{"id":33940,"date":"2021-03-19T07:06:16","date_gmt":"2021-03-19T07:06:16","guid":{"rendered":"https:\/\/encartes.mx\/?p=33940"},"modified":"2023-11-17T18:19:34","modified_gmt":"2023-11-18T00:19:34","slug":"aboitiz-reconfiguraciones-sociales-errenteria","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/aboitiz-reconfiguraciones-sociales-errenteria\/","title":{"rendered":"Les ombres des futurs qui ne sont plus. Les reconfigurations sociales de l'espoir dans la ville d\u00e9sindustrialis\u00e9e d'Errenteria, au Pays Basque."},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Errenteria est historiquement l'un des principaux centres industriels basques, ce qui lui a permis, dans les ann\u00e9es 60 et 70, d'atteindre le plein emploi et la stabilit\u00e9 de l'emploi, en particulier pour l'emploi industriel masculin, jusqu'au milieu des ann\u00e9es 70, lorsque les gouvernements de transition ont commenc\u00e9 \u00e0 restructurer les industries, soi-disant pour se pr\u00e9parer \u00e0 l'entr\u00e9e dans la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne et au d\u00e9fi de la comp\u00e9titivit\u00e9 sur le march\u00e9 libre. La perte de milliers d'emplois a \u00e9t\u00e9 suivie d'une d\u00e9r\u00e9glementation du march\u00e9 du travail qui a entra\u00een\u00e9 une pr\u00e9carisation accrue des conditions de vie, intensifi\u00e9e par la crise financi\u00e8re de 2008 et les politiques d'aust\u00e9rit\u00e9. Dans cet article, je cherche \u00e0 montrer comment, pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations de cette ville, les futurs pass\u00e9s continuent de jeter des ombres sur la mani\u00e8re dont ils envisagent aujourd'hui un avenir marqu\u00e9 par une incertitude croissante. En ce sens, je discute du sens commun du \"retour en arri\u00e8re\", en soulignant que le retour en arri\u00e8re ne semble pas seulement faire allusion \u00e0 l'effritement des r\u00e9alisations des g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es, mais aussi \u00e0 une reconfiguration confuse de ce qu'elles peuvent d\u00e9sormais attendre de l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/ajuste-estructural\/\" rel=\"tag\">l'ajustement structurel<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/desindustrializacion\/\" rel=\"tag\">d\u00e9sindustrialisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/errenteria\/\" rel=\"tag\">Errenteria<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/esperanza\/\" rel=\"tag\">espoir<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/incertidumbre\/\" rel=\"tag\">incertitude<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/prosperidad\/\" rel=\"tag\">prosp\u00e9rit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/temporalidad\/\" rel=\"tag\">temporalit\u00e9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\"><span class=\"small-caps\">Les ombres des avenirs r\u00e9volus : reconfigurations sociales de l'espoir dans la ville d\u00e9sindustrialis\u00e9e d'Errenteria, au Pays basque<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent en-text\">Errenteria est historiquement l'une des principales villes industrielles du Pays Basque, ce qui lui a permis d'atteindre des niveaux de plein emploi et de stabilit\u00e9 de l'emploi dans les ann\u00e9es 60 et 70, en particulier en ce qui concerne les emplois industriels masculins, jusqu'au milieu des ann\u00e9es 70, lorsque les gouvernements de transition ont commenc\u00e9 \u00e0 restructurer les industries, pr\u00e9tendument pour se pr\u00e9parer \u00e0 l'entr\u00e9e dans la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne et au d\u00e9fi d'un march\u00e9 libre. La perte de milliers d'emplois a \u00e9t\u00e9 suivie d'une d\u00e9r\u00e9gularisation du march\u00e9 du travail, ce qui a entra\u00een\u00e9 une forte baisse du niveau de vie, accentu\u00e9e par la crise financi\u00e8re de 2008 et les politiques d'aust\u00e9rit\u00e9. Cet article vise \u00e0 montrer comment, pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations de cette ville, les futurs pass\u00e9s continuent de jeter des ombres sur les fa\u00e7ons d'envisager un avenir marqu\u00e9 par une incertitude croissante. En ce sens, je discute du sens commun de \"retour en arri\u00e8re\", en soulignant que le retour en arri\u00e8re semble faire allusion, non seulement \u00e0 l'effritement des r\u00e9alisations des g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es, mais aussi \u00e0 une reconfiguration d\u00e9routante de ce qu'elles peuvent maintenant attendre de l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent en-text\">Mots-cl\u00e9s : espoir, ajustement structurel, incertitude, prosp\u00e9rit\u00e9, d\u00e9sindustrialisation, temporalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap no-indent\">Que se passe-t-il lorsque l'avenir ne prend pas la forme attendue et planifi\u00e9e ? Cet article explore la mani\u00e8re dont les habitants d'une ville d\u00e9sindustrialis\u00e9e du Pays basque reconfigurent leurs espoirs pour l'avenir en m\u00eame temps qu'ils connaissent une mobilit\u00e9 sociale descendante. Mon hypoth\u00e8se est que la transition d'une organisation sociale bas\u00e9e sur la stabilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 socio-\u00e9conomique \u00e0 une organisation bas\u00e9e sur l'incertitude et la pr\u00e9carit\u00e9 s'est refl\u00e9t\u00e9e dans la production des espoirs actuels, car il existe une tension entre les attentes personnelles, les possibilit\u00e9s de concevoir des projets de vie et les possibilit\u00e9s r\u00e9elles de les r\u00e9aliser. Des \u00e9conomistes f\u00e9ministes comme Amaia P\u00e9rez Orozco (2014) ou Mona Motakef (2019), entre autres, ont d\u00e9crit cette situation comme une \"pr\u00e9carit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la vie\",<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a> vise \u00e0 d\u00e9crire l'ins\u00e9curit\u00e9 dans l'acc\u00e8s durable aux ressources n\u00e9cessaires pour mener une vie utile (notions de bien-\u00eatre toujours d\u00e9finies historiquement et socialement), ce qui entra\u00eene une perte d'autonomie et la capacit\u00e9 et la possibilit\u00e9 d'envisager et de planifier l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce faire, je me base sur une recherche ethnographique entre 2017 et 2018 \u00e0 Errenteria, une ancienne ville industrielle du Pays basque, aujourd'hui d\u00e9sindustrialis\u00e9e, devenue, comme d'autres anciens bastions industriels en Europe, p\u00e9riph\u00e9rique au sein des circuits d'accumulation et de distribution du capital mondialis\u00e9. Aujourd'hui, Errenteria est une ville de services de la ceinture Donostia-San Sebasti\u00e1n, situ\u00e9e au nord de l'Espagne et \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re avec la France, qui compte 39 471 habitants en 2019. Aujourd'hui, la plupart d'entre eux travaillent en dehors de la ville et Errenteria occupe, plus que d'autres villes, les \u00e9chelons les plus bas du march\u00e9 du travail, avec l'un des revenus du travail les plus faibles du territoire et o\u00f9 la moiti\u00e9 des salari\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 des travailleurs occasionnels (Eustat, 2016). Le sentiment de marginalisation politique et \u00e9conomique de la population est le r\u00e9sultat palpable d'une longue dynamique li\u00e9e au d\u00e9mant\u00e8lement du capitalisme industriel et au creusement du mod\u00e8le de bien-\u00eatre fordiste, qui a produit, pour reprendre les termes de Raymond Williams (1977), une \" structure de sentiment \" d'abandon social d'une ville qui, jusqu'\u00e0 r\u00e9cemment, \u00e9tait synonyme de prosp\u00e9rit\u00e9 et de miracle \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-%200.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1600x900\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 1: Llegada a Errenteria en tren. Fotograf\u00eda tomada durante el trabajo de campo 2017-2018. Autor\u00eda: Uzuri Aboitiz.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-%200.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 1 : Arriv\u00e9e \u00e0 Errenteria en train. Photographie prise lors du travail de terrain 2017-2018. Auteur : Uzuri Aboitiz.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>C'est ce moment de transformation mat\u00e9rielle et id\u00e9ologique que je veux saisir dans cet article. Ce que je soutiens, c'est que les vies contemporaines sont aujourd'hui prises entre la s\u00e9mantique de la prosp\u00e9rit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle et l'exp\u00e9rience de l'incertitude aujourd'hui. Car, comme le soulignent Susana Narotzky et Niko Besnier (2014 : 58), si l'incertitude n'est pas exceptionnelle et a \u00e9t\u00e9 la norme dans la plupart des contextes historiques, culturels et sociaux, elle s'est certainement heurt\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riode de stabilit\u00e9 que l'Europe a connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais Nauja Kleist et Stef Jansen (2016 : 375) ajoutent que le cadre actuel se caract\u00e9rise par une intensification de l'incertitude et de l'impr\u00e9visibilit\u00e9 pour de larges couches sociales, que ce soit en raison du sentiment de risque (Beck, 1992), de la perception d'incontr\u00f4labilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la vitesse (Bauman, 1998) ou de l'affaiblissement du projet modernisateur (Escobar, 2010), entre autres facteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour toutes ces raisons, je m'interroge sur la mani\u00e8re dont les espoirs sont reconfigur\u00e9s dans ce moment de transformation, en accordant une attention particuli\u00e8re au raisonnement temporel. Car, comme le dit David Zeitlyn (2015 : 399), les \" futurs pass\u00e9s \", ceux qui ont \u00e9t\u00e9 possibles et ne le sont plus aujourd'hui, ou du moins pas avec la m\u00eame certitude, jettent des \" ombres \" sur les mani\u00e8res dont les gens peuvent et osent calculer et d\u00e9sirer. En fait, en ce moment m\u00eame, les gens d\u00e9cident quelles sont les croyances, les hypoth\u00e8ses, les v\u00e9rit\u00e9s ou les certitudes forg\u00e9es dans le mod\u00e8le \u00e9conomique pr\u00e9c\u00e9dent qu'ils sauvent et qu'ils laissent derri\u00e8re eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour aborder la reconfiguration des espoirs, je m'appuie sur quinze mois de travail sur le terrain \u00e0 Errenteria, au cours desquels j'ai \u00e9tudi\u00e9 les \"cadres d'opportunit\u00e9\" et les \"cadres de signification\" \u00e0 travers lesquels les voisins poursuivent des vies qu'ils consid\u00e8rent comme \"dignes d'\u00eatre v\u00e9cues\".<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Inspir\u00e9 du dispositif m\u00e9thodologique d'\" ethno-comptabilit\u00e9 \" d'Alain Cottereau et Mokhtar Mohatar Marzok (2012), le travail de terrain a consist\u00e9 \u00e0 partager l'espace de vie et les relations avec les voisins, \u00e0 vivre dans la m\u00eame maison que certains d'entre eux, et \u00e0 suivre pas \u00e0 pas, dans la mesure du possible et avec des intensit\u00e9s diff\u00e9rentes selon le lien construit, les modes de valorisation des personnes dans la poursuite de leurs projets de vie. En d'autres termes, l'objectif n'\u00e9tait autre que d'observer les mani\u00e8res dont les personnes agissent et s'efforcent de mener ce qu'elles consid\u00e8rent comme une \"bonne vie\" dans un cadre \u00e9conomique donn\u00e9. En somme, observer en situation ce qui est important dans la vie, sous tous ses aspects et \u00e0 travers l'utilisation de diff\u00e9rentes techniques : carnets de comptes, carnets de terrain, usages du temps quotidien, entretiens approfondis, histoires de vie ou trajectoires professionnelles et r\u00e9sidentielles. Au total, j'ai r\u00e9alis\u00e9 quarante-quatre entretiens formels avec vingt-sept voisins. Cependant, les conversations informelles et les discussions de groupe dans des contextes informels sont plus nombreuses et inestimables dans cette recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans cet article, je pr\u00e9sente les \u00e9tudes de cas de trois enfants issus de familles li\u00e9es au travail industriel, avec lesquels j'ai entretenu une relation \u00e9troite, ainsi qu'avec leurs familles et amis : Ana, une femme de 52 ans, habitu\u00e9e \u00e0 gagner sa vie avec des emplois qui ne durent que quelques mois ; \u00c1lex, un homme de 42 ans, membre d'une coop\u00e9rative depuis plus de 16 ans ; et Eli, une femme de 37 ans, qui per\u00e7oit des prestations sociales depuis plus de 10 ans. Le dialogue entre ces trois cas, qui vivent dans des configurations d'incertitude diff\u00e9rentes, nous permet d'obtenir une vue d'ensemble de la production et de la reproduction des espoirs actuels dans la ville d'Errenteria.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La fin de la <em>Le petit Manchester<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">L'expansion industrielle d'Errenteria a \u00e9t\u00e9 l'une des plus pr\u00e9coces d'Espagne et, au dernier tiers du XXe si\u00e8cle, elle \u00e9tait devenue l'un des centres industriels les plus importants d'Espagne. <span class=\"small-caps\">xix<\/span> avait une activit\u00e9 industrielle diversifi\u00e9e qui incluait la production de m\u00e9tal, de papier, de textile et d'aliments. Ainsi, au d\u00e9but du si\u00e8cle <span class=\"small-caps\">xx<\/span>Errenteria commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre connue sous le nom de \" petite Manchester \" en raison du nombre d'usines, de chemin\u00e9es et d'ateliers qui remplissaient la ville, et devint, avec le port de Pasaia, l'un des principaux centres industriels basques (Barcenilla, 1999 : 38-39). L'une de ces usines mythiques, qui embaumait la ville, \u00e9tait la biscuiterie Olibet (illustration 2).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-1.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1600x916\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 2. Empacadoras de Olibet. Fuente: Joxeba Go\u00f1i (1969). Historia de Renter\u00eda. San Sebasti\u00e1n: Caja de Ahorros Municipal de San Sebasti\u00e1n.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-1.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 2 : Presses \u00e0 balles Olibet. Source : Joxeba Go\u00f1i (1969). Histoire de la Renter\u00eda. San Sebasti\u00e1n : Caja de Ahorros Municipal de San Sebasti\u00e1n.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Cependant, ce d\u00e9veloppement industriel a \u00e9t\u00e9 interrompu par la guerre civile espagnole et n'a repris que dans les ann\u00e9es 1960, lorsque la dictature franquiste a rompu avec sa politique d'autarcie et a entam\u00e9 une nouvelle p\u00e9riode de d\u00e9veloppement (1959-1975) (Palomera, 2015 : 17). C'est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu'Errenteria et de nombreuses autres villes ont connu une deuxi\u00e8me p\u00e9riode de d\u00e9veloppement (1959-1975) (Palomera, 2015 : 17).<em> fl\u00e8che <\/em>industrielle. Ainsi, malgr\u00e9 la r\u00e9pression et le manque de libert\u00e9 syndicale de ces ann\u00e9es-l\u00e0, l'Errenteria a connu une p\u00e9riode, sinon de plein emploi, du moins d'emploi abondant, o\u00f9 la stabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9, surtout pour les hommes employ\u00e9s dans l'industrie. La ville passe de 12 000 habitants dans les ann\u00e9es 1950 \u00e0 plus de 46 000 au milieu des ann\u00e9es 1970. En tr\u00e8s peu de temps, la ville est devenue l'horizon de milliers de personnes originaires des villes voisines, ainsi que des zones rurales du centre et du sud de l'Espagne, qui esp\u00e9raient une vie meilleure li\u00e9e \u00e0 l'emploi industriel. Comme le montre l'image suivante (Illustration 3), des quartiers entiers ont \u00e9t\u00e9 construits \u00e0 partir de rien pour accueillir les milliers de personnes venues \u00e0 Errenteria \u00e0 la recherche d'un avenir meilleur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-2%20.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1600x1270\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 3. Obras de construcci\u00f3n del barrio obrero de Capuchinos en los a\u00f1os 1973 y 1974. Fuente: Archivo Municipal de Errenteria A015F201.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-2%20.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 3 : Travaux de construction dans le quartier ouvrier de Capuchinos en 1973 et 1974. Source : Archives municipales d'Errenteria A015F201 : Archives municipales d'Errenteria A015F201.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Cependant, les ann\u00e9es dites miraculeuses ont pris fin au milieu des ann\u00e9es 1970, lorsque le syst\u00e8me de m\u00e9canismes internationaux qui avait soutenu les mod\u00e8les d'accumulation du capital au cours des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes a commenc\u00e9 \u00e0 s'effondrer. Au-del\u00e0 de la crise p\u00e9troli\u00e8re susmentionn\u00e9e, les facteurs qui ont conduit \u00e0 cette situation sont nombreux, et comme le mentionne Jaime Palomera (2015 : 25), la fin des accords de Bretton Woods, l'augmentation de la concurrence dans le syst\u00e8me mondial avec l'\u00e9mergence de nouveaux acteurs, le probl\u00e8me de la surcapacit\u00e9 industrielle ou la baisse des taux de profit se distinguent. En cons\u00e9quence de tout cela, l'industrie est entr\u00e9e en crise, et avec elle le mod\u00e8le socio-\u00e9conomique bas\u00e9 sur la centralit\u00e9 de l'emploi comme garant de la protection sociale et comme m\u00e9canisme pour des trajectoires de vie stables et ascendantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le contexte espagnol, la crise des ann\u00e9es 70 a co\u00efncid\u00e9 avec la mort de Franco, et donc avec un moment historique d'espoir croissant d'une vie meilleure, d\u00e9sormais sans dictature. Cependant, le contexte de transition a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour d\u00e9velopper un discours insistant sur le fait que le chemin vers la d\u00e9mocratie passait par la paix et la stabilit\u00e9. <em>sacrifice<\/em>. D'une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l'id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9e que pour sortir de la crise, la mod\u00e9ration salariale \u00e9tait n\u00e9cessaire, car elle permettrait aux entreprises en crise d'augmenter leurs b\u00e9n\u00e9fices, de les r\u00e9investir et de cr\u00e9er plus d'emplois. En contrepartie, l'\u00c9tat a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des structures de protection sociale dans tous les domaines, internalisant dans une certaine mesure les conflits croissants entre le capital et le travail et, selon certains auteurs comme Bibiana Mendialdea et Nacho \u00c1lvarez (2005), contenant l'agitation sociale et d'\u00e9ventuels processus r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu apr\u00e8s, dans le but de surmonter la crise, le premier d'une s\u00e9rie d'accords connus sous le nom de Pactes de la Moncloa (1977) a \u00e9t\u00e9 conclu, dans lequel, suivant les lignes directrices de la Commission europ\u00e9enne, les \u00c9tats membres de l'Union europ\u00e9enne se sont mis d'accord sur un ensemble de mesures visant \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie des citoyens. <span class=\"small-caps\">imf<\/span> et le <span class=\"small-caps\">ocde<\/span>En 1991, les principales forces politiques et les deux principaux syndicats du pays ont sign\u00e9 un trait\u00e9 dans lequel, selon Miren Etxezarreta (1991), ils ont dit adieu au mod\u00e8le fordiste en faveur des id\u00e9es lib\u00e9rales qui occupaient le devant de la sc\u00e8ne. Y <br>est que, comme le souligne Jaime Palomera (2015 : 29-30), l'horizon du plein emploi a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 et l'objectif de la politique \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 la recherche de la croissance, de la productivit\u00e9 et de la comp\u00e9titivit\u00e9, en donnant la priorit\u00e9 \u00e0 l'int\u00e9gration internationale de l'\u00e9conomie espagnole par le biais de la lib\u00e9ralisation. C'est ainsi, disait-on, que l'on parviendrait \u00e0 atteindre les normes de bien-\u00eatre des autres \u00c9tats europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette fin, les pactes de Moncloa visaient deux processus de lib\u00e9ralisation et de d\u00e9r\u00e9glementation. D'une part, une lib\u00e9ralisation partielle du syst\u00e8me financier. D'autre part, ils ont cherch\u00e9 \u00e0 restructurer le march\u00e9 du travail, en d\u00e9r\u00e9glementant certains des droits acquis par les travailleurs et en renfor\u00e7ant les formes de gestion de la main-d'\u0153uvre. Cependant, ce qui est int\u00e9ressant ici, comme le souligne Elsa Santamar\u00eda (2009 : 74), ce n'est pas que ces formes de flexibilisation \u00e9taient nouvelles - en fait, elles n'\u00e9taient pas inconnues auparavant - mais qu'elles ont commenc\u00e9 \u00e0 s'\u00e9tendre et \u00e0 se l\u00e9gitimer dans le contexte du changement social.<\/p>\n\n\n\n<p>La promesse n\u00e9olib\u00e9rale selon laquelle l'augmentation des b\u00e9n\u00e9fices des entreprises g\u00e9n\u00e9rerait davantage d'emplois s'est rapidement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre un mirage. Avec la lib\u00e9ralisation de l'\u00e9conomie et l'assouplissement des fronti\u00e8res commerciales, l'industrie locale n'a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de rivaliser avec la production moins ch\u00e8re d'autres pays. En fait, les vieilles usines d'Errenteria ont continu\u00e9 \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans des secteurs traditionnels \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e, bas\u00e9s sur l'utilisation extensive de la main-d'\u0153uvre et sur un d\u00e9veloppement technologique plein de lacunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, dans les ann\u00e9es 1980, le processus de d\u00e9sindustrialisation a commenc\u00e9 sous l'euph\u00e9misme de \"reconversion industrielle\".<em>.<\/em> La reconversion n'\u00e9tait rien d'autre qu'un ensemble de mesures financi\u00e8res, fiscales, sociales et technico-organisationnelles dirig\u00e9es par l'\u00c9tat et visant \u00e0 moderniser les secteurs matures touch\u00e9s par la crise (Torres, 1991 : 166). L'id\u00e9e \u00e9tait de s'orienter vers une industrie \u00e0 valeur ajout\u00e9e, avec des entreprises plus petites et une bonne capacit\u00e9 d'exportation. Cependant, dans la pratique, ces politiques se sont traduites par le d\u00e9mant\u00e8lement d'une grande partie de l'industrie lourde que les pouvoirs publics avaient consid\u00e9r\u00e9e comme perdue. Ainsi, si en 1975 il y avait 10 003 emplois manufacturiers en Errenteria, en 1986 il y en avait 5 726, ce qui signifie qu'entre 1975 et 1986 plus de 300 emplois manufacturiers ont \u00e9t\u00e9 perdus par an (Picavea, 1988 : 21).<\/p>\n\n\n\n<p>Entre les deux, des centaines de personnes d\u00e9plac\u00e9es vers d'autres lieux, pr\u00e9retrait\u00e9es ou licenci\u00e9es, qui ont assist\u00e9 impassibles \u00e0 la fin d'un mode de vie (Valdaliso, 2003 ; Barcenilla, 2004 ; Lacunza, 2012 ; Olaizola et Olaberria 2015 ; Ruzafa, 2017). Les personnes licenci\u00e9es sont rentr\u00e9es chez elles sans aucune perspective d'emploi, car elles ont vu un march\u00e9 du travail incapable d'absorber des milliers de travailleurs licenci\u00e9s dans les nouvelles conditions de production. Ainsi, la ville est pass\u00e9e d'une situation de quasi plein emploi au milieu des ann\u00e9es 1970 \u00e0 un taux de ch\u00f4mage de 28 66% en 1986, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 4 500 ch\u00f4meurs, soit un ch\u00f4meur pour 2,48 habitants (Picavea, 1988 : 19).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais derri\u00e8re ce ch\u00f4mage, il n'y a pas que des ouvriers de l'industrie r\u00e9cemment devenus ch\u00f4meurs. D'une part, les jeunes de la g\u00e9n\u00e9ration des <em>baby-boom <\/em>se sont retrouv\u00e9s sur un march\u00e9 du travail d\u00e9pourvu d'opportunit\u00e9s pour eux. En effet, en 1986, la moiti\u00e9 des demandeurs d'emploi \u00e9taient des personnes qui n'avaient jamais travaill\u00e9 auparavant (Picavea, 1988 : 19). La crise industrielle a \u00e9galement touch\u00e9 les femmes, dont le taux de ch\u00f4mage a atteint 30% en 1986 (Picavea, 1988 : 23). Beaucoup ont perdu leur emploi stable \u00e0 l'usine sous pr\u00e9texte qu'il n'y avait pas de travail pour tout le monde, ce qui signifiait que les hommes avaient plus de l\u00e9gitimit\u00e9 pour acc\u00e9der au travail industriel et le conserver, et que les femmes \u00e9taient plus susceptibles d'\u00eatre employ\u00e9es \u00e0 l'usine que les hommes (Picavea, 1988 : 19). <em>le salaire familial.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Susana Narotzky (2016) explique que face au ch\u00f4mage structurel \u00e9lev\u00e9 des ann\u00e9es 1980, tous les espoirs \u00e9taient plac\u00e9s dans l'entr\u00e9e imminente dans l'Europe. Cependant, l'incorporation en 1986 \u00e0 la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne (<span class=\"small-caps\">cee<\/span>) a eu un prix \u00e9lev\u00e9, car les gouvernements d'autres pays ont vu dans la baisse des salaires en Espagne une menace pour leurs secteurs industriels et agricoles, et ont exig\u00e9 que le gouvernement espagnol cesse de subventionner l'industrie nationale et ouvre la voie \u00e0 la privatisation. L'id\u00e9e de \"ne pas rater le train de l'Europe\" et de la modernit\u00e9 est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par les \u00e9lites politiques, \u00e9conomiques et syndicales comme un argument en faveur de la restructuration de l'industrie et de l'adoption d'un mod\u00e8le \u00e9conomique particulier, de plus en plus n\u00e9olib\u00e9ral.<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> (Narotzky, 2016 : 26). En effet, comme le souligne Miren Etxezarreta (1991), l'incorporation a entra\u00een\u00e9 la marginalisation et la subordination de l'industrie espagnole aux int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques des grandes multinationales europ\u00e9ennes, tout en orientant l'\u00e9conomie du pays vers des strat\u00e9gies financi\u00e8res et immobili\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>L'int\u00e9gration \u00e0 l'Europe a marqu\u00e9 la fin d\u00e9finitive du \"petit Manchester\" pour l'Errenteria. De plus en plus d'usines ont ferm\u00e9 leurs portes en raison des difficult\u00e9s \u00e0 \u00eatre comp\u00e9titives sur le march\u00e9 international, et les autres ont \u00e9t\u00e9 pratiquement reprises par le capital europ\u00e9en. En fait, une partie de la d\u00e9sindustrialisation de ces ann\u00e9es est une cons\u00e9quence de la d\u00e9localisation. La fermeture des grandes usines a de nouveau d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9action en cha\u00eene : au fur et \u00e0 mesure qu'elles fermaient, certains ateliers et magasins faisaient faillite. La ville a entam\u00e9 une course \u00e0 la tertiarisation, non pas parce que l'emploi dans ce secteur a augment\u00e9, il a m\u00eame diminu\u00e9, mais parce que son poids relatif a augment\u00e9 (Picavea, 1988 : 23).<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, et comme le montrent diff\u00e9rents indicateurs de l'Institut Basque des Statistiques, les r\u00e9formes du travail commencent \u00e0 porter leurs fruits et parviennent \u00e0 cr\u00e9er de l'emploi (de 1986 \u00e0 1991, la population salari\u00e9e d'Errenteria augmente de pr\u00e8s de 2 000 personnes) en se basant sur l'expansion des contrats \u00e0 court terme, avec une augmentation de l'emploi temporaire inconnue, ou du moins non enregistr\u00e9e officiellement jusqu'alors, qui s'accro\u00eet pendant cette p\u00e9riode de 244%. De plus, la cr\u00e9ation d'emplois temporaires est all\u00e9e de pair avec la destruction d'emplois permanents. Au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, plus de 1 000 contrats permanents ont \u00e9t\u00e9 perdus. Ainsi, alors qu'\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, 901 p.t.p.3 t de la population salari\u00e9e disposaient d'un contrat \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, ce chiffre \u00e9tait tomb\u00e9 \u00e0 601 p.t.p.3 t. Il devenait clair que dans le nouveau mod\u00e8le, le march\u00e9 \u00e9tait incapable d'absorber une population salari\u00e9e comme il le faisait auparavant. C'est le d\u00e9but du \" march\u00e9 du travail dual \", dans la mesure o\u00f9, comme le soulignent Elsa Santamar\u00eda (2009 : 75) ou Jaime Palomera (2015 : 35), la fragilit\u00e9 de la forme de travail salari\u00e9 sur laquelle reposait l'ordre social est devenue visible, brouillant la fronti\u00e8re qui s\u00e9parait les travailleurs prot\u00e9g\u00e9s des travailleurs non prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L'agonie a atteint les m\u00e9nages lorsque les allocations de ch\u00f4mage ont commenc\u00e9 \u00e0 s'\u00e9puiser. En effet, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, un rapport du gouvernement basque indiquait qu'un peu plus d'un cinqui\u00e8me des m\u00e9nages basques se trouvaient en situation de pauvret\u00e9 (Gouvernement Basque, 1987 : 77), en raison du ch\u00f4mage cr\u00e9\u00e9 au cours de ces ann\u00e9es et de l'expansion du travail occasionnel et pr\u00e9caire. En effet, comme le montrent Bibiana Mendialdea et Nacho \u00c1lvarez (2005), les politiques de flexibilit\u00e9 mises en \u0153uvre au cours de ces ann\u00e9es ont conduit \u00e0 l'\u00e9mergence de l'\u00e9conomie de march\u00e9. <em>working poor <\/em>ou pauvret\u00e9 laborieuse, c'est-\u00e0-dire les personnes qui, malgr\u00e9 une relation de travail normalis\u00e9e, se trouvent en dessous du seuil de pauvret\u00e9, ce qui exprime la rupture avec la p\u00e9riode fordiste qui cantonnait la pauvret\u00e9 dans les groupes qui ne participaient pas normalement au processus de travail salari\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La ville a \u00e9t\u00e9 plong\u00e9e dans une crise profonde qui a dur\u00e9 toute la d\u00e9cennie 1990. Les emplois stables ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9truits avec la fermeture continue des usines et, bien que l\u00e9g\u00e8rement, l'emploi temporaire a \u00e9galement diminu\u00e9. Les ruines industrielles ont fa\u00e7onn\u00e9 le paysage urbain et \u00e9motionnel de l'\u00e9poque. La population a commenc\u00e9 \u00e0 chuter en dessous de 40 000 habitants. Errenteria est pass\u00e9e d'un horizon de vie \u00e0 une ville sans avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, au milieu des ann\u00e9es 1990, la lumi\u00e8re au bout du tunnel a commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre sous la forme d'\u00e9normes quantit\u00e9s d'argent public pour le d\u00e9veloppement d'infrastructures et d'\u00e9quipements publics, dont une grande partie provenait de l'aide de l'Union europ\u00e9enne. Il s'en est suivi un tourbillon de constructions. Les travaux publics deviennent un \u00e9l\u00e9ment \u00e9conomique cl\u00e9 de cette p\u00e9riode. La modernit\u00e9 est arriv\u00e9e. \u00c0 Errenteria, la municipalit\u00e9 reconvertit les terrains industriels en terrains urbains et r\u00e9\u00e9value le m\u00e8tre carr\u00e9, et les ruines industrielles font place \u00e0 des parcs, des places, des parkings, des logements et de nouveaux \u00e9quipements publics, commerciaux et culturels (Benito, 2007 : 46). Les images suivantes (illustrations 4 et 5) montrent l'ancienne usine Niessen qui a laiss\u00e9 place \u00e0 un espace comprenant une place, un centre commercial et divers espaces culturels.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-3.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1600x1040\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 4. Antigua f\u00e1brica de Niessen en los a\u00f1os setenta. Fuente: https:\/\/new.abb.com\/es\/100niessen\/historia, consultado el 14 de abril de 2020.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-3.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure><figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-4.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"685\u2006\u00d7\u2006400\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 5. Actual Centro Cultural Niessen. Fuente: http:\/\/www.centrocomercialniessen.com\/el-centro\/introduccion, consultado el 19 de febrero de 2021.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-4.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 4 : Ancienne usine Niessen dans les ann\u00e9es 1970. Source : https:\/\/new.abb.com\/es\/100niessen\/historia, consult\u00e9 le 14 avril 2020.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div><div class=\"caption\">Illustration 5 : Centre culturel Niessen actuel. Source : http:\/\/www.centrocomercialniessen.com\/el-centro\/introduccion, consult\u00e9 le 19 f\u00e9vrier 2021.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, une expansion \u00e9conomique a eu lieu, ce qui a consid\u00e9rablement r\u00e9duit les taux de ch\u00f4mage dramatiques. En cons\u00e9quence, l'Errenteria est pass\u00e9e de pr\u00e8s de 30% de ch\u00f4mage \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90 \u00e0 11,8% en 2001 (Eustat, 2016b). De nombreux facteurs, \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 la tertiarisation de l'\u00e9conomie, peuvent expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne, notamment l'essor de la construction, des transports, du commerce, de l'h\u00f4tellerie et des services immobiliers, ainsi que le renforcement du secteur public et l'augmentation cons\u00e9quente de l'emploi public dans tous les domaines. Mais d'une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, deux raisons principales expliquent cette expansion \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>D'une part, et comme l'\u00e9tudie Pablo Lopez Calle (2018 : 6), gr\u00e2ce \u00e0 la financiarisation de l'\u00e9conomie, li\u00e9e en partie \u00e0 l'endettement des m\u00e9nages d\u00e9riv\u00e9 de la diff\u00e9rence entre leurs besoins reproductifs et leurs conditions en tant que main-d'\u0153uvre. Une financiarisation qui a soutenu temporairement des niveaux de consommation qui ne correspondaient pas aux salaires de leurs emplois, ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une bulle de l'emploi et de la consommation. D'autre part, et comme l'affirme Jaime Palomera (2015 : 35), par une plus grande pr\u00e9carit\u00e9 du travail soutenue par des r\u00e9formes successives du travail. Si ces transformations \u00e9conomiques ont permis l'\u00e9mergence de nouvelles professions gr\u00e2ce \u00e0 l'acc\u00e8s massif des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 l'universit\u00e9, ce qui s'est traduit par une modification de la structure professionnelle avec une croissance des emplois qualifi\u00e9s, il n'en demeure pas moins que dans le m\u00eame temps, les emplois pr\u00e9caires, temporaires et \u00e0 temps partiel li\u00e9s aux besoins des nouveaux secteurs \u00e9mergents se sont r\u00e9pandus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le march\u00e9 du travail a \u00e9t\u00e9 segment\u00e9 en une classe de travailleurs avec des contrats permanents et stables d'une part, et des travailleurs encha\u00een\u00e9s \u00e0 des contrats temporaires et au sous-emploi d'autre part. En 2001, en Errenteria, 661 PTE3T de salari\u00e9s avaient un contrat permanent, contre 341 PTE3T avec un contrat temporaire (Eustat, 2016). L'Errenteria, avec des niveaux de formation visiblement plus faibles que le reste du territoire, a davantage aliment\u00e9 ce segment que la province. L'\"arm\u00e9e de r\u00e9serve\" de ce dernier segment, cl\u00e9 de l'expansion \u00e9conomique de ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00e9tait essentiellement compos\u00e9e de femmes, de jeunes et de migrants extracommunautaires qui sont arriv\u00e9s en masse dans la ville d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es du nouveau si\u00e8cle et ont occup\u00e9 les pires positions sur le march\u00e9 du travail : comme serveurs dans le port de Pasaia ou dans les cha\u00eenes logistiques des entreprises de transport, comme ouvriers dans la construction, comme vendeurs et aides-serveurs dans les grands supermarch\u00e9s, ainsi que comme employ\u00e9s de maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Le krach financier de 2007-2008 a montr\u00e9 la fragilit\u00e9 de cette expansion, bas\u00e9e sur la bulle immobili\u00e8re, l'endettement des m\u00e9nages et la pr\u00e9carit\u00e9 des conditions de travail. Bien que la crise g\u00e9n\u00e9r\u00e9e en Errenteria n'ait pas de parall\u00e8le avec ce qui s'\u00e9tait pass\u00e9 des ann\u00e9es auparavant, ni ne ressemble \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 dramatique d'autres endroits d\u00e9pendant du tourisme et de la construction, le taux de ch\u00f4mage a \u00e9galement grimp\u00e9 en fl\u00e8che dans la ville pour atteindre 15,8% en 2015 (Eustat, 2016b). En outre, les politiques d'aust\u00e9rit\u00e9 fond\u00e9es sur la r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, les privatisations, les restrictions de l'aide sociale et les r\u00e9formes du travail et des retraites, entre autres facteurs, ont intensifi\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 des conditions de vie et de travail de larges couches sociales. Cette situation, associ\u00e9e \u00e0 une moralisation intense du fait qu'ils avaient \"v\u00e9cu au-dessus de leurs moyens\", allait red\u00e9finir les cadres politiques de redistribution forg\u00e9s par l'\u00c9tat fordiste keyn\u00e9sien et reconfigurer les horizons et les espoirs de la classe moyenne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-5.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1200x901\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 6. Ni\u00f1o jugando en el barrio obrero de Capuchinos. Foto donada por un interlocutor de Errenteria.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-5.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 6 : Enfant jouant dans le quartier populaire de Capuchinos. Photo offerte par un interlocuteur d'Errenteria.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le foss\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations : d'un pass\u00e9 prosp\u00e8re \u00e0 un pr\u00e9sent pr\u00e9caire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Ana, Alex et Eli sont issus de familles rurales qui sont venues \u00e0 Errenteria dans l'espoir que le travail industriel leur garantirait une vie meilleure. Attir\u00e9s par l'industrialisation rapide, l'abondance de travail et la croissance \u00e9conomique que la ville semblait conna\u00eetre, ils ont vu en Errenteria un moyen de prosp\u00e9rer et de vivre dans la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ana est issue d'une famille rurale du centre de l'Espagne qui est devenue l'une des principales familles du premier flux migratoire du si\u00e8cle. <span class=\"small-caps\">xx<\/span> \u00e0 Errenteria. Sa m\u00e8re, \u00e9merveill\u00e9e par la vie que sa s\u0153ur, qui avait \u00e9migr\u00e9 en ville dans les ann\u00e9es cinquante, pr\u00e9tendait mener, a convaincu son compagnon, quelques ann\u00e9es plus tard, d'entamer un nouveau projet de vie dans le nord. En quelques ann\u00e9es, il a trouv\u00e9 un emploi dans l'une des grandes usines de la ville, et elle s'est charg\u00e9e d'\u00e9lever les trois enfants qu'ils ont eus.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, la m\u00e8re d'Alex a quitt\u00e9 son petit village rural du nord \u00e0 l'\u00e2ge de dix-sept ans, comme tant d'autres voisins qui ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler dans les grandes industries d'Errenteria et de Pasaia. C'est l\u00e0 qu'elle a rencontr\u00e9 celui qui allait devenir son mari, un jeune homme originaire d'un village voisin, passionn\u00e9 par la campagne, mais devenu ma\u00e7on. La m\u00e8re d'\u00c1lex a travaill\u00e9 \u00e0 l'usine jusqu'\u00e0 ce que le <em>reconversion industrielle<\/em> Depuis, la famille d\u00e9pend de l'argent que le p\u00e8re ram\u00e8ne \u00e0 la maison. Elle a \u00e9lev\u00e9 les quatre enfants qu'ils ont eus, et il a travaill\u00e9 comme ouvrier du b\u00e2timent ind\u00e9pendant jusqu'\u00e0 ce qu'il prenne une retraite anticip\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re d'Eli esp\u00e9rait elle aussi que le travail industriel lui permettrait d'avoir un avenir meilleur. C'est pourquoi, dans les ann\u00e9es 1970, elle est venue d'un village voisin pour travailler dans les grandes usines de la ville. Cependant, comme la m\u00e8re d'Alex, avec l'arriv\u00e9e des <em>reconversion<\/em> Elle s'est \u00e9galement retir\u00e9e chez elle pour s'occuper de ses deux enfants, tandis que son mari travaillait comme agent administratif jusqu'\u00e0 ce qu'il prenne une bonne retraite anticip\u00e9e. La m\u00e8re d'Alex et elle-m\u00eame n'ont retrouv\u00e9 un emploi que des ann\u00e9es plus tard, lorsque les enfants \u00e9taient adultes et qu'ils travaillaient d\u00e9j\u00e0 dans le secteur tertiaire de mani\u00e8re pr\u00e9caire. Quoi qu'il en soit, d'une mani\u00e8re ou d'une autre, ils se sont tous conform\u00e9s \u00e0 ce que Jane Lewis (2002 : 332) d\u00e9crit comme le mod\u00e8le d'organisation sociale qui a soutenu la reproduction du mod\u00e8le d'aide sociale keyn\u00e9sien fordiste, qui donnait aux hommes la responsabilit\u00e9 de subvenir aux besoins de la famille et les d\u00e9finissait comme des \"hommes qui gagnent leur vie\", tandis que les femmes \u00e9taient d\u00e9finies par leur vocation au travail domestique et devenaient des \"femmes au foyer\".<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, pour ces m\u00e9nages, l'acc\u00e8s \u00e0 l'emploi n'\u00e9tait pas un probl\u00e8me grave et, en principe, si on le voulait, il \u00e9tait plus ou moins possible d'avoir le m\u00eame emploi toute sa vie. Le probl\u00e8me r\u00e9side en tout cas dans la faiblesse des r\u00e9mun\u00e9rations ou dans le fait que le bien-\u00eatre et les projets de vie sont li\u00e9s aux marges \u00e9troites de la famille. Une \"\u00e9thique du travail et de l'assiduit\u00e9\" \u00e9tait \u00e0 la base de ces projets de vie, qui justifiait les sacrifices \u00e0 consentir, dans l'emploi comme \u00e0 la maison, pour obtenir de meilleures conditions de vie. En d'autres termes, ces sacrifices quotidiens s'inscrivaient dans la dur\u00e9e et prenaient sens par rapport \u00e0 des projections futures. En outre, les luttes syndicales et les gr\u00e8ves en cours permettaient des augmentations de salaire substantielles qui am\u00e9lioraient les perspectives d'avenir. Tout cela apportait un certain degr\u00e9 de certitude pour \u00e9tablir des projets de vie durables et coh\u00e9rents, pour pouvoir se projeter dans l'avenir en tant qu'unit\u00e9 \u00e9conomique. Mais cela signifiait aussi pouvoir envisager l'avenir avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, en consid\u00e9rant la retraite ou la protection sociale comme acquises, surtout pour ce que Luis Enrique Alonso (2007 : 100) appelle les \"citoyens du travail\", c'est-\u00e0-dire les citoyens qui se situent dans la r\u00e9alit\u00e9 salariale, dans la mesure o\u00f9 il souligne qu'une grande partie des droits sociaux d\u00e9pendent de la contribution au march\u00e9 du travail. En effet, ce mod\u00e8le garantissait des pensions d\u00e9centes principalement \u00e0 ceux qui occupaient des emplois stables dans l'industrie, tandis que les femmes avaient davantage acc\u00e8s \u00e0 des pensions \u00e9troites et pr\u00e9caires. Enfin, il s'agissait d'un pouvoir qui permettait d'envisager l'avenir \u00e0 travers des aspirations ascendantes, o\u00f9 le progr\u00e8s mat\u00e9riel, bien qu'en tant qu'unit\u00e9 \u00e9conomique, entrait dans les calculs des m\u00e9nages.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Ana, Alex et Eli comparent souvent leur vie aux normes atteintes par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 des \u00e9tapes similaires de leur vie. Tous trois estiment que leurs familles ont r\u00e9ussi \u00e0 devenir ces classes moyennes qui poss\u00e8dent une certaine forme de s\u00e9curit\u00e9, de stabilit\u00e9 et de confort. Ils ont insist\u00e9 sur le fait que leurs parents \u00e9taient partis de conditions modestes, mais qu'ils avaient fini par atteindre le niveau de la classe moyenne. Tous, par exemple, ont acquis \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre une r\u00e9sidence secondaire, ce qui \u00e9tait impensable pour eux. Par cons\u00e9quent, lorsqu'ils \u00e9valuent leurs trajectoires de vie, tous les trois disent avoir ressenti une involution de leurs attentes biographiques. Pour confirmer cette r\u00e9gression, ils ont notamment mis l'accent sur leurs exp\u00e9riences professionnelles qui, loin d'\u00eatre lin\u00e9aires et ascendantes, se caract\u00e9risent par des trajectoires fragment\u00e9es, r\u00e9versibles, flexibles et pr\u00e9caires.<\/p>\n\n\n\n<p>Eli, par exemple, a quitt\u00e9 l'\u00e9cole tr\u00e8s t\u00f4t pour travailler comme aide-soignante \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. \u00c0 l'\u00e2ge de dix-neuf ans, elle a commenc\u00e9 \u00e0 vivre avec son partenaire, un \u00e9lectricien qui travaillait de mani\u00e8re informelle, et deux ans plus tard, \u00e0 l'arriv\u00e9e de leur premier enfant, le couple a convenu qu'Eli s'occuperait du b\u00e9b\u00e9 et de la maison. C'\u00e9taient les ann\u00e9es du boom de la construction et avec l'argent qu'il ramenait \u00e0 la maison, ils parvenaient \u00e0 vivre. Dix ans plus tard, en plein boom financier et avec un deuxi\u00e8me enfant dans les bras, ils ont divorc\u00e9. Eli se retrouve alors avec un dipl\u00f4me de fin d'\u00e9tudes secondaires, sans argent propre et pratiquement sans exp\u00e9rience professionnelle. \"Il s'est demand\u00e9 ce qu'il allait faire maintenant, car avec la fin de son mariage, le mod\u00e8le \u00e9conomique sur lequel il s'\u00e9tait appuy\u00e9 s'\u00e9croulait \u00e9galement. Eli s'est tourn\u00e9e vers les services sociaux et, apr\u00e8s quelques mois, elle a eu droit au \"revenu garanti\" (<span class=\"small-caps\">rgi<\/span>), une prestation financi\u00e8re mensuelle du gouvernement basque cr\u00e9\u00e9e en r\u00e9ponse \u00e0 la crise du fordisme et qui constitue actuellement le syst\u00e8me de couverture ou de protection le plus avanc\u00e9 d'Espagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette prestation sociale, Eli a pu subvenir \u00e0 ses besoins et \u00e0 ceux de ses enfants, non sans avoir d\u00fb \"jongler\" (Villarreal 2017 : 92), car l'argent qu'il recevait mois apr\u00e8s mois n'\u00e9tait jamais suffisant pour vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Alex, le sentiment de r\u00e9gression \u00e9prouv\u00e9 par sa g\u00e9n\u00e9ration n'est que trop \u00e9vident. \"La bonne \u00e9poque, comme il la d\u00e9crivait, \u00e9tait r\u00e9volue. D\u00e9sormais, ils avaient moins d'opportunit\u00e9s et devaient faire face \u00e0 des conditions de vie plus difficiles que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je pense que nous avons imagin\u00e9 collectivement que nous vivrions mieux que la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, n'est-ce pas ? J'ai re\u00e7u ce message de mes parents aussi. Ils ont d\u00fb travailler dur pour cela. Mon p\u00e8re n'est pas all\u00e9 \u00e0 l'\u00e9cole, et ma m\u00e8re y est all\u00e9e et voulait continuer \u00e0 \u00e9tudier, mais elle n'a pas pu. Pouvoir donner ces opportunit\u00e9s, ne pas avoir \u00e0 travailler si dur pour pouvoir profiter de la vie. Et pour certaines choses oui (ce que nous avons pu faire), mais pour d'autres... ou peut-\u00eatre l'avons-nous exp\u00e9riment\u00e9, peut-\u00eatre que jusqu'\u00e0 ce que j'aille \u00e0 l'universit\u00e9, il y avait ce contexte socio-\u00e9conomique, mais ensuite j'ai r\u00e9alis\u00e9 que pour avoir une maison ou un autre niveau de bien-\u00eatre, ce serait plus difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour lui, la promesse d'une mobilit\u00e9 sociale ascendante s'est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e fausse quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de ses \u00e9tudes universitaires. Pour lui, l'universit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 plus une affaire de d\u00e9veloppement personnel que de travail, m\u00eame s'il esp\u00e9rait qu'un dipl\u00f4me universitaire lui ouvrirait les portes d'une vie meilleure dans une \u00e9conomie qui semblait s'orienter vers le travail qualifi\u00e9. Malgr\u00e9 cela, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 quelques ann\u00e9es comme stagiaire sur des projets de recherche \u00e0 l'universit\u00e9 et fatigu\u00e9 de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, il s'est orient\u00e9 vers l'h\u00f4tellerie et la restauration. Sans grand espoir de trouver un emploi, \u00e0 l'\u00e2ge de 26 ans, on lui a propos\u00e9 un emploi dans une coop\u00e9rative, et bien que cet emploi ne soit pas li\u00e9 \u00e0 ses \u00e9tudes, Alex a accept\u00e9. Il a commenc\u00e9 par quelques heures, combin\u00e9es \u00e0 un travail dans les bars, et en moins de cinq ans, il est devenu membre de la coop\u00e9rative. \u00c0 l'\u00e9poque, le taux de rotation des travailleurs de la coop\u00e9rative \u00e9tait \u00e9lev\u00e9, car les salaires n'\u00e9taient pas tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s. Mais la crise de 2008 est arriv\u00e9e, et ce qui, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, \u00e9tait d\u00e9nonc\u00e9 comme un mauvais salaire a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un salaire acceptable. C'est-\u00e0-dire \u00eatre un mileurista,<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> \u00catre un jeune avec des \u00e9tudes et des langues, avec un salaire d'environ mille euros et dans des emplois qui ne correspondaient pas \u00e0 sa formation ne semblait pas \u00eatre un tel drame, et avec la baisse des attentes, la rotation des travailleurs diminuait. Seize ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis qu'il a rejoint la coop\u00e9rative et Alex y est toujours. Cependant, il avait imagin\u00e9 que sa situation financi\u00e8re serait d\u00e9sormais beaucoup plus confortable et stable, ce qui, \u00e0 son tour, influen\u00e7ait des aspirations de plus en plus basses :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Voyons voir. \u00c0 vingt ans, j'avais de meilleures conditions de vie que mes parents. \u00c0 la quarantaine, c'est pareil. Et \u00e0 soixante ans, j'ai des doutes. Je pense que j'aurai moins d'opportunit\u00e9s, moins de ressources que mes parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Ana n'a jamais cherch\u00e9 \u00e0 avoir une vie s\u00fbre et stable. Bien qu'elle ait grandi dans ces cadres et que ses parents \"s'attendaient \u00e0 ce qu'elle soit au moins ministre\", Ana et une partie de la g\u00e9n\u00e9ration qui a v\u00e9cu sa jeunesse entre les ann\u00e9es 1980 et 1990 ont construit leur vie en opposition \u00e0 cette s\u00e9mantique et \u00e0 ces horizons de la classe moyenne. Leur g\u00e9n\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 la chair \u00e0 canon du march\u00e9 flexible. Ils ont d'abord \u00e9t\u00e9 configur\u00e9s comme \" la g\u00e9n\u00e9ration perdue \" et se sont retrouv\u00e9s sur un march\u00e9 du travail difficile d'acc\u00e8s. Comme le d\u00e9peint Victoria Goddard (2019 : 12), la d\u00e9sindustrialisation a perturb\u00e9 les cycles de travail et les modes de vie transmis entre g\u00e9n\u00e9rations dans ces villes, ce qui a conduit \u00e0 la perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 et d'efficacit\u00e9 des projets de vie construits par la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente. Cette g\u00e9n\u00e9ration a v\u00e9cu le ch\u00f4mage et les emplois temporaires ou \"currillos\", des emplois de courte dur\u00e9e, mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et g\u00e9n\u00e9ralement des t\u00e2ches moins valoris\u00e9es et moins valorisantes que l'emploi industriel, ce qui a fait d'eux la chair \u00e0 canon du march\u00e9 flexible et pr\u00e9caire. En fait, une partie de cette g\u00e9n\u00e9ration a per\u00e7u le march\u00e9 flexible comme un signe de libert\u00e9, loin des rigidit\u00e9s des modes de travail et de vie de leurs parents. De plus, beaucoup ont trouv\u00e9 dans le non-futur, comme dans l'absence de pr\u00e9occupation \u00e0 son \u00e9gard, une lib\u00e9ration. Il s'agissait d'une incertitude impos\u00e9e par le cadre des opportunit\u00e9s, mais aussi d'une certaine mani\u00e8re souhait\u00e9e, recherch\u00e9e et partag\u00e9e :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">En d'autres termes, je veux dire que je suis conscient que j'aurais pu avoir plus d'argent, que j'aurais pu avoir un travail \u00e0 coup s\u00fbr, mais qu'est-ce que j'en sais. J'ai opt\u00e9 pour un autre type de vie. Comme aller au Mexique et cr\u00e9er le centre culturel La Habanera. Si j'avais eu une hypoth\u00e8que, une famille, un emploi stable, je n'aurais pas cr\u00e9\u00e9 La Habanera. Et nous n'aurions pas dans\u00e9 comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, Ana \u00e9tait per\u00e7ue par beaucoup comme une \"arnaqueuse\", car elle passait sans cesse d'un emploi \u00e0 l'autre pour gagner sa vie malgr\u00e9 son \u00e2ge avanc\u00e9. Et le fait est que, dans ces <em>autres <\/em>Le travail n'\u00e9tait cens\u00e9 garantir qu'aujourd'hui, donner \"de quoi vivre\", c'est ce qu'elle cherchait, comme elle le d\u00e9finissait, \"manger, boire quelques verres, fumer et pas grand-chose d'autre\". Et en effet, c'\u00e9tait possible. Et dans ce contexte de travail abondant, le fait que les emplois ne soient pas maintenus dans le temps, pour quelque raison que ce soit, n'\u00e9tait pas un probl\u00e8me. En fait, Ana a toujours gagn\u00e9 sa vie avec des emplois d'une dur\u00e9e de un \u00e0 trois ans. Le plus souvent sans contrat, Ana a exerc\u00e9 plus de 20 petits boulots, principalement dans l'h\u00f4tellerie, mais aussi comme transporteur, agent d'assurance, concierge ou agent de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, ce projet de vie est devenu particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec la diminution de l'offre de main-d'\u0153uvre et la d\u00e9valuation des salaires entra\u00een\u00e9e par les r\u00e9formes du travail successives. \"J'ai toujours eu acc\u00e8s \u00e0 des emplois de merde, et maintenant il n'y a plus d'emplois de merde\", se plaint-elle lorsqu'elle \u00e9value sa carri\u00e8re depuis 2011. Avec le dernier boom financier, Ana a commenc\u00e9 \u00e0 remarquer qu'on ne lui proposait plus autant d'emplois, ni dans les m\u00eames conditions qu'auparavant. Au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es, elle a occup\u00e9 quatre emplois cons\u00e9cutifs et les a altern\u00e9s avec quatre autres \"petits boulots\", et elle a reconnu qu'il lui \u00e9tait de plus en plus difficile de conserver un emploi au fil du temps. Outre la courte dur\u00e9e de ses emplois, les mois de ch\u00f4mage se sont r\u00e9cemment allong\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, Ana a commenc\u00e9 \u00e0 sentir qu'elle n'avait plus l'\u00e9nergie que ce mode de vie exigeait. Le fait que la plupart des personnes avec lesquelles elle partageait ce mode de vie aient, comme elle le dit, \"grandi\", \"se sont install\u00e9es\", l'a amen\u00e9e \u00e0 se sentir de plus en plus seule, vuln\u00e9rable et incomprise dans son mode de vie. \"Tout \u00e9tait plus facile avant\", quand elle \u00e9tait jeune et que ce projet de vie court-termiste avait un mod\u00e8le \u00e9conomique pour se maintenir et un groupe de personnes avec qui le partager.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, lorsque je les ai rencontr\u00e9s au cours de mon travail sur le terrain, il m'a sembl\u00e9 que l'incertitude impr\u00e9gnait leurs moyens de subsistance de mani\u00e8res tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Le fait de consid\u00e9rer qu'il n'y aura pas de ressources mon\u00e9taires dans l'avenir imm\u00e9diat, ou de ne pas savoir \u00e0 quoi elles ressembleront \u00e0 moyen terme, entrait pleinement dans les calculs quotidiens de chacun d'entre eux. Que ce soit en raison de l'absence de garanties pour l'avenir ou de la p\u00e9nurie budg\u00e9taire elle-m\u00eame, le fait est que leurs \u00e9conomies ne semblaient pouvoir couvrir, au mieux, que l'imminent. Tous trois consommaient leurs revenus mensuels et n'avaient gu\u00e8re la possibilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer une \u00e9pargne mon\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ana, 52 ans, vient de recevoir un appel d'un programme gouvernemental local pour les femmes en risque d'exclusion, lui proposant un emploi prot\u00e9g\u00e9. Elle quittait ainsi la cuisine d'un bar o\u00f9 elle travaillait vingt heures le week-end. Avec ce nouvel emploi, Ana travaillerait \u00e0 temps plein du lundi au vendredi pour 900 euros par mois. Cependant, ce nouvel emploi avait \u00e9galement une date d'expiration, puisqu'il s'agissait d'une offre d'emploi de six mois et qu'elle ne pourrait pas postuler \u00e0 nouveau avant trois ans. Pourtant, Ana a accept\u00e9 ; apr\u00e8s cela, comme elle l'a dit, elle trouvera sa propre voie.<\/p>\n\n\n\n<p>Alex, quant \u00e0 lui, bien qu'il ait ressenti la s\u00e9curit\u00e9 d'un emploi garanti, \u00e9tait toujours anxieux \u00e0 l'id\u00e9e que son salaire soit soumis \u00e0 la sous-traitance de services, comme c'\u00e9tait le cas lorsqu'il a commenc\u00e9. En d'autres termes, \u00e0 quarante-deux ans et avec plus de quinze ans de travail dans la m\u00eame coop\u00e9rative, Alex ne savait pas ce qu'il gagnerait, ni les heures qu'il travaillerait ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, ce qui a cr\u00e9\u00e9 de l'ins\u00e9curit\u00e9 et de l'anxi\u00e9t\u00e9. De plus, depuis la deuxi\u00e8me ann\u00e9e du krach financier et jusqu'\u00e0 il y a trois ans, le salaire d'Alex avait \u00e9t\u00e9 gel\u00e9 en raison de la baisse de la client\u00e8le et des politiques d'aust\u00e9rit\u00e9 qui ont r\u00e9duit les subventions pour les coop\u00e9ratives comme la sienne. Lorsque je l'ai rencontr\u00e9, son salaire \u00e9tait d'environ 1 280 euros. De plus, son angoisse de ne pas savoir ce qu'il allait gagner s'\u00e9tait intensifi\u00e9e deux ans plus t\u00f4t, lorsqu'il avait d\u00e9cid\u00e9 d'utiliser toutes ses \u00e9conomies pour contracter un pr\u00eat hypoth\u00e9caire et acheter une petite maison, alors que les salaires commen\u00e7aient \u00e0 nouveau \u00e0 augmenter, quoique l\u00e9g\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dix ans plus tard, Eli est toujours b\u00e9n\u00e9ficiaire de l'aide de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">rgi<\/span>. Elle a alors trente-sept ans et trois enfants de moins de quinze ans. Elle vivait avec son partenaire actuel et ses enfants dans une maison pour laquelle ils venaient de contracter un pr\u00eat hypoth\u00e9caire. Le salaire social, ainsi que la pension alimentaire du p\u00e8re des deux premiers enfants, \u00e9galement en situation de crise apr\u00e8s l'arr\u00eat de la construction, repr\u00e9sentaient un revenu mensuel de 940 euros. En outre, elle a eu acc\u00e8s \u00e0 d'autres prestations sociales au cours de l'ann\u00e9e. Et si l'argent re\u00e7u n'\u00e9tait pas suffisant pour s'en sortir, et qu'il fallait toujours jongler, ce qui a le plus pes\u00e9 sur Eli pendant ces ann\u00e9es, c'est le contr\u00f4le institutionnel qu'il a d\u00fb subir pour maintenir les aides. La tendance restrictive des prestations sociales qui remonte \u00e0 2012, et dont la derni\u00e8re expression a \u00e9t\u00e9 la proposition de r\u00e9forme de 2018, en plus d'intensifier les mesures restrictives, avait une vocation disciplinaire claire, car elle l\u00e9gitimait le contr\u00f4le permanent et renforc\u00e9 de ceux qui recevaient la prestation. Cela a polaris\u00e9 le d\u00e9bat sur la question de savoir qui m\u00e9ritait le salaire social. \"J'ai l'impression de supplier \u00e0 genoux, s'il vous pla\u00eet, donnez-moi\", m'a expliqu\u00e9 Eli pour souligner \u00e0 quel point il lui \u00e9tait co\u00fbteux, tant sur le plan vital que social, de maintenir l'allocation sociale, raison pour laquelle, ces derni\u00e8res ann\u00e9es et chaque fois que cela \u00e9tait possible, Eli avait choisi de dissimuler son statut d'allocataire dans de nouveaux cercles sociaux, qu'il s'agisse de voisins, de parents \u00e0 l'\u00e9cole, etc.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\"Nous vivrons moins bien que nos parents\" : la perception de la r\u00e9gression et la d\u00e9sorientation face \u00e0 l'avenir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">David Zeitlyn (2015 : 399) affirme que les futurs pass\u00e9s, y compris les espoirs et les craintes dont on se souvient, interf\u00e8rent d'une certaine mani\u00e8re avec le futur actuel. Ils le font parce que, contrairement au sens commun qui suppose que le pass\u00e9 est quelque chose de fixe et d'inamovible, il est signifi\u00e9 et ressenti autant de fois que n\u00e9cessaire. En effet, comme le souligne Magdalena Villarreal (2008 : 102), le temps n'est pas tant un cadre \u00e9volutif externe dans lequel s'inscrivent les relations sociales, mais il est \u00e9galement construit et, en tant que tel, il est signifi\u00e9 et utilis\u00e9. Mais Zeitlyn attire \u00e9galement l'attention sur le fait que les dynamiques affectives sont comme des sensations qui produisent du vertige, de la stagnation, de l'excitation, de l'anxi\u00e9t\u00e9 ou de la d\u00e9sorientation, et souligne qu'elles sont centrales pour comprendre les processus de changement social.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc supposer qu'\u00e0 mesure que les trajectoires de vie ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es, l'exp\u00e9rience temporelle du progr\u00e8s \u00e9conomique incessant a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9e. Cependant, comme Daniel Knight (2016) l'a constat\u00e9 en examinant les cons\u00e9quences d'une aust\u00e9rit\u00e9 prolong\u00e9e dans le contexte grec, le mat\u00e9riel ethnographique recueilli dans Errenteria t\u00e9moigne \u00e9galement d'un moment intense de confusion et de \"vertige temporel\" dans le contexte basque. En particulier, les politiques d'ajustement structurel, et plus sp\u00e9cialement les r\u00e9formes du syst\u00e8me public de retraite, ont plac\u00e9 l'avenir dans le pr\u00e9sent et rendu explicite la faillite du syst\u00e8me de retraite. <br>la reproduction sociale. Comment subvenir \u00e0 ses besoins mat\u00e9riels et s'occuper de ses proches ? <br>La vieillesse est un sujet d'inqui\u00e9tude et de confusion. Par exemple, Eli, d'une part, craint de ne pas avoir cotis\u00e9 pendant des ann\u00e9es, mais en tout \u00e9tat de cause, il dit ne pas avoir confiance dans la p\u00e9rennit\u00e9 du syst\u00e8me de retraite : \"La seule chose qui m'inqui\u00e8te, c'est de ne pas avoir cotis\u00e9 pour la retraite. Mais je pense aussi que la retraite va dispara\u00eetre. Donc, tout compte fait, je ne sais pas, je ne sais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Alex aussi, m\u00eame s'il \u00e9vitait consciemment de penser \u00e0 l'avenir et \u00e0 la retraite, l'inqui\u00e9tude et l'anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9taient toujours pr\u00e9sentes :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je crois que je vous l'ai dit l'autre fois aussi. Je suis assez inquiet \u00e0 ce sujet, bien que je ne l'aie pas ici - et il se touche la t\u00eate - , parce que sinon je serais submerg\u00e9 ; mais \u00e0 propos des pensions, quand nous prendrons notre retraite, je ne sais pas ce qu'il adviendra de nos vies. Je ne sais pas si nous aurons une pension, ni \u00e0 quoi ressembleront les pensions, ni ce que cela nous apportera. Je constate donc que nous r\u00e9gressons dans ces domaines. Nous vivrons dans des conditions plus difficiles. Ce qui, en m\u00eame temps, n'est pas vrai, car j'ai pu aller \u00e0 l'universit\u00e9, ce qui \u00e9tait inimaginable pour mes parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9sorientation qui s'explique parfois aussi par la rapidit\u00e9 avec laquelle les conditions changent, rendant m\u00eame difficile l'\u00e9laboration d'une strat\u00e9gie pour l'avenir ou, comme l'a dit Ana \u00e0 propos de ses projets d'avenir, qu'elle avait \"trop et aucun\".<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En effet, bien que certaines alternatives politiques aient fait miroiter des promesses d'am\u00e9lioration et de changement social, beaucoup ont \u00e9t\u00e9 relativement d\u00e9sillusionn\u00e9s par un sentiment d'incontr\u00f4labilit\u00e9 et de capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de vie, ce que Marina Garc\u00e9s (2017 : 16) appelle \"la nouvelle exp\u00e9rience de la limite\". Les espoirs d'une vie bonne \u00e9taient donc formul\u00e9s sous forme de strat\u00e9gies individuelles centr\u00e9es sur la famille. Loin de l'id\u00e9al d'autosuffisance de la famille, l'espoir d'une vie bonne a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 comme une strat\u00e9gie individuelle centr\u00e9e sur la famille. <em>homo economicus<\/em> et face au d\u00e9mant\u00e8lement latent de l'\u00c9tat-providence, l'id\u00e9e d'avoir besoin de l'aide de la famille pour lancer et soutenir ses propres projets de vie et ses attentes g\u00e9n\u00e9rationnelles \u00e9tait de plus en plus accept\u00e9e. Ainsi, ce que James Petras (1995 : 28-29) appelle \"le syst\u00e8me de protection sociale familiale\" prenait forme, dans le sens o\u00f9 la vie et les attentes de ces personnes pr\u00e9caires \u00e9taient soutenues par la prosp\u00e9rit\u00e9 pass\u00e9e, que ce soit par l'accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 sans hypoth\u00e8que, l'\u00e9pargne et de bonnes pensions, en particulier pour les \"soutiens de famille\".<em>.<\/em> Et, j'ajouterais, pour le service continu des \"grands-m\u00e8res\" dans les t\u00e2ches de soins.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-6.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1600x900\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 7. \u201cPensionistas y f\u00e1bricas\u201d. Fotograf\u00eda tomada en el trabajo de campo 2017-2018. Autor\u00eda: Uzuri Aboitiz.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-6.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 7 : \"Retrait\u00e9s et usines\". Photographie prise lors du travail de terrain 2017-2018. Auteur : Uzuri Aboitiz.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Cependant, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des projets de vie et la n\u00e9cessit\u00e9 de s'appuyer sur la famille ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cues par la plupart d'entre eux avec une certaine frustration, car elles ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues comme une involution des projets de vie et une perte d'autonomie par rapport \u00e0 ce que la vie adulte \u00e9tait cens\u00e9e signifier. Cela \u00e9tait particuli\u00e8rement visible chez Eli et Alex. Par exemple, Eli \u00e9tait frustr\u00e9 de devoir demander quotidiennement des faveurs \u00e0 ses parents et \u00e0 son partenaire pour joindre les deux bouts, tout en exigeant de la famille son devoir d'aide en tant que responsabilit\u00e9 morale naturelle des liens familiaux. Pour Alex, qui a toujours essay\u00e9 de ne pas avoir besoin de l'aide de qui que ce soit, le d\u00e9mant\u00e8lement de l'\u00c9tat-providence et la \"r\u00e9hogarisation\" de la famille sont une source de frustration.<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a> Le fardeau que repr\u00e9sente le maintien de la vie lui donnait l'impression d'\u00eatre profond\u00e9ment d\u00e9pourvu de protection. \"Qui s'occupera de moi quand je serai grand ? m'a-t-il dit un jour avec angoisse, lui qui n'avait pas l'intention d'avoir un partenaire ou des enfants. L'avenir lui paraissait sombre et sans espoir :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je pense que les crises arrivent, et qu'elles seront de plus en plus fr\u00e9quentes, c'est clair pour moi. Qu'adviendra-t-il de nos pensions ? Que ferons-nous lorsque nous serons plus \u00e2g\u00e9s ? Que ferons-nous, continuerons-nous \u00e0 travailler ? Je l'imagine comme un trou noir. Je l'imagine comme aux \u00c9tats-Unis, tout plein de <em>sans-abri<\/em> les rues. C'est quelque chose qui me pr\u00e9occupe beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>En bref, les promesses d'une vie de joie, de plaisir et d'opportunit\u00e9s illimit\u00e9es se sont estomp\u00e9es. Les perspectives d'avenir se r\u00e9duisaient, les r\u00eaves s'amenuisaient et les aspirations diminuaient. Dans sa jeunesse, Alex avait imagin\u00e9 une vie tranquille pour ses vieux jours, o\u00f9 il retournerait \u00e0 l'universit\u00e9 pour le plaisir, tout en r\u00e9pondant \u00e0 ses besoins. Aujourd'hui, cependant, il a l'impression de devoir se contenter de moins et reconna\u00eet que certains de ses r\u00eaves d'avenir commencent \u00e0 \u00eatre subordonn\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Je me souviens que lorsque j'\u00e9tais plus jeune, \u00e0 l'universit\u00e9, j'ai particip\u00e9 au programme Erasmus.<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a> et j'ai rencontr\u00e9 une Su\u00e9doise. \u00c0 l'\u00e9poque, je disais que lorsque je prendrais ma retraite, je retournerais \u00e0 l'universit\u00e9 et que je participerais \u00e0 nouveau \u00e0 Erasmus. Nous avions tous les deux ce projet. Aujourd'hui, je me rends compte que cela n'arrivera pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les p\u00e9riodes de crise ouvrent \u00e9galement des fen\u00eatres temporelles o\u00f9 le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l'avenir se r\u00e9articulent de mani\u00e8re unique, ouvrant de nouvelles voies d'espoir. En effet, en d\u00e9pit d'un avenir perdu, de promesses non tenues, de plans d\u00e9vast\u00e9s et de revers subis sous toutes les formes sociales et mat\u00e9rielles imaginables, de nombreuses personnes avec lesquelles j'ai v\u00e9cu ont conserv\u00e9 l'espoir de maintenir, voire d'am\u00e9liorer, leur niveau de vie. Cette croyance en un avenir meilleur s'est manifest\u00e9e de mani\u00e8re r\u00e9currente par un m\u00e9pris de celui-ci. Toutefois, il ne faut pas confondre cette attitude avec une absence d'id\u00e9es sur ce que l'avenir pourrait leur r\u00e9server, mais plut\u00f4t comme une mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de ne pas se laisser submerger par l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas d'Eli, la croyance en la reprise \u00e9conomique, ou plut\u00f4t en la capacit\u00e9 d'autocorrection du syst\u00e8me, lui a fait comprendre que la pr\u00e9carit\u00e9 actuelle \u00e9tait \"une mauvaise passe\", et il a soulign\u00e9 que \"des temps meilleurs arriveront bient\u00f4t\".<em>. <\/em>Ainsi, bien qu'elle traverse l'une des p\u00e9riodes \u00e9conomiques les plus difficiles de sa vie, Eli est optimiste et pleine d'espoir et consid\u00e8re que l'incertitude est la condition pr\u00e9alable \u00e0 l'espoir. Alex, quant \u00e0 lui, pla\u00e7ait sa confiance dans les changements que les forces de gauche pouvaient apporter aux institutions. Cette foi dans le fait que \"Dieu pourvoira\", sous la forme d'une confiance dans les forces du changement, l'a rassur\u00e9 et l'a rendu quelque peu insouciant quant \u00e0 ses possibilit\u00e9s limit\u00e9es de g\u00e9n\u00e9rer de l'\u00e9pargne. Ana, quant \u00e0 elle, fait confiance \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 progresser, sur la base d'exp\u00e9riences pass\u00e9es au cours desquelles elle a r\u00e9ussi \u00e0 progresser d'une mani\u00e8re ou d'une autre, en affirmant que \"je gagnerai ma vie\". Eli m'a \u00e9galement fait part de ce point de vue \u00e0 d'autres occasions :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"verse\">Avant, je pensais beaucoup \u00e0 demain, toujours \u00e0 demain, \u00e0 demain. Et maintenant, j'ai commenc\u00e9 \u00e0 penser \u00e0 aujourd'hui, \u00e0 aujourd'hui et \u00e0 aujourd'hui. Et je sais que c'est tr\u00e8s typique, mais c'est vrai ; on ne sait pas ce qu'on va vivre, et regardez : j'ai d\u00e9j\u00e0 vu beaucoup de choses, et on sort de tout sauf de la mort, c'est clair. Alors, s'inqui\u00e9ter ?<\/p>\n\n\n\n<p>En bref, il s'agissait d'exercices de confiance. Comme le soulignent Valerie H\u00e4nsch, Lena Kroeker et Silke Oldenburg (2017 : 13), la confiance s'oppose \u00e0 l'incertitude, et c'est peut-\u00eatre ainsi que l'avenir cesse d'\u00eatre quelque peu incertain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Responsabilit\u00e9 familiale et individuelle pour l'avenir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Les moyens de gagner sa vie \u00e0 Errenteria sont aujourd'hui plus individualis\u00e9s, instables et incertains qu'il y a quarante ans, ce qui engendre une pr\u00e9carit\u00e9 mat\u00e9rielle, une non-protection sociale, une anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9motionnelle et une incertitude vitale dans de larges secteurs de la population. En ce sens, faire de l'ethnographie dans une ville d\u00e9sindustrialis\u00e9e comme Errenteria nous permet d'approcher les transformations mat\u00e9rielles et morales qui ont eu lieu avec la fin de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle et des politiques keyn\u00e9siennes de distribution des richesses. On peut supposer que les \u00e9v\u00e9nements de cette \u00e9poque ont d\u00e9j\u00e0 eu un effet durable sur la fa\u00e7on dont les gens per\u00e7oivent et articulent les p\u00e9riodes pass\u00e9es de prosp\u00e9rit\u00e9, l'\u00e8re actuelle de pr\u00e9carit\u00e9 et leurs attentes en mati\u00e8re de reconstruction de leur avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de terrain a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une id\u00e9alisation du pass\u00e9 et des reconfigurations mythiques de ces souvenirs, dans lesquels la pr\u00e9carit\u00e9 et les incertitudes v\u00e9cues par les g\u00e9n\u00e9rations plus \u00e2g\u00e9es, en particulier les femmes, sont omises. Le \"bon vieux temps\" est g\u00e9n\u00e9ralement imagin\u00e9, rem\u00e9mor\u00e9 et transmis comme une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait possible de fa\u00e7onner son propre avenir, par le travail et le sacrifice. Pour la plupart d'entre eux, cette \u00e9poque s'est achev\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 avec la d\u00e9sindustrialisation de la ville. C'est \u00e0 partir de cette signification du pass\u00e9 industriel que les enfants de ces classes populaires comprennent aujourd'hui le sentiment de r\u00e9gression et leur mobilit\u00e9 sociale descendante.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-7.jpg\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1600\u2006\u00d7\u2006900\" data-index=\"0\" data-caption=\"Ilustraci\u00f3n 8. De camino al barrio de Galtzaraborda. Fotograf\u00eda tomada en el trabajo de campo, 2017-2018. Autor\u00eda: Uzuri Aboitiz.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/gutierrez_alvarado-siva-video-1-pieza_arqueologica_de_shiva_penes_con_rostro\/aboitiz-sombras_futuro-7.jpg\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Illustration 8 : Sur le chemin du quartier de Galtzaraborda. Photographie prise lors du travail de terrain, 2017-2018. Auteur : Uzuri Aboitiz.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Cependant, la perception de la r\u00e9gression peut nous conduire \u00e0 l'id\u00e9e un peu simpliste d'un sentiment g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de d\u00e9sespoir, de rupture ou de renoncement \u00e0 construire l'avenir. Or, comme l'a montr\u00e9 cet article, les habitants de cette ville, bien qu'ayant vu leurs trajectoires de vie et leurs promesses de lendemain alt\u00e9r\u00e9es, continuent de lutter pour aller de l'avant et conservent m\u00eame l'espoir de prot\u00e9ger, de maintenir et parfois d'augmenter leur niveau de vie et leur sentiment de dignit\u00e9 ; ce qui remet en cause, au moins, la perception du moment pr\u00e9sent comme une rupture historique irr\u00e9versible. En effet, malgr\u00e9 les incertitudes quotidiennes, mes interlocuteurs continuent d'aspirer \u00e0 \"pouvoir vivre en paix\", ce qui n'est rien d'autre que leur id\u00e9e du \"bien vivre\" avec une certaine s\u00e9curit\u00e9 et protection.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, ce \"pouvoir vivre en paix\" s'accompagne de l'hypoth\u00e8se que ce sera plus difficile que pour la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, par exemple, dans la mesure o\u00f9 il est normalis\u00e9 qu'il est n\u00e9cessaire de travailler et d'endurer plus et dans de moins bonnes conditions, que ce soit sur le lieu de travail ou \u00e0 la maison. D'autre part, le succ\u00e8s dans les attentes biographiques est suppos\u00e9 \u00eatre fondamentalement une responsabilit\u00e9 individuelle ou familiale, ce qui est conforme aux mesures de privatisation des formes de gestion des risques sociaux qui ont eu lieu ces derni\u00e8res ann\u00e9es. En d'autres termes, la d\u00e9responsabilisation de l'\u00c9tat est en quelque sorte accept\u00e9e, ce qui pourrait sugg\u00e9rer que les principes de la pens\u00e9e n\u00e9olib\u00e9rale ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s au cours de cette longue dynamique, tandis que, comme l'affirme Sandra Ezquerra (2012 : 134), il y a eu une transformation des attentes et des droits per\u00e7us par la population en ce qui concerne les services publics ou les biens communs.<\/p>\n\n\n\n<p>En bref, il est largement admis qu'il y a une inflexion dans les attentes et les projets de vie de larges couches sociales. La notion d'aspiration \u00e0 la vie a diminu\u00e9 et certains r\u00eaves et aspirations commencent \u00e0 \u00eatre subordonn\u00e9s et report\u00e9s. L'expression \"le plus t\u00f4t possible\" devient le refrain qui suit de nombreuses conversations sur l'avenir. Le fait est que les changements dans les domaines d'opportunit\u00e9 ont boulevers\u00e9 les attentes cr\u00e9\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9rations, produisant un sentiment de d\u00e9sorientation. Lorsque j'ai interrog\u00e9 mes interlocuteurs sur l'avenir, la plupart d'entre eux ont formul\u00e9 des r\u00eaves plut\u00f4t que des projets. En effet, lorsque j'ai examin\u00e9 de pr\u00e8s la formulation des attentes, l'impr\u00e9cision et l'ind\u00e9termination \u00e0 partir desquelles elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9es sont devenues visibles. Les gens se retrouvent \u00e0 \u00e9voluer entre des mod\u00e8les \u00e9conomiques et des moralit\u00e9s oppos\u00e9s, sauvant ce qui leur est utile afin de s\u00e9curiser leur projet de vie. Ou, comme le dirait David Zeitlyn (2015 : 399), les \" futurs pass\u00e9s \" continuent de projeter des \" ombres \" sur les vies, les r\u00eaves et les d\u00e9sirs des voisins d'Errenteria.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Alonso, Luis E. (2007). <em>La crisis de la ciudadan\u00eda laboral.<\/em> Barcelona: Anthropos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Barcenilla, Miguel \u00c1. (1999). <em>La peque\u00f1a Manchester. Origen y consolidaci\u00f3n de un n\u00facleo industrial gipuzcoano. Errenteria (1845-1905).<\/em> San Sebasti\u00e1n: Diputaci\u00f3n Foral de Gip\u00fazcoa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Barcenilla, Miguel \u00c1. (2004). \u201cEl pasado de Oarsoaldesa. Vivir entre fabricas\u201d. En <em>100 a\u00f1os de desarrollismo en Errenteria y su comarca<\/em>. 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Aportes sobre un debate sobre el conflicto capital-vida.<\/em> Madrid: Traficantes de sue\u00f1os.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Picavea, Pedro (1988). \u201cRenter\u00eda (1975-1986). Las transformaciones demogr\u00e1ficas de un municipio industrial\u201d. <em>Bilduma. Revista del Servicio de Archivo del Ayuntamiento de Errenteria<\/em>, n\u00fam. 2, pp. 9-24.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ruzafa, Rafael (2017). \u201cCaras tristes de un proceso hist\u00f3rico. 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(2003). \u201cCrisis y reconversi\u00f3n de la industria de construcci\u00f3n naval en el Pa\u00eds Vasco\u201d. <em>Ekonomiaz<\/em>, n\u00fam. 54, pp. 53-67.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Villarreal, Magdalena (2008). \u201cDeudas, drogas, fiado y prestado en las tiendas de abarrotes rurales\u201d. <em>Ruris, <\/em>n\u00fam. 1, vol. 2, pp. 99-128.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 Lya Ni\u00f1o y Joshua Greene (2017). \u201cMalabarismos financieros en contextos transfronterizos\u201d, en Magdalena Barros y Agust\u00edn Escobar (coord.), <em>Migraci\u00f3n internacional, interna y en tr\u00e1nsito: actores y procesos.<\/em> Libro 1: <em>Nuevos procesos en la migraci\u00f3n internacional y mercados de trabajo.<\/em> M\u00e9xico: <span class=\"small-caps\">ciesas,<\/span> pp. 81-98.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Williams, Raymond (1977). <em>Marxism and Literature.<\/em> Oxford: Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zeitlyn, David (2015). \u201cLooking Forward, Looking Back\u201d. <em>History and Anthropology,<\/em> vol. 26, n\u00fam. 4, pp. 381\u2013407. https:\/\/doi.org\/10.1080\/02757206.2015.1076813<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\"><em>Uzuri Aboitiz<\/em> est chercheuse pr\u00e9-doctorale sous contrat (2016-2019) en Soci\u00e9t\u00e9 et Culture, domaine de l'Anthropologie associ\u00e9e au Groupe d'\u00e9tudes sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 de l'Universit\u00e9 de Barcelone. Elle a effectu\u00e9 un s\u00e9jour de recherche au cours de l'ann\u00e9e acad\u00e9mique 2018-2019 \u00e0 <span class=\"small-caps\">ciesas<\/span> West, sous l'\u00e9gide du S\u00e9minaire international sur l'anthropologie et l'argent (<span class=\"small-caps\">ade<\/span>), associ\u00e9 au m\u00eame centre et \u00e0 l'Institut pour l'argent, la technologie et l'inclusion financi\u00e8re (<span class=\"small-caps\">imtfi<\/span>). Dans sa recherche doctorale, elle \u00e9tudie la reconfiguration des cadres de signification et des pratiques permettant de gagner sa vie et de construire des projets de vie lors de la transition d'un \u00c9tat fordiste keyn\u00e9sien \u00e0 un \u00c9tat n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Errenteria est historiquement l'un des principaux centres industriels basques, ce qui lui a permis, dans les ann\u00e9es 60 et 70, d'atteindre le plein emploi et la stabilit\u00e9 de l'emploi, en particulier pour l'emploi industriel masculin, jusqu'au milieu des ann\u00e9es 70, lorsque les gouvernements de transition ont commenc\u00e9 \u00e0 restructurer les industries, soi-disant pour se pr\u00e9parer \u00e0 l'entr\u00e9e dans la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne et au d\u00e9fi de la comp\u00e9titivit\u00e9 sur le march\u00e9 libre. La perte de milliers d'emplois a \u00e9t\u00e9 suivie d'une d\u00e9r\u00e9glementation du march\u00e9 du travail qui a entra\u00een\u00e9 une pr\u00e9carisation accrue des conditions de vie, intensifi\u00e9e par la crise financi\u00e8re de 2008 et les politiques d'aust\u00e9rit\u00e9. Dans cet article, je cherche \u00e0 montrer comment, pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations de cette ville, les futurs pass\u00e9s continuent de jeter des ombres sur la mani\u00e8re dont ils envisagent aujourd'hui un avenir marqu\u00e9 par une incertitude croissante. En ce sens, je discute du sens commun du \"retour en arri\u00e8re\", en soulignant que le retour en arri\u00e8re ne semble pas seulement faire allusion \u00e0 l'effritement des r\u00e9alisations des g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es, mais aussi \u00e0 une reconfiguration confuse de ce qu'elles peuvent d\u00e9sormais attendre de l'avenir.<\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[279],"tags":[712,709,707,711,710,708,637],"coauthors":[704,551],"class_list":["post-33940","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-279","tag-ajuste-estructural","tag-desindustrializacion","tag-errenteria","tag-esperanza","tag-incertidumbre","tag-prosperidad","tag-temporalidad","personas-aboitiz-uzuri","numeros-705"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Las sombras de los futuros que ya no son en Errenteria &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"En Errenteria la p\u00e9rdida de miles de puestos de trabajo le sigui\u00f3 una desregulaci\u00f3n del mercado laboral que gener\u00f3 una mayor precarizaci\u00f3n.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/aboitiz-reconfiguraciones-sociales-errenteria\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Las sombras de los futuros que ya no son en Errenteria &#8211; Encartes\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"En Errenteria la p\u00e9rdida de miles de puestos de trabajo le sigui\u00f3 una desregulaci\u00f3n del mercado laboral que gener\u00f3 una mayor precarizaci\u00f3n.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/aboitiz-reconfiguraciones-sociales-errenteria\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Encartes\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2021-03-19T07:06:16+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-11-18T00:19:34+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Sergio Vel\u00e1zquez, Arthur Ventura\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Sergio Vel\u00e1zquez\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"45 minutes\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label3\" content=\"Written by\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data3\" content=\"Sergio Vel\u00e1zquez, Arthur Ventura\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/en\/aboitiz-reconfiguraciones-sociales-errenteria\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/en\/aboitiz-reconfiguraciones-sociales-errenteria\/\"},\"author\":{\"name\":\"Sergio Vel\u00e1zquez\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/5be8636bb6a3e2486cf548bf3c500765\"},\"headline\":\"Las sombras de los futuros que ya no son. 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