{"id":36881,"date":"2023-03-21T03:31:12","date_gmt":"2023-03-21T03:31:12","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=36881"},"modified":"2023-11-16T17:53:12","modified_gmt":"2023-11-16T23:53:12","slug":"salazar-cuadernos-americanos-revolucion-mexicana-anti-imperialismo-compromiso-intelectual","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/salazar-cuadernos-americanos-revolucion-mexicana-anti-imperialismo-compromiso-intelectual\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sent et pass\u00e9 : la critique anti-imp\u00e9rialiste de la r\u00e9volution mexicaine dans la perspective ib\u00e9ro-am\u00e9ricaine de Cuadernos Americanos sur le triomphe de la r\u00e9volution cubaine en 1959"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract translation-block\">Dans les ann\u00e9es 1940, le projet culturel, social et politique de la revue <em>Cuadernos Americanos<\/em> prend forme. Le directeur de la publication, l'\u00e9conomiste mexicain Jes\u00fas Silva Herzog, a r\u00e9uni des intellectuels ib\u00e9ro-am\u00e9ricains qui partageaient les id\u00e9es d'anti-imp\u00e9rialisme et d'engagement intellectuel. D\u00e8s les premiers num\u00e9ros, <em>Cuadernos<\/em> a discut\u00e9 de la validit\u00e9 de la r\u00e9volution mexicaine ; ses pages ont soulign\u00e9 les erreurs et les distorsions du processus, ainsi que la n\u00e9cessit\u00e9 de reprendre les mesures les plus radicales. Ces r\u00e9flexions ont \u00e9t\u00e9 catalys\u00e9es par le triomphe de la r\u00e9volution cubaine en 1959, car elle pr\u00e9sentait quelques lignes directrices possibles pour faire revivre son homologue mexicaine ou, au contraire, la critiquer encore plus s\u00e9v\u00e8rement du point de vue de la remise en question anti-imp\u00e9rialiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/antiimperialismo\/\" rel=\"tag\">anti-imp\u00e9rialisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/compromiso-intelectual\/\" rel=\"tag\">l'engagement intellectuel<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/cuadernos-americanos\/\" rel=\"tag\">Cuadernos Americanos<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/revolucion-cubana\/\" rel=\"tag\">R\u00e9volution cubaine<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/revolucion-mexicana\/\" rel=\"tag\">R\u00e9volution mexicaine<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\"><em><span class=\"small-caps\">pr\u00e9sent et pr\u00e9t\u00e9rit<\/span><\/em><span class=\"small-caps\">: critiques anti-imp\u00e9rialistes de l'\u00e9conomie mexicaine<\/span> <span class=\"small-caps\">la r\u00e9volution du point de vue iberoamericain de <\/span><em><span class=\"small-caps\">carnets am\u00e9ricains<\/span><\/em><span class=\"small-caps\"> au milieu du triomphe de la r\u00e9volution cubaine en 1959 <\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Dans les ann\u00e9es 1940, le projet culturel, social et politique de la revue Cuadernos Americanos a vu le jour. Des intellectuels ib\u00e9ro-am\u00e9ricains aux id\u00e9es anti-imp\u00e9rialistes et \u00e0 l'engagement intellectuel se sont r\u00e9unis avec le directeur de la publication, l'\u00e9conomiste mexicain Jes\u00fas Silva Herzog. D\u00e8s les premiers num\u00e9ros de Cuaderno, la viabilit\u00e9 de la r\u00e9volution mexicaine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9battue, les erreurs et les distorsions du processus, ainsi que la n\u00e9cessit\u00e9 d'entreprendre des mesures plus radicales, ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es. Ces r\u00e9flexions ont \u00e9t\u00e9 catalys\u00e9es par le triomphe de la r\u00e9volution cubaine en 1959, qui pr\u00e9sentait plusieurs lignes directrices possibles pour la renaissance de son homologue mexicaine, ou du moins pour qu'elle soit soumise \u00e0 une critique plus s\u00e9v\u00e8re du point de vue de l'anti-imp\u00e9rialisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Mots-cl\u00e9s : <em>Cuadernos Americanos<\/em>La r\u00e9volution mexicaine, la r\u00e9volution cubaine, l'engagement intellectuel, l'anti-imp\u00e9rialisme, l'anti-imp\u00e9rialisme.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-background has-accent-background-color has-accent-color is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract translation-block\">Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, se rendre \u00e0 Paris \u00e9tait une sorte de rite initiatique pour les \u00e9crivains du continent am\u00e9ricain. La plupart des intellectuels mexicains actifs dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 se sont rendus en Europe au moins une fois dans leur vie, certains remplissant m\u00eame des fonctions diplomatiques ou participant \u00e0 des rencontres culturelles ou artistiques. C'est le cas d'Alfonso Reyes qui, lors de son incursion europ\u00e9enne respective en 1914, passe \u00e9galement par l'Espagne, o\u00f9 il noue des liens \u00e9troits avec des personnalit\u00e9s telles que Marcelino Men\u00e9ndez Pelayo, Jos\u00e9 Ortega y Gasset, Ram\u00f3n del Valle Incl\u00e1n et Ram\u00f3n G\u00f3mez de la Serna, notamment sur la base des contacts \u00e9voqu\u00e9s par son grand ami, l'\u00e9crivain dominicain Pedro Henr\u00edquez Ure\u00f1a (Weinberg, 2014). Ainsi, lorsque les exil\u00e9s espagnols sont arriv\u00e9s au Mexique dans le contexte de la guerre civile espagnole, certains avaient d\u00e9j\u00e0 des contacts avec des intellectuels mexicains comme Reyes, et d'autres ont profit\u00e9 de cette ant\u00e9riorit\u00e9 pour s'ins\u00e9rer dans les espaces de confluence et d'\u00e9change d'initiatives culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Comme le rappelle l'\u00e9conomiste Jes\u00fas Silva Herzog, c'est en f\u00e9vrier 1941 que les \u00e9crivains espagnols Le\u00f3n Felipe et Juan Larrea, ainsi que le journaliste mexicain Bernardo Ortiz de Montellano - qui assurait la liaison entre les deux parties - lui rendent visite pour lui faire part de leur intention de reprendre la publication de la revue <em>Espa\u00f1a Peregrina<\/em>, espace d'expression des r\u00e9publicains espagnols, d\u00e9sormais mexicains (Silva Herzog, 1972 : 246). Le lendemain, Silva Herzog les rencontre \u00e0 nouveau et leur propose \"l'aventure de la cr\u00e9ation d'une nouvelle revue d'envergure continentale\". Le nom <em>Cuadernos Americanos<\/em> est sugg\u00e9r\u00e9 par Alfonso Reyes lui-m\u00eame. Pour le financer, Silva Herzog a activ\u00e9 les r\u00e9seaux de ses contacts personnels, demandant de petites contributions individuelles, et finalement un contrat de fiducie a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 qui \"durerait 30 ans, avec les actifs qui existeraient par la suite passant \u00e0 l'Universit\u00e9 nationale autonome du Mexique (<span class=\"small-caps\">unam<\/span>)\" (Silva Herzog, 1972 : 247).<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre version de cette histoire est celle de Juan Larrea, un Espagnol trans-terrestre qui deviendra plus tard le secr\u00e9taire de la revue. Dans son r\u00e9cit, l'id\u00e9e de \"la cr\u00e9ation d'une grande revue, la plus importante de langue espagnole qui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l'Europe br\u00fblait des quatre c\u00f4t\u00e9s, serait le produit de l'\u00e9troite collaboration cr\u00e9ative d'Espagnols-Am\u00e9ricains et d'Espagnols, en vue de pr\u00e9parer l'av\u00e8nement d'une culture plus universelle, plus humaine [...]\" (Gonz\u00e1lez Neira, 2009 : 11-30), a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par les Espagnols eux-m\u00eames, et non par Silva Herzog ou par Reyes. En outre, Larrea a incorpor\u00e9 une autre variante : la demande de soutien financier pour la publication de la revue de la part du gouvernement du pr\u00e9sident Manuel \u00c1vila Camacho, qui a gouvern\u00e9 le pays entre 1940 et 1946, bien qu'il n'ait pas pr\u00e9sent\u00e9 de preuves pour d\u00e9montrer que cela avait \u00e9t\u00e9 le cas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Comme le souligne la chercheuse Liliana Weinberg, le \"conseil d'administration\" est le r\u00e9sultat de la confluence de diff\u00e9rents r\u00e9seaux lors de sa formation. Il \u00e9tait compos\u00e9 de Pedro Bosch Gimpera, arch\u00e9ologue, historien et ancien recteur de l'universit\u00e9 de Barcelone ; Daniel Cos\u00edo Villegas, alors directeur g\u00e9n\u00e9ral du Fondo de Cultura Econ\u00f3mica ; Mario de la Cueva, universitaire sp\u00e9cialiste du droit du travail et du droit constitutionnel, ainsi que recteur de l'<span class=\"small-caps\">unam<\/span> ; Eugenio \u00cdmaz, philosophe en exil, professeur \u00e0 la m\u00eame universit\u00e9 et grand traducteur ; Juan Larrea, \u00e9crivain, \u00e9diteur et ancien secr\u00e9taire des Archives historiques nationales de Madrid ; Manuel M\u00e1rquez, universitaire et ancien doyen de l'universit\u00e9 de Madrid ; Manuel Mart\u00ednez B\u00e1ez, sp\u00e9cialiste de la sant\u00e9 publique et ancien pr\u00e9sident de l'Acad\u00e9mie mexicaine de m\u00e9decine ; Agust\u00edn Millares Carlo, pal\u00e9ographe et latiniste, ancien professeur et secr\u00e9taire de l'universit\u00e9 de Madrid, qui a rejoint la facult\u00e9 de philosophie et de lettres de l'universit\u00e9 en 1939 en tant qu'universitaire ; Bernardo Ortiz de Montellano, journaliste et \u00e9crivain mexicain qui a servi de liaison avec d'autres personnalit\u00e9s li\u00e9es au minist\u00e8re de l'\u00c9ducation publique et \u00e0 des revues litt\u00e9raires telles que <em>Contempor\u00e1neos<\/em> et <em>El hijo pr\u00f3digo<\/em> ; Alfonso Reyes, alors pr\u00e9sident d'El Colegio de M\u00e9xico, et Jes\u00fas Silva Herzog, directeur-gestionnaire de la nouvelle publication et \u00e9galement directeur de l'\u00c9cole nationale d'\u00e9conomie (Weinberg, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est curieux, c'est que malgr\u00e9 l'insistance constante sur le contact entre l'hispanique et l'am\u00e9ricain, c'est-\u00e0-dire l'\"ib\u00e9ro-am\u00e9ricain\", c'est finalement la proposition de mettre l'accent sur l'\"am\u00e9ricain\" dans le titre de la revue qui a \u00e9t\u00e9 retenue. Cela semble avoir une explication politique, et Liliana Weinberg la d\u00e9taille en termes de soutien au rapprochement et \u00e0 l'alliance entre le Mexique et les \u00c9tats-Unis, qui s'inscrivent dans le cadre de l'\"am\u00e9ricain\", mais pas dans celui de l'\"ib\u00e9ro-am\u00e9ricain\". Dans le contexte de l'alliance des \"deux Am\u00e9riques\" contre le nazisme, le fascisme et le franquisme<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a> (Weinberg, 2014), Reyes a \u00e9galement soulign\u00e9 l'urgence de la formation d'une culture \" am\u00e9ricaine \", dans la mesure o\u00f9 \" la connaissance de notre syst\u00e8me mondial n'est m\u00eame pas une simple commodit\u00e9 politique du moment, pour arriver \u00e0 la louable et indispensable amiti\u00e9 des Am\u00e9riques et au front unique de la culture. Nous sommes une partie int\u00e9grante et n\u00e9cessaire de la repr\u00e9sentation de l'homme par l'homme\" (Reyes, 1942 : 9-10). En outre, il inscrit la revue dans une tradition partag\u00e9e avec d'autres projets culturels centram\u00e9ricains et sud-am\u00e9ricains de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, notamment <em>R\u00e9pertoire am\u00e9ricain<\/em> par le Costaricain Joaqu\u00edn Garc\u00eda Monge (Weinberg, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Le lancement du premier num\u00e9ro de <em>Cuadernos Americanos<\/em>, correspondant \u00e0 janvier-f\u00e9vrier 1942, a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par un d\u00eener le 29 d\u00e9cembre 1941 au restaurant espagnol Prendes, situ\u00e9 \u00e0 l'angle sud du Palacio de Bellas Artes \u00e0 Mexico. \u00c0 partir de cette premi\u00e8re r\u00e9union, une rencontre annuelle a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e, r\u00e9unissant les cercles de collaborateurs et de sponsors de la revue afin de r\u00e9affirmer les alliances (Silva Herzog, 1972 : 248).<\/p>\n\n\n\n<p>Le format de <em>Cuadernos Americanos <\/em>est un demi tablo\u00efd (16 x 23 cm) d'environ deux cents pages en moyenne, c'est-\u00e0-dire proche du format d'un livre, avec des couvertures en carton imprim\u00e9es en couleur. Parmi ses signes distinctifs, on peut citer les \"vagues\" color\u00e9es caract\u00e9ristiques de la couverture, qui font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'oc\u00e9an Atlantique qui relie la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique au continent am\u00e9ricain. Les ressources mat\u00e9rielles de la revue lui ont permis, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, d'avoir des tirages importants qui, entre 1959 et 1961, atteignaient tous les deux mois environ deux mille exemplaires et maintenaient un prix de 15 pesos. Ses principales rubriques \u00e9taient alors les suivantes : \"Nuestro tiempo\" (Notre temps), qui r\u00e9fl\u00e9chissait aux questions politiques, sociales et \u00e9conomiques contemporaines ; \"Hombres de nuestra estirpe\" (Hommes de notre lign\u00e9e), dans laquelle chaque num\u00e9ro rendait un hommage biographique \u00e0 un auteur latino-am\u00e9ricain ; \"Aventura del pensamiento\" (L'aventure de la pens\u00e9e), \u00e0 vocation essayiste ; \"Presencia del pasado\" (Pr\u00e9sence du pass\u00e9), qui pr\u00e9sentait des r\u00e9flexions historiques ; et \"Dimensi\u00f3n imaginaria\" (Dimension imaginaire), consacr\u00e9e \u00e0 des textes ou \u00e0 des r\u00e9flexions sur le monde litt\u00e9raire. Dans chacune d'entre elles, \u00e0 diff\u00e9rents moments, des aspects li\u00e9s au triomphe de la r\u00e9volution cubaine et \u00e0 la critique anti-imp\u00e9rialiste de la r\u00e9volution mexicaine qui en a d\u00e9coul\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\"Un homme de gauche \u00e0 la barre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Jes\u00fas Silva Herzog, \"homme de gauche\" selon ses propres termes, aimait \u00e0 dire : \"chaque ann\u00e9e qui passe, je suis de plus en plus de gauche\" et se plaignait parfois : \"ce qui me met le plus en col\u00e8re lorsqu'on m'appelle \"rojillo\", c'est le diminutif ; rojo devrait se dire\" (Carmona, 1991 : 233). Sa c\u00e9cit\u00e9 presque totale, due en grande partie au nitrate d'argent avec lequel on lui a br\u00fbl\u00e9 les yeux lors d'un traitement d\u00e9sastreux du pus au troisi\u00e8me jour de sa vie, ne l'a pas emp\u00each\u00e9 d'occuper divers postes et responsabilit\u00e9s. Silva Herzog a assur\u00e9 la direction d'institutions, de repr\u00e9sentations diplomatiques, de chaires, et a \u00e9t\u00e9 l'auteur d'un grand nombre de livres, sans pour autant avoir termin\u00e9 ses \u00e9tudes secondaires ou poss\u00e9der un dipl\u00f4me universitaire au sens traditionnel (Naufal Tuena, 2001 : 173). Il n'avait gu\u00e8re besoin de validation institutionnelle, gr\u00e2ce \u00e0 sa propre d\u00e9termination et \u00e0 un cercle de personnes qui agissaient autour de lui en tant que lecteurs \u00e0 voix haute, transcripteurs et une longue liste d'amis et de disciples qui le soutenaient.<\/p>\n\n\n\n<p>L'un des premiers contacts de Silva Herzog avec la pens\u00e9e de gauche a lieu lorsque la Facultad de Altos Estudios de la Universidad Nacional l'accueille entre 1920 et 1923 pour \u00e9tudier, entre autres, trois ans d'\u00e9conomie politique avec le professeur allemand Alfonso Goldschmidt (Silva Herzog, 1972 : 65-66).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">L'\u00e9conomiste allemand avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par le philosophe mexicain Jos\u00e9 Vasconcelos - recteur de l'universit\u00e9 entre 1920 et 1921 - \u00e0 enseigner au Mexique. Goldschmidt avait fait ses \u00e9tudes \u00e0 l'universit\u00e9 de Leipzig en Allemagne, \u00e9tait l'un des fondateurs du parti communiste allemand et, pendant son s\u00e9jour dans le pays, \u00e9tait actif au sein du parti communiste mexicain. Il semble que Goldschmidt ait \u00e9t\u00e9 \"le premier \u00e0 introduire le marxisme dans le monde universitaire mexicain\" (De Pablo, 2018 : 210). C'est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui a attir\u00e9 Silva Herzog vers son professeur d'\u00e9conomie, car \"[...] dans ses cours, il exposait les th\u00e9ories \u00e9conomiques de Marx\", en commen\u00e7ant par <em>El capital,<\/em> un texte encore quelque peu inaccessible en espagnol \u00e0 l'\u00e9poque, puisque la traduction compl\u00e8te du livre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par l'exil\u00e9 espagnol Wenceslao Roces deux d\u00e9cennies plus tard (Marx, 1946), bien que non sans quelques erreurs (Silva Herzog, 1980 : 166).<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\" target=\"_self\">2<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La transition disciplinaire de la litt\u00e9rature \u00e0 l'\u00e9conomie dans la formation de Silva Herzog a eu une influence importante sur Alfonso Goldschmidt. Un exemple clair de cette influence se produit lorsque l'\u00e9conomiste de Potos\u00ed commence \u00e0 enseigner l'\u00e9conomie politique et la sociologie dans les nouveaux locaux de l'\u00c9cole nationale d'agriculture de Chapingo en 1924 (Silva Herzog, 1972 : 79). Dans ses cours, il reprend plusieurs des lectures recommand\u00e9es par son professeur allemand, parmi lesquelles Goldschmidt lui-m\u00eame, Charles Gide, Andr\u00e9s Molina Enr\u00edquez, Karl Marx et Friedrich Engels.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son va-et-vient entre l'administration publique et le monde universitaire, une autre des grandes constantes de la vie de Silva Herzog a \u00e9t\u00e9 son int\u00e9r\u00eat pour le transnational et la recherche de liens avec des personnes d'origines diverses, comme il l'a \u00e9galement fait dans le cadre de son travail \u00e0 l'universit\u00e9. <em>Cuadernos Americanos<\/em>. Ainsi, lorsqu'il est nomm\u00e9 en 1928 \u00e0 la t\u00eate du d\u00e9partement de la biblioth\u00e8que et des archives \u00e9conomiques du minist\u00e8re des finances et du cr\u00e9dit public pour diriger ce qui sera la premi\u00e8re biblioth\u00e8que \u00e9conomique du Mexique, il fait appel \u00e0 une pl\u00e9thore d'\u00e9trangers. Parmi eux, les Espagnols Monserrat (Monna) Teixidor et le bibliographe Francisco Gamoneda, l'\u00e9conomiste p\u00e9ruvien Carlos Manuel Cox et l'\u00e9crivain bolivien Trist\u00e1n Marof, \"les mauvaises langues appelaient le d\u00e9partement \"La ligue des nations\"\" (Silva Herzog, 1972 : 86).<\/p>\n\n\n\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 sa curiosit\u00e9 pour les autres r\u00e9gions du monde et la pens\u00e9e marxiste, Silva Herzog fr\u00e9quente la repr\u00e9sentation de l'Union sovi\u00e9tique au Mexique depuis le milieu des ann\u00e9es 1920. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 en contact avec diverses personnes proches de ce bureau, en d\u00e9cembre 1928, le secr\u00e9taire aux relations ext\u00e9rieures, Genaro Estrada, offre \u00e0 Silva Herzog, au nom du pr\u00e9sident Emilio Portes Gil, la l\u00e9gation mexicaine \u00e0 Moscou (Gonz\u00e1lez Casanova, 1985 : 24). Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u par ses exp\u00e9riences au <span class=\"small-caps\">ussr<\/span> et la rupture des relations diplomatiques par le gouvernement mexicain, Silva Herzog retourne au Mexique en 1930.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 son retour, l'\u00e9conomiste a combin\u00e9 son travail universitaire avec des conseils au gouvernement du g\u00e9n\u00e9ral L\u00e1zaro C\u00e1rdenas sur les questions p\u00e9troli\u00e8res en 1937. \u00c0 cette \u00e9poque, les exil\u00e9s espagnols commen\u00e7aient \u00e0 arriver au Mexique et Jes\u00fas Silva Herzog, dans le cadre de son d\u00e9veloppement intellectuel, entre le service public et l'universit\u00e9, a commenc\u00e9 \u00e0 avoir des contacts avec plusieurs d'entre eux. Ce qui a probablement attir\u00e9 l'\u00e9conomiste, c'est l'opportunit\u00e9 de construire un projet culturel et politique encore plus important que ceux auxquels il avait pu participer jusqu'alors.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Jes\u00fas Silva Herzog et l'am\u00e9ricanit\u00e9 de son \u0153uvre <em>Cahiers<\/em>l'engagement intellectuel, l'ib\u00e9ro-am\u00e9ricanisme et l'anti-imp\u00e9rialisme<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Outre l'ib\u00e9ro-am\u00e9ricanisme, l'autre grand principe directeur de la <em>Cahiers <\/em>\u00e9tait celui d'un engagement intellectuel \u00e0 critiquer la r\u00e9alit\u00e9 sociale et \u00e9conomique du monde. Cette approche est apparue clairement d\u00e8s le premier num\u00e9ro bimestriel (janvier-f\u00e9vrier) de la revue, publi\u00e9 en janvier 1942. Dans ce num\u00e9ro, Silva Herzog publie l'article \"Lo humano, problema esencial\" dans lequel il affirme que \"l'on ne peut nier que le capitalisme a \u00e9t\u00e9 un r\u00e9gime cr\u00e9ateur, mais au pass\u00e9 et non au pr\u00e9sent\" (Silva Herzog, 1942 : 11) et ajoute que \"depuis la fin du si\u00e8cle dernier, le capitalisme a cess\u00e9 d'\u00eatre une incitation au progr\u00e8s\". La formation marxiste de Silva Herzog est perceptible dans ces d\u00e9clarations, m\u00eame si, dans ce cas, il s'agit de fragments un peu sch\u00e9matiques. L'\u00e9conomiste a \u00e9galement montr\u00e9 sa conscience anti-imp\u00e9rialiste dans sa critique de l'Union sovi\u00e9tique, pays o\u00f9 il repr\u00e9sentait le Mexique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920 : \"[...] on ne peut nier le succ\u00e8s de ce r\u00e9gime socialiste ; mais il a co\u00fbt\u00e9 d'immenses sacrifices, la cruaut\u00e9 et les erreurs in\u00e9vitables n'ont pas \u00e9t\u00e9 rares, et il est encore loin de la victoire d\u00e9finitive\" (Silva Herzog, 1942 : 14).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces critiques, tant du syst\u00e8me capitaliste que du socialisme en Union sovi\u00e9tique, sont apparues \u00e0 un moment crucial de la Seconde Guerre mondiale. D\u00e8s le milieu de l'ann\u00e9e 1941, le <span class=\"small-caps\">ussr<\/span> avait commenc\u00e9 \u00e0 participer aux c\u00f4t\u00e9s des Alli\u00e9s et, en d\u00e9cembre, les \u00c9tats-Unis avaient fait de m\u00eame. Cet accord pla\u00e7ait les antagonistes pr\u00e9sum\u00e9s du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, avec un ennemi commun : le fascisme et les puissances de l'Axe. Comme on l'a vu, la suggestion de nommer les \"Am\u00e9ricains\" les <em>Cahiers<\/em> L'id\u00e9e est celle d'un rapprochement entre \"les deux Am\u00e9riques\" (anglo-saxonne et ib\u00e9ro-am\u00e9ricaine). Silva Herzog (1942), quant \u00e0 lui, la porte sur le terrain du latino-am\u00e9ricanisme, au-del\u00e0 de la convergence avec le Nord :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">En cette heure o\u00f9 la ruine et la d\u00e9solation menacent de tout envahir, un cri salvateur doit se faire entendre, un cri qui se r\u00e9percute au-del\u00e0 des mers et se r\u00e9p\u00e8te de montagne en montagne. Ce cri ne peut venir de l'Europe tortur\u00e9e, ni peut-\u00eatre m\u00eame des \u00c9tats-Unis, car il serait \u00e9touff\u00e9 par les voix imp\u00e9rieuses des financiers. <em>Notre Am\u00e9rique <\/em>-comme l'a dit Dar\u00edo <em>qui avait des po\u00e8tes depuis les temps anciens de Nezahualc\u00f3yotl<\/em> [L'id\u00e9al supr\u00eame r\u00e9side dans la naissance du surhomme \u00e0 partir de l'homme. La science et l'art doivent aspirer \u00e0 ce but illimit\u00e9 (Silva Herzog, 1942:12-15).<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de <em>Cuadernos Americanos<\/em> a donc \u00e9t\u00e9 clairement \u00e9tablie d\u00e8s la premi\u00e8re publication de son r\u00e9dacteur en chef. La \"Revista del Nuevo Mundo\", comme elle \u00e9tait annonc\u00e9e, avait pour principe d'influencer la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te par la \"science et l'art\" \u00e0 partir de l'Am\u00e9rique (hispanique\/latine), puisqu'il s'agissait d'un dernier bastion de l'humanit\u00e9. En outre, elle attribuait \u00e0 la r\u00e9gion la capacit\u00e9 de promouvoir la naissance du \"surhomme\" et d'en faire le centre d'int\u00e9r\u00eat de l'humanit\u00e9. <em>Cahiers <\/em>celui d'\u00eatre le guide pour la mettre en \u0153uvre. L'article de Silva Herzog se terminait par la proposition que, face \u00e0 l'\u00e9chec capitaliste et aux erreurs du socialisme, il \u00e9tait n\u00e9cessaire de g\u00e9n\u00e9rer une nouvelle alternative anti-imp\u00e9rialiste : \"au panam\u00e9ricanisme des \u00c9tats-Unis devait s'opposer l'ib\u00e9ro-am\u00e9ricanisme [...]\" (Naufal Tuena, 2001 : 175), afin de \"r\u00e9aliser le r\u00eave de Bol\u00edvar et d'influencer pour la premi\u00e8re fois de mani\u00e8re d\u00e9cisive le drame de l'histoire universelle\" (Silva Herzog, 1942 : 16).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce premier article rassemblait, outre deux \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la pens\u00e9e de Jes\u00fas Silva Herzog tels que l'ib\u00e9ro-am\u00e9ricanisme et l'engagement intellectuel envers la r\u00e9alit\u00e9, l'approche qui \u00e9tablissait que les id\u00e9es \u00e9taient la force contraignante de ceux qui participaient \u00e0 l'initiative de l'Union europ\u00e9enne. <em>Cuadernos Americanos<\/em>. En bref, il s'agit d'une exhortation au militantisme par l'\u00e9criture pour les intellectuels ib\u00e9ro-am\u00e9ricains, \u00e0 la fois trans- et latino-am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">On a donn\u00e9 une connotation anti-imp\u00e9rialiste \u00e0 l'\"ib\u00e9ro-am\u00e9ricanisme\" en le pr\u00e9sentant comme une opposition au \"panam\u00e9ricanisme des \u00c9tats-Unis\". Cette id\u00e9e contrastait fortement avec la consid\u00e9ration initiale des <em>Cuadernos Americanos<\/em> comme une union de l'Am\u00e9rique latine avec \"l'autre\", l'Anglo-Saxon, et remettait en question l'id\u00e9e que la \"guerre froide intellectuelle\" \u00e9tait exclusivement un ph\u00e9nom\u00e8ne de l'apr\u00e8s-guerre. Comme on le voit ici, m\u00eame lorsque Reyes a promu la r\u00e9union des \"Am\u00e9riques\", Silva Herzog a maintenu son discours proche de la gauche latino-am\u00e9ricaine de l'\u00e9poque.<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\" target=\"_self\">3<\/a> Cela n'a pas impliqu\u00e9 une rupture au sein du comit\u00e9 de r\u00e9daction, loin s'en faut. Pour l'\u00e9conomiste de Potos\u00ed, la diplomatie culturelle signifiait la possibilit\u00e9 de maintenir des alliances qui lui permettraient, entre autres, de continuer \u00e0 promouvoir des projets, d'exprimer librement certaines de ses id\u00e9es et de rester proche des cercles du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le biais de collaborations, d'invitations, de discussions, de rencontres et de slogans, Silva Herzog a structur\u00e9 en <em>Cahiers<\/em> un r\u00e9seau d'\u00e9changes, de connexions, de voyages, d'amis, de pr\u00e9sentations et de dialogues \u00e9pistolaires avec un large \u00e9ventail d'intellectuels. Les Cubains \"de gauche\" \u00e9taient particuli\u00e8rement importants, ce qui expliquerait le grand enthousiasme qui, plus tard, a donn\u00e9 au directeur d <em>Cahiers<\/em> le triomphe de la r\u00e9volution cubaine en 1959.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">L'un de ces amis cubains \u00e9tait l'anthropologue et historien cubain Fernando Ortiz Fern\u00e1ndez qui, en raison de l'importance de ses \u00e9tudes sur la culture cubaine, avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 par Juan Marinello \"le troisi\u00e8me d\u00e9couvreur de Cuba\", apr\u00e8s Christophe Colomb et Alexander von Humboldt (Barnet, 2009 : 199-203). Dans les derniers jours de d\u00e9cembre 1943, Ortiz \u00e9crit une lettre \u00e0 Silva Herzog dans laquelle il lui dit combien il a \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par son article sur la r\u00e9volution mexicaine publi\u00e9 dans le num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent de <em>Cuadernos Americanos<\/em> : \"La Revoluci\u00f3n mexicana en crisis\" (Ortiz, 1981 : 254). Ce commentaire \u00e9tait pertinent car il montrait l'int\u00e9r\u00eat des intellectuels de l'\u00eele pour le processus de transformation au Mexique. Plus tard, les intellectuels mexicains se tourneront vers la r\u00e9volution cubaine et en feront l'un de leurs points de r\u00e9f\u00e9rence pour critiquer la r\u00e9volution de leur propre pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Silva Herzog affirme dans son article que \"la crise de la r\u00e9volution mexicaine est d'une virulence extraordinaire, c'est surtout - disons-le une fois et mille fois - une crise morale qui a peu de pr\u00e9c\u00e9dents dans l'histoire de l'homme\" (Silva Herzog, 1943 : 50). La gravit\u00e9 de ce diagnostic ne tenait pas seulement \u00e0 ce qu'il soulignait litt\u00e9ralement de la d\u00e9composition du syst\u00e8me politique mexicain, mais aussi au fait qu'il s'attaquait au grand mythe fondateur de la modernit\u00e9 mexicaine, d'une part, et au grand r\u00e9f\u00e9rent de la r\u00e9volution \"r\u00e9ussie\" en Am\u00e9rique latine, d'autre part.<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic n\u00e9gatif de Silva Herzog n'est cependant pas une condamnation \u00e0 mort. Il existe encore une solution et il est possible d'aller de l'avant, \u00e0 condition de doter la soci\u00e9t\u00e9 d'une nouvelle structure, dans laquelle \"l'humain est le probl\u00e8me essentiel, dans laquelle la jouissance de l'existence est pour le plus grand nombre possible d'individus, dans laquelle la science, la technologie et l'art visent \u00e0 atteindre le bien de l'homme et son propre d\u00e9passement\". Silva Herzog appelle ce mod\u00e8le \"d\u00e9mocratie socialiste\", et ce n'est qu'\u00e0 travers lui qu'il sera possible de sortir la r\u00e9volution mexicaine de sa crise, en reprenant pleinement ses principes (Silva Herzog, 1943 : 53).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Non pas comme une r\u00e9ponse directe \u00e0 la lettre de Fernando Ortiz sur l'article \"La r\u00e9volution mexicaine en crise\", mais comme un long prolongement de l'\u00e9change intellectuel entre Silva Herzog et Ortiz, il y a la missive que le Mexicain a adress\u00e9e au Cubain \u00e0 la fin du mois de mars 1947. L'\u00e9conomiste rappelle \u00e0 l'anthropologue l'une des pr\u00e9misses centrales de sa pens\u00e9e, l'engagement contre l'imp\u00e9rialisme : \" [...] c'est un devoir ind\u00e9clinable des intellectuels propres de l'Am\u00e9rique latine de maintenir leurs peuples en alerte face \u00e0 la puissance nord-am\u00e9ricaine \" (Silva Herzog, 1947 : 257). Ainsi, la plateforme des contributions aux <em>Cuadernos Americanos<\/em> semblait \u00e9galement \u00eatre un espace propice pour inviter \u00e0 souscrire \u00e0 certains principes intellectuels ou, au contraire, pour confirmer des affinit\u00e9s id\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Jes\u00fas Silva Herzog a souffert d'une cataracte \u00e0 l'un de ses yeux. Heureusement pour lui - m\u00eame si c'est temporaire -, l'ophtalmologue lui propose non seulement d'enlever la cataracte, mais aussi de lui poser un implant corn\u00e9en pour am\u00e9liorer sa vision, tr\u00e8s affect\u00e9e depuis la petite enfance de l'\u00e9conomiste (Gonz\u00e1lez Casanova, 1985 : 34). Cette op\u00e9ration lui ayant donn\u00e9 une acuit\u00e9 visuelle qu'il n'avait jamais eue auparavant, il envisagea, entre 1947 et 1948, de voyager en Am\u00e9rique latine : \"Le but du voyage est simplement de conna\u00eetre nos pays, de parler avec leurs gens int\u00e9ressants et de donner des conf\u00e9rences\". C'est ainsi qu'en mars 1947, il annonce \u00e0 Fernando Ortiz que la premi\u00e8re \u00e9tape sera La Havane (Silva Herzog, 1947 : 257).<\/p>\n\n\n\n<p>La visite de Silva Herzog dans l'\u00eele des Cara\u00efbes lui a permis de resserrer les liens avec Fernando Ortiz, mais aussi d'entrer en contact avec d'autres figures de la gauche cubaine. L'une d'entre elles est Jorge Ma\u00f1ach, biographe de Jos\u00e9 Mart\u00ed, qu'il rencontre au Pen Club cubain. Ma\u00f1ach l'a mis en contact avec l'\u00e9crivain communiste Juan Marinello, qu'il n'a pas pu rencontrer, mais avec qui il a entam\u00e9 un \u00e9change \u00e9pistolaire. Marinello avait \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 \u00e0 deux reprises au Mexique, d'abord en 1933, pendant la dictature de Gerardo Machado \u00e0 Cuba, puis entre 1936 et 1937, ce qui lui avait permis d'entrer en contact avec certains intellectuels mexicains.<\/p>\n\n\n\n<p>L'ann\u00e9e suivante, Silva Herzog invite Marinello \u00e0 collaborer \u00e0 sa revue, en pr\u00e9cisant l'int\u00e9r\u00eat de la ligne \u00e9ditoriale en accord avec les principes anti-imp\u00e9rialistes et ib\u00e9ro-am\u00e9ricains : \" [...] dans le ton de la <em>Cahiers<\/em> nous avons lanc\u00e9 une campagne pour la paix et, dans une certaine mesure, contre les ploutocrates qui gouvernent actuellement la nation voisine\". Par ce dernier terme, Silva Herzog faisait sans doute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'anticommunisme croissant constat\u00e9 sous la pr\u00e9sidence d'Harry Truman aux \u00c9tats-Unis. Mais, au-del\u00e0, Silva Herzog reconna\u00eet dans la voix de Marinello le potentiel ib\u00e9ro-am\u00e9ricain qu'il a su mettre en valeur. <em>Cuadernos Americanos<\/em> Il compte sur ses collaborateurs pour influencer la r\u00e9alit\u00e9 du continent : \"[...] votre article [...] refl\u00e9tera s\u00fbrement l'opinion non seulement des groupes avanc\u00e9s de Cuba mais de tous les hommes progressistes de l'Am\u00e9rique espagnole\" (Silva Herzog, 1948 : 191).<\/p>\n\n\n\n<p>Presque dix ans plus tard, en 1956, le doyen de la facult\u00e9 de sciences sociales et de droit public de l'universit\u00e9 de La Havane, Ra\u00fal Roa, a invit\u00e9 Jes\u00fas Silva Herzog \u00e0 pr\u00e9senter trois conf\u00e9rences en novembre de cette ann\u00e9e-l\u00e0. \u00c0 partir de ce moment, un riche canal de communication s'est ouvert entre les deux universitaires, probablement en raison des liens qui s'\u00e9taient cr\u00e9\u00e9s lors du s\u00e9jour de Roa au Mexique entre la fin de 1953 et la mi-1955 (De la Osa, 1987 : 9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Lors de la visite de Silva Herzog \u00e0 Cuba en 1956, la revue cubaine <em>Carteles<\/em> l'a interview\u00e9. Interrog\u00e9 sur la validit\u00e9 de la r\u00e9volution mexicaine, il revient sur son texte de 1943 sur la r\u00e9volution \"en crise\" : \"toute r\u00e9volution a sa p\u00e9riode de gestation, de d\u00e9veloppement et de mort. Et je crois que, bien que notre r\u00e9volution n'ait pas atteint tous ses objectifs, elle a d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9 son cycle\". Le Mexicain exprimait la n\u00e9cessit\u00e9 de renouveler les r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9volutionnaires, presque comme une pr\u00e9monition de ce que deviendrait la r\u00e9volution cubaine : \"aujourd'hui, nous avons besoin de nouvelles formules, de nouveaux objectifs et de nouvelles id\u00e9es\" (Silva Herzog, 1973 : 56).<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e de gauche d\u00e9fendue par Silva Herzog, au moins depuis cet article de 1943, appelait \u00e0 la formulation de nouveaux syst\u00e8mes et modes \u00e0 partir du pr\u00e9sent. Cette approche semblait trouver son public id\u00e9al \u00e0 l'universit\u00e9 de La Havane en 1956, car il convient de rappeler qu'une bonne partie du Mouvement du 26 juillet - l'un des principaux noyaux organisationnels de la r\u00e9volution cubaine - \u00e9tait compos\u00e9e d'\u00e9tudiants ou de dipl\u00f4m\u00e9s de cette m\u00eame institution : l'un d'entre eux \u00e9tait l'avocat Fidel Castro. \u00c0 l'\u00e9poque o\u00f9 Silva Herzog donnait des conf\u00e9rences, Castro partait avec 82 membres de l'exp\u00e9dition de Tuxpan, Veracruz, pour Cuba. Les exp\u00e9ditionnaires \u00e9chouent et d\u00e9barquent au milieu d'une embuscade tendue par l'arm\u00e9e de Fulgencio Batista, le 2 d\u00e9cembre 1956, \u00e0 Playa de las Coloradas, dans l'est de l'\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>Le type de diplomatie culturelle que Silva Herzog a mis en place d\u00e8s le d\u00e9but de l'ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s. <em>Cuadernos Americanos<\/em> a port\u00e9 le sens du mot \"am\u00e9ricain\" \u00e0 un niveau de connexions avec des figures importantes de la gauche latino-am\u00e9ricaine, particuli\u00e8rement visibles dans la structure interne du magazine lui-m\u00eame et dans ses liens avec Cuba, ce qui a mis en \u00e9vidence les liens \u00e9troits du r\u00e9dacteur en chef de <em>Cahiers<\/em> avec ce pays d\u00e8s avant le triomphe de la R\u00e9volution en 1959. Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, les critiques \u00e0 l'encontre de la r\u00e9volution mexicaine portaient davantage sur ses propres erreurs que sur l'\u00e9ventuelle r\u00e9orientation de son homologue cubain en pleine r\u00e9novation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Diagnostics et \u00e9pitaphes de la r\u00e9volution mexicaine au milieu du XXe si\u00e8cle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, et surtout \u00e0 l'approche des c\u00e9l\u00e9brations gouvernementales du cinquanti\u00e8me anniversaire du d\u00e9but de la r\u00e9volution mexicaine, certains discours ont \u00e9t\u00e9 repris qui pr\u00e9sageaient la mort de ce processus, devenu un \"mythe unitaire\" qui soutenait le Parti r\u00e9volutionnaire institutionnel (<span class=\"small-caps\">pri<\/span>).<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Au cours de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, l'un des intellectuels les plus constants \u00e0 souligner l'affaiblissement de la r\u00e9volution mexicaine a \u00e9t\u00e9 Jes\u00fas Silva Herzog lui-m\u00eame dans ses articles publi\u00e9s dans <em>Cuadernos Americanos<\/em> : \"La Revoluci\u00f3n mexicana en crisis\" en 1943, \"Meditaciones sobre M\u00e9xico\" en 1947 et \"La Revoluci\u00f3n mexicana es ya un hecho hist\u00f3rico\" en 1949. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Daniel Cos\u00edo Villegas publie \"La crisis de M\u00e9xico\" en 1947 dans la m\u00eame revue. Bien que d'autres textes aient fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'agonie de ce processus, ceux de Cos\u00edo Villegas et de Silva Herzog ont \u00e9t\u00e9 parmi ceux qui ont eu le plus de r\u00e9percussions dans la sph\u00e8re intellectuelle mexicaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \"La crisis de M\u00e9xico\", Daniel Cos\u00edo Villegas affirme que \"la r\u00e9volution a abandonn\u00e9 son programme alors qu'elle commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 le remplir\", car la justice sociale, principale banni\u00e8re de la r\u00e9volution mexicaine, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9natur\u00e9e et le terme m\u00eame de \"r\u00e9volution\" n'a plus de sens (Cos\u00edo Villegas, 1947 : 29-51).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame ordre d'id\u00e9es, Silva Herzog a \u00e9crit dans son article \"La r\u00e9volution mexicaine est d\u00e9j\u00e0 un fait historique\" que faire une telle d\u00e9claration \"n'est pas n\u00e9cessairement soutenir une th\u00e8se r\u00e9actionnaire comme quelqu'un pourrait le supposer malicieusement. Ce n'est pas parce que la position politique d\u00e9pend fondamentalement des solutions aux probl\u00e8mes vitaux du pays\". En d'autres termes, il prend soin de situer sa critique dans le spectre de la gauche, dans lequel il souhaite se situer : \"Si l'on dit qu'il faut revenir sur nos pas, revenir au porfirisme, on est r\u00e9actionnaire : mais si l'on dit qu'il faut aller au-del\u00e0 du point o\u00f9 la R\u00e9volution a pu aller, qu'il faut la d\u00e9passer, alors on est progressiste et de gauche, comme l'est l'auteur de cet ouvrage\". L'auteur appelle ainsi \u00e0 un retour \u00e0 la radicalisation potentielle des postulats r\u00e9volutionnaires. Enfin, Silva Herzog est lapidaire en affirmant que \"La R\u00e9volution mexicaine a cess\u00e9 d'\u00eatre pr\u00e9sente pour \u00eatre pr\u00e9t\u00e9rit\u00e9e\" (Silva Herzog, 1949 : 15-16).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">L'id\u00e9e de la mort de la r\u00e9volution mexicaine \u00e9tait latente dans <em>Cuadernos Americanos<\/em>, avec plus d'insistance vers la fin des ann\u00e9es 1950. Le premier num\u00e9ro de janvier-f\u00e9vrier 1959 comprenait une section intitul\u00e9e \"Trois questions sur le pr\u00e9sent et l'avenir du Mexique\", dans laquelle, par le biais d'une enqu\u00eate, plusieurs intellectuels \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre aux questions suivantes : quelle est la situation actuelle de la r\u00e9volution mexicaine ? Quelle sera la t\u00e2che principale des groupes r\u00e9volutionnaires dans l'avenir imm\u00e9diat ? Quel devrait \u00eatre - dans cette situation et conform\u00e9ment \u00e0 cette t\u00e2che - le r\u00f4le des intellectuels ? (Flores Olea, 1959 : 44).<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les intellectuels qui ont r\u00e9pondu, on trouve un certain nombre de collaborateurs r\u00e9guliers d'une autre publication de la <span class=\"small-caps\">unam<\/span>les <em>Revista de la Universidad de M\u00e9xico,<\/em> comme son directeur Jaime Garc\u00eda Terr\u00e9s et les \u00e9crivains et politologues Carlos Fuentes, V\u00edctor Flores Olea et Enrique Gonz\u00e1lez Pedrero.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Silva Herzog se souvient de V\u00edctor Flores Olea comme \u00e9tudiant en droit et en histoire \u00e0 l'UNAM dans les ann\u00e9es 1950, puis comme professeur \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences politiques et sociales et \u00e0 l'\u00c9cole d'\u00e9conomie, \u00e0 son retour d'\u00e9tudes sup\u00e9rieures dans des universit\u00e9s europ\u00e9ennes (Silva Herzog, 1980 : 132). Flores Olea estime, dans sa r\u00e9ponse, que la r\u00e9volution mexicaine a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre probl\u00e9matis\u00e9e de mani\u00e8re d\u00e9magogique, de sorte qu'une \"nouvelle prise de conscience\" est n\u00e9cessaire, car il est indispensable que le \"peuple\" mexicain p\u00e9n\u00e8tre dans la vie politique mexicaine au-del\u00e0 de l'\"acte purement intellectuel\". Il s'agirait de la \"volont\u00e9 concr\u00e8te d'agir dans l'histoire\" en convertissant les intellectuels en \"<em>organiquement<\/em> les intellectuels du peuple mexicain\" (Flores Olea, 1959 : 47).<\/p>\n\n\n\n<p>La prise de conscience a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e par Carlos Fuentes, qui s'en est pris encore plus s\u00e9v\u00e8rement au r\u00e9gime issu de la r\u00e9volution mexicaine, affirmant que \"la seule force conservatrice efficace et active qui existe dans notre pays est celle qui \u00e9mane de la r\u00e9volution elle-m\u00eame, celle qui se cache derri\u00e8re une certaine rh\u00e9torique qui, sans paradoxe, pourrait \u00eatre qualifi\u00e9e de \"traditionnelle-r\u00e9volutionnaire\", et qui se situe, \u00e0 toutes fins utiles, dans l'actuelle droite mexicaine\". Fuentes a conclu en bl\u00e2mant la <span class=\"small-caps\">pri<\/span> de la perversion \"traditionnelle-r\u00e9volutionnaire\" et de la \"paralysie de la r\u00e9volution populaire\" (Flores Olea, 1959 : 50).<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Jaime Garc\u00eda Terr\u00e9s est cat\u00e9gorique dans sa sentence : \"Il n'est plus possible de parler de la R\u00e9volution mexicaine (le mouvement social connu sous ce nom) comme d'un ph\u00e9nom\u00e8ne actuel\", dans des termes tr\u00e8s proches de ceux de Silva Herzog dans \"La Revoluci\u00f3n mexicana es ya un hecho hist\u00f3rico\" (La R\u00e9volution mexicaine est d\u00e9sormais un fait historique). La perte de validit\u00e9 est due au fait que la R\u00e9volution est devenue une bureaucratie \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la dynamique intrins\u00e8que des processus v\u00e9ritablement r\u00e9volutionnaires (Flores Olea, 1959 : 54).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Pour sa part, Enrique Gonz\u00e1lez Pedrero a d\u00e9clar\u00e9 que \"pour \u00eatre <em>Politicien<\/em>, il faut \u00eatre <em>Homme<\/em> d'id\u00e9es et, pour les avoir, il faut \u00eatre Politicien - c'est-\u00e0-dire agir sur la r\u00e9alit\u00e9 en la transformant - avec une dignit\u00e9 humaine, avec une dimension humaine\". Gonz\u00e1lez Pedrero esquisse ainsi un mod\u00e8le intellectuel particulier du \"politicien\", qui participe au d\u00e9bat public \u00e0 partir d'une position qui transcende la critique de la r\u00e9alit\u00e9 et ne se contente pas d'en signaler les d\u00e9fauts, mais cherche aussi \u00e0 les r\u00e9soudre et \u00e0 participer au processus (Flores Olea, 1959 : 62). Ce postulat de l'action \"directe\" de l'intellectuel-politicien a acquis une grande pertinence dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1960 en Am\u00e9rique latine, parall\u00e8lement \u00e0 l'approfondissement du radicalisme r\u00e9volutionnaire cubain.<\/p>\n\n\n\n<p>Telles \u00e9taient les r\u00e9flexions des intellectuels mexicains qui ont collabor\u00e9 avec l'Union europ\u00e9enne. <em>Cahiers <\/em>La r\u00e9volution cubaine du 1er janvier 1959, le triomphe de la r\u00e9volution cubaine, a marqu\u00e9 le d\u00e9but du ph\u00e9nom\u00e8ne qui allait les \u00e9branler et, dans de nombreux cas, les amener \u00e0 trouver des r\u00e9ponses en radicalisant leurs positions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L'irruption de la r\u00e9volution cubaine dans les critiques de la r\u00e9volution mexicaine<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Apr\u00e8s le coup d'\u00c9tat militaire du 10 mars 1952 contre le pr\u00e9sident cubain Carlos Pr\u00edo Socarr\u00e1s, perp\u00e9tr\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral et ancien pr\u00e9sident cubain Fulgencio Batista, plusieurs groupes d'opposition se sont organis\u00e9s contre ce qui devenait clairement une dictature. Certains, comme les membres du parti orthodoxe, ont choisi la voie \u00e9lectorale pour s'opposer \u00e0 la fois aux vestiges de l'administration corrompue de Pr\u00edo et \u00e0 l'autoritarisme de Batista. Parmi les orthodoxes, des jeunes li\u00e9s \u00e0 l'universit\u00e9 de La Havane commencent \u00e0 se radicaliser et la voie arm\u00e9e appara\u00eet \u00e0 certains comme la seule alternative pour la conqu\u00eate du pouvoir. Enfin, le 26 juillet 1953, un groupe de gu\u00e9rilleros pr\u00e9cairement arm\u00e9s, dirig\u00e9 par le jeune avocat Fidel Castro, tente de prendre d'assaut la caserne Moncada \u00e0 Santiago de Cuba.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet assaut et le reste des actions coordonn\u00e9es avec cette op\u00e9ration furent un \u00e9chec retentissant qui fit plusieurs victimes parmi les gu\u00e9rilleros. L'emprisonnement des survivants ne s'est pas fait attendre. Les connaissances juridiques de Fidel Castro lui ont permis de d\u00e9fendre le \"droit \u00e0 la r\u00e9bellion populaire contre le despotisme et la tyrannie\" dans un discours de d\u00e9fense juridique prononc\u00e9 en 1953, qui sera plus tard connu sous le nom de \"L'histoire m'absoudra\" (Rojas, 2015 : 42). Cette d\u00e9fense constitutionnelle lib\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 bien accueillie par l'opinion publique et a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Castro et aux autres membres du Mouvement du 26 juillet, nomm\u00e9 d'apr\u00e8s la date de l'agression, une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa part, Fulgencio Batista a convoqu\u00e9 des \u00e9lections en 1954, qu'il a remport\u00e9es en l'absence d'opposants \u00e9lectoraux forts, une grande partie de l'opposition \u00e9tant en exil apr\u00e8s le coup d'\u00c9tat militaire de 1952. Un an apr\u00e8s les \u00e9lections, en 1955, les prisonniers de l'assaut de la caserne Moncada sont amnisti\u00e9s. Castro et les autres membres lib\u00e9r\u00e9s d\u00e9cident de se rendre au Mexique, car depuis le d\u00e9but de la dictature de Batista, un grand nombre d'hommes politiques cubains ont choisi de s'exiler dans la capitale mexicaine, \u00e0 Miami et \u00e0 New York. Les r\u00e9seaux qu'ils avaient tiss\u00e9s auparavant ont permis aux Moncadistas de profiter de leurs bonnes connexions avec \" les hautes sph\u00e8res du gouvernement mexicain et aussi avec des secteurs de l'opinion publique aux \u00c9tats-Unis \" (Rojas, 2015 : 59).<\/p>\n\n\n\n<p>Au Mexique, Castro entre en contact avec Mar\u00eda Antonia Gonz\u00e1lez, une Cubaine mari\u00e9e au catcheur mexicain Dick Medrano. Sa maison \u00e9tait devenue un point de rencontre pour les Cubains vivant ou passant par Mexico. Depuis Mexico, les r\u00e9volutionnaires pr\u00e9parent leur exp\u00e9dition de gu\u00e9rilla pour renverser Batista. Le premier manifeste du Mouvement du 26 juillet est diffus\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l'imprimerie du Mexicain Arsacio Vanegas, qui les aide \u00e9galement dans la pr\u00e9paration physique de la gu\u00e9rilla (Morales et del Alizal, 1999 : 202).<\/p>\n\n\n\n<p>Fidel et ses compagnons, parmi lesquels se trouvait d\u00e9j\u00e0 le gu\u00e9rillero argentin Ernesto \"Che\" Guevara, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s le 20 juin 1956, accus\u00e9s d'avoir enfreint les lois mexicaines sur l'immigration. Ils ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s \u00e0 la mi-juillet et l'ancien pr\u00e9sident mexicain L\u00e1zaro C\u00e1rdenas a interc\u00e9d\u00e9 pour qu'ils ne soient pas expuls\u00e9s et qu'ils obtiennent l'asile (Morales et del Alizal, 1999 : 207).<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, en novembre de la m\u00eame ann\u00e9e, 82 membres du Mouvement du 26 juillet quittent le port mexicain de Tuxpan (Veracruz) pour Cuba \u00e0 bord du yacht \"Granma\". Apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9, ils se sont dirig\u00e9s vers la Sierra Maestra, o\u00f9 ils ont pass\u00e9 deux ans \u00e0 combattre l'arm\u00e9e de Batista en tant que gu\u00e9rilleros, jusqu'\u00e0 ce que ce dernier prenne la fuite, vaincu, le 1er janvier 1959. Le Mexique a \u00e9t\u00e9 le premier pays au monde \u00e0 reconna\u00eetre le nouveau gouvernement r\u00e9volutionnaire cubain le 5 janvier 1959 (Casuso, 1961 : 111).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la politique officielle mexicaine ait soutenu, au moins discursivement, le nouveau gouvernement cubain, plusieurs intellectuels mexicains ou install\u00e9s au Mexique ont exprim\u00e9, dans diff\u00e9rents milieux, leurs r\u00e9serves quant au triomphe r\u00e9volutionnaire. Ainsi, l'exil\u00e9 espagnol au Mexique, Max Aub, \u00e9crit dans son journal du 7 janvier, avec un m\u00e9lange d'optimisme douteux et de m\u00e9fiance : \"Les r\u00e9volutions, ou les pouss\u00e9es vers la libert\u00e9, se produisent lorsqu'un groupe est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 mourir pour y parvenir. Ceux qui vivent bien, voire confortablement, en sont incapables. Aujourd'hui, par exemple, les Alg\u00e9riens, mais pas les Espagnols. Et puis il y a les caudillos romantiques - s'il y a ceux qui les financent - comme Fidel Castro\" (Aub, 2002 : 147).<\/p>\n\n\n\n<p>L'ambigu\u00eft\u00e9 de la note de Max Aub m\u00eale une plainte contre la passivit\u00e9 espagnole et une m\u00e9fiance \u00e0 l'\u00e9gard de la r\u00e9volution cubaine. Pour ce faire, il met en doute l'autonomie financi\u00e8re et la capacit\u00e9 d'organisation de Castro. N\u00e9anmoins, la note figurant dans le journal d'Aub illustre l'int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 Cuba par un \u00e9minent collaborateur de l'Union europ\u00e9enne. <em>Cuadernos Americanos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Au cours de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, Max Aub s'\u00e9tait rendu deux fois \u00e0 Cuba. Cependant, le triomphe du mouvement r\u00e9volutionnaire ne l'incite pas \u00e0 se rendre sur l'\u00eele en 1959.<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\" target=\"_self\">5<\/a> Ce qui semble avoir eu un impact significatif sur lui, c'est la mort de Che Guevara en octobre 1967. \u00c0 cette date, il note dans son journal : \"un h\u00e9ros de plus dans l'histoire\". Il aurait d\u00fb comprendre depuis longtemps que sa mort serait plus utile que sa vie\" (Aub, 2003 : 96). Quelque temps plus tard, il \u00e9crit une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre inspir\u00e9e par la mort du Che, intitul\u00e9e <em>El cerco<\/em>. Vers la fin des ann\u00e9es 1960, il rend \u00e9galement visite \u00e0 sa fille \u00e0 La Havane (Aub, 1969). Les r\u00e9serves initiales d'Aub ont progressivement chang\u00e9 et l'ont amen\u00e9 \u00e0 s'int\u00e9resser \u00e0 la r\u00e9volution cubaine, comme beaucoup d'autres contributeurs de <em>Cuadernos Americanos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">\"L'animal est parti [...]\", tels sont les mots que le professeur mexicain de l'\u00c9cole nationale des sciences politiques de l'UNAM, Enrique Gonz\u00e1lez Pedrero, a entendus au t\u00e9l\u00e9phone aux premi\u00e8res heures du 1er janvier 1959. Gonz\u00e1lez Pedrero se trouvait \u00e0 La Havane depuis le 20 d\u00e9cembre, onze jours avant que Fulgencio Batista ne quitte Cuba. La chronique de Gonz\u00e1lez Pedrero intitul\u00e9e \"La chute d'une autre dictature\" a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans l'\u00e9dition de mars-avril 1959 de <em>Cuadernos Americanos<\/em>. Il y rappelle qu'apr\u00e8s la surprise initiale de la fuite de Batista, Castro a appel\u00e9 \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale jusqu'\u00e0 ce que les \"barbus\" - comme on les appelait famili\u00e8rement - soient en mesure de prendre le contr\u00f4le du pays. Les \"barbus\" - comme on appelait famili\u00e8rement les combattants du Mouvement du 26 juillet - se sont compl\u00e8tement empar\u00e9s du pouvoir, comme cela s'est produit le 3 janvier : \"La radio et la t\u00e9l\u00e9vision ont diffus\u00e9 les ordres. L'arr\u00eat de la gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9. La r\u00e9volution est au pouvoir\" (Gonz\u00e1lez Pedrero, 1959 : 25-33).<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois la R\u00e9volution install\u00e9e au pouvoir et les c\u00e9l\u00e9brations termin\u00e9es, les mesures affectant les privil\u00e8ges des propri\u00e9taires terriens de l'\u00eele ont commenc\u00e9. La r\u00e9forme agraire cubaine a \u00e9t\u00e9 l'un des sujets qui a suscit\u00e9 le plus d'attentes au Mexique, notamment en raison des comparaisons - certaines plus explicites que d'autres - qui ont \u00e9t\u00e9 faites entre le processus de distribution des \"barbudos\" et celui qui avait eu lieu au Mexique \u00e0 la suite de la r\u00e9volution mexicaine, en particulier pendant la pr\u00e9sidence du g\u00e9n\u00e9ral L\u00e1zaro C\u00e1rdenas entre 1936 et 1940.<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Silva Herzog est l'un des Mexicains qui ont \u00e9t\u00e9 fortement impressionn\u00e9s par ces \u00e9v\u00e9nements cubains. Dans le quatri\u00e8me num\u00e9ro de 1959 de <em>Cahiers<\/em> (juillet-ao\u00fbt), Silva Herzog publie son article \"La reforma agraria en M\u00e9xico\" qui r\u00e9sume les grandes lignes d'un de ses ouvrages \u00e0 para\u00eetre. Bien que l'int\u00e9r\u00eat de Silva Herzog pour les questions de r\u00e9forme agraire n'ait pas commenc\u00e9 au lendemain de la r\u00e9volution cubaine, la question en question co\u00efncide pr\u00e9cis\u00e9ment avec le moment de l'approbation de la loi cubaine sur la r\u00e9forme agraire, le 17 mai 1959. Bien qu'il n'y ait pas de r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement dans le texte, la r\u00e9trospective sur la distribution mexicaine insiste sur une vision autor\u00e9flexive, qui conclut que les id\u00e9aux r\u00e9volutionnaires mexicains se sont \u00e9gar\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des changements acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s dans l'\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son article, Silva Herzog analyse les diff\u00e9rents moments de la redistribution des terres au Mexique, de la p\u00e9riode coloniale \u00e0 nos jours. Il souligne les diff\u00e9rentes caract\u00e9ristiques de chaque moment et accorde une attention particuli\u00e8re \u00e0 certaines p\u00e9riodes, comme la pr\u00e9sidence de L\u00e1zaro C\u00e1rdenas. Dans le d\u00e9bat public, C\u00e1rdenas appara\u00eet comme un point de r\u00e9f\u00e9rence et une boussole pour les bonnes directions et les d\u00e9viations de la r\u00e9volution mexicaine. C'est pourquoi Silva Herzog a fait une d\u00e9claration pr\u00e9cise sur l'id\u00e9ologie de C\u00e1rdenas : \"le gouvernement de C\u00e1rdenas peut \u00eatre class\u00e9 comme \u00e9tant de gauche, mais de gauche mexicaine, conform\u00e9ment \u00e0 la trajectoire du mouvement social qui a commenc\u00e9 en novembre 1910\" (Silva Herzog, 1959 : 41).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">La reprise des id\u00e9es de C\u00e1rdenas sur la r\u00e9forme agraire des ann\u00e9es 1930 permet \u00e0 Silva Herzog de revendiquer le \"radicalisme\" de l'interpr\u00e9tation par C\u00e1rdenas de la Constitution de 1917 et de la R\u00e9volution mexicaine elle-m\u00eame, tout en soulignant que cela \"n'implique aucune parent\u00e9 avec les mouvements r\u00e9volutionnaires d'autres nations\", faisant ainsi une allusion d\u00e9fensive aux disqualifications des adversaires du g\u00e9n\u00e9ral qui le qualifiaient de \"communiste\" et de pro-sovi\u00e9tique (Silva Herzog, 1959, p. 33). Ces accusations se sont multipli\u00e9es apr\u00e8s que l'Union sovi\u00e9tique a d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 C\u00e1rdenas le prix L\u00e9nine de la paix en 1956. Il convient de mentionner que la parano\u00efa des secteurs les plus conservateurs de la soci\u00e9t\u00e9 mexicaine \u00e0 l'\u00e9gard du \"communisme\" de C\u00e1rdenas s'est accrue \u00e0 la suite de ses manifestations de sympathie \u00e0 l'\u00e9gard de la r\u00e9volution cubaine, comme en t\u00e9moigne sa visite sur l'\u00eele lors de la comm\u00e9moration du <span class=\"small-caps\">vi<\/span> anniversaire de l'assaut de la caserne Moncada le 26 juillet 1959 (P\u00e9rez Montfort, 2021 : 324).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir expos\u00e9 les grandes lignes du projet de C\u00e1rdenas, Silva Herzog d\u00e9nonce l'abandon de ce type de politique, particuli\u00e8rement sensible \u00e0 partir de 1953. Par cons\u00e9quent, il consid\u00e8re qu'il est indispensable de \"r\u00e9former la r\u00e9forme agraire\", comme une sorte de purge des erreurs et de r\u00e9activation de ce qui est, selon lui, un bastion de la \"gauche, mais de la gauche mexicaine\" (Silva Herzog, 1959 : 41). L'association entre la r\u00e9forme agraire et la gauche devient un moyen d'\u00e9tablir des parall\u00e8les entre les r\u00e9volutions cubaine et mexicaine. C'est d'ailleurs l'un des motifs des appels \u00e0 s'engager dans la d\u00e9fense du processus de transformation de l'\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Pour sa part, Lol\u00f3 de la Torriente, un Cubain vivant au Mexique, journaliste au journal <em>Novedades<\/em> et collaborateur r\u00e9gulier de <em>Cuadernos Americanos<\/em>, a publi\u00e9 l'article \"Realidad y esperanza en la pol\u00edtica cubana\" (R\u00e9alit\u00e9 et espoir dans la politique cubaine) \u00e0 la fin de l'ann\u00e9e 1959. Cet article avait un objectif tr\u00e8s clair, partag\u00e9 par la plupart des textes qui parlaient de la R\u00e9volution \u00e0 Cuba depuis le Mexique, qui \u00e9tait de d\u00e9mentir la presse conservatrice : \"Au c\u0153ur de beaucoup de gens simples qui se demandent ce qui se passe \u00e0 Cuba\" (De la Torriente, 1959 : 35).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">De la Torriente a oppos\u00e9 les conditions de vie \u00e0 Cuba sous la dictature de Batista au nouveau panorama r\u00e9volutionnaire. Il a contribu\u00e9 \u00e0 la reconnaissance de Fidel Castro en tant qu'architecte du processus r\u00e9volutionnaire en disant qu'il \u00e9tait \"[...] le produit d'un id\u00e9al martien parfum\u00e9 et vivant en la personne du Dr Castro et des jeunes courageux qui ont couru avec lui l'aventure de la mort\". Il a \u00e9galement soulign\u00e9 des valeurs similaires \u00e0 celles mentionn\u00e9es par Silva Herzog \u00e0 propos de C\u00e1rdenas lorsqu'il l'a d\u00e9crit comme \u00e9tant \"de gauche, mais mexicain\", affirmant que \"[...] la R\u00e9volution tente de <em>Cubaniser Cuba<\/em> en r\u00e9int\u00e9grant les richesses qui lui appartiennent\" (De la Torriente, 1959 : 35). Ce type d'allusions visait, dans les deux cas, \u00e0 contrer les accusations d'avoir des id\u00e9es \"\u00e9trang\u00e8res\" ou \"exotiques\", comme un euph\u00e9misme anticommuniste pour disqualifier tout processus.<\/p>\n\n\n\n<p>De la Torriente reprend l'\u00e9pisode racont\u00e9 par Gonz\u00e1lez Pedrero, en \u00e9voquant les derniers moments du 31 d\u00e9cembre 1958 comme \"la nuit hallucinante [qui] s'est ouverte sur une aube de splendeur\" et l'arriv\u00e9e de Castro \u00e0 La Havane : \"Fidel arrive dans la capitale[,] des millions de compatriotes attendent de le voir passer. Les femmes pleurent. Les enfants l'acclament. Des fleurs pleuvent sur lui et ses hommes. Jamais accueil n'a \u00e9t\u00e9 aussi spontan\u00e9 et chaleureux\" (De la Torriente, 1959 : 58).<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, De la Torriente a \u00e9mis une critique s\u00e9v\u00e8re des r\u00e9volutions du continent - peut-\u00eatre en pensant sp\u00e9cifiquement \u00e0 la r\u00e9volution mexicaine - et a appel\u00e9 \u00e0 tirer des le\u00e7ons de ces tentatives rat\u00e9es : \"Toutes les r\u00e9volutions, \u00e0 toutes les \u00e9poques, ont vu monter le ressac, mais les am\u00e9ricaines ont vu comment il persiste et s'\u00e9branle, affaiblissant les fondations. Nous ne devons pas retomber dans les vieux vices\" (De la Torriente, 1959 : 64).<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard r\u00e9trospectif sur la r\u00e9volution mexicaine a guid\u00e9 la construction de nouvelles projections utopiques dans la perspective de sa contrepartie cubaine en 1959. Il a \u00e9galement dict\u00e9 les pr\u00e9rogatives impliqu\u00e9es en termes de similitude entre les deux processus en s'engageant dans la transformation cubaine depuis les tranch\u00e9es intellectuelles du Mexique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">La d\u00e9fense de la r\u00e9volution s'articule principalement autour de trois axes : le premier consiste \u00e0 indiquer clairement ce qui menace l'\u00eele, en particulier l'interventionnisme, l'imp\u00e9rialisme et ce qu'ils consid\u00e8rent comme des \"mensonges\" d\u00e9riv\u00e9s de l'anticommunisme. Le deuxi\u00e8me axe envisageait les arguments en faveur de cette d\u00e9fense avec des r\u00e9f\u00e9rences historiques telles que les luttes d'ind\u00e9pendance du XIXe si\u00e8cle, l'anti-imp\u00e9rialisme d\u00e9riv\u00e9 de l'Am\u00e9rique latine et le caract\u00e8re avant-gardiste de mesures telles que la r\u00e9forme agraire. En outre, \u00e0 ce stade, il est devenu n\u00e9cessaire de d\u00e9montrer qu'il ne s'agissait pas d'une r\u00e9volution socialiste ou communiste, mais d'une r\u00e9volution nationaliste, en l'assimilant \u00e0 la r\u00e9volution mexicaine. Enfin, la troisi\u00e8me ligne postulait les m\u00e9canismes avec lesquels la r\u00e9volution cubaine devait \u00eatre d\u00e9fendue : l'un des plus importants \u00e9tait l'engagement intellectuel, qui impliquait \u00e9galement la critique du contexte social mexicain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Dans la section suivante de cet article, je discute des expressions dans lesquelles la nouvelle orientation de l'argumentation des intellectuels de <em>Cuadernos Americanos<\/em> et de certaines autres collaborations dans le cercle voisin de la <em>Revista de la Universidad<\/em>, deux publications appartenant \u00e0 la plateforme intellectuelle de l'<span class=\"small-caps\">unam<\/span>, peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s la r\u00e9volution mexicaine en <em>Cuadernos Americanos <\/em>et le<em> Magazine universitaire<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract translation-block\">Dans le cadre de la comm\u00e9moration du cinquanti\u00e8me anniversaire de la r\u00e9volution mexicaine, au moins quatre publications pr\u00e9sentant un int\u00e9r\u00eat pour le bilan historiographique ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es : <em>La revoluci\u00f3n social de M\u00e9xico<\/em>, de Manuel Gonz\u00e1lez Ram\u00edrez ; la <em>Breve historia de la Revoluci\u00f3n mexicana<\/em>, de Jes\u00fas Silva Herzog ; <em>La verdadera Revoluci\u00f3n mexicana<\/em> d'Alfonso Taracena, et une s\u00e9rie d'autres textes que \"la Presidencia de la Rep\u00fablica impuls\u00f3 con la publicaci\u00f3n en el Fondo de Cultura Econ\u00f3mica de una obra en cuatro gruesos vol\u00famenes intitulada <em>M\u00e9xico. 50 a\u00f1os de Revoluci\u00f3n\" <\/em>(Hurtado, 2010 : 118). Ce dernier regroupe soixante-deux auteurs, dont Edmundo O'Gorman, Pablo Gonz\u00e1lez Casanova, Porfirio Mu\u00f1oz Ledo, Emilio Portes Gil et Jaime Torres Bodet. Chaque volume est consacr\u00e9 \u00e0 un th\u00e8me : l'\u00e9conomie, la vie sociale, la politique et la culture. Dans le domaine intellectuel, il s'agissait d'un des m\u00e9canismes du r\u00e9gime du PRI pour se revendiquer comme l'h\u00e9ritier et le continuateur du processus r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">En novembre, mois de la comm\u00e9moration de la r\u00e9volution mexicaine, <em>Cuadernos Americanos<\/em> a publi\u00e9, dans son dernier num\u00e9ro de l'ann\u00e9e, deux textes de Jes\u00fas Silva Herzog et de l'historien fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Chevalier sur le sujet. Le premier, \"Un esbozo de la Revoluci\u00f3n mexicana (1910-1917)\", est la longue note introductive \u00e0 la <em>Breve historia de la Revoluci\u00f3n mexicana<\/em>, qui ne contient aucune r\u00e9flexion clairement li\u00e9e \u00e0 la comm\u00e9moration (Silva Herzog, 1960 : 135-164). Dans le cas de Chevalier, bien qu'il s'attache \u00e0 observer l'aspect le plus radical des composantes du processus mexicain, le titre de son article \"Un facteur d\u00e9cisif de la r\u00e9volution agraire mexicaine : le \"soul\u00e8vement de Zapata\" (1911-1919)\" ne fait pas allusion \u00e0 une \u00e9valuation du pr\u00e9sent dans une perspective historique, mais plut\u00f4t \u00e0 un travail monographique sur le projet du leader agraire (Chevalier, 1960 : 165-187).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Une approche plus cibl\u00e9e pour faire le point sur le pr\u00e9sent de la r\u00e9volution mexicaine a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par Enrique Gonz\u00e1lez Pedrero dans son texte \"50 a\u00f1os despu\u00e9s\", publi\u00e9 dans la <em>Revista de la Universidad de M\u00e9xico<\/em>, \u00e9galement publi\u00e9e par l'<span class=\"small-caps\">unam<\/span>. Dans cet article, la gauche mexicaine \u00e9tait invit\u00e9e \u00e0 proposer \"[...] une analyse concr\u00e8te de l'attitude de la gauche contemporaine qui doit partir du processus social initi\u00e9 en 1910 lorsqu'elle a acquis, en tant que position politique, un sens moderne\". Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la stagnation du processus, il consid\u00e8re que \"le pass\u00e9 a \u00e9t\u00e9 si influent que, malgr\u00e9 la force r\u00e9novatrice du r\u00e9volutionnaire, l'inertie l'a progressivement ralenti jusqu'\u00e0 ce qu'il soit presque annul\u00e9, jusqu'\u00e0 ce qu'il soit assimil\u00e9\" (Gonz\u00e1lez Pedrero, 1960 : 4-5). Gonz\u00e1lez Pedrero affirme que le plus grand des vices de ce processus r\u00e9volutionnaire est qu'il proc\u00e8de \"d'en haut\", c'est-\u00e0-dire le centralisme politique qui rend impossible la communication avec \"ceux d'en bas\" et entrave la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>L'auteur identifie deux \u00e9v\u00e9nements politiques majeurs comme pivots de la transition entre 1958 et 1959 : \"[...] la lutte que les travailleurs ont commenc\u00e9 \u00e0 mener pour leur ind\u00e9pendance syndicale et le triomphe de la r\u00e9volution cubaine\". Et il a affirm\u00e9 cat\u00e9goriquement : \"nous avons vu comment la r\u00e9volution mexicaine a utilis\u00e9 une m\u00e9thode qui commence \u00e0 s'av\u00e9rer incapable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de notre temps\". Il a donc appel\u00e9 \u00e0 la r\u00e9solution de quatre exigences pour \"actualiser la r\u00e9volution mexicaine, lui donner le contenu contemporain qui lui manque, lui donner un nouvel \u00e9lan et la revigorer pour la lutte qu'elle devra mener dans un avenir d\u00e9j\u00e0 presque pr\u00e9sent : d\u00e9mocratie agraire, \u00e9conomique, syndicale et politique\". Ce n'est qu'ainsi que la r\u00e9volution mexicaine pourra se transcender dans l'avenir, en assumant le r\u00f4le \"historique\" qui lui correspond (Gonz\u00e1lez Pedrero, 1960 : 7-9).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que, \u00e0 l'exception de celle de Gonz\u00e1lez Pedrero, certaines \u00e9valuations ne se r\u00e9f\u00e8rent pas aussi explicitement \u00e0 la r\u00e9volution cubaine comme guide, les bilans ont pris le processus de radicalisation de l'\u00eele comme cadre analytique. L'avenir possible du processus mexicain d\u00e9pendait de la reprise et de l'approfondissement des processus de transformation qui avaient \u00e9t\u00e9 suspendus ou avaient stagn\u00e9 au fil des ans. Les r\u00e9formes cubaines constituent \u00e0 cet \u00e9gard une r\u00e9f\u00e9rence incontournable.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la permanence de la dictature franquiste en Espagne, d'une part, et \u00e0 la stagnation de la r\u00e9volution mexicaine, d'autre part, la jeunesse et la vigueur de la r\u00e9volution cubaine ont catalys\u00e9 certaines des discussions en cours depuis des d\u00e9cennies et canalis\u00e9 de nouvelles pr\u00e9occupations apr\u00e8s son triomphe en 1959. Ainsi, un large \u00e9ventail de r\u00e9ponses est apparu pour red\u00e9finir et r\u00e9orienter l'engagement intellectuel, les id\u00e9ologies r\u00e9volutionnaires et la confrontation avec l'imp\u00e9rialisme, ce qui a fait de ce processus un point de rencontre pour les intellectuels ib\u00e9ro-am\u00e9ricains. Souvent, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la r\u00e9volution cubaine dans les ouvrages de la <em>Cuadernos Americanos<\/em> et en <em>Le magazine de l'universit\u00e9 <\/em>\u00e9taient des expressions de l'espoir de voir rena\u00eetre la r\u00e9volution mexicaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexions finales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le d\u00e9bat sur l'engagement intellectuel a \u00e9t\u00e9 r\u00e9orient\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 avec le triomphe de la r\u00e9volution cubaine en 1959 dans les pays de l'Union europ\u00e9enne. <em>Cuadernos Americanos<\/em>. Cependant, les discussions sur le sujet remontent aux d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, comme le montre l'exemple de Jes\u00fas Silva Herzog et de son cercle de collaborateurs dans l'affaire <em>Cuadernos Americanos<\/em>. Ce qui s'est pass\u00e9 \u00e0 partir de 1959, c'est l'incorporation d'un nouveau point de r\u00e9f\u00e9rence, en l'occurrence l'\u00eele des Cara\u00efbes \u00e0 la place de la r\u00e9volution mexicaine de 1910, pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la possibilit\u00e9 de changer la situation des pays latino-am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Avec la r\u00e9volution cubaine comme point de r\u00e9f\u00e9rence continental, il \u00e9tait n\u00e9cessaire que certains arguments de gauche des premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle, tels que l'anti-imp\u00e9rialisme, soient revigor\u00e9s et r\u00e9orient\u00e9s en termes de latino-am\u00e9ricanisme ou d'analyse de politiques telles que la r\u00e9forme agraire de l'\u00eele. Ainsi, les r\u00e9f\u00e9rences historiques qui reliaient les luttes aux pr\u00e9c\u00e9dentes ont \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9es, comme l'ont fait les intellectuels de <em>Cuadernos Americanos<\/em> avec le Cardenismo pour d\u00e9fendre le processus de radicalisation de l'\u00eele \u00e0 l'\u00e9poque. Ces analyses ont mis en \u00e9vidence le vieillissement de la r\u00e9volution mexicaine, compar\u00e9e \u00e0 son homologue cubaine dans les textes des intellectuels, dans certains cas de mani\u00e8re plus explicite que dans d'autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Enfin, il convient de noter que l'opportunit\u00e9 d'exprimer publiquement leur engagement intellectuel a permis aux intellectuels des Cuadernos Americanos<\/em> de faire partie ou de rejoindre une sph\u00e8re de d\u00e9bat en vogue dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, ce qui leur a donn\u00e9 le capital n\u00e9cessaire pour positionner des discours, publier des textes ou participer \u00e0 des discussions qui, en argumentant des positions de critique de la r\u00e9alit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine, de lutte contre l'imp\u00e9rialisme et de d\u00e9fense des projets r\u00e9volutionnaires sur le continent, les ont projet\u00e9s en termes d'int\u00e9r\u00eats personnels ou institutionnels tout au long des ann\u00e9es soixante et soixante-dix.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Aguilar Cam\u00edn, H\u00e9ctor y Lorenzo Meyer (1989). <em>A la sombra de la Revoluci\u00f3n mexicana.<\/em> M\u00e9xico: Cal y Arena.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Aub, Max (2002). <em>Diarios 1953-1966.<\/em> M\u00e9xico: Conaculta y Direcci\u00f3n General de Publicaciones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2003). <em>Diarios 1967-1972. <\/em>M\u00e9xico: Conaculta y Direcci\u00f3n General de Publicaciones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1969). <em>Enero en Cuba.<\/em> M\u00e9xico: Joaqu\u00edn Mortiz.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Barnet, Miguel (2009). \u201cDon Fernando Ortiz\u201d, en <em>Aut\u00f3grafos cubanos.<\/em> La Habana: Letras Cubanas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Carmona, Fernando (1991). \u201cJes\u00fas Silva Herzog, cada vez m\u00e1s actual\u201d. <em>Problemas del Desarrollo,<\/em> vol. 22, n\u00fam. 85, pp. 227-237.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Casuso, Teresa (1961). <em>Cuba and Castro.<\/em> Nueva York: Random House.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Chevalier, Fran\u00e7ois (1960). \u201cUn factor decisivo de la revoluci\u00f3n agraria de M\u00e9xico: \u2018El levantamiento de Zapata\u2019 (1911-1919)\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, a\u00f1o 29, vol. 113, n\u00fam. 6, pp. 165-187.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Cos\u00edo Villegas, Daniel (1947). \u201cLa crisis de M\u00e9xico\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, vol. 32, n\u00fam. 2, pp. 29-51.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Cuadriello, Jorge Domingo (2009). <em>El exilio republicano espa\u00f1ol en Cuba.<\/em> Madrid: Siglo <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">De la Osa, Enrique (1987). <em>Visi\u00f3n y pasi\u00f3n de Ra\u00fal Roa.<\/em> La Habana: Editorial de Ciencias Sociales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">De la Torriente, Lol\u00f3 (1959). \u201cRealidad y esperanza en la pol\u00edtica cubana\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, vol. 107, n\u00fam. 6, pp. 35-65.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">De Pablo, \u00d3scar (2018). <em>La rojer\u00eda<\/em>. 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Cuadernos Americanos<\/em>, vol. 263 n\u00fam. 6, pp. 13-34.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gonz\u00e1lez Neira, Ana (2009). \u201c<em>Cuadernos Americanos<\/em> y el exilio espa\u00f1ol: nacimiento de una revista universal (1942\u20131949)\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, nueva \u00e9poca, n\u00fam. 127, pp. 11-30.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gonz\u00e1lez Pedrero, Enrique (1960). \u201c50 a\u00f1os despu\u00e9s\u201d. <em>Revista de la Universidad de M\u00e9xico<\/em>, vol. 15, n\u00fam. 3.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1959). \u201cLa ca\u00edda de otra dictadura\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, a\u00f1o 63, vol. 103, n\u00fam. 2, pp. 25-35.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Hurtado, Guillermo (2010). \u201cHistoria y ontolog\u00eda en M\u00e9xico: 50 a\u00f1os de revoluci\u00f3n\u201d. <em>Estudios de Historia Moderna y Contempor\u00e1nea de M\u00e9xico<\/em>, n\u00fam. 39, pp. 117-134. https:\/\/doi.org\/10.22201\/iih.24485004e.2010.39.17807<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Marx, Karl (1946). <em>El capital. Cr\u00edtica de la econom\u00eda pol\u00edtica<\/em>. <em>Libro primero. El proceso de producci\u00f3n del capital<\/em>. M\u00e9xico: Fondo de Cultura Econ\u00f3mica. Trad. de Wenceslao Roces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2010). <em>El capital. Cr\u00edtica de la econom\u00eda pol\u00edtica<\/em>. <em>Libro primero. El proceso de producci\u00f3n del capital<\/em>. M\u00e9xico: Siglo <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>. Trad. de Pedro Scar\u00f3n.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Morales, Salvador E. y Laura del Alizal (1999). <em>Dictadura, exilio e insurrecci\u00f3n. Cuba en la perspectiva mexicana 1952-1958<\/em>. M\u00e9xico: Secretar\u00eda de Relaciones Exteriores.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Naufal Tuena, Georgina (2001). \u201cJes\u00fas Silva Herzog, los dilemas de su tiempo\u201d. <em>Comercio Exterior<\/em>, febrero, pp. 172-175.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ortiz, Fernando (1981). \u201cCarta de Fernando Ortiz a Jes\u00fas Silva Herzog, Habana, diciembre 29, 1943\u201d. <em>Jes\u00fas Silva Herzog<\/em>. <em>De su archivo epistolar.<\/em> M\u00e9xico: Cuadernos Americanos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">P\u00e9rez Montfort, Ricardo (2021). <em>L\u00e1zaro C\u00e1rdenas. Un mexicano del siglo <span class=\"small-caps\">xx<\/span><\/em>, vol. 3. M\u00e9xico: Penguin Random House.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Reyes, Alfonso (1942). \u201cAm\u00e9rica y los <em>Cuadernos Americanos<\/em>\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, a\u00f1o 1, vol. 1, n\u00fam. 2, pp. 7-10.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Rojas, Rafael (2015). <em>Historia m\u00ednima de la Revoluci\u00f3n cubana.<\/em> M\u00e9xico: El Colegio de M\u00e9xico.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ross, Stanley (1981). <em>\u00bfHa muerto la Revoluci\u00f3n mexicana?<\/em> M\u00e9xico: Premia Editora.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Silva Herzog, Jes\u00fas (1981a). \u201cCarta de Jes\u00fas Silva Herzog a Fernando Ortiz, marzo 27, 1947\u201d. <em>Jes\u00fas Silva Herzog<\/em>. <em>De su archivo epistolar.<\/em> M\u00e9xico: Cuadernos Americanos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1981b). \u201cCarta de Jes\u00fas Silva Herzog a Juan Marinello, Ciudad de M\u00e9xico, enero 23, 1948\u201d. <em>Jes\u00fas Silva Herzog<\/em>. <em>De su archivo epistolar.<\/em> M\u00e9xico: Cuadernos Americanos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1959). \u201cLa reforma agraria en M\u00e9xico\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, a\u00f1o 18, vol. 105, n\u00fam. 4, pp. 7-41.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1943). \u201cLa Revoluci\u00f3n mexicana en crisis\u201d. <em>Cuadernos Americanos.<\/em> vol. 11, n\u00fam. 5, pp. 32-55.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1949). \u201cLa Revoluci\u00f3n mexicana es ya un hecho hist\u00f3rico\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, vol. 47, n\u00fam. 5, pp. 7-16.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1942). \u201cLo humano, problema esencial\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, vol. 1, n\u00fam. 1, pp. 8-16.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1960). \u201cUn esbozo de la Revoluci\u00f3n mexicana (1910-1917)\u201d. <em>Cuadernos Americanos<\/em>, a\u00f1o 19, vol. 113, n\u00fam. 6, pp. 135-164.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1980). <em>Biograf\u00edas de amigos y conocidos.<\/em> M\u00e9xico: Cuadernos Americanos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1973). <em>Mis \u00faltimas andanzas 1947-1972. <\/em>M\u00e9xico: Siglo <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1972). <em>Una vida en la vida de M\u00e9xico.<\/em> M\u00e9xico: Siglo <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Weinberg, Liliana (2014, 29 de abril). \u201cRevistas culturales y formas de sociabilidad intelectual. El caso de la primera \u00e9poca de <em>Cuadernos Americanos<\/em>. La edici\u00f3n de una revista como operaci\u00f3n social\u201d. <em>Revistas Culturales 2.0<\/em> [sitio web]. Recuperado de https:\/\/www.revistas-culturales.de\/es\/buchseite\/liliana-weinberg-revistas-culturales-y-formas-de-sociabilidad-intelectual-el-caso-de-la, consultado el 14 de diciembre de 2022.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-background has-accent-background-color has-accent-color is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Juan Alberto Salazar Rebolledo<\/em> est chercheur doctorant \u00e0 l'International Graduate School \"Temporalities of the Future\" du Lateinamerika Institut de l'Universit\u00e9 libre de Berlin. Il est titulaire d'une ma\u00eetrise et d'une licence en histoire de l'Universidad Nacional Aut\u00f3noma de M\u00e9xico (<span class=\"small-caps\">unam<\/span>). Il est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l'histoire culturelle et sociale de l'Am\u00e9rique latine, et plus particuli\u00e8rement dans la p\u00e9riode contemporaine. Il a particip\u00e9 \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements acad\u00e9miques au Mexique, \u00e0 Cuba, en Allemagne, au Portugal, au P\u00e9rou et aux \u00c9tats-Unis. Il a publi\u00e9 des articles dans l'Oxford Research Encyclopedia of Latin American History de l'Universit\u00e9 d'Oxford et dans les revues <em>S\u00e9quence<\/em>, <em>\u00c9tudes cubaines<\/em>, <em>Le latino-am\u00e9ricaniste<\/em>, <em>Discours visuel<\/em> et <em>Babel<\/em>. D'autres ouvrages tels que \"R\u00e9sistance et raison culturelle : un champ de lutte\", \"Histoire d'un \u00e9chec : la marchandisation de la culture des jeunes au festival Rock and Wheels, Av\u00e1ndaro, 1971\" et \"O\u00f9 sont les gar\u00e7ons ? Una aproximaci\u00f3n a la diversidad sociocultural de los j\u00f3venes mexicanos de los a\u00f1os sesenta\", ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans des ouvrages collectifs \u00e9dit\u00e9s par Penguin Random House et par la Facultad de Filosof\u00eda y Letras de l'Universit\u00e9 de Mexico. <span class=\"small-caps\">unam<\/span>.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les ann\u00e9es 1940, le projet culturel, social et politique de la revue Cuadernos Americanos prend 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