{"id":36329,"date":"2022-09-21T04:47:36","date_gmt":"2022-09-21T04:47:36","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=36329"},"modified":"2023-11-17T17:43:03","modified_gmt":"2023-11-17T23:43:03","slug":"zamorano-capron-seguridad-genero-america-latina","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/zamorano-capron-seguridad-genero-america-latina\/","title":{"rendered":"(In)s\u00e9curit\u00e9 et genre en Am\u00e9rique latine : strat\u00e9gies, pratiques et culture"},"content":{"rendered":"<p class=\"verse\">J'avais 11 ans et un gars qui passait \u00e0 v\u00e9lo m'a serr\u00e9 la poitrine. Une dame dans la rue m'a reproch\u00e9 de porter ce chemisier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Dans un bus longue distance, je me suis r\u00e9veill\u00e9e avec la main d'un homme barbu sous ma jupe, ses doigts entre mes jambes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Dans le m\u00e9tro, un abruti m'a touch\u00e9 partout et s'est masturb\u00e9. Personne ne m'a aid\u00e9, m\u00eame si j'ai pleur\u00e9 et cri\u00e9. J'avais 16 ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Un jour, j'en ai eu marre et je lui ai donn\u00e9 un coup de coude, tout le monde m'a regard\u00e9 et pas lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Au cours de mes 9 ann\u00e9es pass\u00e9es dans le trolleybus, j'ai tellement honte que je ne suis pas capable de le partager publiquement (Reina, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract translation-block\">Ce sont cinq des plus de cent mille t\u00e9moignages qui se sont accumul\u00e9s en quelques semaines suite \u00e0 l'appel twitter #MiPrimerAcoso, publi\u00e9 en mars 2016, peu avant le 8 mars, c'est-\u00e0-dire la premi\u00e8re grande marche contre la violence de genre qui a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e dans vingt villes du Mexique. Il est facile de percevoir le niveau de violence de chacune de ces exp\u00e9riences qui ont sans doute marqu\u00e9 \u00e0 jamais la m\u00e9moire de ces filles et de ces jeunes femmes, leurs g\u00e9ographies de la peur, les parcours autoris\u00e9s, les lieux et les moments o\u00f9 leurs corps f\u00e9minins ne semblaient pas \u00e0 leur place.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est ainsi que la plupart des femmes de ce pays, o\u00f9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es les f\u00e9minicides et les disparitions forc\u00e9es ont pris des proportions tragiques, grandissent et sont \u00e9duqu\u00e9es, c'est-\u00e0-dire apprennent \u00e0 vivre en ville. Toutefois, le harc\u00e8lement sexuel des femmes dans la rue n'est pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne mexicain, ni m\u00eame latino-am\u00e9ricain. En juin 2015, l'universit\u00e9 de Cornell et Hollaback ! un mouvement international contre le harc\u00e8lement sexuel de rue - bas\u00e9 sur 16 600 entretiens avec des femmes dans vingt-deux pays, a conclu qu'entre 80 et 90% d'entre elles ont \u00e9t\u00e9 victimes de harc\u00e8lement sexuel dans les espaces publics, 84% d'entre elles l'ont v\u00e9cu avant l'\u00e2ge de 17 ans (The Worker Institut, 2015). Toutefois, s'il s'agit d'un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial, chaque pays, voire chaque ville, a, sinon ses propres expressions, du moins ses propres intensit\u00e9s et fr\u00e9quences : 95% des femmes argentines ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9es pour la premi\u00e8re fois avant l'\u00e2ge de 17 ans ; 79% des femmes canadiennes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9es par un homme ou un groupe d'hommes ; 47% des femmes indiennes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 victimes d'un exhibitionniste ; 80% des femmes sud-africaines ont chang\u00e9 leur fa\u00e7on de s'habiller pour \u00e9viter le harc\u00e8lement de rue ; 66% des femmes allemandes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es ou caress\u00e9es par des inconnus (The Worker Institute, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e9galement loin d'\u00eatre nouveau. Le harc\u00e8lement sexuel des femmes et des filles dans les espaces publics - des regards et des mots obsc\u00e8nes aux attouchements, en passant par le viol, le f\u00e9micide et les disparitions forc\u00e9es (ONU Femmes, 2019) - est aussi vieux qu'il est voil\u00e9 et normalis\u00e9, ce qui explique pourquoi il est si difficile de parler des tendances en termes quantitatifs. Ce n'est que r\u00e9cemment, avec d'autres types de violence \u00e0 l'\u00e9gard des femmes, qu'elle a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre rendue visible par des mouvements f\u00e9ministes importants et vari\u00e9s, interconnect\u00e9s \u00e0 l'\u00e9chelle mondiale. Dans plusieurs pays d'Am\u00e9rique latine, la l\u00e9galisation de l'avortement ainsi que les manifestations et la l\u00e9gislation en faveur d'une soci\u00e9t\u00e9 sans violence \u00e0 l'\u00e9gard des femmes figurent parmi les r\u00e9alisations les plus significatives des mouvements sociaux contemporains. Gr\u00e2ce \u00e0 cela, le harc\u00e8lement de rue est devenu un point non seulement d'attention, mais aussi de tension et de polarisation entre le monde universitaire, la soci\u00e9t\u00e9, les m\u00e9dias, les l\u00e9gislateurs et les d\u00e9cideurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la recherche f\u00e9ministe a \u00e9t\u00e9 fructueuse dans l'\u00e9tude de la relation entre les femmes et la ville. Dans les Am\u00e9riques, certains des principaux centres d'int\u00e9r\u00eat ont port\u00e9 sur les exp\u00e9riences et les effets psychologiques du ph\u00e9nom\u00e8ne sur les femmes (Massey, 1994 ; McDowell, 1999) ; l'influence de l'architecture, de l'urbanisme et de l'environnement urbain tant sur l'exacerbation (Lind\u00f3n, 2006 ; S\u00e1nchez et Ravelo, 2013) que sur la solution possible du probl\u00e8me (Fal\u00fa, 2011) ; les pratiques de mobilit\u00e9 urbaine des femmes (Jir\u00f3n et Zunino, 2017 ; Alvarado, 2021) ; la <em>continuum<\/em> de la violence qui s'\u00e9tablit dans une relation entre les portes de l'ext\u00e9rieur et de l'int\u00e9rieur de la maison (Koonings et Kruijit, 2007) ; les motivations ou impulsions qui conduisent les hommes \u00e0 violer les femmes dans les espaces publics (Segato, 2003).<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Sur la base de ces connaissances, la question directrice de ce dossier vise \u00e0 comprendre comment les femmes font face, se prot\u00e8gent et luttent contre l'ins\u00e9curit\u00e9 urbaine en Am\u00e9rique latine. C'est une question \u00e0 laquelle nous r\u00e9pondons \u00e0 travers six articles, tous \u00e9crits par des femmes qui, qu'elles viennent de la sociologie, de la g\u00e9ographie, de la communication ou de l'anthropologie, mobilisent des techniques d'observation qualitative. L'un de ces travaux se d\u00e9roule dans les p\u00e9riph\u00e9ries de la ville de La Plata, en Argentine, tandis que les cinq autres portent sur diverses villes mexicaines : Puebla, Guadalajara, Mexico et trois municipalit\u00e9s de son agglom\u00e9ration : Coacalco, Tultitl\u00e1n et Ecatepec. Outre la diversit\u00e9 g\u00e9ographique des \u00e9tudes, nous avons \u00e9galement observ\u00e9 une diversit\u00e9 dans les profils socio-\u00e9conomiques des femmes qui ont collabor\u00e9 aux diff\u00e9rents projets de recherche : femmes jeunes et adultes ; issues des classes moyennes et moyennes sup\u00e9rieures et des classes populaires ; professionnelles, \u00e9tudiantes universitaires, vendeuses de march\u00e9 et femmes au foyer.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous vous invitons \u00e0 vous plonger dans chacun des articles et \u00e0 comprendre les contributions qu'ils apportent \u00e0 la simple question de savoir ce que font les femmes, et comment, pour faire face \u00e0 l'ins\u00e9curit\u00e9 urbaine, s'en prot\u00e9ger et la combattre, nous souhaitons \u00e9galement vous inviter \u00e0 une lecture transversale qui nous permette d'\u00e9tablir sur la table de discussion les bases d'une anthropologie de l'(in)s\u00e9curit\u00e9 urbaine dans une perspective de genre. Cette perspective doit permettre d'analyser dans quelle mesure ces pratiques et strat\u00e9gies, qui peuvent aller de la soumission \u00e0 l'organisation collective, transforment le rapport culturel des femmes \u00e0 la ville - \u00e0 contre-courant et travers\u00e9 de contradictions, d'immanences et de d\u00e9fis.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, nous \u00e9voquerons d'abord le cheminement intellectuel qui nous a conduit \u00e0 notre question centrale, puis nous pr\u00e9senterons bri\u00e8vement le contenu des articles, pour enfin mettre en lumi\u00e8re certains des apports et \u00e9tablir certaines des questions que la lecture transversale des articles nous offre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La n\u00e9cessit\u00e9 de consacrer un num\u00e9ro sp\u00e9cial \u00e0 la relation entre la (in)s\u00e9curit\u00e9 urbaine et le genre est apparue dans le cadre d'un projet de recherche plus large portant sur la privatisation de la s\u00e9curit\u00e9 publique dans les contextes m\u00e9tropolitains.<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Nous nous sommes demand\u00e9 comment, dans le contexte d'ins\u00e9curit\u00e9 et de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es dans les m\u00e9tropoles mexicaines depuis les ann\u00e9es 1990, la s\u00e9curit\u00e9 publique, qui \u00e9tait \u00e0 l'origine la responsabilit\u00e9 de l'\u00c9tat, a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre produite par des agences priv\u00e9es.<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> Nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s aux d\u00e9fis que ce ph\u00e9nom\u00e8ne repr\u00e9sentait dans la soci\u00e9t\u00e9, la culture et l'espace urbain, en nous concentrant sur la fragmentation socio-spatiale, la production et la gestion de l'espace urbain, l'\u00e9mergence et l'approfondissement d'une nouvelle alt\u00e9rit\u00e9 et l'exacerbation des in\u00e9galit\u00e9s entre ceux qui ont les ressources pour acheter un service de luxe et ceux qui doivent se contenter de ce que l'\u00c9tat leur offre (Zamorano et Capron, 2013 ; Capron, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>En plus d'aborder ces probl\u00e8mes, la recherche a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plusieurs aspects du ph\u00e9nom\u00e8ne qui ont d\u00e9stabilis\u00e9 notre propre perspective et nous ont oblig\u00e9s \u00e0 poser de nouvelles questions. Nous avons compris, par exemple, que la privatisation de la s\u00e9curit\u00e9 n'implique pas seulement l'intervention d'agents qui produisent des services et des dispositifs de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 des fins commerciales, mais aussi une multiplicit\u00e9 d'agents qui exercent ces activit\u00e9s pour l'autoconsommation (individuellement ou dans la formation de comit\u00e9s de quartier et de groupes d'autod\u00e9fense urbains). D'autre part, nous avons reconnu que, dans le m\u00eame temps o\u00f9 les agents producteurs de services et de dispositifs de s\u00e9curit\u00e9 se multiplient, l'\u00c9tat ne se retire pas du secteur, mais intervient avec de nouvelles logiques, comme l'implication des forces arm\u00e9es dans la s\u00e9curit\u00e9 publique ou les tactiques de coproduction qui \" impliquent activement les communaut\u00e9s dans la pr\u00e9vention int\u00e9grale de la violence et du crime \" (Agudo, 2016 : 224). Nous avons \u00e9galement acquis la conviction que l'augmentation de la perception de l'ins\u00e9curit\u00e9 n'entretient pas une relation directe avec l'augmentation de la criminalit\u00e9, notamment parce que \" les m\u00e9dias et la l\u00e9gitimit\u00e9 de l'\u00c9tat jouent un r\u00f4le important dans la r\u00e9gulation du sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 \" (Zamorano et Moctezuma, 2019 : 6). Nous d\u00e9couvrons \u00e9galement que ce qui est en jeu n'est pas seulement la tension et les contradictions qui peuvent \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9es entre le public et le priv\u00e9, mais plus fondamentalement, entre le l\u00e9gal et l'ill\u00e9gal, le formel et l'informel, le l\u00e9gitime et l'ill\u00e9gitime (Zamorano, 2019). Enfin, en d\u00e9stabilisant les op\u00e9rations binaires, nous percevons que la cat\u00e9gorie du s\u00fbr peut facilement muter en non s\u00fbr, selon les contextes et les agents sociaux impliqu\u00e9s. D'o\u00f9 l'id\u00e9e d'insister sur le concept d'(in)s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ensemble de preuves a impos\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de formuler une nouvelle question de recherche, plus simple mais plus large : comment les citadins latino-am\u00e9ricains se prot\u00e8gent-ils dans ces contextes d'ins\u00e9curit\u00e9 et de violence ?<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">En r\u00e9ponse \u00e0 cette question, la probl\u00e9matique du genre a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des imaginaires, des peurs, des cartographies, des pratiques et des strat\u00e9gies profond\u00e9ment particuli\u00e8res qu'il convient de mettre en perspective. Comment comprendre la particularit\u00e9 que la dimension du genre introduit dans le d\u00e9bat sur l'(in)s\u00e9curit\u00e9 urbaine ? Nous pr\u00e9senterons d'abord une synth\u00e8se des contributions des auteurs, puis nous proposerons quelques pistes de r\u00e9flexion bas\u00e9es sur une perspective transversale, qui vont dans le sens de la construction d'une anthropologie de l'(in)s\u00e9curit\u00e9 avec une perspective de genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Paula Soto est sans aucun doute une pionni\u00e8re au Mexique pour ce qui est d'aborder la relation entre la ville et le genre dans une perspective intersectionnelle. Dans ce num\u00e9ro, son article \"Geographies of women's fear in the city. Empirical evidence from two Mexican cities\" montre que la perspective f\u00e9ministe sur l'ins\u00e9curit\u00e9 urbaine a mis l'accent sur les relations de pouvoir in\u00e9gales entre les hommes et les femmes. Analysant les cas de Puebla et de Guadalajara au moyen d'enqu\u00eates et de groupes de discussion avec des femmes, l'auteur souligne que la peur qu'elles \u00e9prouvent dans l'espace public urbain n'est pas seulement le r\u00e9sultat d'une mauvaise conception spatio-environnementale (espaces abandonn\u00e9s, sales, mal \u00e9clair\u00e9s, \u00e9troits...), comme l'insistent plusieurs auteurs. C'est \u00e9galement un produit du pouvoir que les hommes expriment sur les femmes par le biais du harc\u00e8lement de rue et de la violence sexuelle qui font du corps f\u00e9minin un objet. La vision f\u00e9ministe nous rappelle la dimension subjective, incarn\u00e9e, \u00e9motionnelle de l'ins\u00e9curit\u00e9. L'article de Paula Soto insiste sur les traces sensorielles laiss\u00e9es par cette violence sur le corps et l'esprit des femmes en tant qu'exp\u00e9rience traumatique. Selon l'auteur, la peur spatialis\u00e9e fa\u00e7onne des paysages et des g\u00e9ographies \u00e9motionnels avec lesquels les femmes d\u00e9veloppent au moins trois strat\u00e9gies par rapport \u00e0 l'espace urbain : l'\u00e9vitement, l'autoprotection et la confrontation.<\/p>\n\n\n\n<p>Miriam Bautista, dans \"Las chicas ya no quieren divertirse : violencia de g\u00e9nero y autocuidado en la zona conurbada a la Ciudad de M\u00e9xico\", s'int\u00e9resse aux exp\u00e9riences de violence et de harc\u00e8lement sexuel racont\u00e9es par des jeunes femmes issues de groupes populaires dans la partie nord de la zone m\u00e9tropolitaine de la vall\u00e9e de Mexico, souvent appel\u00e9e \"couloir de la traite\" en raison du nombre de f\u00e9micides et de disparitions forc\u00e9es de femmes qui s'y produisent. L'auteur montre que si les femmes se sentent vuln\u00e9rables dans les espaces publics et trouvent leur environnement familial s\u00fbr, la violence \u00e0 leur encontre se d\u00e9cha\u00eene aussi bien \u00e0 l'ext\u00e9rieur qu'\u00e0 l'int\u00e9rieur de leur foyer. Bien que victimes du pouvoir machiste, elles naturalisent la violence et se sentent responsables des agressions, parfois f\u00e9minicides, qui sont exerc\u00e9es contre leur corps pour \u00eatre sorties la nuit, avoir fr\u00e9quent\u00e9 des bo\u00eetes de nuit, s'\u00eatre habill\u00e9es de mani\u00e8re provocante, avoir fr\u00e9quent\u00e9 des lieux sombres, etc. Ces discours de culpabilit\u00e9 fa\u00e7onnent leurs subjectivit\u00e9s et les conduisent \u00e0 adapter des strat\u00e9gies de retrait ou d'\u00e9vitement. Ainsi, les femmes interrog\u00e9es s'enferment souvent dans leur maison et limitent leurs activit\u00e9s de loisirs, surtout la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">On dit souvent que l'espace public, notamment la rue, appartient \u00e0 tout le monde, mais surtout aux hommes. El art\u00edculo de Lorena Uma\u00f1a, \u201cHabitar y transitar la ciudad de M\u00e9xico: representaciones sociales de j\u00f3venes universitarias\u201d, propone revisitar esa aserci\u00f3n para analizar las experiencias y las representaciones de estudiantes universitarias de la Ciudad de M\u00e9xico, cuando toman el transporte p\u00fablico y tienen que pasar de un sistema de transporte a otro. Analizar el significado de ser mujer en el transporte p\u00fablico, as\u00ed como las formas de habitar el espacio p\u00fablico, permite a la autora insistir en los temores de las mujeres y, en particular, en las desigualdades, exclusiones y autoexclusiones que experimentan en la ciudad. Uma\u00f1a observa que sus interlocutoras se preguntan c\u00f3mo esto afecta su ciudadan\u00eda y su derecho a la ciudad, a vestirse como quieren, a estar en la calle en cualquier momento del d\u00eda o de la noche y a disfrutar del espacio p\u00fablico. As\u00ed, estas j\u00f3venes, contrariamente a las entrevistadas por Miriam Bautista, cuestionan y retan la naturalizaci\u00f3n de la violencia y la exclusi\u00f3n que sufren en el espacio p\u00fablico.<\/p>\n\n\n\n<p>L'article de Gabriela Garc\u00eda et Carmen Icazuriaga va dans le m\u00eame sens. \u00c0 Mexico, les auteurs analysent les strat\u00e9gies des jeunes femmes professionnelles, des classes moyennes et sup\u00e9rieures ayant fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures pour se d\u00e9placer dans un environnement per\u00e7u comme hostile et dangereux. L'utilisation des technologies de l'information et de la communication - notamment les applications auxquelles elles peuvent acc\u00e9der sur leurs smartphones pour indiquer leur localisation, pour faire savoir quand elles partent et arrivent, etc. Bien que les personnes interrog\u00e9es avouent ne pas savoir ce qu'elles feraient en cas de probl\u00e8me, ces pratiques les aident \u00e0 se sentir en s\u00e9curit\u00e9 pendant leurs d\u00e9placements, car elles g\u00e9n\u00e8rent une copr\u00e9sence et une interd\u00e9pendance (num\u00e9rique) ainsi que des filets de s\u00e9curit\u00e9. Ils ne restent pas inertes face au danger, ils se mobilisent, d\u00e9veloppent des comp\u00e9tences et tout un ensemble de connaissances qui leur permettent de se d\u00e9placer dans la ville. Dans la mesure du possible, ils sont acteurs de leur propre s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u0153uvres montrent un \u00e9ventail de pratiques d'autoprotection, allant de la retraite dans les maisons \u00e0 l'\u00e9laboration de strat\u00e9gies communes pour se prot\u00e9ger mutuellement pendant les d\u00e9placements urbains. Les strat\u00e9gies et tactiques d\u00e9ploy\u00e9es mettent en jeu des lieux de r\u00e9sidence et des destinations de d\u00e9placement, des occupations et des ressources, des facteurs qui sont finalement li\u00e9s au statut socio-\u00e9conomique de ces femmes. La classe sociale et ce type de ressources mat\u00e9rielles jouent un r\u00f4le important dans les strat\u00e9gies des femmes pour se d\u00e9placer et occuper l'espace public, comme le montrent les deux articles suivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Gimena Bertoni, dans \"Estrategias securitarias de mujeres de sectores populares en la periferia urbana platense\", montre que, malgr\u00e9 le contexte urbain d\u00e9favorable dans deux quartiers populaires de la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville de La Plata, en Argentine, les femmes ont des strat\u00e9gies qui ne sont pas tant d\u00e9fensives que cr\u00e9atives, qui leur assurent une certaine autonomie en tant qu'agents. Bien qu'elles souffrent d'in\u00e9galit\u00e9s intersectionnelles parce qu'elles sont des femmes et qu'elles appartiennent \u00e0 des secteurs sociaux appauvris qui se heurtent \u00e0 un fort retrait de l'\u00c9tat et \u00e0 une fragmentation croissante, elles surmontent les obstacles qu'elles rencontrent dans la rue. En particulier, les \"autres craints\" sont les jeunes au coin des rues, qu'ils saluent tout en gardant leurs distances afin de gagner leur respect. Le respect, la respectabilit\u00e9, sont au c\u0153ur de la relation entre les \"soci\u00e9t\u00e9s du coin de la rue\" et les femmes, qui n\u00e9gocient avec la signification de la \"femme respectable\". L'analyse des strat\u00e9gies de s\u00e9curisation des femmes dans ces contextes nous invite \u00e0 les consid\u00e9rer non pas comme des victimes, mais comme des actrices de leur propre s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 d\u00e9passer une vision qui les consid\u00e8re comme doublement affect\u00e9es par la peur : la peur de l'agression sexuelle qui trouve un \u00e9cho dans d'autres peurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, Paola Flores, dans \"Estrategias de cuidado ante la violencia de g\u00e9nero en la Ciudad de M\u00e9xico\", montre que la peur g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les exp\u00e9riences des femmes en mati\u00e8re de violence sexuelle dans les transports et les espaces publics fa\u00e7onne leur perception de la ville. C'est la principale raison pour laquelle la peur des hommes n'est pas \u00e9gale \u00e0 celle des femmes. Les femmes per\u00e7oivent l'espace public comme un environnement mena\u00e7ant dans un contexte o\u00f9 les politiques publiques visant \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me sont d\u00e9ficientes. Par exemple, le m\u00e9tro, qui est consid\u00e9r\u00e9 par beaucoup comme un moyen de transport s\u00fbr, ne l'est pas pour les femmes qui ont \u00e9t\u00e9 victimes de harc\u00e8lement sexuel et o\u00f9 des tentatives d'enl\u00e8vement ont \u00e9t\u00e9 visibles. Les \u00e9v\u00e9nements de violence affectent et limitent la vie quotidienne des femmes plus que celle des hommes. Malgr\u00e9 tout, il est int\u00e9ressant de constater que les femmes ne se contentent pas de se prot\u00e9ger, comme nous l'avons vu dans le travail de Gabriela Garc\u00eda et de Carmen Icazuriaga, mais qu'elles s'organisent et commencent \u00e0 socialiser l'information \u00e0 travers les r\u00e9seaux. Paola Flores se penche sur l'analyse des collectifs f\u00e9ministes qui cr\u00e9ent des ateliers d'autod\u00e9fense, o\u00f9 elles se concentrent sur la dimension collective et proactive afin d'affronter les situations de violence et de perdre leur peur de l'espace public, en se basant sur l'appropriation du corps comme premier territoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">III<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, la proposition de ce num\u00e9ro th\u00e9matique est n\u00e9e d'un projet sur les d\u00e9fis de la privatisation de la s\u00e9curit\u00e9 publique, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 deux volets. Le premier d\u00e9passe la tension entre le public et le priv\u00e9 dans la production de la s\u00e9curit\u00e9 pour s'int\u00e9resser plus largement aux imaginaires, dispositifs et pratiques d\u00e9velopp\u00e9s par la population urbaine pour se prot\u00e9ger dans un contexte de criminalit\u00e9 et d'ins\u00e9curit\u00e9. La seconde, en \u00e9cho aux travaux de Goldstein (2010), tente d'explorer les fondements d'une anthropologie de l'(in)s\u00e9curit\u00e9 urbaine capable de reconna\u00eetre les enjeux de ces imaginaires, repr\u00e9sentations et pratiques dans la configuration d'un projet socioculturel.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive, ce qui se trouve au c\u0153ur de ces diverses mani\u00e8res de se prot\u00e9ger de la violence et de la criminalit\u00e9 des villes, ainsi que des imaginaires, des aspirations et des spectralit\u00e9s qui en \u00e9manent, c'est que<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">la production d'un nouveau sens commun, de nouvelles peurs, de nouvelles populations dangereuses, d'une reconfiguration de l'alt\u00e9rit\u00e9 et, d\u00e9finitivement, \" d'un nouveau projet de soci\u00e9t\u00e9 ajust\u00e9 \u00e0 certaines valeurs et principes \" (Su\u00e1rez et Arteaga, 2016) (Moctezuma et Zamorano, sous presse).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans ces d\u00e9bats, le concept de genre est apparu comme un r\u00e9v\u00e9lateur indispensable des processus fins de construction de l'in\u00e9galit\u00e9 d'acc\u00e8s \u00e0 la ville entre hommes et femmes. Cette in\u00e9galit\u00e9 s'enracine dans des exp\u00e9riences, des imaginaires, des repr\u00e9sentations, des peurs et des aspirations qui d\u00e9coulent des diverses expressions du pouvoir patriarcal exerc\u00e9 sur le corps des femmes. Comment cela se traduit-il dans la relation entre les femmes et la ville ?<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des travaux men\u00e9s en Am\u00e9rique latine sur cette question soulignent la faible pr\u00e9sence des femmes dans l'espace public. L'une des explications de ce ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e0 chercher dans un chevauchement entre la division familiale du travail et la division sociale de l'espace urbain, qui confine les femmes dans l'espace domestique et dans leur environnement de voisinage, o\u00f9 elles se concentrent g\u00e9n\u00e9ralement sur le travail de soins aux enfants et aux personnes \u00e2g\u00e9es, c'est-\u00e0-dire le travail reproductif non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 (Fal\u00fa, 2020). Une autre explication se concentre sur la conception ou l'environnement urbain qui est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment par le manque de conception, d'entretien et de soins (voir entre autres S\u00e1nchez et Ravelo, 2013 ; Fuentes, 2013). <em>et al<\/em>. 2011).<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux pr\u00e9sent\u00e9s ici montrent que la faible pr\u00e9sence des femmes dans les rues est \u00e9galement li\u00e9e \u00e0 la violence urbaine, notamment la violence sexuelle exerc\u00e9e par les hommes sur le corps des femmes. Nous verrons dans les travaux de Paula Soto et Miriam Bautista que l'une des strat\u00e9gies les plus courantes des femmes pour se prot\u00e9ger est l'\u00e9vitement, l'absence des femmes dans des espaces et des moments consid\u00e9r\u00e9s comme dangereux o\u00f9 leur propre corps semble, au sens de Doreen Massey (1994), d\u00e9plac\u00e9 et, pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison, susceptible de subir, et peut-\u00eatre de m\u00e9riter, la violence sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les articles de ce num\u00e9ro th\u00e9matique ne laissent aucun doute sur le fait que les craintes des hommes et des femmes \u00e0 l'\u00e9gard de la ville sont profond\u00e9ment diff\u00e9rentes. Alors que les premiers ont peur, \u00e0 juste titre, de la violence, du vol, de l'enl\u00e8vement et de la disparition, les femmes, en plus d'accumuler ces m\u00eames craintes, ont surtout peur de la violence sexuelle, qui va du regard et des attouchements au viol et au f\u00e9micide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Este miedo femenino a la ciudad es ancestral (Segato, 2003; Rubin, 1996), pero se reinventa, actualiza y naturaliza cada d\u00eda. Aujourd'hui comme hier, face au viol, \u00e0 la disparition ou au meurtre de tant de jeunes femmes et de jeunes filles en Am\u00e9rique latine, nous continuons d'entendre les arguments des m\u00e9dias, des politiciens et de la soci\u00e9t\u00e9 qui rejettent la faute sur les victimes : \"elle portait une mini-jupe, elle \u00e9tait probablement une escorte, nous ne savons pas ce qu'elle faisait \u00e0 cet endroit et \u00e0 cette heure de la journ\u00e9e\".<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Cela permet d'appr\u00e9hender la dimension spectrale de la peur des femmes - n\u00e9cessairement intersubjective (Das, 2008) - et d'aborder d'un point de vue original un paradoxe que plusieurs auteurs soutiennent sur la base de chiffres statistiques : si les femmes ont plus peur de la ville que les hommes, ces derniers ont des taux de victimisation plus \u00e9lev\u00e9s. Une explication propos\u00e9e par Kessler (2011) propose que de nombreux hommes qui subissent des violences dans la ville sont impliqu\u00e9s dans un groupe criminel. Les femmes, en revanche, subissent ces violences de mani\u00e8re plus al\u00e9atoire. Une autre explication, cit\u00e9e par Gimena Bertoni dans ce num\u00e9ro, reprend la dimension spectrale de la violence contre les femmes \u00e0 travers la m\u00e9taphore de l'ombre (Warr, 1985) : cette th\u00e8se, dit Bertoni, implique que la peur de l'agression sexuelle a un effet amplificateur sur la peur d'autres types de crimes et occulte les sp\u00e9cificit\u00e9s de la perception de l'ins\u00e9curit\u00e9 par les femmes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\" translation-block\">Sin duda estas propuestas aportan a la discusi\u00f3n. Cependant, il est n\u00e9cessaire de souligner, comme le montrent clairement les articles de ce num\u00e9ro, que les femmes craignent avant tout la violence sexuelle, le viol bien s\u00fbr - qui se refl\u00e8te parfois dans les statistiques - mais aussi les regards et les paroles lubriques, l'exhibitionnisme et les attouchements abusifs, qui passent g\u00e9n\u00e9ralement par le silence et la solitude des victimes, comme nous l'avons vu dans les d\u00e9clarations de #MiPrimerAcoso (#MonPremierHarc\u00e8lement) et comme nous le verrons dans les articles qui composent ce num\u00e9ro. Cuando se tome conciencia de las diferencias entre el miedo masculino y el femenino y del subregistro estad\u00edstico de todos los tipos de acoso callejero contra las mujeres, dejar\u00e1 de sorprender que en las estad\u00edsticas la mujer tenga m\u00e1s miedo que el hombre a la ciudad. Lo que debemos enfatizar es que se trata de otro tipo de miedo.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les contributions de ce num\u00e9ro th\u00e9matique ne se limitent pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler la dimension de la peur comme facteur de construction du rapport des femmes \u00e0 la ville. Ils mettent \u00e9galement l'accent sur les ressources mat\u00e9rielles et socioculturelles que les femmes d\u00e9ploient pour se d\u00e9placer et occuper les espaces publics. Malgr\u00e9 la fr\u00e9quence \u00e0 laquelle on fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'autofinancement \u00e0 domicile (surtout parmi les groupes les moins favoris\u00e9s), dans de nombreux cas, ils acqui\u00e8rent le besoin et le d\u00e9sir de se d\u00e9placer dans la ville, de s'approprier les espaces publics et semi-publics, non seulement comme outil de travail ou d'\u00e9tude mais aussi \u00e0 des fins r\u00e9cr\u00e9atives. Comme l'\u00e9crivent Gabriela Garc\u00eda et Carmen Icazuriaga : les femmes refusent que la peur continue \u00e0 \u00eatre le facteur d\u00e9terminant de leur mobilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Se demander ce que font les femmes et comment elles se prot\u00e8gent dans un environnement urbain qui leur est doublement d\u00e9favorable - tant en raison de la criminalit\u00e9 commune que de la violence sexuelle - nous permet de voir non seulement les pratiques de soumission \u00e0 l'ordre patriarcal, mais aussi les mani\u00e8res de le remettre en question (Lorena Uma\u00f1a) ; de l'\u00e9viter de mani\u00e8re discr\u00e8te et cr\u00e9ative (Gimena Bertoni) et de l'affronter de mani\u00e8re organis\u00e9e (Gabriela Garc\u00eda et Carmen Icazuriaga ; Paola Flores). Cela ne nous parle pas d'un seul projet socioculturel, mais de la confrontation d'au moins deux projets qui devront \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s plus avant, car c'est l\u00e0 que nous trouvons un moteur de changement.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, une lecture transversale de ces textes r\u00e9v\u00e8lera que, pour comprendre la relation entre (in)s\u00e9curit\u00e9 urbaine et genre, il faut observer les intersections entre la violence sexuelle, l'espace urbain et la peur qui agira de mani\u00e8re diff\u00e9rente selon les exp\u00e9riences, les \u00e2ges et les ressources sociales, culturelles et mat\u00e9rielles des femmes. Ces lectures nous inviteront \u00e9galement \u00e0 observer d'autres sentiments et \u00e9motions qui \u00e9mergent de l'ins\u00e9curit\u00e9 (Kessler, 2011), comme la col\u00e8re, l'indignation et le d\u00e9sir de changement. Sans aucun doute, ce sont des sentiments qui commencent \u00e0 prendre de l'importance chez les femmes, non pas de mani\u00e8re homog\u00e8ne mais \u00e0 des vitesses extr\u00eamement diverses et contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous d\u00e9dions ce num\u00e9ro \u00e0 nos enfants et \u00e0 leur g\u00e9n\u00e9ration :<\/em> <em>pour la conqu\u00eate de leur ville.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Mexico, 13 juin 2022<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Agudo, Alejandro (2016). \u201cEncuentros ciudadanos con la polic\u00eda y coproducci\u00f3n de seguridad entre el Estado y la familia\u201d, en Mar\u00eda Eugenia Su\u00e1rez de Garay y Nelson Arteaga Botello (ed.), <em>Violencia, seguridad y sociedad en M\u00e9xico<\/em>. 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M\u00e9xico: comecso\/Foro Consultivo Cient\u00edfico y Tecnol\u00f3gico.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">The Worker Institute (2015). \u201cilr and Hollaback! Release Largest Analysis of Street Harassment to Date\u201d. <em>ilr Worker Institute<\/em> [sitio web]. Recuperado de https:\/\/www.ilr.cornell.edu\/worker-institute\/blog\/research-and-publications\/ilr-and-hollaback-release-largest-analysis-street-harassment-date, consultado el 13 de julio de 2022.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Warr, Mark (1985). \u201cFear of Rape among Urban Women\u201d. <em>Social Problems,<\/em> vol. 32, n\u00fam. 3, pp. 238-250. https:\/\/doi.org\/10.1525\/sp.1985.32.3.03a00060<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zamorano, Claudia (2019). \u201c\u00bfQu\u00e9 tan p\u00fablica es la seguridad p\u00fablica en M\u00e9xico?\u201d <em>Revista Mexicana de Sociolog\u00eda,<\/em> vol. 81, n\u00fam. 3, pp. 479-507. https:\/\/doi.org\/10.22201\/iis.01882503p.2019.3.57918<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zamorano, Claudia y Gu\u00e9nola Capron (2013). \u201cPrivatization of Security and the Production of Space in Mexico City: Challenges for Urban Planning\u201d. <em>International Journal of E-Planning Research,<\/em> vol. 2, n\u00fam. 4, pp. 59-74. https:\/\/doi.org\/10.4018\/ijepr.2013100105<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zamorano, Claudia, Gu\u00e9nola Capron y Arturo D\u00edaz Cruz (ed.) (en prensa). <em>Dispositivos de seguridad: afectos, pr\u00e1cticas y relaciones en medios urbanos<\/em>. M\u00e9xico: ciesas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zamorano, Claudia y Vicente Moctezuma (2019). \u201cEditorial de <em>dossier<\/em>. Protegerse en el Valle de M\u00e9xico: dispositivos, imaginarios y servicios de seguridad\u201d. <em>Nueva Antropolog\u00eda,<\/em> vol. 32, n\u00fam. 91, pp. 5-9. Recuperado de https:\/\/revistas-colaboracion.juridicas.unam.mx\/index.php\/nueva-antropologia\/article\/view\/38563\/35431, consultado el 13 de julio de 2022.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Claudia C. Zamorano Villarreal<\/em> est titulaire d'un dipl\u00f4me en urbanisme et d'un dipl\u00f4me en g\u00e9ographie urbaine. En 1999, elle a obtenu un doctorat en sciences sociales avec une sp\u00e9cialisation en \u00e9tudes urbaines de l'\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales (<span class=\"small-caps\">ehess<\/span>). Depuis 2000, elle est professeur-chercheur \u00e0 l'Institut de recherche de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">ciesas<\/span> Mexico City. Elle s'int\u00e9resse principalement aux questions urbaines, notamment aux pratiques r\u00e9sidentielles des classes ouvri\u00e8res et moyennes, aux mouvements sociaux urbains et \u00e0 l'anthropologie de l'(in)s\u00e9curit\u00e9 urbaine. En 2011, elle a \u00e9t\u00e9 chercheuse invit\u00e9e \u00e0 la City University of New York (<span class=\"small-caps\">cuny<\/span>). En 2014, son livre <em>Le logement minimum des travailleurs dans le Mexique post-r\u00e9volutionnaire : Appropriations d'une utopie urbaine<\/em> a re\u00e7u le prix de la meilleure recherche en anthropologie sociale de l'Institut national d'anthropologie et d'histoire. Depuis 2016, elle est responsable d'un projet de sciences fondamentales Conacyt sur les pratiques de s\u00e9curit\u00e9 urbaine dans la vall\u00e9e du Mexique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><em>Gu\u00e9nola Capron<\/em> est titulaire d'une licence en g\u00e9ographie et d'un doctorat en g\u00e9ographie et am\u00e9nagement du territoire de l'Universit\u00e9 de Toulouse le Mirail. Elle \u00e9tait chercheuse au <span class=\"small-caps\">cnrs<\/span> \u00e0 Toulouse et a rejoint le <span class=\"small-caps\">uam<\/span> Unit\u00e9 d'Azcapotzalco en 2010. Elle a \u00e9t\u00e9 chercheuse au Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos (<span class=\"small-caps\">cemca<\/span>) et est associ\u00e9 \u00e0 la m\u00eame institution et \u00e0 la Commission europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">lisst<\/span>-Cieu (Centre Interdisciplinaire d'Etudes Urbaines). En 2020, elle a \u00e9t\u00e9 professeur invit\u00e9 au d\u00e9partement de g\u00e9ographie de l'universit\u00e9 de Toulouse Jean-Jaures. Son travail porte sur les transformations de l'espace public sous des perspectives telles que le commerce, la mobilit\u00e9 urbaine et la s\u00e9curit\u00e9. Plus r\u00e9cemment, elle s'est int\u00e9ress\u00e9e aux questions alimentaires. Depuis 2016, elle est responsable d'un projet de sciences fondamentales Conacyt sur la production mat\u00e9rielle et sociale des chauss\u00e9es dans la zone m\u00e9tropolitaine de la vall\u00e9e de Mexico.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question directrice de ce dossier vise \u00e0 comprendre comment les femmes font face, se prot\u00e8gent et luttent contre l'ins\u00e9curit\u00e9 urbaine en Am\u00e9rique latine. C'est une question \u00e0 laquelle nous r\u00e9pondons \u00e0 travers six articles, tous \u00e9crits par des femmes qui, qu'elles viennent de la sociologie, de la g\u00e9ographie, de la communication ou de l'anthropologie, mobilisent des techniques d'observation qualitative. <\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":36495,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[278],"tags":[],"coauthors":[704],"class_list":["post-36329","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-278","personas-zamorano-villarreal-claudia","personas-capron-guenola","numeros-949"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>(In)seguridad y g\u00e9nero en Am\u00e9rica Latina &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"La pregunta gu\u00eda del presente dossier trata de entender c\u00f3mo las mujeres lidian con la inseguridad urbana de g\u00e9nero.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/zamorano-capron-seguridad-genero-america-latina\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"(In)seguridad y g\u00e9nero en Am\u00e9rica Latina &#8211; 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