{"id":31216,"date":"2019-09-23T13:48:41","date_gmt":"2019-09-23T13:48:41","guid":{"rendered":"https:\/\/encartesantropologicos.mx\/wordpress\/?p=31216"},"modified":"2024-04-24T11:46:11","modified_gmt":"2024-04-24T17:46:11","slug":"feminismo-comunitario-guerrero-mexico","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/feminismo-comunitario-guerrero-mexico\/","title":{"rendered":"Conversations \u00e0 trois voix sur le f\u00e9minisme communautaire au Guerrero"},"content":{"rendered":"<p class=\"large-quote\">Dans nos territoires d'Abya Yala et ailleurs, les femmes qui ont lutt\u00e9 contre le patriarcat qui nous opprime ont longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme g\u00eanantes pour le syst\u00e8me. Nos grands-m\u00e8res n'ont pas seulement r\u00e9sist\u00e9, elles ont aussi propos\u00e9 et fait de leur vie et de leur corps des autonomies dangereuses pour les Incas et les Malkus patriarcaux. Elles n'ont pas \u00e9crit de livres, mais elles ont \u00e9crit dans la vie de tous les jours ce qu'aujourd'hui nous pouvons pressentir de ce qui reste apr\u00e8s tant d'invasions coloniales. Des yeux ouverts qui ne peuvent plus \u00eatre ferm\u00e9s parce qu'ils seraient d\u00e9loyaux envers nous-m\u00eames, nos s\u0153urs et nos anc\u00eatres.<\/p>\n<p>Julieta Paredes et la communaut\u00e9 de femmes Creando Comunidad (2014:37).<\/p>\n<p><p class=\"no-indent translation-block\"><span class=\"dropcap\">F<\/span>Depuis les terres boliviennes, la proposition de f\u00e9minisme communautaire avanc\u00e9e par Julieta Paredes et la Communaut\u00e9 de Femmes Creando Comunidad (2014)<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\" target=\"_self\">1<\/a> s'est diffus\u00e9e et a trouv\u00e9 un \u00e9cho dans de multiples collectifs, dans les processus d'organisation des femmes, non seulement dans les sph\u00e8res indig\u00e8nes, rurales ou communautaires, mais aussi dans les groupes de r\u00e9flexion urbains, populaires, \u00e9tudiants et chercheurs, et en g\u00e9n\u00e9ral dans divers secteurs qui, en dialogue avec cette proposition, se reconnaissent comme f\u00e9ministes communautaires. L'un des endroits o\u00f9 elle a trouv\u00e9 un \u00e9cho est l'\u00e9tat de Guerrero, dans le sud du Mexique. Depuis plusieurs ann\u00e9es, des femmes indig\u00e8nes et afro-mexicaines des r\u00e9gions de la Monta\u00f1a, de la Costa Chica et de la zone centrale s'appellent \"f\u00e9ministes communautaires\". \u00c0 plusieurs reprises, elles ont pu partager des espaces de r\u00e9flexion avec Julieta Paredes dans leurs communaut\u00e9s, en articulant ce dialogue avec leurs propres recherches, les processus d'organisation locaux et les constructions collectives sur le r\u00f4le des femmes dans les espaces communautaires dont elles font partie.<\/p>\n<div class=\"video-wrap\"><div class=\"video\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/f5HnyNkhcGI\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen=\"\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/div><p class=\"leyenda\"><\/p><\/div>\n<p>La Costa Chica de Guerrero est une r\u00e9gion riche en histoires de lutte et en processus d'organisation communautaire qui remontent \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies. Outre les conflits de la gu\u00e9rilla des ann\u00e9es 1960, dirig\u00e9e par Genaro V\u00e1squez, il y a eu les exp\u00e9riences ult\u00e9rieures des organisations de producteurs de caf\u00e9, de la police communautaire, ainsi que de la coordination r\u00e9gionale des autorit\u00e9s communautaires (<span class=\"small-caps\">fissure),<\/span> et plus r\u00e9cemment l'Union des peuples et des organisations de l'\u00c9tat de Guerrero (<span class=\"small-caps\">upoeg)<\/span>. Les femmes ont jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental dans ces mouvements, en construisant \u00e0 la fois des organisations mixtes et leurs propres espaces de r\u00e9flexion et de renforcement. Il s'agit, entre autres, du r\u00e9seau de femmes promotrices de la justice et coordinatrices r\u00e9gionales au sein de la police communautaire, de la Casa de la Mujer Ind\u00edgena Nellys Palomo (Maison de la femme indig\u00e8ne Nellys Palomo) (<span class=\"small-caps\">cami<\/span>), les participantes aux tables rondes des femmes lors des r\u00e9unions de la <span class=\"small-caps\">crac<\/span>et plus r\u00e9cemment le r\u00e9seau de f\u00e9ministes communautaires pr\u00e9sent dans les r\u00e9gions de la c\u00f4te, de la montagne et du centre de l'\u00c9tat de Guerrero.<\/p>\n<p>Pendant de nombreuses ann\u00e9es, j'ai travaill\u00e9 dans certaines municipalit\u00e9s de la Costa Chica pour promouvoir les questions de sant\u00e9 sexuelle et g\u00e9n\u00e9sique, de genre et de droits des femmes, et j'ai \u00e9galement accompagn\u00e9 certains processus organisationnels de sages-femmes et de promoteurs de la sant\u00e9 dans la r\u00e9gion, \u00e0 partir d'une double position d'activiste et d'universitaire. Cela m'a permis d'observer un grand nombre de ces processus locaux dans lesquels les femmes <em>Na Saavi<\/em>, <em>Me'phaa<\/em>,<em> \u00d1omnda\u00e1<\/em> et les femmes afro-mexicaines ont \u00e9t\u00e9 activement impliqu\u00e9es, poussant \u00e0 la participation des femmes dans les espaces communautaires traditionnels, toujours avec beaucoup de force, mais en m\u00eame temps confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s pour ouvrir ces nouvelles br\u00e8ches.<\/p>\n<p>En juillet 2018, alors qu'il effectuait un travail de terrain dans la r\u00e9gion de Costa Chica-Monta\u00f1a (Guerrero), l'un des membres de l'\u00e9quipe d'intervention a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9. <em>Me'phaa<\/em>membre de la <span class=\"small-caps\">cami,<\/span> L'organisation avec laquelle je travaillais m'a invit\u00e9e \u00e0 l'accompagner \u00e0 une r\u00e9union de f\u00e9ministes communautaires de Guerrero, qui devait se tenir dans une autre municipalit\u00e9 voisine. J'\u00e9tais ravie de cette invitation, car bien que j'aie beaucoup entendu parler des \"f\u00e9ministes communautaires\", comme les appellent parfois les compa\u00f1eras de la r\u00e9gion, nous ne nous \u00e9tions rencontr\u00e9es qu'une seule fois, et j'\u00e9tais tr\u00e8s curieuse d'en apprendre un peu plus sur elles, car plusieurs des compa\u00f1eras qui sont des dirigeantes et des promotrices de la sant\u00e9 avec lesquelles je collabore avaient d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 divers espaces organis\u00e9s par ce groupe de f\u00e9ministes.<\/p>\n<p>Tout au long des journ\u00e9es de la r\u00e9union, ma profonde appr\u00e9ciation du travail qu'elles accomplissent n'a fait que cro\u00eetre, et j'ai progressivement pris conscience de la complexit\u00e9 de leurs histoires dans chaque r\u00e9gion. Dans la reconstruction de leurs itin\u00e9raires, il y avait des moments de r\u00e9alisations importantes qu'elles avaient accomplies collectivement, des espaces de force o\u00f9 elles se r\u00e9unissaient de temps en temps, des moments de tension o\u00f9 elles avaient \u00e9t\u00e9 remises en question ou carr\u00e9ment rejet\u00e9es par leurs communaut\u00e9s et d'autres groupes f\u00e9ministes ; des histoires racont\u00e9es \u00e0 plusieurs voix sur le mat\u00e9riel de vulgarisation qu'elles avaient produit pour partager leur pens\u00e9e. Les voix de femmes plus jeunes, qui \u00e9taient leurs propres filles et qui ont racont\u00e9 avec leurs propres mots ce que le f\u00e9minisme communautaire signifiait pour elles, ont \u00e9galement \u00e9merg\u00e9. Tout cela a \u00e9t\u00e9 tiss\u00e9 ensemble pendant deux jours, en pla\u00e7ant le mot au bord de la mer, en assurant des zones de soins collectifs pour les jeunes fils et filles qui les accompagnaient, en fournissant des espaces de soins pour les uns et les autres le soir, y compris celui du rire th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Lorsque nous sommes rentr\u00e9es chez nous apr\u00e8s la r\u00e9union, nous avons discut\u00e9 avec deux compa\u00f1eras de la r\u00e9gion de la Monta\u00f1a qui \u00e9taient pr\u00e9sentes de ce que cela signifiait pour elles, en tant que femmes indig\u00e8nes de Guerrero, d'\u00eatre des f\u00e9ministes communautaires. Autour d'un caf\u00e9 matinal rempli de rires, les questions, les r\u00e9ponses et les r\u00e9flexions communes sur ce que cela signifiait ont \u00e9t\u00e9 tiss\u00e9es ensemble.<\/p>\n<p>Voici quelques extraits de ce dialogue entre deux femmes <em>Me'phaa<\/em>Tranquilina Morales, f\u00e9ministe communautaire des montagnes de Guerrero, et anthropologue f\u00e9ministe int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 mieux comprendre cette proposition. Tranquilina Morales, promotrice de sant\u00e9 communautaire, membre de la Casa de la Mujer Ind\u00edgena Nellys Palomo, et actuellement \u00e9tudiante en obst\u00e9trique \u00e0 l'\u00e9cole professionnelle d'obst\u00e9trique de Tlapa, ainsi que Mar\u00eda del Carmen Mej\u00eda, enseignante depuis plusieurs ann\u00e9es dans une \u00e9cole primaire de la r\u00e9gion, et toutes deux dirigeantes locales, sont les protagonistes de cet entretien. Il ne s'agit pas de \"porte-parole\" ou d'une position \"officielle\" sur ce qu'est le f\u00e9minisme communautaire, mais de ce que cette approche signifie pour elles dans leur vie et comment elle est li\u00e9e \u00e0 leur propre identit\u00e9.<\/p>\n<h2>\"Les femmes sont la moiti\u00e9 de chaque village R\u00e9flexion sur le f\u00e9minisme communautaire...<\/h2>\n<p class=\"abstract\">Cette phrase au d\u00e9but du livre de <em>Mise au point<\/em> (Murs <em>et al<\/em>2014), a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 de multiples reprises par les participantes \u00e0 la r\u00e9union. Elle est apparue comme l'un des principaux points de convergence entre ce qui est propos\u00e9 en Bolivie comme l'engagement politique du f\u00e9minisme communautaire et leur exp\u00e9rience de lutte dans l'espace de chaque village pour que cela soit reconnu. La question qui a lanc\u00e9 notre conversation \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment la suivante : qu'est-ce que le f\u00e9minisme communautaire pour vous ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>Carmen<\/strong><\/span>En particulier, pour moi, le f\u00e9minisme communautaire consiste \u00e0 travailler avec des hommes et des femmes, l\u00e0 o\u00f9 il y a \u00e9galit\u00e9, parce que parfois nous faisons des erreurs, parfois en tant que femmes nous disons : \"nous sommes \u00e9gales\". Non, nous ne sommes \u00e9gaux avec personne, et nous devons \u00eatre \u00e9gaux, il doit y avoir une \u00e9galit\u00e9 pour que nous puissions nous aider les uns les autres, que les hommes et les femmes s'aident les uns les autres. Parce que parfois, en tant que femmes, nous nous plaignons et nous disons : les hommes sont abusifs, les hommes frappent, les hommes sont violents ; mais ce que j'aime ici, c'est que nous pouvons \u00eatre \u00e9gaux et que nous pouvons nous aider les uns les autres, hommes et femmes. Le f\u00e9minisme communautaire, c'est travailler en \u00e9quipe : hommes, femmes, enfants, adolescents, et enseigner aux enfants non pas comment ils doivent \u00eatre, mais comment ils doivent faire ; ce sont des choses diff\u00e9rentes, parce que c'est \u00e0 eux de d\u00e9cider comment ils veulent faire, mais nous faisons notre petit travail avec eux. Le f\u00e9minisme communautaire, c'est travailler en \u00e9quipe, sauver ce que nous avons, sauver ce que nos grands-m\u00e8res nous ont appris. Par exemple, en tant que Tlapanecas, nous avons de nombreuses traditions ; plus personne ne porte nos costumes, et c'est quelque chose que j'aimerais : revenir \u00e0 porter nos v\u00eatements.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>Tranquilina<\/strong><\/span>Pour moi, le f\u00e9minisme communautaire est un espace o\u00f9 nous, les femmes, nous rencontrons et parlons de ce que nous vivons, c'est-\u00e0-dire un espace o\u00f9 l'on peut se d\u00e9fouler, o\u00f9 l'on nous \u00e9coute vraiment et o\u00f9 l'on partage des sentiments, des \u00e9motions, des sentiments. Par exemple, avec d'autres femmes qui ont particip\u00e9, j'ai r\u00e9alis\u00e9 que nous avons tellement de choses que nous ne pouvons pas sortir \u00e0 la maison, parce que nous sommes toujours \u00e0 la maison, ou nous avons d'autres choses \u00e0 faire, mais nous ne parlons jamais de \"regarde, j'ai besoin de \u00e7a\", \"je me sens mal\", \"\u00e7a m'arrive\" ; c'est comme s'il n'y avait pas ces espaces, et dans ce f\u00e9minisme, il y en a, parce que nous nous \u00e9coutons les unes les autres, nous parlons de comment tu vas, comment va ton c\u0153ur ? C'est un espace o\u00f9 nous pouvons exprimer nos sentiments, ouvrir nos c\u0153urs et savoir que nous ne sommes pas seules, parce que nous venons de r\u00e9gions diff\u00e9rentes et que nous vivons toutes des moments diff\u00e9rents, mais savoir qu'il y a d'autres compa\u00f1eras et qu'elles vont de l'avant, c'est aussi un encouragement. \"Et quand vous savez cela, vous r\u00e9alisez que vous n'\u00eates pas la seule \u00e0 souffrir, et vous pouvez alors voir les choses diff\u00e9remment : \"Oh, alors je peux aussi me donner \u00e0 fond, parce que nous avons entendu des histoires bien plus fortes, et \u00e7a fait mal\". Pour moi, le f\u00e9minisme communautaire est comme une sororit\u00e9, et nous nous appelons toujours \"s\u0153urs\" ; ce n'est pas parce que nous sommes contre les hommes, mais pour marcher ensemble, ni plus ni moins, mais pour marcher ensemble, \u00e9paule contre \u00e9paule. C'est ainsi, parce qu'on nous a toujours dit : \"ce sont des f\u00e9ministes, des f\u00e9minazis\", comme un mauvais concept, mais nous sommes des f\u00e9ministes communautaires et nous ne sommes pas contre les hommes, au contraire, nous devons \u00eatre jumel\u00e9es avec eux, parce que c'est la raison de la vie, les femmes seules, non ; les hommes seuls, non, et donc eux et nous devons marcher coude \u00e0 coude et enseigner aux jeunes, aux enfants, aux petits-enfants, \u00e0 ceux qui viennent. Pour moi, c'est cela le f\u00e9minisme communautaire, c'est un espace d'\u00e9coute.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>Lina<\/strong><\/span>Il semble qu'il y ait une dimension \u00e9motionnelle et affective tr\u00e8s importante dans la mani\u00e8re dont vous appr\u00e9ciez ou construisez ces espaces de f\u00e9minisme communautaire.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>: Oui, ici en montagne, la plupart d'entre nous se sont vus tranquilles ; quand on rencontre ceux du centre et de la c\u00f4te, ils sont plus ouverts, mais c'est aussi li\u00e9 \u00e0 notre contexte, parce qu'ici en montagne, il y a encore beaucoup de \" ne fais pas ci, ne fais pas \u00e7a \" ; Mais par exemple, ceux de la c\u00f4te, ils sont un peu plus lib\u00e9r\u00e9s, donc ils sont comme \u00e7a, mais \u00e7a ne veut pas dire qu'ils sont avanc\u00e9s et que nous sommes en retard, mais que chacun de nous, dans son propre contexte, est en train de prendre la vague, et \u00e7a nous fait nous unir, parce que d'une certaine mani\u00e8re ils vivent aussi la violence, le fait qu'ils se d\u00e9fendent et tout, mais ce sont aussi des femmes et elles vivent la violence, elles vivent les abus et c'est compliqu\u00e9, mais quand on est ensemble on se dit : \"yes we can !\". C'est ainsi que se pr\u00e9sente la situation, elle est compliqu\u00e9e, mais lorsque nous sommes tous ensemble, nous disons \"oui, nous pouvons\", de l\u00e0 o\u00f9 nous sommes, oui, nous pouvons, et nous devons continuer \u00e0 nous \u00e9couter les uns les autres.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Dans la proposition de Julieta Paredes et dans ce que vous avez mentionn\u00e9 lors de la r\u00e9union, une grande importance a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e au fait que les femmes sont la moiti\u00e9 de tout. Dans cette r\u00e9gion, il existe des syst\u00e8mes communautaires depuis tr\u00e8s longtemps et les femmes ont toujours fait partie des syst\u00e8mes communautaires ; il y a eu des femmes dirigeantes dans ces syst\u00e8mes. Que propose le f\u00e9minisme communautaire, en reconnaissant cette histoire tout en en construisant une autre, serait-ce une vision diff\u00e9rente du point de vue du f\u00e9minisme communautaire ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>C.<\/strong><\/span>C'est l\u00e0 qu'il faut parler aux hommes ; celles d'entre nous qui vivent le f\u00e9minisme communautaire doivent parler \u00e0 leurs fr\u00e8res, \u00e0 leurs p\u00e8res, \u00e0 leurs oncles et \u00e0 leurs tantes. La famille elle-m\u00eame dit : \"ma fille, mais ils ne te laisseront pas participer, je ne peux pas te d\u00e9fendre toute seule\". Bien s\u00fbr, mais nous sommes plusieurs et ce que nous faisons, c'est travailler \u00e0 la maison, faire d'autres activit\u00e9s comme les onguents et ainsi de suite, et nous parlons aux femmes de la fa\u00e7on dont nous ne devrions pas nous laisser violer, nous sommes trop intelligentes, nous devrions chercher d'autres fa\u00e7ons de marcher, et elles peuvent participer sans crainte, et c'est ce sur quoi nous travaillons, faire des choses sans cr\u00e9er de conflit, et c'est aussi ce que fait Acatl\u00e1n.<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> Nous sommes partis de chez nous, nous avons grandi petit \u00e0 petit ; avant, il n'y avait que moi, et maintenant, dans le village, ceux qui sont partis et ceux qui sont rest\u00e9s... nous sommes d\u00e9j\u00e0 nombreux.<\/p>\n<h2>Retracer les \u00e9tapes<\/h2>\n<p class=\"abstract\">En regardant le chemin parcouru, ils font le point sur les compagnons qu'ils ont promus et les moments importants de leur histoire.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><strong><span style=\"color: #7d5a03;\">T.<\/span><\/strong>Cette histoire a \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d'une grande contribution et d'une aide consid\u00e9rable de la part des partenaires du Centre \u0153cum\u00e9nique (<span class=\"small-caps\">ce<\/span>), parce qu'il n'y avait pas de financement au d\u00e9part ; bien plus t\u00f4t, c'\u00e9tait la CE qui cherchait des ressources et nous organisait : \"Voyons, camarades des montagnes, participons \u00e0 un atelier ; ou bien, qu'en pensez-vous, nous le ferons dans la <span class=\"small-caps\">cami\",<\/span><a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> Et c'est ainsi que nous nous sommes organis\u00e9s : les camarades du Centre, les camarades de Costa sont venus. Comme ils sont tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans les organisations communautaires, ils recherchent des femmes qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'avant-garde d'une lutte, et aussi les camarades du Centre, les camarades de Costa. <span class=\"small-caps\">ce<\/span> Elles ont dit que nous ne devrions pas juger, que nous devrions nous \u00e9couter les unes les autres, parce que nous avons toutes \u00e9t\u00e9 des femmes, nous avons toutes \u00e9t\u00e9 discrimin\u00e9es, et toutes ces choses tombent sur le corps des femmes.<\/p>\n<p class=\"abstract\">Par-dessus tout, ce que Julieta Paredes nous a enseign\u00e9 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s important pour nous ; elle est notre source d'inspiration dans notre voyage, car c'est gr\u00e2ce \u00e0 elle que nous l'avons vu ; nous faisons ce qu'elle dit ici, sauf que nous ne lui avons peut-\u00eatre pas donn\u00e9 le nom de f\u00e9minisme communautaire, parce que les luttes des femmes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, et Julieta Paredes est venue nous dire : \"vous le faites d\u00e9j\u00e0, continuez \u00e0 le faire !<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Comment ce f\u00e9minisme communautaire est-il interpr\u00e9t\u00e9 dans les communaut\u00e9s ? Parce qu'en m\u00eame temps qu'elles disent que Julieta leur a donn\u00e9 de la force, lorsqu'elle s'est rendue dans des communaut\u00e9s comme Cruz Grande ou Ayutla, certaines personnes l'ont \u00e9galement interpr\u00e9t\u00e9 comme une menace ou comme quelque chose qui peut \u00eatre tr\u00e8s conflictuel. Comment \u00e9voluent-elles dans cette tension ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>Beaucoup de gens nous disent et nous ont dit : \"Pourquoi le f\u00e9minisme ? Pourquoi les femmes ne prennent-elles pas part \u00e0 la lutte ? Parce que le f\u00e9minisme semble tr\u00e8s laid, tr\u00e8s anti-hommes\". Et ils sont effray\u00e9s par le nom, ils ont peur, mais ce que nous leur disons, c'est que nous ne voulons pas supprimer les hommes, mais au contraire, nous voyons que les hommes sont tr\u00e8s importants, et donc nous ne pouvons pas vivre sans les hommes et les hommes ne peuvent pas vivre sans les femmes, et dans ce f\u00e9minisme nous ne sommes pas contre eux, et certains, pas tous, sont effray\u00e9s et disent : \"pourquoi ne changez-vous pas de nom ?\"Et nous disons que le f\u00e9minisme est le nom, mais les luttes des femmes existent depuis toujours et dans toutes les communaut\u00e9s, il est tr\u00e8s difficile pour une femme de prendre des d\u00e9cisions, parce qu'elle est toujours attaqu\u00e9e, parfois par les femmes elles-m\u00eames, que si une m\u00e8re c\u00e9libataire assiste aux assembl\u00e9es et qu'elles lui donnent un poste, alors elles sont elles-m\u00eames en train de raconter qu'elle ne fera rien au poste de police, mais qu'elle sera heureuse, qu'elle sera une amante avec ceux qui sont l\u00e0. C'est tr\u00e8s fort, la fa\u00e7on dont nous, les femmes, classons les autres, et c'est un d\u00e9fi dans la communaut\u00e9 parce que ce n'est pas facile, mais c'est toujours petit \u00e0 petit.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Vous \u00eates dans un espace o\u00f9, d'une part, vous \u00eates regard\u00e9e avec r\u00e9serve au niveau communautaire et o\u00f9, d'autre part, vous vous \u00eates sentie remise en question par d'autres f\u00e9minismes ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>C.<\/strong><\/span>Oui, certaines personnes nous expliquent pourquoi nous travaillons de cette mani\u00e8re, ou pourquoi nous travaillons sur l'\u00e9quit\u00e9 ou avec les hommes. Mais... qui rend les hommes violents ? Si je ne le laisse pas participer, si je ne le laisse pas participer, m\u00eame si ma fille fait une erreur, j'attire son attention, mais il doit le faire aussi. Si je ne le laisse pas participer, je lui retire \u00e9galement son droit. Il s'agit de se donner la permission que l'autre personne doit \u00e9galement soutenir cette partie. Mais nous avions un doute : faisons-nous fausse route ? Nous en avons parl\u00e9 avec les camarades et ils nous ont dit : ils ne se trompent pas, ils font bien leur travail, ils font bien leur travail, c'est juste qu'ils (d'autres organisations f\u00e9ministes), parce qu'ils ont quelque chose de plus ancr\u00e9, de plus organis\u00e9, et parce que nous les avons accompagn\u00e9s dans les marches \u00e0 Chilpancingo, ils ont pris une partie, mais pas toute l'essence de ce que nous sommes. Si vous ne prenez qu'une partie de ce qu'est le f\u00e9minisme communautaire, vous ne travaillez pas avec le f\u00e9minisme communautaire, parce qu'en r\u00e9alit\u00e9 vous ne prenez que ce qui vous int\u00e9resse, et en prenant ce qui vous int\u00e9resse, vous donnez une mauvaise image \u00e0 l'autre personne, parce qu'il semble que c'est la m\u00eame chose, mais ce n'est pas le cas, parce que nous faisons en sorte que ce voyage inclue \u00e9galement les hommes. Si nos p\u00e8res \u00e9taient violents envers nous, nous ne devrions pas laisser nos maris \u00eatre violents envers nous, mais nous devrions chercher un moyen de travailler dessus. Il y a une partie du f\u00e9minisme communautaire que nous aimons, c'est qu'il nous apprend \u00e0 \u00eatre de bons \u00eatres humains.<\/p>\n<h2>Dialogues et malentendus avec d'autres f\u00e9minismes<\/h2>\n<p class=\"large-quote\">Le f\u00e9minisme est la lutte et la proposition de vie politique de toute femme, partout dans le monde, \u00e0 n'importe quelle \u00e9tape de l'histoire, qui s'est rebell\u00e9e contre le patriarcat qui l'opprime. Cette d\u00e9finition nous permet de nous reconna\u00eetre comme filles et petites-filles de nos propres arri\u00e8re-arri\u00e8re-grands-m\u00e8res aymara, quechua et guarani, rebelles et anti-patriarcales. Elle nous positionne \u00e9galement en tant que s\u0153urs d'autres f\u00e9ministes dans le monde et nous positionne politiquement face au f\u00e9minisme occidental h\u00e9g\u00e9monique.<\/p>\n<p>Julieta Paredes et la communaut\u00e9 de femmes Creando Comunidad (2014:76).<\/p>\n<p class=\"abstract\">Julieta Paredes remet fortement en question le f\u00e9minisme lib\u00e9ral et propose une rupture \u00e9pist\u00e9mologique entre le f\u00e9minisme lib\u00e9ral et le f\u00e9minisme communautaire. Le deuxi\u00e8me chapitre de <em>Mise au point<\/em> souligne un certain nombre de diff\u00e9rences avec le f\u00e9minisme occidental, en faisant appel \u00e0 la paire compl\u00e9mentaire du f\u00e9minisme communautaire.<\/p>\n<p class=\"large-quote\">En Occident, le f\u00e9minisme signifie que les femmes se positionnent en tant qu'individus par rapport aux hommes. Nous nous r\u00e9f\u00e9rons aux deux principaux aspects du f\u00e9minisme, celui de l'\u00e9galit\u00e9 et celui de la diff\u00e9rence, c'est-\u00e0-dire les femmes \u00e9gales aux hommes ou les femmes diff\u00e9rentes des hommes, mais cela ne peut pas \u00eatre compris dans nos modes de vie ici en Bolivie, avec des conceptions communautaires fortes, c'est pourquoi nous avons propos\u00e9 en tant que f\u00e9ministes boliviennes de faire notre propre f\u00e9minisme, de nous penser \u00e0 partir de la r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle nous vivons. Nous ne voulons pas nous penser par rapport aux hommes, mais nous penser en tant que femmes et hommes par rapport \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Julieta Paredes et la communaut\u00e9 de femmes Creando Comunidad (2014:79).<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Vous avez parl\u00e9 d'itin\u00e9raires, de dialogues, de tensions. Quels sont les points sur lesquels vous \u00eates d'accord avec les autres f\u00e9minismes et quelles sont les diff\u00e9rences ? Pour le f\u00e9minisme communautaire, il est tr\u00e8s important de travailler main dans la main avec les hommes. Sur quels autres points \u00eates-vous d'accord avec les autres f\u00e9minismes ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>C.<\/strong><\/span>Nous sommes d'accord avec elle pour dire que les femmes doivent \u00eatre respect\u00e9es, qu'il ne doit plus y avoir de viols ou de meurtres de jeunes filles, nous sommes tous en faveur des femmes. Nous les soutenons en continuant \u00e0 les soutenir, mais pas en les insultant, m\u00eame si les insultes sont parfois n\u00e9cessaires. Je pense que nous sommes d'accord sur la lutte des femmes.<\/p>\n<p>Nous avons commenc\u00e9 sans savoir comment faire les choses, mais petit \u00e0 petit, d'autres f\u00e9ministes nous ont questionn\u00e9es ou se sont moqu\u00e9es de nous, et c'est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nous, en tant que camarades, avons dit : \"ah, eh bien, c'est arriv\u00e9\", et depuis lors, nous avons d\u00e9cid\u00e9 que ce que nous faisons dans le f\u00e9minisme communautaire ne devrait pas \u00eatre publi\u00e9 autant, parce que d'autres f\u00e9ministes ont commenc\u00e9 \u00e0 utiliser notre travail et ont ensuite demand\u00e9 des interviews, elles voulaient publier un livre, mais elles n'ont pas partag\u00e9 nos id\u00e9es. Notre lutte vient de la communaut\u00e9, telle que nous la vivons, et c'est un chemin que nous devons parcourir parce qu'il est long. Peut-\u00eatre que dans nos communaut\u00e9s d'origine, on ne parle pas de sa sexualit\u00e9, de son corps, c'est cach\u00e9, et c'est l\u00e0 que \u00e7a se complique, que ce soit dans les communaut\u00e9s ou dans nos propres communaut\u00e9s. <em>me'phaa<\/em> o <em>tu'un savi<\/em>C'est donc un d\u00e9fi que nous devons continuer \u00e0 relever parce qu'il est cach\u00e9, lorsque vous devez parler de votre corps, parce que c'est le point de d\u00e9part de la fa\u00e7on dont nous \u00e9duquons les gar\u00e7ons et les filles, la fa\u00e7on dont ils doivent se voir, parce que les gar\u00e7ons peuvent faire des choses, se laver, faire tout, et les filles peuvent faire la m\u00eame chose. Nous ne sommes peut-\u00eatre pas \u00e9gaux en termes de force physique, mais nous pouvons faire d'autres choses et nous pouvons alors enseigner aux enfants, en changeant l'id\u00e9e que si vous \u00eates une fille, vous ne jouerez qu'avec des poup\u00e9es et que si vous \u00eates un gar\u00e7on, vous ne jouerez qu'avec des voitures. Nous r\u00e9fl\u00e9chissons, nous travaillons sur tout cela \u00e0 partir d'un type d'\u00e9ducation diff\u00e9rent, mais le processus est encore long et nous apprenons, comme le disent nos coll\u00e8gues, \u00e0 apprendre \u00e0 apprendre.<\/p>\n<h2>Le f\u00e9minisme communautaire implique-t-il l'appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 ?<\/h2>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Peut-on \u00eatre f\u00e9ministe communautaire sans vivre dans une communaut\u00e9 ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>C.<\/strong><\/span>: Oui, on peut \u00eatre une f\u00e9ministe communautaire sans vivre dans une communaut\u00e9, parce que par exemple ici nous sommes une communaut\u00e9, ce n'est pas parce que nous vivons dans un village ou une petite ville que nous ne pouvons pas \u00eatre f\u00e9ministes, nous pouvons \u00eatre des f\u00e9ministes communautaires sans vivre dans un village, et beaucoup sont des f\u00e9ministes communautaires sans vivre dans un village ou dans un ranch.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><strong><span style=\"color: #ae7e04;\">L.<\/span><\/strong>Elle ne se d\u00e9finit donc pas exclusivement par l'appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 ou \u00e0 un syst\u00e8me communautaire.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>: Pour nous, une f\u00e9ministe communautaire peut \u00eatre une camarade qui a une position et qui fait un travail, elle vit un moment de service, des positions communautaires, et pour nous, si c'est une femme, c'est une f\u00e9ministe communautaire, et nous l'approcherions pour lui donner la valeur qu'elle a d\u00e9j\u00e0 et qu'elle doit continuer \u00e0 faire, parce que c'est ce que nous avons vu et nous avons en quelque sorte pris l'id\u00e9e du f\u00e9minisme communautaire, mais en r\u00e9alit\u00e9 nous faisions d\u00e9j\u00e0 des choses, nous faisons d\u00e9j\u00e0 des choses, peut-\u00eatre que nous ne l'avons pas nomm\u00e9 comme tel, mais quand l'id\u00e9e du f\u00e9minisme communautaire est apparue, nous avons en quelque sorte trouv\u00e9 notre place, \"c'est de l\u00e0 que nous venons\", avons-nous dit. Et pour de nombreuses femmes issues de la communaut\u00e9, elles font des choses qu'elles ne savent peut-\u00eatre pas encore comment nommer, mais elles disent : \"non, eh bien, je suis dans la lutte\". Pour nous, c'est large, ce n'est pas juste parce que vous \u00eates ici, juste parce que vous rendez service, mais le f\u00e9minisme est v\u00e9cu o\u00f9 que vous soyez, et la lutte, eh bien, que puis-je vous dire, c'est tr\u00e8s compliqu\u00e9 dans les communaut\u00e9s, mais c'est un suivi. Par exemple, \u00e0 Pascala (une communaut\u00e9), la sage-femme qui y est all\u00e9e a dit : \" Je n'ai pas particip\u00e9 \u00e0 beaucoup de ces ateliers, mais j'ai aim\u00e9 et je vais continuer \", mais elle s'est identifi\u00e9e : \" Je suis d'ici ; je fais des choses dans la communaut\u00e9, je ne l'ai pas vu, mais il n'y a pas que moi \u00e0 Pascala, beaucoup de femmes se r\u00e9unissent et discutent d'autres choses \". Elle s'est beaucoup identifi\u00e9e parce qu'elle a vu qu'il y avait une autre femme qui disait qu'elle avait \u00e9galement subi des violences, et elle a aim\u00e9 cette partie, le fait qu'elles en parlent, et c'est ce que le f\u00e9minisme vous rapproche, il vous dit : \"Ah oui, c'est vrai, c'est ce que je vis, c'est ce qui se passe et avant je ne me d\u00e9fendais pas et je pense que je suis d'ici\". Mais maintenant elle est venue, mais \u00e0 Pascala il y a beaucoup de femmes que j'ai invit\u00e9es et qui n'ont pas pu venir, ce sont des sages-femmes, des gu\u00e9risseuses et tant de femmes dans les communaut\u00e9s qui sont des gu\u00e9risseuses, et qui n'ont pas r\u00e9alis\u00e9 d'o\u00f9 elles venaient, peut-\u00eatre, ou qui ne sont pas encore dans une organisation, mais dans ma communaut\u00e9 nous nous identifions \u00e0 elles, et pour nous c'est du f\u00e9minisme communautaire, m\u00eame si elles ne s'appellent pas comme \u00e7a. Et cela fait partie de notre parcours, nous disons toujours que nous, les femmes, sommes la moiti\u00e9 de chaque village et que nous sommes imbriqu\u00e9es dans chaque communaut\u00e9.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Qu'est-ce qui, selon vous, fait que quelque chose construit \u00e0 partir d'une r\u00e9alit\u00e9 bolivienne ou andine \"colle\" avec cette r\u00e9alit\u00e9-ci ? O\u00f9 deux environnements, deux r\u00e9gions, deux histoires si diff\u00e9rentes se sont-elles rencontr\u00e9es ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>Je pense que nous avons \"cliqu\u00e9\" parce que les deux pays sont comme des peuples indig\u00e8nes et que chaque peuple indig\u00e8ne a sa propre culture, sa propre fa\u00e7on de voir les choses. <em>me'phaa <\/em>Nous voyons le monde, mais pas comme une chose, pas comme un objet, mais comme une autre personne qui prend soin de nous et nous prot\u00e8ge, parce que c'est ainsi que nous voyons notre colline, o\u00f9 nous allons demander la pluie, nous l'appelons le Tata Bengo, et pour nous, ce ne sont pas des collines ou des pierres que nous allons prier, mais c'est quelqu'un, c'est comme une personne qui est l\u00e0 et nous lui apportons des offrandes et nous lui demandons de prendre soin de nous, de nous prot\u00e9ger pour que les mauvaises pluies ne viennent pas, nous sentons qu'il nous \u00e9coute et qu'il nous prot\u00e9gera, et donc nous ne le voyons pas comme un objet ; Si je vois de la terre, du gravier ou du bois, je vais le vendre, mais c'est quelque chose qui prend soin de nous, qui nous nourrit, qui nous prot\u00e8ge, et c'est ce que nous voyons. \u00c9coutez donc la Bolivienne qui parle beaucoup de l'aymara, elle parle beaucoup de l'Abya Yala et c'est quelque chose dont ils ont pris soin \u00e0 partir de leur culture, de leurs racines, en traitant leurs collines et leurs eaux, donc la fa\u00e7on dont ils vivent, en prenant soin, parce qu'ils ont \u00e9galement connu la menace de l'exploitation mini\u00e8re, de la d\u00e9fense du territoire, ils ont \u00e9galement connu tout cela et nous aussi, donc c'est quelque chose qui est vrai, nous devons le d\u00e9fendre. Ils sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et les femmes sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, ils ont r\u00e9ussi, et nous avons aussi \u00e9t\u00e9 l\u00e0 (dans la d\u00e9fense du territoire) mais nous ne l'avons pas vu de cette fa\u00e7on, et c'est quelque chose qui nous a attir\u00e9es : nous devons nous rassembler, nous sommes \u00e9gales, nous allons ensemble, nous devons \u00eatre des s\u0153urs.<\/p>\n<h2>Le corps-territoire<\/h2>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Un autre point que vous travaillez et que vous mentionnez souvent est l'id\u00e9e du corps territorial. Comment l'imaginez-vous ? Comment le construisez-vous ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>Par exemple, ce qui m'est rest\u00e9, c'est notre corps en tant que femme, la fa\u00e7on dont nous voyons les choses, parce qu'on nous a aussi appris \u00e0 regarder la terre m\u00e8re, l'eau, l'air, le feu, tout cela, et \u00e0 partir de l\u00e0, nous partons aussi de l\u00e0. Et dans notre corps, il y a aussi des choses qui sont sem\u00e9es et r\u00e9colt\u00e9es lorsque nous donnons naissance \u00e0 des b\u00e9b\u00e9s, mais aussi \u00e0 travers nos corps qui ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s, discrimin\u00e9s, maltrait\u00e9s, assassin\u00e9s, beaucoup de choses passent \u00e0 travers nos corps et tout cela est l\u00e0 comme empil\u00e9, d'une certaine mani\u00e8re nos corps sont utilis\u00e9s en tant que femmes et encore plus si vous \u00eates indig\u00e8nes, et c'est ce qui nous a ouvert les yeux, ce dont parle Julieta Paredes, que nous avons beaucoup de choses dans notre corps, que nous sommes importantes et que nous devons donc les voir pour continuer \u00e0 semer, mais maintenant que nous savons tout ce que nous vivons, continuer avec notre corps \u00e0 semer diff\u00e9rentes choses, \u00e0 donner diff\u00e9rentes choses, tout en \u00e9tant toujours conscientes que c'est quelque chose de tr\u00e8s compliqu\u00e9, mais pas impossible, parce que c'est notre voyage. Et nous avons dit, ah, oui c'est vrai, nous avons vu nos grands-m\u00e8res et nos m\u00e8res qui ont v\u00e9cu tout cela, mais nous pouvons changer cela, parce que nous avons des droits, parce que nous sommes des femmes et que nous devons continuer \u00e0 appr\u00e9cier et \u00e0 voir cette partie de notre corps d'une mani\u00e8re diff\u00e9rente, que nous donnons la vie, et cela nous appelle (du f\u00e9minisme communautaire) parce que vous donnez la vie, et l'homme s\u00e8me une graine en vous mais celle qui la cultive c'est vous, qui en prenez soin et qui la fait grandir et grandir c'est vous. C'est donc quelque chose qui vous appelle, qui vous relie. Julieta nous a fait voir beaucoup de ces choses et, d'une certaine mani\u00e8re, certaines de nos grands-m\u00e8res le savaient, mais elles ne le d\u00e9fendaient pas en tant que tel. Mais elles l'avaient d\u00e9j\u00e0, et parfois, lorsque nous retournons en arri\u00e8re, nous faisons des entretiens avec les sages-femmes et nous nous disons \"ah bon, c'est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0\", alors que nous ne l'avions pas vu, et c'est aussi la m\u00e9moire de nos anc\u00eatres, parce qu'en elles se trouvent le savoir et ce qui est conserv\u00e9, qui n'a pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 ou \u00e9crit comme elles le font, comme Julieta le fait l\u00e0-bas avec les f\u00e9ministes, parce qu'elles \u00e9crivent d\u00e9j\u00e0 des livres et font beaucoup de choses. Nous ne le faisons pas, mais tout ce que nous faisons est stock\u00e9 dans nos m\u00e9moires, c'est juste que c'est stock\u00e9 et ils ont en quelque sorte allum\u00e9 cette lumi\u00e8re pour nous afin que nous puissions rechercher ce qui est dans nos m\u00e9moires autant que possible. <em>tu'un savi<\/em>, <em>me'phaa <\/em>Ce que nous avons, et s'il y en a beaucoup qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s, qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crits. Nous avons \u00e9galement vu les femmes qui ont men\u00e9 des batailles importantes, les biographies, et il y a de nombreuses biographies de femmes qui ont combattu et qui ne sont presque pas mentionn\u00e9es ; elles sont l\u00e0 mais on ne les voit pas, et pourquoi les hommes sont-ils l\u00e0 et pas les femmes ? Nous devons donc leur donner leur place, mais comme nous n'avons pas cherch\u00e9 ces choses, ces souvenirs, c'est comme s'ils \u00e9taient cach\u00e9s, mais nous disons, nous devons continuer, nous devons chercher, parce qu'il y en a, et aussi un exercice dans lequel nous nous enregistrons tous et nous faisons un exercice dans lequel je fais l'interview avec elle et j'\u00e9crirai sa vie et elle \u00e9crira la mienne, et nous ferons une biographie, parce que nous sommes tous importants. C'est ce qui nous a fait parler de notre corps, de notre m\u00e9moire, des territoires que nous formons et du fait que dans notre territoire, il y a de nombreux syst\u00e8mes et que nous y sommes inclus, parce que rien n'est s\u00e9par\u00e9, nous sommes tous impliqu\u00e9s dans presque tous les syst\u00e8mes, parce que notre syst\u00e8me n'est pas statique, mais en mouvement constant. Il est en constante \u00e9volution et c'est ainsi que nous nous fa\u00e7onnons, et c'est ce qui m'est rest\u00e9, et donc oui, c'est pourquoi je dis, \"Je suis d'ici, je suis connect\u00e9 ici\".<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ae7e04;\"><strong>L.<\/strong><\/span>Quelle est la relation que vous \u00e9tablissez entre le savoir des grands-m\u00e8res et le f\u00e9minisme communautaire ? Il semble que cela n'ait rien \u00e0 voir l'un avec l'autre, mais c'est une relation que vous \u00eates en train de construire.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>Nous travaillons collectivement, nous travaillons bien parce que nous soutenons les autres, nous ne faisons pas de livres et nous n'allons pas interviewer mengano perengano, nous apprenons, nous ne sommes pas \u00e9diteurs ou \u00e9crivains, mais nous faisons ce que nous pouvons, et dans le bulletin que nous publions, les femmes s'expriment du mieux qu'elles peuvent.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>C.<\/strong><\/span>Oui, c'est leur fa\u00e7on de s'exprimer et nous ne changeons pas ce qu'ils disent, nous ne pouvons pas changer ce qu'ils disent. Ceux d'entre nous qui ont entre 30 et 35 ans ne sont pas les m\u00eames que la g\u00e9n\u00e9ration qui a 40 ans ou plus. Chaque g\u00e9n\u00e9ration est diff\u00e9rente et nous devons respecter ces processus. Parfois, je vais dans les \u00e9coles et je leur dis : h\u00e9, je vais vous donner un atelier pour vos enfants, et certains directeurs me renvoient, mais je leur dis : un jour, ils m'appelleront. Et r\u00e9cemment, je suis all\u00e9e \u00e0 Tierra Colorada pour donner un atelier que je voulais donner \u00e0 l'\u00e9cole de ma fille et ils m'ont envoy\u00e9e en avion, et je l'ai donn\u00e9 dans une autre \u00e9cole, et les enfants demandaient quand je reviendrais pour continuer \u00e0 travailler, qu'ils aimaient parler d'autres sujets, de livres. J'ai dit aux enseignants qu'ils pouvaient aussi suivre un atelier.<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #7d5a03;\"><strong>T.<\/strong><\/span>Nous allons comme \u00e7a, nous sommes plusieurs, nous avons des camarades d'Oaxaca qui sont du f\u00e9minisme communautaire et il y a des vid\u00e9os ; aussi en 2015 \u00e0 Oaxaca Julieta \u00e9tait l\u00e0 aussi, nous avons fait cette activit\u00e9 et nous \u00e9tions l\u00e0, alors je me suis souvenue et j'ai dit : quand est-ce que je vais retourner \u00e0 Oaxaca ?<\/p>\n<p class=\"abstract\"><span style=\"color: #ffb400;\"><strong>C.<\/strong><\/span>Oui, nous apprenons les uns des autres. Par exemple, nous avons r\u00e9alis\u00e9 une vid\u00e9o pour Semillas sur ce qu'est le f\u00e9minisme communautaire,<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> Nous voyons aujourd'hui les r\u00e9sultats des femmes qui apprennent \u00e0 se voir en premier. Apprenez \u00e0 prendre soin de vous, apprenez \u00e0 prendre soin de votre sant\u00e9 et c'est ce que nous leur disons toujours lorsque nous commen\u00e7ons les ateliers : \"aimez-vous parce que si vous ne prenez pas soin de vous, cela signifie que vous n'aimez pas les gens qui vous entourent\".<\/p>\n<div class=\"video-wrap\"><div class=\"video\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/_wWgp3vMd7Y\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen=\"\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/div><p class=\"leyenda\"><\/p><\/div>\n<p>Nous devons gu\u00e9rir nos blessures, qui sont difficiles, bien s\u00fbr, elles laissent des cicatrices, elles laissent toujours des cicatrices, mais vous les regardez et vous dites : ce sont des souvenirs qui restent avec vous, mais vous ne les refaites pas comme \u00e7a, mais d'une mani\u00e8re diff\u00e9rente, et cela fait partie de ce dont je parle avec les femmes de mon village et elles viennent me parler d'elles-m\u00eames aussi. Nous devons gu\u00e9rir ces blessures, mais pour aider \u00e0 les gu\u00e9rir, nous avons besoin d'un espace pour nous-m\u00eames, et c'est ce que nous avons ici.<\/p>\n<p>C'est sur cette invitation \u00e0 la gu\u00e9rison, et avec beaucoup d'id\u00e9es qui flottent dans nos t\u00eates, que nous avons cl\u00f4tur\u00e9 notre conversation dans le rire et la gratitude. Echos, r\u00e9sonances et appel \u00e0 \u00e9largir notre \u00e9coute font partie de ce qui \u00e9merge de ces dialogues, jamais achev\u00e9s et toujours si n\u00e9cessaires.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Centro de Estudios Ecum\u00e9nicos (2015, 11 de diciembre). \u00bfPor qu\u00e9 soy feminista comunitaria? (archivo de video). https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=f5HnyNkhcGI. Disponible en: https:\/\/estudiosecumenicos.org.mx\/multimedia\/, consultado el 15 de agosto de 2019.<\/p>\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Julieta Paredes y la Comunidad de Mujeres Creando Comunidad (2014). <em>Hilando fino desde el feminismo comunitario<\/em>. M\u00e9xico: El Rebozo, Zapate\u00e1ndole, Lente Flotante, En cortito que\u2019 s palargo, AliFern AC., 2\u00aa edici\u00f3n.<\/p>\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Gasparello, Giovanna (2009). \u201cPolic\u00eda Comunitaria de Guerrero, investigaci\u00f3n y autonom\u00eda\u201d, <em>Pol\u00edtica y Cultura<\/em>, n\u00fam. 32, pp. 61-78.<\/p>\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">PhillyCAM (2018, 8 de mayo). <em>Julieta Paredes <\/em>(archivo de video). Disponible en: https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=f5HnyNkhcGI, consultado el 15 de agosto de 2019.<\/p>\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Sierra, Mar\u00eda Teresa (2017). \u201cAutonom\u00edas ind\u00edgenas y justicia de g\u00e9nero: las mujeres de la Polic\u00eda Comunitaria frente a la seguridad, las costumbres y los derechos\u201d, en R. Sieder (coord.), <em>Exigiendo justicia y seguridad. Mujeres ind\u00edgenas y pluralidades legales en Am\u00e9rica Latina.<\/em> M\u00e9xico: <span class=\"small-caps\">ciesas<\/span>.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici des extraits de ce dialogue entre deux femmes Me'phaa, f\u00e9ministes communautaires des montagnes du Guerrero, et une anthropologue f\u00e9ministe d\u00e9sireuse de mieux comprendre cette proposition. Il ne s'agit pas de \"porte-parole\" ou d'une position \"officielle\" sur ce qu'est le f\u00e9minisme communautaire, mais de ce que cette approche signifie pour elles dans leur vie et comment elle est li\u00e9e \u00e0 leur propre identit\u00e9.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[384,482,483,484,24,485],"coauthors":[551],"class_list":["post-31216","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-12","tag-feminismo","tag-feminismo-comunitario","tag-guerrero","tag-mephaa","tag-mexico","tag-mujeres-indigenas","personas-berrio-lina-rosa","personas-tranquilina-morales-y-maria-del-carmen-mejia","numeros-439"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Conversaciones a tres voces sobre el feminismo comunitario de Guerrero &#8211; 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