{"id":34000,"date":"2021-03-19T23:40:05","date_gmt":"2021-03-19T23:40:05","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=34000"},"modified":"2023-11-17T18:23:28","modified_gmt":"2023-11-18T00:23:28","slug":"vigh-muerte-social-violencia-bissau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/vigh-muerte-social-violencia-bissau\/","title":{"rendered":"Mort sociale et chances de vie violentes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans cet article, j'examine le recrutement militaire des jeunes urbains en Afrique de l'Ouest et j'analyse leur implication dans les conflits en tant que \"navigation sociale\". Je propose une perspective sur la jeunesse qui suppose que cette cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rationnelle est \u00e0 la fois un processus social et une position. L'article illustre comment les jeunes urbains naviguent entre leurs liens sociaux et les choix qui d\u00e9coulent des situations de guerre afin d'\u00e9chapper \u00e0 la mort sociale qui, autrement, caract\u00e9rise leur situation. En d\u00e9crivant la jeunesse comme une p\u00e9riode de stagnation et de d\u00e9chirement de l'existence sociale des jeunes \u00e0 Bissau, en Guin\u00e9e-Bissau, il devient clair que la guerre devient un espace de possibilit\u00e9s, plut\u00f4t qu'un espace de mort uniquement. Ainsi, le concept de navigation sociale offre un aper\u00e7u p\u00e9n\u00e9trant de l'interaction entre les structures objectives et l'initiative subjective. Cette perspective analytique nous permet de donner un sens aux mani\u00e8res opportunistes, parfois fatalistes et tactiques dont les jeunes luttent pour \u00e9largir leurs horizons de possibilit\u00e9s dans un monde de conflits, d'agitation et de diminution des ressources, et nous permet de voir comment la confrontation au conflit devient une question de compromis entre la mort sociale et les chances de vie violentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/africa\/\" rel=\"tag\">Afrique<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/guerra-civil\/\" rel=\"tag\">guerre civile<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/jovenes\/\" rel=\"tag\">les jeunes<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/muerte-social\/\" rel=\"tag\">mort sociale<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/violencia\/\" rel=\"tag\">violence<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\">Mort sociale et opportunit\u00e9s de vie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Cet article analyse le recrutement militaire des jeunes urbains en Afrique de l'Ouest et analyse leur implication dans les conflits comme une forme de \"navigation sociale\". Nous proposons une perspective sur la jeunesse qui suppose que cette cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rationnelle est \u00e0 la fois un processus social et une position. L'article illustre la fa\u00e7on dont les jeunes urbains naviguent dans leurs liens sociaux et les options qui d\u00e9coulent des situations de guerre pour \u00e9chapper \u00e0 la mort sociale, qui est par ailleurs la principale caract\u00e9ristique de leur situation. En d\u00e9crivant la jeunesse comme une p\u00e9riode de stagnation et de rupture de l'existence sociale des jeunes \u00e0 Bissau, en Guin\u00e9e-Bissau, le temps de guerre devient clairement une zone de possibilit\u00e9s, plut\u00f4t qu'un simple espace de mort. Ainsi, le concept de navigation sociale offre des perspectives profondes sur le jeu crois\u00e9 entre les structures objectives et les initiatives subjectives. Cette perspective analytique nous aide \u00e0 donner un sens aux m\u00e9thodes et tactiques parfois fatalistes avec lesquelles les jeunes luttent pour \u00e9largir leurs horizons de possibilit\u00e9s dans un monde de conflits, d'agitation et de diminution des ressources, et nous montre comment la confrontation au conflit devient une question d'\u00e9quilibre entre la mort sociale et les opportunit\u00e9s violentes de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent en-text\">Mots-cl\u00e9s : mort sociale, jeunes, violence, guerre civile, Afrique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap no-indent\"><em>Bluff, bluff, blufo, bluuufo<\/em>. D'un bout \u00e0 l'autre de la rue, ils ont cri\u00e9 ce mot \u00e0 un fou local. Cet homme, \u00e2g\u00e9 d'une cinquantaine d'ann\u00e9es, \u00e9tait devenu fou pendant la guerre et parcourait maintenant les rues du centre de Bis\u00e1u, rivalisant avec les chiens pour arracher les ordures des milliers de poubelles de la ville. Si, en Europe, les malades mentaux sont g\u00e9n\u00e9ralement mis \u00e0 l'\u00e9cart, \u00e0 Bis\u00e1u, ils font l'objet de nombreuses insultes et moqueries, et sont victimes de violences verbales. <em>blufo<\/em> est \u00e0 peu pr\u00e8s le pire que l'on puisse vous crier. \"\u00a1<em>Bluuuuuuufo<\/em>\"Vitor a cri\u00e9 \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Je savais d\u00e9j\u00e0 qu'un <em>blufo<\/em> \u00e9tait celui dont le p\u00e9nis n'a pas de \"chapeau\", c'est-\u00e0-dire un adulte non circoncis ; celui qui, \u00e9tant majeur, n'a pas encore atteint sa maturit\u00e9. <em>feinadu<\/em>.<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Mais en y regardant de plus pr\u00e8s, je me suis rendu compte que ce terme d\u00e9signe aussi un homme qui ne deviendra jamais sage, qui ne fera jamais partie de la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne et qui ne pourra jamais avoir de femme. En tant que tel, un <em>blufo <\/em>est une cat\u00e9gorie interm\u00e9diaire, d\u00e9finie par le d\u00e9calage entre l'\u00e2ge chronologique et l'\u00e2ge social. Le fait d'\u00eatre un <em>blufo<\/em> Cela signifie \u00eatre symboliquement bloqu\u00e9 au stade juv\u00e9nile, sans possibilit\u00e9 d'atteindre l'autorit\u00e9 et le statut d'adulte. C'est comme une castration sociale.<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> C'est le cauchemar de tout jeune homme \u00e0 Bisau et il est tr\u00e8s proche de devenir la situation difficile de toute une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Bas\u00e9 sur un travail de terrain de 16 mois avec d'anciens membres des Aquentas, une milice de jeunes recrut\u00e9s pendant la guerre civile en Guin\u00e9e-Bissau, cet article cherche \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la mobilisation et l'implication de la jeunesse urbaine dans le conflit ouest-africain (voir Abdulla, 1997 ; Bangura, 1997 ; Utas, 2003 ; Vigh, 2003). Au lieu de se concentrer traditionnellement sur les strat\u00e9gies des politiciens influents, des commandants militaires et des puissants, l'attention est ici port\u00e9e sur les tactiques sociopolitiques des jeunes soldats (Clausewitz, 1997 ; Certeau, 1988 ; Honwana, 2000).<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> Je me concentrerai sur la position, les possibilit\u00e9s et la praxis sociale des jeunes \u00e0 Bis\u00e1u, puis j'essaierai de clarifier les relations entre eux et les activit\u00e9s militaires, tout en contribuant \u00e0 notre compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale du processus de mobilisation. La position sociale des jeunes \u00e0 Bis\u00e1u et leurs efforts pour se d\u00e9placer selon un processus attendu et souhait\u00e9 de <em>devenir social<\/em>.<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La jeunesse en guerre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Il n'est pas surprenant que les jeunes hommes soient particuli\u00e8rement associ\u00e9s \u00e0 la question de la guerre. Compte tenu de leur force physique et de leur position dans la soci\u00e9t\u00e9, les jeunes hommes ont toujours constitu\u00e9 le gros des arm\u00e9es. Mais malgr\u00e9 l'universalit\u00e9 de cette relation entre la jeunesse et la violence, il n'y a pas d'accord sur la mani\u00e8re dont nous devrions consid\u00e9rer cette relation. La plupart des interpr\u00e9tations et des repr\u00e9sentations (populaires et acad\u00e9miques) soulignent le r\u00f4le des jeunes hommes dans la guerre comme s'ils \u00e9taient des victimes potentielles, entra\u00een\u00e9es dans la guerre par des adultes puissants, ou sont trait\u00e9s comme des auteurs potentiels, en tant qu'individus libres et non socialis\u00e9s, sans coercition sociale et soci\u00e9tale (Seeking, 1993 ; Kaplan, dans Richards, 1996 : <span class=\"small-caps\">xv<\/span>). En d'autres termes, les jeunes hommes sont consid\u00e9r\u00e9s comme <em>comme<\/em> risque ou <em>\u00e0<\/em> risque (Bucholtz, 2003 : 532-534 ; Honwana, 2000). Ils sont d\u00e9crits comme <em>domin\u00e9e par la m\u00e9canique<\/em> ou comme <em>agents non contr\u00f4l\u00e9s<\/em>et leur recrutement et leur relation avec la violence organis\u00e9e sont soit consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9termin\u00e9s par l'ordre social ou g\u00e9n\u00e9rationnel, soit comme totalement \u00e9trangers \u00e0 celui-ci (Durham, 2000 : 117 ; Honwana, 2000 ; Richards, 1996) : <span class=\"small-caps\">xv<\/span>(Peters et Richards, 1998). Une dichotomie identifi\u00e9e par Durham lorsqu'il \u00e9crit : \"La guerre est l'un des endroits o\u00f9 l'initiative des jeunes est extr\u00eamement ambigu\u00eb... sont-ils de jeunes victimes [entra\u00een\u00e9es dans la guerre] ou des auteurs de violence ?\" (2000 : 117).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deux visages de la jeunesse et une synth\u00e8se \u00e0 la Mannheim<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">En perspective, toutefois, cette diff\u00e9rence n'est pas propre aux \u00e9tudes sur la jeunesse en guerre. Elle refl\u00e8te une division plus g\u00e9n\u00e9rique dans nos mani\u00e8res d'interpr\u00e9ter le concept de jeunesse et les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de voir la jeunesse en guerre comme \u00e9tant soit extr\u00eamement active, soit contrainte, ce qui co\u00efncide avec les deux principales conceptualisations de la jeunesse dans les sciences sociales en g\u00e9n\u00e9ral (Olwig, 2000 ; Olwig et Gullov, 2004 ; Cole, 2004). En tant que tel, le concept a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 soit comme une entit\u00e9 en soi, c'est-\u00e0-dire comme une unit\u00e9 socialement et culturellement d\u00e9limit\u00e9e, produisant une \"sous-culture\" (Wulff, 1995 ; Epstein, 1998),<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a> soit comme une \u00e9tape dans la trajectoire g\u00e9n\u00e9rationnelle plus longue ou cycle de vie, c'est-\u00e0-dire comme une cat\u00e9gorie d\u00e9finie par la position dans le processus interg\u00e9n\u00e9rationnel de devenir quelqu'un (Fortes, 1969, 1984 ; Meillassoux, 1981 ; Mannheim, 1952). Dans la premi\u00e8re perspective, la jeunesse constitue un lieu d\u00e9limit\u00e9 pour la construction d'id\u00e9es et de pratiques propres au groupe en question, alors que, dans la seconde, la jeunesse est d\u00e9finie comme une p\u00e9riode de liminalit\u00e9, une \u00e9tape ou un statut de la vie, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment comme une p\u00e9riode de transition interg\u00e9n\u00e9rationnelle entre l'enfance et l'\u00e2ge adulte (Turner, 1967 ; Johnson-Hanks, 2002). Cependant, si nous voulons interpr\u00e9ter correctement les actes de la jeunesse, il sera n\u00e9cessaire, selon moi, de fusionner les deux perspectives et de voir la jeunesse dans sa relation \u00e0 la fois avec la dynamique g\u00e9n\u00e9rationnelle et avec l'espace ou la position dans laquelle les agents partagent des horizons et des points d'orientation similaires (Mannheim ; Schutz et Luckmann, 1995 : 115). Nous devons approcher analytiquement le concept comme <em>position<\/em> et comme <em>processus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L'une des cl\u00e9s pour y parvenir r\u00e9side dans l'adoption de l'id\u00e9e de \"g\u00e9n\u00e9ration\" de Mannheim, qui permet de contextualiser la jeunesse comme un champ de forces et de l'analyser comme une d\u00e9limitation exp\u00e9rientielle (Mannheim 1952 : 289). Dans la perspective de Mannheim, un groupe donn\u00e9 de jeunes doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9troitement li\u00e9 par une exp\u00e9rience formative et des horizons interpr\u00e9tatifs, r\u00e9sultant de leur processus historique pour devenir une g\u00e9n\u00e9ration sp\u00e9cifique qui se d\u00e9veloppera dans des circonstances sp\u00e9cifiques (1952 : 288, 299, 306).<a class=\"anota\" id=\"anota7\" data-footnote=\"7\">7<\/a> et d\u00e9finis \u00e9galement par leur position relative dans l'ordre interg\u00e9n\u00e9rationnel (1952 : 290-291). Le travail de Mannheim permet de synth\u00e9tiser cette perspective bifurqu\u00e9e sur la jeunesse dans les sciences sociales. L'adaptation de son approche \u00e0 la perspective moderne des sciences sociales sur la jeunesse nous permettra d'\u00e9clairer les fa\u00e7ons dont la jeunesse est v\u00e9cue et construite, \u00e0 la fois en tant que position et en tant que processus, en consid\u00e9rant les deux aspects de l'\u00eatre et du devenir. Mais si nous nous demandons pourquoi une telle division existe et persiste, nous d\u00e9couvrirons que la r\u00e9ponse nous conduit \u00e0 un lien entre les traditions de recherche et les caract\u00e9ristiques sociopolitiques du contexte dans lequel nous travaillons.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">G\u00e9n\u00e9rations perdues et moratoire existentiel<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Contrairement \u00e0 la perspective occidentale, o\u00f9 la jeunesse est l'\u00e9tape la plus d\u00e9sir\u00e9e de la vie, les adolescents africains aspirent \u00e0 atteindre l'\u00e2ge qui leur conf\u00e9rera une autorit\u00e9 qui leur est actuellement refus\u00e9e (Chabal et Daloz, 1999 : 34).<\/p>\n\n\n\n<p>Si l'on examine de pr\u00e8s la recherche en sciences sociales sur la jeunesse en g\u00e9n\u00e9ral, on constate que les repr\u00e9sentations des jeunes en tant que \"propri\u00e9taires\" et producteurs d'une (sous-)culture sp\u00e9cifique apparaissent principalement dans les zones de prosp\u00e9rit\u00e9. Cette perspective est li\u00e9e aux analyses de la jeunesse du Nord. Cependant, si nous portons notre attention sur les analyses de la jeunesse dans les zones de pauvret\u00e9 et de p\u00e9nurie, ce changement de perspective semble impliquer que cette cat\u00e9gorie ne se r\u00e9f\u00e8re plus \u00e0 des sous-cultures ou entit\u00e9s socialement ou culturellement d\u00e9limit\u00e9es, mais plut\u00f4t \u00e0 une \u00e9tape de transition dans le cycle de vie et \u00e0 des ensembles g\u00e9n\u00e9rationnels plus vastes.<a class=\"anota\" id=\"anota8\" data-footnote=\"8\">8<\/a> En d'autres termes, il semblerait que le potentiel d'action et le statut des \"jeunes\" se r\u00e9duisent \u00e0 mesure que nous nous d\u00e9pla\u00e7ons du Nord au Sud, des r\u00e9gions riches aux r\u00e9gions pauvres. Comme le montre cet article, la d\u00e9finition de \"ce qu'est la jeunesse\" d\u00e9pend non seulement des traditions de recherche et du contexte dans lequel cette cat\u00e9gorie est \u00e9tudi\u00e9e, mais aussi de \"ce que les jeunes peuvent ou sont capables de faire\" dans un contexte donn\u00e9. Elle d\u00e9pend de facteurs sociopolitiques, de l'\u00e9tendue des possibilit\u00e9s accord\u00e9es aux groupes sp\u00e9cifiques de jeunes en question et de leurs possibilit\u00e9s de construire leur propre vie et de subvenir \u00e0 leurs besoins, ind\u00e9pendamment du contr\u00f4le des adultes ou des institutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Nord, o\u00f9 les jeunes ont id\u00e9alement la possibilit\u00e9 de construire leur vie par eux-m\u00eames, la jeunesse, comme le souligne la citation ci-dessus, est consid\u00e9r\u00e9e comme une position sociale positive, comme une entit\u00e9 d\u00e9limit\u00e9e. Cependant, lorsque les ressources sont rares et li\u00e9es \u00e0 des formations ou des r\u00e9seaux politiques, \u00eatre jeune devient souvent une situation d'immaturit\u00e9 sociale et politique, qui modifie radicalement le statut de la position sociale. \"Ainsi, \u00e0 mesure que les jeunes acc\u00e8dent plus facilement aux ressources et peuvent construire leur vie par eux-m\u00eames, ind\u00e9pendamment de leurs a\u00een\u00e9s, les chercheurs en sciences sociales consid\u00e8rent de plus en plus la jeunesse comme un segment social positivement valoris\u00e9. Ainsi, malgr\u00e9 la possibilit\u00e9 mannheimienne de parvenir \u00e0 une synth\u00e8se du double concept, la <em>la jeunesse v\u00e9cue<\/em> varie fortement d'une soci\u00e9t\u00e9 et d'une situation \u00e0 l'autre, et ces variations semblent \u00eatre directement li\u00e9es aux possibilit\u00e9s d'action et aux chances de vie du groupe sp\u00e9cifique de jeunes en question (Dahrendorf, 1979).<\/p>\n\n\n\n<p>La comparaison initiale de Chabal et Daloz entre les statuts des jeunes dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde attire notre attention pr\u00e9cis\u00e9ment sur ces diff\u00e9rences dans l'exp\u00e9rience de la jeunesse - et, par cons\u00e9quent, sur la fa\u00e7on dont le concept a \u00e9merg\u00e9 de nos donn\u00e9es - comme un \u00e9ventail plus large de possibilit\u00e9s pour les jeunes du Nord, \u00e9tant marqu\u00e9 comme la position avec un statut social \u00e9lev\u00e9 et devenant une cat\u00e9gorie \u00e0 laquelle il faut aspirer. Alors que les adultes du Nord peuvent souhaiter non pas \u00eatre jeunes, mais au moins \u00eatre jeunes, les jeunes du Sud semblent d\u00e9sirer le statut d'adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une introduction \u00e9clairante \u00e0 un livre sur la culture des jeunes, Helena Wulff d\u00e9crit comment, pour un groupe diversifi\u00e9 de jeunes de Manhattan, \u00e0 New York, la jeunesse fonctionne comme une \"culture\". <em>moratoire culturel<\/em>. Elle s'int\u00e9resse aux efforts d\u00e9ploy\u00e9s par les habitants des r\u00e9gions les plus riches du monde pour rester dans cette cat\u00e9gorie sociale, \"prolongeant leur jeunesse en exp\u00e9rimentant diff\u00e9rents r\u00f4les et en repoussant ainsi leurs responsabilit\u00e9s d'adultes\" (Wulff, 1995 : 7 ; Wulff, 1994 : 133). En tant que moratoire culturel, la jeunesse est d\u00e9finie comme un espace de libert\u00e9, de statut et de plaisir. C'est le principal espace de cr\u00e9ativit\u00e9 et d'innovation sociale et culturelle, et il est per\u00e7u comme le lieu de la production culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, si nous concentrons notre attention sur le Sud, il semblerait que le statut social perde en quelque sorte ses connotations positives. Au lieu d'\u00eatre une identit\u00e9 et un statut social convoit\u00e9s, il semblerait qu'\u00eatre jeune dans le Sud implique de faire partie d'une cat\u00e9gorie sociale dans laquelle les gens se sentent confin\u00e9s et dont ils cherchent \u00e0 s'\u00e9chapper. \u00c0 Bis\u00e1u, la jeunesse n'est pas tant un espace ou un temps de plaisir, d'opportunit\u00e9 et de libert\u00e9, mais un espace de marginalit\u00e9 et de liminalit\u00e9 sociale. En fait, la cat\u00e9gorie de la jeunesse \u00e0 Bis\u00e1u nous \u00e9loigne de l'id\u00e9e de la poursuite volontaire d'un moratoire culturel, car elle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une position sociale o\u00f9 les gens sont involontairement pi\u00e9g\u00e9s et pr\u00eats \u00e0 tout pour s'en sortir. Cela ne veut pas dire que les jeunes de Bis\u00e1u ne s'approprient pas et ne manipulent pas la repr\u00e9sentation de la jeunesse diffus\u00e9e depuis l'Occident par les m\u00e9dias mondiaux (Argenti, 1998). La \"jeunesse\" est n\u00e9goci\u00e9e et communiqu\u00e9e \u00e0 l'\u00e9chelle mondiale (Stephens, 1995) et ces repr\u00e9sentations mondiales ont un impact sur les habitants de Bis\u00e1u. Cependant, en y regardant de plus pr\u00e8s, on s'aper\u00e7oit que cette apparence de modernit\u00e9, que tant de jeunes passent leur temps \u00e0 cultiver, est directement li\u00e9e au fait qu'il s'agit de la sph\u00e8re de leur vie o\u00f9 ils ont en fait un minimum de possibilit\u00e9s d'action. En d'autres termes, si nous examinons la praxis et la situation difficile des jeunes par rapport aux facteurs sociaux, politiques et \u00e9conomiques, \u00eatre jeune n'appara\u00eet pas comme une c\u00e9l\u00e9bration sociale, mais plut\u00f4t comme une triste r\u00e9alit\u00e9. Il s'agit d'une situation difficile o\u00f9 l'on n'est pas en mesure de gagner le statut d'adulte et d'assumer des responsabilit\u00e9s, et donc d'une position sociale \u00e0 laquelle les gens tentent d'\u00e9chapper, car elle se caract\u00e9rise par la marginalit\u00e9, la stagnation et la r\u00e9duction du statut social (<em>\u00eatre social<\/em>). Il s'agit d'un moratoire <em>sociale<\/em>plut\u00f4t que culturelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Immobilit\u00e9 sociale et anomie g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">La diff\u00e9rence entre un moratoire culturel et un moratoire social r\u00e9side dans l'\u00e9ventail des possibilit\u00e9s offertes aux jeunes. Cela d\u00e9pend des contingences de la vie et des opportunit\u00e9s de devenir un \u00eatre social. Nous vivons tous notre vie en suivant de multiples itin\u00e9raires de transition ; nous ne marchons pas le long d'un itin\u00e9raire unique ou d'un ensemble pr\u00e9d\u00e9fini d'\u00e9tapes (Jones et Wallace, 1992 ; Johnson-Hanks, 2002).<a class=\"anota\" id=\"anota9\" data-footnote=\"9\">9<\/a> Mais le nombre de possibilit\u00e9s, d'opportunit\u00e9s de vie offertes aux jeunes, varie consid\u00e9rablement d'un endroit \u00e0 l'autre et d'une r\u00e9gion \u00e0 l'autre. Le fait que la vie des jeunes \u00e0 Bissau soit plus proche du moratoire social que du moratoire culturel s'explique par les difficult\u00e9s \u00e9conomiques, la d\u00e9t\u00e9rioration et le contr\u00f4le asym\u00e9trique des g\u00e9n\u00e9rations sur l'acc\u00e8s aux ressources, qui r\u00e9duisent consid\u00e9rablement l'\u00e9ventail des possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j'ai commenc\u00e9 mon travail sur le terrain, aucun de mes informateurs n'avait d'emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, aucun n'avait de possibilit\u00e9s \u00e9conomiques au-del\u00e0 de la survie au jour le jour, et aucun ne vivait dans sa propre maison ; ils partageaient des chambres avec des amis et d\u00e9pendaient de la bonne volont\u00e9 et du soutien de leurs p\u00e8res, m\u00e8res, oncles ou autres g\u00e9n\u00e9rations plus \u00e2g\u00e9es.<a class=\"anota\" id=\"anota10\" data-footnote=\"10\">10<\/a> En outre, comme les ressources sont n\u00e9cessaires au mariage et\/ou \u00e0 l'ind\u00e9pendance, cette combinaison d'une distribution et d'un acc\u00e8s in\u00e9gaux aux ressources avec la d\u00e9t\u00e9rioration des temps a contribu\u00e9 \u00e0 une dynamique sociale o\u00f9 l'ordre g\u00e9n\u00e9rationnel a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par l'inertie sociale (Gable, 1995). En d'autres termes, la d\u00e9t\u00e9rioration continue produit une contraction des r\u00e9seaux sociaux et une concentration sur leurs relations cl\u00e9s, o\u00f9 un nombre croissant de jeunes \u00e9prouvent de plus en plus de difficult\u00e9s \u00e0 obtenir les ressources n\u00e9cessaires pour remplir les obligations rituelles et sociales n\u00e9cessaires \u00e0 la cr\u00e9ation d'un m\u00e9nage ou pour se procurer l'espace de soutien n\u00e9cessaire \u00e0 la poursuite d'une trajectoire de conversion sociale de la jeunesse \u00e0 l'\u00e2ge adulte. \u00c0 mesure que ceux qui contr\u00f4lent les ressources vieillissent, le groupe qui esp\u00e8re am\u00e9liorer son statut et sa position sociale devient plus nombreux. Pi\u00e9g\u00e9s dans la cat\u00e9gorie des jeunes, ils attendent l'occasion de progresser dans la vie et d'atteindre leur statut social (Chabal et Daloz, 1999). Comme le montrent les Comaroff, \"le durcissement des conditions mat\u00e9rielles de vie\" a plac\u00e9 les jeunes dans une position particuli\u00e8rement marginale et, par cons\u00e9quent, \"au lieu des axes communs de division sociale, tels que la classe, la race, le sexe et l'ethnicit\u00e9, la ligne de fracture dominante s'est av\u00e9r\u00e9e ici \u00eatre la g\u00e9n\u00e9ration\" (1999 : 284).<\/p>\n\n\n\n<p>Partageant des similitudes avec la col\u00e8re mentionn\u00e9e dans la citation ci-dessus, de nombreux jeunes hommes identifient leur incapacit\u00e9 \u00e0 s'assurer un avenir \u00e0 la cupidit\u00e9 de leurs a\u00een\u00e9s (Comaroff et Comaroff, 1999 : 289). Le ressentiment grandit donc lentement, \u00e0 mesure que les r\u00e9seaux que les jeunes hommes cherchent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 utiliser se r\u00e9tr\u00e9cissent. L'histoire de mon ami Seku illustre bien le moratoire social de la jeunesse, sa proximit\u00e9 avec la mort sociale et la tension dans ces relations g\u00e9n\u00e9rationnelles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Seku<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Je tra\u00eenais avec Seku. Nous avions mang\u00e9 et nous bavardions, adoss\u00e9s \u00e0 quelques chaises, dans une atmosph\u00e8re d\u00e9tendue. Seku a partag\u00e9 un <em>congo<\/em> avec un couple d'amis. A <em>congo<\/em> est une pi\u00e8ce s\u00e9par\u00e9e de la maison des parents ou des a\u00een\u00e9s, partag\u00e9e comme un dortoir par un groupe de jeunes ; c'est une alternative courante \u00e0 la vie sous le toit et les r\u00e8gles de leur p\u00e8re ou de leur oncle. Les<em> congo<\/em> La chambre de Seku est une annexe, comme toutes les autres chambres de Bis\u00e1u. C'est une petite pi\u00e8ce humide en briques de terre battue avec un sol en terre battue, meubl\u00e9e chichement de deux lits, de quelques chaises (ou tabourets), d'un trou en guise de fen\u00eatre et de taches de moisissures vertes sur le papier peint. Normalement, Seku et ses compagnons, Aliu et Nome, ne passent que les heures de sommeil dans cette pi\u00e8ce. <em>congo<\/em> et le reste de la journ\u00e9e avec des amis (<em>coll\u00e9gialit\u00e9<\/em>) ou de son groupe de pairs, au stade pour jouer au football ou au basket-ball, ou pour faire des courses. Pendant la saison des pluies, en revanche, l'endroit devient un refuge pour toute la famille. <em>coll\u00e9gial,<\/em> Ils se rassemblent pour se prot\u00e9ger de la pluie et transforment la petite pi\u00e8ce en une sorte de sauna naus\u00e9abond.<\/p>\n\n\n\n<p>Seku aime son <em>congo<\/em>Cela lui donne la libert\u00e9 de faire ce qu'il veut, comme amener des filles chez lui pour boire, faire la f\u00eate et vivre en g\u00e9n\u00e9ral sans l'interf\u00e9rence condamnable de son p\u00e8re ou d'autres membres de la famille. Cependant, bien qu'il ne vive plus dans la maison de son p\u00e8re et qu'il ait atteint un certain degr\u00e9 de libert\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa <em>congo<\/em>Seku reste presque totalement d\u00e9pendant de la bonne volont\u00e9 de sa famille et de ses amis pour le nourrir et le soutenir. En d'autres termes, malgr\u00e9 l'espoir id\u00e9al de pouvoir subvenir \u00e0 ses besoins, et \u00e9ventuellement de s'occuper de ses a\u00een\u00e9s et de sa propre famille, Seku, \u00e0 26 ans, partage avec le reste de mes interlocuteurs une position commune de d\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Bissau, un homme a autorit\u00e9 sur son fils si celui-ci est \u00e0 sa charge,<a class=\"anota\" id=\"anota11\" data-footnote=\"11\">11<\/a> et la p\u00e9riode de jeunesse est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9finie par le temps n\u00e9cessaire pour qu'un fils soit lib\u00e9r\u00e9 de cette d\u00e9pendance. Pour la plupart des jeunes, on consid\u00e8re que cette p\u00e9riode commence lorsque le gar\u00e7on est circoncis ou lorsqu'il commence \u00e0 <em>kunsi mindjer<\/em>et on reconna\u00eet qu'on a atteint l'\u00e2ge adulte en se mariant, ce qui est possible lorsqu'on est capable de tenir un m\u00e9nage (Fortes, 1969 : 205) ; en d'autres termes, lorsqu'on devient un \"adulte\", on a le droit de se marier. <em>mod\u00e8le<\/em>. Cependant, comme la plupart des jeunes urbains n'h\u00e9ritent pas de terres ou de ressources, ils doivent lutter pour obtenir ce statut d'ind\u00e9pendance.<a class=\"anota\" id=\"anota12\" data-footnote=\"12\">12<\/a> Et alors que les jeunes sont affect\u00e9s par leur incapacit\u00e9 \u00e0 atteindre l'autonomie et \u00e0 avancer sur la trajectoire de devenir quelqu'un socialement, les relations g\u00e9n\u00e9rationnelles tournent \u00e0 l'aigre.<\/p>\n\n\n\n<p>\"Les parents veulent garder leurs enfants sous contr\u00f4le.<a class=\"anota\" id=\"anota13\" data-footnote=\"13\">13<\/a> se plaint Seku. Mais comme elle sait que si elle d\u00e9fie le contr\u00f4le de son p\u00e8re, cela signifiera probablement qu'elle ira se coucher le ventre vide, elle se soumet pour avoir droit aux repas en faisant ce qu'on lui dit, en rendant service et en faisant des courses, mais elle se plaint am\u00e8rement de l'humiliation qu'elle subit en devant se comporter comme un homme.<em> enfant<\/em> alors qu'en r\u00e9alit\u00e9 il se consid\u00e8re d\u00e9j\u00e0 comme un <em>homme<\/em>. Lorsque je lui ai demand\u00e9 ce qu'il aimerait faire s'il le pouvait, Seku a r\u00e9pondu :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je veux \u00eatre un homme avec une t\u00eate [propre].<a class=\"anota\" id=\"anota14\" data-footnote=\"14\">14<\/a>. Je veux \u00eatre un homme respect\u00e9, un homme complet, complet, vous comprenez ? Je veux avoir ma propre maison, des enfants, une femme. Je veux un travail. Si vous avez cela, personne ne pourra vous dire que vous \u00eates jeune. Vous aurez votre propre famille, votre propre travail. Si vous \u00eates un homme complet, vous \u00eates la [seule] force au-dessus de votre t\u00eate.<a class=\"anota\" id=\"anota15\" data-footnote=\"15\">15<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Seku veut franchir le seuil de l'\u00e2ge adulte et \u00e9chapper au moratoire social de la jeunesse. Sa situation et ses aspirations ne sont pas inhabituelles parmi les jeunes de Bisau, qui vivent g\u00e9n\u00e9ralement en marge des flux de pouvoir et de ressources. En effet, dans le contexte actuel, la phrase \"alors personne ne peut vous dire que vous \u00eates jeune\" attire notre attention pr\u00e9cis\u00e9ment sur la perception g\u00e9n\u00e9rale de la jeunesse comme un stigmate, comme une cat\u00e9gorie qui acquiert un usage p\u00e9joratif lorsqu'elle est li\u00e9e \u00e0 des relations de pouvoir. Le concept encadre une interaction entre une relation d\u00e9finie par la domination, et l'utilisation de l'\u00e9tiquette \"jeune\" comme d\u00e9nigrement montre, en effet, sa distance pr\u00e9sum\u00e9e par rapport \u00e0 l'autorit\u00e9.<a class=\"anota\" id=\"anota16\" data-footnote=\"16\">16<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>De plus, en n'\u00e9tant pas \"un homme avec sa propre t\u00eate\", il attire notre attention sur la position de la jeunesse sans autorit\u00e9 et la possibilit\u00e9 de faire ce que l'on veut ; au contraire, on doit suivre les d\u00e9sirs d'un autre. \"Avoir le contr\u00f4le de sa propre t\u00eate\", une autre fa\u00e7on de le dire, implique d'avoir la libert\u00e9 de choisir, de prendre ses propres d\u00e9cisions et de suivre son propre d\u00e9sir, ce qui entre dans la cat\u00e9gorie de l'\u00e2ge adulte. Dans une perspective guin\u00e9enne, Seku n'est pas un homme complet, car il ne contr\u00f4le pas sa propre vie, ne peut pas avoir de femme, ne peut pas tenir un foyer, mais d\u00e9pend de la bonne volont\u00e9 de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En d'autres termes, la relation entre la position g\u00e9n\u00e9rationnelle des jeunes, la mobilit\u00e9 sociale et l'acc\u00e8s aux ressources est entr\u00e9e dans un cercle vicieux \u00e0 Bis\u00e1u. La r\u00e9gression continue signifie une r\u00e9duction des ressources au sein des r\u00e9seaux familiaux, ainsi qu'une diminution des emplois et des ressources au sein de la population urbaine, ce qui rend impossible l'obtention d'un revenu ad\u00e9quat pour tenter de se marier,<a class=\"anota\" id=\"anota17\" data-footnote=\"17\">17<\/a> pour subvenir aux besoins d'une famille ou, d'une mani\u00e8re ou d'une autre, pour cr\u00e9er un espace pour les enfants. <em>le m\u00e9c\u00e9nat.<\/em> Enfin, il est impossible de devenir un homme de respect, un adulte. Comme nous le verrons plus loin dans les cas de Bernardinho et de Buba, il s'agit d'une situation d'anomie g\u00e9n\u00e9rationnelle o\u00f9 il est actuellement impossible pour les jeunes d'atteindre la position et le r\u00f4le qui leur ont \u00e9t\u00e9 prescrits et que l'on attend d'eux (Merton, 1968).<a class=\"anota\" id=\"anota18\" data-footnote=\"18\">18<\/a><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bernardinho<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Bien qu'il ait subi le drame de la guerre, qu'il l'ait perdue au lieu de la gagner et qu'il ait \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9, Bernardinho est l'un des jeunes hommes les plus chanceux que j'ai rencontr\u00e9s \u00e0 Bis\u00e1u. En effet, il est aujourd'hui mieux loti que d'autres jeunes, ayant trouv\u00e9 un emploi apr\u00e8s la guerre. Mais comme il reste tout aussi incapable d'\u00e9voluer dans l'ordre des g\u00e9n\u00e9rations, il reste un bon exemple de la situation pr\u00e9caire des jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Bernardinho travaille actuellement comme aide-cuisinier dans une cantine locale. Il n'est pas pay\u00e9 en argent, mais en nourriture. \u00c0 Bis\u00e1u, il est courant de ne pas \u00eatre pay\u00e9 en argent pour un travail effectu\u00e9. Par cons\u00e9quent, de nombreux jeunes ne sont pas du tout pay\u00e9s pour les emplois et les petits boulots qu'ils effectuent, car ils sont pay\u00e9s en \u00e9change de faveurs, avant et apr\u00e8s. De plus, les employeurs sont notoirement r\u00e9ticents \u00e0 payer ce qu'ils doivent. Bernardinho semble appr\u00e9cier d'\u00eatre pay\u00e9 en nourriture, car il s'agit au moins d'une r\u00e9mun\u00e9ration tangible. Bien qu'il soit pay\u00e9 en nature (<em>in naturalia<\/em>), pour Bernardinho, son travail est quelque chose de pr\u00e9cieux, car bien qu'il soit pauvre en termes \u00e9conomiques, c'est un homme fort et bien nourri. Il est sans aucun doute plus fort et plus en forme que beaucoup d'autres jeunes que j'ai rencontr\u00e9s \u00e0 Bis\u00e1u.<\/p>\n\n\n\n<p>Bernardinho a la m\u00eame petite amie depuis deux ans que je le connais, et nos conversations ont souvent d\u00e9vi\u00e9 sur des questions de partenariat, de famille et de mariage. Un jour particulier, nous nous trouvions au comptoir d'une cantina, en train de discuter. Normalement, on y sert des boissons et de la nourriture, mais ce jour-l\u00e0, Bernardinho utilisait le comptoir pour d\u00e9couper des morceaux de foie comme s'il s'agissait de son principal (et unique) plat du soir. Pendant que nous \u00e9tions l\u00e0, le temps de couper une bonne partie des trois kilos de foie, notre conversation est pass\u00e9e de pens\u00e9es sur l'avenir \u00e0 des questions relatives aux femmes :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Il y a beaucoup de femmes en Afrique, beaucoup. Mais l'argent... il faut avoir de l'argent. Si vous avez une femme mais que vous n'avez pas d'argent, elle ira en chercher l\u00e0 o\u00f9 elle peut. Si vous ne pouvez pas lui donner [de l'argent] pour le march\u00e9,<a class=\"anota\" id=\"anota19\" data-footnote=\"19\">19<\/a> elle trouvera quelqu'un qui pourra la lui donner.<br><em>Elle vous quittera donc si vous n'avez pas d'argent ?<\/em><br>Si elle a besoin de quelque chose, o\u00f9 peut-il [son petit ami] l'obtenir ? Si vous ne le lui donnez pas, o\u00f9 peut-elle l'obtenir ? C'est la m\u00eame chose dans le mariage... C'est pourquoi il n'y a presque plus de mariages en Afrique. Vous pouvez conna\u00eetre une femme pendant dix ans, mais vous n'aurez jamais assez d'argent pour l'\u00e9pouser. Pour devenir un homme responsable, il faut se marier. Si vous n'\u00eates pas mari\u00e9, vous ne serez pas respect\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9. C'est la m\u00eame chose pour le travail. Si vous avez un travail, vous pouvez organiser votre vie, vous pouvez vous marier, et plus tard, vous pouvez fonder une famille... Mais seule une personne qui vous conna\u00eet... .... Seule une personne qui vous conna\u00eet vous donnera un emploi... De nos jours, les jeunes sont frustr\u00e9s. C'est pourquoi ils veulent partir, pour avoir un niveau de vie. Vous partez \u00e0 l'\u00e9tranger et vous pouvez envoyer de l'argent \u00e0 votre famille... Mais c'est tr\u00e8s triste, parce que vous \u00eates loin de tout le monde. C'est tr\u00e8s difficile. Les Africains ont des vies difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la chance qu'il a d'avoir obtenu une source de nourriture r\u00e9guli\u00e8re et g\u00e9n\u00e9reuse, Bernarinho ressent clairement le malaise g\u00e9n\u00e9ral de la d\u00e9t\u00e9rioration actuelle en Guin\u00e9e-Bissau, en ce sens qu'il est socialement pi\u00e9g\u00e9 et enferm\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des jeunes et sans aucune possibilit\u00e9 de mobilit\u00e9 sociale. En outre, il est parfaitement conscient que ses r\u00eaves de mariage et de mobilit\u00e9 sociale peuvent tr\u00e8s facilement se transformer en cauchemar, car au lieu de pouvoir \u00e9pouser sa petite amie avec toutes les cons\u00e9quences positives que cela aurait, il est confront\u00e9 \u00e0 la possibilit\u00e9 constante que sa petite amie le quitte pour quelqu'un d'autre qui peut subvenir \u00e0 ses besoins. En d'autres termes, il y a un terrible d\u00e9calage entre ce qui est souhaitable et ce qui est possible dans les perspectives d'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne pouvant se marier, Bernardinho n'a pas les moyens de devenir un \"homme respectable\", ce qui l'enferme dans un moratoire social de la jeunesse avec peu d'options pour s'\u00e9chapper, sauf \u00e0 quitter le pays. Cependant, la migration est elle-m\u00eame fortement d\u00e9pendante du soutien que l'on re\u00e7oit de ses propres r\u00e9seaux, non seulement pour r\u00e9unir suffisamment d'argent pour le voyage, mais aussi pour obtenir un passeport, payer un visa et \u00e9tablir des relations \u00e0 l'\u00e9tranger. Comme le montre la citation, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s que la migration implique, elle est consid\u00e9r\u00e9e par de nombreuses personnes \u00e0 Bissau comme l'un des seuls moyens - avec l'arm\u00e9e - d'avoir une vie tol\u00e9rable, soulignant qu'une sortie locale du moratoire social ne semble pas possible \u00e0 l'heure actuelle. Ou comme l'a dit mon ami Amadu, en me montrant son visa am\u00e9ricain r\u00e9cemment tamponn\u00e9 dans son passeport : \"Regarde, comme c'est pr\u00e9cieux ! J'ai tellement peur de le perdre... Tu sais, si [je le perdais et que] quelqu'un le trouvait, ce serait comme si un mort retrouvait la vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Buba<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Dans une certaine mesure, Buba se trouvait dans la m\u00eame situation que Bernardinho, mais il n'avait pas de travail et ne pouvait esp\u00e9rer obtenir de la nourriture r\u00e9guli\u00e8rement, car il d\u00e9pendait du soutien de son oncle, qui \u00e9tait de bonne volont\u00e9, et de ses maigres ressources. Les raisons pour lesquelles Buba a rejoint Aguentas \u00e9taient directement li\u00e9es \u00e0 ses r\u00e9seaux familiaux. Son oncle avait \u00e9t\u00e9 un officier \"loyal\" au pr\u00e9sident pr\u00e9c\u00e9dent et avait encourag\u00e9 Bubas \u00e0 s'enr\u00f4ler ; combin\u00e9 au fait que la plupart de ses amis partaient \u00e9galement, c'\u00e9tait une motivation suffisante pour que Buba s'enr\u00f4le. Cependant, comme le <em>Gouvernorat <\/em>avait perdu la guerre, l'oncle de Buba avait perdu ses privil\u00e8ges. Sa maison et ses biens lui ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s et il ne lui reste plus que le strict minimum pour subvenir aux besoins de Buba.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fois que j'ai rencontr\u00e9 la Buba, il \u00e9tait en mauvaise posture. Ayant affront\u00e9 la p\u00e9riode traumatisante de la fin de la guerre, il \u00e9tait nerveux et extr\u00eamement vigilant, comme une personne qui donne l'ordre de se retirer. <br>impression d'\u00eatre pi\u00e9g\u00e9 ou accul\u00e9. J'\u00e9tais terrifi\u00e9 \u00e0 l'id\u00e9e de <br>Il craignait d'\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9 et redoutait constamment d'\u00eatre arr\u00eat\u00e9 par la junte militaire. Bien qu'il ait accept\u00e9 de participer aux entretiens, nos premi\u00e8res tentatives ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuses, car il commen\u00e7ait \u00e0 chuchoter d\u00e8s que je sortais mon stylo et mon carnet, et pire encore si je mettais en marche le magn\u00e9tophone. Je dois cependant dire que Buba se trouvait dans une situation particuli\u00e8rement difficile, \u00e9tant donn\u00e9 qu'il \u00e9tait l'un des rares musulmans de Bishau \u00e0 avoir rejoint les Aguentas, et qu'il \u00e9tait d'une certaine mani\u00e8re consid\u00e9r\u00e9 comme quelqu'un qui se battait contre les siens, puisqu'une grande partie des officiers de la <em>Conseil d'administration<\/em> \u00e9taient des musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, bien que la Buba soit <em>fula<\/em> du c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re, est <em>papier<\/em> du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re, et entretient une relation \u00e9troite avec le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de sa m\u00e8re, officier de l'arm\u00e9e de l'air. <em>Gouvernorat<\/em>,<a class=\"anota\" id=\"anota20\" data-footnote=\"20\">20<\/a> la figure masculine qui est traditionnellement la plus importante du point de vue de la <em>papier<\/em>Ils sont matrilin\u00e9aires et avunculaires-locaux. De plus, sa compagne, avec qui il a un fils, est une femme. <em>papier<\/em> comme la plupart de ses amis. Lorsque je l'ai rencontr\u00e9, il \u00e9tait en compagnie de <em>papiers<\/em>tant en termes d'amiti\u00e9s que d'amours. \"Tu te fous de ma famille\", plaisante Vitor, son meilleur ami, en s'adressant \u00e0 lui, \u00e0 tous les deux. <em>papier<\/em> et Aguenta. N'\u00e9tant pas musulmane pratiquante, la Buba s'apparente parfois davantage aux <em>papier<\/em>comme beaucoup de mes autres informateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je suis retourn\u00e9 \u00e0 Bisau un an plus tard, j'ai revu Buba. Lorsque je l'avais quitt\u00e9, il vivait seul dans une petite annexe sans fen\u00eatre, construite en briques d'adobe ou en bois. <em>dubi<\/em> avec un toit en carton ondul\u00e9. La chambre avait \u00e9t\u00e9 fournie par son oncle, et tout ce que l'on pouvait dire, c'est que c'\u00e9tait mieux que rien. Cependant, il envisage de d\u00e9m\u00e9nager vers quelque chose de mieux lorsque les circonstances le permettront, pensant manifestement que des temps meilleurs sont \u00e0 port\u00e9e de main ; mais sa principale pr\u00e9occupation est sa petite amie et son b\u00e9b\u00e9. \"Lorsque je trouverai un emploi, j'emm\u00e8nerai mon fils et ma petite amie\", m'a-t-il dit lors de mon dernier entretien. J'ai quitt\u00e9 Bisau avec l'espoir que Buba am\u00e9liorerait sa vie et ses opportunit\u00e9s, qu'il trouverait un meilleur logement et qu'il serait en mesure d'\u00e9tablir une maison pour \u00eatre avec sa famille. Lorsque je suis revenue en mars 2002, j'\u00e9tais bien s\u00fbr int\u00e9ress\u00e9e de voir comment elle s'en sortait. Mais son \u00e9tat ne s'\u00e9tait gu\u00e8re am\u00e9lior\u00e9. La Buba vivait toujours seule dans l'annexe, et la possibilit\u00e9 que sa vie s'am\u00e9liore ne s'\u00e9tait pas concr\u00e9tis\u00e9e ; au contraire, elle s'\u00e9tait d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. Il avait visiblement maigri, perdu son enthousiasme et son physique, et j'avais du mal \u00e0 cacher mon inqui\u00e9tude de le voir s'affaiblir. \"Les choses ont empir\u00e9\", a-t-il dit. \"Avant, nous avions de quoi faire une piq\u00fbre par jour [un repas par jour],<a class=\"anota\" id=\"anota21\" data-footnote=\"21\">21<\/a> Mais aujourd'hui, ce n'est m\u00eame plus le cas\", a-t-il poursuivi :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Les jeunes d'ici sont d\u00e9\u00e7us. Si vous n'avez pas de travail et que votre p\u00e8re n'en a pas non plus, c'est un grand chagrin pour vous [...].<em>kansera<\/em>]. Si tu ne travailles pas, si tu n'as pas d'argent, tu ne peux pas te marier. Mon fils est l\u00e0 (il montre le quartier de Pilum). Je ne peux pas les amener... Parce que je n'ai pas de travail, je dois les laisser l\u00e0-bas. Je ne peux pas aller les chercher... Vous savez... les femmes ne peuvent pas souffrir comme les hommes. Elles ne peuvent pas laisser passer un jour ou deux sans manger. Elles ne peuvent pas ! Alors je dois les laisser l\u00e0 [dans la famille de sa femme].<\/p>\n\n\n\n<p>La situation de Buba est un bon exemple du caract\u00e8re d\u00e9sagr\u00e9able de la vie dans le cadre du moratoire social. \"Les femmes ne peuvent pas souffrir comme les hommes\" est sa fa\u00e7on d'expliquer pourquoi il ne peut pas vivre avec sa femme. Dans la mesure o\u00f9 il ne trouve pas les ressources n\u00e9cessaires pour assurer un repas par jour, il sait aussi qu'il ne peut pas r\u00e9pondre aux besoins de sa femme et de son b\u00e9b\u00e9, et qu'il ne peut donc pas satisfaire ses d\u00e9sirs affectifs, son aspiration et son obligation sociale. C'est une chose de ne pas avoir d'argent pour payer le rituel du mariage et organiser une f\u00eate de mariage, et marquer ainsi le passage de la jeunesse \u00e0 l'\u00e2ge adulte. Mais m\u00eame sans cela, la Buba ne peut pas s'occuper de son fils et de sa fianc\u00e9e. En d'autres termes, le moratoire social tel qu'il est v\u00e9cu est bien plus qu'une anomie g\u00e9n\u00e9rationnelle. Il s'agit d'un \u00e9tat de marginalisation massive, de pauvret\u00e9 abjecte, d'incapacit\u00e9 de statut social et - si nous avons de la chance - d'un \u00e9tat d'incapacit\u00e9 de statut social. <em>une injection par jour<\/em>un repas par jour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mort sociale<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Cependant, la plupart des jeunes comme Buba ne meurent pas de faim. Leur mort imminente n'est pas physique, mais sociale. Malgr\u00e9 la combinaison d\u00e9sastreuse des processus \u00e9conomiques et politiques locaux, r\u00e9gionaux et mondiaux, qui sont \u00e0 l'origine de la triste situation actuelle, Buba est toujours en mesure de se nourrir gr\u00e2ce \u00e0 ses r\u00e9seaux familiaux et amicaux afin de couvrir la plupart de ses besoins quotidiens. Cependant, il n'est pas en mesure de faire face \u00e0 ses besoins sociaux et de se conformer au processus de devenir social. Cette mort sociale, c'est-\u00e0-dire \" l'absence de possibilit\u00e9 d'une vie digne \" (Hage, 2003 : 132), est une caract\u00e9ristique sociale essentielle de la jeunesse bissau-guin\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>La raison sous-jacente de ce manque flagrant de possibilit\u00e9s et de ressources sur le terrain r\u00e9side dans la combinaison de trente ann\u00e9es de politiques locales d\u00e9sastreuses et de structures internationales g\u00e9n\u00e9ratrices d'in\u00e9galit\u00e9s. Quelle qu'en soit la cause, la cons\u00e9quence de la situation critique de la jeunesse urbaine est que la possibilit\u00e9 d'une progression significative dans la vie est devenue pratiquement inexistante. <em>Bissau murri'dja<\/em>Bis\u00e1u est d\u00e9j\u00e0 morte, disent les gens, ce qui indique qu'ils consid\u00e8rent que la stagnation et le d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral ont fig\u00e9 la ville dans un \u00e9tat de d\u00e9labrement et de privation sans avenir ; de crise, de conflit et de guerre (Gable, 1995 : 243 ; Ferguson, 1999), et le processus de d\u00e9clin et de crise semble particuli\u00e8rement grave en ce qui concerne les jeunes citadins de sexe masculin.<\/p>\n\n\n\n<p>Meyer Fortes (1984) et Claude Meillassoux (1981) ont tous deux mis en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont les jeunes hommes en Afrique luttent pour se conformer socialement en se mariant. Ils montrent comment le prix social du mariage fonctionne comme un \u00e9l\u00e9ment g\u00e9rontocratique de contr\u00f4le, comme un outil entre les mains de puissants a\u00een\u00e9s qui contr\u00f4lent l'acc\u00e8s \u00e0 la terre, \u00e0 la richesse et, surtout, \u00e0 la valeur et \u00e0 la reconnaissance sociale. Les jeunes hommes ont donc traditionnellement d\u00fb tisser des liens, faire des courses et se mettre au service d'a\u00een\u00e9s importants dans l'espoir d'une r\u00e9ciprocit\u00e9 future qui leur permettrait d'obtenir un statut social et une reconnaissance, que ce soit par le biais du mariage ou d'une autre mani\u00e8re. En d'autres termes, il n'y a rien de nouveau dans le fait que les \u00e9lites b\u00e9n\u00e9ficient des services des jeunes, mais il y a un changement entre le fonctionnement patrimonial traditionnel du pouvoir d\u00e9crit par Fortes et Meillasoux et la structuration patrimoniale actuelle du pouvoir dans l'Afrique de l'Ouest contemporaine (Eisenstadt, 1964 ; Bayart, 1993 ; Richards, 1996 ; Bangura, 1997). La situation \u00e9conomique actuelle \u00e0 Bissau est si d\u00e9sastreuse que seuls quelques anciens ont la possibilit\u00e9 d'h\u00e9riter de leurs terres ou de leurs revenus. Et le paysage politique de Bisau est tel que les retours r\u00e9ciproques ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement r\u00e9duits au point de n'\u00eatre plus que de lointaines possibilit\u00e9s. En d'autres termes, comme les jeunes urbains n'h\u00e9ritent pas de terres \u00e0 cultiver et \u00e0 installer, ni ne b\u00e9n\u00e9ficient des services d'un \u00c9tat r\u00e9duit, leur vie se caract\u00e9rise par un manque aigu d'options sociales (Ferguson, 1999 ; Utas, 2003).<\/p>\n\n\n\n<p>En n'ayant pas acc\u00e8s aux ressources (mat\u00e9rielles et symboliques) n\u00e9cessaires pour \u00eatre une <em>homi compl\u00e8te<\/em>En tant qu'homme complet, la grande majorit\u00e9 des jeunes hommes de Bissau se sont conform\u00e9s \u00e0 ce que l'on a appel\u00e9 la g\u00e9n\u00e9ration perdue, un groupe de \"jeunes hommes [qui] ont termin\u00e9 leurs \u00e9tudes, n'ont pas d'emploi dans le secteur formel, ne sont pas encore en mesure de fonder un foyer ind\u00e9pendant\" (O'Brien, 1996 : 57 ; Seekings, 1996). Dans ce contexte de d\u00e9t\u00e9rioration, le flux de ressources entre les g\u00e9n\u00e9rations s'est ralenti et la capacit\u00e9 de l'\u00c9tat \u00e0 fournir des voies de mobilit\u00e9 sociale s'est arr\u00eat\u00e9e, les hommes urbains sont rest\u00e9s coinc\u00e9s dans la position sociale de jeunes sans possibilit\u00e9 d'atteindre l'\u00e2ge adulte.<a class=\"anota\" id=\"anota22\" data-footnote=\"22\">22<\/a> Ils sont incapables d'atteindre l'\u00e9lan et le progr\u00e8s de vie socialement et culturellement souhait\u00e9s et attendus, ce qui entra\u00eene une mort sociale (temporaire), un moratoire social.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du patrimonialisme \u00e0 l'\u00e9conomie de l'affection<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Ce que nous avons vu jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, c'est que la position sociale des jeunes hommes \u00e0 Bis\u00e1u est caract\u00e9ris\u00e9e par l'enfermement social, l'absence de mobilit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle et d'opportunit\u00e9s de vie et, pire que tout, l'impossibilit\u00e9 de devenir socialement quelqu'un. La vie de la plupart des jeunes hommes avec lesquels je me suis entretenu \u00e0 Bis\u00e1u ressemble \u00e0 la position sociale probl\u00e9matique du <em>blufo,<\/em> d\u00e9crits dans le paragraphe d'introduction de cet article, car ils portent le fardeau et le stigmate de l'immobilit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle et de la stagnation sociale, c'est-\u00e0-dire qu'ils sont confin\u00e9s dans une position sociale et g\u00e9n\u00e9rationnelle qui, id\u00e9alement, devrait \u00eatre transcend\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour \u00e9viter l'\u00e9cueil d'une jeunesse soit radicalement pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e, soit anim\u00e9e par sa propre initiative, il faut aller au-del\u00e0 de la mise en \u00e9vidence de cette situation probl\u00e9matique des jeunes hommes de Bis\u00e1u. Les jeunes n'assument \u00e9videmment pas leur marginalit\u00e9 ; aussi, apr\u00e8s avoir \u00e9clair\u00e9 la position sociale des jeunes \u00e0 Bis\u00e1u, je tournerai mon regard vers les mani\u00e8res dont les jeunes cherchent \u00e0 \u00e9chapper au moratoire social de la jeunesse et \u00e0 poursuivre l'accomplissement de leur existence. Pour ce faire, je porterai mon attention sur les <em>possibilit\u00e9s<\/em> et le <em>praxis<\/em> Je mettrai en lumi\u00e8re les relations et les r\u00e9seaux sociaux \u00e0 travers lesquels les jeunes naviguent pour parvenir \u00e0 une existence sociale positive.<\/p>\n\n\n\n<p>En se concentrant sur les possibilit\u00e9s de naviguer dans l'espace - ou le non-espace - politique de la jeunesse \u00e0 Bissau, il existe id\u00e9alement trois options plus ou moins disponibles (et souvent interconnect\u00e9es) pour les jeunes hommes souhaitant r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins mat\u00e9riels et sociaux ; il s'agit des options suivantes <em>migration<\/em>les <em>\u00e9conomie d'affection<\/em> et le <em>patrimonialisme<\/em>. Parmi celles-ci, la migration appara\u00eet comme la plus souhaitable mais la plus difficile \u00e0 r\u00e9aliser, car elle n\u00e9cessite des ressources consid\u00e9rables, non seulement pour payer le voyage, mais aussi pour <em>graisse<\/em> tout le syst\u00e8me o\u00f9 l'on vous fournit un passeport et un visa. Cependant, l'immigration vous permet de devenir quelqu'un, <em>un algin<\/em>. En d'autres termes, en devenant migrants, les jeunes esp\u00e8rent obtenir un montant ad\u00e9quat de ressources pour cr\u00e9er un espace de patronage (un domaine au sein de la sph\u00e8re sociale), pour soutenir un m\u00e9nage et une famille \u00e9largie en Guin\u00e9e-Bissau. Ironiquement, cependant, le prix \u00e0 payer pour une am\u00e9lioration rapide du statut dans le pays d'origine sera de devoir minimiser les contacts avec le m\u00e9nage que l'on soutient et d'\u00eatre plac\u00e9 au niveau de statut le plus bas dans le pays d'accueil dans le Nord.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l'\u00e9conomie de l'affection au patrimonialisme<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Un jeune actif peut \u00e9galement satisfaire ses besoins gr\u00e2ce \u00e0 l'\u00e9conomie de l'affection et des obligations (Hyd\u00e9n, 1983 ; Louren\u00e7o-Lindell, 1996), en esp\u00e9rant que la famille, les amis, les r\u00e9seaux religieux et ethniques le nourriront en cas de besoin et - avec un peu de chance - lui permettront d'obtenir un h\u00e9ritage d'une certaine valeur. Mais, comme nous l'avons vu, en raison d'une d\u00e9t\u00e9rioration prolong\u00e9e, les jeunes ont r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9s dans cette \u00e9conomie de l'affection, au point qu'ils se trouvent en bas de la liste des obligations, c'est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 les familles et les r\u00e9seaux nucl\u00e9aires sont le moins oblig\u00e9s de les nourrir et de les soutenir financi\u00e8rement. Beaucoup de jeunes survivent gr\u00e2ce \u00e0 l'\u00e9conomie de l'affection. Mais il est important de noter que les relations familiales sont utilis\u00e9es pour r\u00e9pondre aux besoins imm\u00e9diats, plut\u00f4t que pour sortir du moratoire social. En effet, rares sont ceux qui parviennent \u00e0 tirer des r\u00e9seaux familiaux des ressources suffisantes pour assurer leur avenir. <em>Si bu familia ka tene...., <\/em>\"Si votre famille n'a pas...\", disent les gens, sans qu'il soit n\u00e9cessaire de compl\u00e9ter la phrase, car l'adversit\u00e9 qui en r\u00e9sulte est \u00e9vidente.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Possibilit\u00e9s (im)patrimoniales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">\"Si votre famille n'a pas...\" signifie qu'il vous sera plus difficile d'\u00e9chapper au moratoire social, lorsque les quelques ressources sont entre les mains de quelques patrons, <em>homi garandis<\/em>Le gouvernement guin\u00e9en, qui contr\u00f4le l'acc\u00e8s et le flux des ressources ainsi que leur circulation dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne.<a class=\"anota\" id=\"anota23\" data-footnote=\"23\">23<\/a> Comme les jeunes n'ont g\u00e9n\u00e9ralement pas acc\u00e8s aux ressources n\u00e9cessaires \u00e0 l'entretien d'un m\u00e9nage par le biais des r\u00e9seaux familiaux, l'une des seules possibilit\u00e9s qui leur reste est de trouver le soutien d'un employeur fortun\u00e9 et d'entrer ainsi dans un r\u00e9seau patrimonial. Le patrimonialisme a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par Bangura comme suit<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">un syst\u00e8me de distribution des ressources qui lie les b\u00e9n\u00e9ficiaires ou les clients aux objectifs strat\u00e9giques des bienfaiteurs ou des m\u00e9c\u00e8nes. Dans la distribution du \"patrimoine\", ou des ressources publiques, les m\u00e9c\u00e8nes et les clients attachent plus d'importance aux loyaut\u00e9s personnelles qu'aux r\u00e8gles bureaucratiques qui devraient en tout \u00e9tat de cause r\u00e9gir la distribution de ces ressources (Bangura 1997 : 130).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il existe un continuum dans la navigation, depuis les relations d'affection et les r\u00e9seaux ferm\u00e9s d'obligations jusqu'aux r\u00e9seaux patrimoniaux authentiques, qui, en tant que structures sociopolitiques, distribuent les ressources publiques sur la base de relations personnelles, en passant par les relations patron-client. Les jeunes qui cherchent \u00e0 faire partie d'une faction politique le font en essayant d'\u00e9tablir une relation r\u00e9ciproque avec un patron quelque part dans le r\u00e9seau patrimonial, et ils savent qu'ils devront se soumettre et se frayer un chemin p\u00e9niblement \u00e0 travers ces r\u00e9seaux avant d'avoir une chance d'en b\u00e9n\u00e9ficier effectivement. En d'autres termes, la plupart de mes informateurs survivaient gr\u00e2ce \u00e0 l'\u00e9conomie de l'affection et des obligations, tout en cherchant les moyens de nouer des liens patrimoniaux et de s'assurer ainsi la possibilit\u00e9 de prendre en charge \u00e0 la fois leurs besoins mat\u00e9riels et sociaux ainsi que leur situation imm\u00e9diate et future. Mais, compte tenu de la raret\u00e9 des ressources, il est de plus en plus difficile d'acc\u00e9der \u00e0 l'\u00e9conomie de l'affection et aux r\u00e9seaux patrimoniaux, car en temps de crise, ceux-ci se concentrent sur eux-m\u00eames (Douglas, 1987 : 123) ; ainsi, pour de nombreux jeunes, \u00eatre exploit\u00e9 par un employeur \u00e0 travers un \u00e9change in\u00e9gal de ressources, de faveurs et d'obligations est le mieux auquel ils puissent aspirer (Hinkelammert, 1993), dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative incite \u00e0 une relation sociale au moins avec la possibilit\u00e9 de r\u00e9ciprocit\u00e9 (Sahlins, 1974), fournit aux jeunes affili\u00e9s un r\u00e9seau patrimonial et une opportunit\u00e9 d'am\u00e9liorer leur vie \u00e0 l'avenir et d'acqu\u00e9rir du capital social (Bourdieu, 1986). Au-del\u00e0 de la condition d'exploitation, la relation rec\u00e8le, en d'autres termes, une possibilit\u00e9.<a class=\"anota\" id=\"anota24\" data-footnote=\"24\">24<\/a> Au fur et \u00e0 mesure que les ressources diminuent, les jeunes sont de plus en plus contraints de chercher \u00e0 entrer dans des r\u00e9seaux d'actifs afin de sortir du moratoire social. Les r\u00e9seaux familiaux peuvent assurer l'essentiel, mais ils ne soutiennent pas, et ne peuvent pas soutenir, ceux qui cherchent \u00e0 devenir des citoyens \u00e0 part enti\u00e8re. <em>homi compl\u00e8te<\/em>un homme complet, comme on dit en cr\u00e9ole. C'est pourquoi les jeunes doivent aller \u00e0 la recherche de r\u00e9seaux patrimoniaux avec lesquels ils peuvent naviguer pour am\u00e9liorer leur situation et leurs chances de vie.<a class=\"anota\" id=\"anota25\" data-footnote=\"25\">25<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du patrimonialisme au militarisme<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">En naviguant ou en traversant les r\u00e9seaux, de l'\u00e9conomie de l'affection (et ses obligations), en passant par le patrimonialisme, il appara\u00eet que ce n'est pas seulement la principale voie d'acc\u00e8s aux ressources, de l'obtention d'un billet pour l'Europe \u00e0 celle d'un repas quotidien, mais en fait la seule voie. Mais en pr\u00eatant une attention particuli\u00e8re \u00e0 la mani\u00e8re dont les jeunes planifient leurs trajectoires de vie et prennent soin de leurs besoins, imm\u00e9diats et futurs, il devient clair que ce n'est pas un r\u00e9seau patrimonialiste sp\u00e9cifique qui est central, mais la perspective de la mobilit\u00e9 sociale. L'attention port\u00e9e \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de clarifie la mesure dans laquelle mes informateurs naviguent dans les possibilit\u00e9s ouvertes par les all\u00e9geances politiques, mais ne sont pas li\u00e9s par des all\u00e9geances factionnelles.<a class=\"anota\" id=\"anota26\" data-footnote=\"26\">26<\/a> La turbulence de la politique des factions produit ce que Dahrendorf appellerait les choix sociaux qui r\u00e9v\u00e8lent les liens et les r\u00e9seaux sociaux que les jeunes utiliseront pour naviguer (1979),<a class=\"anota\" id=\"anota27\" data-footnote=\"27\">27<\/a> et mes informateurs sont attentifs, non pas aux leaders charismatiques ou \u00e0 l'id\u00e9ologie, mais aux possibilit\u00e9s sociales et aux chances de vie qui \u00e9mergent \u00e0 la suite de la concurrence entre les r\u00e9seaux. Il s'agit du mouvement \"politique\", qui fait contrepoids \u00e0 notre conception \"normale\" et hi\u00e9rarchique de l'\u00c9tat et \u00e0 l'id\u00e9e que le mouvement au sein des structures politiques est motiv\u00e9 et diff\u00e9renci\u00e9 sur le plan id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>En regardant \"d'en bas\" ou \"de l'int\u00e9rieur\", nous ne voyons pas d'ordre politique ou d'\u00c9tat particulier \u00e0 Bisau, mais plut\u00f4t des r\u00e9seaux rhizomatiques et des possibilit\u00e9s de mouvement qui traversent et coupent les barri\u00e8res id\u00e9ologiques, les d\u00e9marcations de l'\u00c9tat et les fronti\u00e8res nationales. L'\u00c9tat en Afrique est \" un espace pluriel d'interactions et de d\u00e9clarations [qui] n'existe pas au-del\u00e0 des usages qu'en font tous les groupes sociaux, y compris les plus subordonn\u00e9s \" ; c'est \" un \u00e9tat de polarisation variable \" (Bayart, 1993 : 252), avec des gens qui tentent de naviguer dans ces \u00e9tats de polarisation variable, imaginant de nouvelles trajectoires politiques et se d\u00e9pla\u00e7ant entre des r\u00e9seaux interconnect\u00e9s, alors qu'ils sont impliqu\u00e9s dans la politique de survie et la recherche de leur identit\u00e9 sociale. L'espace politique des jeunes \u00e0 Bis\u00e1u est d\u00e9fini de mani\u00e8re factionnelle et patrimoniale, car ces variables sont les seules options disponibles pour \u00e9chapper au moratoire social et chercher \u00e0 construire une identit\u00e9 sociale. <em>domaine<\/em> au sein de la <em>terrain<\/em> (Vigh, 2003). Il est tragiquement ironique que, dans cette perspective, les jeunes soient enferm\u00e9s dans une position sociale au sein d'une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s agit\u00e9e socialement et politiquement. Mais comme nous le verrons, il existe une situation qui desserre toutes les configurations durcies et ouvre les r\u00e9seaux ferm\u00e9s : la guerre ou l'intensification des conflits. Si l'on fait abstraction de la contraction normale \u00e0 laquelle conduisent les crises et du fait que les structures patrimoniales s'ouvrent normalement aux jeunes dans de telles situations, ceux-ci cessent dans une certaine mesure d'\u00eatre des \u00e9l\u00e9ments secondaires de l'existence et deviennent des agents primaires de la d\u00e9fense de leur acc\u00e8s aux ressources et de leurs positions de distribution. De m\u00eame que la militarisation des politiques patrimoniales les transforme en politiques militaristes, il s'ensuit que les r\u00e9seaux consid\u00e9r\u00e9s commencent \u00e0 offrir un parrainage en \u00e9change d'une d\u00e9fense,<a class=\"anota\" id=\"anota28\" data-footnote=\"28\">28<\/a> fournir des voies alternatives pour sortir du moratoire social sur la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que nous avons vu jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, c'est comment la jeunesse est devenue un espace d'enfermement dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9t\u00e9rioration \u00e9conomique continue a rendu difficile pour un jeune de tracer son destin le long de trajectoires de vie prescrites et d\u00e9sir\u00e9es. Cependant, que ce soit en termes de capitaux symboliques, culturels ou \u00e9conomiques, les agents tenteront toujours de s'assurer un niveau de vie acceptable, et nous devons donc \u00e9tendre notre recherche actuelle pour examiner comment les jeunes tentent de survivre lorsque les r\u00e9seaux se sont contract\u00e9s presque au minimum et que les ressources ont \u00e9t\u00e9 mur\u00e9es et mises hors de leur port\u00e9e. En cr\u00e9ole, la r\u00e9ponse est offerte par un terme qui est \u00e0 la fois une institution culturelle, une auto-identification et une praxis. La r\u00e9ponse est <em>dubriagem<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Dubriagem<\/em> et la navigation sociale<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">J'ai d\u00e9couvert le mot <em>dubriagem<\/em><a class=\"anota\" id=\"anota29\" data-footnote=\"29\">29<\/a> Je parlais \u00e0 Pedro et Justino de leurs chances de vie (Dahrendorf, 1979) \u00e0 la lumi\u00e8re de la d\u00e9t\u00e9rioration d\u00e9sastreuse de Bis\u00e1u et de la pr\u00e9diction d\u00e9courageante d'autres probl\u00e8mes. Alors qu'ils dressaient un tableau des difficult\u00e9s qui caract\u00e9risaient leur situation de jeunes urbains - ch\u00f4mage, conflit et pr\u00e9carit\u00e9 - un mot est apparu qui s'est imm\u00e9diatement transform\u00e9 en une liste d'actions et de relations qui servaient \u00e0 obtenir un emploi, de la nourriture, ou simplement \u00e0 s'en sortir. Lorsque je les ai interrog\u00e9s sur ce mot, que je ne connaissais pas, Pedro et Justino ont r\u00e9pondu \u00e0 l'unisson : \"...\".<em>dubria, dubria\".<\/em> Peter a poursuivi : \"<em>dubria<\/em>... est le mouvement, le dynamisme, <em>dynamisme<\/em>\", a-t-il d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs tentatives pour m'expliquer verbalement le concept ont cependant \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9pass\u00e9es par leurs mouvements corporels. Pendant qu'ils parlaient, Peter avait commenc\u00e9 \u00e0 bouger le haut de son corps dans un balancement rythmique d\u00e9sordonn\u00e9. On aurait dit qu'il boxait contre son ombre, balan\u00e7ant son torse d'avant en arri\u00e8re comme s'il esquivait des coups et des pouss\u00e9es invisibles. Ce n'est que plus tard que j'ai compris qu'en fait, ce qu'il esquivait, c'\u00e9tait les coups et les pouss\u00e9es des forces sociales. Sa m\u00e9taphore de la boxe de l'ombre \u00e9tait une description incarn\u00e9e de la mani\u00e8re dont on se d\u00e9place dans un environnement social en mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le dit Pedro,<em> dubriagem <\/em>est <em>dynamisme<\/em>Une qualit\u00e9 dynamique de l'attention et la capacit\u00e9 d'agir en relation avec le mouvement du terrain social dans lequel la vie est int\u00e9gr\u00e9e (Waage, 2002). Il s'agit d'un mouvement l\u00e0 o\u00f9 il y a un mouvement, qui exige une \u00e9valuation des dangers et des possibilit\u00e9s (Waage, 2002).<em> imm\u00e9diat<\/em> ainsi que la capacit\u00e9 d'anticiper le d\u00e9roulement du terrain social et de tracer et concr\u00e9tiser ce mouvement du pr\u00e9sent vers l'avenir. <em>imagin\u00e9<\/em>. Dans cette perspective, il s'agit autant de l'esquisse d'une trajectoire que de sa concr\u00e9tisation. Elle est donc \u00e0 la fois l'acte d'analyser les possibilit\u00e9s d'un environnement social, d'y dessiner des trajectoires et de les concr\u00e9tiser dans la praxis. En tant que telle, elle d\u00e9signe \u00e0 la fois l'action qui permet de survivre ici et maintenant, et celle qui permet d'avancer dans un futur imagin\u00e9 vers des possibilit\u00e9s et des opportunit\u00e9s de vie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Dubriagem<\/em> se r\u00e9f\u00e8re donc \u00e0 la praxis de la survie imm\u00e9diate, ainsi qu'\u00e0 l'acquisition d'une perspective sur les possibilit\u00e9s sociales changeantes et les trajectoires possibles. Simultan\u00e9ment, il s'agit de la pratique de la conduite (<em>naviguer<\/em>) sur une route \u00e0 travers des circonstances sociopolitiques opaques ou changeantes, ainsi que le processus de planification de la route ; ainsi, bien que la mobilisation militaire puisse sembler \u00eatre une voie directe vers la destruction physique, elle peut en fait s'av\u00e9rer \u00eatre une br\u00e8che indirecte dans la construction d'un futur \u00eatre social.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Vous avez dit que vous aviez rejoint les Aguentas \"pour sauver votre vie\".<a class=\"anota\" id=\"anota30\" data-footnote=\"30\">30<\/a> Qu'est-ce que c'est ?<br><br>Si vous \u00eates n\u00e9 ici [\u00e0 Bisau] et que vous n'avez rien, si votre famille n'a rien, [alors] vous devez vous occuper de votre vie. Vous devez faire dubria. Si vous ne faites pas de dubria pour votre vie, vous ne pourrez pas voir pour votre vie.<br><br>Voir quoi ?<br><br>[Ta vie ! Moi... Si je ne fais pas dubria, je n'aurai pas... Je continuerai comme \u00e7a, sans argent.<\/p>\n\n\n\n<p>La citation ci-dessus attire notre attention sur la relation entre <em>dubriagem<\/em>Devenir un \u00eatre social et se d\u00e9barrasser du moratoire social. Pour \"prendre ma vie en main\" et pour devoir <em>dubria<\/em> Pour y parvenir, il souligne que Carlos doit s'ouvrir et naviguer sur un chemin trac\u00e9 dans un environnement opaque et changeant. Ses propos illustrent la mani\u00e8re dont il s'est engag\u00e9 dans un processus de d\u00e9senchev\u00eatrement des structures et des relations qui l'enfermaient, ainsi que dans une trajectoire d'envol vers un avenir pr\u00e9figur\u00e9. Ensuite<em> dubriagem<\/em> signifie qu'il faut se tenir \u00e0 l'\u00e9cart des dangers sociaux imm\u00e9diats tout en orientant sa propre vie, dans un environnement social changeant et incertain, vers de meilleures perspectives d'avenir et opportunit\u00e9s de vie. Comme le dit Adilson :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Pourquoi \u00eates-vous entr\u00e9 \u00e0 Aguentas ?<br><br>Parce que j'ai compris qu'elles [les forces gouvernementales] pouvaient m'apporter un jour de changement [dia di seku]....<a class=\"anota\" id=\"anota31\" data-footnote=\"31\">31<\/a> Apr\u00e8s... apr\u00e8s la guerre, si tout s'\u00e9tait bien pass\u00e9 et que nous avions gagn\u00e9, nous aurions quelque chose... Si vous aviez atteint un bon niveau, vous recevriez de l'argent qui vous permettrait d'entrer \u00e0 la bourse, ils vous trouveraient un emploi.<br><br>Ont-ils dit quel emploi ou simplement un emploi ?<br><br>Je ne travaille qu'\u00e0 l'ext\u00e9rieur, quelque part \u00e0 l'\u00e9tranger.<br><br>O\u00f9 vouliez-vous aller ?<br><br>Dans n'importe quel pays o\u00f9 ils pourraient m'envoyer.<br><br>En Afrique ou en Europe ?<br><br>Non, en Europe (Adilson).<\/p>\n\n\n\n<p>Le recrutement a offert - et offre - \u00e0 Adilson une issue \u00e0 l'impasse actuelle. \u00c0 34 ans, il est l'un des Aguentas les plus \u00e2g\u00e9s que je connaisse, mais comme il n'a pas de maison \u00e0 lui, pas de travail, pas de femme et m\u00eame pas la capacit\u00e9 de s'occuper de lui-m\u00eame, il est pi\u00e9g\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des jeunes. En acc\u00e9dant \u00e0 un r\u00e9seau patrimonial par le biais du recrutement, Adilson a vu une opportunit\u00e9 de changer sa vie et d'am\u00e9liorer ses chances. Il a vu une opportunit\u00e9 de se repositionner socialement et d'entreprendre un processus par lequel il est devenu un \u00eatre social en r\u00e9alisant cette absence qui est la plus pr\u00e9cieuse en Guin\u00e9e-Bissau : cet espace vide laiss\u00e9 par la migration (Pink, 2001 : 103 ; Gable, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que d'\u00eatre li\u00e9e \u00e0 la cupidit\u00e9 ou \u00e0 une r\u00e9compense \u00e9conomique imm\u00e9diate, ou de devenir un exemple radical de la nature active et d\u00e9termin\u00e9e de la jeunesse en question, la mobilisation militaire est, en d'autres termes, li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alisation possible du soi social, ce qui est tr\u00e8s clair dans la citation suivante de Paulo :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Lorsque la guerre se d\u00e9roulait \u00e0 Prabis... beaucoup de gens sont all\u00e9s \u00e0 Prabis, beaucoup de gens sont all\u00e9s l\u00e0-bas... Pendant que nous \u00e9tions l\u00e0-bas [et] nous pouvions entendre comment ils s'entretuaient, nous pouvions entendre comment il y avait une guerre l\u00e0-bas. Alors, pendant que nous \u00e9tions l\u00e0-bas, nous nous disions : \"Nous sommes intelligents, nous pouvons aller rejoindre les troupes, nous pouvons devenir quelqu'un de grand rapidement\". Nous pouvons rapidement devenir quelqu'un d'important\".<\/p>\n\n\n\n<p>La citation ci-dessus illustre l'\u00e9valuation tactique des possibilit\u00e9s pr\u00e9sentes et futures qui sont associ\u00e9es \u00e0 l'acte de recrutement. Entrer dans l'arm\u00e9e pour \"voir pour sa vie\", c'est-\u00e0-dire pour voir clairement quelles sont les possibilit\u00e9s de mouvement et les trajectoires possibles, serait une description commune de la motivation qui a pouss\u00e9 \u00e0 rejoindre Aguentas. Cependant, la mobilisation de Paulo ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le signe qu'il est un \"militaire\".<em>perdre une mol\u00e9cule<\/em>(Kaplan in Richards, 1996), mais au contraire comme un exemple de la fa\u00e7on dont les jeunes ont repris le mouvement des forces sociales et navigu\u00e9 tactiquement dans l'espace ouvert par les strat\u00e9gies de guerre des autres, ce qui en Guin\u00e9e-Bissau est litt\u00e9ralement \"...\" (Kaplan in Richards, 1996).<em>dubria<\/em>(r) de sa vie\".<a class=\"anota\" id=\"anota32\" data-footnote=\"32\">32<\/a> <em>No kai na dubria, <\/em>nous [Aguentas] nous sentons quand nous essayons de <em>dubria<\/em>r, a d\u00e9clar\u00e9 Paulo lors de ma visite \u00e0 l'automne 2003, et la moiti\u00e9 des jeunes hommes recrut\u00e9s pour rejoindre Aguentas \u00e9taient tomb\u00e9s sur le champ de bataille. Ainsi, bien que la tactique de Paulo ait \u00e9chou\u00e9 lamentablement, son histoire offre une bonne description de la mani\u00e8re dont une jeunesse urbaine a cherch\u00e9 \u00e0 naviguer dans la guerre comme dans un moment vital (Johnson-Hanks, 2002). Il nous montre que la mobilisation est dirig\u00e9e \u00e0 la fois vers les <em>imm\u00e9diat<\/em> comme vers le <em>imagin\u00e9<\/em>La jeunesse de la jeunesse, qui cherche \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la mort sociale de la jeunesse, \u00e0 augmenter ses propres chances de vie et \u00e0 gagner de la force en devenant un \u00eatre social.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la navigation est centr\u00e9e sur le proche et le lointain, sur un ici et un l\u00e0 (Certeau, 1988 : 99). Lorsque nous naviguons, nous imaginons et tra\u00e7ons un itin\u00e9raire \u00e0 travers des terrains sociaux instables, en traversant simultan\u00e9ment la prochaine vague ou le prochain obstacle et en n\u00e9gociant les nombreux autres qui se pr\u00e9senteront en cours de route sur le chemin trac\u00e9.<a class=\"anota\" id=\"anota33\" data-footnote=\"33\">33<\/a> De m\u00eame, l'engagement des jeunes dans la guerre est moins d\u00e9concertant si nous ne le voyons pas uniquement en relation avec des gratifications imm\u00e9diates, mais si nous le situons dans le cadre d'une \u00e9valuation des besoins et des possibilit\u00e9s imm\u00e9diats et futurs li\u00e9s \u00e0 un terrain mouvant et instable. La navigation sociale nous permet ainsi de voir le chemin sur lequel nous nous d\u00e9pla\u00e7ons au milieu de circonstances sociales changeantes. Elle repr\u00e9sente ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui consiste \u00e0 se confronter \u00e0 un terrain qui nous confronte en m\u00eame temps ou, d'un point de vue cin\u00e9tique, \u00e0 se d\u00e9placer au milieu d'un \u00e9l\u00e9ment qui nous fait bouger en m\u00eame temps.<a class=\"anota\" id=\"anota34\" data-footnote=\"34\">34<\/a> En tant que tel, le concept de navigation sociale est particuli\u00e8rement appropri\u00e9 pour guider la praxis dans des situations de changement et de perturbation, car il nous \u00e9loigne de la fausse image de la planification et de la praxis comme s'il s'agissait de s\u00e9quences diff\u00e9rentes le long d'un mouvement cartographi\u00e9 dans des champs stables.<a class=\"anota\" id=\"anota35\" data-footnote=\"35\">35<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En d'autres termes, pour comprendre la mobilisation des jeunes d'Aguentas, nous devons relier leur engagement dans la guerre \u00e0 un espace de chances de vie minimales dans lequel ils sont confin\u00e9s, au terrain social mouvant qu'ils habitent - comme le montre l'accent mis sur le fait de devenir un \u00eatre social - et \u00e0 la r\u00e9alisation future de l'\u00eatre social qu'ils ont l'intention de construire. \u00c9tant donn\u00e9 qu'il s'agit d'un stratag\u00e8me visualis\u00e9 et imm\u00e9diat pour atteindre le but tout en d\u00e9pla\u00e7ant simultan\u00e9ment le terrain social, le concept de navigation sociale offre des aper\u00e7us profonds pr\u00e9cis\u00e9ment sur l'interaction ou le jeu entre les structures objectives et l'initiative subjective. Cela nous permet de comprendre les tactiques opportunistes, parfois fatalistes, par lesquelles les jeunes s'efforcent d'\u00e9largir leurs horizons dans un monde de conflits, de bouleversements et de ressources r\u00e9duites ou diminu\u00e9es, et donc de comprendre les fa\u00e7ons dont ils cherchent \u00e0 naviguer dans les r\u00e9seaux et les \u00e9v\u00e9nements alors que le terrain social dans lequel leur vie s'inscrit oscille entre la paix, les conflits et (parfois) la guerre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Nous suivons tous de multiples trajectoires dans notre vie pour devenir des \u00eatres sociaux (<em>devenir social<\/em>) en les reliant \u00e0 des id\u00e9es de personnalit\u00e9 d\u00e9finies par la culture, prescrites par la soci\u00e9t\u00e9 et\/ou souhait\u00e9es. L'accent mis sur les Aguentas et les jeunes hommes de Bissau montre que de nombreuses id\u00e9es sont enracin\u00e9es dans la dynamique g\u00e9n\u00e9rationnelle. Le fait de devenir un \u00eatre social est directement li\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration. Dans ce contexte, le concept de jeunesse doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 dans une perspective g\u00e9n\u00e9rationnelle, sous les deux angles : comment les autres d\u00e9finissent les jeunes et comment ils se d\u00e9finissent eux-m\u00eames. La jeunesse se d\u00e9finit de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rationnelle, et pas seulement de mani\u00e8re chronologique. Et nous ne devrions pas revenir \u00e0 l'id\u00e9e statique et compartiment\u00e9e des \u00e9tapes de la vie, mais pr\u00eater attention \u00e0 la dynamique g\u00e9n\u00e9rationnelle qui nous permet de voir comment les jeunes visualisent et tracent leurs trajectoires de vie, s'effor\u00e7ant d'atteindre l'\u00e2ge adulte et de r\u00e9aliser leur statut social (<em>\u00eatre social<\/em>). Ils orientent leur vie vers le capital social, symbolique et \u00e9conomique de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9chapper au moratoire social de la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que nous avons vu, lorsque nous portons notre attention sur les jeunes Aguentas et Bis\u00e1u en g\u00e9n\u00e9ral, c'est un groupe d'agents dont les possibilit\u00e9s de vie et les opportunit\u00e9s sont extr\u00eamement limit\u00e9es. Cependant, ils essaient constamment de naviguer sur le terrain social dans lequel ils sont positionn\u00e9s ou situ\u00e9s en essayant de relier le mouvement de l'environnement sociopolitique aux possibilit\u00e9s et liens sociaux changeants. Ce qui se passe dans les situations de conflit et de guerre \u00e0 Bissau, c'est que lorsque celles-ci se militarisent, les r\u00e9seaux patrimoniaux commencent \u00e0 mobiliser les jeunes pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats. Les r\u00e9seaux, auparavant inaccessibles \u00e0 la plupart des jeunes, commencent \u00e0 offrir une protection \u00e0 leurs clients en \u00e9change de leur d\u00e9fense. Et ce patronage offre en retour des possibilit\u00e9s pour l'avenir. Cela permet aux jeunes de commencer \u00e0 \"voir pour leur vie\" et d'\u00e9viter la mort sociale, transformant la mobilisation en un possible \"jour de changement\", un \"jour de changement\". <em>dia di seku <\/em>qui ouvre des perspectives et permet au jeune homme d'\u00e9chapper au moratoire social. La mobilisation des Aguentas est un exemple de la mani\u00e8re dont un jeune homme, un gar\u00e7on urbain de Bis\u00e1u, trouve un \u00e9quilibre entre la mort sociale et les opportunit\u00e9s de vie violente.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Abdullah, Ibrahim (1997). \u201cBush Path to Destruction: The Origin and Character of the Revolutionary United Front (<span class=\"small-caps\">ruf<\/span>\/<span class=\"small-caps\">sl<\/span>)\u201d. <em>Africa Development<\/em>, vol. 22, n\u00fam. 3-4, pp. 45-76. https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0022278X98002766<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Argenti, Nicolas (1998). \u201cAir Youth: Performance, Violence and the State in Cameroon\u201d. <em>Journal of the Royal Anthropological Institute,<\/em> vol. 4, n\u00fam. 4, pp. 753-782. https:\/\/doi.org\/10.2307\/3034831<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bangura, Yusuf (1997). \u201cUnderstanding the Political and Cultural Dynam-ics of the Sierra Leone War: A Critique of Paul Richards\u2019 <em>Fighting for the Rain Forest<\/em>\u201d. <em>Africa Development<\/em>, vol. 22, n\u00fam. 3-4, pp. 117-148.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Barbosa, Livia N. 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Ses recherches portent sur les trajectoires des jeunes dans les zones de conflit en Afrique de l'Ouest et en Europe, et il s'est r\u00e9cemment int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l'\u00e9tude de la migration des migrants africains sans papiers en Europe et aux r\u00e9seaux qu'ils d\u00e9veloppent pour survivre et dans lesquels ils se retrouvent pi\u00e9g\u00e9s.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet article, j'examine le recrutement militaire des jeunes urbains en Afrique de l'Ouest et j'analyse leur implication dans les conflits en tant que \"navigation sociale\". Je propose une perspective sur la jeunesse qui suppose que cette cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rationnelle est \u00e0 la fois un processus social et une position. L'article illustre comment les jeunes urbains naviguent entre leurs liens sociaux et les choix qui d\u00e9coulent des situations de guerre afin d'\u00e9chapper \u00e0 la mort sociale qui, autrement, caract\u00e9rise leur situation. En d\u00e9crivant la jeunesse comme une p\u00e9riode de stagnation et de d\u00e9chirement de l'existence sociale des jeunes \u00e0 Bissau, en Guin\u00e9e-Bissau, il devient clair que la guerre devient un espace de possibilit\u00e9s, plut\u00f4t qu'un espace de mort uniquement. Ainsi, le concept de navigation sociale offre un aper\u00e7u p\u00e9n\u00e9trant de l'interaction entre les structures objectives et l'initiative subjective. Cette perspective analytique nous permet de donner un sens aux mani\u00e8res opportunistes, parfois fatalistes et tactiques dont les jeunes luttent pour \u00e9largir leurs horizons de possibilit\u00e9s dans un monde de conflits, d'agitation et de diminution des ressources, et nous permet de voir comment la confrontation au conflit devient une question de compromis entre la mort sociale et les chances de vie violentes.<\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[742,740,604,741,256],"coauthors":[704],"class_list":["post-34000","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-9","tag-africa","tag-guerra-civil","tag-jovenes","tag-muerte-social","tag-violencia","personas-e-vigh-henrik","numeros-705"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>La muerte social y las violentas oportunidades de vida &#8211; 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