{"id":33145,"date":"2020-09-22T05:10:36","date_gmt":"2020-09-22T05:10:36","guid":{"rendered":"https:\/\/encartesantropologicos.mx\/?p=33145"},"modified":"2023-11-17T18:33:32","modified_gmt":"2023-11-18T00:33:32","slug":"olvera-populismo_religion_brasil_mexico","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/olvera-populismo_religion_brasil_mexico\/","title":{"rendered":"Populisme et religion au Br\u00e9sil et au Mexique. Une br\u00e8ve r\u00e9flexion"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">La relation entre le populisme, la religion et la politique est analys\u00e9e, tant sur le plan th\u00e9orique que dans les cas du Br\u00e9sil et du Mexique. Elle commence par une critique de l'article de Joanildo Burity sur le \"peuple pentec\u00f4tiste\" au Br\u00e9sil et la pertinence de l'utilisation de la th\u00e9orie du populisme de Laclau pour expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Les m\u00eames arguments sont ensuite utilis\u00e9s pour analyser, par contraste, le populisme mexicain contemporain, incarn\u00e9 par le pr\u00e9sident Andr\u00e9s Manuel L\u00f3pez Obrador, en soulignant son arri\u00e8re-plan religieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/brasil\/\" rel=\"tag\">Br\u00e9sil<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/mexico\/\" rel=\"tag\">Mexique<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/pentecostalismo\/\" rel=\"tag\">Pentec\u00f4tisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/populismo\/\" rel=\"tag\">populisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/pueblo\/\" rel=\"tag\">village<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"en-title\"><span class=\"small-caps\">populisme et religion au br\u00e9sil et au mexique : une br\u00e8ve r\u00e9flexion<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent en-text\">R\u00e9sum\u00e9 : Ce texte analyse la relation entre le populisme, la religion et la politique, \u00e0 la fois sur le plan th\u00e9orique et dans les cas du Br\u00e9sil et du Mexique. Il commence par critiquer l'article de Joanildo Burity sur le \"peuple pentec\u00f4tiste\" au Br\u00e9sil et sur l'opportunit\u00e9 d'utiliser la th\u00e9orie du populisme de Laclau pour expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Les m\u00eames arguments sont ensuite utilis\u00e9s pour analyser, par contraste, le populisme mexicain contemporain, incarn\u00e9 par le pr\u00e9sident Andr\u00e9s Manuel L\u00f3pez Obrador, en mettant l'accent sur ses ant\u00e9c\u00e9dents religieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"no-indent en-text\">Mots-cl\u00e9s : Populisme, peuple, pentec\u00f4tisme, Br\u00e9sil, Mexique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent translation-block\">&lt;Faire appel \u00e0 une th\u00e9orie du populisme pour expliquer la formation de grands mouvements politiques en temps de crise est tentant, suggestif et m\u00eame n\u00e9cessaire. Divers th\u00e9oriciens de la d\u00e9mocratie ont longtemps soutenu que la d\u00e9mocratie \u00e9voluait toujours entre deux extr\u00eames : la foi et le scepticisme (Oakeshott, 1998), ou la r\u00e9demption et le pragmatisme (Canovan, 1999). L&#039;extr\u00eame croyant est tr\u00e8s proche de la religion, en ce qu&#039;il attribue \u00e0 la volont\u00e9 populaire une capacit\u00e9 instituante qui cr\u00e9e un ordre politique dont les bases morales, dans la modernit\u00e9, reposent sur le principe de la dignit\u00e9 et de l&#039;autonomie humaines (lib\u00e9ralisme) - d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9suppos\u00e9 dans le christianisme - ou, exprim\u00e9 de mani\u00e8re plus cat\u00e9gorique, sur l&#039;\u00e9galit\u00e9 essentielle des hommes (et plus r\u00e9cemment des femmes \u00e9galement). Dans des courants politiques plus contemporains, le principe de justice substantive\/distributive (socialisme) a compl\u00e9t\u00e9 le principe moral de l&#039;\u00e9galit\u00e9 par un pr\u00e9cepte mat\u00e9riel. L&#039;espoir d&#039;\u00e9mancipation pr\u00e9side aux grands r\u00e9cits politiques, une attente plus proche de la foi que de la r\u00e9alit\u00e9. Les grands discours politiques postulent toujours une sorte de refondation, et plus l&#039;acte est grand, plus ses porteurs (les chefs de parti, les dirigeants) ont un pouvoir symbolique. La plupart des hommes politiques et des citoyens des d\u00e9mocraties consolid\u00e9es se situent \u00e0 l&#039;extr\u00eame pragmatique. La dure r\u00e9alit\u00e9 de l&#039;in\u00e9luctabilit\u00e9 du capitalisme (m\u00eame si des r\u00e9gulations meilleures ou pires peuvent lui \u00eatre impos\u00e9es), la pr\u00e9carit\u00e9 et le besoin permanent de renouvellement de l&#039;ordre politique d\u00e9mocratique les obligent \u00e0 adopter une attitude pragmatique face \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s qui refusent d&#039;\u00eatre &quot;refond\u00e9es&quot; par la volont\u00e9 du souverain. Dans cette perspective, la d\u00e9mocratie est per\u00e7ue comme une n\u00e9gociation permanente dans un cadre \u00e9troit d&#039;options.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est logique qu'en p\u00e9riode de crise de l'ordre politique, il faille envisager un grand renouvellement. C'est le moment id\u00e9al pour l'\u00e9mergence de leaders qui offrent des solutions formidables, parfois magiques, aux probl\u00e8mes urgents du pr\u00e9sent. C'est pourquoi les \u00e9tudes sur les formes extraordinaires de leadership, et en particulier sur le populisme en tant que forme de politique, ont une longue g\u00e9n\u00e9alogie, tout comme le ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame.<sup><a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>La relation entre le populisme et la religion est une relation d'affinit\u00e9 \u00e9lective, comme le dirait Weber. Les leaders populistes pr\u00e9sentent de grandes actions et font appel \u00e0 des principes identitaires primordiaux, presque toujours fond\u00e9s sur la religion, comprise comme la base de la culture nationale et\/ou comme le fondement moral de la r\u00e9cup\u00e9ration de la politique (Arato, 2017). Par cons\u00e9quent, les \u00c9glises entretiennent une relation particuli\u00e8re avec les populistes : elles appr\u00e9cient leur foi, soutiennent leur cause, autorisent l'utilisation de tropes religieux dans le langage politique et recherchent des avantages pour leurs fid\u00e8les, mais lorsqu'il s'agit d'exercer le pouvoir, elles sont confront\u00e9es \u00e0 des dilemmes \u00e9thiques et \u00e0 des situations inconfortables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le populisme se situe \u00e0 la \"p\u00e9riph\u00e9rie\" de la d\u00e9mocratie, \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 r\u00e9demptrice. Il est en tension constante avec elle, il est \u00e0 ses limites. Il na\u00eet dans la d\u00e9mocratie, mais ses institutions lui font obstacle. Le populisme a une relation similaire avec la religion : il fait appel \u00e0 son imagerie, \u00e0 ses principes, mais n'accepte pas l'ing\u00e9rence des \u00e9glises dans les affaires terrestres.<\/p>\n\n\n\n<p>L'axe symbolique du populisme est pr\u00e9cis\u00e9ment \"le peuple\". Sa d\u00e9finition est essentielle, car elle \u00e9tablit les distinctions entre amis et ennemis dans l'ar\u00e8ne politique. Ce sont les leaders populistes qui d\u00e9finissent qui est le peuple. Mais dans certains processus politiques, la construction d'une identit\u00e9 politique \u00e0 partir du champ religieux peut impliquer l'utilisation de la cat\u00e9gorie du peuple (De la Torre, 2015). Il convient de se demander si l'autodescription d'un groupe social en tant que \"peuple\" \u00e0 partir d'une base religieuse est \u00e9galement un exercice valable d'un point de vue sociologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article aborde cette discussion et tente de contribuer \u00e0 la compr\u00e9hension de la relation entre populisme, religion et politique, \u00e0 la fois sur le plan th\u00e9orique et en appliquant la r\u00e9flexion aux cas du Br\u00e9sil et du Mexique. \u00c9videmment, ce bref exercice est tr\u00e8s basique et rel\u00e8ve plus de la provocation qu'autre chose. Le texte se compose de deux parties. Dans la premi\u00e8re, une lecture critique de l'article principal de la<em> dossier <\/em>de ce num\u00e9ro, celle de Joanildo Burity sur \"le peuple pentec\u00f4tiste\" au Br\u00e9sil. Comme l'auteur s'appuie sur la th\u00e9orie du populisme de Laclau, la discussion nous oblige \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux interpr\u00e9tations du populisme et \u00e0 leur pertinence pour expliquer le cas des mouvements pentec\u00f4tistes au Br\u00e9sil. La deuxi\u00e8me partie utilise les arguments pr\u00e9sent\u00e9s dans la premi\u00e8re partie pour analyser, par contraste, le populisme mexicain contemporain, incarn\u00e9 par le pr\u00e9sident Andr\u00e9s Manuel L\u00f3pez Obrador, en soulignant son arri\u00e8re-plan religieux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les \"pentec\u00f4tistes\" au Br\u00e9sil<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">L'article de Joanildo Burity est une excellente analyse du processus de transformation d'un groupe de sectes \u00e9vang\u00e9liques en une sorte de \"village politique\". Burity s'appuie sur la th\u00e9orie du populisme d'Ernesto Laclau pour expliquer la trajectoire complexe et contradictoire d'\u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques multiples et politiquement plurielles qui, en l'espace de plusieurs d\u00e9cennies, sont devenues un mouvement social. Ce processus a r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er une identit\u00e9 collective partag\u00e9e qui, dans des circonstances historiques extraordinaires, comme la crise du gouvernement du Parti des travailleurs en 2016, a conduit, au moins partiellement, \u00e0 la cr\u00e9ation d'un sentiment collectif d'appartenance \u00e0 un \"peuple\". Certes, Burity ne pr\u00e9tend pas que les pentec\u00f4tistes sont <em>sur<\/em> peuple, mais une partie d'une entit\u00e9 plus abstraite qui, pour l'instant, s'est exprim\u00e9e principalement en termes n\u00e9gatifs par le rejet ouvert de l'\u00e9lite politique br\u00e9silienne dans son ensemble lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2018, et par le soutien risqu\u00e9 \u00e0 un leader totalement improbable et fortuit comme Jair Bolsonaro.<\/p>\n\n\n\n<p>Burity place l'\u00e9mergence et la consolidation des \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques en Am\u00e9rique latine dans le contexte plus large de l'imposition du n\u00e9olib\u00e9ralisme dans la r\u00e9gion et de la pluralisation politique engendr\u00e9e par la d\u00e9mocratisation. Ces \u00e9glises ont progress\u00e9 de pair avec la crise sociale et morale cr\u00e9\u00e9e par le nouvel ordre \u00e9conomique et politique. D'une part, le n\u00e9olib\u00e9ralisme a bris\u00e9 les anciennes formes de solidarit\u00e9 horizontale populaire et cr\u00e9\u00e9 une nouvelle crise sociale et morale. <em>d\u00e9monstrations<\/em> fragment\u00e9e, dont l'expression sociod\u00e9mographique maximale se trouve dans les bidonvilles chaotiques qui caract\u00e9risent les villes latino-am\u00e9ricaines. C'est dans ces contextes sociaux, o\u00f9 les gens vivent dans les conditions les plus pr\u00e9caires et souffrent de la rupture des relations de solidarit\u00e9 traditionnelles, que les \u00e9glises pentec\u00f4tistes ont r\u00e9ussi \u00e0 prosp\u00e9rer en offrant un espace d'entraide collective, la construction de r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 interpersonnelle - m\u00eame s'ils sont momentan\u00e9s ou fugaces - et une id\u00e9ologie qui revalorise les attitudes et les principes conservateurs en tant que fondement de la r\u00e9ussite dans la vie. Cette explication anthropologique aborde la partie du probl\u00e8me qui concerne les causes de la croissance de ces \u00e9glises dans des contextes d\u00e9mocratiques dans lesquels il existe hypoth\u00e9tiquement une offre politique multiple et des r\u00e9seaux client\u00e9listes qui sont activ\u00e9s au moins \u00e0 chaque \u00e9lection. En effet, bien que les conditions objectives soient favorables au d\u00e9ploiement d'institutions alternatives productrices de solidarit\u00e9 et d'identit\u00e9 collective, telles que les \u00e9glises pentec\u00f4tistes, cela ne suffit pas \u00e0 expliquer leur d\u00e9veloppement gigantesque au Br\u00e9sil et dans certains pays d'Am\u00e9rique centrale, o\u00f9 elles ont acquis un grand pouvoir \u00e9conomique et politique.<\/p>\n\n\n\n<p>L'article reconna\u00eet cette croissance, mais ne l'explique pas. Le fait que dans d'autres pays d'Am\u00e9rique latine les \u00e9glises pentec\u00f4tistes ne soient pas aussi centrales implique qu'il doit y avoir des facteurs sp\u00e9cifiques dans chaque pays qui expliquent la nature de ce processus. Du moins dans cet article, nous ne trouvons pas une telle explication, qui est li\u00e9e \u00e0 la fois \u00e0 la pr\u00e9sence territoriale de certains acteurs et \u00e0 l'absence d'autres acteurs, tels que l'\u00c9tat et l'\u00c9glise catholique.<\/p>\n\n\n\n<p>Burity analyse la politisation croissante des \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques, c'est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont elles se sont progressivement int\u00e9gr\u00e9es dans l'ar\u00e8ne politique jusqu'\u00e0 devenir une force presque h\u00e9g\u00e9monique au sein du camp conservateur, du moins lors des derni\u00e8res \u00e9lections pr\u00e9sidentielles au Br\u00e9sil. L'auteur part du principe que l'autonomisation de ces \u00e9glises peut s'expliquer par leur succ\u00e8s dans la constitution d'un \"peuple \u00e9vang\u00e9lique\", dans \"l'\u00e9mergence \u00e9vang\u00e9lique en tant que construction d'un \"peuple \u00e9vang\u00e9lique\"\", dans \"l'\u00e9mergence \u00e9vang\u00e9lique en tant que construction d'un \"peuple \u00e9vang\u00e9lique\"\". <em>nouvelle subjectivit\u00e9 politique<\/em>\"c'est-\u00e0-dire dans la construction d'un nouveau peuple. Ou encore dans la re-h\u00e9g\u00e9monisation du peuple. Non pas dans son origine, mais dans son destin. D'abord, par la revendication d'une appartenance l\u00e9gitime au peuple-nation (l'anticatholicisme et la revendication du lexique des droits de citoyennet\u00e9 en sont les principaux mouvements). Ensuite, surtout depuis cinq ou six ans (nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es 2020), en s'assumant comme un sujet politique constitu\u00e9, avec l'intention de red\u00e9finir le peuple-nation en tant qu'entit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile. <em>personnes \u00e9vang\u00e9liques<\/em> (Burity).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les lecteurs peu familiers de l'histoire br\u00e9silienne, il est difficile de comprendre la taille et la diversit\u00e9 des \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques, leur r\u00e9partition territoriale et leur p\u00e9n\u00e9tration sociale au-del\u00e0 des quartiers populaires des villes br\u00e9siliennes (Kingstone et Power, 2017). En r\u00e9alit\u00e9, le march\u00e9 pentec\u00f4tiste est fragment\u00e9 et concurrentiel, car ces \u00e9glises n'ont pas d'autorit\u00e9 centrale ni de doctrine unifi\u00e9e. Il est donc difficile de comprendre comment il est possible d'arriver \u00e0 un point o\u00f9 les diff\u00e9rentes \u00e9glises semblent converger vers le m\u00eame projet politique et faire partie d'un gouvernement d'extr\u00eame droite dont le pr\u00e9sident contredit dans chaque mot et dans chaque acte les principes religieux qui sous-tendent l'identit\u00e9 pentec\u00f4tiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour expliquer ce paradoxe apparent, qui n'est pas propre au Br\u00e9sil, mais peut \u00e9galement \u00eatre observ\u00e9 dans les \u00c9tats-Unis de Donald Trump et l'Inde de Narendra Modi, l'auteur se tourne vers Laclau (2005) pour expliquer comment un projet commun est discursivement construit \u00e0 partir d'\u00e9l\u00e9ments disparates et logiquement incoh\u00e9rents. En effet, la th\u00e9orie de Laclau offre une explication des fondements psychologiques, sociologiques et politiques sur lesquels repose le populisme. Le populisme est, selon Laclau, une forme de politique tellement basique et r\u00e9pandue aujourd'hui que le philosophe argentin finit par consid\u00e9rer que le populisme est <em>les<\/em> politique de notre temps. L'argument est que face \u00e0 l'effondrement de la l\u00e9gitimit\u00e9 des partis politiques, et compte tenu de la fragmentation de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste contemporaine, il n'est plus possible de d\u00e9velopper une politique d\u00e9mocratique par le biais de la repr\u00e9sentation des partis. La fragmentation du social ne peut \u00eatre surmont\u00e9e que par une condensation symbolique construite par des moyens discursifs et par l'action dans le champ politique d'un leader fort qui unifie le camp populaire. Cette unit\u00e9 fictive est construite sur la base d'une demande r\u00e9elle ou d'un ensemble de demandes \u00e9manant d'une partie de la soci\u00e9t\u00e9, puis, par un processus discursif, transforme cette particularit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, c'est-\u00e0-dire cette partie en un tout. Ce m\u00e9canisme discursif n\u00e9cessite l'existence d'un \"signifiant vide\", c'est-\u00e0-dire une revendication ou une expression politique qui canalise et synth\u00e9tise toutes les partialit\u00e9s, qui r\u00e9sume le sentiment majoritaire dans une expression concr\u00e8te. \u00c0 cette fin, ce signifiant vide est articul\u00e9 par une \"cha\u00eene d'\u00e9quivalences\" avec les demandes et discours particuliers de chaque groupe ou secteur. Ce signifiant vide peut \u00eatre n'importe quelle revendication, en fonction des circonstances historiques : le sauvetage de la nation, la fiert\u00e9 patriotique, la justice sociale, la lutte contre la corruption, le rejet des \u00e9lites, le sauvetage et la d\u00e9fense des principes moraux traditionnels, etc. Une fois le signifiant vide d\u00e9fini, un champ politique d'amis et d'ennemis est construit. Les premiers sont ceux qui composent le peuple, les seconds sont ceux qui s'opposent \u00e0 sa r\u00e9ussite et constituent l'ennemi \u00e0 abattre.<sup><a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a><\/sup> Le probl\u00e8me est que quelqu'un doit \u00e9noncer ce signifiant vide. Et pour que cet \u00e9nonciateur soit en m\u00eame temps le repr\u00e9sentant de l'unit\u00e9 du divers, il ou elle doit \u00eatre li\u00e9(e) \u00e0 la population autrement dispers\u00e9e par des moyens affectifs, \u00e9tablissant un lien affectif qui remplace l'octroi rationnel de la repr\u00e9sentation. Le leader devient ainsi l'incarnation d'une sorte de volont\u00e9 populaire diffuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e9orie a un effet n\u00e9gatif sur la d\u00e9mocratie. D'une part, son diagnostic de la politique la r\u00e9duit \u00e0 un exercice discursif d'\u00e9nonciation d'une ou de quelques phrases\/demandes qui synth\u00e9tisent la complexit\u00e9 des besoins sociaux en faisant appel non pas \u00e0 la raison mais \u00e0 l'\u00e9motion. Le lien repr\u00e9sentatif, fondement de la d\u00e9mocratie et, en g\u00e9n\u00e9ral, de l'association et de la participation, c'est-\u00e0-dire de la d\u00e9mocratie et de la politique \u00e0 partir de la soci\u00e9t\u00e9, est abandonn\u00e9 en raison d'une sorte d'obsolescence dans nos d\u00e9mocraties tardives. La repr\u00e9sentation implique l'exercice d'un pouvoir limit\u00e9 (quelqu'un est \u00e9lu pour faire quelque chose pendant une p\u00e9riode donn\u00e9e) et un m\u00e9canisme de contr\u00f4le ou de responsabilit\u00e9, m\u00eame s'il s'agit d'un m\u00e9canisme de contr\u00f4le. <em>postfactum<\/em>Cette derni\u00e8re peut \u00eatre obtenue soit par des \u00e9lections, soit par l'activation d'autres m\u00e9canismes de contr\u00f4le (de la division des pouvoirs \u00e0 la pression de l'opinion publique (Pitkin, 1967)). Urbinati (2014), par exemple, d\u00e9finit la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative comme une articulation de la volont\u00e9 (<em>volont\u00e9<\/em>), exprim\u00e9e par la d\u00e9cision \u00e9lectorale, et l'opinion, c'est-\u00e0-dire les modalit\u00e9s de contr\u00f4le des dirigeants \u00e9lus par la critique. L'essentiel est l'existence d'un rapport de force et d'une sph\u00e8re publique critique. La th\u00e9orie de Laclau se passe de l'opinion, d\u00e9clare que la politique n'est que volont\u00e9, et que cette volont\u00e9 est finalement celle du leader qui incarne la volont\u00e9 populaire qu'il est le seul \u00e0 pouvoir exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Laclau revient ainsi aux critiques de Carl Schmitt (1991) sur la R\u00e9publique de Weimar, \u00e0 son concept du politique comme d\u00e9finition des amis et des ennemis, et \u00e0 son id\u00e9e que l'identit\u00e9 entre le leader et le peuple est l'essence m\u00eame de la d\u00e9mocratie. Laclau ajoute une th\u00e9orie du discours articul\u00e9 \u00e0 sa th\u00e9orie post-gramscienne de l'h\u00e9g\u00e9monie afin de recycler Schmitt en lui donnant un voile \"rationnel\". Ce faisant, il pense jeter les bases d'une nouvelle politique \"radicale\", ce qui n'est le cas que dans la mesure o\u00f9 l'effet net le plus probable d'une telle politique est la destruction de la d\u00e9mocratie elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Laclau souligne le potentiel inclusif du populisme et, en ce sens, son caract\u00e8re d\u00e9mocratisant. Les leaders populistes donnent une voix aux sans-voix, ils parlent au nom de ceux que personne n'\u00e9coute. Ce qui distingue le populisme contemporain, c'est qu'il \u00e9merge au sein de la d\u00e9mocratie, il est l'un de ses produits, une sorte de correctif \u00e0 ses exc\u00e8s ou \u00e0 ses d\u00e9ficits (Canovan, 2005 ; Urbinati, 2019). Arditti (2014) dit que le populisme se situe \" aux bords du lib\u00e9ralisme \", pour noter que ce type de politique se situe aux limites de la d\u00e9mocratie. Il \u00e9merge en son sein, y vit, mais entre en conflit avec elle et, dans les cas extr\u00eames, la met en danger, comme le confirment les cas du Venezuela (o\u00f9 le populisme chaviste a d\u00e9bouch\u00e9 sur une dictature destructrice) et de la Hongrie, o\u00f9 V\u00edktor Orb\u00e1n a annul\u00e9 le parlement et le pouvoir judiciaire, pers\u00e9cut\u00e9 les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile et instaur\u00e9 un r\u00e9gime unipersonnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective th\u00e9orique, on pourrait penser, tout d'abord, que les \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques ne peuvent pas \u00eatre le vecteur de la formation d'un discours qui parvienne \u00e0 articuler d'autres discours et d'autres acteurs. Leurs valeurs religieuses ne sont en aucun cas un signifiant vide suffisant pour cr\u00e9er un front social politiquement unifi\u00e9, du moins dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales contemporaines, o\u00f9 il existe une certaine pluralit\u00e9 religieuse et politique, et qui sont g\u00e9n\u00e9ralement assez la\u00efques. Il y a eu des moments historiques et il y a des pays dans lesquels une religion peut devenir un \u00e9l\u00e9ment central d'une sorte de signifiant vide, comme l'hindouisme fondamentaliste de Narendra Modi ou le catholicisme conservateur des dirigeants politiques polonais. Mais dans les deux cas, il s'agit de religions v\u00e9ritablement h\u00e9g\u00e9moniques, historiquement constitu\u00e9es dans le territoire et la culture nationale. Le pentec\u00f4tisme n'est pas h\u00e9g\u00e9monique au Br\u00e9sil et pourrait ne l'\u00eatre dans aucun autre pays d'Am\u00e9rique latine \u00e0 ce jour.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie de Laclau est une th\u00e9orie de l'h\u00e9g\u00e9monie, c'est-\u00e0-dire une th\u00e9orie qui pr\u00e9suppose qu'une certaine articulation discursive parvient \u00e0 \u00eatre reconnue comme l'axe de la moralit\u00e9 publique et d'un projet politique majoritaire. Le pentec\u00f4tisme en tant qu'expression religieuse ne peut \u00eatre l'axe d'articulation d'un discours h\u00e9g\u00e9monique dans les soci\u00e9t\u00e9s latino-am\u00e9ricaines d'aujourd'hui. Burity n'essaie pas de nous convaincre de cela, mais plut\u00f4t que les pentec\u00f4tistes sont \"devenus un peuple\", ce qu'il comprend plus comme un mouvement identitaire avec une repr\u00e9sentation politique. Mais dans la th\u00e9orie populiste, il n'y a pas de place pour plusieurs peuples, il n'y en a qu'un. C'est pr\u00e9cis\u00e9ment la raison d'\u00eatre du populisme. Par cons\u00e9quent, parler d'un \"peuple pentec\u00f4tiste\" dans la th\u00e9orie de Laclau semble \u00eatre une contradiction logique. \u00c0 un moment donn\u00e9, les pentec\u00f4tistes peuvent faire partie du peuple et leurs revendications peuvent avoir \u00e9t\u00e9 partiellement exprim\u00e9es dans le cadre de la cha\u00eene d'\u00e9quivalences au sein d'un signifiant vide construit par quelqu'un d'autre. La participation active des pentec\u00f4tistes, \u00e0 travers leurs diff\u00e9rentes formations politiques, au mouvement qui a port\u00e9 Jair Bolsonaro \u00e0 la pr\u00e9sidence du Br\u00e9sil est un acte circonstanciel, le produit d'une conjoncture politique particuli\u00e8re, qui, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'il en est ainsi, ne constitue pas une base solide pour une nouvelle h\u00e9g\u00e9monie potentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, comme l'explique l'auteur lui-m\u00eame, c'est la crise h\u00e9g\u00e9monique du Parti des travailleurs qui a ouvert une br\u00e8che politique qui a conduit \u00e0 un vide de leadership et \u00e0 une crise organique du syst\u00e8me politique. En 2013, les gigantesques manifestations des citoyens br\u00e9siliens dans toutes les grandes villes du pays annon\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 l'\u00e9puisement des capacit\u00e9s h\u00e9g\u00e9moniques du Parti des travailleurs. <span class=\"small-caps\">pt<\/span>. Le parti historique de la gauche br\u00e9silienne, le plus grand parti de masse d'Am\u00e9rique latine, le parti qui a promu l'exp\u00e9rimentation d\u00e9mocratique la plus pouss\u00e9e de la r\u00e9gion, a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s lors rejet\u00e9 par une partie croissante de la population parce qu'il n'avait pas r\u00e9pondu aux attentes d'am\u00e9lioration continue des conditions de vie des classes populaires et moyennes, et avait au contraire institutionnalis\u00e9 un syst\u00e8me politique fond\u00e9 sur l'\u00e9change de faveurs et la corruption syst\u00e9mique. Il faut dire que ce syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9 pendant des d\u00e9cennies, car c'\u00e9tait le seul moyen de construire la stabilit\u00e9 politique dans un pays o\u00f9 les \u00e9lites r\u00e9gionales conservaient un droit de veto sur tous les gouvernements f\u00e9d\u00e9raux (Avritzer, 2016). Paradoxalement, la d\u00e9mocratisation m\u00eame de la vie publique favoris\u00e9e par la <span class=\"small-caps\">pt<\/span> a permis l'utilisation politique des scandales de corruption qui n'en finissaient pas pour construire progressivement une image de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">pt<\/span> comme le promoteur de tout ce que les conservateurs consid\u00e8rent comme des \"p\u00e9ch\u00e9s politiques\" : la corruption, le multiculturalisme, la tol\u00e9rance \u00e0 l'\u00e9gard de la diversit\u00e9 sexuelle, l'autonomisation tr\u00e8s relative des femmes. Dans les classes moyennes, l'incoh\u00e9rence d'un discours fond\u00e9 sur la justice et la participation avec une pratique de la politique fond\u00e9e sur la corruption, qui, pour ancienne et traditionnelle qu'elle soit, devait continuer \u00e0 \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e (Avritzer et Filgueiras, 2012 ; Power et Taylor, 2011), a pes\u00e9 lourdement sur les classes moyennes.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, de multiples facteurs expliquent cette crise structurelle du syst\u00e8me politique br\u00e9silien, qui n'\u00e9tait pas seulement une crise de l'\u00e9conomie de march\u00e9. <span class=\"small-caps\">pt<\/span>Les partis politiques qui composaient le r\u00e9gime d\u00e9mocratique dysfonctionnel et sa conception constitutionnelle elle-m\u00eame ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s. C'est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'il s'agissait de la fin d'une \u00e9poque qu'il \u00e9tait facile d'articuler une critique de l'ordre existant de type populiste traditionnel : \"mort \u00e0 l'oligarchie politique qui nous gouverne ; dehors l'\u00e9lite corrompue ; assez de subvertir les principes moraux de la soci\u00e9t\u00e9\". En d'autres termes, il \u00e9tait facile de construire un ennemi identifiable : l'\u00e9lite politique dans son ensemble et ses alli\u00e9s intellectuels et culturels, oppos\u00e9s \u00e0 un bon peuple, d\u00e9positaire des r\u00e9serves morales d\u00e9truites par la politique. Pour ne rien arranger, la guerre civile interne de la classe politique br\u00e9silienne entre 2015 et 2018 s'est sold\u00e9e par son autodestruction, ce qui a ouvert la porte \u00e0 un leader opportuniste issu de la classe politique elle-m\u00eame, mais toujours marginal en son sein, qui a su tirer parti de l'\u00e9norme vide de leadership et articuler politiquement un mouvement de protestation anti-politique, d\u00e9pourvu de programme, qui ne repr\u00e9sentait qu'un sentiment d'ennui, un rejet presque irrationnel de la politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pentec\u00f4tistes n'ont pas jou\u00e9 un r\u00f4le central dans ce processus, mais ils ont rejoint le gouvernement issu de ces \u00e9lections extraordinaires. Depuis de nombreuses ann\u00e9es, le Br\u00e9sil compte des maires, des d\u00e9put\u00e9s, des s\u00e9nateurs, des ministres et des gouverneurs pentec\u00f4tistes. L'insertion de ces \u00e9glises dans la politique remonte \u00e0 pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies et s'est accrue \u00e0 mesure que la crise politique s'aggravait. Rappelons qu'au Br\u00e9sil, on dit que les principaux bancs parlementaires peuvent \u00eatre class\u00e9s comme suit <em>trois b<\/em>La coalition \u00e9tait compos\u00e9e du b\u0153uf (les \u00e9leveurs), de la Bible (les pentec\u00f4tistes) et de la balle (les militaires). Cette coalition ultra-conservatrice a oppos\u00e9 son veto aux initiatives les plus audacieuses d'un gouvernement plut\u00f4t risqu\u00e9 et tr\u00e8s pragmatique. <span class=\"small-caps\">pt<\/span> et ont ouvert la porte au populisme de Bolsonaro en conspirant pour organiser un coup d'\u00c9tat douteusement l\u00e9galis\u00e9 contre la pr\u00e9sidente Dilma Rousseff, en favorisant l'emprisonnement de l'ancien pr\u00e9sident Lula, en alimentant la polarisation politique du pays et en d\u00e9truisant les garanties institutionnelles qui prot\u00e9geaient la constitution d\u00e9mocratique de 1988 (Avritzer, 2016). Tout au long de ce processus, les pentec\u00f4tistes ont agi politiquement non pas en tant que \"peuple\", mais guid\u00e9s par les m\u00eames dirigeants pragmatiques qui avaient autrefois soutenu et particip\u00e9 aux gouvernements de Fernando Henrique Cardoso, Lula et Rousseff depuis le parlement, et qui, dans les nouvelles circonstances, ont jug\u00e9 bon de passer dans le camp oppos\u00e9, d'abord pour des raisons de commodit\u00e9 politique, et ensuite en raison d'une certaine affinit\u00e9 id\u00e9ologique avec Bolsonaro.<\/p>\n\n\n\n<p>Le populisme de Jair Bolsonaro est tout sauf apparent\u00e9 au pentec\u00f4tisme, sauf dans sa d\u00e9fense du patriarcat et son opposition \u00e0 l'avortement et au mariage \u00e9galitaire. Bolsonaro tente ouvertement de d\u00e9truire la R\u00e9publique, en appelant \u00e0 la fermeture du Congr\u00e8s, o\u00f9 son groupe parlementaire ne dispose que de 10% des si\u00e8ges, \u00e0 la r\u00e9vocation de la Cour supr\u00eame de justice, car il craint qu'elle ne poursuive un jour ses enfants (soup\u00e7onn\u00e9s du meurtre d'une conseill\u00e8re municipale noire et lesbienne de Rio de Janeiro) et lui-m\u00eame, et il appelle ouvertement \u00e0 un coup d'\u00c9tat militaire, en r\u00e9interpr\u00e9tant la dictature militaire de 1964-1986 comme un \"\u00e2ge d'or\". Il s'est mari\u00e9 plusieurs fois et a affich\u00e9 un m\u00e9pris pour les femmes, les Indiens, la nature et la vie des pauvres que personne au Br\u00e9sil n'a jamais os\u00e9 exprimer dans un discours public. Cet ancien militaire putschiste et proto-fasciste peut-il \u00eatre le leader d'un \"peuple pentec\u00f4tiste\" ? Le \"signifiant vide\" que Bolsonaro a utilis\u00e9 pour gagner la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique \u00e9tait un ensemble bien connu de valeurs anti-\u00e9lites et moralement conservatrices : \"mort aux corrompus\", \"\u00e0 bas les \u00e9lites politiques\", \"l'ordre moral et la fin de la tol\u00e9rance \u00e0 l'\u00e9gard des <em>gays<\/em>\"Le Br\u00e9sil d'abord, le monde ensuite\", \"Dieu et la force pour mettre fin \u00e0 la criminalit\u00e9\". Sur le plan de la performance, Bolsonaro a jou\u00e9 le r\u00f4le du leader macho, militariste et provocateur qui va au-dessus de tout et de tous. Il est tr\u00e8s difficile d'attribuer une aur\u00e9ole c\u00e9leste \u00e0 un tel leader.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus important encore, du point de vue de la th\u00e9orie de Laclau, le \"peuple pentec\u00f4tiste\" n'a pas le leadership unifi\u00e9 qui donnerait un sens \u00e0 sa mission. Il existe en effet des pasteurs tr\u00e8s puissants. L'un d'entre eux poss\u00e8de un gigantesque r\u00e9seau de t\u00e9l\u00e9vision, et beaucoup d'autres ont leurs propres m\u00e9dias, en particulier des stations de radio. Les pasteurs pentec\u00f4tistes ont compris mieux que quiconque l'importance des m\u00e9dias \u00e0 l'\u00e8re de la \"d\u00e9mocratie de l'audience\", comme la caract\u00e9rise Manin (1998). Mais aucun ne se reconna\u00eetrait dans un leader unique. Et si ce leader venait de l'ext\u00e9rieur, il ou elle transcenderait les fronti\u00e8res du \"peuple pentec\u00f4tiste\". Plus important encore, les pentec\u00f4tistes ne sont pas \u00e9trangers au syst\u00e8me politique. Leurs pasteurs principaux ont \u00e9t\u00e9 des politiciens professionnels pendant de nombreuses ann\u00e9es et poss\u00e8dent des entreprises florissantes. Ils ont cr\u00e9\u00e9 des \u00e9coles, des universit\u00e9s, des h\u00f4pitaux et des entreprises en tirant parti de leur pouvoir politique. Ils ont cr\u00e9\u00e9 non seulement des r\u00e9seaux religieux, mais aussi un vaste empire de m\u00e9c\u00e9nat. Ce faisant, ils ont depuis longtemps cess\u00e9 d'\u00eatre marginalis\u00e9s. En termes plus conventionnels, les pentec\u00f4tistes sont devenus un r\u00e9seau de groupes de pression dot\u00e9s d'une grande capacit\u00e9 de repr\u00e9sentation politique et de plaidoyer. C'est pourquoi il manque une \u00e9tude sur les leaderships religieux pentec\u00f4tistes et leur r\u00f4le de m\u00e9diateurs entre l'espace religieux priv\u00e9 et l'espace public-politique.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00f4t ou tard, les pentec\u00f4tistes devront se s\u00e9parer de ce leader, Jair Bolsonaro, qui a propos\u00e9 de mettre Dieu en premier pour cr\u00e9er l'enfer sur terre. Ce faisant, le \"peuple pentec\u00f4tiste\" devra transcender la sph\u00e8re priv\u00e9e comme source de son action publique (la d\u00e9cence, la poursuite du succ\u00e8s \u00e9conomique, la d\u00e9fense du patriarcat, etc.) pour agir en d\u00e9fense de l'int\u00e9r\u00eat public dans la sph\u00e8re publique : le respect de la loi, des droits de l'homme et, en fin de compte, de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pour contraster : le populisme de L\u00f3pez Obrador et ses connotations religieuses<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">Je pars ici d'un argumentaire pr\u00e9sent\u00e9 par Andrew Arato dans plusieurs textes (Arato, 2013 ; Arato et Cohen, 2017). Tout d'abord, il faut rappeler que la d\u00e9mocratie est, symboliquement, une rupture avec l'ancien ordre pr\u00e9-moderne, qui fondait sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur le caract\u00e8re divin de l'investiture des monarques. Claude Lefort (1990) part d'une critique de la conception m\u00e9di\u00e9vale des \"deux corps du roi\" (Kantorowicz, 1981). L'un \u00e9tait la repr\u00e9sentation divine (th\u00e9ologique), donn\u00e9e par la b\u00e9n\u00e9diction papale et la succession nobiliaire appropri\u00e9e, et l'autre \u00e9tait l'homme physique, r\u00e9gnant, terrestre, qui h\u00e9ritait du tr\u00f4ne (s\u00e9culier). Le pouvoir \u00e9tait d\u00e9tenu par un homme (ou une femme) qui n'avait de comptes \u00e0 rendre \u00e0 personne. La d\u00e9sacralisation du pouvoir induite par la d\u00e9mocratie suppose que le pouvoir devienne un lieu \"vide\". Il n'est plus occup\u00e9 par un souverain absolu, il n'y a plus de l\u00e9gitimit\u00e9 divine, plus de permanence ind\u00e9finie sur le tr\u00f4ne. Le pouvoir est temporairement occup\u00e9 par un homme ou une femme aux contr\u00f4les divers et aux capacit\u00e9s juridiquement et politiquement limit\u00e9es. Symboliquement, la reconnaissance de la pluralit\u00e9 et la division de la soci\u00e9t\u00e9 sont institu\u00e9es. Il n'y a plus de soci\u00e9t\u00e9 organique, mais une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e de sujets et de corporations semi-autonomes. On ne trouve plus un \"peuple\" unifi\u00e9 par le double corps du roi, mais un peuple diversifi\u00e9 et dispers\u00e9 qui se gouverne au moyen de m\u00e9canismes qui impliquent une repr\u00e9sentation temporaire, toujours en mouvement. C'est l'id\u00e9al, aussi illusoire que celui du pouvoir absolu du monarque, qui n'a jamais exist\u00e9 non plus. Mais le principe moral et juridique de la d\u00e9mocratie est bien d\u00e9crit par le trope de la vacuit\u00e9 du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9mocratie n'a jamais tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 nulle part, mais, comme les Mexicains le savent bien par exp\u00e9rience, nous aspirons tous, d'une mani\u00e8re ou d'une autre, \u00e0 la rapprocher au moins un peu de l'id\u00e9al. La longue lutte pour la d\u00e9mocratie dans tous les pays et les d\u00e9nonciations incessantes de l'autoritarisme sous toutes ses formes refl\u00e8tent le fait que l'aspiration \u00e0 la libert\u00e9, au bien-\u00eatre et \u00e0 la justice n\u00e9cessite la mise en place de contr\u00f4les du pouvoir, dont le plus fondamental est la possibilit\u00e9 de se d\u00e9barrasser d'un dirigeant en temps voulu. Des \u00e9lections comp\u00e9titives sont donc essentielles. Mais la d\u00e9mocratie ne se r\u00e9sume pas \u00e0 cela, car elle suppose une s\u00e9rie de contre-pouvoirs formels et informels, qui impliquent l'existence d'autres pouvoirs et d'espaces publics permettant aux citoyens d'exprimer leur d\u00e9saccord.<\/p>\n\n\n\n<p>La critique populiste de la d\u00e9mocratie se fonde sur les limites intrins\u00e8ques de cet ordre : d'une mani\u00e8re ou d'une autre, les \u00e9lites \u00e9conomiques s'accommodent du pouvoir politique ou le colonisent ; les hommes politiques eux-m\u00eames deviennent une \u00e9lite s\u00e9par\u00e9e des masses, une \"caste privil\u00e9gi\u00e9e\" (De la Torre et Peruzzotti, 2008). M\u00eame les hauts fonctionnaires professionnels, les intellectuels et les artistes b\u00e9n\u00e9ficient des miettes que les \u00e9lites leur jettent pour acheter leur silence et obtenir leur assentiment. Seul le pouvoir d'un peuple unifi\u00e9 peut contrer le pouvoir de ces \"mafias extractives\". Et pour construire ce pouvoir, il faut un leader qui unifie, qui repr\u00e9sente les exclus, qui parle en leur nom, qui d\u00e9passe les limites que les \u00e9lites veulent leur imposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme mentionn\u00e9 plus haut, nous vivons aujourd'hui au niveau mondial une \u00e8re populiste, typique de la fin d'un cycle historique. Depuis des ann\u00e9es, la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale a accentu\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 des niveaux intol\u00e9rables, sans que les gouvernements d\u00e9mocratiques n'aient rien fait pour mettre un terme \u00e0 la pr\u00e9carisation du travail, \u00e0 la destruction de la nature, \u00e0 la d\u00e9molition de la vie rurale et \u00e0 la consolidation d'un mode de vie urbain qui est un calvaire quotidien pour la majorit\u00e9. Les sujets de la comp\u00e9tition d\u00e9mocratique, les partis politiques, ont perdu leur l\u00e9gitimit\u00e9 et leur relative autonomie par rapport aux pouvoirs en place. Il n'est pas surprenant que le monde connaisse depuis une dizaine d'ann\u00e9es une vague de protestations et de mouvements sociaux sans pr\u00e9c\u00e9dent. En l'absence de r\u00e9ponses dans la sph\u00e8re politique formelle, un vaste espace s'est ouvert, un v\u00e9ritable vide pathologique qui a \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 par les leaders populistes du monde entier (Rosanvallon, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces leaders partagent une logique qui a quatre composantes essentielles (Arato, 2017 : 288) : une conception du peuple comme unit\u00e9 (il n'y a qu'un seul peuple, et non une pluralit\u00e9 d'acteurs) ; la partie (le bon peuple) remplace le tout comme sujet\/objet symbolique de la politique ; la logique ami\/ennemi est la r\u00e8gle de la politique (il n'y a pas de critique tol\u00e9r\u00e9e ou d'alliances partielles, pas de n\u00e9gociation, seulement la subordination ou l'exclusion) ; la r\u00e9cup\u00e9ration de la logique de l'incarnation du pouvoir, en l'occurrence dans le leader, qui repr\u00e9sente l'ensemble du peuple, ce qui lui conf\u00e8re une aura semi-sacr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est cette derni\u00e8re caract\u00e9ristique qui institue une compr\u00e9hension th\u00e9ologique de la politique. Les populismes varient dans leur degr\u00e9 de th\u00e9ologisation, mais tous ont pour base symbolique de leur mission un bien sup\u00e9rieur, qu'il s'agisse de la d\u00e9fense de la vraie religion, ou de la protection de la puret\u00e9 de la culture et des valeurs nationales contre l'empi\u00e8tement des immigrants et d'autres forces ext\u00e9rieures, ou du r\u00e9tablissement de l'ancienne grandeur imp\u00e9riale, d\u00e9truite par des incomp\u00e9tents et des incapables, ou du r\u00e9tablissement de la d\u00e9cence et de la moralit\u00e9 r\u00e9publicaine contre l'effronterie et la frivolit\u00e9 de la corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et des privil\u00e8ges indus, et ainsi de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Mexique, la crise \u00e9conomique, morale et politique du r\u00e9gime n\u00e9o-lib\u00e9ral semi-d\u00e9mocratique a permis \u00e0 l'Union europ\u00e9enne d'\u00eatre le premier pays \u00e0 se doter d'un syst\u00e8me d'information sur les droits de l'homme. <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> en remportant de mani\u00e8re d\u00e9cisive un pl\u00e9biscite lors de l'\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2018 (Olvera, 2020). Dans sa longue campagne pr\u00e9sidentielle, il a construit une opposition ami\/ennemi tr\u00e8s simple et r\u00e9aliste : le \"bon peuple\", les pauvres, les travailleurs sous-pay\u00e9s, m\u00e9pris\u00e9s et repr\u00e9sent\u00e9s par personne - ni dans l'ar\u00e8ne politique ni dans la soci\u00e9t\u00e9 civile - contre \"l'\u00e9lite au pouvoir\", une allusion \u00e0 un vague ensemble d'hommes d'affaires, de politiciens et d'\u00e9lites intellectuelles et m\u00e9diatiques. Il a d\u00e9velopp\u00e9 le \"signifiant vide\" le plus \u00e9l\u00e9mentaire : la \"quatri\u00e8me transformation\", qui synth\u00e9tise le geste historique, le changement radical, l'esprit de justice et la volont\u00e9 politique. A partir de l\u00e0, toute revendication concr\u00e8te pouvait \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans la cha\u00eene des \u00e9quivalences. Il avait l'avantage d'avoir un leadership d\u00e9j\u00e0 consolid\u00e9, puisqu'il s'agissait de sa troisi\u00e8me campagne pr\u00e9sidentielle et qu'il avait cr\u00e9\u00e9 son parti personnel, Morena, en 2013. Sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et sa l\u00e9gitimit\u00e9 ne faisaient aucun doute, car il a toujours critiqu\u00e9 le n\u00e9olib\u00e9ralisme, la corruption et d\u00e9nonc\u00e9 les privil\u00e8ges de \"ceux d'en haut\". Et, sans jamais c\u00e9der son leadership, mais au contraire en l'affirmant, il a eu l'habilet\u00e9 et le pragmatisme de cr\u00e9er un front \u00e9lectoral opportuniste, dirig\u00e9 par ses quelques fid\u00e8les, mais qui a recueilli les restes des autres partis et les a utilis\u00e9s pour cr\u00e9er en tr\u00e8s peu de temps un r\u00e9seau national d'op\u00e9rateurs politiques (Olvera, 2020). Son triomphe a \u00e9t\u00e9 incontestable et il a obtenu une majorit\u00e9 pour son parti et ses alli\u00e9s au congr\u00e8s f\u00e9d\u00e9ral et dans la plupart des congr\u00e8s des \u00c9tats.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois au pouvoir, le pr\u00e9sident Lopez Obrador a construit un projet qui repose sur une \" version politique th\u00e9ologique d'un imaginaire proph\u00e9tique s\u00e9cularis\u00e9 \" (Arato, 2017 : 288). <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> a son panth\u00e9on de saints s\u00e9culiers, parmi lesquels Ju\u00e1rez, Madero et C\u00e1rdenas, pr\u00e9sidents h\u00e9ro\u00efques \u00e0 leur mani\u00e8re et \u00e0 leur \u00e9poque, dont il retient respectivement la modestie, le d\u00e9sint\u00e9ressement et le nationalisme. Il incarne lui-m\u00eame ces valeurs : il a abandonn\u00e9 la luxueuse r\u00e9sidence pr\u00e9sidentielle de Los Pinos pour s'installer dans le Palais national (encore plus luxueux) ; il voyage dans des avions commerciaux et a conduit pendant un temps des voitures modestes ; il a baiss\u00e9 son salaire et contraint tous les hauts fonctionnaires de l'administration \u00e0 admettre des r\u00e9ductions substantielles de leurs revenus, ainsi qu'\u00e0 supprimer leurs privil\u00e8ges de d\u00e9penses, leurs aides et leurs capacit\u00e9s de distribution de postes ; il sauve, au-del\u00e0 de toute logique \u00e9conomique, l'\u00e9conomie du pays. <span class=\"small-caps\">pemex<\/span> et au <span class=\"small-caps\">cfe<\/span> de restaurer la centralit\u00e9 \u00e9conomique de l'\u00c9tat, comme \u00e0 l'\u00e9poque irr\u00e9m\u00e9diable du d\u00e9veloppement \u00e9tatiste. Il modifie les r\u00e8gles ou annule les contrats conclus par l'administration pr\u00e9c\u00e9dente avec les grandes entreprises \u00e9nerg\u00e9tiques, et il pense que le personnel de commandement dans tous les domaines de l'\u00c9tat et presque tous les hommes d'affaires sont coupables du p\u00e9ch\u00e9 de corruption.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00f3pez Obrador entreprend une t\u00e2che titanesque : r\u00e9aliser une \"quatri\u00e8me transformation\" du Mexique, \u00e9quivalente aux actes historiques de l'ind\u00e9pendance, de la r\u00e9forme et de la r\u00e9volution. Et cela implique non seulement de punir les corrompus, de soutenir les pauvres et de reconvertir les m\u00e9chants (les criminels sont pour lui des victimes de l'injustice), mais aussi de changer les mentalit\u00e9s collectives, captur\u00e9es par un capitalisme sauvage et consum\u00e9riste et par la culture perverse de la corruption. La mission est si grande que le pr\u00e9sident lui-m\u00eame a d\u00e9clar\u00e9 qu'il \"ne s'appartient plus\", sous-entendant que son \u00eatre mat\u00e9riel appartient d\u00e9sormais \u00e0 tous les Mexicains.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> se distingue de Trump et, bien s\u00fbr, de Bolsonaro. Si, comme eux, il a pour horizon utopique la reconstruction d'un pass\u00e9 mythifi\u00e9 (<em>Rendre \u00e0 l'Am\u00e9rique sa grandeur<\/em>La dictature militaire, le progr\u00e8s et l'ordre, le d\u00e9veloppement \u00e9tatiste et paternaliste, respectivement), L\u00f3pez Obrador a investi sa mission d'une aura religieuse. Il est un \u00e9vang\u00e9liste, pas seulement un justicier. Il doit changer la mentalit\u00e9 des Mexicains. Pour ce faire, dans un acte de grande intelligence communicative, il a institu\u00e9 les \"ma\u00f1aneras\", ses conf\u00e9rences de presse avec lesquelles il communique quotidiennement avec son peuple, dont la moiti\u00e9 est consacr\u00e9e \u00e0 d\u00e9noncer les mauvaises actions du pass\u00e9 et \u00e0 l'instruire des bonnes mani\u00e8res ; il fait des tourn\u00e9es hebdomadaires dans le pays pour \u00eatre en contact direct avec son peuple, recevoir des plaintes et des p\u00e9titions, et livrer avec magnanimit\u00e9 divers biens et services ; il gronde et corrige ses fonctionnaires et impose toujours le dernier mot sur toutes les questions. Il est un p\u00e8re pour les Mexicains, dans le double sens d'une figure paternelle qui prot\u00e8ge, r\u00e9compense, punit et maintient les femmes et les enfants \u00e0 leur place, et d'un pr\u00eatre ou d'un pasteur qui \u00e9coute les p\u00e9cheurs et leur pardonne, punit les infid\u00e8les qui ne croient pas en la cause, et pr\u00eache la bont\u00e9 de la d\u00e9cence et des bonnes mani\u00e8res (chr\u00e9tiennes), tout en apportant la bonne nouvelle d'un avenir meilleur si nous nous comportons bien.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est pour toutes ces raisons que <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> revient en quelque sorte au principe des deux corps du roi. Il a une composante quasi divine, transcendantale, puisqu'il est porteur d'une mission historique, et une composante physique, son investiture en tant que pr\u00e9sident, qui l'autorise l\u00e9galement et l\u00e9gitimement \u00e0 commander. Son pouvoir est double : symbolique et politique. Et s'il ne pr\u00e9tend pas rester ind\u00e9finiment au pouvoir, il veut laisser une trace ind\u00e9l\u00e9bile dans le court terme de son mandat.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est cette volont\u00e9 de d\u00e9passement qui rend son gouvernement risqu\u00e9. Bien que les r\u00e8gles de coexistence n'aient pas \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, la polarisation induite par sa conception ami-ennemi de la politique, nourrie par ses partisans les plus radicaux, r\u00e9duit les espaces de dialogue propres \u00e0 la d\u00e9mocratie au point de les faire presque dispara\u00eetre ; Son empressement \u00e0 sauver les entreprises parapubliques, \u00e0 promouvoir ses travaux pharaoniques dans le sud du pays et \u00e0 distribuer des aides sociales et paternelles aux pauvres (jeunes, personnes \u00e2g\u00e9es, paysans) met en p\u00e9ril les finances publiques et impose une r\u00e9duction radicale (n\u00e9olib\u00e9rale) de l'\u00c9tat, qui a d\u00e9j\u00e0 conduit \u00e0 la perte de capacit\u00e9s \u00e9tatiques.<sup><a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a><\/sup> dans tous les domaines, en particulier la sant\u00e9, l'\u00e9ducation et la s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p><span class=\"small-caps\">amlo<\/span>Comme tout bon populiste, il estime que l'appareil d'\u00c9tat, les r\u00e8gles, les lois et les institutions existantes sont une cage qui l'emp\u00eache de se mouvoir \u00e0 sa guise et d'acc\u00e9l\u00e9rer sa mission. C'est pourquoi il faut les contourner, c'est-\u00e0-dire les affaiblir, les coloniser (comme on le fait avec la Cour supr\u00eame, la Commission nationale de l'\u00e9nergie, etc.), les d\u00e9passer politiquement (comme on l'a fait avec la Commission nationale des droits de l'homme), ou carr\u00e9ment les d\u00e9truire, comme on l'a fait avec la police f\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que leader incarn\u00e9, <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> n'a pas besoin de m\u00e9diations entre lui et les citoyens. La repr\u00e9sentation directe rend les m\u00e9diations de toutes sortes superflues, inutiles et m\u00eame risqu\u00e9es. D'o\u00f9 sa critique des acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile, qui repr\u00e9sentent des int\u00e9r\u00eats particuliers et non ceux du peuple, des interm\u00e9diaires client\u00e9listes et corporatistes, qui sont si fondamentaux pour l'\u00e9conomie de march\u00e9. <span class=\"small-caps\">pri<\/span> pendant des d\u00e9cennies, et avec qui il a appris \u00e0 coexister. <span class=\"small-caps\">pain<\/span>Les seuls \u00e0 s'approprier les ressources qui devraient aller aux travailleurs et aux paysans sont les associations et les organes repr\u00e9sentatifs des employeurs, qui ne s'int\u00e9ressent qu'aux int\u00e9r\u00eats sectoriels. <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> s'adresse directement aux citoyens, c'est la raison d'\u00eatre de ses tourn\u00e9es et de ses \"matin\u00e9es\". Si le peuple doit \u00eatre interrog\u00e9 sur quelque chose, il est \"consult\u00e9\". <em>ad hoc<\/em>L'absence de r\u00e9glementation juridique appropri\u00e9e ou m\u00eame la violation des quelques r\u00e9glementations existantes. Il y a une exaltation de la d\u00e9mocratie directe, \u00e0 son avis celle qui exprime le mieux la volont\u00e9 du peuple (Olvera, sous presse).<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de la <span class=\"small-caps\">amlo<\/span>qui est celle de tous les populistes, est qu'il n'a pas de proposition alternative de gouvernement (Peruzzotti, 2017). Le programme de <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> est une collection color\u00e9e et d\u00e9cousue d'id\u00e9es provenant de l'Union europ\u00e9enne. <span class=\"small-caps\">pri<\/span> de la phase de d\u00e9veloppement \u00e9tatiste et paternaliste, et une interpr\u00e9tation de l'histoire nationale mettant en sc\u00e8ne des h\u00e9ros bienveillants affrontant les ennemis historiques de la nation. La \"quatri\u00e8me transformation\" est en r\u00e9alit\u00e9 un projet de retour \u00e0 une \u00e9poque pr\u00e9tendument idyllique (d\u00e9veloppement stabilisateur), dans laquelle l'\u00c9tat contr\u00f4lait le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et o\u00f9 il n'y avait pas de s\u00e9paration entre l'\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 (telle \u00e9tait l'id\u00e9e de fusion entre l'\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue par le PRI) (Olvera, 2003). Le probl\u00e8me est que non seulement le d\u00e9veloppementalisme \u00e9tait loin d'\u00eatre idyllique,<sup><a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a><\/sup> Il est impossible d'y revenir, car le capitalisme mexicain est totalement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 celui des \u00c9tats-Unis, et l'\u00c9tat ne peut pas retrouver sa centralit\u00e9 \u00e9conomique, d'autant moins que la compagnie p\u00e9troli\u00e8re d'\u00c9tat est techniquement en faillite (Shields, 2020) et que le gouvernement est d'une faiblesse fiscale monumentale.<sup><a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a><\/sup> Et la fusion de l'\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9 est une id\u00e9e organiciste\/corporatiste inacceptable dans une d\u00e9mocratie moderne, qui est \u00e9galement incompatible avec le principe de l'identit\u00e9 dirigeant\/peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>La pand\u00e9mie de coronavirus a encore compliqu\u00e9 la viabilit\u00e9 de la \"quatri\u00e8me transformation\". Non seulement la gravit\u00e9 du probl\u00e8me n'a pas \u00e9t\u00e9 reconnue \u00e0 temps, mais une tentative rat\u00e9e de r\u00e9organisation du secteur de la sant\u00e9 \u00e0 la fin de l'ann\u00e9e 2019 l'a laiss\u00e9 dans l'incertitude juridique et op\u00e9rationnelle, gravement sous-financ\u00e9 et, \u00e0 toutes fins pratiques, sans direction. Pour ne rien arranger, la crise \u00e9conomique n'a pas \u00e9t\u00e9 reconnue non plus et le Mexique est aujourd'hui l'un des rares pays au monde \u00e0 ne pas avoir de politique anticyclique ni de programmes de soutien aux ch\u00f4meurs, aux micro- et m\u00e9so-entrepreneurs ou \u00e0 l'\u00e9conomie informelle. Les perspectives ne sont pas bonnes et la cons\u00e9quence pourrait \u00eatre une aggravation de la polarisation. Le pr\u00e9sident risque de perdre son aura magico-religieuse si le pays s'enfonce dans une crise prolong\u00e9e. Ce r\u00e9gime populiste devra alors d\u00e9finir s'il est pr\u00eat \u00e0 d\u00e9passer les limites de la d\u00e9mocratie ou \u00e0 s'en tenir \u00e0 ses r\u00e8gles fondamentales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\">L'utilisation de la cat\u00e9gorie des personnes est probl\u00e9matique, comme le montrent les nombreux trait\u00e9s sur le sujet. Le concept est polys\u00e9mique et controvers\u00e9. Dans la phase actuelle de la crise de la politique \u00e0 l'\u00e9chelle mondiale, o\u00f9 le populisme en tant que forme de politique a atteint une dimension globale, le concept de peuple est d\u00e9fini dans le champ discursif comme un marqueur d'identit\u00e9 variable et insaisissable. En ce sens, le concept de peuple ne renvoie pas \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sociologique, politique ou culturelle, mais \u00e0 une construction symbolique \u00e0 des fins politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous notons qu'il est difficile d'utiliser le concept de \"peuple\" pour parler d'un peuple particulier, tel que le \"peuple pentec\u00f4tiste\", en particulier dans la perspective de Laclau. S'il est vrai que la construction d'une identit\u00e9 politico-religieuse pentec\u00f4tiste a \u00e9t\u00e9 le produit de nombreuses ann\u00e9es de construction discursive, mais surtout organisationnelle et politique au Br\u00e9sil, cela ne signifie pas que les \u00e9glises pentec\u00f4tistes elles-m\u00eames ou leurs dirigeants ont r\u00e9ussi \u00e0 s'identifier comme \"le peuple\" ou \u00e0 \u00eatre reconnus comme tels par les autres. D'autres concepts et approches semblent n\u00e9cessaires pour \u00e9tudier le pouvoir politique de ces \u00e9glises. Leur int\u00e9gration dans la coalition politique et le gouvernement de Bolsonaro n'implique pas une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans leur constitution en tant que \"peuple\", mais une d\u00e9cision strat\u00e9gique de plus de la part de leurs dirigeants, qui aura des co\u00fbts importants \u00e0 moyen terme. En tout \u00e9tat de cause, ils se sont temporairement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 un \"peuple\" r\u00e9actionnaire et fasciste, \u00e0 la suite d'un leader impr\u00e9visible, sans obtenir un effet symbolique de l\u00e9gitimation, mais au contraire en mettant en p\u00e9ril leur propre l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas du Mexique, l'argument de Laclau est paradoxalement plus applicable. L\u00f3pez Obrador a en effet construit un peuple qui pr\u00e9sente toutes les caract\u00e9ristiques que la th\u00e9orie sugg\u00e8re. Il y a un signifiant vide, la \"Quatri\u00e8me Transformation\", qui synth\u00e9tise un vaste ensemble de cha\u00eenes d'\u00e9quivalence, allant de la lutte contre la corruption, la primaut\u00e9 des pauvres, l'aust\u00e9rit\u00e9 franciscaine du gouvernement, au sauvetage de la nation, en l'assimilant aux entreprises \u00e9nerg\u00e9tiques parapubliques. <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> a d\u00e9fini un camp politique avec des ennemis et des amis, joue \u00e0 la polarisation perp\u00e9tuelle et fait preuve d'un m\u00e9pris total pour la n\u00e9gociation et la reconnaissance des autres acteurs. Son r\u00e8gne solitaire rev\u00eat un caract\u00e8re mystico-religieux, le pr\u00e9sident \u00e9tant le porteur\/sujet d'une mission historique sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les volont\u00e9s et capacit\u00e9s individuelles, une mission qui n'est pas seulement politique mais aussi morale et moralisatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Le populisme au Br\u00e9sil et au Mexique montre des signes autoritaires dangereux. Certes, Bolsonaro est plus radical et m\u00eame proto-fasciste, ce que n'est pas Lopez Obrador. Mais cela ne fait pas de <span class=\"small-caps\">amlo<\/span> dans un r\u00e9f\u00e9rent \"gauche\". Le paternalisme d'\u00c9tat, l'\u00e9tatisme d\u00e9veloppementaliste, la centralisation du pouvoir, la n\u00e9gation de la politique en tant que d\u00e9bat et participation ne sont pas des caract\u00e9ristiques de la politique de gauche dans le monde contemporain. Il s'agit plut\u00f4t d'un retour douloureux et anachronique \u00e0 un pass\u00e9 lointain et heureusement r\u00e9volu dans les luttes pour la d\u00e9mocratie des trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Cela n'emp\u00eache pas l'\u00e9mergence d'un nouveau type d'autoritarisme populiste au Mexique. Nous verrons si la soci\u00e9t\u00e9 le permet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Aguilar Cam\u00edn, H\u00e9ctor (1988). <em>Despu\u00e9s del milagro<\/em>. M\u00e9xico: Cal y Arena.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Arato, Andrew (2013). \u201cPolitical Theology and Populism\u201d, <em>Social Research<\/em>, vol. 80, n\u00fam. 1, pp. 143-172.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2017, 1\u00ba de septiembre). \u201cHow We Got Here? Transition Failures, Their Causes, and the Populist Interest in the Constitution\u201d, <em>ssrn<\/em>. Recuperado de&nbsp;http:\/\/dx.doi.org\/10.2139\/ssrn.3116219, consultado el 31 de agosto de 2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 y Jean Cohen (2017). \u201cCivil Society, Populism and Religion\u201d, <em>Constellations<\/em>,<em> An International Journal of Critical and Democratic Theory<\/em>, vol. 24, n\u00fam. 3, pp. 283-295. https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8675.12312<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Arditti, Benjam\u00edn (2014). <em>La Pol\u00edtica en los Bordes del Liberalismo<\/em>. Barcelona: Gedisa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Avritzer, Leonardo (2016). <em>Impasses da Democracia no Brasil<\/em>. R\u00edo de Janeiro: Civiliza\u00e7\u00e3o Brasileira.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 y Fernando Filgueiras (ed.) (2012). <em>Corrup\u00e7\u00e3o e Sistema pol\u00edtico no Brasil. <\/em>R\u00edo de Janeiro: Civiliza\u00e7\u00e3o Brasileira.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Canovan, Margaret (1999). \u201cTrust the People! Populism and the Two Faces of Democracy\u201d, <em>Political Studies<\/em>, vol. 47, num. 1, pp. 2-16. https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-9248.00184<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2005). <em>The People.<\/em> Nueva York: Polity Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Hincapi\u00e9, Sandra y Alberto J. Olvera (2019). \u201cCapacidades estatales en \u00f3rdenes mixtos\u201d, <em>Clivajes. Revista de Ciencias Sociales<\/em>, vol. 6, n\u00fam. 11, pp. 1-22. https:\/\/doi.org\/10.25009\/clivajes-rcs.v0i11.2557<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Kantorowicz, Ernst H. (1981). <em>The King\u2019s Two Bodies<\/em>. Princeton: Princeton University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Kingstone, Peter R. y Timothy Power (ed.) (2017). <em>Democratic Brazil Divided<\/em>. Pittsburgh: University of Pittsburgh Press. https:\/\/doi.org\/10.2307\/j.ctt1x76g7g<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Knight, Alan (1999). \u201cPopulism and Neopopulism in Latin America, Especially Mexico\u201d, <em>Journal of Latin American<\/em> <em>Studies<\/em>, vol. 30, n\u00fam. 2, pp. 223-248. https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0022216X98005033<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Laclau, Ernesto (2005). <em>La raz\u00f3n populista<\/em>. Buenos Aires: Fondo de Cultura Econ\u00f3mica.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Lefort, Claude (1990). <em>La invenci\u00f3n democr\u00e1tica. <\/em>Buenos Aires: Nueva Visi\u00f3n.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Manin, Bernard (1998). <em>Los principios del gobierno representativo<\/em>. Madrid: Alianza.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Oakeshott, Michel (1998). <em>La pol\u00edtica de la fe y la pol\u00edtica del escepticismo<\/em>.M\u00e9xico: Fondo de Cultura Econ\u00f3mica.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Organizaci\u00f3n para la Cooperaci\u00f3n y el Desarrollo Econ\u00f3micos (ocde) (2020). \u201c\u00bfC\u00f3mo va la vida en M\u00e9xico?\u201d, en <em>How\u2019s Life? 2020: Measuring Well-being. <\/em>Par\u00eds: ocde Publishing<em>.<\/em> Recuperado de https:\/\/www.oecd.org\/mexico\/Better-Life-Initiative-country-note-Mexico-in-Spanish.pdf, consultado el 20 mayo de 2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Olvera, Alberto J.(ed.), (2003). S<em>ociedad civil, espacio p\u00fablico y democratizaci\u00f3n en Am\u00e9rica Latina: M\u00e9xico<\/em>. M\u00e9xico: Fondo de Cultura Econ\u00f3mica.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2020). \u201cM\u00e9xico 2018: elecci\u00f3n plebiscitaria, crisis neoliberal y proyecto populista\u201d, en G. Caetano y Fernando Mayorga (ed.). <em>Giros pol\u00edticos y desaf\u00edos democr\u00e1ticos en Am\u00e9rica Latina. Enfoques de casos nacionales y perspectivas de an\u00e1lisis. <\/em>Buenos Aires: clacso.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (en prensa). \u201cDe la eleccio\u0301n plebiscitaria al populismo nosta\u0301lgico. Lo\u0301pez Obrador y la \u2018Cuarta Transformacio\u0301n\u2019 en Me\u0301xico\u201d, en Y. Murakami y Enrique Perzzotti (ed.) <em>Populismo, democracia y resistencias en Ame\u0301rica Latina<\/em>. Xalapa: Universidad Veracruzana<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Peruzzotti, Enrique (2017). \u201cEl populismo como ejercicio de poder gubernamental y la amenaza de hibridaci\u00f3n de la democracia liberal\u201d, <em>Revista saap<\/em>, vol. 11, n\u00fam. 2, pp. 213-225.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Pitkin, Hanna (1967). <em>The Concept of Representation.<\/em> Berkeley: University of California Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Power, Timothy J. y Matthew M. Taylor (ed.) (2011). <em>Corruption and Democracy in Brazil<\/em>. Notre Dame: University of Notre Dame Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Rosanvallon, Pierre (2020). <em>Le si\u00e8cle du populisme. Histoire, th\u00e9orie, critique. <\/em>Par\u00eds: Seuil<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Shields, David (2020, 12 de mayo). \u201cpemexproa a la vista\u201d, <em>Reforma<\/em>. Recuperado de https:\/\/www.reforma.com\/pemexproa-a-la-vista-2020-05-12, consultado el 27 de agosto de 2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Schmitt, Carl (1991). <em>El concepto de lo pol\u00edtico<\/em>. Madrid: Alianza (publicado originalmente en 1932).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Torre, Carlos de la, y Enrique Peruzzotti (ed.) (2008). <em>El Retorno del Pueblo<\/em>. Quito: flacso.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (ed.) (2015). <em>The Promise and the Perils of Populism: Global Perspectives.<\/em> Lexington: University Press of Kentucky.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Urbinati, Nadia (2014). <em>Democracy Disfigured<\/em>. Cambridge: Harvard University Press. https:\/\/doi.org\/10.4159\/harvard.9780674726383<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2019). <em>Me, the People. How Populism Transforms Democracy<\/em>. Cambridge: Harvard University Press. https:\/\/doi.org\/10.2307\/j.ctvk12sz4<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Zerme\u00f1o, Sergio (1996). <em>La Sociedad derrotada. El desorden mexicano de fin de siglo<\/em>. M\u00e9xico: Siglo xxi.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"no-indent\"><em>Alberto Javier Olvera Rivera<\/em> est chercheur \u00e0 l'Instituto de Investigaciones Hist\u00f3rico-Sociales de l'Universidad Veracruzana. Il est titulaire d'un doctorat en sociologie de la New School for Social Research. Il est membre du Syst\u00e8me national des chercheurs et de l'Acad\u00e9mie mexicaine des sciences. Ses travaux comprennent <em>Soci\u00e9t\u00e9 civile, espaces publics et d\u00e9mocratisation en Am\u00e9rique latine : le Mexique<\/em>, <span class=\"small-caps\">fce<\/span> et <span class=\"small-caps\">uv<\/span>, 2003; <em>D\u00e9mocratisation, responsabilit\u00e9 et soci\u00e9t\u00e9 civile<\/em>, Porr\u00faa \/ <span class=\"small-caps\">ciesas \/ uv<\/span>2006 (avec Ernesto Isunza) ; <em>Le conflit sur la construction de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique latine<\/em>, <span class=\"small-caps\">fce<\/span> \/ <span class=\"small-caps\">ciesas<\/span> \/ <span class=\"small-caps\">uv<\/span>, 2006 (avec Evelina Dagnino et Aldo Panfichi) ; <em>D\u00e9mocratisation contrari\u00e9e<\/em>, <span class=\"small-caps\">ciesas<\/span> \/ <span class=\"small-caps\">uv<\/span>, 2010. Il a publi\u00e9 plus d'une centaine d'articles et de chapitres de livres dans plusieurs pays, ainsi que des ouvrages de vulgarisation. Il a \u00e9t\u00e9 professeur invit\u00e9 aux universit\u00e9s de Californie San Diego, York, Federal de Minas Gerais, Nacional de Colombia, et \u00e0 l'universit\u00e9 de Californie San Diego. <span class=\"small-caps\">flacso<\/span>-Mexique. <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 La relation entre le populisme, la religion et la politique est analys\u00e9e, \u00e0 la fois au niveau th\u00e9orique et dans les cas du Br\u00e9sil et du Mexique. 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