{"id":37529,"date":"2023-09-21T11:00:00","date_gmt":"2023-09-21T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=37529"},"modified":"2023-09-21T04:44:41","modified_gmt":"2023-09-21T04:44:41","slug":"frantz-fanon-un-hombre-sin-mascaras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/frantz-fanon-un-hombre-sin-mascaras\/","title":{"rendered":"Frantz Fanon, un homme sans masque"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap abstract\">Au cours de l'\u00e9t\u00e9 1969, le quartier de Harlem, \u00e0 New York, a \u00e9t\u00e9 illumin\u00e9 par des \u00e9clairs de lumi\u00e8re. <em>\u00e2me<\/em> et un esprit de protestation. Alors que la presse internationale a couvert le festival de Woodstock comme l'\u00e9v\u00e9nement musical du si\u00e8cle avec des expressions de protestation et de contestation. <em>hippies<\/em> et les pacifistes, les concerts de Harlem ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9clips\u00e9s, et jusqu'\u00e0 la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du 20e si\u00e8cle, les concerts de Harlem n'ont pas eu lieu. <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>des enregistrements d'artistes tels que Stevie Wonder, B.B. King, The 5th Dimension et Gladys Knight &amp; The Pips sont rest\u00e9s en bo\u00eete et ignor\u00e9s par l'histoire.<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>De toutes les performances de Harlem, une se distingue par son \u00e9lan et sa non-conformit\u00e9 \u00e9vidente avec les conditions sociales de l'\u00e9poque : Nina Simone, qui interpr\u00e8te un morceau intitul\u00e9 \"Are you ready\" (Are you ready ?) (<em>\u00cates-vous pr\u00eats ?<\/em>) et qui est, en fait, la musicalisation du po\u00e8me \u00e9ponyme de David Nelson. Si le festival de Harlem a \u00e9t\u00e9 interdit, c'est en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 cette participation o\u00f9 la voix de l'interpr\u00e8te a r\u00e9sonn\u00e9 pour exiger la fin du racisme et de la discrimination, appelant \u00e9galement, dans un acte d'audace incroyable, \u00e0 l'adoption de la violence comme meilleur moyen d'atteindre la revendication. \"Es-tu pr\u00eat \u00e0 tuer s'il le faut, es-tu pr\u00eat \u00e0 cr\u00e9er la vie, es-tu pr\u00eat \u00e0 briser les choses blanches, es-tu pr\u00eat \u00e0 construire les choses noires, es-tu pr\u00eat \u00e0 appeler la col\u00e8re des dieux noirs, es-tu pr\u00eat \u00e0 te changer toi-m\u00eame\", la chanson a provoqu\u00e9 l'admiration des masses pour la talentueuse chanteuse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Frantz Fanon : Black Skin White Mask (1995) | Trailer | Colin Salmon | Halima Daoud\" width=\"580\" height=\"326\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/U0FLt_lhlfE?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Cependant, ce n'est ni la premi\u00e8re ni la derni\u00e8re harangue de ce type qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de mouvements sociaux et de groupes artistiques et acad\u00e9miques d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l'\u00e9tude du racisme et \u00e0 la compr\u00e9hension des blessures inflig\u00e9es par l'ordre colonial, il est encore difficile de remettre en question les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux et d'admettre le plein droit des slogans d'empowerment tels que Black Power Movement (1966) et Black Lives Matter (2013). La question devient encore plus difficile si, \u00e0 la mani\u00e8re de Simone, nous reconnaissons que la lib\u00e9ration des peuples noirs et leur d\u00e9colonisation n'est concevable que comme un ph\u00e9nom\u00e8ne violent : \"Car, dans les premiers moments de la r\u00e9volte, il faut tuer : tuer un Europ\u00e9en, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer \u00e0 la fois un oppresseur et un opprim\u00e9 : un homme reste mort et un homme reste libre ; le survivant, pour la premi\u00e8re fois, sent sous ses pieds la terre de sa nation\" (Sartre, 2011 : ix).<\/p>\n\n\n\n<p>Un an avant le festival, Martin Luther King \u00e9tait assassin\u00e9 \u00e0 Memphis et, en 1961, le psychiatre et \u00e9crivain Frantz Fanon mourait d'une leuc\u00e9mie dans le Maryland. Les turbulentes ann\u00e9es 1960 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par une forte remise en question de l'histoire coloniale \u00e0 travers de multiples formes d'activisme et des publications d'auteurs africanistes tels que Fanon lui-m\u00eame, <span class=\"small-caps\">w.e.b.<\/span> Du Bois, Aim\u00e9 C\u00e9saire et Kwame Nkrumah. Aujourd'hui, les \u00e9tudes sur la n\u00e9gritude, la d\u00e9colonialit\u00e9 et l'antiracisme sont pratiquement infinies, m\u00eame si leurs effets sont per\u00e7us, dans les circonstances pass\u00e9es et pr\u00e9sentes, comme extr\u00eamement limit\u00e9s face aux diverses manifestations de la colonialit\u00e9 qui se perp\u00e9tuent jusqu'\u00e0 aujourd'hui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Frantz Fanon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le docudrame intitul\u00e9 <em>Peau noire, masques blancs<\/em> (<em>Black Skin, White Masks<\/em>), r\u00e9alis\u00e9 par Isaac Julien en 1995, pr\u00e9sente le paysage raciste qui pr\u00e9valait dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle. <span class=\"small-caps\">xx<\/span>Le livre est bas\u00e9 sur un voyage \u00e0 travers les moments embl\u00e9matiques de la vie de Frantz Fanon, \u00e9minent psychiatre et intellectuel dont les r\u00e9flexions sont \u00e0 la base des th\u00e9ories critiques contemporaines et de la mont\u00e9e des opinions post-colonialistes. \u00c0 bien des \u00e9gards, la personnalit\u00e9 incendiaire des mobilisations pour les droits civiques aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1950 et 1960 est ancr\u00e9e dans des auteurs tels que Fanon.<\/p>\n\n\n\n<p>Coproduit par des institutions britanniques et fran\u00e7aises,<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Le film pr\u00e9sente une cin\u00e9matographie \u00e9clectique qui associe des images vid\u00e9o d'archives d'Alg\u00e9rie, des photographies historiques, des entretiens avec des sp\u00e9cialistes et des sc\u00e8nes dramatiques gr\u00e2ce \u00e0 la performance de Colin Salmon dans le r\u00f4le de Fanon. La musique de fond est <em>jazz<\/em> et pendant une heure et neuf minutes, le sc\u00e9nario entrem\u00eale les r\u00e9cits et les dialogues internes du protagoniste avec des faits concrets et des opinions nuanc\u00e9es. Malgr\u00e9 la complexit\u00e9 de la vie de Fanon et la nature ardue de sa classification en tant qu'auteur, l'objectif du documentaire est clair : reconna\u00eetre un militant et un intellectuel dont les id\u00e9es restent pertinentes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 des fins d'exposition, cet audiovisuel peut \u00eatre divis\u00e9 en trois parties. L'introduction pr\u00e9sente quelques informations biographiques sur Fanon, qui est n\u00e9 sur l'\u00eele de la Martinique en 1925 dans une famille culturellement et racialement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, Fanon a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par les d\u00e9bats sur la d\u00e9personnalisation de la population noire, car bien que la R\u00e9volution fran\u00e7aise de la fin du 20e si\u00e8cle ait \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part d'une r\u00e9flexion sur les droits de l'homme, elle n'en a pas moins \u00e9t\u00e9 une source d'inspiration. <span class=\"small-caps\">xviii<\/span> Bien que la France ait formellement aboli l'esclavage sur l'\u00eele, c'est en r\u00e9alit\u00e9 une atmosph\u00e8re raciste qui domine, pr\u00e9servant les privil\u00e8ges de la minorit\u00e9 blanche et ne mettant pas en pratique le slogan populaire \"Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9\". De mani\u00e8re quelque peu contradictoire, une grande partie de la population assume sa soumission au pouvoir fran\u00e7ais, et pour beaucoup Fanon est consid\u00e9r\u00e9 comme un tra\u00eetre pour avoir remis en cause cet \u00e9tat de fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette premi\u00e8re partie, les t\u00e9moignages d'Oliver Fanon, le fils de Frantz Fanon, de Joby Fanon, son fr\u00e8re, de France-Lyne Fanon, sa ni\u00e8ce, de F\u00e9lix Fanon, sa belle-s\u0153ur, et de Kl\u00e9ber Gamess, un ami proche, retiennent l'attention. Avec un brin de nostalgie, tous avouent leur admiration pour la personne, mais aussi pour ses combats qui, peu \u00e0 peu, ont pris forme dans un propos politique fond\u00e9 notamment sur une relecture de la dialectique de Hegel entre le ma\u00eetre et l'esclave, o\u00f9 la lutte pour la d\u00e9colonisation est une lutte \u00e0 mort pour l'ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dot\u00e9 d'un temp\u00e9rament fougueux, d\u00e9crit dans le documentaire comme un ensemble de \"feux d'artifice\", Fanon s'enr\u00f4le dans l'arm\u00e9e fran\u00e7aise pour combattre pendant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, selon les confessions de son fr\u00e8re, Fanon reconna\u00eet son erreur et devient rapidement un dissident qui entrera dans l'histoire pour sa critique de la ligne raciale qui existe dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Ainsi, la deuxi\u00e8me partie du film se penche sur l'\u0153uvre intitul\u00e9e <em>Peau noire, masques blancs<\/em>,<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> \u00e9crit par Fanon pendant ses ann\u00e9es d'\u00e9tudes en psychiatrie \u00e0 Lyon.<\/p>\n\n\n\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, l'\u0153uvre de Fanon est complexe et prolixe, mais dans ce produit audiovisuel, quelques id\u00e9es centrales se d\u00e9gagent. Fanon part de deux constats incontournables : \"les Blancs se consid\u00e8rent sup\u00e9rieurs aux Noirs\" et \"les Noirs veulent d\u00e9montrer aux Blancs, co\u00fbte que co\u00fbte, la richesse de leur pens\u00e9e, l'\u00e9gale puissance de leur esprit\" (Fanon, 2009 : 44). Reconnaissant ce narcissisme commun, Fanon a tent\u00e9 d'analyser les causes sous-jacentes \u00e0 ces deux faits, en les situant dans le processus historique de la colonisation, comprise ici non seulement comme un acte d'ordre politique, mais aussi comme une appropriation de l'id\u00e9e d'\"humain\" et la construction de sujets socialement valides. La colonisation est la conqu\u00eate des corps et des id\u00e9es que l'on s'en fait : toujours blancs et occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Frantz Fanon a d\u00e9fini la population noire comme des \u00eatres colonis\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9personnalis\u00e9s ou qui se trouvent dans une zone de \"non-\u00eatre\". La soi-disant blancheur est donc la destruction des connaissances, des mondes et des vies des peuples historiquement opprim\u00e9s, ce que les sciences sociales appellent aujourd'hui l'\u00e9pist\u00e9micide. L'anthropologie contemporaine a pr\u00e9cis\u00e9ment opt\u00e9 pour cette direction, et il semblerait que les propositions de Fanon \u00e9taient en avance, reconnaissant d'autres ontologies (Kohn, 2015), une symphonie de mondes qui coexistent, mais que l'Occident s'est efforc\u00e9 de faire dispara\u00eetre ou, dans le meilleur des cas, de limiter sous des cat\u00e9gories telles que \"art populaire\", \"indig\u00e8ne\" et \"traditions\" qui ne constituent pas un danger pour les privil\u00e8ges des Blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une sorte de psychologie de la colonisation, Fanon transcende la description du racisme en tant que probl\u00e8me id\u00e9ologique et explore, en outre, son caract\u00e8re performatif, o\u00f9 l'ali\u00e9nation ou l'internalisation de l'oppression est \u00e9vidente dans les comportements et les pens\u00e9es. Le livre <em>Peau noire, masques blancs<\/em> avait, en fait, un titre diff\u00e9rent lorsqu'il \u00e9tait encore \u00e0 ses d\u00e9buts : <em>Essai pour la d\u00e9sali\u00e9nation des Noirs<\/em>qui soulignait explicitement comment la population colonis\u00e9e utilise les masques blancs pour survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le masque blanc n'est pas ici un objet mat\u00e9riel, mais un dispositif attitudinal qui permet de modifier sa propre existence. Si le corps noir a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9, humili\u00e9, mutil\u00e9 et viol\u00e9 dans divers contextes, pourquoi ne pas essayer une autre identit\u00e9 ? Le corps noir a \u00e9t\u00e9 hypersexualis\u00e9, le st\u00e9r\u00e9otype masculin renvoyant \u00e0 un criminel et le st\u00e9r\u00e9otype f\u00e9minin \u00e0 une prostitu\u00e9e. Cependant, une chose est claire : la d\u00e9finition du noir n'existe que par contraste avec le blanc ; comme le dit Fanon : \"Et puis on nous a donn\u00e9 le regard blanc \u00e0 affronter. Une lourdeur inaccoutum\u00e9e nous oppressait. Le monde r\u00e9el nous disputait notre part. Dans le monde blanc, l'homme de couleur rencontre des difficult\u00e9s dans l'\u00e9laboration de son sch\u00e9ma corporel. La connaissance du corps est une activit\u00e9 uniquement n\u00e9gatrice \" (Fanon, 2009 : 112).<\/p>\n\n\n\n<p>Comment r\u00e9habiliter l'homme noir, s'interroge Fanon, la t\u00e2che semble ardue car la population opprim\u00e9e a int\u00e9rioris\u00e9 son lieu de subordination. La t\u00e2che semble ardue car la population opprim\u00e9e a int\u00e9rioris\u00e9 son lieu de subordination. Comment construire un monde simplement humain o\u00f9 la libert\u00e9 est le r\u00e9sultat de la lutte contre l'ensemble des mensonges qui inf\u00e9riorisent les hommes ? La troisi\u00e8me partie du docudrame se concentre sur l'\u0153uvre politique de Fanon et ses efforts inlassables pour mettre en pratique toutes ses id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Lass\u00e9 de l'environnement europ\u00e9en, Fanon s'installe en 1954 dans la ville de Blida en Alg\u00e9rie. Dans les premiers temps, Fanon collabore \u00e0 la mise en place d'une psychiatrie institutionnelle qui n'utilise ni camisoles de force, ni mauvais traitements, ni cha\u00eenes, mais surtout qui abandonne les pr\u00e9jug\u00e9s sur les particularit\u00e9s inf\u00e9rieures de la structure mentale de la population noire. La psychiatre Alice Cherki, \u00e9l\u00e8ve et collaboratrice de Fanon, fait l'apologie des actes de son mentor en soulignant que les cliniques psychiatriques de ces ann\u00e9es-l\u00e0 n'encha\u00eenaient plus leurs patients, mais qu'au-del\u00e0 de ses contributions m\u00e9dicales, Fanon brisait m\u00e9taphoriquement les cha\u00eenes et s'engageait pour l'\u00e9mancipation de l'Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, Fanon abandonne son m\u00e9tier de m\u00e9decin et devient un Alg\u00e9rien autoproclam\u00e9, sympathisant des causes locales et membre du Front national de lib\u00e9ration (<span class=\"small-caps\">fln<\/span>) pendant la guerre d'ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne. Il partait du principe de l'unit\u00e9 de l'Afrique et \u00e9tait convaincu que la fin du syst\u00e8me colonialiste passerait par un conflit arm\u00e9. Pour Fanon, la violence n'est pas synonyme de destruction, mais de travail en commun pour atteindre la libert\u00e9, car si la colonisation ne s'est faite que par la d\u00e9possession et le g\u00e9nocide, la d\u00e9colonisation n'a pas d'autre choix que de recourir aux m\u00eames moyens : \"la d\u00e9colonisation est toujours un ph\u00e9nom\u00e8ne violent\" (Fanon, 2011 : 1).<\/p>\n\n\n\n<p>En novembre 1961, une publication posthume a \u00e9t\u00e9 faite de l'\u0153uvre <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em>qui comprenait une pr\u00e9face de Jean-Paul Sartre et dans lequel Fanon se montrait un v\u00e9ritable r\u00e9volutionnaire, attach\u00e9 aux sentiments de changement et de communaut\u00e9. Au fil des pages, cet ouvrage souligne l'importance de promouvoir la d\u00e9colonisation \u00e0 partir du c\u0153ur de la soci\u00e9t\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">[...] nous assistons d'abord \u00e0 un v\u00e9ritable triomphe du culte de la spontan\u00e9it\u00e9. Les multiples soul\u00e8vements dans les campagnes prouvent, partout o\u00f9 ils \u00e9clatent, l'ubiquit\u00e9 et la pr\u00e9sence diffuse et dense de la nation. Chaque colonis\u00e9 en armes est un morceau de la nation vivante. Ces soul\u00e8vements paysans mettent en danger le r\u00e9gime colonial, mobilisent ses forces et les dispersent, menacent \u00e0 tout moment de l'\u00e9touffer. Ils ob\u00e9issent \u00e0 une doctrine simple : faire na\u00eetre la nation. Il n'y a pas de programme, pas de discours, pas de r\u00e9solutions, pas de tendances. Le probl\u00e8me est clair : les \u00e9trangers doivent partir. Il faut construire un front commun contre l'oppresseur et renforcer ce front par la lutte arm\u00e9e (Fanon, 2011 : 34).<\/p>\n\n\n\n<p>Le documentaire montre Fanon v\u00eatu d'un costume noir, courant sous le soleil en plein d\u00e9sert et abandonnant ses bagages pour embrasser un soldat alg\u00e9rien brandissant fi\u00e8rement le drapeau de son pays. Ces sc\u00e8nes, mont\u00e9es comme un puzzle, impliquent le spectateur dans la narration d'un drame qui culmine avec un Fanon torse nu - lib\u00e9r\u00e9, peut-\u00eatre, sans masques blancs ni masques d'aucune sorte - franchissant les portes \u00e0 la recherche du \"sujet post-colonial\" et d'un nouveau projet politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Fanon est mort \u00e0 l'\u00e2ge de 36 ans aux \u00c9tats-Unis. Il avait surv\u00e9cu \u00e0 plusieurs tentatives d'assassinat et \u00e0 des attentats dus \u00e0 l'impopularit\u00e9 de ses id\u00e9es en Europe, mais c'est une leuc\u00e9mie qui a interrompu sa vie sans r\u00e9pit. Son corps a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 en Alg\u00e9rie, mais ses id\u00e9es continuent de circuler dans l'imaginaire collectif et dans les multiples luttes pour l'\u00e9galit\u00e9. Dans les derni\u00e8res minutes du documentaire, Joby Fanon rend publique une lettre de son fr\u00e8re, \u00e9crite quelques jours avant sa mort. La boule dans la gorge qui l'emp\u00eache d'en achever la lecture r\u00e9v\u00e8le la persistance d'une blessure en lui et dans sa famille qui, comme celle du colonialisme, n'est pas encore referm\u00e9e. Au cours de sa br\u00e8ve carri\u00e8re, Fanon a r\u00e9ussi \u00e0 remettre en question le syst\u00e8me mondial, \u00e0 contester le concept d'\"humain\" et \u00e0 s'imposer comme un auteur r\u00e9volutionnaire. Malgr\u00e9 sa mort solitaire, Frantz Fanon \u00e9tait un homme profond\u00e9ment romantique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Colophon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La qualit\u00e9 du docudrame dont il est question ici est analogue aux exigences pos\u00e9es par son personnage central. Les donn\u00e9es biographiques, leur impact social et l'h\u00e9ritage intellectuel de Fanon sont livr\u00e9s aux spectateurs de mani\u00e8re claire et avec une myriade de fils \u00e0 d\u00e9m\u00ealer. Toutefois, il convient de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la conjoncture historique dans laquelle ce mat\u00e9riel audiovisuel a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, car son sc\u00e9nario correspond \u00e0 un agenda intellectuel et politique des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, nous pourrions affirmer que ce docudrame constitue une fen\u00eatre d'acc\u00e8s au d\u00e9veloppement des \u00e9tudes post-coloniales et de la critique culturelle repr\u00e9sent\u00e9e par des auteurs tels que Stuart Hall, qui, \u00e0 leur tour, ont ancr\u00e9 leurs discours dans les processus d'ind\u00e9pendance alors en cours en Afrique (Namibie et \u00c9rythr\u00e9e). Il s'agit d'un ouvrage qui permet non seulement de comprendre son th\u00e8me central, mais aussi le contexte des sciences sociales et les changements dans la configuration g\u00e9opolitique au tournant du si\u00e8cle. <span class=\"small-caps\">xx<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mat\u00e9riel est \u00e9galement propice aux objectifs fix\u00e9s dans le projet intellectuel de son directeur, Isaac Julien, qui s'int\u00e9ressait, dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00e0 la production d'un cin\u00e9ma ind\u00e9pendant centr\u00e9 sur la n\u00e9gritude et l'homosexualit\u00e9 ; <em>culture cin\u00e9matographique noire ind\u00e9pendante<\/em> comme un nouveau genre. <em>Peau noire, masques blancs<\/em> et d'autres productions connexes ont favoris\u00e9 l'ascension de Julien \u00e0 un niveau personnel en reconnaissant publiquement son orientation sexuelle diverse et en tant qu'artiste contemporain qui m\u00e9lange aujourd'hui de mani\u00e8re po\u00e9tique des r\u00e9cits visuels contre l'homophobie et le racisme.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, l'une des principales vertus de ce produit audiovisuel est de montrer un Fanon multiforme mais toujours congruent, du point de vue de ses proches comme des chercheurs actuels vers\u00e9s dans son \u0153uvre. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un produit audiovisuel plac\u00e9 au c\u0153ur de la culture populaire ou d'un succ\u00e8s de masse, sa contribution est la diffusion de son \u0153uvre.<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> des id\u00e9es d'un auteur dont les \"usages\" sont aussi vastes que ses contributions \u00e0 la pens\u00e9e postcoloniale (De Oto, 2003 : 213) et dont la pr\u00e9sence dans l'imaginaire collectif est ind\u00e9niable. Peut-\u00eatre n'est-il pas n\u00e9cessaire d'\"\u00eatre pr\u00eat\" car l'esprit universaliste de Fanon transcende le temps et l'espace, et attend que l'impulsion de cr\u00e9er la vie \u00e9merge \u00e0 tout moment : \"pour nous-m\u00eames et pour l'humanit\u00e9, camarades, nous devons changer de peau, d\u00e9velopper une nouvelle fa\u00e7on de penser, essayer de cr\u00e9er un homme nouveau\" (Fanon, 2011 : 101).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">De Oto, Alejandro Jos\u00e9 (2003). <em>Frantz Fanon: pol\u00edtica y po\u00e9tica del sujeto poscolonial<\/em>. M\u00e9xico: El Colegio de M\u00e9xico.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Fanon Frantz (2009). <em>Piel negra, m\u00e1scaras blancas. <\/em>Madrid: Akal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2011). <em>Los condenados de la Tierra. <\/em>M\u00e9xico: Fondo de Cultura Econ\u00f3mica.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Kohn, Eduardo (2015). \u201cAnthropology of Ontologies\u201d, <em>Annual Review of Anthropology, <\/em>n\u00fam. 44, pp. 311-327.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Sartre, Jean-Paul (2011). \u201cPrefacio\u201d, en Frantz Fanon, <em>Los condenados de la Tierra. <\/em>M\u00e9xico: Fondo de Cultura Econ\u00f3mica, pp. iv-xii.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"small-caps\">Sp\u00e9cifications techniques<\/span><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ti\u0301tulo:<em> Black Skin, White Masks<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Direccio\u0301n: Isaac Julien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Guion: Isaac Julien y Mark Nash<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Productor: Mark Nash<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Productores ejecutivos: Craig Paull, David Donat e Ibrahim Letaief<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Distribuidor: Normal Films, 1995<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Blanca Cardenas<\/em> est titulaire d'un dipl\u00f4me d'ethnologie de l'\u00c9cole nationale d'anthropologie et d'histoire (<span class=\"small-caps\">enah<\/span>), candidat \u00e0 la ma\u00eetrise et au doctorat en philosophie des sciences (domaine de la communication scientifique) \u00e0 l'Universit\u00e9 nationale autonome du Mexique (<span class=\"small-caps\">unam<\/span>). 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