{"id":36430,"date":"2022-09-21T06:22:35","date_gmt":"2022-09-21T06:22:35","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=36430"},"modified":"2023-11-17T17:44:02","modified_gmt":"2023-11-17T23:44:02","slug":"soto-geografia-miedo-mujeres-mexico","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/soto-geografia-miedo-mujeres-mexico\/","title":{"rendered":"Un cadre analytique pour l'\u00e9tude des g\u00e9ographies de la peur chez les femmes, bas\u00e9 sur des donn\u00e9es empiriques provenant de deux villes mexicaines"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cet article analyse les relations entre le genre, les \u00e9motions et les lieux \u00e0 travers l'id\u00e9e de g\u00e9ographies de la peur chez les femmes. D'une part, j'\u00e9tudie les effets spatiaux sp\u00e9cifiques de la peur de la violence sur la vie quotidienne des femmes et, d'autre part, je propose quelques cl\u00e9s analytiques qui peuvent fa\u00e7onner un cadre th\u00e9orique-empirique de ces g\u00e9ographies de la peur dans une perspective de genre, en soulignant les processus g\u00e9ographiques qui sont d\u00e9clench\u00e9s dans l'exp\u00e9rience urbaine. Nos conclusions sont \u00e9tay\u00e9es par les donn\u00e9es de deux \u00e9tudes sur le harc\u00e8lement sexuel et d'autres formes de violence sexuelle dans l'espace public dans les villes de Puebla et Guadalajara.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/cuerpos\/\" rel=\"tag\">corps<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/espacios-urbanos\/\" rel=\"tag\">espaces urbains<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/genero\/\" rel=\"tag\">genre<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/miedo\/\" rel=\"tag\">peur<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/paisajes\/\" rel=\"tag\">paysages<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\"><span class=\"small-caps\">un cadre analytique pour l'\u00e9tude des g\u00e9ographies de la peur des femmes \u00e0 partir de l'\u00e9vidence empirique dans deux villes mexicaines<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Cet article analyse les relations entre le genre, les \u00e9motions et les lieux, \u00e0 travers l'id\u00e9e de g\u00e9ographies de la peur chez les femmes. D'une part, j'examine les effets spatiaux sp\u00e9cifiques de la peur de la violence dans la vie quotidienne des femmes et, d'autre part, je propose quelques cl\u00e9s analytiques qui peuvent configurer un cadre th\u00e9orique-empirique de ces g\u00e9ographies de la peur dans une perspective de genre, en soulignant les processus g\u00e9ographiques qui sont d\u00e9clench\u00e9s dans l'exp\u00e9rience urbaine. Nos conclusions sont \u00e9tay\u00e9es par les donn\u00e9es de deux \u00e9tudes sur le harc\u00e8lement sexuel et d'autres formes de violence sexuelle dans les espaces publics des villes de Puebla et Guadalajara, au Mexique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Mots-cl\u00e9s : peur, corps, genre, espaces urbains, paysages.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Dans cet article, nous souhaitons discuter de la relation entre le genre, les \u00e9motions et les lieux. Le th\u00e8me qui articule ces aspects est la peur des femmes et ses dimensions spatiales et temporelles dans la ville. En ce sens, nous proposons de consid\u00e9rer la peur comme une \u00e9motion spatialis\u00e9e des femmes, c'est-\u00e0-dire une intersection entre une \u00e9motion, la peur, et un espace sp\u00e9cifique, la ville. Tout d'abord, nous proposons de discuter de la mani\u00e8re dont la peur est per\u00e7ue par les femmes en tant qu'\u00e9motion dont les impacts se refl\u00e8tent dans la mobilit\u00e9 urbaine, des facteurs de risque associ\u00e9s et des strat\u00e9gies qu'elles utilisent pour faire face aux ins\u00e9curit\u00e9s. Deuxi\u00e8mement, sur la base de ces r\u00e9sultats de recherche, nous d\u00e9veloppons un cadre analytique pour l'\u00e9tude des \"g\u00e9ographies f\u00e9minines de la peur\", bas\u00e9 sur les cat\u00e9gories suivantes : i) dimension physique et symbolique des espaces ; ii) mobilit\u00e9 restreinte dans les mouvements quotidiens ; iii) strat\u00e9gies spatiales pour n\u00e9gocier la peur ; iv) dimensions corporelles et \u00e9motionnelles complexes. L'objectif est de d\u00e9velopper une \u00e9tude plus syst\u00e9matique des effets spatiaux de la peur dans la vie urbaine des femmes et de mettre l'accent sur les processus g\u00e9ographiques qui sont d\u00e9clench\u00e9s dans l'exp\u00e9rience quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette fin, cet article analyse les r\u00e9sultats d'une recherche sur la violence sexuelle dans les espaces publics dans deux villes mexicaines, Puebla et Guadalajara.<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a> Le texte est organis\u00e9 en quatre moments analytiques : dans le premier moment, nous nous int\u00e9ressons \u00e0 situer l'int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique pour les g\u00e9ographies de la peur \u00e0 partir de la pens\u00e9e f\u00e9ministe, au centre de la g\u00e9ographie et de l'urbanisme, en analysant les contributions de diff\u00e9rentes latitudes. Un deuxi\u00e8me moment analytique d\u00e9crit les approches m\u00e9thodologiques suivies pour valider les r\u00e9sultats de la recherche. Un troisi\u00e8me moment est consacr\u00e9 \u00e0 la fourniture d'un contexte \u00e9tatique de la violence pour les deux villes. La derni\u00e8re section propose des d\u00e9fis et des horizons \u00e0 approfondir, en tenant compte des contextes latino-am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les g\u00e9ographies de la peur. Approches f\u00e9ministes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le d\u00e9bat sur la violence et la peur de la violence dans les villes anglo-am\u00e9ricaines a \u00e9t\u00e9 un sujet largement \u00e9tudi\u00e9 dans le cadre des programmes de recherche sur les g\u00e9ographies du genre. En effet, dans une perspective de g\u00e9ographie f\u00e9ministe, les \u00e9tudes sur l'ins\u00e9curit\u00e9 des femmes dans les espaces publics ont montr\u00e9 comment les g\u00e9ographies quotidiennes des hommes et des femmes pr\u00e9sentent de nettes diff\u00e9rences en termes d'utilisations et de significations quotidiennes des espaces urbains (Valentine, 1989). D'autre part, la complexit\u00e9 des relations entre la peur de la ville et les identit\u00e9s sociales telles que l'\u00e2ge, l'ethnicit\u00e9 et le sexe a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e. En outre, Pain (2000) affirme qu'il n'y a pas de r\u00e9ponse facile \u00e0 la question de savoir qui est le plus susceptible de craindre les espaces publics urbains. Selon elle, le lieu affecte la peur dans la ville \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles ; de nombreuses personnes craignent diff\u00e9rents espaces \u00e0 diff\u00e9rents moments et ces craintes s'expriment par diff\u00e9rents comportements, comme l'\u00e9vitement de quartiers ou de centres-villes per\u00e7us comme dangereux \u00e0 certains moments.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 une g\u00e9ographie de la peur de la violence chez les femmes dans une perspective post-structuraliste, Metha et Bondi affirment que les femmes ont tendance \u00e0 d\u00e9velopper une plus grande peur de la violence, et notamment de la violence sexuelle, que les hommes (Mehta, 1999). Hille Koskela affirme que l'utilisation restreinte de l'espace par les femmes n'est pas consid\u00e9r\u00e9e par les femmes elles-m\u00eames comme une difficult\u00e9, mais au contraire comme une condition normale et naturelle de leur vie dans la ville (Koskela, 1999). Enfin, Gill Valentine (1989) a soutenu que les femmes d\u00e9veloppent des cartes mentales individuelles des lieux o\u00f9 la peur de l'agression sexuelle est li\u00e9e \u00e0 leur exp\u00e9rience de l'espace et aux informations secondaires, ainsi les femmes apprennent \u00e0 percevoir le danger des \u00e9trangers masculins dans l'espace public.<\/p>\n\n\n\n<p>D'un point de vue f\u00e9ministe, Sara Ahmed (2014) apporte une contribution importante, car, selon ses arguments, la peur et l'espace se structurent mutuellement dans une politique spatiale de la peur pour les femmes. Dans cette id\u00e9e, la peur sous-tend un sens spatial du genre, car elle confine, limite et exclut le mouvement des femmes dans l'espace public. Ce qui est plus int\u00e9ressant, c'est que cela entra\u00eenerait une sorte de sur-habitation de l'espace priv\u00e9 (Ahmed, 2014 : 117).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre contexte spatial, des recherches syst\u00e9matiques ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es en Espagne sur la relation entre l'ins\u00e9curit\u00e9 et les espaces publics. D'une part, Anna Ortiz a soulign\u00e9 comment les aspects physiques des espaces publics ont des effets sur la sociabilit\u00e9 et la coexistence. Elle affirme que la conception polyvalente, les environnements multifonctionnels, l'\u00e9quilibre entre les zones d'action et de repos, l'existence d'aires de jeux pour enfants, les composantes vertes, la visibilit\u00e9 et la transparence, un bon \u00e9clairage, l'entretien et l'accessibilit\u00e9, ainsi que la participation des citoyens \u00e0 la conception des espaces, sont pertinents lorsqu'il s'agit de construire des espaces s\u00fbrs (Ortiz, 2005). D'autre part, la diversit\u00e9 des exp\u00e9riences et des utilisations de l'espace public par les jeunes a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e \u00e0 travers les cartes en relief de l'exp\u00e9rience des jeunes qui se situent dans diverses positions de genre, de sexualit\u00e9, d'ethnicit\u00e9 et de classe sociale, d\u00e9montrant que la peur est un facteur d\u00e9terminant dans l'utilisation et l'acc\u00e8s \u00e0 l'espace public. L'auteur affirme que les jeunes femmes identifient certains lieux, certains moments et certaines circonstances qui les poussent \u00e0 modifier leur comportement ; ceci est exacerb\u00e9 par les conditions de classe sociale, de sexualit\u00e9, de nationalit\u00e9, qui, dans une perspective intersectionnelle, sont observ\u00e9es comme des formes d'exclusion urbaine. Le concept d'intersectionnalit\u00e9 introduit par Crenshaw (1989) th\u00e9orise les oppressions multiples comprises comme \u00e9tant mutuellement constitu\u00e9es. Ce concept con\u00e7oit le genre, l'ethnicit\u00e9 et la classe comme des cat\u00e9gories qui se croisent et dans lesquelles les oppressions (et les privil\u00e8ges) qu'elles produisent sont v\u00e9cues simultan\u00e9ment et doivent donc \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es de mani\u00e8re relationnelle. Une hypoth\u00e8se fondamentale de ce travail est une compr\u00e9hension profonde de la fa\u00e7on dont l'espace contribue \u00e0 la production et \u00e0 la reproduction des processus d'in\u00e9galit\u00e9 et d'injustice, tels que le sexisme, qui se produisent dans les espaces urbains.<\/p>\n\n\n\n<p>En Am\u00e9rique latine, la perspective spatiale a r\u00e9cemment fait son apparition dans des recherches qui, sous la pr\u00e9occupation de la s\u00e9curit\u00e9 des femmes dans la ville, \u00e0 partir de disciplines telles que l'architecture, l'urbanisme et la sociologie, contribuent \u00e0 la compr\u00e9hension des sp\u00e9cificit\u00e9s du continent. En ce sens, il a \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9 que la victimisation f\u00e9minine est plus \u00e9lev\u00e9e que ce qui est souvent per\u00e7u, et donc invisible dans le d\u00e9bat public et acad\u00e9mique (Dammert, 2007). \u00c0 un autre niveau, l'accent a \u00e9t\u00e9 mis sur le continuum de la violence \u00e0 l'\u00e9gard des femmes : l'agression, le harc\u00e8lement sexuel, le viol et le meurtre ont lieu tant dans la sph\u00e8re priv\u00e9e que publique, au domicile, dans la rue et dans les moyens de transport (Fal\u00fa et Segovia, 2007). Cependant, alors que dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, les transports publics apparaissent comme une spatialit\u00e9 pertinente pour la recherche visant \u00e0 \u00e9tablir des diff\u00e9rences coh\u00e9rentes et significatives entre les sexes en ce qui concerne les objectifs du voyage, la distance du transfert, le mode de transport et d'autres aspects du comportement en mati\u00e8re de transport, en Am\u00e9rique latine, il existe une r\u00e9flexion plus persistante qui r\u00e9duit la relation entre la mobilit\u00e9, la peur et la violence dans les exp\u00e9riences urbaines des femmes. Ces \u00e9tudes soulignent que les conditions environnementales telles que la congestion des usagers, le faible acc\u00e8s aux transports publics et la d\u00e9t\u00e9rioration des installations fa\u00e7onnent des conditions sp\u00e9cifiques o\u00f9 la menace sur l'espace corporel est une exp\u00e9rience persistante (Rozas et Salazar, 2015 ; Pereyra, Guti\u00e9rrez et Mitsuko Nerome, 2018). En rapport avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on a pr\u00eat\u00e9 attention aux politiques de transport r\u00e9serv\u00e9es aux femmes qui ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre \u00e0 Mexico et dans d'autres villes d'Am\u00e9rique latine, comme une possibilit\u00e9 de rendre visible le probl\u00e8me public de la violence sexuelle contre les femmes (Dunckel-Graglia, 2013) ; il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 document\u00e9 que la violence sexuelle signal\u00e9e pendant la s\u00e9paration des wagons diminue de mani\u00e8re significative, cependant, un effet de la s\u00e9gr\u00e9gation donne des r\u00e9sultats contradictoires en termes de violence physique et sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un aspect sur lequel les diverses perspectives f\u00e9ministes sur la peur convergent est la remise en question des mani\u00e8res particuli\u00e8res dont les discours sur la s\u00e9curit\u00e9 des femmes ont \u00e9t\u00e9 spatialis\u00e9s dans la planification de la s\u00e9curit\u00e9 urbaine et le design urbain. Tout d'abord, une forte critique s'est concentr\u00e9e sur l'\u00e9chec de la prise en compte du continuum espace priv\u00e9-espace public pour comprendre comment la violence dans les deux espaces est li\u00e9e l'une \u00e0 l'autre, au motif que, dans une perspective de pouvoir et d'exclusion, l'espace public et l'espace priv\u00e9 peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme interagissant l'un avec l'autre. Deuxi\u00e8mement, ils ont soulign\u00e9 que la perception de la peur et les pratiques spatiales ont un impact diff\u00e9renci\u00e9 selon des cat\u00e9gories telles que l'\u00e2ge, la sexualit\u00e9, l'origine ethnique, le handicap, etc. Et troisi\u00e8mement, ils r\u00e9affirment un ancrage dans les \u00e9motions, l'affectivit\u00e9 et l'incarnation pour mieux comprendre la peur des femmes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Consid\u00e9rations m\u00e9thodologiques et \u00e9tudes de cas<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Nos arguments sont \u00e9tay\u00e9s par les donn\u00e9es de deux \u00e9tudes sur l'espace public dans les villes de Puebla et Guadalajara, qui visaient \u00e0 produire des informations sur le harc\u00e8lement et les autres formes de violence sexuelle \u00e0 l'encontre des femmes et des filles dans les espaces publics. Le harc\u00e8lement et les autres formes de violence sexuelle dans les espaces publics sont compris comme des formes qui s'expriment au quotidien par des phrases, des gestes, des sifflements, des attouchements, entre autres, qui ont un caract\u00e8re sexuel manifeste et qui sont faits sans le consentement de la victime. Elles comprennent des formes de non-contact, telles que des commentaires sexuels sur les parties du corps ou l'apparence d'une personne, siffler pendant qu'une femme ou une fille marche, demander des faveurs sexuelles, des remarques sexuellement suggestives, suivre, exposer ses organes sexuels \u00e0 quelqu'un et des formes de contact physique, telles que s'approcher de quelqu'un dans la rue ou dans les transports publics, saisir, pincer, gifler ou se frotter \u00e0 une autre personne de mani\u00e8re sexuelle (<span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes, 2017). Certains r\u00e9sultats substantiels ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans <span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes (2017) et <span class=\"small-caps\">uam-i<\/span> et <span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes (2018).<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Cet aspect est pertinent car, dans la plupart des villes du Mexique, on manque d'informations quantitatives et qualitatives sur le harc\u00e8lement et les autres formes de violence sexuelle subis par les femmes dans les espaces publics. En effet, les enqu\u00eates consacr\u00e9es \u00e0 la mesure de la violence ont une couverture g\u00e9ographique limit\u00e9e au niveau de l'\u00c9tat et, par cons\u00e9quent, les informations sur le harc\u00e8lement sexuel contre les femmes dans les espaces publics au niveau municipal sont inexistantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, les deux villes ont suivi une approche m\u00e9thodologique articulant deux niveaux d'analyse qui consistaient \u00e0 aborder l'objet d'\u00e9tude avec des techniques et des approches quantitatives et qualitatives mixtes. La recherche men\u00e9e dans la ville de Puebla comprenait huit groupes de discussion spatiaux (des femmes jeunes et adultes, des locataires du march\u00e9 de La Acocota, des locataires du march\u00e9 du 5 mai, des participants d'organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des adolescentes et des op\u00e9rateurs de transport public) et une marche exploratoire sur les march\u00e9s. En outre, une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 1 598 femmes sur la perception et la victimisation du harc\u00e8lement et d'autres formes de violence sexuelle dans les espaces publics. Dans la ville de Guadalajara, sept groupes de discussion ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s (femmes autochtones, groupes de femmes, groupes de femmes et groupes de femmes),<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> des personnes ayant des expressions de genre et des orientations sexuelles diff\u00e9rentes, des travailleuses, des adolescentes et des jeunes femmes, des participantes d'organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, un groupe mixte d'officiers de police et un groupe d'hommes) ; une marche exploratoire avec des femmes de diff\u00e9rentes organisations et institutions de la soci\u00e9t\u00e9 civile a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e pour identifier les lieux de peur. En termes quantitatifs, une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 administr\u00e9e \u00e0 1 050 femmes sur la perception de l'ins\u00e9curit\u00e9 et de la victimisation sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les besoins de l'analyse, nous utilisons principalement le travail de recherche d\u00e9velopp\u00e9 par les groupes de discussion spatiaux. L'application de cette technique suit les approches de David Seamon (1979), qui d\u00e9finit les groupes de discussion spatiale comme une instance qui favorise le dialogue pour partager des exp\u00e9riences significatives et sur laquelle une compr\u00e9hension de plus en plus profonde et subtile des ph\u00e9nom\u00e8nes est produite. De son point de vue, l'\u00e9tude du r\u00f4le du corps dans les mouvements quotidiens et des liens \u00e9motionnels entre les personnes et les lieux est fondamentale pour comprendre l'exp\u00e9rience humaine dans l'espace ; la mobilit\u00e9 corporelle en est une cl\u00e9 fondamentale (Seamon, 1979). Les th\u00e8mes d\u00e9velopp\u00e9s dans les groupes \u00e9taient les suivants : perception de l'ins\u00e9curit\u00e9, victimisation par le harc\u00e8lement sexuel, description et signification des lieux de peur, strat\u00e9gies d'adaptation, dimension \u00e9motionnelle du harc\u00e8lement sexuel et des autres violences.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques consid\u00e9rations sur le contexte<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans la plupart des pays d'Am\u00e9rique latine, des progr\u00e8s significatifs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans la quantification de la violence principalement domestique ; cependant, la violence dans les espaces publics n'a commenc\u00e9 que r\u00e9cemment \u00e0 faire l'objet de recherches. En effet, au Mexique, seule l'enqu\u00eate nationale sur la dynamique et les relations des m\u00e9nages (<span class=\"small-caps\">endireh)<\/span><a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> identifie la violence contre les femmes dans les espaces publics ou communautaires,<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a> et indique qu'il est principalement de nature sexuelle (<span class=\"small-caps\">inegi<\/span>, 2017). Selon <span class=\"small-caps\">endireh<\/span> 2016, les manifestations de la violence fond\u00e9e sur le genre qui se produisent \u00e0 travers l'utilisation de l'espace public comprennent les infractions, les abus, l'extorsion, le harc\u00e8lement, la traque, l'agression sexuelle dans les lieux publics perp\u00e9tr\u00e9s par toute personne, \u00e0 l'exclusion du conjoint ou du partenaire et de toute personne de l'environnement familial. Les principaux lieux o\u00f9 cette violence se produit sont les rues, les places, les lieux de rencontre, les espaces de loisirs et autres espaces communs.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon l'analyse des statistiques secondaires, Jalisco est l'\u00c9tat qui pr\u00e9sente la troisi\u00e8me plus forte proportion de violence contre les femmes : 74,1% ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 victimes d'une forme de violence au cours de leur vie. D'autre part, la pr\u00e9valence nationale de la violence communautaire subie par les femmes au cours de leur vie est de 38,71 PTP1W, alors qu'\u00e0 Jalisco elle est de 48,21 PTP1W. Il s'agit de l'une des pr\u00e9valences les plus \u00e9lev\u00e9es du pays ; en d'autres termes, pr\u00e8s de cinq femmes sur dix ont \u00e9t\u00e9 agress\u00e9es dans les rues, sur les places, dans les lieux de loisirs et de rencontre par un homme sans lien de parent\u00e9. Les compliments grossiers ou offensants sont les plus fr\u00e9quents chez 34,5% ; 17,9% ont \u00e9t\u00e9 tripot\u00e9s, touch\u00e9s, embrass\u00e9s ou approch\u00e9s sans leur consentement, et 17,9% se sont fait montrer leurs parties intimes. Il s'agirait des types d'agressions dont l'incidence est la plus \u00e9lev\u00e9e au niveau de l'\u00c9tat. Le groupe des femmes \u00e2g\u00e9es de 15 \u00e0 24 ans est le plus victimis\u00e9, suivi de la tranche d'\u00e2ge des 25-34 ans. Plus l'\u00e2ge des femmes augmente, plus l'incidence de la violence dans l'environnement communautaire diminue. Un fait important est que, lorsqu'on analyse les diff\u00e9rents types, classes et situations de violence sexiste au niveau communautaire, on peut affirmer que les niveaux de violence \u00e0 Jalisco sont plus \u00e9lev\u00e9s dans tous les types que ceux enregistr\u00e9s au niveau national (voir tableau 1).<span class=\"small-caps\">uam-i<\/span> et <span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas de Puebla, 35,7% des femmes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir subi un certain type d'agression dans un espace commun, alors qu'au niveau national, la proportion \u00e9tait de 38,7%. C'est-\u00e0-dire que pr\u00e8s de quatre femmes sur dix ont \u00e9t\u00e9 agress\u00e9es dans les rues, sur les places, dans les lieux de loisirs et de rencontre par un homme sans lien de sang. Sur les 35,7% de femmes ayant subi des violences dans des espaces publics, 34,3% des cas \u00e9taient des abus sexuels, 13,6% des violences \u00e9motionnelles et 8,3% des violences physiques. En ce qui concerne la r\u00e9partition par \u00e2ge des femmes en fonction de la condition de la violence dans l'environnement communautaire tout au long de leur vie, il convient de noter qu'au niveau national, les femmes de la tranche d'\u00e2ge 15-24 ans sont celles qui enregistrent le pourcentage le plus \u00e9lev\u00e9 d'incidents de violence, tandis qu'\u00e0 Puebla, le pourcentage le plus \u00e9lev\u00e9 se situe dans la tranche d'\u00e2ge 25-34 ans (<span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes, 2017).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les g\u00e9ographies de la peur de la violence chez les femmes dans les espaces publics<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Sur la base du travail de recherche approfondi r\u00e9alis\u00e9 dans les deux villes, nous proposons de construire un cadre th\u00e9orique et empirique pour l'\u00e9tude des g\u00e9ographies de la peur chez les femmes ; nous d\u00e9veloppons quatre dimensions qui ne sont ni rigides ni exhaustives du sujet, mais qui constituent plut\u00f4t des points de d\u00e9part pour aborder le ph\u00e9nom\u00e8ne comme un ensemble relationnel de pratiques, de symboles, d'\u00e9motions et de spatialit\u00e9s qui op\u00e8rent de mani\u00e8re multi-\u00e9chelle. En partant du corps comme lieu et en se d\u00e9pla\u00e7ant dans les rues, les transports, les parcs, les quartiers, l'interpr\u00e9tation de la peur de la violence sexuelle nous situe dans l'exercice d'une analyse qui place au centre les relations de pouvoir entre les sexes qui sont ancr\u00e9es dans l'espace public. De cette fa\u00e7on, nous r\u00e9v\u00e9lons comment l'espace et le pouvoir sont intimement li\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La dimension physique et symbolique des espaces<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La signification de la peur est \u00e0 la fois sociale et spatiale, c'est-\u00e0-dire qu'elle est associ\u00e9e \u00e0 certains endroits plus que d'autres. Les mani\u00e8res dont la peur est mat\u00e9rialis\u00e9e et incarn\u00e9e apportent diff\u00e9rentes dimensions spatiales \u00e0 la discussion. Une premi\u00e8re dimension se concentre sur une description d\u00e9taill\u00e9e des conditions physiques et mat\u00e9rielles des lieux. D'apr\u00e8s les recherches empiriques, nous pouvons constater que la peur de la violence sexuelle s'exprime par rapport \u00e0 des environnements particuliers. Ainsi, des all\u00e9es tr\u00e8s \u00e9troites, une mauvaise r\u00e9partition des \u00e9tals et des produits, la consommation de drogue dans la d\u00e9charge, l'accumulation de d\u00e9chets, le manque de surveillance, la raret\u00e9 des lumi\u00e8res aux entr\u00e9es, la d\u00e9t\u00e9rioration environnementale et physique, la pr\u00e9sence d'espaces peu visibles, \" labyrinthiques \", \" recoins \" et d\u00e9chets, sont des caract\u00e9ristiques que les femmes mentionnent dans les march\u00e9s de Puebla, tandis que dans le cas de Guadalajara, les femmes pr\u00e9cisent que les trottoirs sont \u00e9troits, avec des obstacles, inclin\u00e9s ou en pente, Dans le cas de Guadalajara, les femmes pr\u00e9cisent que les trottoirs \u00e9troits avec des obstacles, les pentes ou leur absence, les lieux inhabit\u00e9s, les chantiers, les longues rues difficiles \u00e0 traverser, les espaces inhabit\u00e9s la nuit et\/ou peu ou pas surveill\u00e9s (par exemple, certaines zones commerciales ou les stations de v\u00e9los publiques) sont les \u00e9l\u00e9ments qui composent un sc\u00e9nario mat\u00e9riel fix\u00e9 dans l'imaginaire de la peur des femmes, que l'on peut observer dans le dossier photographique suivant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-1.jpeg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"628x475\" data-index=\"0\" data-caption=\"Foto 1. Plaza Tapat\u00eda, Guadalajara. Fuente: Archivos del proyecto.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-1.jpeg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure><figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-2.jpeg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"2400x1800\" data-index=\"0\" data-caption=\"Foto 2. Alrededores mercado 5 de Mayo, Puebla. Fuente: Archivos del proyecto.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-2.jpeg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure><figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-3.jpeg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1080x1920\" data-index=\"0\" data-caption=\"Foto 3. Basura en el mercado 5 de Mayo, Puebla. Fuente: Archivos del proyecto.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-3.jpeg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure><figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-4.jpeg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1800x2400\" data-index=\"0\" data-caption=\"Foto 4. Pasillos estrechos del mercado. La Acocota, Puebla.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/vol5num10-multimedia\/paula_soto-geografias_miedo-imagen-4.jpeg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Photo 1. Plaza Tapat\u00eda, Guadalajara. Source : Archives du projet.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div><div class=\"caption\">Photo 2. Environs du march\u00e9 du 5 mai, Puebla. Source : Dossiers de projets.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div><div class=\"caption\">Photo 3. Ordures sur le march\u00e9 du 5 mai, Puebla. Source : Dossiers de projets.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div><div class=\"caption\">Photo 4 : All\u00e9es \u00e9troites du march\u00e9. La Acocota, Puebla.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cependant, cette vision est partielle, car pour comprendre la complexit\u00e9 de la spatialit\u00e9 de la peur, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9passer la conception de l'espace comme un contenant, et d'avancer dans la relation entre le spatial et le social de mani\u00e8re interconnect\u00e9e. L'espace, dans ce sens, doit \u00eatre con\u00e7u comme le r\u00e9sultat de pratiques sociales et dans un processus de construction permanente (Massey, 2005).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Pendant un certain temps, j'ai travaill\u00e9 \u00e0 Fresno, et je pense que c'est l\u00e0 que j'ai subi le plus de harc\u00e8lement au quotidien ; c'est une zone o\u00f9 il y a beaucoup d'usines et o\u00f9 il y a des zones de chargement et des remorques. Ce n'est pas du tout convivial pour un pi\u00e9ton qui s'y prom\u00e8ne, et j'avais l'habitude de passer par l\u00e0 \u00e0 v\u00e9lo, alors il y avait un harc\u00e8lement quotidien de la part des conducteurs de camions (groupe de discussion, organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, Guadalajara).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je travaille dans le suivi des f\u00e9minicides et nous avons montr\u00e9 qu'il y a eu une augmentation des cas de f\u00e9minicides o\u00f9 le corps des femmes est de plus en plus expos\u00e9 dans des lieux plus proches et plus publics (groupe de discussion, organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cela permet de d\u00e9mystifier le fait que la peur est une qualit\u00e9 essentielle de l'identit\u00e9 des femmes, mais en m\u00eame temps qu'elle est une qualit\u00e9 inh\u00e9rente aux espaces construits ; les espaces de peur sont produits par les pratiques sociales et les relations de pouvoir (Pain, 2000). De cette fa\u00e7on, nous constatons que la peur du lieu est relationnelle et qu'elle s'exprime et se d\u00e9finit dans un flux de relations sociales avec d'\"autres\" sujets, avec des lieux et avec des temps. Qu'il s'agisse de l'absence de surveillance, de la pr\u00e9sence du commerce de rue, de la domination spatiale des groupes d'hommes ou de l'obscurit\u00e9 des rues, ces aspects r\u00e9v\u00e8lent l'interaction entre le social et l'espace. Les imaginaires construits sur les lieux \u00e0 \u00e9viter constituent une r\u00e9f\u00e9rence importante dans ce sens. Dans cette ligne de construction imaginaire, ce sont les nouvelles, les rumeurs, les exp\u00e9riences des autres qui construisent une valence spatiale de genre des lieux comme dangereux ; que l'on con\u00e7oive l'espace comme une mat\u00e9rialit\u00e9 ou un espace produit par des pratiques sociales, la peur devient tangible et identifiable.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mobilit\u00e9 restreinte dans les mouvements quotidiens<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">L'ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans les villes \u00e9tudi\u00e9es a un impact direct sur la mobilit\u00e9 et les d\u00e9placements des femmes. Dans le cas de Puebla, 73,4% des femmes essaient de marcher accompagn\u00e9es, 62,3% ont cess\u00e9 de sortir la nuit ou tr\u00e8s t\u00f4t le matin, et 54,7% changent leurs itin\u00e9raires de d\u00e9placement (<span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes, 2017). \u00c0 Guadalajara, 82,8% essaient d'\u00eatre accompagn\u00e9s, 57,9% ont cess\u00e9 de sortir la nuit ou tr\u00e8s t\u00f4t le matin, et 7,6% d\u00e9clarent avoir cess\u00e9 de travailler ou d'\u00e9tudier (<span class=\"small-caps\">uam-i <\/span>et<span class=\"small-caps\"> onu<\/span> Femmes, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Le point ici est que le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 affecte, d'une part, les mouvements et la circulation des femmes dans l'espace et, d'autre part, la forme et les significations que ces mouvements prennent dans leur r\u00e9alisation. Selon le nouveau paradigme des mobilit\u00e9s, les mobilit\u00e9s au pluriel font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un mouvement physique observable d'un lieu \u00e0 un autre, aux significations par lesquelles ces mouvements sont encod\u00e9s et enfin \u00e0 la pratique exp\u00e9riment\u00e9e et incarn\u00e9e du mouvement (Cresswell et Priya, 2008). Ces trois aspects ouvrent le d\u00e9bat \u00e0 l'id\u00e9e de corps en mouvement, qui n'est pas pr\u00e9sente dans les programmes de transport et qui, de notre point de vue, est essentielle pour comprendre les diff\u00e9rentes pratiques de la mobilit\u00e9 quotidienne des femmes en tant que pratiques incarn\u00e9es, fondamentalement parce que le corps f\u00e9minin est culturellement symbolis\u00e9 comme vuln\u00e9rable au harc\u00e8lement sexuel par les hommes et, par cons\u00e9quent, r\u00e9gi par des normes comportementales sociales de modestie, de soin, de r\u00e9serve, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe diff\u00e9rentes alternatives qui permettent de r\u00e9duire la probabilit\u00e9 d'\u00eatre expos\u00e9 au harc\u00e8lement et qui, prises ensemble, r\u00e9duisent la mobilit\u00e9 et le droit d'utiliser la ville. La forme la plus extr\u00eame d'\u00e9vitement est le confinement \u00e0 domicile, limitant parfois la participation sociale, les loisirs et, dans certains cas, l'abandon du travail ou des \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je travaillais de nuit et j'ai d\u00fb quitter le travail parce que c'\u00e9tait tr\u00e8s dangereux. J'arrivais \u00e0 dix heures ou dix heures et demie du soir et les rues \u00e9taient solitaires et vous rencontrez des gens dont vous ne savez pas comment ils vont r\u00e9agir, car ils sont tr\u00e8s irrespectueux envers les femmes (groupe de discussion, adolescentes, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Selon l'approche de Tovi Fenster, le manque de libert\u00e9 de mouvement dans l'espace d\u00fb \u00e0 l'emprisonnement dans la maison peut \u00eatre compris comme une violation des droits de l'homme aussi grave que la violence physique r\u00e9elle (Fenster, 2005).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je pense que le fait que tant de droits soient viol\u00e9s en m\u00eame temps, simplement en d\u00e9cidant d'un itin\u00e9raire pour se rendre au travail ou pour aller \u00e0 une f\u00eate ou \u00e0 une autre activit\u00e9, implique une violation de la libert\u00e9 d'une personne, mais aussi du droit \u00e0 la vie priv\u00e9e, par exemple, parce que je dois passer inaper\u00e7u ou \u00eatre invisible pour continuer \u00e0 faire partie de cette soci\u00e9t\u00e9 (groupe de discussion, organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, Guadalajara).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Ceci est pertinent car nous pouvons affirmer que les femmes vivent l'espace de la mobilit\u00e9 comme contraint et r\u00e9duit, ce qui indique que la relation entre le genre, la mobilit\u00e9 et la peur s'articule avec la notion de subjectivit\u00e9. En ce sens, les d\u00e9cisions de se limiter en utilisant des lieux ou en choisissant des modes de transport sont souvent inform\u00e9es par et \u00e0 travers l'\u00e9motion de la peur, qui conditionne les options de mobilit\u00e9 auxquelles ils peuvent acc\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette perspective liant mobilit\u00e9 et harc\u00e8lement sexuel reconna\u00eet plusieurs conditions li\u00e9es \u00e0 la mobilit\u00e9 qui sont utilis\u00e9es par les auteurs pour exercer leur pouvoir dans l'espace public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">J'ai vu \u00e0 Margaritas qu'il y a des hommes qui se tiennent \u00e0 la porte et la femme doit passer dans ce petit espace, mais il reste immobile et ne bouge pour rien au monde, alors quand elle passe, il la fr\u00f4le (groupe de discussion des op\u00e9rateurs de transport, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Ainsi, nous constatons que les espaces physiques \u00e0 l'int\u00e9rieur et autour des zones de transport public offrent des facilit\u00e9s aux harceleurs pour les rencontres planifi\u00e9es et spontan\u00e9es. Par exemple, le bruit des espaces encombr\u00e9s permet le harc\u00e8lement verbal tout en b\u00e9n\u00e9ficiant de l'anonymat, la vitesse \u00e0 laquelle les corps circulent dans les zones de transfert facilite la poursuite, la permanence \u00e0 l'int\u00e9rieur d'une voiture ou d'un minibus permet au harceleur de g\u00e9rer le temps, les espaces solitaires et mal \u00e9clair\u00e9s des zones d'acc\u00e8s offrent un contr\u00f4le et un pouvoir accrus \u00e0 utiliser contre la victime. En bref, le harc\u00e8lement sexuel doit \u00eatre compris non seulement comme un exercice du pouvoir symbolique masculin sur l'espace, mais aussi comme un exercice du pouvoir rendu possible par les caract\u00e9ristiques de l'espace public.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Strat\u00e9gies de n\u00e9gociation de la peur spatiale<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Malgr\u00e9 l'ampleur du probl\u00e8me de la violence sexuelle dans les espaces publics \u00e0 l'encontre des femmes dans les villes de Puebla et Guadalajara, les femmes ne sont pas simplement des objets situ\u00e9s dans l'espace, o\u00f9 elles subissent des restrictions et des limitations. Ils produisent \u00e9galement, d\u00e9finissent et, dans certains cas, se situent en tant que sujets. Ainsi, de nombreuses femmes acqui\u00e8rent une certaine autonomie gr\u00e2ce \u00e0 leur propre n\u00e9gociation du danger et r\u00e9cup\u00e8rent activement l'espace. En ce sens, dans le discours relatant les pratiques, certains r\u00e9cits font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des strat\u00e9gies individuelles pour \u00e9viter le harc\u00e8lement sexuel, comme si les femmes \u00e9taient elles-m\u00eames responsables de la gestion du probl\u00e8me. Dans les groupes de discussion spatiaux, il a \u00e9t\u00e9 possible de d\u00e9couvrir quelles strat\u00e9gies les femmes utilisent pour pr\u00e9venir la violence dans l'espace public et comment elles transmettent ces alternatives \u00e0 d'autres femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons constat\u00e9 la pr\u00e9sence de trois types de strat\u00e9gies qui op\u00e8rent dans des formes et des \u00e9chelles multiples, du corps au collectif. Le premier est le comportement d'\u00e9vitement qui renvoie \u00e0 un ensemble de strat\u00e9gies utilis\u00e9es par les femmes pour \u00e9viter l'agression sexuelle (Ferraro, 1996), le deuxi\u00e8me est constitu\u00e9 de m\u00e9canismes d'autoprotection face \u00e0 la victimisation sexuelle ou \u00e0 ses cons\u00e9quences (Smith et Hill, 1991) et le troisi\u00e8me est la confrontation avec le harceleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la recherche sur le terrain, nous pouvons observer que les principales strat\u00e9gies d'\u00e9vitement font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des actions telles que \"sortir accompagn\u00e9\", \"sortir en groupe\", \"sortir en journ\u00e9e\", \"ne pas \u00eatre vu\", \"passer inaper\u00e7u\", \"porter un pantalon\", \"courir\", \"descendre des transports\", \"marcher vite\" (<span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Le site <em>chavas<\/em> ils prennent leurs v\u00eatements dans leur sac \u00e0 dos pour se changer, ils s'habillent pour sortir et dans leur sac \u00e0 dos, ils apportent ce qu'ils veulent porter \u00e0 l'\u00e9cole et sortent leurs robes. S'ils sortent, ils mettent leur... <em>pantalon<\/em> pour se d\u00e9placer (groupe de discussion des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, Guadalajara).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Avant, j'allais souvent au centre, je vivais presque dans le centre, je le connaissais, mais plus maintenant, maintenant c'est autre chose ! Maintenant, chaque fois que j'y vais, je dis \u00e0 mon mari \"emm\u00e8ne-moi !\", puis j'ach\u00e8te pendant que mon mari se prom\u00e8ne et vient me chercher (groupe de discussion de femmes adultes, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Deuxi\u00e8mement, parmi les strat\u00e9gies d'autoprotection, nous constatons que certaines femmes utilisent leur propre corps comme moyen de d\u00e9fense : \"mettre le coude\" pour prot\u00e9ger l'espace personnel ou \u00e9tendre leur corps avec des objets, par exemple \"utiliser leur sac \u00e0 dos devant elles\". Dans les deux cas, ces actes permettent de r\u00e9glementer les distances et la proximit\u00e9 avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9galement trouv\u00e9 des preuves que les femmes ont recours \u00e0 la violence verbale et physique pour affronter le harceleur : \"jurer sur eux\", \"les frapper\" ; et les femmes indiquent \u00e9galement que le fait de se soigner dans les espaces publics les oblige souvent \u00e0 porter une forme d'autod\u00e9fense : \"cutter\", \"spray au poivre\", \"anneau de boxeur\", entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">J'ai achet\u00e9 du spray au poivre, parce que ma s\u0153ur a un cours d'autod\u00e9fense et on lui apprend beaucoup de choses pour se d\u00e9fendre et elle me les apprend (groupe de discussion d'adolescentes, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Certains r\u00e9cits situent \u00e9galement une strat\u00e9gie plus performative, ce qui est tr\u00e8s int\u00e9ressant, car cela montre que le corps n'est pas passif. En effet, certaines femmes utilisent des postures et des gestes expressifs pour \"montrer leur confiance en soi\". Et c'est pr\u00e9cis\u00e9ment ce caract\u00e8re performatif de l'acte corporel qui remet en cause la normativit\u00e9 traditionnelle du genre et en exprime la transgression, comme le montre le r\u00e9cit suivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Quand je marche, j'essaie d'avoir l'air de ne pas avoir peur, donc si je suis en train de marcher et que quelqu'un vous parle et vous crie dessus, je ne me retourne pas, je continue \u00e0 marcher. C'est comme s'imposer en tant que femme, parce que si vous ne le faites pas, ils vous voient sans d\u00e9fense, et donc vous \u00eates toujours pleine de peur, de crainte, et vous \u00eates aussi une proie facile pour qu'ils vous disent quelque chose, c'est pourquoi montrer que vous \u00eates forte est essentiel, parce que s'ils vous voient comme faible, ils vous mangent (groupe de discussion de femmes indig\u00e8nes, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans une perspective intersectionnelle, la violence sexuelle est ancr\u00e9e dans les in\u00e9galit\u00e9s de genre et de sexualit\u00e9. Cette relation est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice pour comprendre la relation entre l'espace et le corps, j'irais m\u00eame jusqu'\u00e0 affirmer que l'existence f\u00e9minine des femmes lesbiennes est encore plus pr\u00e9caire et que le corps est plus souvent soumis \u00e0 une pression ext\u00e9rieure et v\u00e9cu comme un corps marginalis\u00e9, qui n\u00e9cessite un plus grand contr\u00f4le de leurs mouvements corporels, comme l'exprime l'extrait suivant :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">J'ai commenc\u00e9 \u00e0 prendre <em>kick boxing <\/em>Il y a plusieurs ann\u00e9es, parce que je sentais que je devais me d\u00e9fendre tout le temps, maintenant je sais comment me d\u00e9fendre, je sais o\u00f9 frapper, comment frapper, comment me sortir des situations dangereuses. Mais c'est au fil des ann\u00e9es et des exp\u00e9riences de plus en plus fortes que vous prenez la d\u00e9cision et l'autod\u00e9termination de vous pr\u00e9parer et de sortir dans la rue, parce que vous savez que vous allez vous heurter \u00e0 un monde de harc\u00e8lement et que vous devez vous d\u00e9fendre (groupe de discussion sur la diversit\u00e9 sexuelle, Guadalajara).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je me suis rendu compte qu'il faut d\u00e9velopper une sorte de m\u00e9canisme de d\u00e9fense, maintenant que j'ai perdu beaucoup de poids, je porte toujours les m\u00eames v\u00eatements et ils me vont trop bien et je me suis ras\u00e9 la t\u00eate, donc je ressemble plus \u00e0 un gar\u00e7on, et je me suis rendu compte que les gens ne remarquent pas que je suis aussi une femme quand je suis avec ma petite amie, donc ils ne nous disent rien et je me sens tr\u00e8s soulag\u00e9e (groupe de discussion sur la diversit\u00e9, Guadalajara).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans tous ces cas, nous pouvons constater qu'il existe diverses mani\u00e8res de n\u00e9gocier le danger, de lire les signes du danger, de se situer dans l'espace et d'utiliser le pouvoir dans l'espace urbain ; les femmes font preuve d'une \"agence spatiale\" ou, selon les termes de De Certeau (1996), elles feraient partie d'une microphysique de la r\u00e9sistance, qui, par le biais d'une appropriation critique et s\u00e9lective des pratiques disciplinaires, transforme leur signification originale et alt\u00e8re leur caract\u00e8re r\u00e9pressif.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement, il est important de mentionner que le signalement officiel en tant que forme d'exercice des droits n'est pas consid\u00e9r\u00e9 comme une strat\u00e9gie de lutte contre le harc\u00e8lement et la violence sexuels. Par cons\u00e9quent, lorsqu'on a demand\u00e9 aux femmes si elles avaient signal\u00e9 l'une de ces situations, seules deux d'entre elles ont reconnu avoir d\u00e9pos\u00e9 une plainte. Dans le cas de Guadalajara, 92,1% des femmes ayant subi une forme de violence sexuelle dans les espaces publics ne l'ont pas signal\u00e9, et \u00e0 Puebla, 0,52% des personnes interrog\u00e9es dans les couloirs ont affirm\u00e9 avoir signal\u00e9 l'une ou l'autre des situations, dans les march\u00e9s, ce chiffre \u00e9tait de 0,39% et dans les transports, le taux de signalement a atteint 4,27%. Les raisons les plus pertinentes invoqu\u00e9es par les femmes de Guadalajara pour ne pas avoir port\u00e9 plainte \u00e9taient qu'elles ne savaient pas qu'elles pouvaient le faire (22,6%), qu'elles consid\u00e9raient que ce n'\u00e9tait pas important (17%) et qu'elles ne faisaient pas confiance aux autorit\u00e9s (16,8%) (<span class=\"small-caps\">onu<\/span> Femmes, 2018). Dans le cas de Puebla, il est \u00e9vident qu'une composante \u00e9motionnelle est li\u00e9e \u00e0 la non-d\u00e9nonciation ; la honte, la culpabilit\u00e9, la m\u00e9fiance, ainsi que la naturalisation des faits contribuent \u00e0 cette situation. Une vue d'ensemble montre que les raisons du non signalement sont li\u00e9es \u00e0 la m\u00e9fiance envers les institutions et aux facteurs culturels qui normalisent les actes de violence sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dimensions corporelles et \u00e9motionnelles<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La peur contribue \u00e0 la configuration d'une g\u00e9ographie \u00e9motionnelle. L'importance des g\u00e9ographies \u00e9motionnelles a \u00e9t\u00e9 rendue visible dans ce qu'on appelle le \"tournant \u00e9motionnel\", qui, selon Nogu\u00e9 et San Eugenio Vela (2011), se concentre sur l'exploration des interactions \u00e9motionnelles entre les personnes et les lieux. Dans notre cas d'analyse, les spatialit\u00e9s de l'\u00e9motion et de l'affectivit\u00e9 nous permettent de penser \u00e0 un paysage affectif, c'est-\u00e0-dire que les \u00e9motions sont d\u00e9pos\u00e9es dans des lieux, mais de la m\u00eame mani\u00e8re, les lieux ont la capacit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer des r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Comme l'a soutenu Oslender, il est n\u00e9cessaire d'\u00e9tablir un lien entre la peur et le paysage en relation avec l'espace social et les pratiques incarn\u00e9es de la vie quotidienne (Oslender, 2002).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette construction d'une g\u00e9ographie de la peur dans les deux villes, on peut voir que la perception du risque est li\u00e9e \u00e0 des pr\u00e9occupations plus larges qui sont identifi\u00e9es dans un environnement d'ins\u00e9curit\u00e9 pour les femmes. Dans le cas de Puebla, cela appara\u00eet de plus en plus clairement dans les cas de f\u00e9minicides. Selon les donn\u00e9es du Secr\u00e9tariat ex\u00e9cutif du Syst\u00e8me national de s\u00e9curit\u00e9 publique (<span class=\"small-caps\">snsp<\/span>), Puebla est l'\u00c9tat qui compte le cinqui\u00e8me plus grand nombre de f\u00e9minicides du pays. Par ailleurs, \u00e0 Guadalajara, la sp\u00e9cificit\u00e9 de la violence de genre est li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence du crime organis\u00e9, du trafic de drogue et des affrontements avec les forces de s\u00e9curit\u00e9 ; ce contexte a favoris\u00e9 la violence contre les femmes et configure un paysage de peur qui a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 le sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon argument est que, bien que les craintes des femmes soient subjectives, elles sont n\u00e9anmoins fortement li\u00e9es \u00e0 un environnement mena\u00e7ant. Par cons\u00e9quent, une culture territorialis\u00e9e est cr\u00e9\u00e9e o\u00f9 le sentiment collectif d'impuissance et de rupture sociale joue un r\u00f4le social et culturel dans la vie des femmes. Un \u00e9l\u00e9ment important des dimensions corpo\u00e9motionnelles de la peur est la dimension sensorielle, largement \u00e9tudi\u00e9e par Sabido (2019). Cet auteur utilise la cat\u00e9gorie de la m\u00e9moire sensorielle dans l'analyse urbaine et soutient que les significations attribu\u00e9es aux exp\u00e9riences sensorielles construisent un r\u00e9cit spatio-temporel. Pour l'auteur, la m\u00e9moire sensorielle \"acquiert une mat\u00e9rialit\u00e9 dans les r\u00e9cits qui \u00e9voquent des sensations, des \u00e9motions et des sentiments qui, d'une certaine mani\u00e8re, sont le r\u00e9sultat de la m\u00e9moire sensorielle de la ville, <em>affect\u00e9 <\/em>au corps et qui sont associ\u00e9s \u00e0 certains lieux, artefacts et personnes \" (Sabido, 2019 : 216). Suivant l'id\u00e9e de Sabido, il existe diverses sensations et \u00e9tats affectifs qui laissent une empreinte dans notre m\u00e9moire sensorielle et qui, dans le travail de recherche r\u00e9alis\u00e9, peuvent \u00eatre localis\u00e9s comme des traces dans l'espace ; par exemple, en termes olfactifs, l'odeur d'urine dans les march\u00e9s, les couloirs touristiques et les zones d'acc\u00e8s aux transports, comme mentionn\u00e9 \u00e0 Puebla, produit l'id\u00e9e qu'il s'agit d'un territoire masculin. D'autre part, le sens de l'ou\u00efe intervient en identifiant le bruit comme un facteur qui implique l'impossibilit\u00e9 de ne pas \u00eatre entendu en cas de situation de harc\u00e8lement : \"rues \u00e0 circulation rapide et bruyante\", \"annonceurs des transports\", \"musique forte dans les b\u00e2timents\" \u00e0 Guadalajara. Comme l'a affirm\u00e9 Cosgrove, \"l'odeur ou l'ou\u00efe peuvent \u00eatre beaucoup plus puissantes et imm\u00e9diates que la vue pour cr\u00e9er des r\u00e9ponses \u00e9motionnelles \u00e0 un lieu particulier\" (2002 : 64). Ces cas attirent l'attention sur l'importance des sens autres que la vue pour comprendre le paysage dans une perspective de genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le si\u00e8ge masculin g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans les espaces publics, comme nous l'avons montr\u00e9 plus haut, transforme la peur en une \u00e9motion persistante dans l'exp\u00e9rience, ce qui a pour effet un \u00e9tat \u00e9motionnel d\u00e9fensif, du stress et parfois de l'angoisse : \" comme vous avez d\u00e9j\u00e0 cette exp\u00e9rience et que vous savez que cela se passe, vous \u00eates toujours aux aguets, vous ne pouvez pas \u00eatre tranquille dans les rues \" (focus group, femmes indig\u00e8nes). Pour certaines des participantes, les exp\u00e9riences de harc\u00e8lement ou d'abus dans les espaces publics ont laiss\u00e9 d'autres traces \u00e9motionnelles qui sont durables et se manifestent sous forme de stress post-traumatique : \"Je vis maintenant dans une psychose, plus que le harc\u00e8lement, je pense que j'ai d\u00e9j\u00e0 une psychose d'\u00eatre une femme adulte qui se d\u00e9place seule dans la rue \u00e0 12 heures du soir\" (focus group, organisations). Pour d'autres, elle est interpr\u00e9t\u00e9e comme une exp\u00e9rience particuli\u00e8rement traumatisante qui peut entra\u00eener un changement permanent dans leur vie et leurs habitudes, ainsi qu'un sentiment de peur constant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dimensions \u00e9motionnelles complexes que les femmes construisent dans leurs exp\u00e9riences urbaines nous sont initialement pr\u00e9sent\u00e9es sous forme de fragments d'\u00e9motions, mais lorsque nous y r\u00e9fl\u00e9chissons de mani\u00e8re complexe, nous pouvons observer comment se pr\u00e9sente une s\u00e9quence qui commence par la peur mais passe par la col\u00e8re, la frustration, la culpabilit\u00e9, la honte, entre autres \u00e9motions. Ainsi, selon les cas \u00e9tudi\u00e9s, l'un des aspects qui provoque la frustration, voire la culpabilit\u00e9, est l'incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir ou \u00e0 se d\u00e9fendre efficacement. Si le harc\u00e8lement est un \u00e9v\u00e9nement quotidien, les femmes se demandent pourquoi elles se sont laiss\u00e9es distraire et ont baiss\u00e9 leur garde, pourquoi elles n'ont pas pr\u00e9vu ou n'\u00e9taient pas pr\u00eates \u00e0 repousser l'agression, int\u00e9riorisant l'id\u00e9e culturellement \u00e9tablie que la responsabilit\u00e9 de prendre soin d'elles-m\u00eames incombe aux victimes, et que l'agression arrive \u00e0 ceux qui la laissent se produire. Comme l'ont indiqu\u00e9 les groupes de discussion, \"je suis rest\u00e9e avec l'impuissance de ne pas avoir cri\u00e9 sur lui, de ne pas avoir dit quelque chose pour qu'il respecte non seulement moi, mais aussi les autres femmes\" (groupe de discussion, femmes indig\u00e8nes, Guadalajara) et parfois, cela est m\u00eame v\u00e9cu comme de la l\u00e2chet\u00e9, ce qui r\u00e9affirme la condition culturellement suppos\u00e9e que les femmes sont plus faibles : \"\u00e7a me met tr\u00e8s en col\u00e8re, \u00e7a me donne envie de leur dire de me laisser tranquille, de partir, mais je n'ai pas le courage de le dire\" (groupe t\u00e9moin, jeunes femmes, Guadalajara). Enfin, le cycle se termine par la honte et l'humiliation : \"ils vous attrapent au milieu de la rue\" (groupe de discussion, jeunes femmes, Guadalajara). <em>choc<\/em>Vous ne savez pas quoi faire, vous ne r\u00e9agissez pas, dans ces moments-l\u00e0 vous vous figez, et vous vous demandez ce qui vient de se passer, et mon ami \u00e9tait l\u00e0 aussi et nous ne pouvions pas y croire. Nous ne pouvions m\u00eame pas nous regarder dans les yeux, pourquoi cela nous arrive-t-il ?\" (groupe de discussion, jeunes femmes, Guadalajara).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est n\u00e9cessaire de souligner que la peur en tant qu'exp\u00e9rience v\u00e9cue est un processus cumulatif, c'est-\u00e0-dire qu'elle n'est pas le r\u00e9sultat d'un \u00e9v\u00e9nement isol\u00e9 de violence sexuelle. Si l'on consid\u00e8re que les premi\u00e8res exp\u00e9riences de harc\u00e8lement sexuel ont lieu \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge, la construction sociale de la peur se d\u00e9veloppe au fil du temps et dans diverses situations personnelles et sociales. L'effet le plus important enregistr\u00e9 est l'id\u00e9e d'une existence corporelle r\u00e9duite, o\u00f9 le mouvement du corps projette des possibilit\u00e9s limit\u00e9es d'action et de mouvement. C'est pourquoi nous pouvons affirmer qu'une cons\u00e9quence permanente dans la vie des femmes est la mani\u00e8re dont le harc\u00e8lement affecte l'image de soi et produit l'id\u00e9e que son propre corps est une source de honte, ou incorpore la croyance que ce sont elles qui provoquent les agressions. Cette \u00e9motion est internalis\u00e9e et produit une forme de subjectivit\u00e9 organis\u00e9e autour de l'ins\u00e9curit\u00e9. Les exemples suivants illustrent bien une constante dans les groupes de discussion :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Ma petite-fille, une fois, nous sommes mont\u00e9s dans le bus ; son p\u00e8re venait, sa m\u00e8re venait, nous \u00e9tions cinq, et ma petite-fille voulait s'asseoir \u00e0 l'arri\u00e8re, pr\u00e8s de la fen\u00eatre ; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous, il y avait un homme, et quand nous sommes descendus, elle a dit : \"grand-m\u00e8re, tu vas te mettre en col\u00e8re contre moi\" \"Pourquoi ?\" \"C'est parce que l'homme me faisait \u00e7a\", et elle a indiqu\u00e9 comment sa main avait effleur\u00e9 la jambe de la jeune fille (groupe de discussion du march\u00e9, Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Ils vous font vous sentir super mal dans votre peau, a-t-elle dit : <em>Qu'est-ce qui ne va pas avec mon corps pour qu'ils voient du sexe pur ou quoi ? <\/em>Ils voient du sexe pur qui se prom\u00e8ne et c'est pourquoi ils me crient \"ay, piernuda\" ; j'ai commenc\u00e9 \u00e0 me sentir tr\u00e8s mal, tr\u00e8s consciente de moi-m\u00eame, en plus je suis \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 j'ai beaucoup d'ins\u00e9curit\u00e9s corporelles, est-ce que j'ai demand\u00e9 que cela arrive, qu'est-ce que je fais de mal ? (groupe de discussion, jeunes femmes Puebla).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans la m\u00eame ligne d'analyse, pour Bourdieu, par exemple, les gestes, les postures, les mani\u00e8res de marcher, de manger, de s'asseoir, les expressions faciales et les mani\u00e8res de parler font partie d'une <em>hexis<\/em> qui exprime la relation entre le monde social et les formes d'inscription sur les corps. Ces imp\u00e9ratifs corporels comprennent des imp\u00e9ratifs sur la fa\u00e7on de sourire, de baisser le regard, d'accepter les interruptions, mais aussi la fa\u00e7on dont on apprend aux femmes \u00e0 occuper l'espace, \u00e0 marcher, \u00e0 adopter des postures corporelles commodes (Bourdieu, 2000). Que ce soit dans la rue, dans les transports ou dans d'autres espaces publics, les corps incorporent une s\u00e9rie de comportements associ\u00e9s \u00e0 la peur qui ont des effets \u00e9motionnels et spatiaux \u00e0 long terme, o\u00f9 ils occupent une place en tant que femmes dans l'espace public comme marginales, fragiles, vuln\u00e9rables, bref, comme une alt\u00e9rit\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous partageons largement l'avis d'Ortiz lorsqu'il affirme que \"les corps jouent un r\u00f4le essentiel dans l'exp\u00e9rience que les gens ont des lieux\". Et la pratique de nos corps (avec leur genre, leurs pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles, leurs capacit\u00e9s physiques, leur \u00e2ge, leur couleur ou leur ethnicit\u00e9) est unique et d\u00e9pend des contextes spatiaux, temporels et culturels sp\u00e9cifiques dans lesquels ils se trouvent \" (Ortiz, 2012 : 117). En effet, les corps sont produits et reproduits \u00e0 travers une s\u00e9rie d'apprentissages socialement significatifs de comp\u00e9tences corporelles, c'est-\u00e0-dire \u00e0 travers un style f\u00e9minin de comportement corporel, dans lequel l'invasion spatiale et corporelle repr\u00e9sent\u00e9e par la menace du viol joue un r\u00f4le d\u00e9cisif, et o\u00f9 cette invasion corporelle peut \u00e9galement se manifester de mani\u00e8re beaucoup plus subtile (Young, 1980).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexions finales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans ce document, nous avons montr\u00e9 certaines des cons\u00e9quences individuelles et soci\u00e9tales du harc\u00e8lement sexuel et d'autres formes de violence sexuelle dans la vie urbaine des femmes, qui sont souvent sous-estim\u00e9es dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s. Alors que pour les femmes de Puebla, les trois changements de comportement les plus significatifs dus \u00e0 la peur de la violence sexuelle sont de marcher accompagn\u00e9es, de ne plus sortir la nuit ou t\u00f4t le matin, et de changer leurs itin\u00e9raires de d\u00e9placement (<span class=\"small-caps\">uam-i <\/span>et<span class=\"small-caps\"> onu<\/span> Women, 2018), \u00e0 Guadalajara, les femmes d\u00e9clarent que, par peur d'\u00eatre agress\u00e9es sexuellement ou harcel\u00e9es, elles essaient d'\u00eatre accompagn\u00e9es, de ne pas marcher seules dans la rue, elles ont cess\u00e9 de sortir la nuit ou tr\u00e8s t\u00f4t le matin, et on les raccompagne ou on vient les chercher (<span class=\"small-caps\">uam-i <\/span>et<span class=\"small-caps\"> onu<\/span> Femmes, 2018). Dans chacune de ces pratiques, ce qui est en jeu est l'effet de contr\u00f4le que l'espace peut contribuer \u00e0 construire, et elles expriment \u00e9galement une cons\u00e9quence spatiale cl\u00e9 : d\u00e9velopper un mod\u00e8le de mobilit\u00e9 restreinte en limitant l'utilisation des lieux publics pour eux-m\u00eames, ce qui affecte leur droit \u00e0 la ville (P\u00e9rez, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>Les recherches empiriques sur les g\u00e9ographies de la peur chez les femmes ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une prise de conscience g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des femmes au harc\u00e8lement sexuel ; dans ce contexte, la mauvaise conception des espaces publics est reconnue comme un \u00e9l\u00e9ment qui renforce la perception de la peur et du risque dans leur vie quotidienne. Dans ce contexte, on a \u00e9galement constat\u00e9 un certain nombre d'effets qui ont un impact sur les limitations de mouvement dans certains endroits. Si, dans les deux villes, il est \u00e9vident que les femmes subissent encore des niveaux \u00e9lev\u00e9s de restriction sociale et spatiale en raison de la peur de la violence sexuelle, il existe des pratiques spatiales quotidiennes qui peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des pratiques de r\u00e9sistance qui, en identifiant le danger, en lisant ses signes et en n\u00e9gociant souvent la mani\u00e8re dont elles s'approprient cet espace, ouvrent une s\u00e9rie de possibilit\u00e9s de r\u00e9flexion sur le d\u00e9veloppement de l'agence spatiale des femmes. Ce faisant, nous r\u00e9affirmons la th\u00e8se de Wilson (1991), qui a soulign\u00e9 que la ville peut \u00eatre reconnue comme un lieu d'impositions et de restrictions, ainsi que comme un lieu de transformations et d'appropriations.<\/p>\n\n\n\n<p>La complexit\u00e9 des g\u00e9ographies de la peur des femmes exige de nouvelles approches conceptuelles et des r\u00e9ponses qui ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 des politiques ax\u00e9es exclusivement sur l'am\u00e9nagement environnemental-urbain sans consid\u00e9rer en parall\u00e8le les facteurs structurels de la violence qui sous-tendent ce probl\u00e8me dans les espaces publics. En d'autres termes, tant que les relations de pouvoir entre les sexes qui sont rendues tangibles dans l'espace ne sont pas discut\u00e9es, les alternatives pour faire face \u00e0 cette violence seront limit\u00e9es. Cela ne veut pas dire que les transformations de l'environnement b\u00e2ti am\u00e9lioreront \u00e0 elles seules la qualit\u00e9 de vie des femmes, mais plut\u00f4t que les impacts sur la nature politique du probl\u00e8me de la violence, c'est-\u00e0-dire la compr\u00e9hension de la mani\u00e8re dont le pouvoir est produit, reproduit et distribu\u00e9, resteront sans probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, cet article propose un cadre d'organisation compos\u00e9 de quatre \u00e9l\u00e9ments qui nous permettent d'\u00e9tudier spatialement les diff\u00e9rents impacts de la peur de la violence sexuelle chez les femmes dans leur vie quotidienne \u00e0 travers le concept de g\u00e9ographies de la peur : la dimension physique et symbolique des espaces, la mobilit\u00e9 restreinte dans les d\u00e9placements quotidiens, les strat\u00e9gies spatiales de n\u00e9gociation de la peur et les dimensions corporelles et \u00e9motionnelles complexes. Gr\u00e2ce \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments, nous pouvons envisager l'analyse de la peur dans la vie quotidienne des femmes en reconceptualisant l'espace urbain comme une exp\u00e9rience complexe sur le plan affectif, sensoriel, \u00e9motionnel et du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ahmed, Sara (2014). <em>La pol\u00edtica cultural de las emociones<\/em>. M\u00e9xico: Programa Universitario de Estudios de Ge\u0301nero-Universidad Nacional Aut\u00f3noma de M\u00e9xico.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bourdieu, Pierre (2000). <em>La dominaci\u00f3n masculina.<\/em> Barcelona: Anagrama.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Certeau, Michel de (1996). <em>La invenci\u00f3n de lo cotidiano 1. 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Santiago de Chile: Ediciones <span class=\"small-caps\">sur <\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Fenster, Tovi (2005). \u201cThe Right to the Gendered City: Different formations of belonging in everyday life\u201d. <em>Journal of Gender Studies,<\/em> vol. 14, n\u00fam. 3, pp. 217\u2013231. https:\/\/doi.org\/10.1080\/09589230500264109<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ferraro, Kenneth (1996). \u201cWomen\u2019s Fear of Victimization: Shadow of sexual assault?\u201d. <em>Social Forces,<\/em> vol. 75, n\u00fam. 2, pp. 667-90. https:\/\/doi.org\/10.2307\/2580418<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Instituto Nacional de Estad\u00edstica y Geograf\u00eda (<span class=\"small-caps\">inegi<\/span>) (2017). \u201cEncuesta Nacional sobre la Dina\u0301mica de las Relaciones en los Hogares (<span class=\"small-caps\">endireh<\/span>)\u201d. Comunicacio\u0301n Social. 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Membre du syst\u00e8me national des chercheurs.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article analyse les relations entre le genre, les \u00e9motions et les lieux \u00e0 travers l'id\u00e9e de g\u00e9ographies de la peur chez les femmes. D'une part, j'\u00e9tudie les effets spatiaux sp\u00e9cifiques de la peur de la violence sur la vie quotidienne des femmes et, d'autre part, je propose quelques cl\u00e9s analytiques qui peuvent fa\u00e7onner un cadre th\u00e9orique-empirique de ces g\u00e9ographies de la peur dans une perspective de genre, en soulignant les processus g\u00e9ographiques qui sont d\u00e9clench\u00e9s dans l'exp\u00e9rience urbaine. Nos conclusions sont \u00e9tay\u00e9es par les donn\u00e9es de deux \u00e9tudes sur le harc\u00e8lement sexuel et d'autres formes de violence sexuelle dans l'espace public dans les villes de Puebla et Guadalajara.<\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":36446,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[279],"tags":[1022,1023,315,1021,1024],"coauthors":[704],"class_list":["post-36430","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-279","tag-cuerpos","tag-espacios-urbanos","tag-genero","tag-miedo","tag-paisajes","personas-soto-villagran-paula","numeros-949"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Marco anal\u00edtico de geograf\u00edas del miedo de las mujeres &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"En este art\u00edculo se analizan las relaciones entre g\u00e9nero, emociones y lugares, a trav\u00e9s de la idea de geograf\u00edas del miedo de las mujeres.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/soto-geografia-miedo-mujeres-mexico\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Marco anal\u00edtico de geograf\u00edas del miedo de las mujeres &#8211; 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