{"id":31273,"date":"2019-09-23T13:55:29","date_gmt":"2019-09-23T13:55:29","guid":{"rendered":"https:\/\/encartesantropologicos.mx\/wordpress\/?p=31273"},"modified":"2023-11-17T18:50:14","modified_gmt":"2023-11-18T00:50:14","slug":"desigualdad-social-experiencias-cotidianas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/desigualdad-social-experiencias-cotidianas\/","title":{"rendered":"L'in\u00e9galit\u00e9 sociale en Am\u00e9rique latine. Explications structurelles et exp\u00e9riences quotidiennes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Dans le cadre du colloque interdisciplinaire propos\u00e9 par la revue Encartes, et \u00e0 partir du texte de Juan Pablo P\u00e9rez S\u00e1inz, ce texte cherche \u00e0 compl\u00e9ter et \u00e0 \u00e9largir le d\u00e9bat sur l'in\u00e9galit\u00e9 sociale en Am\u00e9rique latine. Dans le but de d\u00e9passer une vision strictement \u00e9conomique du sujet, l'auteur propose, d'une part, d'incorporer les dimensions sociales et culturelles dans l'analyse et, d'autre part, d'assumer l'in\u00e9galit\u00e9 comme une exp\u00e9rience de classe. C'est l'origine de son concept de fragmentation sociale. Dans un premier temps, l'article passe en revue les donn\u00e9es les plus r\u00e9centes sur la distribution des revenus primaires et secondaires en Am\u00e9rique latine au cours des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es. Il appara\u00eet clairement que ces indicateurs ne correspondent pas n\u00e9cessairement \u00e0 l'exp\u00e9rience des diff\u00e9rentes classes sociales, qui connaissent une fragmentation et une distanciation croissantes de leurs exp\u00e9riences de vie, ce qui impose la n\u00e9cessit\u00e9 d'une approche ethnographique de l'in\u00e9galit\u00e9. Cette fragmentation ne peut \u00eatre comprise sans une analyse des m\u00e9canismes et des processus sociaux de classification sociale, qui l\u00e9gitiment les hi\u00e9rarchies et les \u00e9carts entre les classes sociales. Pour l'auteur, la disparit\u00e9 dans la distribution des revenus et des richesses est la cl\u00e9 de la gen\u00e8se de la fragmentation sociale, d'o\u00f9 la place centrale qu'il attribue au r\u00f4le que peut jouer l'\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/america-latina\/\" rel=\"tag\">Am\u00e9rique Latine<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/clase-social\/\" rel=\"tag\">classe sociale<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/desigualdad\/\" rel=\"tag\">in\u00e9galit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/experencia-de-la-desigualdad\/\" rel=\"tag\">l'exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/fragmentacion-social\/\" rel=\"tag\">fragmentation sociale<\/a><\/p>\n\n\n<p class=\"en-title\">In\u00e9galit\u00e9s sociales en Am\u00e9rique latine : explications structurelles et exp\u00e9riences quotidiennes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">R\u00e9sum\u00e9 : <a id=\"post-31273-__DdeLink__5583_2442626947\"><\/a>Dans le cadre du colloque interdisciplinaire <em>Encartes <\/em>a propos\u00e9 - sur la base d'un texte fondateur de Juan Pablo P\u00e9rez S\u00e1inz - la pr\u00e9sente \u00e9tude cherche \u00e0 compl\u00e9ter et \u00e0 \u00e9largir le d\u00e9bat sur l'in\u00e9galit\u00e9 sociale en Am\u00e9rique latine. Cherchant \u00e0 aller au-del\u00e0 d'une perspective strictement \u00e9conomique, l'auteur propose simultan\u00e9ment d'incorporer des dimensions sociales et culturelles dans les analyses et de consid\u00e9rer l'in\u00e9galit\u00e9 comme une exp\u00e9rience bas\u00e9e sur la classe sociale, ce qui conduit \u00e0 sa notion de fragmentation sociale. L'article commence par un examen des donn\u00e9es les plus r\u00e9centes sur la r\u00e9partition des revenus primaires et secondaires en Am\u00e9rique latine au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. Il est clair que ces indicateurs ne correspondent pas n\u00e9cessairement aux exp\u00e9riences des diff\u00e9rentes classes sociales qui sont maintenant soumises \u00e0 des niveaux croissants de fragmentation et de distanciation dans leurs exp\u00e9riences de vie, ce qui implique la n\u00e9cessit\u00e9 d'une approche ethnographique de l'in\u00e9galit\u00e9. En outre, il sera difficile de comprendre cette fragmentation sans une analyse des m\u00e9canismes et des processus de classification sociale qui l\u00e9gitiment la hi\u00e9rarchie et les \u00e9carts entre les classes. Les disparit\u00e9s dans la distribution des revenus et des richesses, \u00e9crit l'auteur, sont la cl\u00e9 des origines de la fragmentation sociale, ce qui conduit \u00e0 la centralit\u00e9 qu'il accorde au r\u00f4le que peut jouer l'\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Mots-cl\u00e9s : In\u00e9galit\u00e9, Am\u00e9rique latine, fragmentation sociale, classe sociale, exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p><p class=\"no-indent translation-block\"><span class=\"dropcap\">Au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, la question de l'in\u00e9galit\u00e9 est devenue tr\u00e8s visible dans l'opinion publique, ainsi que dans l'agenda des organisations nationales et internationales. La centralit\u00e9 et la pertinence qui lui sont attribu\u00e9es dans la sph\u00e8re acad\u00e9mique, en particulier dans les \u00e9tudes sur les questions sociales contemporaines, l'ont \u00e9t\u00e9 encore plus. La pauvret\u00e9 et l'exclusion sociale, deux th\u00e8mes et concepts qui ont successivement domin\u00e9 cette discussion dans le pass\u00e9, sont aujourd'hui re-signifi\u00e9s et re-probl\u00e9matis\u00e9s par rapport \u00e0 l'in\u00e9galit\u00e9. L'in\u00e9galit\u00e9 s'accentue et impr\u00e8gne des sph\u00e8res multiples et diff\u00e9rentes de la vie sociale et subjective, reconfigurant les fondements de l'ordre social et les exp\u00e9riences quotidiennes des individus, d'o\u00f9 l'int\u00e9r\u00eat particulier de sa probl\u00e9matisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce processus n'a pas \u00e9t\u00e9 spontan\u00e9 ou al\u00e9atoire. Il est clair qu'il ne s'agit pas d'un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau. Il est \u00e9galement \u00e9vident que l'in\u00e9galit\u00e9 a fait l'objet de nombreuses \u00e9tudes dans le pass\u00e9, principalement associ\u00e9es \u00e0 la stratification sociale. Mais la centralit\u00e9 actuelle de l'in\u00e9galit\u00e9 sociale est fondamentalement due \u00e0 son association \u00e9troite avec la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. Sans entrer dans les d\u00e9tails d'un sujet largement d\u00e9battu, ce qui est certain, c'est qu'un ensemble de transformations structurelles (de l'\u00e9conomie et des r\u00e9gimes de protection sociale), technologiques et culturelles qui ont co\u00efncid\u00e9 \u00e0 partir du dernier quart du si\u00e8cle dernier ont progressivement conduit \u00e0 une aggravation des \u00e9carts sociaux et \u00e9conomiques entre les diff\u00e9rents secteurs sociaux, et surtout \u00e0 une concentration (et une ostentation) irritante de la richesse au sein d'une \u00e9lite mondiale. L'in\u00e9galit\u00e9 est ainsi devenue une caract\u00e9ristique essentielle de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est dans ce contexte que le sujet suscite un large int\u00e9r\u00eat : ses racines historiques, ses causes et ses effets, sa mesure et, surtout, sa conceptualisation. Les publications de ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 nombreuses et vari\u00e9es. Dans le cas de notre r\u00e9gion, la litt\u00e9rature est \u00e9galement extr\u00eamement riche ; deux ouvrages se distinguent, qui partagent la m\u00eame perspective historique et tentent de fournir une interpr\u00e9tation holistique de l'in\u00e9galit\u00e9 en Am\u00e9rique latine. Je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l'\u00e9tude de Luis Reygadas (2008). <em>Cr\u00e9dits<\/em>et \u00e0 <em>Una historia de la desigualdad en Am\u00e9rica Latina<\/em> de Juan Pablo P\u00e9rez S\u00e1inz (2016), tous deux par ailleurs fortement influenc\u00e9s par les travaux pionniers de Charles Tilly (2000).<\/p>\n\n\n\n<p>L'article de P\u00e9rez S\u00e1inz, autour duquel s'organise ce forum de discussion, est pr\u00e9cis\u00e9ment une d\u00e9rivation de l'approche que l'on trouve, d\u00e9velopp\u00e9e de mani\u00e8re beaucoup plus d\u00e9taill\u00e9e, dans l'ouvrage susmentionn\u00e9. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, ce texte nous offre une synth\u00e8se de ce que l'auteur appelle une approche \"radicale-critique\" de l'in\u00e9galit\u00e9, et une r\u00e9flexion sur les facteurs de d\u00e9responsabilisation des classes subalternes et leurs r\u00e9ponses dans une p\u00e9riode sp\u00e9cifique : celle de la \"modernisation globalis\u00e9e\", qui co\u00efncide avec le d\u00e9but de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale et jusqu'\u00e0 aujourd'hui. En prenant l'article de P\u00e9rez S\u00e1inz comme r\u00e9f\u00e9rence et point de d\u00e9part, je me propose de r\u00e9fl\u00e9chir ici sur un ensemble d'\u00e9l\u00e9ments ou de zones grises qui, bien que r\u00e9sultant d'une s\u00e9lection relativement arbitraire, me permettent de montrer la multidimensionnalit\u00e9 de l'in\u00e9galit\u00e9 sociale, et surtout la complexit\u00e9 de son expression dans les soci\u00e9t\u00e9s latino-am\u00e9ricaines contemporaines. Je souhaite mettre l'accent non pas tant sur un discours prescriptif (politique et\/ou \u00e9conomique), mais plut\u00f4t sur les contributions possibles de la sociologie et de l'anthropologie \u00e0 l'analyse des cons\u00e9quences de l'in\u00e9galit\u00e9 sociale dans l'exp\u00e9rience quotidienne et, par cons\u00e9quent, \u00e0 la compr\u00e9hension de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d'abord, je ferai r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la distribution primaire et secondaire, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la distribution fonctionnelle et \u00e0 la redistribution des revenus, une distinction cl\u00e9 pour l'approche radicale-critique. Je consid\u00e8re qu'il est important de commencer par un probl\u00e8me de mesure, mais aussi de r\u00e9flexion sur ses implications en termes d'int\u00e9r\u00eat pour l'exp\u00e9rience quotidienne et la soci\u00e9t\u00e9. Ensuite, j'argumenterai sur la pertinence de penser l'in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique comme une manifestation, d\u00e9terminante mais une, de l'in\u00e9galit\u00e9 sociale, et \u00e0 partir de l\u00e0, je sugg\u00e9rerai l'hypoth\u00e8se d'une fragmentation sociale \u00e9mergente. Dans une troisi\u00e8me section, je souhaite introduire des dimensions qui ont \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9es dans l'analyse, mais qui sont d'un int\u00e9r\u00eat croissant, et qui se r\u00e9f\u00e8rent au culturel, au social et au subjectif, et qui, \u00e0 mon avis, sont essentielles pour comprendre l'in\u00e9galit\u00e9 sociale. Enfin, la place des conclusions est occup\u00e9e par une br\u00e8ve r\u00e9flexion finale sur les paradoxes de l'in\u00e9galit\u00e9 actuelle et ses implications analytiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Riches et pauvres ou capital et travail<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">L'article de P\u00e9rez S\u00e1inz s'ouvre sur une remise en question directe et vigoureuse de la vision actuelle pr\u00e9dominante de l'in\u00e9galit\u00e9, qui privil\u00e9gie la distribution des revenus entre les m\u00e9nages et\/ou les individus comme dimension d'analyse et de mesure. En effet, la plupart des \u00e9tudes contemporaines, ainsi que les indices utilis\u00e9s pour les mesurer, sont bas\u00e9s sur l'in\u00e9galit\u00e9 des revenus entre les m\u00e9nages ou les individus.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base de ces crit\u00e8res, l'Am\u00e9rique latine, bien qu'elle reste une r\u00e9gion profond\u00e9ment in\u00e9galitaire, a connu une diminution plus ou moins importante des in\u00e9galit\u00e9s depuis le d\u00e9but du nouveau si\u00e8cle et jusqu'en 2015. \u00c0 l'exception du Costa Rica et du Honduras, les donn\u00e9es du <span class=\"small-caps\">cepal<\/span> montrent qu'entre 2002 et 2013, l'indice de Gini a diminu\u00e9 dans tous les autres pays d'Am\u00e9rique latine (<span class=\"small-caps\">cepal<\/span>, 2014). Des calculs ult\u00e9rieurs montrent qu'entre 2012 et 2015, cet indicateur a stagn\u00e9 dans une certaine mesure (avec des diminutions minimes dans certains pays et des augmentations dans d'autres), de sorte que, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le d\u00e9clin de l'in\u00e9galit\u00e9 des revenus qui a commenc\u00e9 au d\u00e9but du nouveau si\u00e8cle s'est maintenu.<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Cette tendance co\u00efncide temporairement avec la r\u00e9surgence de partis progressistes (\u00e9galement appel\u00e9s partis populistes dans la r\u00e9gion) dot\u00e9s d'une capacit\u00e9 \u00e9lectorale et qui ont acc\u00e9d\u00e9 au gouvernement dans plusieurs cas. Toutefois, la baisse des in\u00e9galit\u00e9s ne s'est pas produite uniquement dans ces pays, mais \u00e9galement dans d'autres qui ont maintenu des gouvernements explicitement n\u00e9olib\u00e9raux, tels que la Colombie ou le Mexique. Sans surprise, cela a soulev\u00e9 de nombreuses questions.<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re r\u00e9ponse consiste \u00e0 remettre en question les sources d'information et non pas tant l'indicateur ou la conceptualisation elle-m\u00eame. Le probl\u00e8me est que les enqu\u00eates sur les m\u00e9nages sous-\u00e9valuent ou sous-d\u00e9clarent souvent les revenus des secteurs privil\u00e9gi\u00e9s, voire ne parviennent pas \u00e0 saisir les \u00e9lites au sein desquelles les revenus sont concentr\u00e9s. L'alternative a \u00e9t\u00e9 d'utiliser les donn\u00e9es fiscales pour compenser ces lacunes dans la capture des secteurs les plus riches ou de leurs revenus dans les enqu\u00eates. Il n'y a pas beaucoup d'exercices de ce type dans notre r\u00e9gion, mais parmi les quelques pays o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s, nous trouvons des \u00e9tudes au Mexique et au Br\u00e9sil qui repr\u00e9sentent, pour la p\u00e9riode d'analyse, des mod\u00e8les de d\u00e9veloppement pr\u00e9cis\u00e9ment contrast\u00e9s : dans les deux cas, il s'av\u00e8re que l'in\u00e9galit\u00e9 est beaucoup plus profonde que ne le sugg\u00e8rent les donn\u00e9es bas\u00e9es sur les enqu\u00eates aupr\u00e8s des m\u00e9nages, et l'on se demande m\u00eame si une diminution a r\u00e9ellement eu lieu (Esquivel, 2015 ; Salama, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>D'autres interpr\u00e9tations sugg\u00e8rent que la baisse des in\u00e9galit\u00e9s est li\u00e9e \u00e0 une r\u00e9duction de l'\u00e9cart salarial, et plus particuli\u00e8rement entre le travail qualifi\u00e9 et le travail non qualifi\u00e9 (Lustig, 2003). <em>et al<\/em>., 2013). Pierre Salama (2015) \u00e9voque une sorte d'effet de ciseaux sur le march\u00e9 du travail entre une demande de travailleurs plus qualifi\u00e9s et une offre d'emplois moins qualifi\u00e9s. La question est ici de savoir, comme P\u00e9rez S\u00e1inz (2013) le dit lui-m\u00eame, si la r\u00e9duction de l'\u00e9cart se fait \"\u00e0 la br\u00e9silienne\" (les moins qualifi\u00e9s rattrapent les plus qualifi\u00e9s) ou \"\u00e0 la mexicaine\" (une pr\u00e9carisation des travailleurs qualifi\u00e9s) ; \u00e9videmment, dans ce dernier cas, l'indicateur d'in\u00e9galit\u00e9 peut diminuer, mais en m\u00eame temps le monde du travail peut subir une d\u00e9t\u00e9rioration de ses conditions. En d'autres termes, le m\u00eame indicateur peut avoir des significations diff\u00e9rentes dans des contextes diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/archive.org\/download\/encartesvol2num4\/tab_4_gonzalo_saravi_la_desigualdad_social_en_al_1.png\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"1022x804\" data-index=\"0\" data-caption=\"Tabla 1. Indicadores de distribuci\u00f3n del ingreso y distribuci\u00f3n funcional en Am\u00e9rica Latina. Fuente: Elaboraci\u00f3n propia con base en los datos de CEPAL (2018), cuadros ia.1.1 y ia.1.2.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/archive.org\/download\/encartesvol2num4\/tab_4_gonzalo_saravi_la_desigualdad_social_en_al_1.png\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Tableau 1. Indicateurs de la r\u00e9partition des revenus et de la r\u00e9partition fonctionnelle en Am\u00e9rique latine. Source : Pr\u00e9par\u00e9 par les auteurs sur la base des donn\u00e9es de la CEPALC (2018), tableaux ia.1.1 et ia.1.2.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Une question plus fondamentale est que cette (re)distribution des revenus est le r\u00e9sultat d'une distribution ant\u00e9rieure du revenu national entre les facteurs de production, essentiellement entre le travail et le capital (et les revenus), ou en d'autres termes entre les salaires et les profits (Lindenboim, 2008). En d'autres termes, une grande partie de ce qui est distribu\u00e9 par la suite d\u00e9pend de cette premi\u00e8re r\u00e9partition, et tant qu'elle ne change pas, tout reste plus ou moins inchang\u00e9. La proposition de P\u00e9rez S\u00e1inz, en accord avec les analyses plus structurelles, est de se concentrer sur cette sph\u00e8re. En effet, comme le souligne Atkinson (2009), apr\u00e8s une longue absence dans la science \u00e9conomique domin\u00e9e par la perspective n\u00e9oclassique, la derni\u00e8re d\u00e9cennie a connu un regain d'int\u00e9r\u00eat pour l'analyse structurelle de la r\u00e9partition du produit national entre le capital et le travail.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9cho \u00e0 cette r\u00e9surgence de l'approche structurelle, les rapports les plus r\u00e9cents de la <span class=\"small-caps\">cepal<\/span> (2016 et 2018) comprennent une section sur la distribution fonctionnelle des revenus. La premi\u00e8re observation importante qui ressort de ces donn\u00e9es est que, comme pour la redistribution des revenus, la r\u00e9partition entre le capital et le travail fait \u00e9galement de l'Am\u00e9rique latine une r\u00e9gion tr\u00e8s in\u00e9galitaire. L'indicateur utilis\u00e9 dans ce cas est la part des salaires dans le produit int\u00e9rieur brut (<span class=\"small-caps\">PIB<\/span>) ; sur un total de onze pays d'Am\u00e9rique latine inclus dans une analyse des Nations unies, sept se situent dans le tiers inf\u00e9rieur des pays o\u00f9 la part des salaires est la plus faible (avec moins de 40% de PIB) et un dans le tiers inf\u00e9rieur des pays o\u00f9 la part des salaires est la plus faible (avec moins de 40% de PIB). <span class=\"small-caps\">PIB<\/span> par les salaires) ; trois autres dans une situation interm\u00e9diaire (entre 40% et 45% de l'indice des prix \u00e0 la consommation). <span class=\"small-caps\">PIB<\/span>) et seul le Costa Rica se situe dans le tiers sup\u00e9rieur (l\u00e9g\u00e8rement au-dessus de 50%). Il convient de noter, \u00e0 titre de r\u00e9f\u00e9rence, que la Suisse est en t\u00eate de liste dans cette s\u00e9rie avec une part salariale de 59% de <span class=\"small-caps\">PIB<\/span>suivi par les \u00c9tats-Unis avec une valeur proche de 55% (donn\u00e9es extraites de <span class=\"small-caps\">cepal<\/span>, 2016). Il est int\u00e9ressant de noter que les pays pr\u00e9sentant de fortes in\u00e9galit\u00e9s dans la distribution secondaire des revenus, tels que les \u00c9tats-Unis ou le Royaume-Uni, ont en m\u00eame temps une part \u00e9lev\u00e9e de la part des salaires dans la masse salariale totale. <span class=\"small-caps\">PIB<\/span> tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 dans le premier cas et relativement \u00e9lev\u00e9 dans le second (un paradoxe \u00e0 garder \u00e0 l'esprit).<\/p>\n\n\n\n<p>Une s\u00e9rie de donn\u00e9es produite par <span class=\"small-caps\">cepal<\/span> exclusivement pour l'Am\u00e9rique latine nous permet d'observer l'\u00e9volution de la distribution fonctionnelle au cours de la m\u00eame p\u00e9riode que celle que nous avons consid\u00e9r\u00e9e, c'est-\u00e0-dire depuis 2002. Si l'on prend l'ensemble de la p\u00e9riode (2002-2016), le comportement de la part des salaires dans la distribution fonctionnelle de l'\u00e9conomie latino-am\u00e9ricaine est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de l'Am\u00e9rique latine. <span class=\"small-caps\">PIB<\/span> n'est pas homog\u00e8ne : dans huit des quinze pays consid\u00e9r\u00e9s, elle augmente (en particulier dans le c\u00f4ne sud) ; autrement dit, dans la moiti\u00e9 d'entre eux, l'in\u00e9galit\u00e9 de la r\u00e9partition fonctionnelle diminue et dans l'autre moiti\u00e9, elle augmente.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux tendances au niveau g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sentent une myriade de nuances qui font qu'il est difficile de tirer des conclusions \u00e0 partir de ces seuls indicateurs. Surtout si l'on consid\u00e8re des tranches de temps diff\u00e9rentes ou si l'on s'arr\u00eate \u00e0 ce qui s'est pass\u00e9 dans chaque pays. Dans ce dernier cas, par exemple, on pourrait trouver au moins un pays qui repr\u00e9sente chacune des quatre combinaisons possibles dans l'\u00e9volution de ces deux mesures, ce qui nous emp\u00eache de tirer des conclusions. Mais, par ailleurs, les m\u00eames indicateurs de <span class=\"small-caps\">cepal<\/span> dans leurs rapports de 2016 et 2018 pr\u00e9sentent des variations significatives pour le m\u00eame pays et la m\u00eame ann\u00e9e. Avec toutes ces mises en garde, bien que la distribution fonctionnelle soit fondamentale et primaire, elle ne semble pas d\u00e9terminer enti\u00e8rement le comportement de la distribution des revenus parmi les m\u00e9nages et\/ou les individus, bien qu'il soit \u00e9galement int\u00e9ressant de noter que dans certains pays du C\u00f4ne Sud qui ont mis en \u0153uvre des politiques actives du march\u00e9 du travail (en particulier en augmentant le salaire minimum et en intensifiant la formalisation de l'emploi), il y a eu une diminution \u00e0 la fois de l'in\u00e9galit\u00e9 dans la distribution fonctionnelle et de la redistribution des revenus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des mesures aux exp\u00e9riences<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Il ne fait aucun doute que nous devons prendre en compte les deux estimations et qu'il est important de relier la distribution des revenus au niveau macro\u00e9conomique et au niveau des m\u00e9nages (Atkinson, 2009). Mais m\u00eame ainsi, l'une ou l'autre ou les deux mesures sont loin de refl\u00e9ter automatiquement l'exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9. Dans un article r\u00e9cent, Gabriel Kessler a fait valoir que \"la conjonction et la traduction d'indicateurs et de tendances divergents en exp\u00e9riences qualitatives est une t\u00e2che en suspens lorsqu'il s'agit d'\u00e9valuer dans nos disciplines ce qu'il est advenu de l'in\u00e9galit\u00e9 dans la r\u00e9gion\" (2019 : 89). Il s'agit sans aucun doute d'un grand d\u00e9fi que je partage enti\u00e8rement. \u00c0 mon avis, cela ne signifie pas qu'une exp\u00e9rience puisse avoir un \u00e9quivalent num\u00e9rique, mais surtout la volont\u00e9 de re-signifier l'in\u00e9galit\u00e9 comme une exp\u00e9rience (collective et subjective).<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me est que les mesures de l'in\u00e9galit\u00e9 et les conceptualisations qui les sous-tendent ne co\u00efncident pas toujours avec la mani\u00e8re dont les gens la vivent au quotidien, ni avec les processus sociaux qui se d\u00e9roulent sur le terrain, pour le dire de mani\u00e8re ethnographique. En appelant \u00e0 une analyse figurative dans les sciences sociales, Elias et Scotson (2016) ont soulign\u00e9 que la signification statistique ne co\u00efncide pas n\u00e9cessairement avec la signification sociologique, ce qui, selon les auteurs eux-m\u00eames, s'explique par la diff\u00e9rence entre une analyse des donn\u00e9es isol\u00e9e et une analyse qui privil\u00e9gie leur insertion dans une configuration sociale plus large.<\/p>\n\n\n\n<p>La mesure de la r\u00e9partition fonctionnelle entre les facteurs de production pose des probl\u00e8mes. Le premier, et peut-\u00eatre le plus \u00e9vident dans le cas de l'Am\u00e9rique latine, est que la masse salariale ne repr\u00e9sente pas la totalit\u00e9 du monde du travail ; en fait, dans notre r\u00e9gion, le pourcentage d'activit\u00e9s informelles ou non salariales est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, de sorte que la part des salaires sous-estime la part du travail. Mais il y a encore deux autres questions plus importantes du point de vue de notre int\u00e9r\u00eat pour l'exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L'une d'entre elles est que la r\u00e9partition entre les facteurs ne co\u00efncide pas n\u00e9cessairement avec la r\u00e9partition entre les personnes : une m\u00eame personne peut percevoir des revenus par le biais d'un salaire, d'une entreprise dans laquelle elle est associ\u00e9e ou de la location de biens immobiliers dans lesquels elle a investi. D'autre part, la r\u00e9partition fonctionnelle ne permet pas de saisir les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur de chaque cat\u00e9gorie ; par exemple, les in\u00e9galit\u00e9s salariales, qui dans notre r\u00e9gion, rappelons-le, sont souvent tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es et dans certains cas extr\u00eames ; par exemple, entre un employ\u00e9 d'une entreprise de nettoyage sous-trait\u00e9e par une transnationale ou un bureau gouvernemental, et les cadres ou les hauts fonctionnaires qui y travaillent.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous nous int\u00e9ressons \u00e0 l'in\u00e9galit\u00e9 entre les \u00e9lites les plus riches, disons les 1% les plus riches, et le reste de la population, ces subtilit\u00e9s peuvent ne pas \u00eatre pertinentes. C'est certainement dans ces 1% (qui concentrent environ la moiti\u00e9 de la richesse totale au niveau national et mondial) que nous trouverons la meilleure incarnation du capital. Mais en Am\u00e9rique latine, l'in\u00e9galit\u00e9 quotidienne ne concerne pas exclusivement ce 1% (cette \u00e9lite est extr\u00eamement \u00e9loign\u00e9e du reste). Elle se situe \u00e9galement entre les 15% ou 20% qui suivent et les 80% restants, avec des sauts plus ou moins profonds dans les \u00e9carts.<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Dans une recherche sur le Mexique, dans laquelle nous avons notamment examin\u00e9 les visions r\u00e9ciproques de la pauvret\u00e9 et de la richesse, les secteurs populaires, interrog\u00e9s sur les classes privil\u00e9gi\u00e9es, ont laiss\u00e9 entendre qu'ils ne pensaient pas \u00e0 Slim lorsqu'ils donnaient leur avis, mais aux conditions de vie des professionnels qui ont r\u00e9ussi, des cadres d'entreprises et de banques, des politiciens ou m\u00eame des universitaires bien plac\u00e9s (Sarav\u00ed, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>L'in\u00e9galit\u00e9 sociale en Am\u00e9rique latine a une dimension \u00e9conomique d\u00e9terminante. L'aspect essentiel de cette dimension, au-del\u00e0 des hauts et des bas et des combinaisons conjoncturelles de l'une ou l'autre mesure, est sa persistance et sa profondeur. Mais outre les \u00e9carts \u00e9conomiques, de revenu et de richesse, ceux-ci se traduisent et se reproduisent \u00e9galement dans de nombreux autres domaines de la vie sociale plus banale, pour ainsi dire, par laquelle passe 99% de la population. Dans ce contexte, s'il y a une caract\u00e9ristique qui d\u00e9finit ou marque l'exp\u00e9rience quotidienne de l'in\u00e9galit\u00e9 sociale, je crois que c'est une fragmentation sociale croissante et, dans certains cas, consolid\u00e9e. Cette intuition ou hypoth\u00e8se n'est pas un fait isol\u00e9. Juste avant la conclusion de ce texte, le prestigieux journal britannique <em>The Guardian <\/em>a publi\u00e9 une note intitul\u00e9e \"S'attaquer aux in\u00e9galit\u00e9s, c'est s'attaquer \u00e0 des divisions qui vont bien au-del\u00e0 des revenus\", qui commence par demander pourquoi les gens sont convaincus que les in\u00e9galit\u00e9s augmentent alors que les statistiques semblent sugg\u00e9rer le contraire.<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> C'est dans ce domaine que les sciences sociales ont un grand potentiel de contribution \u00e0 apporter.<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau de l'exp\u00e9rience, l'in\u00e9galit\u00e9 sociale est devenue de plus en plus multidimensionnelle et collective. Je ne fais pas seulement r\u00e9f\u00e9rence au fait qu'il existe plus d'une variable ou d'un axe d'in\u00e9galit\u00e9, mais surtout au fait que dans l'exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9, ces diff\u00e9rentes dimensions tendent \u00e0 converger et \u00e0 se chevaucher (dans les m\u00eames classes et les m\u00eames espaces). Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 de profondes in\u00e9galit\u00e9s dans les conditions de vie \u00e9conomiques de diff\u00e9rents secteurs sociaux, mais aussi et en m\u00eame temps \u00e0 des processus marqu\u00e9s de s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle et spatiale dans les villes, \u00e0 la segmentation du syst\u00e8me \u00e9ducatif en circuits scolaires in\u00e9gaux, \u00e0 l'universalisation stratifi\u00e9e des syst\u00e8mes de sant\u00e9 avec des prestations et des niveaux largement diff\u00e9renci\u00e9s, \u00e0 de multiples fractures dans les styles et les espaces de consommation et de divertissement, et m\u00eame \u00e0 des mod\u00e8les sociod\u00e9mographiques, \u00e0 des maladies \u00e9vitables et \u00e0 des esp\u00e9rances de vie qui diff\u00e8rent consid\u00e9rablement entre les secteurs. Les classes deviennent plus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dans leur composition, mais plus homog\u00e8nes et distantes dans leurs exp\u00e9riences quotidiennes. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces espaces qui nous permettent d'appr\u00e9hender la classe comme exp\u00e9rience, une conceptualisation de la classe comme exp\u00e9rience. <em>ex post<\/em> La classe qui peut \u00eatre analytiquement plus riche et plus \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du capitalisme d'aujourd'hui.<\/p>\n\n\n\n<p>L'in\u00e9galit\u00e9 des revenus n'implique pas n\u00e9cessairement la fragmentation ; elle se produit lorsque diff\u00e9rents espaces d'in\u00e9galit\u00e9 dans la ville (\u00e9cole, sant\u00e9, consommation, esp\u00e9rance de vie, pour ne citer que quelques exemples) co\u00efncident et se chevauchent. La fragmentation sociale s'exprime par la coexistence d'espaces d'inclusion in\u00e9gale qui s'excluent mutuellement (Sarav\u00ed, 2015). Chacun de ces espaces repr\u00e9sente un microcosme socialement, culturellement et \u00e9conomiquement homog\u00e8ne, dans lequel les individus sont socialis\u00e9s et leurs subjectivit\u00e9s construites d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge. Les exp\u00e9riences sociales partag\u00e9es et interclasses sont r\u00e9duites au minimum et les r\u00e9pertoires socioculturels respectifs sont \u00e9loign\u00e9s au point de devenir incommensurables dans certains cas. Il s'agit d'un processus que, au-del\u00e0 des fluctuations des mesures de la distribution fonctionnelle ou de la redistribution des revenus, nous observons dans les soci\u00e9t\u00e9s latino-am\u00e9ricaines depuis le d\u00e9but de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale, sans changements substantiels et plut\u00f4t avec une nette accentuation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette expression exp\u00e9rimentale de l'in\u00e9galit\u00e9, mais qui repr\u00e9sente un saut qualitatif par rapport \u00e0 sa conceptualisation classique (c'est pourquoi je pr\u00e9f\u00e8re l'appeler fragmentation), n\u00e9cessite, d'une part, de repenser les dimensions analytiques et, d'autre part, de r\u00e9\u00e9valuer les politiques qui permettraient de l'inverser. La diminution de l'indice de Gini ou l'augmentation de la part des salaires dans le revenu national brut (RNB) ne sont pas des facteurs de changement. <span class=\"small-caps\">pbi<\/span> A-t-elle permis de r\u00e9duire la segmentation \u00e9ducative, la s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle, l'in\u00e9galit\u00e9 exp\u00e9rientielle selon les termes de Therborn (2015), la fragmentation des services ou la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il peut \u00eatre n\u00e9cessaire d'examiner chaque cas et, en particulier, de pr\u00eater attention au r\u00f4le jou\u00e9 par l'\u00c9tat. Certains auteurs consid\u00e8rent que la politique fiscale peut repr\u00e9senter un facteur cl\u00e9 (Barry, 2002), d'autres sont sceptiques quant \u00e0 sa port\u00e9e (Lindenboim, 2008), mais au-del\u00e0 de la controverse, il convient de noter que s'il existe un \u00e9l\u00e9ment commun en Am\u00e9rique latine, m\u00eame dans ces ann\u00e9es de prosp\u00e9rit\u00e9, c'est qu'aucun pays de la r\u00e9gion n'a entrepris de r\u00e9forme fiscale substantielle et v\u00e9ritablement progressive.<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> En r\u00e9sum\u00e9, cela a un double effet en termes d'\u00e9quit\u00e9 en r\u00e9duisant la capacit\u00e9 de march\u00e9 des \u00e9lites (un aspect souvent sous-estim\u00e9) et en fournissant des ressources pour une citoyennet\u00e9 sociale plus universelle. L'origine de cette r\u00e9sistance nous oblige peut-\u00eatre, comme je l'ai dit pr\u00e9c\u00e9demment, \u00e0 examiner d'autres dimensions analytiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dimensions sociales et culturelles de l'in\u00e9galit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">En repensant les dimensions analytiques, j'entends compl\u00e9ter ou confronter la perspective \u00e9conomique en pr\u00eatant attention aux dimensions socioculturelles pr\u00e9sentes dans la construction et la reproduction de l'in\u00e9galit\u00e9. Les travaux de Charles Tilly (2000) ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement influents dans l'identification de deux m\u00e9canismes cl\u00e9s de l'in\u00e9galit\u00e9 cat\u00e9gorielle : l'exploitation et la th\u00e9saurisation des opportunit\u00e9s. En effet, il existe un large consensus sur la centralit\u00e9 de ces deux m\u00e9canismes, dont la syst\u00e9matisation est reprise dans de nombreuses autres \u00e9tudes ult\u00e9rieures, y compris celle de P\u00e9rez S\u00e1inz lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu'il s'agisse d'une contribution fondamentale qui m\u00e9rite l'attention, l'in\u00e9galit\u00e9 cat\u00e9gorielle est sous-tendue par deux processus qui pr\u00e9c\u00e8dent ces m\u00e9canismes : l'affectation des personnes \u00e0 diff\u00e9rentes cat\u00e9gories sociales et l'institutionnalisation de pratiques qui allouent in\u00e9galement des ressources \u00e0 ces cat\u00e9gories. Comme le souligne Douglas Massey (2007), ces deux processus ont constitu\u00e9 au fil du temps le substrat qui sous-tend l'acc\u00e8s diff\u00e9rentiel des individus aux ressources mat\u00e9rielles, symboliques et \u00e9motionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce recentrage des contributions de Tilly nous permet de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un ensemble de dimensions analytiques socioculturelles qui ont \u00e9t\u00e9 peu explor\u00e9es mais qui sont essentielles pour comprendre l'exp\u00e9rience quotidienne de l'in\u00e9galit\u00e9 au-del\u00e0 de sa dimension \u00e9conomique : la construction et l'interaction des cat\u00e9gories. En termes plus simples : comment les cat\u00e9gories d'in\u00e9galit\u00e9 sont-elles construites, comment assignons-nous diff\u00e9rentes personnes et diff\u00e9rents groupes les uns aux autres, quels attributs et quelles valeurs leur attribuons-nous, comment s'expriment-elles dans les hi\u00e9rarchies sociales et les relations de pouvoir ? Les processus de classification et de construction de fronti\u00e8res symboliques, de hi\u00e9rarchies sociales et d'\u00e9valuation, les interactions diff\u00e9rentielles ou l'h\u00e9g\u00e9monie d'un discours n\u00e9olib\u00e9ral qui se traduit par des pratiques et des sch\u00e9mas de pens\u00e9e sont quelques-unes des nombreuses autres dimensions qui nous permettent une approche plus directe de l'exp\u00e9rience v\u00e9cue de l'in\u00e9galit\u00e9. Nombre de ces dimensions op\u00e8rent de mani\u00e8re routini\u00e8re et inaper\u00e7ue dans la production et la reproduction des in\u00e9galit\u00e9s cat\u00e9gorielles, les faisant siennes m\u00eame chez les personnes les plus touch\u00e9es par les disparit\u00e9s structurelles (Lamont <em>et al<\/em>., 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Les recherches r\u00e9centes explorent les racines cognitives et les utilisations des cat\u00e9gories, ce qui ne signifie pas qu'il s'agisse de sch\u00e9mas de repr\u00e9sentation neutres. La construction (sociale) de ces cat\u00e9gories est impr\u00e9gn\u00e9e de charges \u00e9motionnelles et de valorisations qui constituent la base des pr\u00e9jug\u00e9s et des hi\u00e9rarchies sociales. Les diff\u00e9rents espaces dans lesquels les soci\u00e9t\u00e9s latino-am\u00e9ricaines sont fragment\u00e9es ne seraient pas viables sans les limites symboliques qui \u00e9tablissent des fronti\u00e8res entre les groupes de personnes, les choses et les lieux, et qui constituent la base de la stigmatisation et de la disqualification de certains, et de la valorisation et du prestige d'autres (Bay\u00f3n, 2016). La base de l'in\u00e9galit\u00e9 n'est pas les capitaux eux-m\u00eames, mais leur valorisation (Jodhka <em>et al<\/em>., 2018). Dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif, dans les espaces publics, dans les zones r\u00e9sidentielles ou dans les centres de consommation, l'in\u00e9galit\u00e9 dans l'allocation des ressources mat\u00e9rielles et symboliques repose sur ce pouvoir de classification sociale qui \u00e9tablit des hi\u00e9rarchies et des distances sociales qui transcendent et co\u00efncident avec le revenu (Camus, 2019 ; Bay\u00f3n et Sarav\u00ed, 2019b ; M\u00e1rquez, 2003, Carman, 2001). <em>et al<\/em>., 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces cat\u00e9gories, socialement construites puis constitu\u00e9es en instruments cognitifs des individus, se traduisent par des jugements et des \u00e9motions tels que la peur et la m\u00e9fiance, le m\u00e9pris, la reconnaissance, la sur\u00e9valuation, voire l'esth\u00e9tisation de l'un ou l'autre. Mais aussi, et en partie comme cons\u00e9quence de ces sentiments, en un ensemble de pratiques qui marquent les modes d'interaction et de sociabilit\u00e9 quotidiens : d'\u00e9vitement ou de rencontre, de rejet ou d'empathie, de m\u00e9pris ou d'admiration, pour ne citer que quelques exemples. L'in\u00e9galit\u00e9 est donc produite et reproduite, explicitement et involontairement, par les individus eux-m\u00eames \u00e0 travers leurs relations sociales dans la vie de tous les jours. Gr\u00e2ce \u00e0 des pratiques spontan\u00e9es d'\"association diff\u00e9rentielle\" (Bottero, 2007), les personnes dont on est et se sent le plus proche ont tendance \u00e0 se ressembler dans de nombreuses autres dimensions de l'in\u00e9galit\u00e9. Nous vivons dans des colonies, fr\u00e9quentons des \u00e9coles et consommons sur des march\u00e9s o\u00f9 nous nous sentons le plus \u00e0 l'aise et o\u00f9 nous \u00e9vitons ceux o\u00f9 nous ne nous sentons pas \u00e0 notre place ou dont nous sommes exclus (Bay\u00f3n et Sarav\u00ed, 2018). Il ne s'agit pas de pr\u00e9f\u00e9rences inn\u00e9es ou de simples choix de mode de vie, mais du r\u00e9sultat d'un processus de d\u00e9cantation (que nous devons approfondir) par lequel l'in\u00e9galit\u00e9 donne lieu \u00e0 une distanciation socioculturelle qui remod\u00e8le les mod\u00e8les de coexistence et de sociabilit\u00e9 (\u00c1lvarez Rivadulla, 2019 ; Bay\u00f3n et Sarav\u00ed, 2019a ; Segura, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>L'in\u00e9galit\u00e9 qui nous concerne correspond \u00e0 la p\u00e9riode de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. En ce sens, il est n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer une caract\u00e9ristique du n\u00e9olib\u00e9ralisme qui impr\u00e8gne et fa\u00e7onne l'in\u00e9galit\u00e9 contemporaine. Il ne s'agit pas seulement du n\u00e9olib\u00e9ralisme en tant qu'ordre \u00e9conomique (dont certains aspects sont trait\u00e9s dans le texte de P\u00e9rez S\u00e1inz), mais aussi en tant que processus qui g\u00e9n\u00e8re une s\u00e9rie de discours, de langages et de dispositions ayant une capacit\u00e9 disciplinaire. Ce que, \u00e0 la suite de Leal (2016), nous pourrions d\u00e9finir comme un sens commun n\u00e9olib\u00e9ral qui transcende m\u00eame les projets politiques d'une orientation ou d'une autre, et dont les caract\u00e9ristiques distinctives sont la conceptualisation des individus en tant que sujets autonomes, responsables d'eux-m\u00eames et entreprenants (une exaltation de l'individualisation). Dans ce discours, \"l'in\u00e9galit\u00e9 est d\u00e9politis\u00e9e et la classe semble se r\u00e9duire \u00e0 une question de caract\u00e8re et d'effort\" (Bay\u00f3n, 2019). La pauvret\u00e9 des uns et la richesse des autres sont l\u00e9gitim\u00e9es comme le r\u00e9sultat de d\u00e9faillances et de vertus personnelles (y compris morales), dissociant l'in\u00e9galit\u00e9 de ses racines structurelles et de ses fondements mat\u00e9riels. Ce sens commun impr\u00e8gne l'ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 - pas n\u00e9cessairement tous, mais clairement toute la stratification sociale - et conditionne notre exp\u00e9rience sociale et subjective quotidienne de l'in\u00e9galit\u00e9. Les formes que prennent aujourd'hui la l\u00e9gitimation et la tol\u00e9rance des in\u00e9galit\u00e9s, le sens du juste et de l'injuste, les sentiments de frustration et de ressentiment, les jugements moraux sur les privations et les privil\u00e8ges ou la reconnaissance sociale attribu\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents acteurs sont inintelligibles sans l'h\u00e9g\u00e9monie d'un discours n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est peut-\u00eatre dans toutes ces dimensions (et dans d'autres, comme l'accumulation d'avantages et de d\u00e9savantages) que nous trouvons l'explication de certains des paradoxes de l'in\u00e9galit\u00e9 sociale contemporaine en Am\u00e9rique latine. Ses bases mat\u00e9rielles sont incontestables, mais il en va de m\u00eame pour la participation de ces dimensions sociales et culturelles \u00e0 sa production et \u00e0 sa reproduction, ainsi qu'\u00e0 l'exp\u00e9rience sociale et subjective quotidienne de l'in\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le texte de Juan Pablo P\u00e9rez S\u00e1inz commence par une remise en question de l'imaginaire h\u00e9g\u00e9monique actuel de l'in\u00e9galit\u00e9, bas\u00e9 sur le revenu, et nous offre un nouveau regard qui se d\u00e9place vers la sph\u00e8re de la distribution factorielle et la dynamique de la d\u00e9responsabilisation. Avec cette r\u00e9flexion, j'ai voulu aller plus loin dans le d\u00e9fi lanc\u00e9 par l'auteur et proposer quelques cl\u00e9s et nouvelles approches pour comprendre l'exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les in\u00e9galit\u00e9s sociales vont bien au-del\u00e0 d'une question de revenus. Elles s'expriment au quotidien par des divisions profondes dans la qualit\u00e9 des \u00e9coles et des centres de sant\u00e9, par des diff\u00e9rences d'esp\u00e9rance de vie entre secteurs d'une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9, par la formation d'enclaves de pauvret\u00e9 et de zones r\u00e9sidentielles exclusives, ainsi que par l'\u00e9mergence de nouveaux mod\u00e8les de sociabilit\u00e9 et de reconnaissance sociale, entre autres. Ces processus de fragmentation sociale sont difficiles \u00e0 mesurer \u00e0 l'heure actuelle, et les indicateurs actuels d'in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique pris isol\u00e9ment ne peuvent pas en rendre compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe des dimensions sociales et culturelles qui m\u00e9ritent d'\u00eatre prises en compte et explor\u00e9es si nous voulons aborder l'exp\u00e9rience de l'in\u00e9galit\u00e9 et sa transformation. Ces dimensions sont \u00e9galement beaucoup plus persistantes et r\u00e9sistantes que les changements de revenus (ce qui peut expliquer la r\u00e9sistance aux r\u00e9formes fiscales progressives, par exemple). Cela ne signifie pas qu'elles sont immuables, mais qu'elles requi\u00e8rent notre attention. Dans de nombreux cas, ils constituent le substrat de la naturalisation de l'in\u00e9galit\u00e9. La re-politisation de l'in\u00e9galit\u00e9 exige que les sciences sociales la mettent en \u00e9vidence afin de permettre de nouvelles politiques de solidarit\u00e9 et d'\u00e9quit\u00e9. Si l'in\u00e9galit\u00e9 est multidimensionnelle, les politiques pour la contrer devraient l'\u00eatre aussi ; en ce sens, en violant momentan\u00e9ment l'engagement initial d'\u00e9viter les prescriptions, l'\u00c9tat a un r\u00f4le fondamental \u00e0 jouer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u00c1lvarez Rivadulla, Mar\u00eda J. (2019). \u201c\u00bfLos becados con los becados y los ricos con los ricos? 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Santiago de Chile: <span class=\"small-caps\">cepal<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Comisi\u00f3n Econ\u00f3mica para Am\u00e9rica Latina y el Caribe (<span class=\"small-caps\">cepal<\/span>)(2016). <em>Panorama Social de Am\u00e9rica Latina 2016<\/em>. Santiago de Chile: <span class=\"small-caps\">cepal<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Comisi\u00f3n Econ\u00f3mica para Am\u00e9rica Latina y el Caribe (<span class=\"small-caps\">cepal<\/span>)(2014). <em>Panorama Social de Am\u00e9rica Latina 2014<\/em>. Santiago de Chile: <span class=\"small-caps\">cepal<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Elias, Norbert y J. Scotson (2016). <em>Establecidos y marginados. 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Dans un premier temps, l'article passe en revue les donn\u00e9es les plus r\u00e9centes sur la distribution des revenus primaires et secondaires en Am\u00e9rique latine au cours des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es. Il appara\u00eet clairement que ces indicateurs ne correspondent pas n\u00e9cessairement \u00e0 l'exp\u00e9rience des diff\u00e9rentes classes sociales, qui connaissent une fragmentation et une distanciation croissantes de leurs exp\u00e9riences de vie, ce qui impose la n\u00e9cessit\u00e9 d'une approche ethnographique de l'in\u00e9galit\u00e9. Cette fragmentation ne peut \u00eatre comprise sans une analyse des m\u00e9canismes et des processus sociaux de classification sociale, qui l\u00e9gitiment les hi\u00e9rarchies et les \u00e9carts entre les classes sociales. Pour l'auteur, la disparit\u00e9 dans la distribution des revenus et des richesses est la cl\u00e9 de la gen\u00e8se de la fragmentation sociale, d'o\u00f9 la place centrale qu'il attribue au r\u00f4le que peut jouer l'\u00c9tat.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[361,521,420,522,520],"coauthors":[551],"class_list":["post-31273","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-34","tag-america-latina","tag-clase-social","tag-desigualdad","tag-experencia-de-la-desigualdad","tag-fragmentacion-social","personas-saravi-gonzalo-a","numeros-439"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>La desigualdad social en Am\u00e9rica Latina. 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