relationnels que le sujet peut \u00eatre d\u00e9fini. En ce sens, ce n'est pas seulement la relation qui s'\u00e9tablit entre le sujet et le monde qui est d\u00e9terminante, mais aussi les relations que les diff\u00e9rents sujets entretiennent entre eux. A partir de l\u00e0, nous cherchons \u00e0 d\u00e9velopper une m\u00e9thode ethnographique dialogique ou \"sym\u00e9trique\" (Latour, 1991) et nous nous int\u00e9ressons \u00e0 l'examen des concepts utilis\u00e9s par cet autre, qui est notre interlocuteur dans une \u00e9tude anthropologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s'agit donc, dans les travaux perspectivistes, de la conception de l'autre dans sa nature profonde, ce que Viveiros de Castro et d'autres auteurs contemporains appellent l'\"ontologie\". Ce concept philosophique a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 il y a longtemps par Aristote, qui l'a d\u00e9fini comme l'\u00e9tude de l'\u00eatre en tant que tel (grec : ontologia). <em>sur<\/em>- \u00eatre, participe pr\u00e9sent du verbe \"\u00eatre\"). Depuis, l'application de notions philosophiques, telles que l'ontologie, \u00e0 des mani\u00e8res d'\u00eatre et de penser le rapport de l'homme au monde diff\u00e9rentes et \u00e9trang\u00e8res \u00e0 ces notions, est h\u00e9rit\u00e9e d'une longue tradition occidentale qui n'a cess\u00e9 de les red\u00e9finir et de les reformuler au fil des si\u00e8cles. Viveiros de Castro a adapt\u00e9 \u00e0 l'anthropologie une telle notion d\u00e9natur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Curieusement, lorsque les travaux sur le perspectivisme et le multinaturalisme amazoniens ont \u00e9t\u00e9 connus au Mexique, ce que les anthropologues mexicains int\u00e9ress\u00e9s par ce courant (Sa\u00fal Mill\u00e1n, Johannes Neurath, entre autres) ont le plus recherch\u00e9, c'est ce concept d'ontologie (Hern\u00e1ndez D\u00e1vila, \"Le concept d'ontologie\"). <em>et al<\/em>. 2018 : 71-196), ce qui, \u00e0 mon avis, est le plus probl\u00e9matique pour plusieurs raisons. La premi\u00e8re est qu'il existe des r\u00e9alit\u00e9s ethnographiques qui \u00e9chappent \u00e0 ce sch\u00e9ma de pens\u00e9e, ce dont t\u00e9moignent de nombreuses \u00e9tudes, tant au Mexique que dans le monde entier ..... Une autre est due \u00e0 un probl\u00e8me de simple logique ou de coh\u00e9rence en termes de discours critique sur l'anthropologie classique : si l'on cherche \u00e0 comprendre la perspective de l'autre afin d'englober les multiples fa\u00e7ons de vivre et de concevoir le monde, pourquoi utiliser comme crit\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rence une conception philosophique classique de la culture occidentale dont la d\u00e9finition m\u00e9taphysique du soi comme entit\u00e9 dans son essence est difficilement mall\u00e9able face \u00e0 d'autres fa\u00e7ons de penser le monde ? En effet, il convient de se demander si les dichotomies implicites dans les \u00e9tudes sur le perspectivisme et les ontologies, telles que sujet\/objet ou humain\/non-humain, sont valables pour les cosmologies que nous \u00e9tudions.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux anthropologiques abondent, tant dans les soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9rindiennes du Mexique que dans d'autres peuples des Am\u00e9riques et de diverses latitudes, ainsi que les approches d'Alfred Gell (2016 [1998]) sur l'art comme agence, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 qu'un objet peut devenir un sujet social dans certains contextes, remettant ainsi en question la dichotomie entre sujet et objet. Dans le cas de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s incluses dans l'aire m\u00e9soam\u00e9ricaine (je n'entrerai pas dans ce d\u00e9bat ici), de nombreuses \u00e9tudes d'anthropologues mexicains (entre autres, celles de Jacques Galinier, Dani\u00e8le Dehouve, Guti\u00e9rrez et bien d'autres) ont conclu que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un syst\u00e8me o\u00f9 non seulement la distinction entre culture et nature n'est pas pertinente, mais o\u00f9 la distinction entre humains et non-humains ne l'est pas non plus, \u00e9tant donn\u00e9 les conceptions anthropomorphis\u00e9es tant de la nature que des entit\u00e9s d\u00e9ifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, dans une certaine anthropologie mexicaine, le terme \"ontologie\" en est venu \u00e0 remplacer le concept de \"cosmovision\" dans les discours et les essais, et \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 pratiquement comme synonyme d'un autre terme couramment utilis\u00e9 dans l'anthropologie mexicaine, influenc\u00e9e par les travaux d'Alfredo L\u00f3pez-Austin, Johanna Broda et d'autres (2001 : 47-65), ax\u00e9s sur la recherche du \"noyau dur\" de la pens\u00e9e m\u00e9soam\u00e9ricaine.C'est ainsi qu'un effet de mode s'est cr\u00e9\u00e9 au Mexique il y a une vingtaine d'ann\u00e9es, inspir\u00e9 par des th\u00e8mes qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s et discut\u00e9s ailleurs (principalement au Br\u00e9sil, aux \u00c9tats-Unis et en Europe) depuis les ann\u00e9es 1990. Cette r\u00e9ponse de l'anthropologie mexicaine, \u00e9galement dans la tradition culturaliste, fait \u00e9cho aux discussions qui ont lieu depuis 2008 sur la question de savoir si le concept d'ontologie ne doit pas \u00eatre compris \"comme un autre mot pour la culture\" (Carrithers <em>et al<\/em>., 2010: 152-200).<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, il semble que, bien que d\u00e9crivant les relations inter-esp\u00e8ces et interculturelles dans toute leur fluidit\u00e9 et leur dynamique, le concept d'ontologie soit un retour \u00e0 une vision essentialiste et statique des \u00eatres, que l'on peut consid\u00e9rer comme un atavisme de la tradition culturaliste. Descola, dans son livre <em>Au-del\u00e0 de la nature et de la culture<\/em> (2012 [2005]), soutient qu'il existe quatre ontologies dans le monde : l'animisme, le tot\u00e9misme, l'analogisme et le naturalisme, dans lesquelles se r\u00e9partissent toutes les soci\u00e9t\u00e9s de la plan\u00e8te. Faire entrer toutes les soci\u00e9t\u00e9s du monde dans quatre grandes cat\u00e9gories d\u00e9note, me semble-t-il, une ambition d\u00e9mesur\u00e9e qui confine \u00e0 la sp\u00e9culation. Des sp\u00e9culations universalistes et g\u00e9n\u00e9ralisantes qui avaient \u00e9t\u00e9 remises en cause par Boas et L\u00e9vi-Strauss dans leurs critiques des \u00e9volutionnistes qui, rappelons-le, ont formul\u00e9 les premi\u00e8res th\u00e9ories sur l'animisme et le tot\u00e9misme, noms de deux des ontologies \u00e9tablies par Descola. Face aux critiques adress\u00e9es \u00e0 ce sch\u00e9ma totalisant, Descola a plus r\u00e9cemment admis que, dans certains cas et contextes sp\u00e9cifiques, plusieurs ontologies pouvaient \u00eatre combin\u00e9es entre elles. Cependant, en faisant notre travail d'anthropologue, nous continuons \u00e0 rencontrer des sujets et des choses dans le monde - des \" existents \", dirait Latour (2012) - et d'autres cosmologies qui \u00e9chappent ou d\u00e9passent ces constructions th\u00e9orico-m\u00e9thodologiques sur la base d'observations faites dans des soci\u00e9t\u00e9s amazoniennes et oc\u00e9aniennes principalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, tant Viveiros de Castro et Descola que d'autres repr\u00e9sentants du perspectivisme en anthropologie ont r\u00e9pondu aux critiques de leurs coll\u00e8gues sur leurs propositions initiales, en engageant le dialogue et en trouvant de nouveaux terrains pour des discussions fructueuses (Viveiros de Castro, 2014 : 161-181 ; Descola et Ingold, 2014). Suite \u00e0 ces \u00e9changes critiques autour du perspectivisme et du multinaturalisme, des d\u00e9bats et des r\u00e9flexions sur des questions in\u00e9dites telles que les multi-esp\u00e8ces, les multivers, l'anthropoc\u00e8ne ou la cosmopolitique se sont d\u00e9velopp\u00e9s, d\u00e9passant ainsi les limites de la discipline anthropologique et l'amenant \u00e0 dialoguer avec d'autres domaines de la connaissance. Des questions ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es et \u00e9largies autour de la distinction entre humain et non-humain, reconnaissant l'existence d'\u00eatres hybrides qui n'entrent dans aucune de ces cat\u00e9gories (Latour, 1991 ; Houdart et Olivier, 2011). En relation avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, des ph\u00e9nom\u00e8nes contemporains tels que les \"non-humains technologiques\", le transhumanisme ou les technologies d'intelligence artificielle font \u00e9galement l'objet d'une r\u00e9flexion visant \u00e0 repenser les limites de l'humain et de l'anthropocentrisme, \u00e0 partir de diff\u00e9rentes disciplines. \u00c0 partir des approches de Viveiros de Castro, Descola et Latour, on peut dire qu'une multitude de nouvelles propositions anthropologiques et interdisciplinaires sont apparues qui remettent en question notre condition humaine contemporaine. De nouveaux paradigmes de r\u00e9flexion sur le monde qui nous entoure ont \u00e9merg\u00e9 et ont profond\u00e9ment transform\u00e9 l'anthropologie et d'autres sciences, voire des mouvements culturels, politiques et sociaux au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p><div class=\"close-content\">fermer r\u00e9ponse<\/div>\n      <\/div>\n      <\/p>\n\n\n\n<p>\n    <\/div>\n    \n\n\n\n    <div class=\"discrepancia tres\">\n        <h2>Comment cette tendance a-t-elle influenc\u00e9 votre travail ?<\/h2>\n    <button class=\"discrepante-btn\" data-slug=\"bourdin\">\n        <p class=\"nombre\">Gabriel Bourdin<\/p>\n        <p class=\"llamada\">ce courant n'influence pas mon travail<\/p>\n        <p class=\"open-content\"><span class=\"on\">voir la r\u00e9ponse compl\u00e8te<\/span><span class=\"off\">fermer r\u00e9ponse<\/span><\/p>\n    <\/button>\n    <button class=\"discrepante-btn\" data-slug=\"kindl\">\n        <p class=\"nombre\">Olivia Kindl<\/p>\n        <p class=\"llamada\">les contributions des \u00e9tudes perspectivistes ont eu un impact sur mon travail, ainsi que sur l'anthropologie en g\u00e9n\u00e9ral, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la possibilit\u00e9 d'une th\u00e9orie et d'une pratique d\u00e9colonisantes.<\/p>\n        <p class=\"open-content\"><span class=\"on\">voir la r\u00e9ponse compl\u00e8te<\/span><span class=\"off\">fermer r\u00e9ponse<\/span><\/p>\n    <\/button><\/p>\n\n\n\n<p> \n      <div class=\"respuesta bourdin\"> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Malgr\u00e9 son actualit\u00e9, ce courant n'influence pas mon travail car ma recherche s'inscrit dans une autre tradition th\u00e9orico-m\u00e9thodologique de l'anthropologie.<\/p>\n\n\n\n<p><div class=\"close-content\">fermer r\u00e9ponse<\/div>\n      <\/div>\n      <\/p>\n\n\n\n<p>\n      <div class=\"respuesta kindl\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Lorsque j'ai \u00e9tudi\u00e9 l'anthropologie \u00e0 Paris \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, le courant perspectiviste et le tournant ontologique \u00e9taient pr\u00e9dominants, en particulier \u00e0 l'\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales.<span class=\"small-caps\">ehess<\/span>), dans lequel elle a \u00e9t\u00e9 inscrite pour r\u00e9diger un rapport sur la <span class=\"small-caps\">dea<\/span> sous la direction de Philippe Descola. C'est \u00e0 cette \u00e9poque que j'ai commenc\u00e9 \u00e0 me familiariser avec les travaux et les discussions acad\u00e9miques de divers chercheurs qui suivaient cette ligne de pens\u00e9e, dont beaucoup \u00e9taient invit\u00e9s par Descola pour des cours et des s\u00e9minaires. Parmi ces invit\u00e9s, je me souviens par exemple d'avoir \u00e9cout\u00e9 Viveiros de Castro, Carlos Fausto, Stephen Hugue Jones et Els Lagrou. Les travaux des chercheurs invit\u00e9s que je viens de mentionner, ainsi que ceux des chercheurs fran\u00e7ais travaillant sur des sujets connexes, comme Anne-Christine Taylor, Dimitri Karadimas et Jean-Pierre Chaumeil, pour n'en citer que quelques-uns par manque de place, ont \u00e9t\u00e9 des sources d'apprentissage enrichissantes, permettant d'am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la recherche, ont \u00e9t\u00e9 des sources d'apprentissage enrichissantes, nous permettant de conna\u00eetre et d'explorer des th\u00e8mes tels que les cosmologies am\u00e9rindiennes, les syst\u00e8mes de pens\u00e9e indig\u00e8nes, les taxonomies indig\u00e8nes, les syst\u00e8mes de parent\u00e9, les chants chamaniques, l'anthropologie des sens, le r\u00f4le social des objets rituels tels que les masques, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>D'autre part, au fur et \u00e0 mesure que je d\u00e9veloppais mes r\u00e9flexions et mes recherches ethnographiques, je me suis rendu compte que, dans de nombreux cas, il \u00e9tait difficile d'appliquer les th\u00e9ories et les m\u00e9thodes propos\u00e9es par le perspectivisme en Amazonie aux contextes mexicains. A titre d'exemple, je citerai quelques r\u00e9flexions qui m'ont conduit \u00e0 une analyse de la figure de Kauyumari chez les Wixaritari (Huichol), car il y a des figures mythologiques et rituelles qui sont \"bonnes \u00e0 penser\" parce qu'elles \u00e9chappent \u00e0 toute circonscription ontologique : nous avons un personnage du type <em>filou<\/em>ambigu, contradictoire, paradoxal, imparfait, qui ne sait m\u00eame pas lui-m\u00eame s'il existe vraiment, car son nom signifie litt\u00e9ralement \" celui qui ne se conna\u00eet pas lui-m\u00eame \". En d'autres termes, il est \u00e0 la fois un \u00eatre et un non-\u00eatre (Kindl, 2019 : 134). Comment utiliser le concept d'ontologie dans ces cas ? Cet exemple interroge \u00e0 la fois le concept d'ontologie de Viveiros de Castro et le concept de figuration ontologique de Descola (2006).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est certain que les contributions des \u00e9tudes perspectivistes ont eu un impact sur mon travail, ainsi que sur l'anthropologie en g\u00e9n\u00e9ral, pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la possibilit\u00e9 d'une th\u00e9orie et d'une pratique d\u00e9colonisantes au sein des sciences sociales. Une remise en question radicale de la \"colonialit\u00e9 de la connaissance\" appliqu\u00e9e \u00e0 la pratique ethnographique dans laquelle le discours et la vision du monde des autochtones (Viveiros de Castro, 2016 [2002] : 29-69), c'est-\u00e0-dire de nos interlocuteurs sur le terrain, sont \"pris au s\u00e9rieux\" (Viveiros de Castro, 2016 [2002] : 29-69). Les approches de Viveiros de Castro nous invitent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir si l'anthropologie culturelle ne devrait pas \u00eatre une anthropologie interculturelle et perspectiviste, c'est-\u00e0-dire une anthropologie v\u00e9ritablement interculturelle et pas simplement une anthropologie culturelle qui r\u00e9fl\u00e9chit sur l'interculturalit\u00e9. Cette partie est, \u00e0 mon avis, la partie la plus r\u00e9cup\u00e9rable du perspectivisme. Cependant, de mon point de vue mexicaniste, il y a encore beaucoup \u00e0 discuter, \u00e0 remettre en question et \u00e0 repenser sur la question des ontologies et des dichotomies entre le sujet et l'objet, l'humain et le non-humain.<\/p>\n\n\n\n<p><div class=\"close-content\">fermer r\u00e9ponse<\/div>\n      <\/div>\n      <\/p>\n\n\n\n<p>\n    <\/div>\n    \n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Broda, Johanna et F\u00e9lix Baez-Jorge (eds.) (2001). <em>Cosmovision, rituel et identit\u00e9 des peuples indig\u00e8nes du Mexique.<\/em> Mexique : Fondo de Cultura Econ\u00f3mica.<\/p>\n\n\n\n<p>Carrithers, Michael, Matei Candea, Karen Sykes, Martin Holbraad et Soumhya Venkatesan (2010). \"Ontology Is Just Another Word for Culture : Motion Tabled at the 2008 Meeting of the Group for Debates in Anthropological Theory\", <em>Critique de l'anthropologie <\/em>30, pp. 152-200.<\/p>\n\n\n\n<p>Descola, Philippe (2012 [2005]). <em>Au-del\u00e0 de la nature et de la culture<\/em>. Buenos Aires : Amorrortu.<\/p>\n\n\n\n<p>__________ (2006). \"La fabrique des images, <em>Anthropologie et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>vol. 30, no. 3, pp. 167-182.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> --- y&nbsp;<\/strong><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/lectures\/16209\">Tim Ingold<\/a> (2014). \u00catre au monde. Quelle exp\u00e9rience commune ? Lyon : Presses universitaires de Lyon.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9l\u00e9age, Pierre (2020). <em>L'Autre-mental. Figures de l'anthropologue dans la science-fiction<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Deleuze, Gilles et F\u00e9lix Guattari (1985 [1972]). <em>L'anti-\u0152dipe. Capitalisme et schizophr\u00e9nie<\/em>. Barcelone : Paid\u00f3s.<\/p>\n\n\n\n<p>Gell, Alfred (2016 [1998]). <em>Art et agence : une th\u00e9orie anthropologique<\/em>. Buenos Aires : <span class=\"small-caps\">sb<\/span> \u00c9ditorial.<\/p>\n\n\n\n<p>Hern\u00e1ndez D\u00e1vila, Carlos Arturo (coord.) (2018). \"El giro ontol\u00f3gico : un di\u00e1logo (posible) con la etnograf\u00eda mesoamericanista\", <em>Cuicuilco<\/em>. <em>Journal des sciences anthropologiques<\/em>vol. 25, no. 72, mai-ao\u00fbt, pp. 71-196.<\/p>\n\n\n\n<p>Houdart, Sophie et Olivier Thiery (2011). Humains non-humains. Paris, La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Kindl, Olivia (2019). \" Effets de pr\u00e9sence et figurations rituelles dans le \"d\u00e9sert magique\" de Wirikuta. Kauyumari ou le Cerf Bleu, entre les rituels, l'art et la vie\", <em>Trace<\/em>76, juillet, pp. 130-166 [En ligne]. <a href=\"http:\/\/trace.org.mx\/\">http:\/\/trace.org.mx<\/a>; DOI :&nbsp;<a href=\"http:\/\/dx.doi.org\/10.22134\/trace.76.2019.642\">http:\/\/dx.doi.org\/10.22134\/trace.76.2019.642<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Latour, Bruno (1991). Nous n'avons jamais \u00e9t\u00e9 modernes. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212; (2012). <em>Enqu\u00eate sur les modes d'existence. Une anthropologie des modernes<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Nietzsche, Friedrich (1996). <em>La g\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em>. Madrid : Alianza.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212; (2004). <em>Fragments posthumes<\/em>. Madrid : Abada.<\/p>\n\n\n\n<p>Strathern, Marilyn (1988). The Gender of the Gift : Problems with Women and Problems with Society in Melanesia. Berkeley : University of California Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Viveiros de Castro, Eduardo (1992). <em>Du point de vue de l'ennemi : humanit\u00e9 et divinit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 amazonienne<\/em>. Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p>_____________(2010 [2009]). <em>M\u00e9taphysique cannibale. Lignes de l'anthropologie post-structurale<\/em>. Madrid : Katz Editores.<\/p>\n\n\n\n<p>______________ (2014). \"Perspectivisme et multinaturalisme en Am\u00e9rique indig\u00e8ne, <em>Journal des Anthropologues<\/em>pp. 138-139 et 161-181.<\/p>\n\n\n\n<p>______________ (2016 [2002]), \"The relative native\", <em>Av\u00e1. Revue d'anthropologie<\/em>No. 29, d\u00e9cembre, pp. 29-69.<\/p>\n\n\n\n<p>Wagner, Roy (1981 [1975]). <em>L'invention de la culture<\/em>. Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Gabriel Bourdin<\/em> Docteur en anthropologie (unam). Professeur et conf\u00e9rencier dans des universit\u00e9s au Mexique (enah, unam, uic, Sor Juana, entre autres), en Argentine (uba, Luj\u00e1n, uner, unsm), en Espagne (universit\u00e9 de Grenade), en France (Sorbonne-Universit\u00e9-Paris iv, universit\u00e9 Bordeaux-Montaigne) et en Bulgarie (universit\u00e9 de Sofia). Membre du syst\u00e8me national des chercheurs (sni-conahcyt). Il est chercheur \u00e0 temps plein \u00e0 l'Instituto de Investigaciones Antropol\u00f3gicas de la unam. Membre chercheur de l'Association Marcel Jousse, bas\u00e9e \u00e0 Paris. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Son domaine d'\u00e9tude est l'anthropologie du langage. Il a r\u00e9cemment publi\u00e9 <em>La jungle anthropologique. Une introduction \u00e0 l'Anthropologie du geste et du mim\u00e9tisme de Marcel Jousse.<\/em> (unam, 2019) ; et la premi\u00e8re traduction en espagnol de <em>Le style oral, rythmique et mn\u00e9motechnique des verbo-moteurs, par Marcel Jousse<\/em>pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d'un essai introductif (unam, 2020). Il a publi\u00e9 plusieurs livres et articles sur le th\u00e8me du corps et des \u00e9motions en langue maya. Il coordonne le S\u00e9minaire permanent d'anthropologie du corps, des \u00e9motions et du geste expressif (IIA-iia-unam). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Olivia Kindl<\/em> est professeur de recherche au sein du programme d'\u00e9tudes anthropologiques du Colegio de San Luis. N\u00e9e \u00e0 Paris, elle est dipl\u00f4m\u00e9e en ethnologie de l'\u00c9cole nationale d'anthropologie et d'histoire. Elle a re\u00e7u le prix national \"Fray Bernardino de Sahag\u00fan\" pour sa th\u00e8se \"La j\u00edcara huichol : un microcosme m\u00e9soam\u00e9ricain\". Son doctorat en ethnologie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9 par l'universit\u00e9 de Paris X-Nanterre. Ses recherches ont port\u00e9, \u00e0 partir de l'anthropologie de l'art et des th\u00e9ories du rituel, sur l'analyse des arts visuels des Wixaritari (Huichol), qu'il a compar\u00e9s \u00e0 ceux des Coras, des Tepehuanes et des populations des hauts plateaux de Potosi. Plus r\u00e9cemment, ses analyses ont \u00e9t\u00e9 mises en relation avec les th\u00e9ories de l'art rituel.&nbsp;<em>performance<\/em>&nbsp;et l'anthropologie des techniques. Il s'est \u00e9galement aventur\u00e9 dans l'ethnoarch\u00e9ologie et l'anthropologie historique. Ses ouvrages scientifiques et de vulgarisation ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s au Mexique, en France, en Allemagne et aux \u00c9tats-Unis. Pour plus d'informations, voir&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.colsan.edu.mx\/p\/nu_acad.php?str=25\">https:\/\/www.colsan.edu.mx\/p\/nu_acad.php?str=25<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Arturo Guti\u00e9rrez del \u00c1ngel<\/em> est enseignant-chercheur au sein du programme d'\u00e9tudes anthropologiques du Colegio de San Luis. Il est membre du Syst\u00e8me national des chercheurs (SNI) depuis 2008. Ses recherches portent sur la mythologie, les religions et les rituels. Elle s'est sp\u00e9cialis\u00e9e dans l'anthropologie visuelle, en particulier dans la relation entre la photographie, la plastique et les expressions culturelles. Il a travaill\u00e9 avec des groupes de l'ouest et du nord du Mexique, tels que les Wixaritari et les Na'ayari. Il a publi\u00e9 cinq livres en tant qu'auteur et six livres en tant que co-auteur, ainsi que des publications dans des magazines nationaux et internationaux. Il a expos\u00e9 son travail photographique dans des mus\u00e9es et des galeries ; il a organis\u00e9 20 expositions de photographies li\u00e9es \u00e0 l'Asie, \"El instante de la mirada : 5 pa\u00edses de Asia\" (L'instant de la vue : 5 pays d'Asie).<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour certains, le perspectivisme est une r\u00e9volution dans la pens\u00e9e anthropologique, tandis que pour d'autres, il ne s'agit pas d'une th\u00e9orie, mais plut\u00f4t d'une id\u00e9ologie forg\u00e9e en ramenant dans l'ar\u00e8ne de la discussion d'anciens paradigmes d\u00e9terr\u00e9s et d\u00e9pass\u00e9s depuis longtemps. 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