{"id":33941,"date":"2021-03-22T19:35:23","date_gmt":"2021-03-22T19:35:23","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=33941"},"modified":"2023-11-17T18:20:40","modified_gmt":"2023-11-18T00:20:40","slug":"medor-resistencia-trabajo-asalariado-guadalajara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/medor-resistencia-trabajo-asalariado-guadalajara\/","title":{"rendered":"En marge de la soci\u00e9t\u00e9 du travail. La r\u00e9sistance \u00e0 l'emploi et l'avenir des individus anti-travail."},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cet article documente une autre fa\u00e7on de penser et de faire face \u00e0 l'incertitude et \u00e0 la gestion de l'avenir \u00e0 partir de formes de rapport au travail situ\u00e9es \"en marge\" de la soci\u00e9t\u00e9 du travail. Il s'agit d'une enqu\u00eate empirique bas\u00e9e sur des entretiens semi-structur\u00e9s avec des professionnels qui r\u00e9sistent au travail et qui montre que pour cette cat\u00e9gorie d'individus, l'incertitude implique d'assumer notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 commune sans trop se pr\u00e9occuper de ce qui pourrait arriver demain, et implique une forme active et autonome d'appropriation de leur vie et de r\u00e9\u00e9valuation des modes de construction de la solidarit\u00e9 fond\u00e9s sur la gratuit\u00e9. En bref, il s'agit d'une mani\u00e8re de construire mat\u00e9riellement la vie et l'avenir en rupture avec la soci\u00e9t\u00e9 de travail et de consommation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/apropiacion-de-si\/\" rel=\"tag\">l'appropriation de soi<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/asimiento-del-futuro\/\" rel=\"tag\">saisir l'avenir<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/dogma-del-trabajo\/\" rel=\"tag\">dogme du travail<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/incertidumbre\/\" rel=\"tag\">incertitude<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/resistencia-al-trabajo\/\" rel=\"tag\">la r\u00e9sistance au travail<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/sociedad-del-trabajo\/\" rel=\"tag\">soci\u00e9t\u00e9 du travail<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title abstract\">En marge de la soci\u00e9t\u00e9 du travail. R\u00e9sistance \u00e0 l'emploi et saisie de l'avenir des individus contre le travail salari\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cet article documente une autre fa\u00e7on de penser et de faire face \u00e0 l'incertitude et de g\u00e9rer l'avenir \u00e0 partir d'une mani\u00e8re de se rapporter au travail qui est \"en marge\" de la soci\u00e9t\u00e9 du travail. Une enqu\u00eate empirique, bas\u00e9e sur des entretiens semi-structur\u00e9s avec des professionnels qui r\u00e9sistent au travail, montre que, pour cette cat\u00e9gorie d'individus, l'incertitude implique d'assumer notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 commune sans trop se soucier de ce que l'avenir nous r\u00e9serve, ce qui conduit \u00e0 une appropriation active et autonome de leur vie et \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des moyens de construire la solidarit\u00e9 \u00e0 partir de la gratuit\u00e9. En somme, il s'agit d'une mani\u00e8re de construire mat\u00e9riellement sa vie et son avenir tout en rompant avec la soci\u00e9t\u00e9 du travail et de la consommation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots-cl\u00e9s : soci\u00e9t\u00e9 du travail, dogme du travail, r\u00e9sistance au travail, appropriation de soi, incertitude, saisie de l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap no-indent\">Cet article aborde la question du rapport au travail et \u00e0 l'avenir d'un groupe d'individus qui se d\u00e9clare en r\u00e9sistance contre le travail. L'id\u00e9e philosophique du rejet du travail est pr\u00e9sente dans les textes de diff\u00e9rents auteurs presque depuis l'\u00e9mergence m\u00eame du capitalisme industriel fond\u00e9 sur le travail. Des figures comme Thoreau, Dewey, Morris, Russell, parmi tant d'autres, ont consacr\u00e9 des pages m\u00e9morables \u00e0 critiquer avec acrimonie la colonisation de la vie par le travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, la sociologie du travail a \u00e0 peine abord\u00e9 cette question du point de vue des travailleurs, bien qu'elle fasse \u00e9cho \u00e0 un ensemble de pratiques et d'id\u00e9es auxquelles adh\u00e8rent de plus en plus d'acteurs. La pr\u00e9sence limit\u00e9e d'un tel sujet dans les \u00e9tudes sur le travail est peut-\u00eatre li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9valence, m\u00eame dans le monde universitaire, de la croyance sociale largement partag\u00e9e en la nature \u00e9vidente et ind\u00e9niable du travail en tant que moyen de subsistance souhaitable pour tout individu adulte (Frayne, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient ici d'\u00e9viter un \u00e9ventuel malentendu qui pourrait conduire le lecteur \u00e0 une lecture malheureuse de l'ensemble du texte. Tout d'abord, les pratiques de r\u00e9sistance et les critiques du travail ont accompagn\u00e9 le capitalisme industriel depuis ses d\u00e9buts (voir Thompson, 1994 ; Federici, 2010 ; Castro, 1999 ; D\u00edez, 2014 ; Rifkin, 1996, entre autres). C'est un truisme que de nombreux paysans et commer\u00e7ants, entre autres, pr\u00e9f\u00e8rent \u00eatre \"leur propre patron\" et que, au-del\u00e0 d'un certain niveau de revenu, les gens pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9changer des heures de travail contre des heures de loisir ou de plaisir (Rifkin, 1996 : 41). Mais, sous r\u00e9serve de d\u00e9tailler leur profil dans la seconde partie de ce texte, les sujets qui m'int\u00e9ressent ici ont presque tous une formation professionnelle et sont issus de familles mexicaines de la classe moyenne. Bourdieu (1979) nous a appris que cette cat\u00e9gorie sociale a tendance \u00e0 investir massivement dans la scolarit\u00e9 de ses enfants afin de leur garantir un avenir professionnel r\u00e9ussi, principalement en tant qu'employ\u00e9s d'une grande entreprise ou d'une institution publique ou priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des sujets en question sont les fils et les filles d'individus qui se sont forg\u00e9 une vie articul\u00e9e autour du travail, et qui souhaitaient au moins un destin similaire pour leurs enfants. J'essaie de montrer dans ce texte qu'\u00e0 diff\u00e9rents moments, ils ont tous rompu avec ces attentes et pris une position d'opposition ouverte au \"dogme du travail\", et ont ainsi suscit\u00e9 la col\u00e8re ou le m\u00e9contentement de plus d'un membre de leur famille d'origine.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l'a montr\u00e9 Frayne (2017), il existe une propension soci\u00e9tale omnipr\u00e9sente \u00e0 consid\u00e9rer comme des f\u00eal\u00e9s ou des <em>hippies<\/em> (terme plut\u00f4t p\u00e9joratif) aux personnes qui choisissent de refuser de passer une grande partie de leur vie \"enferm\u00e9es\" dans un bureau,<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a> sous la surveillance d'un patron ou d'un employeur. Parce qu'ils ne sont pas int\u00e9gr\u00e9s dans le p\u00f4le normatif du monde du travail ou, pour reprendre les termes de Kurz, Trenkle et Lohoff, parce qu'ils refusent \"d'engager la majeure partie de leur \u00e9nergie vitale dans une fin absolue et \u00e9trang\u00e8re\" (2004 : 120), on suppose qu'ils sont submerg\u00e9s par l'incertitude contre laquelle, en th\u00e9orie, le travail permet de se pr\u00e9munir.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, conc\u00e9dons que les marges de la soci\u00e9t\u00e9 du travail sont marqu\u00e9es par l'incertitude et la difficult\u00e9 \u00e0 appr\u00e9hender l'avenir. Mais, comme l'a montr\u00e9, entre autres, Sennett (2005), cette m\u00eame situation pr\u00e9vaut aussi chez ceux qui sont pleinement int\u00e9gr\u00e9s dans cette soci\u00e9t\u00e9. Je ne nie pas qu'il existe des personnes heureuses au travail, mais cela ne signifie en aucun cas que c'est seulement en adh\u00e9rant \u00e0 cette condition de travail que l'on peut se construire une bonne vie. Comme le montrent les r\u00e9cits des personnes interrog\u00e9es, il est possible de construire une vie \u00e9panouie sans \u00eatre employ\u00e9 dans une institution ou une entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p>J'ose ici prendre la libert\u00e9 de dire que la conception du travail que nous avons h\u00e9rit\u00e9e du si\u00e8cle dernier est une conception qui n'a rien \u00e0 voir avec celle de l'Europe. <span class=\"small-caps\">xix<\/span> a colonis\u00e9 nos esprits de telle mani\u00e8re qu'elle nous a rendus incapables de faire ne serait-ce qu'un effort pour comprendre et accepter l'existence d'une autre mani\u00e8re de se rapporter au travail. Ainsi, dans ce texte, je tente de d\u00e9fendre l'argument suivant : les individus qui font leur vie dans la r\u00e9sistance, voire le rejet, du travail sont habit\u00e9s par un id\u00e9al de vie qui n'est pas coh\u00e9rent avec le fait de renoncer \u00e0 leur autonomie, \u00e0 leur cr\u00e9ativit\u00e9 et \u00e0 la meilleure partie de leur temps en \u00e9change de vacances qui, selon les termes d'une personne interrog\u00e9e, \" ne servent qu'\u00e0 reproduire la force de travail \", et d'un salaire qui donne acc\u00e8s \u00e0 la consommation d'objets dont ils n'ont pas le temps de jouir. Je montrerai que s'engager dans ce que Flichy (2017) appelle \" l'autre travail \" implique une conception diff\u00e9rente de l'incertitude qui, \u00e0 son tour, implique de l'affronter diff\u00e9remment.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement de cette th\u00e8se se fait \u00e0 travers les quatre sections qui composent le texte. La premi\u00e8re contient un cadre d'analyse qui permet de donner du sens aux r\u00e9cits des personnes interrog\u00e9es sur leur perception et leur rapport au travail. Elle fournit un cadre pour comprendre le refus de travailler. Elle est suivie de consid\u00e9rations m\u00e9thodologiques qui donnent un aper\u00e7u de la mani\u00e8re dont j'ai proc\u00e9d\u00e9 pour construire et analyser les donn\u00e9es empiriques qui sous-tendent cet article. Dans les sections trois et quatre, je rapporte les r\u00e9cits des individus concernant la signification de leur r\u00e9sistance au travail et la mani\u00e8re dont ils con\u00e7oivent et g\u00e8rent l'incertitude associ\u00e9e \u00e0 leur \"non\" au travail. Je conclus par une r\u00e9flexion sur le message \u00e9thique et politique implicite dans la relation de r\u00e9sistance au travail de ces individus et sur ce qu'il y a \u00e0 gagner en tenant compte de leur critique et de leur r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cadre pour comprendre le refus de travailler<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Plusieurs signes montrent que les individus d'aujourd'hui entretiennent des rapports tr\u00e8s ambigus, voire contradictoires, avec le travail. En France, par exemple, la plupart d'entre eux se d\u00e9clarent heureux dans leur travail, mais seulement la moiti\u00e9 s'en estime satisfaite (Flichy, 2017). Les sociologues expliquent cette ambigu\u00eft\u00e9 en distinguant le sens ou le contenu et les conditions du travail. Le premier concerne l'utilit\u00e9 ou la finalit\u00e9 de l'activit\u00e9 de travail, tandis que le second renvoie, entre autres, aux moyens et \u00e0 l'autonomie pour d\u00e9cider du processus de travail. Les individus seraient heureux de l'\u00e9tendue de leurs activit\u00e9s dans leur dimension de contribution \u00e0 quelque chose de collectif et de l'opportunit\u00e9 de se montrer capables ou comp\u00e9tents, mais ils le seraient beaucoup moins car \"les nouveaux modes d'organisation du travail, qui exigent plus d'implication personnelle du travailleur..., augmentent le stress, parce qu'ils impliquent une intensification du travail\". S'il y a un certain plaisir \u00e0 travailler, il s'accompagne souvent d'une souffrance \" (Flichy, 2017 : 96). Les donn\u00e9es et analyses fournies par Pfeffer (2018) pour les \u00c9tats-Unis et d'autres pays sont coh\u00e9rentes avec ce qui a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 en France. En g\u00e9n\u00e9ral, les individus trouvent un certain plaisir \u00e0 exercer leurs activit\u00e9s pour lesquelles ils \u00e9prouvent un certain attachement, mais en m\u00eame temps le cadre dans lequel ils les exercent g\u00e9n\u00e8re beaucoup de souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne le Mexique, la<em> World Happiness Report<\/em> (<span class=\"small-caps\">whr<\/span>L'indice de satisfaction pour l'activit\u00e9 ou l'occupation principale des Mexicains interrog\u00e9s en 2018, sur une \u00e9chelle de 0 \u00e0 10, est de 8,8. Seules les relations personnelles ont obtenu un score plus \u00e9lev\u00e9 que l'occupation. Alors que les universitaires parlent encore et toujours, avec une certaine pointe de regret, d'informalit\u00e9 et d'ins\u00e9curit\u00e9 de l'emploi, les travailleurs donnent une \u00e9valuation subjective plut\u00f4t positive de leur activit\u00e9. Cependant, il semble que la situation de souffrance, d'\u00e9puisement ou d'ins\u00e9curit\u00e9 de l'emploi soit plus fr\u00e9quente chez les travailleurs que chez les universitaires. <em>\u00e9puisement professionnel<\/em> Les probl\u00e8mes de stress d\u00e9crits pour d'autres soci\u00e9t\u00e9s se produisent \u00e9galement sous ces latitudes. En 2017, l'Organisation internationale du travail a indiqu\u00e9 que 40% des employ\u00e9s mexicains souffraient de stress li\u00e9 au travail, en partie \u00e0 cause de la pression exerc\u00e9e par l'environnement professionnel ; la m\u00eame ann\u00e9e, le pr\u00e9sident de l'Association mexicaine de psychiatrie a observ\u00e9 qu'\"aujourd'hui, les travailleurs sont soumis \u00e0 des charges de stress qui d\u00e9passent les niveaux normaux qu'un individu occupant un poste \u00e0 responsabilit\u00e9s peut supporter\" (Poy Solano, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre signe du d\u00e9go\u00fbt des gens pour les conditions de travail actuelles est le grand nombre de m\u00e8mes sarcastiques et moqueurs, souvent autor\u00e9f\u00e9rentiels, qui circulent sur les employ\u00e9s de bureau. Le groupe Facebook \"Godinez World\", qui compte un peu moins de deux millions d'adeptes, propose d'innombrables images, accompagn\u00e9es de milliers de commentaires, qui donnent un aper\u00e7u limit\u00e9 mais pr\u00e9cieux, compte tenu de la spontan\u00e9it\u00e9 des commentaires, de la perception et de l'\u00e9valuation par ces travailleurs des formes actuelles d'organisation du travail (salarial). Les images et les commentaires pointent souvent les \"malheurs\" que sont les <em>shibboleth<\/em> de la vie de bureau : le manque d'autonomie, les contraintes d'horaires, la surveillance, la <em>\u00e9puisement professionnel<\/em>le site <em>al\u00e9sage<\/em>etc. Ces situations impliquent une forme de pr\u00e9carit\u00e9 que Linhart (2009) qualifie de subjective, qui peut \u00eatre plus pernicieuse que la forme (objective) de pr\u00e9carit\u00e9 dont on parle beaucoup dans les \u00e9tudes sur le travail.<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux auteurs attribuent la d\u00e9gradation actuelle des conditions de travail \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de l'id\u00e9ologie manag\u00e9riale (<em>gestion<\/em>) dans l'organisation du travail (Thoemmes, Kanzari et Escarboutel, 2011 ; Marzano, 2011 ; Gaulejac, 2008 ; Berm\u00fadez, 2017), ce qui impose aux employ\u00e9s des exigences contradictoires : \u00eatre autonomes sous les ordres ou suivre certaines normes d'excellence et de r\u00e9ussite qui sont contraires ou \u00e9trang\u00e8res \u00e0 leurs propres perspectives de bonne performance et de bien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, la flexibilit\u00e9 de l'organisation du travail tant vant\u00e9e dans l'\u00e8re post-fordiste n'est pas du tout synonyme de moins de surveillance ou de plus d'autonomie dans l'ex\u00e9cution des t\u00e2ches. Comme l'ont montr\u00e9 certaines recherches (Boltanski et Chiapelo, 1999 ; Marzano, 2011), l'autonomie promise dans le post-fordisme n'est qu'un leurre qui a servi \u00e0 conduire \u00e0 une implication ou un engagement beaucoup plus important des salari\u00e9s, au d\u00e9triment de leur vie personnelle et familiale (Thoemmes, Kanzari et Escarboutel, 2011 ; Marzano, 2011) et de leur int\u00e9grit\u00e9 psychique (Aubert et Gaulejac, 1993).<\/p>\n\n\n\n<p>Cela a conduit Linhart (2016) \u00e0 voir dans le post-fordisme une radicalisation de certaines pratiques nodales du taylorisme, telles que la surveillance par les nouveaux outils technologiques et la colonisation de la vie par le travail. Comme on le sait, de nombreux salari\u00e9s aux plus hauts niveaux de responsabilit\u00e9 ont des horaires de travail tr\u00e8s \u00e9tendus et doivent \u00eatre disponibles \u00e0 tout moment pour d'\u00e9ventuelles affaires ou demandes de clients (Thoemmes, Kanzari et Escarboutel, 2011 ; Reid, 2015 ; Laillier et Stenger, 2017). Avec la rudesse qui caract\u00e9rise leur prose, Kurz, Trenkle et Lohoff d\u00e9crivent cette r\u00e9alit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">La vie se d\u00e9roule ailleurs, ou nulle part, car le rythme du travail prend le dessus sur tout. Les enfants sont form\u00e9s pour le temps, afin d'\u00eatre plus tard \"pr\u00eats \u00e0 travailler\". Les vacances ne servent qu'\u00e0 reproduire la \"force de travail\". Et m\u00eame lorsque nous mangeons, sortons le soir ou faisons l'amour, l'horloge tourne en arri\u00e8re-plan (2004 : 112).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le taylorisme, le travail s'emparait du corps des travailleurs, mais pas de leur esprit, qui pouvait se plonger dans des r\u00eaveries idylliques tout en accomplissant ses t\u00e2ches ; dans le post-fordisme, en revanche, le travail les accompagne partout, tout le temps (Marzano, 2011).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la tendance dominante, hier et aujourd'hui, \u00e0 perdre sa vie dans l'effort n'est pas inh\u00e9rente \u00e0 la nature humaine. Il n'est pas dans la constitution biologique ou \u00e9volutive de l'animal humain, comme peut-\u00eatre de tout autre, d'aimer l'effort intense ou une vie de d\u00e9vouement absolu \u00e0 un travail acharn\u00e9 (Bohler, 2019). La culture actuelle de l'effort physique et \u00e9motionnel, plus c'est dur, mieux c'est, est le r\u00e9sultat de pr\u00e8s de deux si\u00e8cles de construction ostentatoire de l'\u00e9thique du travail et de sa d\u00e9rivation logique, la soci\u00e9t\u00e9 du travail (Graeber, 2018 ; Bauman, 2000).<\/p>\n\n\n\n<p>Cela signifie que la recherche de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Pour bannir, par le biais d'un moyen ou d'un autre, [...] l'habitude r\u00e9pandue qu'ils consid\u00e9raient comme le principal obstacle au nouveau monde splendide qu'ils essayaient de construire : la tendance r\u00e9pandue \u00e0 \u00e9viter, autant que possible, les b\u00e9n\u00e9dictions apparentes offertes par le travail en usine et \u00e0 r\u00e9sister au rythme de vie fix\u00e9 par le contrema\u00eetre, l'horloge et la machine (Bauman, 2000, p. 18).<\/p>\n\n\n\n<p>La foi dans les vertus \u00e9thiques et civiques de l'emploi transcende les clivages politiques traditionnels et la promotion de l'emploi est devenue l'obsession de tout dirigeant ou candidat qui prend son succ\u00e8s et sa popularit\u00e9 au s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l'ont montr\u00e9 plusieurs auteurs (Frayne, 2017 ; Polanyi, 2003 ; M\u00e9da, 2001), le lien entre travail, sens civique et conscience de sa propre valeur est une construction historiquement dat\u00e9e dont l'\u00e9mergence a impliqu\u00e9 l'an\u00e9antissement ou l'invisibilisation d'autres formes plus anciennes de construction de la vie et du sens de sa propre valeur autour d'autres r\u00e9f\u00e9rents que le rapport de subordination au travail. L'affirmation de ces autres formes de relation au travail n\u00e9cessite de penser le travail en des termes autres que ceux de \"valeur\" d'\u00e9change, de \"profit\", d'\"accumulation\", etc. (Panoff, 1977). Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 formuler la th\u00e8se autour de laquelle s'articule ce texte : faire sa vie \"en marge\" de la soci\u00e9t\u00e9 du travail ou y r\u00e9sister est une autre fa\u00e7on de se faire, de s'assumer de fa\u00e7on autonome et d'\u00eatre socialement utile d'une autre mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les consid\u00e9rations ci-dessus sont pertinentes dans la mesure o\u00f9 la position des personnes interrog\u00e9es \u00e0 l'\u00e9gard du travail, que j'expliquerai plus loin, est en grande partie une r\u00e9action soit contre la situation d'\u00e9puisement professionnel, car plus d'un d'entre eux en ont souffert dans leur pass\u00e9 d'employ\u00e9, soit contre l'imp\u00e9ratif de faire du travail la base de la vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Recherche sur les marges de la soci\u00e9t\u00e9 du travail : consid\u00e9rations m\u00e9thodologiques<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Flichy (2017) distingue deux perspectives m\u00e9thodologiques dans l'\u00e9tude du travail : la premi\u00e8re est la plus traditionnelle et se concentre sur l'\u00e9tude du travail lui-m\u00eame, c'est-\u00e0-dire qu'elle se concentre sur des variables plut\u00f4t objectives relatives aux travailleurs et aux entreprises. Cette approche s'int\u00e9resse \u00e0 la dynamique g\u00e9n\u00e9rale du monde du travail. La seconde perspective s'int\u00e9resse \u00e0 l'activit\u00e9 des travailleurs. Elle se concentre sur ce que les individus font au quotidien, ce qui peut \u00eatre des occupations multiples, les liens possibles entre une activit\u00e9 et une autre et, surtout, la mani\u00e8re dont ils relient leur(s) activit\u00e9(s) professionnelle(s) \u00e0 d'autres dimensions de leur vie. En d'autres termes, l'accent est mis sur le contenu de ce que font les individus et sur le sens qu'ils leur donnent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche s'int\u00e9resse au \"faire\" (<em>le faire<\/em>) (dans l'h\u00e9ritage de Dewey) et suppose l'\u00eatre humain comme un fabricant d'objets, un \" toolmaker \" (Renault, 2012 : 127) ; ainsi, \" faire \" devient constitutif de la vie de tout \u00eatre humain. Au-del\u00e0 du spectre de l'emploi, la vie de nombreux individus se d\u00e9roule dans un bricolage constant o\u00f9 s'entrem\u00ealent effort, fatigue, plaisir et satisfaction. Comme le montre Flichy (2017), de nombreux salari\u00e9s trouvent dans le \" faire \" l'espace de cr\u00e9ativit\u00e9, de sociabilit\u00e9 et d'\u00e9panouissement humain qui leur est refus\u00e9 dans leur emploi. C'est la perspective que j'adopte dans la recherche sur laquelle se fonde ce texte ; j'y tente de documenter les formes actuelles de rapport au travail qui, dans le discours et la pratique, rompent, ou du moins tentent de rompre, avec le paradigme (symboliquement) dominant de l'engagement dans le monde du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Dewey (1998, 2008) distingue et oppose le \"work\" au \"labour\". Le travail est, pour lui, comparable au jeu et \u00e0 l'art, en ce qu'il s'agit d'exp\u00e9rimenter, de cr\u00e9er, de s'exprimer en tant qu'\u00eatre libre et unique ; de plus, et surtout, la finalit\u00e9 du travail est intrins\u00e8que, c'est le plaisir m\u00eame de l'accomplir, <em>in fine<\/em>est la confirmation du travailleur en tant que cr\u00e9ateur ou g\u00e9n\u00e9rateur. Le r\u00e9sultat du \"faire\/travailler\" est une sorte de gratification int\u00e9rieure, une affirmation du moi dans son unicit\u00e9. D'autre part, il appelle \"travail\" l'activit\u00e9 p\u00e9nible dont la finalit\u00e9 est extrins\u00e8que et \u00e9trang\u00e8re aux objectifs personnels de l'individu. Le capitalisme industriel a articul\u00e9 et exalt\u00e9 le \"travail\" au d\u00e9triment du \"travail\" ou du \"faire\".<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je parle de rejet ou de r\u00e9sistance au travail par les sujets de ma recherche, il faut le lire comme un rejet du \" travail \" au sens de Dewey ; et cette n\u00e9gativit\u00e9 entra\u00eene une d\u00e9fense du travail entendu comme \" faire \". Ce sont des individus qui portent un discours sur le travail qui ressemble \u00e0 ceux \u00e9tudi\u00e9s par Frayne (2017) au Royaume-Uni ; c'est-\u00e0-dire qu'ils rejettent le travail ou y r\u00e9sistent pour diverses raisons et essaient des mani\u00e8res plus autonomes, ludiques, cr\u00e9atives et, dans certains cas, solidaires de s'occuper et de g\u00e9n\u00e9rer des ressources ou des biens. En cela, la plupart d'entre eux restent \u00e0 l'\u00e9cart de la vulgarit\u00e9 qui entoure l'esprit d'entreprise. Bien qu'ils partagent certains traits avec les entrepreneurs (en particulier ceux du monde de l'entreprise), ils se tiennent \u00e0 l'\u00e9cart de la vulgarit\u00e9 qui entoure l'entrepreneuriat. <em>d\u00e9marrage<\/em>), je pense qu'ils diff\u00e8rent d'eux en termes de signification ou d'objectif du travail. En g\u00e9n\u00e9ral, les premiers s'inscrivent pleinement dans les logiques du nouveau capitalisme, alors que la plupart des personnes que j'ai interrog\u00e9es sont plut\u00f4t critiques \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir d'entretiens men\u00e9s avec des individus qui se d\u00e9clarent explicitement oppos\u00e9s ou r\u00e9fractaires au travail, je propose dans ce texte une approche de leur mani\u00e8re de percevoir l'avenir, de vivre l'incertitude et des \u00e9ventuelles inqui\u00e9tudes qui les habitent \u00e0 ces \u00e9gards. Cet article porte sur des entretiens avec 19 d'entre eux, neuf femmes et dix hommes. Ils ont \u00e9tudi\u00e9 au moins jusqu'au baccalaur\u00e9at, \u00e0 l'exception de deux d'entre eux, dont la r\u00e9sistance au travail a conduit \u00e0 leur rejet de l'universit\u00e9. J'ai commenc\u00e9 par interroger des connaissances dont je connaissais d\u00e9j\u00e0 les critiques \u00e0 l'\u00e9gard du travail ; elles m'ont elles-m\u00eames mis en contact avec des amis avec lesquels elles partageaient ces dispositions. Par ailleurs, en partageant une br\u00e8ve description de l'\u00e9tude et du type de profil que je souhaitais interviewer, plusieurs coll\u00e8gues m'ont mis en contact avec des collaborateurs potentiels que j'ai \u00e9galement interview\u00e9s. Les entretiens ont dur\u00e9 entre une heure et demie et deux heures et demie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, au moins l'un des parents a suivi une formation professionnelle et exerce une profession lib\u00e9rale. Il s'agit donc d'individus bien dot\u00e9s en capital culturel et appartenant \u00e0 la classe moyenne. Il est bien connu qu'en Am\u00e9rique latine, l'\u00e9mergence et l'expansion de la classe moyenne sont directement li\u00e9es aux actions de d\u00e9veloppement de l'\u00c9tat (Bertaccini, 2009 ; Escobar et Pedraza, 2010, Wortman, 2010 ; Le\u00f3n, Esp\u00edndola et S\u00e9mbler, 2010). Cette cat\u00e9gorie sociale a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la modernisation, de l'urbanisation et de l'expansion de l'\u00c9tat, qui ont cr\u00e9\u00e9 des millions d'emplois et \"des conditions favorables en termes de prix, de services sociaux et urbains et de cr\u00e9dit, qui ont facilit\u00e9 l'acc\u00e8s \u00e0 un niveau de vie plus \u00e9lev\u00e9 pour les travailleurs urbains formels\" (Escobar et Pedraza, 2010 : 358). En d'autres termes, une telle classe sociale est l'enfant de l'industrialisation, de la d\u00e9mocratisation de l'\u00e9ducation ou de la cr\u00e9ation de l'\u00e9conomie de services, le tout main dans la main avec l'Etat en Am\u00e9rique latine. Ainsi, Bertaccini (2009) d\u00e9crit la classe moyenne mexicaine moderne comme une construction du pouvoir public, qui a commenc\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de la mobilit\u00e9 sociale ascendante promue par l'\u00c9tat d\u00e9veloppementiste, la classe moyenne entretient un rapport particulier au travail et \u00e0 l'imaginaire qui l'a soutenue. Bourdieu (1979) fait de cette cat\u00e9gorie sociale le porteur d'une \"bonne volont\u00e9 culturelle\", c'est-\u00e0-dire qu'elle fait de l'investissement dans l'\u00e9ducation et de l'appropriation des biens culturels le principal atout pour la pr\u00e9servation de sa position dans la soci\u00e9t\u00e9. Ce qui est l\u00e9gu\u00e9 aux enfants, pour pr\u00e9server cette position, c'est une formation professionnelle sup\u00e9rieure et l'ardeur au travail. Ainsi, le refus de travailler a quelque chose d'une rupture avec un h\u00e9ritage familial, ce qui ne manque pas de susciter le d\u00e9saccord, la suspicion, l'incompr\u00e9hension ou la critique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes interrog\u00e9es exercent une grande vari\u00e9t\u00e9 de m\u00e9tiers. Il y a ceux qui brassent de la bi\u00e8re artisanale, ceux qui traduisent et interpr\u00e8tent, deux qui font du pain et de la menuiserie et d'autres m\u00e9tiers, ceux qui enseignent le yoga, la danse et les th\u00e9rapies alternatives, ceux qui font des tatouages, ceux qui \u00e9crivent, traduisent et fondent une petite maison d'\u00e9dition, et ainsi de suite. Une caract\u00e9ristique commune \u00e0 la plupart d'entre eux est qu'ils d\u00e9testent le type de \"noblesse professionnelle\" auquel la possession d'un dipl\u00f4me universitaire est souvent associ\u00e9e (Crawford, 2010) ; autrement dit, ils n'ont aucun scrupule \u00e0 s'engager dans n'importe quelle activit\u00e9 (socialement utile et sanctionn\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la m\u00eame raison, ils professent un certain go\u00fbt pour l'artisanat et le travail manuel (\"apprendre \u00e0 faire des choses avec mes mains\" est ce que l'une des personnes interrog\u00e9es estime avoir grandi depuis qu'elle a cess\u00e9 de vivre pour travailler). Sur ce point, ils se rapprochent des <em>fabricants <\/em>et avec le <em>pirates informatiques<\/em> (Berrebi-Hoffman, Bureau et Lallement, 2018), avec les individus anti-travail \u00e9tudi\u00e9s par Frayne (2017) et les salari\u00e9s passionn\u00e9s de bricolage et disposant d'espaces pour \" l'autre travail \", pour \" faire \", observ\u00e9s par Flichy (2017). Ils sont \u00e9galement en plein accord avec les positions critiques d'auteurs contemporains tels que Smart (2004), Abenshushan (2013), Weeks (2011), parmi tant d'autres, \u00e0 l'\u00e9gard du culte du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes interrog\u00e9es s'accordent \u00e0 dire que le fait d'\u00eatre \"en marge\" de la soci\u00e9t\u00e9 du travail salari\u00e9 les oblige \u00e0 s'engager dans des activit\u00e9s diff\u00e9rentes pour l'amour du travail et la n\u00e9cessit\u00e9 existentielle de le faire. Dans le cadre de ce texte, j'ai analys\u00e9 les entretiens en me concentrant sur la partie des r\u00e9cits concernant les mani\u00e8res d'appr\u00e9hender l'avenir et de s'y projeter, de faire face \u00e0 l'incertitude et de signifier leur rapport particulier au travail, en essayant de \"comprendre\" (Bourdieu, 1993) les raisons pour lesquelles les uns et les autres construisent une relation de relative distance ou de franche r\u00e9sistance au travail. Supposer que quelqu'un peut avoir des raisons suffisantes de ne pas aimer la relation de travail employeur-employ\u00e9 (comme il peut y avoir \u00e0 s'y trouver relativement bien) est un bon antidote au risque d'imposer inconsciemment aux interview\u00e9s des questions incontr\u00f4l\u00e9es, spontan\u00e9ment tir\u00e9es de fictions socialement partag\u00e9es sur le rapport l\u00e9gitime au travail ou de mon propre statut d'employ\u00e9 de l'universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une co\u00efncidence remarquable dans le discours de ces personnes en ce qui concerne les raisons de leur \u00e9loignement du travail, leur appr\u00e9hension de l'incertitude, leur fa\u00e7on d'appr\u00e9hender l'avenir, entre autres. \u00c0 cet \u00e9gard, les variables telles que le sexe, l'\u00e2ge, l'\u00e9tat civil, le fait d'avoir ou non des enfants, la scolarit\u00e9 et le lieu de r\u00e9sidence ne font pas de diff\u00e9rence. Pour la m\u00eame raison, les extraits cit\u00e9s de tel ou tel entretien sont relativement repr\u00e9sentatifs de l'opinion de chacun sur le sujet en question. Cela ne veut pas dire que l'\u00e9chantillon est homog\u00e8ne, au contraire, j'ai essay\u00e9 de le rendre le plus homog\u00e8ne possible sur des questions telles que l'origine scolaire et socioprofessionnelle, mais ces variables n'apportent pas de variation en termes de perception de la place que doit avoir le travail dans la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principal \u00e9l\u00e9ment de variation entre les positions est id\u00e9ologique, certains se positionnant \"en bas et \u00e0 gauche\" et ayant certaines affinit\u00e9s avec l'anarchisme et l'anticapitalisme, tandis que d'autres se d\u00e9crivent comme indiff\u00e9rents ou \u00e9loign\u00e9s de la politique ; au-del\u00e0 de ces diff\u00e9rences, il existe une certaine convergence sur l'absence de sens de donner sa vie au travail et de s'engager dans des activit\u00e9s de peu d'int\u00e9r\u00eat et d'utilit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\"<em>Illusions perdues<\/em>\"ou de la vie promise et r\u00eav\u00e9e qui n'a jamais \u00e9t\u00e9 et ne sera jamais.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">La soci\u00e9t\u00e9 qui s'est construite autour du salaire se caract\u00e9rise par l'abandon de l'autonomie du travailleur au profit de l'employeur en \u00e9change de la stabilit\u00e9 de l'emploi et de la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle (Castel, 1995). \u00c0 cela s'ajoutait, en troisi\u00e8me lieu, la promesse d'une capacit\u00e9 de consommation toujours plus grande (Rifkin, 1996). Dans un monde o\u00f9 la fabrication d'objets augmentait \u00e0 une vitesse vertigineuse, la viabilit\u00e9 du capitalisme d\u00e9pendait de l'encouragement sans limite de la consommation et de la promotion d'une d\u00e9votion assidue au travail comme moyen d'acc\u00e8s au \"bonheur\" d'une vie satur\u00e9e d'objets manufactur\u00e9s. Il n'est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que le succ\u00e8s du capitalisme fordiste reposait sur l'ajustement entre le travail et la consommation par le biais du cr\u00e9dit (Rifkin, 1996). Le travail \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme constitutif de la valeur individuelle et de l'appartenance sociale, tandis que la consommation \u00e9tait \u00e9rig\u00e9e en mesure de la r\u00e9ussite individuelle. Une id\u00e9ologie durable sous-jacente \u00e0 cette organisation sociale, fortement articul\u00e9e autour du travail, est la croyance ferme en une vie de richesse comme r\u00e9sultat in\u00e9vitable du d\u00e9vouement au travail. Depuis une quarantaine d'ann\u00e9es, la r\u00e9alit\u00e9 du monde du travail va \u00e0 l'encontre de cette croyance qui, paradoxalement, continue d'alimenter les opinions et les attentes de nombreuses personnes \u00e0 l'\u00e9gard du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Liliana, qui est titulaire d'un dipl\u00f4me en m\u00e9dias et d'un dipl\u00f4me de troisi\u00e8me cycle en d\u00e9veloppement urbain et qui a pr\u00e8s de 25 ans d'exp\u00e9rience professionnelle dans diff\u00e9rents m\u00e9dias, a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e par ses parents et ses enseignants \u00e0 croire qu'en travaillant avec d\u00e9vouement et s\u00e9rieux, elle aurait une vie mat\u00e9riellement d\u00e9cente et que son bien-\u00eatre futur serait garanti. Pendant des ann\u00e9es, il y a cru ; il a n\u00e9glig\u00e9 sa vie personnelle, sa famille, ses amis et d'autres activit\u00e9s d'int\u00e9r\u00eat pour concr\u00e9tiser cette promesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d'une premi\u00e8re conversation, il a r\u00e9fl\u00e9chi :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">On m'a fait croire qu'en travaillant d\u00e8s mon plus jeune \u00e2ge et en travaillant dur, j'aurais s\u00fbrement une vie confortable. C'est ce que j'ai fait jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, mais rien de ce qui m'avait \u00e9t\u00e9 promis ne s'est produit. Au contraire, je travaille de plus en plus, mais les r\u00e9sultats sont de moins en moins probants (entretien avec Liliana, 46 ans, m\u00e8re de deux enfants, juillet 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Sa vision du travail correspond aux deux principes mentionn\u00e9s ci-dessus, avec lesquels Graeber (2018) caract\u00e9rise les emplois de notre \u00e9poque moderne. Notre soci\u00e9t\u00e9 fait d\u00e9pendre la valeur et la dignit\u00e9 des personnes de leur rapport au travail, mais en m\u00eame temps, le travail est devenu odieux. En d'autres termes, le travail est devenu une fin en soi et doit \u00eatre nuisible \u00e0 la vie des gens. Selon Graeber, \"c'est parce qu'il est horrible que le travail moderne tend \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une fin en soi... En d'autres termes, les travailleurs tirent des sentiments de dignit\u00e9 et d'estime de soi...\". <em>parce que<\/em> d\u00e9testent leur travail\" (2018 : 242).<\/p>\n\n\n\n<p>Liliana a l'impression de courir apr\u00e8s la r\u00e9alit\u00e9 r\u00eav\u00e9e de bien gagner sa vie gr\u00e2ce \u00e0 son travail, mais cette r\u00e9alit\u00e9 lui a toujours \u00e9chapp\u00e9 ; plus elle la poursuit, plus elle devient lointaine, insaisissable, insaisissable. Elle est arriv\u00e9e \u00e0 un point o\u00f9 elle s'est rendu compte que plus elle travaille, plus il est difficile de joindre les deux bouts avec un peu d'argent. Cat\u00e9gorique, elle termine sa r\u00e9flexion par cette affirmation : \"Je ne veux plus de \u00e7a\". Sa r\u00e9sistance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 du travail repose sur une certaine prise de conscience du principe de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d'une deuxi\u00e8me rencontre, il a r\u00e9it\u00e9r\u00e9 ses r\u00e9flexions sur son exp\u00e9rience du travail journalistique et a propos\u00e9 sa vision du m\u00e9tier :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Lorsque j'ai quitt\u00e9 l'universit\u00e9, je voulais travailler, je travaillais d\u00e9j\u00e0, j'aimais travailler, mais j'ai commenc\u00e9 \u00e0 soup\u00e7onner tr\u00e8s t\u00f4t que ce que j'aimais faire, le journalisme, il y avait des entreprises qui profitaient de l'amour que j'avais pour ce travail pour m'exploiter. Par exemple, j'ai travaill\u00e9 dans un journal pendant cinq ans, nous \u00e9tions nombreux, mais en cinq ans, personne n'a eu d'augmentation, jamais. En d'autres termes, nous avons travaill\u00e9 pendant cinq ans sans augmentation. Et comme ils commen\u00e7aient \u00e0 licencier et \u00e0 couper, couper, couper, couper, couper et couper, il y avait de moins en moins de gens et nous avions de plus en plus de travail. Et comme je vous l'ai dit : auparavant, il y avait deux autres emplois en plus du journal. Il est donc arriv\u00e9 un moment o\u00f9 m\u00eame le corps des gens a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer : leur sant\u00e9, leurs \u00e9motions, leur vie de couple ; dans mon environnement de travail, dans l'environnement dans lequel j'ai travaill\u00e9, les gens divorcent deux, trois, quatre fois, et bien s\u00fbr, il y a de nombreux facteurs qui conduisent au divorce, mais un facteur tr\u00e8s important dans le cas de mon domaine est le manque de temps. Les gens n'ont pas le temps d'\u00eatre avec quelqu'un d'autre que leurs coll\u00e8gues de travail... Ou bien les gens sont tr\u00e8s ivres... Donc, pour moi, ce qu'est le travail \u00e0 ce moment de mon histoire... eh bien, c'est quelque chose de terrible, c'est quelque chose qui g\u00e9n\u00e8re de l'exploitation, qui ne permet pas aux gens de vivre heureux ou avec une qualit\u00e9 de vie ; si vous voulez utiliser un adjectif non \u00e9motionnel que l'on peut mesurer : qu'on ne peut pas voir ses enfants, qu'on ne peut toujours pas passer des vacances dans une petite ville de Jalisco, qu'on n'a jamais d'argent de toute fa\u00e7on, qu'on n'a pas de temps et qu'on ne peut pas non plus, m\u00eame si on le voulait, \u00e9lever ses enfants ou \u00eatre avec son partenaire, etc. ...Les gens pensent toujours qu'ils vont \u00eatre licenci\u00e9s, \u00e0 mon avis, en \u00e9change de rien, en \u00e9change d'un salaire minable qui ne vous permet m\u00eame pas de joindre les deux bouts (entretien avec Liliana).<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci est coh\u00e9rent avec l'id\u00e9e que le travail devient une fin en soi, m\u00eame au d\u00e9triment de la durabilit\u00e9 de la vie des travailleurs. Une fois que l'on a \u00e9rig\u00e9 la d\u00e9votion au travail en symbole d'une vie \u00e9panouie, on devient incapable de reconna\u00eetre et d'accorder de l'importance \u00e0 la myriade d'autres choses qui donnent du contenu \u00e0 une vie humaine. Frayne (2017) parle de la colonisation de la vie par le travail lorsque l'on vit sous l'imp\u00e9ratif de soumettre toute son existence \u00e0 la tyrannie d'une horloge de bureau ou d'\u00eatre toujours disponible pour \"tout ce qui est propos\u00e9\". La r\u00e9sistance de Liliana s'oppose \u00e0 cette tyrannie et \u00e0 la colonisation de la vie par l'empire du travail. Voici comment elle l'exprime :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Il me semble que le travail est devenu quelque chose... depuis que je suis au journal, disons qu'il y a un syst\u00e8me qui vous fait penser et croire que si vous n'\u00eates pas l\u00e0 tout le temps, vous \u00eates moins productif, votre travail vaut moins ou vous \u00eates juste un fain\u00e9ant. Et je m'interroge toujours sur le fait que quelqu'un doit travailler de 9 heures \u00e0 14 heures et de 16 heures \u00e0 19 heures. Cela signifie que l'on quitte son domicile \u00e0 8 heures et que l'on y revient \u00e0 20 heures ; en d'autres termes, il s'agit de 12 heures r\u00e9elles de travail en dehors de son domicile. Je pense que le travail est quelque chose de tr\u00e8s important, mais qu'il doit \u00eatre agr\u00e9able, social, utilement social, et qu'il ne doit pas impliquer que l'on doive donner sa vie ou la laisser uniquement dans un bureau. Je veux dire que m\u00eame si vous n'avez pas d'enfants, vous avez un partenaire, vous voulez aller au cin\u00e9ma, vous voulez aller \u00e0 un concert, \u00e9couter de la musique, voir vos amis, blablablabl\u00e1 (entretien avec Liliana).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Liliana, les autres partenaires de la recherche s'accordent \u00e0 dire que le travail doit \u00eatre une source de joie, de progr\u00e8s personnel, de manifestation et de d\u00e9veloppement du potentiel des individus. Ce qu'ils rejettent, c'est la tendance dominante actuelle \u00e0 imposer le travail comme la \"seule vraie joie\". D\u00e9j\u00e0 au d\u00e9but du si\u00e8cle <span class=\"small-caps\">xx<\/span> On en a eu des aper\u00e7us, c'est pourquoi Robert Walser lui a consacr\u00e9 plusieurs pages de satire mordante, mais il n'imaginait pas qu'un si\u00e8cle plus tard, l'\u0153uvre deviendrait, selon les mots de Liliana, \"une sangsue\" qui fait de s\u00e9rieux ravages dans la vie de plus en plus de personnes \u00e0 travers le monde (Pfeffer, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Macrina a \u00e9galement v\u00e9cu, pendant un certain temps, avec la conviction que le travail permet d'acc\u00e9der aux biens qui, \u00e0 leur tour, m\u00e8nent \u00e0 une vie \u00e9panouie. Form\u00e9e au travail social, elle a travaill\u00e9 pendant cinq ans pour une entreprise de t\u00e9l\u00e9communications, ce qui lui a permis d'obtenir les biens qu'elle estimait essentiels \u00e0 sa vie ; mais ce faisant, elle s'est rendu compte que la pl\u00e9nitude de sa vie ne provenait pas de l'existence d'un tel emploi ni de l'acquisition des biens auxquels il est g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Passer une ann\u00e9e enti\u00e8re avec un emploi du temps de 8h \u00e0 20h tous les jours, non, je ne le fais plus. Avant, je le faisais parce que j'avais un objectif. Mon but \u00e9tait de gagner de l'argent pour voyager. En d'autres termes, j'avais ce travail parce que je savais qu'\u00e0 un moment donn\u00e9 je partirais, j'avais des objectifs. L'un d'eux \u00e9tait d'acheter la camionnette pour voyager, un autre \u00e9tait la voiture, l'autre \u00e9tait de gagner de l'argent pour voyager, vous savez ? mais au moment o\u00f9 j'ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir tout cet argent et tout le reste, je n'ai pas aim\u00e9 \u00e7a. Je ne pense pas que ce soit sain pour qui que ce soit. L'\u00eatre humain n'est pas venu ici pour travailler. Il est venu ici pour profiter et pour partager. Et il y a du travail pour tout le monde, pour que chaque \u00eatre humain puisse travailler quatre heures par jour, pour que tout le monde puisse travailler, pour que tout le monde puisse avoir son tas d'argent, pour que tout le monde puisse \u00eatre heureux, pour que tout le monde puisse avoir un travail et pour que tout le monde puisse avoir de la viabilit\u00e9. Mais le syst\u00e8me veut que nous soyons pi\u00e9g\u00e9s, que nous soyons esclaves. Je ne veux plus faire partie de ce syst\u00e8me (entretien avec Macrina, 37 ans, c\u00e9libataire, juin 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu'il appelle le syst\u00e8me, c'est l'organisation de la vie autour d'un travail acharn\u00e9 et d'une consommation le week-end, comme une mani\u00e8re de compenser ou d'oublier la vie qui sort de ses longues journ\u00e9es de travail (le moteur du capitalisme). C'est une autre fa\u00e7on de dire que le travail colonise notre imaginaire de telle sorte qu'il nous est impensable de construire la vie autrement qu'en travaillant et en travaillant dur (Russell, 2017) \" \u00e0 des choses qui ne sont pas sp\u00e9cialement [appr\u00e9ci\u00e9es] \", selon Graeber (2018), et en achetant des choses superflues ou dont on n'a pas le temps de profiter (Frayne, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, de l'avis de Mariana (33 ans, master en traduction, c\u00e9libataire, juillet 2019), la vie de la plupart des gens se r\u00e9sume \u00e0 \"on na\u00eet, on grandit, on travaille, on travaille... et on meurt\". Et elle estime que ceux qui se soumettent \u00e0 cette minuscule forme d'organisation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la vie le font parce qu'ils ne connaissent pas d'autre moyen de fa\u00e7onner et de mener leur vie que le travail. Les participants \u00e0 cette recherche, pour diverses raisons, se sont r\u00e9veill\u00e9s \u00e0 leur mani\u00e8re de ce \"r\u00eave dogmatique\" appel\u00e9 \"vivre pour travailler ou travailler pour vivre\", et cherchent \u00e0 se forger une vie par une myriade de moyens, dont le travail n'est qu'un parmi d'autres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une autre fa\u00e7on de construire l'avenir et de g\u00e9rer l'incertitude<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">La soci\u00e9t\u00e9 industrielle (ou la modernit\u00e9 elle-m\u00eame) a d\u00e9pouill\u00e9 les individus de la possibilit\u00e9 de construire leur monde et de fa\u00e7onner leur vie en utilisant leurs propres ressources mat\u00e9rielles et imaginatives. En les transformant en travailleurs ou en ouvriers d'usine dont la finalit\u00e9 leur \u00e9tait \u00e9trang\u00e8re, elle a d\u00e9sarticul\u00e9 leurs mondes de vie et les a d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs capacit\u00e9s instituantes (Polanyi, 2003). Les dispositifs de l'\u00c9tat-providence qui donnaient \u00e0 ces travailleurs certains moyens d'att\u00e9nuer les incertitudes de la vie et d'affronter l'avenir avec un certain sentiment de \"s\u00e9curit\u00e9\" les ont en fait rendus \"fragiles\". Cette consid\u00e9ration va \u00e0 l'encontre de l'id\u00e9e re\u00e7ue qui lie la s\u00e9curit\u00e9 ou la certitude au statut d'emploi en contrat \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nassim Taleb (2013) a invent\u00e9 le terme \"antifragilit\u00e9\" pour d\u00e9signer une propri\u00e9t\u00e9 des individus et d'autres syst\u00e8mes complexes qui leur permet de b\u00e9n\u00e9ficier ou de prosp\u00e9rer dans l'adversit\u00e9 et les rend agiles face au risque et \u00e0 l'incertitude. En suivant son raisonnement, je soutiens que la soci\u00e9t\u00e9 du travail qui, \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier <span class=\"small-caps\">xix<\/span> et les premi\u00e8res d\u00e9cennies de la <span class=\"small-caps\">xx<\/span> La fa\u00e7on dont il a \u00e9t\u00e9 construit a conduit \u00e0 la production d'individus fragiles et d\u00e9pourvus des ressources n\u00e9cessaires pour faire face \u00e0 des crises telles qu'une fermeture d'usine ou un licenciement. La lecture que fait Cole (2007) du drame du ch\u00f4mage masculin \u00e0 Marienthal, rendu c\u00e9l\u00e8bre par Jahoda et ses coll\u00e8gues, va dans le sens de cette proposition. Cole montre que l'installation dans cette communaut\u00e9 autrichienne de l'entreprise dont la fermeture a mis au ch\u00f4mage des centaines d'hommes a d\u00e9truit les anciennes formes de sociabilit\u00e9, de ma\u00eetrise du temps, de rapport \u00e0 l'avenir, de construction du sens de leur vie ; et cette transformation de leur mani\u00e8re de faire leur vie, qui les a rendus absolument d\u00e9pendants du travail en usine, les a rendus fragiles, incapables d'affronter les vicissitudes avec force et d'imaginer d'autres mani\u00e8res de donner du contenu et de forger leur vie. Comme l'affirme Thoreau (1983), la soci\u00e9t\u00e9 de travail, en imposant le travail comme seul mode de vie, a supprim\u00e9 toutes les autres fa\u00e7ons de construire sa vie et de faire soci\u00e9t\u00e9. Elle a priv\u00e9 les individus d'un sentiment d'utilit\u00e9 et d'un v\u00e9ritable \u00e9lan de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la perception de Taleb (2013), les syst\u00e8mes qui tendent \u00e0 \u00e9liminer l'al\u00e9a et la variabilit\u00e9 (sortes de \"lits de Procuste\") dans la vie sont eux-m\u00eames fragiles et conduisent \u00e0 la constitution d'individus fragiles. Ainsi, il soutient qu'un chauffeur de taxi dont le revenu est tr\u00e8s variable est beaucoup moins fragile (ou plus \" anti-fragile \") que n'importe quel salari\u00e9 \u00e0 temps plein et \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. Par cons\u00e9quent, je pense que le fait d'\u00eatre en marge de la soci\u00e9t\u00e9 du travail entra\u00eene une condition d'\"antifragilit\u00e9\" qui rend l'incertitude positive et nous permet d'imaginer l'avenir comme des possibilit\u00e9s plut\u00f4t que comme des menaces.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela explique, en partie, le rejet par les individus de cette recherche de l'id\u00e9e de passer leur vie entre quatre murs, \u00e0 effectuer des t\u00e2ches monotones d\u00e9finies par d'autres, selon un emploi du temps rigide. J'ai dit qu'ils sont tous engag\u00e9s dans une vari\u00e9t\u00e9 de choses qu'ils font dans diff\u00e9rents espaces, selon des horaires flexibles et \u00e0 des rythmes d\u00e9finis de mani\u00e8re autonome. Rejeter le travail conduit \u00e0 (ou vient de) parier sur l'antifragilit\u00e9 de la vie dans l'al\u00e9atoire et sur la diversification des mani\u00e8res de travailler, d'\u00eatre dans le temps, de consommer et de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Tom\u00e1s, qui a abandonn\u00e9 trois dipl\u00f4mes et s'oppose \u00e0 toute forme de structure verticale de subordination dans le style de l'\u00e9cole et de l'entreprise, l'incertitude est plus caract\u00e9ristique de ceux qui travaillent pour un salaire, parce que ce sont eux qui pensent \u00e0 l'avenir. Quant \u00e0 lui, il sait d\u00e9j\u00e0 ce que sera son avenir : l'anarchie comme \u00e9crivain et \u00e9diteur, le m\u00e9tier de boulanger, plus quelque(s) autre(s) chose(s) laiss\u00e9e(s) au hasard de son existence. Voici sa position sur l'incertitude et l'avenir :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Tom\u00e1s : Non, ce sont des choses auxquelles pensent les gens qui travaillent (rires). Parce que ce sont eux qui pensent \u00e0 la certitude ou \u00e0 l'incertitude de l'avenir.<br><br>Interviewer : Dans votre cas, pourquoi n'y pensez-vous pas ?<br><br>Parce que... pourquoi y penser (rires). Disons que jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, je n'ai jamais manqu\u00e9 de rien, tout m'a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9. Alors pourquoi s'inqui\u00e9ter, pourquoi penser \u00e0 des choses qui pourraient m'inqui\u00e9ter si, depuis que j'ai pris cette d\u00e9cision, quelque chose est toujours sorti, m\u00eame quand... quand je n'avais pas d'argent et rien ; je veux dire, tout d'un coup la menuiserie est sortie, n'est-ce pas, j'ai pass\u00e9 un bon moment ? Et puis les traductions, et puis le pain, il y a toujours eu quelque chose qui m'a permis de rester \u00e0 flot. Et bien s\u00fbr, je veux dire, oui, il y a des moments o\u00f9, putain, maintenant oui, cela fait un mois qu'il ne s'est rien pass\u00e9, mes \u00e9conomies s'envolent. Il y a des moments comme \u00e7a, je ne sais pas, apr\u00e8s 15 ans comme \u00e7a, je suis d\u00e9j\u00e0 un peu fatigu\u00e9 et je me dis : il va bien se passer quelque chose. Et il se passe toujours quelque chose. Donc, non, pas d'incertitude du tout (entretien avec Tom\u00e1s, 37 ans, c\u00e9libataire, m\u00e9tiers divers, 19 septembre 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ces personnes, la certitude du travail est une faiblesse (ou une fragilit\u00e9) en ce qu'elle \u00e9touffe la cr\u00e9ativit\u00e9 et les \u00e9loigne des probl\u00e8mes et des d\u00e9fis. Bien entendu, lorsqu'ils ont fait l'exp\u00e9rience d'un revenu fixe \u00e0 la fin du mois et qu'ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s pendant des ann\u00e9es \u00e0 consid\u00e9rer ce d\u00e9sir comme l\u00e9gitime, la peur demeure face aux al\u00e9as de l'existence, m\u00eame lorsqu'il y a eu un rejet ferme et raisonn\u00e9 d'une vie de d\u00e9vouement au travail. En tout \u00e9tat de cause, la vie professionnelle, avec ses oripeaux de s\u00e9curit\u00e9 incertaine, suscite encore plus de peur. Liliana r\u00e9fl\u00e9chit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">[Ne pas avoir de revenu fixe] me fait un peu peur mais \u00e7a me fait encore plus peur d'avoir les avantages d'une vie professionnelle pr\u00e9caire, telle qu'elle est, en \u00e9change d'\u00eatre dans un bureau, aussi beau soit-il, aussi dor\u00e9 soit-il... Et surtout de perdre le contact avec ce qui est \u00e0 l'ext\u00e9rieur. Je redoute cette possibilit\u00e9, je redoute la possibilit\u00e9 de ne pas pouvoir aller au centre ville un jour de semaine pour voir comment fonctionne la ville, de ne pas pouvoir monter dans un bus de ville, de ne pas pouvoir... Je veux dire, ces choses que nous devrions, que nous devrions tous avoir la possibilit\u00e9 de faire, en r\u00e9alit\u00e9, peu de gens peuvent les faire. Cela m'effraie au plus haut point. Ou je veux faire autre chose que travailler, n'est-ce pas ? Alors, maintenant, je veux faire de l'art, des choses autres que le travail. Je ne sais pas comment je vais m'y prendre, mais j'y pense (entretien avec Liliana).<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux participants \u00e0 l'\u00e9tude ont renonc\u00e9 \u00e0 des emplois \"stables\" et bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s parce que ce n'\u00e9tait pas la fa\u00e7on dont ils voulaient mener leur vie. L'une d'entre elles a d\u00e9clar\u00e9 qu'elle avait toujours la possibilit\u00e9 de travailler plus et de gagner plus, s'ins\u00e9rant ainsi dans une spirale de travail et de consommation d\u00e9nu\u00e9s de sens. Gr\u00e2ce au courage qu'ils ont eu de renoncer, m\u00eame au grand dam de leur entourage, ils ont tendance \u00e0 se projeter dans l'avenir, confiants qu'en cas de difficult\u00e9, comme nous l'avons vu avec Tom\u00e1s, ils seront capables de la r\u00e9soudre comme ils ont su le faire jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent. Il en va de m\u00eame pour Macrina :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">le mot inqui\u00e9tude, c'est s'inqui\u00e9ter avant l'heure. Donc, tout a une solution, tout est parfait. Vous n'avez pas \u00e0 vous inqui\u00e9ter de quoi que ce soit (rires). Je suis fou, h\u00e9 ! C'est ce que les gens pensent quand ils m'\u00e9coutent. Mais oui, je suis peut-\u00eatre folle, mais je suis heureuse, juste en \u00e9tant folle (interview avec Macrina).<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se projette dans un avenir nomade et voyage \u00e0 travers le monde depuis plusieurs ann\u00e9es. Gr\u00e2ce \u00e0 ses diverses comp\u00e9tences (cours de yoga, massage, reiki, etc.), elle a pu, partout o\u00f9 elle est all\u00e9e, trouver les ressources n\u00e9cessaires pour subvenir \u00e0 ses besoins et continuer \u00e0 voyager. En chemin, elle a appris \u00e0 surmonter la peur de ce qui pourrait arriver et \u00e0 faire confiance que, quoi qu'il arrive, tout finira par s'arranger. Elle raconte le d\u00e9but de son dernier voyage en Argentine, o\u00f9 elle s'est rendue pour rendre visite \u00e0 une amie rencontr\u00e9e lors d'un autre voyage et o\u00f9 elle s'est \u00e9galement fait plusieurs nouveaux amis,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">\u00e9tait de savoir ce qui allait m'arriver, ce qui allait se passer si je ne trouvais pas d'endroit, si je ne trouvais pas d'argent, etc. Et je l'ai toujours trouv\u00e9 ; toujours, toujours au moment o\u00f9 j'avais besoin de quelque chose, cette chose est apparue. Et la derni\u00e8re crainte que j'ai eue, c'est : \"si je n'ai plus d'\u00e9conomies, et si je ne peux plus retirer d'argent...\". Et l\u00e0, le mois dernier, nous sommes partis en voyage avec des amis et je n'avais plus d'argent parce que ma carte ne fonctionnait pas ici [dans la r\u00e9gion], je ne pouvais pas retirer d'argent, je me retrouvais sans un peso, je n'avais pas un peso dans ma poche. Et tout, tout est arriv\u00e9. Je ne manquais pas de nourriture, je ne manquais pas... des amis sont apparus, qui \u00e9taient des anges, qui \u00e9taient \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et qui m'ont aid\u00e9 autant qu'ils le pouvaient, et ils faisaient aussi de la musique et m'ont appris qu'en faisant de la musique et en jonglant, on pouvait gagner plus d'argent et pouvoir vivre. C'est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j'ai perdu ma peur de tout, parce qu'on peut le faire et que... la magie existe. La derni\u00e8re peur \u00e9tait celle-l\u00e0, et je pense que je l'ai cr\u00e9\u00e9e, je l'ai manifest\u00e9e, parce que je me demandais ce qui se passerait si ma carte ne fonctionnait pas et si je ne pouvais pas retirer de l'argent, et ainsi de suite, et c'est arriv\u00e9. Je l'ai manifest\u00e9 et c'est arriv\u00e9. Je suppose que l'univers l'a manifest\u00e9 pour me montrer que rien ne se passe, que tout reste pareil. Maintenant, je n'ai plus aucun souci, plus aucun. J'ai perdu la derni\u00e8re peur qui me restait (entretien avec Macrina).<\/p>\n\n\n\n<p>J'ai fait allusion au renoncement auquel la plupart de ces personnes ont consenti ; il correspond \u00e0 un engagement dans une vie de sobri\u00e9t\u00e9. Elles consid\u00e8rent qu'elles n'avaient pas \u00e0 renoncer \u00e0 la possibilit\u00e9 d'acqu\u00e9rir certains biens mat\u00e9riels parce qu'il s'agissait de choses qu'elles avaient d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9es comme non essentielles \u00e0 leur vie, des choses dont elles ne voulaient pas de toute fa\u00e7on. Pour plusieurs d'entre eux, cela rejoint une certaine pr\u00e9occupation pour les urgences climatiques actuelles et une position contre le consum\u00e9risme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexions finales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Dans cet article, j'ai tent\u00e9 de rendre compte de la mani\u00e8re dont un groupe d'individus tente d'exp\u00e9rimenter une autre mani\u00e8re de fa\u00e7onner leur vie et leur appartenance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en se pla\u00e7ant, autant que possible, \"en dehors\" de l'organisation fordiste ou post-fordiste du travail. En r\u00e9alit\u00e9, ces individus n'expriment pas un rejet du travail en tant que tel ou dans sa dimension \"faire\" ; comme je l'ai dit, la plupart d'entre eux exercent au moins un type d'activit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re et beaucoup se d\u00e9finissent comme \"polyvalents\". Ce \u00e0 quoi ils r\u00e9sistent ou qu'ils \"rejettent\", c'est le \"travail\" typique de la soci\u00e9t\u00e9 de travail issue du fordisme, qui pr\u00e9domine dans la plupart des grandes entreprises et des organisations publiques et qui se caract\u00e9rise, pour une partie des travailleurs hautement qualifi\u00e9s, par une absorption totale du temps de l'individu, un manque d'autonomie, un \u00e9puisement mental, du stress et un manque de sens ou d'utilit\u00e9 sociale des t\u00e2ches \u00e0 accomplir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui, dans le monde d'aujourd'hui, sont r\u00e9ticents \u00e0 se soumettre \u00e0 la r\u00e8gle du travail, dont les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur la vie sont peut-\u00eatre plus graves aujourd'hui qu'il y a un si\u00e8cle, cherchent \u00e0 s'engager dans des activit\u00e9s qui leur permettent de mener une vie tr\u00e8s conforme \u00e0 l'id\u00e9al \u00e9thique de Dewey. Leur conception du travail et la mani\u00e8re dont ils cherchent \u00e0 s'occuper correspondent \u00e0 ce que ce philosophe a conceptualis\u00e9 sous le terme de \"doing\". Ce concept renvoie \u00e0 un type de travail dont l'utilit\u00e9 en tant que moyen de connexion avec les autres et d'\u00e9panouissement personnel pr\u00e9c\u00e8de la dimension \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>En refusant de donner leur vie au travail, ces personnes choisissent \u00e9galement de donner la priorit\u00e9 \u00e0 de nombreuses autres choses qu'une vie de travail marginalise souvent. Cela ouvre la voie \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 d'activit\u00e9s dans lesquelles les diff\u00e9rentes propri\u00e9t\u00e9s et comp\u00e9tences anthropologiques de chaque individu sont mises \u00e0 contribution. \u00c0 mon avis, ce qui est d\u00e9cisif, c'est que dans leur relation au travail, ils subordonnent tout \u00e0 leur bien-\u00eatre, ils subordonnent la production d'objets ou la g\u00e9n\u00e9ration de ressources \u00e0 leur int\u00e9grit\u00e9 physique, mentale, \u00e9motionnelle et \u00e0 la durabilit\u00e9 de leurs relations humaines et, dans certains cas, environnementales. Aujourd'hui comme hier, c'est une cat\u00e9gorie d'individus minoritaires, et \u00e0 certains \u00e9gards privil\u00e9gi\u00e9s, qui choisissent de remettre en cause la r\u00e9duction de la vie au travail et d'envisager d'autres mani\u00e8res de faire du travail une dimension existentielle suppl\u00e9mentaire. Mais la force de leur r\u00e9sistance r\u00e9side dans sa possible port\u00e9e symbolique : il est possible de construire une vie (meilleure) en apostrophant la religion du travail.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Abenshushan, Vivi\u00e1n (2013). <em>Escritos para desocupados<\/em>. Oaxaca: Sur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Aubert, Nicole y Vincent Gaulejac (1993). <em>El costo de la excelencia. \u00bfDel caos a la l\u00f3gica y de la l\u00f3gica al caos?<\/em> Barcelona: Paid\u00f3s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bauman, Zygmunt (2000). <em>Trabajo, consumo y nuevos pobres<\/em>. Barcelona: Gedisa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Berm\u00fadez, H\u00e9ctor (2017). \u201cSobre la alienaci\u00f3n subjetiva en la organizaci\u00f3n del trabajo actual. Una observaci\u00f3n participante en el comercio de la alimentaci\u00f3n al detalle\u201d. <em>Contadur\u00eda y Administraci\u00f3n<\/em>, n\u00fam. 62, pp. 262-278. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cya.2016.10.004<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Berrebi-Hoffman, Isabelle, Marie-Christine Bureau y Michel Lallement (2018). <em>Makers. Enqu\u00eate sur les laboratoires du changement social<\/em>. Par\u00eds: <br>Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bertaccini, Tziana (2009). <em>El r\u00e9gimen priista frente a las clases medias<\/em>,<em> 1943-1964<\/em>. M\u00e9xico: <span class=\"small-caps\">conaculta<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bohler, S\u00e9bastien (2019). <em>Le bug humain<\/em>. Par\u00eds: Robert Laffont.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bologna, Sergio (2006). <em>Crisis de la clase media y posfordismo<\/em>. Madrid: Akal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Boltanski, Luc y \u00c8ve Chiapelo (2002). <em>El nuevo esp\u00edritu del capitalismo<\/em>. Madrid: Akal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Bourdieu, Pierre (1993). \u201cComprendre\u201d, en Pierre Bourdieu (dir.), <em>La mis\u00e8re du monde<\/em>. Par\u00eds: Seuil, pp. 903 &#8211; 925.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1979). <em>La distinction. Critique sociale du jugement<\/em>. Par\u00eds: Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Castel, Robert (1995). <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale: une chronique du salariat<\/em>. Par\u00eds: Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Castro, Felipe (1999). \u201cLa invenci\u00f3n de la clase trajadora: el caso de los artesanos de la ciudad de M\u00e9xico\u201d, en Javier Paniagua, Jos\u00e9 A. 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Mujeres, cuerpo y acumulaci\u00f3n originaria.<\/em> Madrid: Traficantes de Sue\u00f1os.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Flichy, Patrice (2017). <em>Les Nouvelles fronti\u00e8res du travail \u00e0 l\u2019\u00e8re<\/em> <em>num\u00e9rique<\/em>. Par\u00eds: Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Frayne, David (2017). <em>El rechazo del trabajo: teor\u00eda y pr\u00e1cticas de la resistencia al trabajo<\/em>. Madrid: Akal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gaulejac, Vincent de (2008). \u201cExistir en un mundo parad\u00f3jico\u201d. <em>Administraci\u00f3n y Organizaciones<\/em>, vol. 10, n\u00fam 20, pp. 21-42.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Graeber, David (2018). <em>Bullshit Jobs: A Theory<\/em>. 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Il a men\u00e9 des recherches sur les dynamiques socio-\u00e9conomiques des m\u00e9nages monoparentaux, les dipl\u00f4m\u00e9s universitaires et l'insertion sur le march\u00e9 du travail, les professionnels ind\u00e9pendants et les entrepreneurs et leur relation avec le travail et les pratiques de r\u00e9sistance au travail salari\u00e9. Ses domaines d'int\u00e9r\u00eat sont le travail, l'\u00e9ducation, le genre et la subjectivation.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article documente une autre fa\u00e7on de penser et de faire face \u00e0 l'incertitude et \u00e0 la gestion de l'avenir \u00e0 partir de formes de rapport au travail situ\u00e9es \"en marge\" de la soci\u00e9t\u00e9 du travail. Il s'agit d'une enqu\u00eate empirique bas\u00e9e sur des entretiens semi-structur\u00e9s avec des professionnels qui r\u00e9sistent au travail et qui montre que pour cette cat\u00e9gorie d'individus, l'incertitude implique d'assumer notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 commune sans trop se pr\u00e9occuper de ce qui pourrait arriver demain, et implique une forme active et autonome d'appropriation de leur vie et de r\u00e9\u00e9valuation des modes de construction de la solidarit\u00e9 fond\u00e9s sur la gratuit\u00e9. En bref, il s'agit d'une mani\u00e8re de construire mat\u00e9riellement la vie et l'avenir en rupture avec la soci\u00e9t\u00e9 de travail et de consommation.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[279],"tags":[784,786,783,710,785,782],"coauthors":[551],"class_list":["post-33941","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-279","tag-apropiacion-de-si","tag-asimiento-del-futuro","tag-dogma-del-trabajo","tag-incertidumbre","tag-resistencia-al-trabajo","tag-sociedad-del-trabajo","personas-medor-ducange","numeros-705"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>En los m\u00e1rgenes de la sociedad del trabajo. 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