{"id":33943,"date":"2021-03-19T06:41:28","date_gmt":"2021-03-19T06:41:28","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=33943"},"modified":"2023-11-17T18:19:03","modified_gmt":"2023-11-18T00:19:03","slug":"perez-roa-pareja-deudas-chile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/perez-roa-pareja-deudas-chile\/","title":{"rendered":"Cong\u00e9nialit\u00e9, r\u00e9silience et ajustement : n\u00e9gocier en tant que couple pour man\u0153uvrer les dettes et joindre les deux bouts"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Dans un contexte de hausse du co\u00fbt de la vie et de stagnation des salaires, l'endettement des m\u00e9nages chiliens a atteint des niveaux sans pr\u00e9c\u00e9dent. Dans ce contexte, l'article explore les arrangements \u00e9conomiques des jeunes adultes et des couples professionnels face \u00e0 la forte pression \u00e9conomique caus\u00e9e par l'endettement. Nous comprenons que dans les relations de couple, l'acquisition, l'utilisation et les strat\u00e9gies de remboursement des dettes sont construites, discut\u00e9es et n\u00e9goci\u00e9es. \u00c0 cette fin, sur la base de l'analyse de 34 entretiens semi-structur\u00e9s avec des jeunes couples et des d\u00e9biteurs, nous avons explor\u00e9 trois types de n\u00e9gociations : (<span class=\"small-caps\">i<\/span>) ceux qui cherchent \u00e0 concilier des h\u00e9ritages ou des apprentissages financiers ant\u00e9rieurs ; (<span class=\"small-caps\">ii<\/span>) les strat\u00e9gies de r\u00e9silience financi\u00e8re que les couples adoptent pour \u00eatre en mesure de subvenir \u00e0 leurs besoins financiers ; (<span class=\"small-caps\">iii<\/span>) des ajustements aux projets futurs sur la base du paiement pr\u00e9vu de ses engagements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/endeudamiento\/\" rel=\"tag\">endettement<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/financiarizacion-de-la-vida-cotidiana\/\" rel=\"tag\">la financiarisation de la vie quotidienne<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/jovenes-adultos\/\" rel=\"tag\">jeunes adultes<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/negociaciones\/\" rel=\"tag\">n\u00e9gociations<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/parejas\/\" rel=\"tag\">couples<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\">S'entendre, r\u00e9sister et s'adapter : les n\u00e9gociations dans les couples pour g\u00e9rer les dettes jusqu'au jour de paie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Dans un contexte de hausse du co\u00fbt de la vie et de stagnation des salaires, l'endettement des m\u00e9nages chiliens a atteint des niveaux sans pr\u00e9c\u00e9dent. Dans ce contexte, cet article explore les arrangements \u00e9conomiques conclus par les couples de jeunes adultes dans un contexte de forte pression \u00e9conomique caus\u00e9e par l'endettement. Nous comprenons que les couples construisent, discutent et n\u00e9gocient l'acquisition, l'utilisation et les strat\u00e9gies de paiement des dettes. Pour ce faire, \u00e0 partir de l'analyse de 34 entretiens semi-structur\u00e9s avec de jeunes couples endett\u00e9s, nous explorons trois types de n\u00e9gociations : (i) celles qui tentent de faire correspondre les h\u00e9ritages ant\u00e9rieurs ou les connaissances financi\u00e8res ; (ii) les strat\u00e9gies de r\u00e9sistance financi\u00e8re que les couples assument pour se soutenir \u00e9conomiquement ; (iii) les ajustements aux projets futurs que les couples font sur la base des projections de paiement des engagements qu'ils ont assum\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Mots cl\u00e9s : n\u00e9gociations, endettement, jeunes adultes, couples, financiarisation de la vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap no-indent\">Le Chili traverse l'une des crises sociales les plus profondes de ces 40 derni\u00e8res ann\u00e9es. Le m\u00e9contentement social qui s'est manifest\u00e9 depuis l'explosion du 18 octobre a fortement install\u00e9 la plainte concernant la forte pression \u00e9conomique que de nombreux m\u00e9nages chiliens subissent au quotidien. \"Il me reste beaucoup d'argent \u00e0 la fin du mois\", \"c'est violent de s'endetter pour continuer \u00e0 survivre\", \"sache que ta dette universitaire est pour le reste de ta vie\" sont des exemples de certaines des banderoles que l'on a pu voir dans les marches massives de ces derniers temps. Il semble que les bas salaires, l'augmentation continue du co\u00fbt de la vie et les niveaux d'endettement des m\u00e9nages chiliens commencent \u00e0 \u00eatre per\u00e7us comme injustes. Les exigences \u00e9conomiques \u00e9lev\u00e9es auxquelles sont soumis de nombreux m\u00e9nages chiliens sont le r\u00e9sultat de pr\u00e8s de 40 ans de r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales qui ont modifi\u00e9 les principes de la protection sociale et \u00e9tendu la privatisation des services sociaux en restreignant les services publics auxquels les citoyens peuvent avoir acc\u00e8s (Araujo, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Les principales r\u00e9formes mises en \u0153uvre par la dictature militaire ont transform\u00e9 le mod\u00e8le \u00e9conomique et les principes de r\u00e9gulation des relations de travail : les entreprises productives et les services de protection sociale ont \u00e9t\u00e9 privatis\u00e9s, ce qui a plac\u00e9 les possibilit\u00e9s d'acc\u00e8s \u00e0 leur rendement sur le march\u00e9 ; une grande partie des activit\u00e9s \u00e9conomiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9r\u00e9glement\u00e9es et lib\u00e9ralis\u00e9es, ce qui a \u00e9largi l'acc\u00e8s au march\u00e9 du cr\u00e9dit ; dans la sph\u00e8re productive du travail, un nouveau plan a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9 qui a rendu le march\u00e9 du travail plus flexible et a mis en place un cadre de relations de travail bas\u00e9 sur l'individualisation, la marchandisation et la d\u00e9collectivisation (Stecher et Sisto, 2020 ; Ru\u00edz et Boccardo, 2015). A partir de l\u00e0, il est possible d'affirmer que cet ensemble de transformations a install\u00e9 les relations de consommation au centre de la structuration des relations sociales (Moulian, 1997), ce qui a eu un impact direct sur la vie \u00e9conomique des m\u00e9nages. Les cons\u00e9quences de l'installation de ce mod\u00e8le sont doubles. D'une part, la croissance \u00e9conomique, le recul de la pauvret\u00e9, l'augmentation soutenue de l'acc\u00e8s \u00e0 l'enseignement sup\u00e9rieur et le d\u00e9veloppement historique du travail salari\u00e9 (Moulian, 1997), qui ont eu un impact direct sur la vie \u00e9conomique des m\u00e9nages.<span class=\"small-caps\">oit<\/span>2018) ont permis \u00e0 de nombreuses familles de sortir de la mis\u00e8re et d'acc\u00e9der \u00e0 un niveau de vie moins pr\u00e9caire (<span class=\"small-caps\">pnud-Chili<\/span>, 2017). Ces am\u00e9liorations des conditions de vie ont toutefois entra\u00een\u00e9 une augmentation des attentes en mati\u00e8re d'acc\u00e8s \u00e0 la consommation (Araujo, 2020), tout en cr\u00e9ant le sentiment que ce mod\u00e8le implique des exigences \u00e9lev\u00e9es que tout le monde ne peut pas satisfaire. C'est \u00e0 partir de l\u00e0 que se manifestent les cons\u00e9quences n\u00e9gatives du mod\u00e8le, associ\u00e9es au sentiment g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 que les m\u00e9nages sont actuellement confront\u00e9s \u00e0 une asphyxie \u00e9conomique (Martuccelli, 2020), qui s'explique par la pr\u00e9carit\u00e9 de l'emploi, l'augmentation du co\u00fbt de la vie et l'accroissement soutenu des niveaux d'endettement des m\u00e9nages.<\/p>\n\n\n\n<p>L'une des variables pouvant expliquer cette pression \u00e9conomique est l'augmentation transversale de l'endettement des m\u00e9nages chiliens. Dans une soci\u00e9t\u00e9 hautement financiaris\u00e9e comme celle du Chili, une grande partie des activit\u00e9s de reproduction de nos vies est int\u00e9gr\u00e9e dans les syst\u00e8mes socio-\u00e9conomiques sous forme de flux financiers de liquidit\u00e9s futures (Dienst, 2011 ; Pollard, 2013 ; Gonz\u00e1lez L\u00f3pez, 2018). En effet, au Chili, il est devenu normal de vivre endett\u00e9 : l'acc\u00e8s au cr\u00e9dit est pour de nombreuses familles une extension du salaire (P\u00e9rez-Roa et G\u00f3mez Contreras, 2019 ; Marambio-Tapia, 2018) ; les jeunes \u00e9tudiants s'endettent comme un moyen l\u00e9gitime d'acc\u00e8s \u00e0 l'\u00e9ducation (P\u00e9rez-Roa, 2014 ; Gonz\u00e1lez, 2018) ; les pensions de vieillesse sont d\u00e9finies dans la volatilit\u00e9 des march\u00e9s financiers (Andrade, 2020). Selon le dernier rapport de l'enqu\u00eate financi\u00e8re sur les m\u00e9nages (Banque centrale du Chili, 2018), 66% des m\u00e9nages ont d\u00e9clar\u00e9 avoir mis en place au moins un engagement financier au cours de l'ann\u00e9e 2017. En effet, le Chili est le pays le plus endett\u00e9 d'Am\u00e9rique latine et les montants de la dette sont \u00e9quivalents \u00e0 ceux de pays aux \u00e9conomies plus grandes et plus d\u00e9velopp\u00e9es. Selon les donn\u00e9es du Fonds mon\u00e9taire international (<span class=\"small-caps\">imf<\/span>), l'endettement des m\u00e9nages en pourcentage du PIB (en pourcentage du PIB), l'endettement des m\u00e9nages en pourcentage du PIB (en pourcentage du PIB) et le taux d'int\u00e9r\u00eat. <span class=\"small-caps\">PIB<\/span> a atteint l'\u00e9quivalent de 45% au cours de l'ann\u00e9e 2018. Dans ce cadre, la dette \u00e0 la consommation est la plus r\u00e9pandue : 55% des m\u00e9nages chiliens ont d\u00e9clar\u00e9 avoir un certain type de dette \u00e0 la consommation en 2017 (Banque centrale du Chili, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Sachant que les pressions financi\u00e8res p\u00e8sent sur les relations sociales au sein des couples, nous cherchons dans cet article \u00e0 explorer les n\u00e9gociations men\u00e9es par les couples de jeunes adultes et les professionnels dans un contexte de forte pression \u00e9conomique. Nous cherchons \u00e0 observer les n\u00e9gociations financi\u00e8res de couples \u00e2g\u00e9s de 25 \u00e0 40 ans dont au moins l'un des partenaires a suivi une formation universitaire et se trouve sur le march\u00e9 du travail. Notre int\u00e9r\u00eat est d'explorer comment ces pressions \u00e9conomiques caus\u00e9es par l'endettement s'articulent dans des n\u00e9gociations concr\u00e8tes et comment, en cours de route, elles r\u00e9interpr\u00e8tent l'apprentissage financier et r\u00e9ajustent les projets futurs. \u00c0 cette fin, nous proposons d'explorer trois n\u00e9gociations r\u00e9currentes issues de notre travail de terrain : premi\u00e8rement, les h\u00e9ritages ou les comportements financiers ant\u00e9rieurs de chaque partenaire qui sont imput\u00e9s comme des \u00e9l\u00e9ments pertinents dans la justification de leurs pratiques financi\u00e8res. Deuxi\u00e8mement, la r\u00e9sistance, ou les strat\u00e9gies financi\u00e8res que les couples activent pour man\u0153uvrer conjointement leur pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique. Troisi\u00e8mement, les n\u00e9gociations ou les ajustements aux projets futurs que les couples doivent faire \u00e9tant donn\u00e9 l'allongement du d\u00e9lai de paiement des dettes acquises. Pour atteindre cet objectif, l'article est structur\u00e9 en quatre sections. Premi\u00e8rement, nous pr\u00e9senterons la discussion conceptuelle qui guide ce travail, deuxi\u00e8mement, nous pr\u00e9senterons bri\u00e8vement la m\u00e9thodologie et, troisi\u00e8mement, les r\u00e9sultats. Nous terminerons par une br\u00e8ve section sur les conclusions.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de noter que ces entretiens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s un an avant l'explosion sociale d'octobre ; ils ne rendent donc pas compte de la d\u00e9nonciation publique de l'oppression \u00e9conomique de l'endettement. Cependant, ces r\u00e9cits nous permettent de comprendre une partie de l'\u00c9tat avant l'explosion sociale, en explorant des exp\u00e9riences de vie qui, sans \u00eatre n\u00e9cessairement une critique de l'endettement, ont \u00e9t\u00e9 construites main dans la main avec des instruments financiers. Les pr\u00eats ont permis \u00e0 ces couples d'acc\u00e9der \u00e0 un march\u00e9 de biens de consommation qui \u00e9tait impensable pour leurs familles d'origine, beaucoup d'entre eux ont obtenu une formation universitaire gr\u00e2ce \u00e0 l'endettement, tandis que d'autres comptent sur les pr\u00eats comme une partie de leurs actifs pour joindre les deux bouts. En bref, cela nous permet d'explorer le large spectre des activit\u00e9s quotidiennes qui, pour une g\u00e9n\u00e9ration de Chiliens, ont \u00e9t\u00e9 construites sur des relations d'endettement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dettes et n\u00e9gociations : resituer la vie financi\u00e8re des couples<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Un grand nombre des points d'intersection les plus intenses entre la finance et les espaces quotidiens tournent autour de la dette. La dette est devenue une condition omnipr\u00e9sente qui op\u00e8re \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles : des flux financiers mondiaux envelopp\u00e9s dans des instruments de march\u00e9 sophistiqu\u00e9s, aux multiples m\u00e9canismes permettant aux m\u00e9nages d'acc\u00e9der \u00e0 l'endettement (Dienst, 2011). Une grande partie de nos vies mat\u00e9rielles et subjectives d\u00e9pend d\u00e9sormais des processus financiers associ\u00e9s \u00e0 l'endettement (Dienst, 2011 ; Pollard, 2013 ; Gonz\u00e1lez L\u00f3pez, 2018). La mani\u00e8re dont ces dynamiques d'endettement rompent les moyens quotidiens et mon\u00e9tarisent leur avenir est sans pr\u00e9c\u00e9dent (Antoniades, 2018). Cette financiarisation des m\u00e9nages \u00e0 travers les instruments de la dette a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e par les sciences sociales principalement comme un moyen de favoriser l'acc\u00e8s aux biens et ressources sociales minimales, en particulier pour les secteurs appauvris de la population (Montgomerie et Tepe-Belfrage, 2016 ; Lewin-Epstein<em> et al<\/em>2016 ; James, 2019). Dans le m\u00eame ordre d'id\u00e9es, Seefeldt (2015) montre que les m\u00e9nages ont recours au cr\u00e9dit pour lisser leur consommation (<em>lissage de la consommation) <\/em>qui leur permet de \"jongler\", de satisfaire mod\u00e9r\u00e9ment leurs cr\u00e9anciers et de maintenir un niveau de vie de base. Toutefois, le recours prolong\u00e9 \u00e0 cette strat\u00e9gie peut signifier qu'ils commencent \u00e0 accumuler de nouvelles dettes, qu'ils aggravent leur situation financi\u00e8re et qu'ils ont plus de mal \u00e0 respecter leurs engagements financiers. \u00c0 cet \u00e9gard, Montgomerie et Tepe-Belfrage (2016) ont analys\u00e9 la mani\u00e8re dont les m\u00e9nages \u00e0 faibles revenus au Royaume-Uni ont recours \u00e0 l'endettement pour soutenir leur reproduction mat\u00e9rielle et caract\u00e9riser les effets de cette strat\u00e9gie sur leurs relations familiales. Leur travail d\u00e9montre comment l'endettement interf\u00e8re et perturbe les intimit\u00e9s de la vie et, ce faisant, \u00e9rode leur propre revendication \u00e9conomique de paiement en tant qu'obligation prioritaire au sein du m\u00e9nage.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la gestion de l'incertitude \u00e9conomique caus\u00e9e par les dettes et exacerb\u00e9e par les crises \u00e9conomiques n'est pas seulement r\u00e9solue par un calcul \u00e9conomique rationnel entre les revenus et les d\u00e9penses, mais elle est affect\u00e9e, au sens de ce que sugg\u00e8re Zelizer (2015), par les relations sociales. En d'autres termes, lorsque les couples d\u00e9cident de mobiliser des ressources pour payer une dette ou cesser d'en payer une autre, ils hi\u00e9rarchisent, priorisent et attribuent une valeur \u00e0 cette d\u00e9cision, construisant de nouvelles distinctions dans cette relation sur leurs r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et leurs projections futures. Ainsi comprises, les mobilisations de ressources construisent des mod\u00e8les de r\u00e9gulation du temps, fa\u00e7onnent les espaces sociaux et d\u00e9finissent les fronti\u00e8res entre les individus et les objets (M\u00fcller, 2014). Cela signifie que la pression \u00e9conomique qu'impliquent les obligations financi\u00e8res ne d\u00e9termine pas les comportements des sujets mais introduit plut\u00f4t de nouvelles \u00e9preuves \u00e0 n\u00e9gocier au sein du m\u00e9nage. En ce sens, les couples organisent leurs ressources sur la base de leurs propres justifications morales, ce qui leur permet d'affronter la normativit\u00e9 impos\u00e9e par les institutions financi\u00e8res et gouvernementales et, dans certains cas, de remettre en question la moralit\u00e9 de l'ordre \u00e9conomique dominant (\u017ditko, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Au Chili, diff\u00e9rentes recherches ont observ\u00e9 que de nombreux m\u00e9nages utilisent les instruments d'endettement comme un atout, c'est-\u00e0-dire comme une strat\u00e9gie qui leur permet de man\u0153uvrer les diff\u00e9rences entre le co\u00fbt de la vie, le revenu per\u00e7u et leurs charges financi\u00e8res (Han, 2011 ; Marambio-Tapia, 2018 ; P\u00e9rez-Roa et Donoso, 2018 ; P\u00e9rez-Roa et G\u00f3mez Contreras, 2019 ; P\u00e9rez-Roa, 2020). Les ressources mobilis\u00e9es ne sont pas seulement de l'argent, mais aussi des instruments financiers tels que les ch\u00e8ques et les cartes de cr\u00e9dit, entre autres. \u00c0 cet \u00e9gard, une \u00e9tude d'Ossand\u00f3n <em>et al.<\/em> (2017) d\u00e9crivent comment les circuits de pr\u00eat de cartes de cr\u00e9dit se tissent entre connaissances. De leur c\u00f4t\u00e9, P\u00e9rez-Roa et Donoso (2018), dans leur travail avec de jeunes couples endett\u00e9s, montrent comment ils se tournent vers leur famille pour faire face \u00e0 des situations de d\u00e9linquance. Ainsi, cet article suppose que la mani\u00e8re dont les individus mobilisent des ressources dans un contexte de financiarisation implique de multiples dimensions de la vie quotidienne porteuses de divers univers de sens et soumises \u00e0 l'influence des relations sociales, culturelles et affectives (Villarreal, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la dette dans le cadre des relations de couple implique de supposer que les relations de dette sont un domaine contest\u00e9 dans lequel les possibilit\u00e9s de compr\u00e9hension sont construites, discut\u00e9es et n\u00e9goci\u00e9es. Le travail de Zelizer comprend que dans les espaces d'intimit\u00e9, des transactions \u00e9conomiques sont \u00e9tablies o\u00f9 les personnes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">... dans un large \u00e9ventail de relations intimes, les gens parviennent \u00e0 int\u00e9grer les transferts d'argent dans des r\u00e9seaux plus vastes d'obligations r\u00e9ciproques sans d\u00e9truire les liens sociaux concern\u00e9s. L'argent cohabite r\u00e9guli\u00e8rement avec l'intimit\u00e9 et la soutient m\u00eame (Zelizer, 2009 : 51).<\/p>\n\n\n\n<p>En d'autres termes, les transactions \u00e9conomiques dans les relations d'intimit\u00e9 ne sont ni neutres ni impersonnelles (Illouz, 2007 ; Zelizer, 2011 ; Belleau, 2017). Leurs significations sont socialement construites en fonction de l'espace social dans lequel elles circulent et en fonction de l'appartenance de genre et de classe (Salazar, 2014) ; un espace social qui est \u00e0 son tour configur\u00e9 par des relations de pouvoir dans lesquelles le genre et la classe op\u00e8rent comme des cat\u00e9gories de diff\u00e9renciation qui se mat\u00e9rialisent dans des dynamiques et des formes concr\u00e8tes de relations genr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas particulier du Chili, nous avons trouv\u00e9 une recherche sur les mod\u00e8les de gestion de l'argent dans les couples miniers et non miniers (Silva-Segovia et Lay-Lisboa, 2017) qui r\u00e9v\u00e8le l'existence de conflits et de tensions dans la n\u00e9gociation de l'argent en relation avec la position de genre. Dans les couples miniers, les auteurs ont observ\u00e9 une pr\u00e9dominance du discours traditionnel, dans lequel les femmes sont responsables de l'administration de la partie de l'argent fournie par l'homme. L'argent donn\u00e9 est exclusivement destin\u00e9 \u00e0 l'entretien du m\u00e9nage et la femme n'a aucune autonomie pour administrer l'argent, pas plus qu'elle n'a connaissance des montants et de l'usage que l'homme fait de l'argent qu'il lui donne. Cependant, les femmes de mineurs d\u00e9veloppent des strat\u00e9gies pour emp\u00eacher leurs maris de d\u00e9penser leur argent pour des \"affaires de mineurs\", telles que d'autres femmes, de la nourriture et de l'alcool, en augmentant leurs d\u00e9penses mensuelles par le biais de cartes de cr\u00e9dit, en s'endettant pour que leur partenaire augmente sa contribution financi\u00e8re au m\u00e9nage. Dans les couples non miniers, les auteurs observent que, bien que les positions in\u00e9gales et androcentriques en mati\u00e8re de gestion de l'argent soient maintenues, elles coexistent avec des discours et des pratiques qui tendent vers l'\u00e9galit\u00e9, sous l'impulsion principalement des femmes, qui recherchent une plus grande autonomie dans la gestion de l'argent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les multiples dimensions qui croisent les n\u00e9gociations de couple montrent comment les m\u00e9nages ne sont pas \" naturellement \" \u00e9quitables dans la r\u00e9partition \u00e9conomique, et qu'il n'est pas non plus naturellement attendu que l'argent individuel serve \u00e0 financer des projets collectifs. Ouvrir la bo\u00eete noire de l'\u00e9conomie domestique implique de complexifier l'id\u00e9e que \" naturellement \", dans un couple, l'argent ne compte pas (Belleau, 2017).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Outils m\u00e9thodologiques<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Cet article fait partie de la phase qualitative du projet \"La odisea de llegar a fin de mes : estrategias de pago de deudas de familias j\u00f3venes de clases medias en Santiago y Concepci\u00f3n\", financ\u00e9 par le Fondo de Investigaci\u00f3n Cient\u00edfica y Tecnol\u00f3gica de Chile, <span class=\"small-caps\">fondecyt,<\/span> L'objectif est d'analyser les strat\u00e9gies utilis\u00e9es par les jeunes familles de la classe moyenne pour r\u00e9pondre \u00e0 une exp\u00e9rience d'endettement probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cadre et sur la base d'une strat\u00e9gie m\u00e9thodologique qualitative, 34 entretiens semi-structur\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s avec de jeunes couples de professionnels et de travailleurs \u00e0 Santiago et \u00e0 Concepci\u00f3n. Les crit\u00e8res de s\u00e9lection de l'\u00e9chantillon \u00e9taient les suivants : des couples \u00e2g\u00e9s de 25 \u00e0 40 ans, dont au moins l'un des membres \u00e9tait un professionnel, qui vivaient sous le m\u00eame toit, qui d\u00e9claraient partager les d\u00e9penses, dont au moins l'un des membres avait des dettes de consommation et\/ou d'\u00e9tudes et d\u00e9clarait se sentir d\u00e9pass\u00e9 par celles-ci, et dont au moins l'un des membres travaillait de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re. Nous nous sommes concentr\u00e9s sur les couples parce que nous voulions observer et analyser les dynamiques qui s'\u00e9tablissaient entre les partenaires en ce qui concerne leurs strat\u00e9gies, leurs priorit\u00e9s et leurs d\u00e9cisions en mati\u00e8re d'argent et de dettes. En ce sens, nous supposons l'existence de diff\u00e9rences entre les sexes en mati\u00e8re de gestion de l'argent et des dettes (Valentine, 1999). La s\u00e9lection des couples s'est faite par trois moyens principaux : 1) les individus ont \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s apr\u00e8s avoir r\u00e9pondu \u00e0 une enqu\u00eate, et 2) les individus ont \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s apr\u00e8s avoir r\u00e9pondu \u00e0 une enqu\u00eate. <em>en ligne<\/em>Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s avec les deux partenaires, qui ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 laisser leurs coordonn\u00e9es s'ils \u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 participer aux entretiens ; 2) par le biais d'une invitation lanc\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux et 3) par le biais des couples interview\u00e9s eux-m\u00eames, qui nous ont orient\u00e9s vers des couples connus. Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s avec les deux partenaires simultan\u00e9ment, car ils permettent d'observer les interactions conjugales, de mettre en \u00e9vidence la construction commune du couple et le discours qu'ils tiennent en tant que couple. Ils pr\u00e9sentent cependant le risque de provoquer ou de pr\u00e9senter des conflits entre conjoints (Belleau et Henchoz, 2008). Ces risques ont \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9s aux participants dans le formulaire de consentement \u00e9thique que chacun a sign\u00e9 avant le d\u00e9but des entretiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de cet article, nous nous concentrerons sur les n\u00e9gociations que les couples ont men\u00e9es pour g\u00e9rer leurs dettes et man\u0153uvrer leurs revenus. L'id\u00e9e est de pouvoir analyser les justifications que chaque couple mobilise pour d\u00e9finir ces n\u00e9gociations. Pour ce faire, nous nous concentrerons sur trois dimensions : l'h\u00e9ritage, entendu comme l'apprentissage familial que chaque membre du couple pr\u00e9tend \"porter\" sur son rapport \u00e0 l'argent et aux dettes ; les strat\u00e9gies financi\u00e8res de \"r\u00e9sistance\" que les couples participants assument pour pouvoir soutenir des ajustements \u00e9conomiques dans un contexte d'endettement ; et les \"ajustements\" que les couples assument, compte tenu de la projection temporelle ind\u00e9termin\u00e9e qu'implique, pour certains couples, le paiement total des dettes qu'ils portent. Ces dimensions, loin d'\u00eatre uniques, cherchent \u00e0 rendre compte de la mani\u00e8re dont la gestion des dettes est n\u00e9goci\u00e9e dans les couples et dont les exp\u00e9riences pass\u00e9es et concomitantes convergent dans ce processus, ainsi que de leurs cons\u00e9quences et des objectifs futurs projet\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de noter qu'en vertu du consentement \u00e9clair\u00e9 que chacun des participants a sign\u00e9 au moment de l'entretien et des canons \u00e9thiques auxquels cette recherche adh\u00e8re, les noms des participants n'ont pas \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9s. <br>ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des noms de fantaisie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cong\u00e9nialit\u00e9 : h\u00e9ritages<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Agustina (29 ans, dentiste) et Dar\u00edo (32 ans, technicien) sont en couple depuis plus de douze ans et vivent ensemble depuis trois ans \u00e0 Concepci\u00f3n, une ville du sud du Chili. Tous deux ont des dettes personnelles depuis le d\u00e9but de leur vie de couple. Les dettes d'Agustina, qui s'\u00e9l\u00e8vent \u00e0 plus de 20 millions de pesos (25 mille $ <span class=\"small-caps\">usd<\/span> Les dettes sont principalement de nature \u00e9ducative et ont \u00e9t\u00e9 contract\u00e9es pour payer son dipl\u00f4me de dentiste, tandis que celles de Dar\u00edo sont des dettes de consommation associ\u00e9es \u00e0 ce qu'il appelle \"l'exag\u00e9ration financi\u00e8re\". Il explique qu'il vient d'une famille o\u00f9 les restrictions \u00e9conomiques \u00e9taient nombreuses et que, depuis que la situation s'est am\u00e9lior\u00e9e, il a toujours profit\u00e9 du pr\u00e9sent en abondance : \"si nous voulons organiser un barbecue pour trois personnes, nous devons acheter pour vingt personnes, c'est la r\u00e8gle\". Il ne s'est jamais restreint, s'il aime quelque chose, il l'ach\u00e8te : \"c'est pour cela que je travaille\", dit-il. Agustina, quant \u00e0 elle, dit qu'elle est \"tout le contraire\". Elle est charg\u00e9e de payer les factures et de trouver des moyens d'\u00e9conomiser. Bien qu'elle n'ait pas de salaire fixe, elle a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s ordonn\u00e9e avec son argent, afin de supporter les p\u00e9riodes o\u00f9 ses revenus sont plus faibles et de pr\u00e9server son ind\u00e9pendance financi\u00e8re, \u00e0 laquelle elle tient beaucoup :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Mes grands-parents lui ont toujours inculqu\u00e9 [\u00e0 sa m\u00e8re] qu'elle devait \u00eatre ind\u00e9pendante, toujours, il \u00e9tait question qu'elle \u00e9tudie ; elle a deux s\u0153urs ; ma m\u00e8re a toujours travaill\u00e9 toute sa vie, elle a \u00e9tudi\u00e9 ce que je sais, et ma tante n'a jamais travaill\u00e9 pour personne, elle a toujours demand\u00e9 de l'argent \u00e0 mon grand-p\u00e8re jusqu'\u00e0 ce qu'il meure, elle lui a m\u00eame laiss\u00e9 des vestes qu'elle lui avait achet\u00e9es quelques mois auparavant, elle avait toujours l'habitude de demander, alors ma m\u00e8re m'a toujours dit : \" Je ne veux pas que tu sois comme ta tante, c'est-\u00e0-dire que tu dois te d\u00e9brouiller toute seule, tu dois \u00e9tudier ce que tu veux, ne jamais d\u00e9pendre d'un homme : \"Je ne veux pas que tu sois comme ta tante, je veux dire, tu dois te d\u00e9brouiller toute seule, tu dois trouver ton propre travail, tu dois \u00e9tudier ce que tu aimes, \u00eatre ind\u00e9pendante, ne jamais d\u00e9pendre d'un homme, et si l'homme te quitte ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Ou si je ne suis pas l\u00e0, et que ton p\u00e8re et tes fr\u00e8res ne peuvent pas te soutenir, qu'est-ce que tu vas faire ?\" On nous a donc toujours inculqu\u00e9 qu'il fallait \u00eatre ind\u00e9pendante, toujours (Agustina, 29 ans, dentiste).<\/p>\n\n\n\n<p>L'ind\u00e9pendance financi\u00e8re est un mandat moral qu'Agustina s'efforce d'honorer. Pour ce faire, elle a d\u00e9cid\u00e9 de faire une carri\u00e8re de dentiste, ce qui, selon elle, lui permettrait de s'assurer un meilleur avenir financier. Elle ajuste \u00e9galement ses d\u00e9penses en fonction de ses revenus, se charge de g\u00e9rer les d\u00e9penses de la famille et \u00e9vite de demander de l'argent \u00e0 Dario. Prot\u00e9ger son ind\u00e9pendance \u00e9conomique est une fa\u00e7on de montrer qu'elle est capable de \"se d\u00e9brouiller toute seule\" et qu'elle est une femme autonome qui n'a pas besoin, au moins financi\u00e8rement, de quelqu'un d'autre. L'autonomie \u00e9conomique dans ce sens est un mandat moral qui a des cons\u00e9quences pratiques tr\u00e8s concr\u00e8tes : les d\u00e9cisions en mati\u00e8re d'\u00e9tudes et de travail et les mod\u00e8les de gestion de l'argent sont structur\u00e9s sur la base de ce mandat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mandat interg\u00e9n\u00e9rationnel de protection de l'ind\u00e9pendance \u00e9conomique des femmes a \u00e9t\u00e9 fortement entendu dans de nombreux r\u00e9cits. Si pour certaines femmes comme Agustina (29 ans, dentiste) le mandat \u00e9tait explicite, pour d'autres comme Valentina (31 ans, biotechnologue) et Beatriz (32 ans, psychologue) le message a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par opposition : elles ne voulaient pas suivre le mod\u00e8le de leur m\u00e8re :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Au moins dans mon cas, l'histoire de ma famille, c'est comme si on ne voulait pas faire la m\u00eame chose que dans la famille. Chez moi, mon p\u00e8re donne tout son salaire \u00e0 ma m\u00e8re, elle le g\u00e8re et mon p\u00e8re n'a aucune id\u00e9e de son argent, il perd son argent m\u00eame quand il en a, alors c'est comme \u00e7a pour moi... non, je ne pourrais pas g\u00e9rer l'argent de Claudio (Valentina, 31 ans, biotechnologue).<\/p>\n\n\n\n<p>Beatriz, pour sa part, se sent \u00e0 l'aise pour payer 50% de toutes les d\u00e9penses du m\u00e9nage, m\u00eame si son salaire est inf\u00e9rieur \u00e0 celui de son partenaire Rodolfo (35 ans, psychologue) :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">J'ai grandi dans une famille o\u00f9 ma m\u00e8re \u00e9tait la propri\u00e9taire de la maison, elle nous a donc toujours inculqu\u00e9 que je devais travailler, que je devais avoir mes propres affaires, ne pas \u00eatre un soutien de famille... cela m'a vraiment touch\u00e9e ; donc tout ce qui impliquait de me payer pour quelque chose qui m'appartenait, non... si c'est moiti\u00e9-moiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L'\u00e9ducation \u00e9conomique que les couples pensent avoir re\u00e7ue de leur famille d'origine dans leur relation influe \u00e9galement sur leur rapport \u00e0 l'endettement. Ceux qui sont issus de familles ayant eu des exp\u00e9riences probl\u00e9matiques avec les dettes pr\u00e9f\u00e8rent s'en \u00e9loigner le plus possible. C'est du moins ce que comprend Macarena (40 ans, administratrice publique), qui vit avec Fabi\u00e1n (40 ans, psychologue) depuis dix ans et qui a l'exp\u00e9rience familiale d'avoir \u00e9t\u00e9 sur le point de perdre la maison familiale \u00e0 cause des dettes impay\u00e9es de son p\u00e8re. Pour elle, cette \"dure histoire d'endettement\" l'a amen\u00e9e \u00e0 changer son rapport \u00e0 l'argent et aux dettes. Macarena se dit \"aust\u00e8re\" et \u00e9vite de s'endetter. Fabi\u00e1n, lui, est totalement diff\u00e9rent ; il se reconna\u00eet d\u00e9pensier, mais garde le \"contr\u00f4le\" :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Il est assez d\u00e9pensier, je dois dire que j'ai appris cela, mais on a aussi des habitudes. Dans ma famille, nous sommes tr\u00e8s aust\u00e8res, m\u00eame s'il y a des ressources, nous sommes tr\u00e8s aust\u00e8res parce que nous ne savons pas ce qui peut arriver. Ce n'est pas le cas de Fabi\u00e1n, il est plus investisseur, plus d\u00e9pensier, pas tellement... Je veux dire, c'est une personne solvable mais il a plus de... quel est le mot, il s'endette plus que moi, sans aucun doute. S'il veut acheter quelque chose et qu'il n'a pas les moyens de le faire, il s'endette plus que moi. <em>lucas<\/em>,<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> il est de toute fa\u00e7on achet\u00e9, command\u00e9, planifi\u00e9 et pay\u00e9 (Macarena, 40 ans, administratrice publique).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lign\u00e9e des \u00e9tudes de psychologie \u00e9conomique (Denegri <em>et al.<\/em>2012), les personnes les plus enclines \u00e0 s'endetter sont celles qui ont confiance en leur avenir \u00e9conomique et en leur capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des ressources. En ce sens, l'instabilit\u00e9 \u00e9conomique de Macarena pourrait expliquer sa peur de l'endettement. Cependant, pour elle, c'est l'exp\u00e9rience familiale \"traumatisante\" qui, selon elle, explique sa r\u00e9ticence \u00e0 s'endetter.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les relations avec les dettes \"h\u00e9rit\u00e9es\" pr\u00e9sentent diff\u00e9rents types de graduation des valeurs. Alors que pour Macarena (40 ans, administratrice publique), les dettes sont quelque chose qu'elle pr\u00e9f\u00e8re \"\u00e9viter\", pour Catalina (31 ans, sociologue), les dettes sont une \"question radicale\". Au moment de notre entretien, Catalina vivait depuis peu avec Soledad (33 ans, psychologue). Catalina n'avait que deux dettes : une aupr\u00e8s du Fonds de solidarit\u00e9, qu'elle a utilis\u00e9e pour payer ses \u00e9tudes de sociologie, et une autre aupr\u00e8s d'une banque, qu'elle a sollicit\u00e9e pour cr\u00e9er une petite entreprise. Cependant, en raison de l'instabilit\u00e9 de son emploi, elle a eu beaucoup de difficult\u00e9s \u00e0 rembourser cette dette :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je suis \u00e9galement limit\u00e9e avec l'argent, pas seulement \u00e0 cause du terme d'argent et d'\u00e9pargne, parce que pour moi il \u00e9tait vraiment difficile de s'endetter, dans ma famille c'est une question radicale... ils m'ont toujours inculqu\u00e9 de ne pas m'endetter, de ne pas emprunter de l'argent, d'\u00eatre ordonn\u00e9 avec ces choses-l\u00e0, donc c'\u00e9tait comme une question qui me d\u00e9rangeait psychologiquement, un peu financi\u00e8rement, c'\u00e9tait un probl\u00e8me pendant longtemps et une douleur dans mon c\u00f4lon. Je n'en avais pas parl\u00e9 \u00e0 mes parents, ils ne savaient pas que j'\u00e9tais endett\u00e9e, qu'\u00eatre endett\u00e9e dans ma famille est terrible, c'\u00e9tait un probl\u00e8me. Je l'ai cach\u00e9 pendant longtemps, d\u00e8s que je disais \"oui, bon, j'ai une dette...\", mon p\u00e8re intervenait imm\u00e9diatement : \"quelle dette, quoi, combien, si je t'ai toujours tout pay\u00e9\" (Catalina, sociologue, 31 ans, Concepci\u00f3n).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Catalina, les dettes repr\u00e9sentent un fardeau psychologique et une \"trahison\" familiale. Bien que le montant qu'elle doit soit l'un des plus bas de notre \u00e9chantillon, la charge morale qu'il repr\u00e9sente est difficile \u00e0 supporter pour elle. Elle a appris de sa famille que \"l'on vit avec ce que l'on a\" ; le fait de contracter un pr\u00eat enfreint la r\u00e8gle familiale. En ce sens, pour elle, les dettes repr\u00e9sentent une irresponsabilit\u00e9, car elles impliquent de l'argent qui n'est pas disponible. Sa compagne, Soledad, a une perception totalement oppos\u00e9e. Pour elle, les dettes font partie de sa vie. Sa famille a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s endett\u00e9e et, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, elle a contract\u00e9 des dettes pour r\u00e9pondre rapidement \u00e0 diff\u00e9rents types de besoins, dit-elle :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">La voiture, c'\u00e9tait une dette que je pouvais payer, environ cent cinquante mille pesos, mais je l'avais d\u00e9j\u00e0 rembours\u00e9e et ce n'\u00e9tait que des conneries ; L'ann\u00e9e derni\u00e8re, je pensais qu'ils allaient me licencier, mais ils ne l'ont pas fait, alors je suis all\u00e9 \u00e0 La Serena, un cr\u00e9dit pr\u00e9-approuv\u00e9 est apparu, j'ai appuy\u00e9 sur un bouton et ils m'ont transf\u00e9r\u00e9 l'argent, et dans des d\u00e9penses ridicules, des d\u00e9penses comme \u00e7a, aller au restaurant, comme une chose tr\u00e8s consum\u00e9riste pour moi et pour le reste aussi, comme une dynamique similaire \u00e0 quand j'\u00e9tais jeune avec ma m\u00e8re, qu'en fin de compte j'ai acquis ce que je voulais pour moi et pour le reste sans regarder le prix des choses. Si je veux cela, pourquoi ne pas l'avoir ? Je veux dire, si elle en a besoin, pourquoi ne pas lui donner, pourquoi ne pas payer ? Je ne sais pas pourquoi je n'ach\u00e8te pas quelque chose... (Soledad, 33 ans, psychologue, Concepci\u00f3n).<\/p>\n\n\n\n<p>La simplicit\u00e9 avec laquelle le cr\u00e9dit est pr\u00e9sent\u00e9 dans la vie quotidienne et le caract\u00e8re naturel de son utilisation dans sa vie familiale font de la dette, pour Soledad, quelque chose de \"r\u00e9parable\" avec lequel on \"s'habitue\" \u00e0 vivre. Pour elle, le cr\u00e9dit et la dette font partie des artefacts ordinaires \u00e0 notre disposition, c'est-\u00e0-dire qu'ils font partie des connaissances pratiques et des exp\u00e9riences de contact quotidiennes de Soledad et de sa famille. Catalina et Soledad ne vivent ensemble que depuis quelques mois et, bien qu'elles sachent toutes deux qu'elles devront apprendre \u00e0 accepter leurs diff\u00e9rences \u00e9conomiques, elles ont \u00e9t\u00e9 surprises, au moment de l'entretien, d'entendre parler de leurs diff\u00e9rences et des mani\u00e8res oppos\u00e9es dont elles et leurs familles g\u00e9raient l'argent et les dettes. Ils esp\u00e8rent que ces diff\u00e9rences n'entraveront pas leurs projets de couple.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Agustina et Dar\u00edo, Soledad et Catalina, Macarena et Fabi\u00e1n ainsi que pour la plupart des couples interrog\u00e9s, \u00e9voquer leur rapport \u00e0 l'argent et \u00e0 la dette implique une r\u00e9f\u00e9rence quasi oblig\u00e9e \u00e0 leur famille. La dette serait \"h\u00e9r\u00e9ditaire\" dans le sens o\u00f9 elle est expliqu\u00e9e comme la continuit\u00e9 d'un mauvais comportement des parents, le r\u00e9sultat d'un manque d'\u00e9ducation li\u00e9 \u00e0 un sujet tabou, ou \u00e0 un imp\u00e9ratif moral qui exige, en particulier pour les femmes, d'atteindre l'ind\u00e9pendance \u00e9conomique dans leurs relations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sister \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Dans tous les couples interrog\u00e9s, au moins un des partenaires travaillait au moment de l'entretien. La plupart d'entre eux occupaient des emplois li\u00e9s \u00e0 leur profession et avaient atteint une ind\u00e9pendance \u00e9conomique qui leur permettait de construire une vie de couple. A Concepci\u00f3n, la moiti\u00e9 des couples vivaient seuls et sans enfants, tandis qu'\u00e0 Santiago, la moiti\u00e9 des couples avaient au moins un enfant. En termes de revenus, le revenu m\u00e9dian par habitant des couples de Concepci\u00f3n est d'environ 690 000 pesos chiliens (800$ <span class=\"small-caps\">usd<\/span> Le revenu m\u00e9dian des m\u00e9nages par habitant est plus faible \u00e0 Santiago, avec environ 520 000 pesos chiliens (680$ <span class=\"small-caps\">usd<\/span> environ). Bien que les revenus des couples soient sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne nationale, ils ont tous des dettes, principalement des dettes d'\u00e9ducation et de consommation. Dans le Grand Concepci\u00f3n, les couples interrog\u00e9s avaient en moyenne 3,4 dettes au total ; en revanche, \u00e0 Santiago, les m\u00e9nages avaient en moyenne 3,8 dettes. Si le poids des dettes d'\u00e9tudes dans le budget des m\u00e9nages diff\u00e8re selon le revenu fixe, le remboursement des dettes est le plus souvent \u00e9tal\u00e9 sur une p\u00e9riode de 20 ans, et leurs valeurs d\u00e9finies en <span class=\"small-caps\">uf<\/span> peut, dans certains cas, doubler la dette totale contract\u00e9e. Certains couples ont d\u00fb faire face \u00e0 des charges mensuelles \u00e9lev\u00e9es de remboursement de cr\u00e9dits \u00e0 la consommation, ce qui les a emp\u00each\u00e9s de respecter les d\u00e9lais de paiement. En ce sens, l'endettement est pour beaucoup de couples une strat\u00e9gie de r\u00e9sistance \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique. Dans cette section, nous examinerons plus particuli\u00e8rement deux types de strat\u00e9gies : l'emprunt d'argent ou d'instruments financiers entre partenaires et les strat\u00e9gies visant \u00e0 \"gonfler\" les cartes de cr\u00e9dit afin d'am\u00e9liorer les ant\u00e9c\u00e9dents de cr\u00e9dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Rodolfo (35 ans, psychologue) et Beatriz (32 ans, psychologue) vivent ensemble depuis trois ans \u00e0 Concepci\u00f3n. Ils se sont rencontr\u00e9s \u00e0 l'universit\u00e9 et ont d\u00e9velopp\u00e9 un projet de travail commun. Ils ont cr\u00e9\u00e9 une clinique de psychologie \u00e0 Concepci\u00f3n, \u00e0 laquelle ils consacrent des heures de travail suppl\u00e9mentaires. Bien qu'elles esp\u00e8rent toutes deux pouvoir s'y consacrer \u00e0 plein temps \u00e0 l'avenir, au moment de notre entretien, elles travaillaient toutes deux \u00e0 plein temps dans des centres de sant\u00e9 publique de la r\u00e9gion et consacraient quelques apr\u00e8s-midi de la semaine \u00e0 ce projet. Bien qu'ils exercent la m\u00eame profession et aient \u00e9tudi\u00e9 dans la m\u00eame universit\u00e9, leurs parcours professionnels ont \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rents. Celui de Rodolfo a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la stabilit\u00e9 : depuis sa sortie de l'universit\u00e9, il a travaill\u00e9 au m\u00eame endroit et a gagn\u00e9 en moyenne 20% de plus que Beatriz, dont la carri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 plus intermittente : elle a suivi diff\u00e9rents programmes avec diff\u00e9rentes conditions de travail, et a connu plusieurs p\u00e9riodes sans emploi. Pour subvenir \u00e0 ses besoins financiers pendant ces p\u00e9riodes, Beatriz a demand\u00e9 \u00e0 Rodolfo de lui pr\u00eater de l'argent, puis de contracter un pr\u00eat bancaire \u00e0 son nom. Les dettes qu'elle avait ne lui permettaient pas de contracter un pr\u00eat et elle avait besoin d'argent pour payer ses d\u00e9penses de base, les \u00e9ch\u00e9ances de ses pr\u00eats pr\u00e9c\u00e9dents et les divers examens m\u00e9dicaux qu'elle devait subir \u00e0 l'\u00e9poque. Beatriz a calcul\u00e9 la valeur totale de sa dette et les int\u00e9r\u00eats qu'elle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, et elle d\u00e9pose chaque mois le montant de sa dette et la moiti\u00e9 des d\u00e9penses du m\u00e9nage, y compris le dividende de l'appartement o\u00f9 ils vivent mais qui est au nom de Rodolfo :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Ils me d\u00e9posent et je n'ai plus d'argent sur mon compte, je paie tout, j'ai plusieurs dettes ; bon, ce que je priorise toujours, c'est l'argent mensuel que je transf\u00e8re \u00e0 Rodolfo... Je lui passe la moiti\u00e9 de nos d\u00e9penses, qui sont de 200, et je lui passe encore 180 pour l'argent associ\u00e9 au cr\u00e9dit et pour l'argent emprunt\u00e9 (Beatriz, 32 ans, psychologue).<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si le co\u00fbt du paiement de Rodolfo laisse Beatriz sans argent pour faire face aux d\u00e9penses de base, en utilisant la ligne de cr\u00e9dit pour joindre les deux bouts ou le revenu intermittent qu'elle re\u00e7oit de sa pratique priv\u00e9e, Beatriz pr\u00e9f\u00e8re qu'il en soit ainsi. Comme elle l'explique, elle se sent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">J'ai grandi dans une famille o\u00f9 ma m\u00e8re \u00e9tait la propri\u00e9taire de la maison. Ma m\u00e8re nous a donc toujours inculqu\u00e9 qu'il fallait travailler, avoir ses propres affaires, ne pas \u00eatre un soutien de famille, \"cachai\" ?<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> J'ai donc \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment affect\u00e9e par cela, par tout ce qui impliquait qu'ils me paient pour quelque chose qui m'appartenait, donc moiti\u00e9-moiti\u00e9 (Beatriz, 32 ans, psychologue).<\/p>\n\n\n\n<p>Le soutien financier que Rodolfo peut apporter \u00e0 Beatriz n'est autoris\u00e9 que dans la mesure o\u00f9 les formes de remboursement de l'argent pr\u00eat\u00e9 sont \u00e9galement d\u00e9finies dans l'accord de transfert. L'\"\u00e9quit\u00e9\" de l'accord de soutien repose sur cette n\u00e9gociation. Malgr\u00e9 le fait que Beatriz s'appauvrisse au cours du processus. Cet accord de transfert d'argent au sein du couple, li\u00e9 \u00e0 une forme d\u00e9finie de remboursement, \u00e9tait tr\u00e8s courant dans les couples interrog\u00e9s, en particulier dans ceux o\u00f9 les diff\u00e9rences de salaires \u00e9taient importantes. Catalina (36 ans, assistante sociale) et Basti\u00e1n (37 ans, ing\u00e9nieur) ; Laura (24 ans, musicologue) et Danae (30 ans, designer) ; Pedro (31 ans, <em>junior<\/em>) et Loreto (29 ans, avocate) et Maite (38 ans, professeur d'\u00e9ducation physique) et Sebastian (29 ans, professeur d'\u00e9ducation physique) partagent les d\u00e9penses moiti\u00e9-moiti\u00e9, et se soutiennent financi\u00e8rement gr\u00e2ce \u00e0 des \"pr\u00eats\" internes qui ont \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9s par le d\u00e9biteur, ind\u00e9pendamment de leurs diff\u00e9rences de revenus.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces formes de circulation de l'argent au sein du couple, d'autres instruments financiers disponibles sont \u00e9galement utilis\u00e9s. Les cartes de cr\u00e9dit \u00e0 usage partag\u00e9 sont une pratique tr\u00e8s courante dans les couples interrog\u00e9s et visent \u00e0 favoriser l'acc\u00e8s aux biens de consommation pour le partenaire \"non financ\u00e9\", ou \u00e0 r\u00e9soudre collectivement des besoins financiers et \u00e0 joindre les deux bouts. Cette modalit\u00e9 d'acc\u00e8s \u00e0 la consommation est une pratique r\u00e9currente chez les couples \u00e0 faibles revenus ou dont les revenus fluctuent d'un mois \u00e0 l'autre. Bien que la modalit\u00e9 soit relativement la m\u00eame (avoir une carte commune utilis\u00e9e par celui qui doit faire un achat sp\u00e9cifique), les modalit\u00e9s de remboursement sont diff\u00e9rentes. Alors que Gabriela (30 ans, assistante sociale) et Germ\u00e1n (28 ans, carabinier) empruntaient avec les instruments financiers de Germ\u00e1n et payaient les dettes avec leur revenu commun, ind\u00e9pendamment de la personne ou de l'objet de la d\u00e9pense, Francisco (33 ans, technologue m\u00e9dical) et Constanza (32 ans, administratrice d'entreprise) utilisaient la carte de cr\u00e9dit de Francisco, qui \u00e9tait charg\u00e9 de superviser la carte chaque mois et d'en contr\u00f4ler le paiement : \"nous faisons les achats s\u00e9par\u00e9ment, nous savons ce que chacun a achet\u00e9, puis nous divisons les montants et chacun paie ce qui correspond\" (Francisco, 32 ans, technologue m\u00e9dical).<\/p>\n\n\n\n<p>Le partage des cartes de cr\u00e9dit de l'un des partenaires \u00e9tait une strat\u00e9gie utilis\u00e9e non seulement pour \"joindre les deux bouts\", mais pour certains couples, c'\u00e9tait aussi un moyen de joindre les deux bouts. <br>\"gonfler les cartes\" de certains d'entre eux afin d'am\u00e9liorer leur dossier. <br>cartes de cr\u00e9dit. Pour Agustina (29 ans, dentiste) et Dar\u00edo (32 ans, technicien), gonfler les cartes de cr\u00e9dit d'Agustina \u00e9tait une strat\u00e9gie pour faciliter l'acc\u00e8s \u00e0 un pr\u00eat hypoth\u00e9caire :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Comme Agustina n'avait pas de salaire fixe ou quoi que ce soit d'autre, et qu'elle n'avait pas les moyens de d\u00e9clarer ses revenus, j'ai commenc\u00e9 \u00e0 gonfler les cartes, afin de g\u00e9n\u00e9rer un historique bancaire ; tous les achats ont donc \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s avec les cartes afin qu'il y ait un mouvement sur son compte et qu'elle commence \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un historique, et c'est ainsi que nous avons proc\u00e9d\u00e9 jusqu'\u00e0 aujourd'hui. L'id\u00e9e est qu'elle soit plus orient\u00e9e vers l'avenir, c'est-\u00e0-dire qu'avec l'inflation des cartes, elle ait un historique bancaire stable, qui a vraiment commenc\u00e9 avec peu de cr\u00e9dit et qui a augment\u00e9 rapidement parce que nous avons aussi fait un autre plan strat\u00e9gique o\u00f9 nous avons demand\u00e9 tant de mois, mais nous avons pay\u00e9 la dette totale beaucoup plus t\u00f4t, donc elle a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9e petit \u00e0 petit (Dar\u00edo, 32 ans, technicien).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans certains couples, dont l'un des membres \u00e9tait inscrit au registre national des d\u00e9biteurs (<span class=\"small-caps\">dicom<\/span>), le fait de gonfler la carte de cr\u00e9dit de l'autre \u00e9tait une strat\u00e9gie pour acc\u00e9der au cr\u00e9dit \"par l'interm\u00e9diaire de quelqu'un d'autre\", lisser la consommation (Seefeldt, 2015), am\u00e9liorer les ant\u00e9c\u00e9dents de cr\u00e9dit et projeter un pr\u00eat hypoth\u00e9caire. David (50 ans, ing\u00e9nieur industriel) et Leticia (35 ans, pr\u00e9ventionniste) sont ensemble depuis onze ans, se sont mari\u00e9s il y a trois ans et ont deux enfants. David a contract\u00e9 une dette d'\u00e9tudes depuis les ann\u00e9es 1980 et a d\u00e9cid\u00e9, il y a dix ans, d'arr\u00eater de payer. Selon lui, il a pris cette d\u00e9cision lorsque son fils a\u00een\u00e9, issu d'une autre relation, a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier \u00e0 l'universit\u00e9. Pour ne pas avoir \u00e0 s'endetter, il a contract\u00e9 diverses dettes aupr\u00e8s de soci\u00e9t\u00e9s commerciales et de banques, devenant un \"membre honoraire de l'Union europ\u00e9enne\". <span class=\"small-caps\">dicom<\/span>\" :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je suis un paria dans cette soci\u00e9t\u00e9, je n'aurai plus jamais de cr\u00e9dit dans ma vie, parce qu'il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 j'\u00e9tais tellement endett\u00e9 \u00e0 cause du probl\u00e8me que je vous expliquais, pour payer les \u00e9tudes universitaires de mon fils, apr\u00e8s ma s\u00e9paration. Je n'ai plus de cr\u00e9dit nulle part. Or, depuis une dizaine d'ann\u00e9es, c'est elle qui a pris tous les cr\u00e9dits. A un moment donn\u00e9, j'ai arr\u00eat\u00e9 de payer tout ce que je devais et je n'ai pas pay\u00e9 et je n'ai pas pay\u00e9, plus rien (David, 50 ans, ing\u00e9nieur industriel).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que l'acc\u00e8s au cr\u00e9dit par l'interm\u00e9diaire de Leticia leur ait permis \u00e0 tous deux de faire face \u00e0 leurs besoins financiers et de soins, au moment de notre entretien, Leticia avait contract\u00e9 plus de huit dettes \u00e0 son nom aupr\u00e8s de diff\u00e9rents prestataires (banques, maisons de commerce, caisses de compensation, soci\u00e9t\u00e9 automobile, etc.) Ils font du \"bicicletar\" tous les mois et esp\u00e8rent dans un avenir proche pouvoir rembourser toutes les dettes qu'ils ont laiss\u00e9es derri\u00e8re eux ou qu'ils ne peuvent pas payer \u00e0 temps. L'option du \"bicicletar\" pour joindre les deux bouts et gonfler les cartes de cr\u00e9dit de Leticia a \u00e9t\u00e9 prise comme une strat\u00e9gie \u00e0 double sens : d'abord, comme un moyen de garantir l'acc\u00e8s \u00e0 l'\u00e9ducation priv\u00e9e et aux soins de sant\u00e9 pour leurs enfants et donc de maintenir leur qualit\u00e9 de vie ; ensuite, comme un moyen d'acc\u00e9der, \u00e0 moyen terme, \u00e0 un pr\u00eat hypoth\u00e9caire : \"dans deux ans, si nous parvenons \u00e0 cette stabilit\u00e9, nous pourrons acheter une maison, un appartement. Et l\u00e0, il faudrait commencer \u00e0 m\u00fbrir la strat\u00e9gie pour que je ne me retrouve pas avec toutes mes dettes\" (David, 50 ans, ing\u00e9nieur). La strat\u00e9gie qu'ils entendent mettre en \u0153uvre pour acheter un appartement est de se s\u00e9parer, afin que les biens de Leticia ne soient pas li\u00e9s aux dettes de David. De cette fa\u00e7on, disent-ils, ils pourront contourner les dettes de David et consolider leurs projets familiaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00eats entre partenaires, l'utilisation collective d'instruments financiers ou l'\" inflation des cartes de cr\u00e9dit \" de l'un des partenaires constituent une forme de r\u00e9sistance quotidienne que les couples d\u00e9veloppent pour r\u00e9sister \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique. Ces r\u00e9sistances de \" faible intensit\u00e9 \" ou \" bottom-up \" (Scott, 1985, in Rojas et P\u00e9rez-Roa, 2019), moins organis\u00e9es et fortement nourries d'\u00e9motions, cherchent \u00e0 d\u00e9fier les assauts de l'\u00e9conomie domestique ; ce sont des \" rituels de r\u00e9bellion \" (Gluckman, 1993 in Rojas et P\u00e9rez-Roa, 2019) qui, bien qu'accabl\u00e9s par une forte pression \u00e9conomique, redonnent aux couples le sentiment qu'il existe au moins une marge de man\u0153uvre dans laquelle ils peuvent d\u00e9cider de la mani\u00e8re de faire face \u00e0 l'endettement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"small-caps\">Ajuster les projets futurs <\/span><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Chaque dette contract\u00e9e par un couple est li\u00e9e \u00e0 un calendrier de remboursement. Certaines sont projet\u00e9es sur le long terme, comme les dettes scolaires et hypoth\u00e9caires, d'autres ont une dur\u00e9e de remboursement \u00e0 moyen ou court terme, comme les dettes de consommation. La projection du paiement des dettes oriente les pratiques \u00e9conomiques des couples vers de nouvelles directions et modifie les repr\u00e9sentations que les couples se font de ces nouvelles directions (P\u00e9rez-Roa et G\u00f3mez, 2019). En ce sens, penser qu'\" un jour \" ils finiront de payer leurs dettes est, pour eux, une possibilit\u00e9 de projeter de nouveaux futurs possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour certains couples, ces avenirs se construisent sur la base de d\u00e9lais limit\u00e9s, qui marquent des \u00e9tapes temporairement d\u00e9finies par les versements qui leur restent pour r\u00e9duire leur charge financi\u00e8re et all\u00e9ger leurs finances. C'est du moins ainsi que l'entendent Gloria (35 ans, ing\u00e9nieur) et Rub\u00e9n (30 ans, technicien), qui vivent ensemble dans une maison individuelle dans la banlieue de Santiago. Ils sont mari\u00e9s depuis six ans. Ils travaillent tous les deux du lundi au dimanche. Du lundi au vendredi, Gloria travaille dans une entreprise d'importation et lui dans l'arm\u00e9e en tant qu'employ\u00e9 administratif. Le week-end, ils ont tous deux accept\u00e9 de nouveaux emplois pour augmenter leurs salaires. Le week-end, Gloria travaille dans une soci\u00e9t\u00e9 de services et Rub\u00e9n livre des journaux. Leur situation financi\u00e8re est assez critique : ils ont des dettes d'\u00e9tudes, des dettes aupr\u00e8s de soci\u00e9t\u00e9s commerciales, des dettes bancaires, un pr\u00eat hypoth\u00e9caire, des dettes municipales et des dettes envers des membres de leur famille. Selon eux, leur situation s'est aggrav\u00e9e lorsqu'ils ont \u00e9t\u00e9 escroqu\u00e9s par une soci\u00e9t\u00e9 pyramidale et que cette perte s'est ajout\u00e9e aux co\u00fbts d'achat de leur maison et aux pr\u00eats qu'ils ont d\u00fb solliciter pour la r\u00e9nover. Leurs dettes d\u00e9passent largement leurs revenus : \"chaque fois que je suis pay\u00e9, je fais une d\u00e9pression... tout l'argent s'envole en quelques minutes. Chaque mois, je finis par pleurer \u00e0 mon travail pendant que je paie\" (Gloria, 35 ans, ing\u00e9nieur). Ils disent que leurs attentes futures d\u00e9pendent de leurs chances de r\u00e9duire leurs dettes :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Oui, le mois dernier je n'avais m\u00eame pas assez d'argent pour aller au supermarch\u00e9, donc... eh... on se projette sur 2019, parce que finalement, si on le fait avant et que \u00e7a ne marche pas... Il y a des dettes que je finirai en 2019, et l'id\u00e9e c'est de payer les plus petites, par exemple le ramassage des ordures, on part maintenant \u00e0 la fin de l'ann\u00e9e et \u00e7a ferait 36 lucas [51$<span class=\"small-caps\">usd<\/span> environ] qui serait disponible, et essayer de payer le plus possible, pas plus. Je ne peux pas me projeter entre aujourd'hui et la fin de l'ann\u00e9e, mais plut\u00f4t entre aujourd'hui et 2019. De m\u00eame que je ne peux pas dire que l'ann\u00e9e prochaine, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, mon travail changera et que je gagnerai plus d'argent. Si c'\u00e9tait le cas, je pourrais peut-\u00eatre arr\u00eater de travailler le week-end, donc tout d\u00e9pendra des choses que nous r\u00e9aliserons au fur et \u00e0 mesure (Gloria, 35 ans, ing\u00e9nieur).<\/p>\n\n\n\n<p>La possibilit\u00e9 de se projeter hors de ce sentiment d'\" endettement perp\u00e9tuel \" (Han, 2011) d\u00e9pend pour Rub\u00e9n et Gloria des d\u00e9lais de remboursement d\u00e9finis pour chacun des pr\u00eats qu'ils ont contract\u00e9s et des \" paiements qu'ils r\u00e9alisent \". En ce sens, la d\u00e9cision d'allonger leur temps de travail est une mani\u00e8re d'assumer les co\u00fbts de leurs dettes et de surcharger leur capacit\u00e9 de travail afin d'atteindre les objectifs de paiement. L'allongement du temps de travail est une strat\u00e9gie particuli\u00e8rement utilis\u00e9e par les couples issus de familles plus pauvres. Alejandro (28 ans, technicien sup\u00e9rieur en construction) et Florencia (27 ans, technicien sup\u00e9rieur en construction), pour leur part, vendent des avocats pendant leur temps libre, tandis qu'Alejandro travaille comme chauffeur Uber pendant le temps qu'il lui reste. Carolina (30 ans) est professeur de litt\u00e9rature ; apr\u00e8s son travail, elle enseigne dans des \u00e9coles pr\u00e9-universitaires, des \u00e9coles du soir et des \u00e9coles publiques. Jorge (39 ans, technicien) travaille comme caissier dans le m\u00e9tro le week-end, et Nidia (33 ans, assistante sociale) travaille comme caissi\u00e8re dans un supermarch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les couples qui parviennent \u00e0 \u00e9laborer des projets d'avenir \u00e0 plus long terme le font en ajustant leurs d\u00e9sirs aux limites impos\u00e9es par l'endettement et en renon\u00e7ant aux id\u00e9es qu'ils s'\u00e9taient forg\u00e9es sur \"comment les choses devraient \u00eatre\". Carolina (30 ans, enseignante) et Diego (33 ans, anthropologue) vivent ensemble depuis deux ans dans un petit appartement d'un quartier p\u00e9ricentrique de Santiago. Carolina a une dette envers l'\u00c9tat et l'universit\u00e9 o\u00f9 elle pr\u00e9pare un dipl\u00f4me d'anthropologie. <em>magister<\/em>. Bien qu'il paie 30% de son salaire uniquement en pr\u00eats, il s'acquitte religieusement de ses dettes chaque mois. Diego, quant \u00e0 lui, n'a pas pu obtenir son dipl\u00f4me en raison de la dette qu'il a contract\u00e9e aupr\u00e8s de son universit\u00e9. Ne pas obtenir son dipl\u00f4me l'a emp\u00each\u00e9 de trouver un emploi formel dans sa profession. Aujourd'hui, il a une dette de plus de 11 000 millions de pesos (22 000 <span class=\"small-caps\">usd<\/span> environ), qu'il n'a pas pay\u00e9e depuis plus de trois ans. L'instabilit\u00e9 de son emploi l'a conduit \u00e0 un \u00e9tat d\u00e9pressif. En 2016, apr\u00e8s de nombreuses tentatives infructueuses pour trouver un emploi stable, Carolina a demand\u00e9 \u00e0 Diego d'arr\u00eater de chercher du travail et de traiter sa d\u00e9pression. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, Carolina a pris en charge une grande partie des d\u00e9penses du m\u00e9nage et s'est occup\u00e9e de l'administration : \" mon salaire est ce qui fait vivre la maison parce que le sien va et vient... ce qu'il gagne, nous l'utilisons pour acheter des choses sp\u00e9cifiques, mais nous n'avons pas cet argent de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re \". Ils disent qu'ils vivent toujours avec juste assez ; les dettes universitaires qu'ils ont contract\u00e9es les emp\u00eachent d'entreprendre d'autres projets \u00e9conomiques : \"nous souffrons des dettes, parce que le revenu nous appartient \u00e0 tous les deux, nous avons une vie partag\u00e9e, et nous n'avons pas assez d'argent\", dit Carolina. Peu avant l'entretien, Carolina et Diego se sont fianc\u00e9s. Bien qu'ils veuillent tous deux se marier rapidement, ils n'ont pas pu d\u00e9cider quand et comment ils allaient le faire. Les dettes ont limit\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 donner forme \u00e0 leur projet et les ont oblig\u00e9s, en particulier Carolina, \u00e0 abandonner l'id\u00e9e qu'elle se faisait de ce que devrait \u00eatre leur mariage :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">J'ai toujours r\u00eav\u00e9 d'un mariage comme celui-l\u00e0, comme un r\u00eave de f\u00e9e, et je me suis dit \"eh bien, je vais peut-\u00eatre devoir y renoncer, parce que je veux me marier avec lui, mais combien de temps cela va-t-il prendre pour obtenir l'argent n\u00e9cessaire pour me marier\". Aujourd'hui, j'ai, je ne sais pas, 600 lucas \u00e0 la banque [860 <span class=\"small-caps\">usd<\/span>C'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible, c'est terrible. C'est terrible, tr\u00e8s triste, et surtout si l'on consid\u00e8re la fa\u00e7on dont nous vivons, de fa\u00e7on tr\u00e8s honn\u00eate, \u00e0 la fois en travaillant dur, en travaillant dur, et il est tr\u00e8s difficile de s'\u00e9panouir en tant que personne avec un pied sur la dette universitaire (Carolina, 30 ans, enseignante).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Carolina et Diego, Fernando (31 ans, piscologue) et Valeria (23 ans, enseignante) ont \u00e9galement d\u00fb reporter leur projet de mariage parce qu'ils n'avaient pas assez d'argent. Bien qu'ils soient convaincus qu'ils pourront bient\u00f4t se marier, ce que les dettes ne leur ont pas permis de r\u00e9soudre, c'est la question de leurs enfants. Bien que Valeria souhaite avoir des enfants, Fernando n'est pas dispos\u00e9 \u00e0 en supporter le co\u00fbt \u00e9conomique dans ce contexte : \"si vous avez un enfant, vous vous mariez avec le syst\u00e8me, car vous devez lui donner une \u00e9ducation, lui fournir des soins de sant\u00e9 et travailler comme un Chinois pour que la prochaine g\u00e9n\u00e9ration prosp\u00e8re dans ce syst\u00e8me, \u00e9conomiquement... Je n'ai aucun moyen de faire cela\" (Fernando, 31 ans, psychologue). Bien que Fernando reconnaisse que sa position sur la paternit\u00e9 est inscrite dans son exp\u00e9rience de d\u00e9biteur, il lui est impossible, dans ce contexte, de l'affronter autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ajustements des projets futurs ne sont pas seulement li\u00e9s aux enfants et au mariage, mais aussi \u00e0 la possibilit\u00e9 de reprendre des projets d'\u00e9tudes tronqu\u00e9s. Dans le cas de Valeria (26 ans, technicienne) et Camilo (28 ans, officier de l'arm\u00e9e), les dettes et les exigences financi\u00e8res les ont contraints \u00e0 reporter les \u00e9tudes d'infirmi\u00e8re de Valeria. Dans le cas de Gabriela (30 ans, assistante sociale) et Germ\u00e1n (28 ans, carabinier), l'arriv\u00e9e de leur fils, les nouvelles exigences \u00e9conomiques et les dettes contract\u00e9es ont contraint Germ\u00e1n \u00e0 arr\u00eater ses \u00e9tudes. Bien que Valeria envisage de reprendre ses \u00e9tudes dans un avenir proche, pour Germ\u00e1n, ce n'est plus une priorit\u00e9. Il pr\u00e9f\u00e8re poursuivre une carri\u00e8re dans les carabiniers afin d'am\u00e9liorer ses revenus. Selon lui, c'est ce qu'il y a de plus efficace \u00e0 court terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un contexte comme celui du Chili, o\u00f9 la plupart des projets personnels impliquent une somme d'argent importante, les enfants, le mariage, la propri\u00e9t\u00e9 d'une maison ou la reprise des \u00e9tudes sont difficiles \u00e0 soutenir financi\u00e8rement, surtout dans le cas des couples que nous avons interrog\u00e9s. Si certains d'entre eux s'adaptent et transforment leurs attentes en r\u00e9alit\u00e9s de d\u00e9biteurs, d'autres les laissent passer, privil\u00e9giant les projets qui leur permettent d'augmenter leurs revenus \u00e0 court terme et de transformer leur plan de paiement en une r\u00e9alit\u00e9 moins pesante. Cette captation par la dette des futurs possibles, en particulier de ce qui est projet\u00e9 \u00e0 long terme, est l'un des \u00e9l\u00e9ments qui oppressent le plus les couples d\u00e9biteurs. Restreindre l'avenir implique non seulement de limiter leurs possibilit\u00e9s et leurs projets, mais aussi de g\u00e9n\u00e9rer un \u00e9tat de r\u00e9signation et de se sentir responsable de son destin, tout en g\u00e9n\u00e9rant un sentiment de passivit\u00e9 qui donne l'impression de ne rien pouvoir faire contre son destin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusions<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Cet article explore trois n\u00e9gociations que les jeunes couples adultes de Santiago et de Concepci\u00f3n m\u00e8nent dans un contexte de forte pression \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l'endettement. Tout d'abord, nous avons analys\u00e9 les comportements financiers ant\u00e9rieurs, h\u00e9rit\u00e9s de leurs familles d'origine et qui marquent \u00e0 la fois leur relation \u00e0 l'argent et \u00e0 l'endettement. Ensuite, nous avons examin\u00e9 les r\u00e9sistances ou les strat\u00e9gies financi\u00e8res que les couples activent pour man\u0153uvrer conjointement leur pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, qui s'observent aussi bien dans leur famille d'origine que dans leur famille d'origine. <br>Le deuxi\u00e8me est la circulation de l'argent au sein du couple ainsi que l'utilisation qu'il fait des instruments financiers. Troisi\u00e8mement, les n\u00e9gociations ou ajustements des projets futurs qu'ils r\u00e9alisent ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s ; ces ajustements sont fortement li\u00e9s au calendrier de paiement impos\u00e9 par les dettes assum\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L'un des aspects qui ressort est le mandat moral que l'autonomie \u00e9conomique a pour les femmes interrog\u00e9es et la mani\u00e8re dont il structure leurs pratiques financi\u00e8res. Cette valeur h\u00e9rit\u00e9e, soit en se diff\u00e9renciant des figures maternelles, soit en r\u00e9pondant \u00e0 un mandat explicite de leurs m\u00e8res, impr\u00e8gne fortement la relation des femmes avec l'argent, les dettes et la n\u00e9cessit\u00e9 de les maintenir dans des sph\u00e8res s\u00e9par\u00e9es de leurs relations avec leurs partenaires. Et ce, en d\u00e9pit des diff\u00e9rences de salaires qui existent en leur sein. En ce sens, l'autonomie \u00e9conomique semble \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e par rapport \u00e0 l'\u00e9quit\u00e9 dans la r\u00e9partition des d\u00e9penses.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment pertinent concerne l'utilisation strat\u00e9gique que les couples font de leurs finances dans un contexte de pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique. Ils supposent un \"cadre de calculabilit\u00e9\", au sens de Villarreal (2014), qui interpose des objectifs communs sur les pressions financi\u00e8res et les co\u00fbts que ces d\u00e9cisions peuvent impliquer. En ce sens, les strat\u00e9gies de remboursement des dettes peuvent constituer une pratique de soins (Han, 2011), leur permettant de prot\u00e9ger financi\u00e8rement leurs proches et de projeter un avenir commun. R\u00e9sister \u00e0 la pression de l'endettement en tant que couple en utilisant des strat\u00e9gies financi\u00e8res, telles que le gonflement des cartes de cr\u00e9dit de l'un des partenaires, est une mani\u00e8re d'utiliser la faible marge de man\u0153uvre que le syst\u00e8me financier leur laisse pour soutenir financi\u00e8rement et affectivement leurs projets.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les n\u00e9gociations que les couples m\u00e8nent sur leurs projets futurs, nos r\u00e9sultats nous permettent d'avancer que ceux-ci sont construits sur la base de la temporalit\u00e9 du paiement d\u00e9finie par les engagements financiers acquis. Cet assujettissement des comportements futurs \u00e0 travers les instruments de la dette a \u00e9t\u00e9 l'un des \u00e9l\u00e9ments les plus analys\u00e9s dans les \u00e9tudes sur la gouvernementalit\u00e9 (Lazzarato, 2011). En ce sens, notre travail montre comment la possibilit\u00e9 de se projeter dans l'avenir en tant que couple est fortement d\u00e9termin\u00e9e par les montants des paiements. C'est dans les discours des couples sur leurs futurs possibles que le d\u00e9sespoir et la r\u00e9signation apparaissent le plus fortement : le mariage, les enfants et les projets de logement sont suspendus ind\u00e9finiment, <br>Le probl\u00e8me est que la dette est le produit d'obligations de cr\u00e9dit projet\u00e9es \u00e0 long terme ou de montants \u00e9lev\u00e9s. Cependant, la saisonnalit\u00e9 des paiements oblige les couples \u00e0 ajuster leurs strat\u00e9gies pour all\u00e9ger les montants mensuels et ainsi mieux g\u00e9rer les dettes. Cela implique que certains prolongent leurs heures de travail pour augmenter leurs revenus et renoncent ainsi \u00e0 leur temps libre et \u00e0 leur temps pour leur partenaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi tous les participants \u00e0 cette \u00e9tude, au moins un des membres de chaque couple est un professionnel, a un emploi dont la r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9passe la m\u00e9diane nationale, et pourtant ils sont accabl\u00e9s de dettes qui, d'une mani\u00e8re ou d'une autre, leur rappellent qu'ils sont des professionnels qui, quels que soient leurs efforts, ne sont pas l\u00e0 o\u00f9 ils \" devraient \" \u00eatre. En ce sens, nous pensons qu'il serait int\u00e9ressant d'analyser plus en profondeur les intersections entre l'in\u00e9galit\u00e9 et l'endettement probl\u00e9matique, en particulier dans une soci\u00e9t\u00e9 qui, depuis octobre 2019, n'a cess\u00e9 de r\u00e9it\u00e9rer publiquement sa demande d'une plus grande dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Antoniades, Andreas (2018). \u201cGazing into the Abyss of Indebted Society: The Social Power of Money and Debt\u201d. <em>Political Studies Review<\/em>, vol. 16, n\u00fam. 4, pp. 279-288.&nbsp;https:\/\/doi.org\/10.1177\/1478929918757135<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Andrade, Camila (2020). \u201c\u00bfCu\u00e1nto m\u00e1s soporta el Pilar Solidario? La experiencia de la vejez en el Chile actual\u201d, en Kathya Araujo (dir.), <em>Hilos tensados, para leer el octubre chileno<\/em>. 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Santiago de Chile: <span class=\"small-caps\">oit<\/span> Cono Sur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Pe\u0301rez-Roa, Lorena y Javier Donoso (2018). \u201cRedes de intercambio y de pago de deudas en parejas jo\u0301venes endeudadas de Santiago de Chile\u201d. <em>Revista Intervencio\u0301n,<\/em> vol. 8, n\u00fam. 2, pp. 23-38.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 y Mat\u00edas G\u00f3mez Contreras (2019). \u201cDeuda, temporalidad y moralidad: proceso de subjetivacio\u0301n de parejas jo\u0301venes profesionales\u201d. <em>Psicoperspectivas, <\/em>vol. 18, n\u00fam. 3. https:\/\/doi.org\/10.5027\/psicoperspectivas-Vol18-Issue3-fulltext-1646<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2014). \u201cEl peso real de la deuda de estudios: la problema\u0301tica de los jo\u0301venes deudores del sistema de financiamiento universitario de la <span class=\"small-caps\">corfo<\/span> pregrado en Santiago de Chile\u201d. <em>Archivos Anali\u0301ticos de Poli\u0301ticas Educativas<\/em>, vol. 22, n\u00fam. 75. http:\/\/dx.doi.org\/10.14507\/epaa.v22n75.2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2018). \u201cDebt Management by Young Couples from Santiago, Chile: From family networks towards the financial system\u201d. <em>Economic Sociology. 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Santiago de Chile: Colecci\u00f3n <span class=\"small-caps\">idea<\/span> y Universidad de Santiago de Chile, pp. 83-106.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Pollard, Jane (2013). \u201cGendering Capital: Financial Crisis, Financialization and (an Agenda for) Economic Geography\u201d. <em>Progress in Human Geography<\/em>, vol. 37, n\u00fam. 3, pp. 403-423. https:\/\/doi.org\/10.1177\/0309132512462270<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Programa de las Naciones Unidas para el Desarrollo-Chile (<span class=\"small-caps\">pnud<\/span>-Chile) (2017). <em>Desiguales. Or\u00edgenes, cambios y desaf\u00edos de la brecha social. <\/em>Santiago de Chile: Programa de las Naciones Unidas para el Desarrollo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Rojas, Carolina y Lorena P\u00e9rez-Roa (2019). \u201cEstrategias, resistencias y disidencias. Nuevos objetos de intervenci\u00f3n e investigaci\u00f3n interdisciplinaria\u201d. <em>Revista Persona y Sociedad,<\/em> vol. 33, n\u00fam. 1, pp. 1-10. https:\/\/doi.org\/10.11565\/pys.v33i1.253<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ruiz, Carlos y Giorgio Boccardo (2015). <em>Los chilenos bajo el neoliberalismo. Clases y conflicto social<\/em>. Santiago de Chile: Nodo <span class=\"small-caps\">xxi<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Seefeldt, Kristin S. (2015). \u201cConstant Consumption Smoothing, Limited Investments, and Few Repayments: The Role of Debt in the Financial Lives of Economically Vulnerable Families\u201d. <em>Social Service Review<\/em>, vol. 89, n\u00fam<em>. <\/em>2, pp. 263-300. https:\/\/doi.org\/10.1086\/681932<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Silva-Segovia, Jimena y Siu Lay-Lisboa (2017). \u201cThe Power of Money in Gender Relations From a Chilean Mining Culture\u201d. <em>Affilia<\/em>, vol. 32, n\u00fam. 3, pp. 344-358. https:\/\/doi.org\/10.1177\/0886109916689784<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Salazar, Lourdes A. (2014). \u201cPr\u00e1cticas financieras riesgosas para afrontar la crisis econ\u00f3mica en los hogares: entre malabarismos con el dinero y sobreendeudamiento\u201d. <em>Desacatos<\/em>, n\u00fam. 44, pp. 51\u201366. https:\/\/doi.org\/10.29340\/44.448<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Stecher, Antonio y Vicente Sisto (2020). \u201cTrabajo y precarizaci\u00f3n laboral en el Chile neoliberal. Apuntes para comprender el estallido social de octubre 2019\u201d, en Kathya Araujo (dir.), <em>Hilos tensados, Para leer el octubre chileno<\/em>. Santiago de Chile: Colecci\u00f3n <span class=\"small-caps\">idea<\/span> y Universidad de Santiago de Chile, pp. 16-37.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Valentine, Gill (1999). \u201cDoing Household Research: Interviewing Couples Together and Apart\u201d. <em>Area, <\/em>vol. 31, n\u00fam<em>. <\/em>1, pp. 67-74. https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1475-4762.1999.tb00172.x<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Villarreal, Magdalena (2008). \u201cSacando cuentas: pr\u00e1cticas financieras y marcos de calculabilidad en el M\u00e9xico rural\u201d. <em>Revista Cri\u0301tica en Desarrollo, <\/em>n\u00fam. 2, pp. 131-149.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2014). \u201cRegimes of Value in Mexican Household Financial Practices\u201d. <em>Current Anthropology<\/em>, vol. 55, n\u00fam. S9, pp. S30-S39. https:\/\/doi.org\/10.1086\/676665<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zelizer, Viviana (2009). <em>Negociando la intimidad<\/em>. Buenos Aires: <span class=\"small-caps\">fce<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2011). <em>El significado social del dinero<\/em>. Buenos Aires: <span class=\"small-caps\">fce<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2015). <em>Vidas econ\u00f3micas: c\u00f3mo la cultura da forma a la econom\u00eda<\/em>. Madrid: Centro de Investigaciones Sociol\u00f3gicas, Col. Cl\u00e1sicos Contempor\u00e1neos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u017ditko, Mislav (2018). \u201cGovernmentality verus Moral Economy: notes on the debt crisis\u201d. <em>Innovation: The European Journal of Social Science Research<\/em>, vol. 31, n\u00fam. 1, pp. 68-82. https:\/\/doi.org\/10.1080\/13511610.2018.1429897<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\"><em>Lorena P\u00e9rez-Roa<\/em>&nbsp;est professeur adjoint de travail social \u00e0 l'universit\u00e9 du Chili et associ\u00e9e de recherche dans le cadre de l'initiative chilienne du mill\u00e9naire sur l'autorit\u00e9 et les asym\u00e9tries de pouvoir. Elle est titulaire d'un doctorat en sciences humaines de l'universit\u00e9 de Montr\u00e9al, d'une ma\u00eetrise en anthropologie de l'universit\u00e9 du Chili et d'une licence en travail social de la Pontificia Universidad Cat\u00f3lica de Chile. 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