{"id":30930,"date":"2019-03-21T15:13:17","date_gmt":"2019-03-21T15:13:17","guid":{"rendered":"https:\/\/encartesantropologicos.mx\/wordpress\/?p=30930"},"modified":"2023-11-17T18:58:12","modified_gmt":"2023-11-18T00:58:12","slug":"coaccion-prensa-narcotrafico","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/coaccion-prensa-narcotrafico\/","title":{"rendered":"Le journalisme sous les feux de l'actualit\u00e9. M\u00e9thodes l\u00e9tales de coercition de la presse pendant la guerre contre la drogue."},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cet article analyse la coercition exerc\u00e9e contre la presse dans le nord-est du Mexique pendant la soi-disant guerre contre la drogue, en se basant sur les exp\u00e9riences de 10 journalistes d\u00e9plac\u00e9s entre 2010 et 2015. Il montre la lutte des groupes arm\u00e9s en pr\u00e9sence pour contr\u00f4ler la ligne \u00e9ditoriale des m\u00e9dias, ainsi que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des h\u00e9rauts qui se trouvent au milieu de la ligne de feu, le manque de protocoles de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s par les entreprises, et les liens existants entre les fonctionnaires publics et le crime organis\u00e9. Dans ce contexte, o\u00f9 les meurtres et les disparitions de journalistes restent impunis, des initiatives voient le jour pour rem\u00e9dier \u00e0 leur grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/guerra-contra-el-narcotrafico\/\" rel=\"tag\">guerre contre la drogue<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/libertad-de-expresion\/\" rel=\"tag\">libert\u00e9 d'expression<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/migracion-forzada\/\" rel=\"tag\">migration forc\u00e9e<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/periodismo-de-guerra\/\" rel=\"tag\">journalisme de guerre<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/periodistas-desplazados\/\" rel=\"tag\">journalistes d\u00e9plac\u00e9s<\/a><\/p>\n\n\n<p class=\"en-title\">Le journalisme sous les feux de l'actualit\u00e9. M\u00e9thodes l\u00e9tales de coercition de la presse pendant la guerre contre la drogue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Une analyse de la contrainte exerc\u00e9e sur la presse dans le nord-est du Mexique pendant la soi-disant \"guerre contre la drogue\", bas\u00e9e sur l'exp\u00e9rience de dix journalistes d\u00e9plac\u00e9s entre 2010 et 2015. Le texte r\u00e9v\u00e8le la lutte des groupes arm\u00e9s pour contr\u00f4ler les lignes \u00e9ditoriales des m\u00e9dias, ainsi que la position vuln\u00e9rable des messagers dans la ligne de mire en raison de l'absence de protocoles de s\u00e9curit\u00e9 que leurs employeurs pourraient mettre en place, ainsi que les connexions existantes entre les fonctionnaires et le crime organis\u00e9. Dans un contexte o\u00f9 les assassinats et disparitions de journalistes restent impunis, des initiatives organisationnelles visant \u00e0 compenser cette grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 professionnelle voient le jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\"><strong>Mots cl\u00e9s<\/strong>Les th\u00e8mes abord\u00e9s sont les suivants : la libert\u00e9 d'expression, les reportages de guerre, les migrations forc\u00e9es, les journalistes d\u00e9plac\u00e9s, la \"guerre contre la drogue\".<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract translation-block\"><span class=\"dropcap\">L'objectif de cet article est de montrer que lors de la guerre contre la drogue, men\u00e9e pendant le mandat de Felipe Calder\u00f3n (2006-2012), <a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\" target=\"_self\">1<\/a> les formes de coercition \u00e0 l'\u00e9gard de la presse dans le nord-est<\/a>,<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\" target=\"_self\">1<\/a> les formes de coercition \u00e0 l'\u00e9gard de la presse dans le nord-est<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\" target=\"_self\">2<\/a> ont \u00e9volu\u00e9 et sont devenues meurtri\u00e8res. Dans le contexte de la paramilitarisation du crime organis\u00e9, ph\u00e9nom\u00e8ne apparu dans le nord-est vers la fin du XXe si\u00e8cle,<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\" target=\"_self\">3<\/a> et de la militarisation de la s\u00e9curit\u00e9 publique, la logique de la corruption (Del Palacio, 2015) s'est d\u00e9plac\u00e9e vers l'utilisation de la violence meurtri\u00e8re, arm\u00e9e et des disparitions pour soumettre la presse. Le conflit arm\u00e9 s'est \u00e9galement d\u00e9roul\u00e9 dans le domaine de la communication, o\u00f9 les acteurs en conflit ont cherch\u00e9 \u00e0 contr\u00f4ler l'information.<\/p>\n\n\n\n<p>Le conflit arm\u00e9 en question correspond \u00e0 ce que Mary Kaldor (2001) a qualifi\u00e9 de <em>NOUVELLE GUERRE<\/em> o\u00f9 les \u00c9tats ne s'affrontent plus, mais o\u00f9 les luttes arm\u00e9es se d\u00e9roulent au sein m\u00eame des nations en raison de leur incapacit\u00e9 \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 l'effondrement de la soci\u00e9t\u00e9 ; des guerres o\u00f9 des arm\u00e9es irr\u00e9guli\u00e8res s'affrontent souvent et \"dans le meilleur des cas, nous assistons \u00e0 un combat asym\u00e9trique entre l'\u00c9tat et un autre acteur\" (Badie, 2016, p. 18). Selon Angus McSwann, il est beaucoup plus difficile de rendre compte des guerres de gu\u00e9rilla que des guerres conventionnelles et, d'apr\u00e8s son \"exp\u00e9rience au Salvador, de grands efforts ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s pour \u00e9viter ou influencer la couverture m\u00e9diatique. Le mensonge et la distorsion \u00e9taient des politiques courantes du gouvernement et de l'ambassade am\u00e9ricaine, et les gu\u00e9rillas ont \u00e9galement men\u00e9 une guerre de propagande\" (1999 : 20).<\/p>\n\n\n\n<p>Au Mexique, le trafic de drogue et le crime organis\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s comme l'ennemi \u00e0 abattre par l'\u00c9tat,<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> et le gouvernement a fait pression sur les m\u00e9dias pour qu'ils ne diffusent pas d'informations susceptibles de compromettre ses op\u00e9rations contre les \"trafiquants\" et pour qu'ils s'abstiennent de publier des textes - appel\u00e9s narco-messages - et des images terrifiantes, par exemple de victimes d\u00e9capit\u00e9es (Eiss, 2014). Ces images et ces textes, en tant que \"cibles de propagande\" des \"narcos\", ont circul\u00e9 dans des m\u00e9dias alternatifs, tels que les r\u00e9seaux sociaux, en particulier sur Blog del Narco (Eiss, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux pressions exerc\u00e9es par les acteurs arm\u00e9s l\u00e9gaux et ill\u00e9gaux pour contr\u00f4ler l'information, la pratique du journalisme, qui est par d\u00e9finition une pratique d\u00e9mocratique, a \u00e9t\u00e9 gravement affect\u00e9e dans le nord-est, ainsi que dans d'autres r\u00e9gions qui ont \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de ce nouveau type de guerre, faisant du Mexique l'un des pays les plus dangereux au monde pour la pratique du journalisme.<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a> Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les atteintes \u00e0 la libert\u00e9 d'expression se sont multipli\u00e9es de mani\u00e8re inqui\u00e9tante et les journalistes ont \u00e9t\u00e9 constamment assi\u00e9g\u00e9s pour contr\u00f4ler l'information.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation remet en question l'\u00e9tat de la d\u00e9mocratie au Mexique. Selon Daniela Pastrana, de l'organisation Periodistas de a Pie, aucun journaliste n'a disparu dans un pays d\u00e9mocratique, contrairement au Mexique, o\u00f9 un journaliste a disparu pour la premi\u00e8re fois en 2003.<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a> Depuis, 23 cas de disparitions ont eu lieu, et entre 2000 et 2016, une centaine de journalistes ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s, ce qui repr\u00e9sente un s\u00e9rieux recul pour la libert\u00e9 d'expression.<a class=\"anota\" id=\"anota7\" data-footnote=\"7\">7<\/a> Loin de changer, la tendance s'est consolid\u00e9e et 2016 a \u00e9t\u00e9 l'ann\u00e9e la plus meurtri\u00e8re au niveau national depuis le d\u00e9but du 21e si\u00e8cle (voir figure 1).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Graphique 1<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/ia801404.us.archive.org\/6\/items\/vol2-num3-imgs\/tabla-3.png\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"752x452\" data-index=\"0\" data-caption=\"Fuente: Elaboraci\u00f3n propia con base en Art\u00edculo 19 (2016a, 2016b).\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ia801404.us.archive.org\/6\/items\/vol2-num3-imgs\/tabla-3.png\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Source : \u00c9laboration propre sur la base de l'article 19 (2016a, 2016b).<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Comme le montre la figure 1, la p\u00e9riode d'aggravation des attaques contre la presse, sous la forme d'assassinats et de disparitions de journalistes, a commenc\u00e9 en 2006, lorsque la guerre contre le trafic de drogue a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e. D\u00e8s lors, outre les menaces, assassinats et disparitions perp\u00e9tr\u00e9s contre les journalistes dans le nord-est (voir figure 2), les si\u00e8ges des journaux et des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision ont \u00e9t\u00e9 pris pour cible avec des armes de forte puissance et des grenades, raison pour laquelle Jos\u00e9 Carlos Nava (2014) consid\u00e8re que l'on est pass\u00e9 d'une menace centr\u00e9e sur le reporter \u00e0 une attaque corporatiste-organisationnelle.<a class=\"anota\" id=\"anota8\" data-footnote=\"8\">8<\/a> Ces attaques ont gravement port\u00e9 atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d'expression, plusieurs m\u00e9dias ayant accept\u00e9 de ne pas publier sur des sujets susceptibles de faire l'objet de repr\u00e9sailles ; certains journalistes ont cess\u00e9 de travailler, tandis que d'autres ont pris des mesures pour prot\u00e9ger leur int\u00e9grit\u00e9 personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 dans la pratique du journalisme au Mexique et dans le Nord-Est n'est pas un fait nouveau et, \u00e0 la suite de Celia del Palacio, la corruption a \u00e9t\u00e9 une m\u00e9thode courante de contr\u00f4le de l'information sous la forme d'accords publicitaires,<a class=\"anota\" id=\"anota9\" data-footnote=\"9\">9<\/a> les dons en nature, les dons politiques<a class=\"anota\" id=\"anota10\" data-footnote=\"10\">10<\/a> et la protection des journalistes par le biais de commissions \u00e9tablies <em>ad hoc<\/em> (Del Palacio, 2015 : 33). Les journalistes sont vuln\u00e9rables aux int\u00e9r\u00eats des groupes de presse et des gouvernements, mais avec la guerre contre la drogue, les formes de coercition ont chang\u00e9 et sont devenues mortelles. Les relations qui \u00e9taient auparavant bas\u00e9es sur la confiance, par exemple entre les reporters et leurs informateurs, sont devenues dangereuses en raison de la puissance de feu de ces derniers et, surtout, des liens existants entre les acteurs l\u00e9gaux et ill\u00e9gaux qui garantissaient que les attaques contre la presse resteraient impunies.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note m\u00e9thodologique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Il convient d'expliquer que cette analyse d\u00e9coule d'une recherche sur les d\u00e9placements forc\u00e9s dans le nord-est du Mexique, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 un travail de terrain r\u00e9alis\u00e9 entre 2015 et 2016. L'\u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu'un nombre important de journalistes et de professionnels des m\u00e9dias ont \u00e9t\u00e9 contraints de se d\u00e9placer pour prot\u00e9ger leur vie et celle de leur famille proche. Dans ce contexte, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d'approfondir le cas sp\u00e9cifique de la presse et de la libert\u00e9 d'expression, c'est pourquoi cette analyse est bas\u00e9e sur les t\u00e9moignages de 10 communicateurs.<a class=\"anota\" id=\"anota11\" data-footnote=\"11\">11<\/a> d\u00e9plac\u00e9s du nord-est. Ils constituent la mati\u00e8re premi\u00e8re qui nous permet d'analyser la forme que prennent les menaces \u00e0 la libert\u00e9 d'expression dans le contexte de la guerre contre le trafic de drogue dans le nord-est.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 des donn\u00e9es sur les assassinats, les disparitions et les attaques perp\u00e9tr\u00e9es contre la presse dans le nord-est, nous montrerons que la guerre contre le trafic de drogue s'est \u00e9galement d\u00e9roul\u00e9e au niveau de la communication et que les acteurs arm\u00e9s ont men\u00e9 une lutte pour contr\u00f4ler la ligne \u00e9ditoriale des m\u00e9dias. Ainsi, les relations sociales, autrefois pacifiques et importantes pour la pratique du journalisme, sont devenues dangereuses. En l'absence de r\u00e9ponse des groupes de m\u00e9dias pour compenser la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des h\u00e9rauts, les journalistes se sont sentis comme des travailleurs jetables. Certaines couvertures sont devenues tr\u00e8s risqu\u00e9es, comme celles li\u00e9es aux liens entre le crime organis\u00e9 et les fonctionnaires, une situation qui a conduit \u00e0 la pratique de l'autocensure, mais aussi \u00e0 la construction de r\u00e9seaux de journalistes, avec le soutien des organisations de d\u00e9fense de la libert\u00e9 d'expression.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des meurtres, des disparitions et des attaques contre la presse dans le Nord-Est<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Entre 2000 et 2016, la presse a \u00e9t\u00e9 durement touch\u00e9e dans le nord-est : 31 journalistes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et 10 ont disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Meurtres et disparitions de communicateurs dans le nord-est (2000-2016)<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"image-slider\">\n                <div class=\"frame\">\n                    <div class=\"picture\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\">\n                        <figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\" class=\"slider-element\">\n                              <a href=\"https:\/\/ia601404.us.archive.org\/6\/items\/vol2-num3-imgs\/tabla-04.png\" itemprop=\"contentUrl\" data-size=\"923x584\" data-index=\"0\" data-caption=\"Fuente: Elaboraci\u00f3n propia con base en OPLA (2016) y la revisi\u00f3n de notas de prensa.\" >\n                                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ia601404.us.archive.org\/6\/items\/vol2-num3-imgs\/tabla-04.png\" itemprop=\"thumbnail\">\n                                <i class=\"fa fa-expand expand\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\n                            <\/a>\n                            <\/figure>                    <\/div>    \n                <\/div>\n                    <div class=\"caption\">Source : \u00c9laboration propre sur la base de l'OPLA (2016) et de l'examen des communiqu\u00e9s de presse.<\/div><div class=\"image-analysis\"><\/div>                <div class=\"bullets\"><\/div>\n            <\/div>\n\n\n\n<p>Pendant des ann\u00e9es, les assassinats de journalistes se sont limit\u00e9s \u00e0 Tamaulipas,<a class=\"anota\" id=\"anota12\" data-footnote=\"12\">12<\/a> et \u00e0 partir de 2006, ces attaques meurtri\u00e8res contre la libert\u00e9 d'expression se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es dans la r\u00e9gion du nord-est, avec notamment la disparition en 2006 et 2007 de journalistes \u00e0 Coahuila et Nuevo Le\u00f3n. Ces \u00e9v\u00e9nements sont sans pr\u00e9c\u00e9dent pour la profession et marquent le d\u00e9but d'une nouvelle \u00e8re pour la presse r\u00e9gionale, dans laquelle la violence meurtri\u00e8re et les disparitions deviennent une m\u00e9thode de coercition \u00e0 l'\u00e9gard de la presse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois disparitions ont \u00e9t\u00e9 li\u00e9es au crime organis\u00e9, soit en enqu\u00eatant sur celui-ci, soit en diffusant des messages sign\u00e9s par des groupes criminels et affich\u00e9s sur des banderoles dans les espaces publics (appel\u00e9s narcomensajes). Ces disparitions, en particulier celle du reporter de TV Azteca Monterrey et de son cam\u00e9raman en 2007, ont suscit\u00e9 la m\u00e9fiance des m\u00e9dias, car elles sugg\u00e9raient l'existence de liens avec le crime organis\u00e9 dans les salles de r\u00e9daction, g\u00e9n\u00e9ralement des reporters de la police. Le directeur \u00e9ditorial d'un m\u00e9dia de Nuevo Le\u00f3n explique :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Soudain, on s'est rendu compte qu'il y avait des journalistes qui arrivaient toujours les premiers et qui disaient aux autres : \"H\u00e9, vous savez quoi, ils me disent qu'il y a un corps, allons-y\" et ils emmenaient tout le monde, puis soudain ils arrivaient et apportaient \"vous savez, je vais apporter le d\u00eener\" et ils donnaient le d\u00eener \u00e0 tout le monde et ainsi de suite. Lorsque vous avez commenc\u00e9 \u00e0 localiser, il y a eu un moment o\u00f9 le cartel de Sinaloa avait son chef de presse et le cartel de Los Zetas le sien, l'un d'entre eux a disparu, [il] \u00e9tait le porte-parole de Los Zetas, tout le monde le sait..... Il a disparu avec son cam\u00e9raman, ils se sont mis \u00e0 parler de lui. Il a disparu avec son cam\u00e9raman, ils ne l'ont jamais retrouv\u00e9, etc., mais tout le monde sait qu'il \u00e9tait le porte-parole, qu'il disait \"h\u00e9, allons \u00e0 tel ou tel endroit\" et qu'il y allait soudainement, et qu'il distribuait parfois de l'argent \u00e0 tous les autres, qu'il \u00e9tait le porte-parole, le chef de presse.<a class=\"anota\" id=\"anota13\" data-footnote=\"13\">13<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame \u00e0 Tamaulipas, o\u00f9 les organisations criminelles disposaient d'attach\u00e9s de presse et o\u00f9 le contr\u00f4le de l'information ob\u00e9issait \u00e0 une logique de guerre et \u00e0 l'intention de dissimuler les pertes parmi les troupes de leur propre camp.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Si Los Zetas tuent 2 ou 3 personnes, il est \u00e9vident que cela est rapport\u00e9, c'est-\u00e0-dire que l'on sait qu'il y a des morts, vous pouvez recevoir un bulletin du bureau du procureur g\u00e9n\u00e9ral, puis quelqu'un de Los Zetas a un attach\u00e9 de presse, qui peut \u00eatre l'un d'entre eux ou un journaliste. Ce journaliste transmet la nouvelle \u00e0 tous les autres. Ainsi, par exemple, supposons qu'il y ait des victimes, Los Zetas disent que cela ne doit pas \u00eatre publi\u00e9, alors tous les r\u00e9dacteurs en chef de la police doivent \u00eatre inform\u00e9s, et les r\u00e9dacteurs en chef doivent informer leurs chefs de l'information et leur directeur que cela ne doit pas \u00eatre publi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, lorsque la lutte entre les acteurs arm\u00e9s s'est transform\u00e9e en guerre ouverte en 2010, la presse du nord-est a subi le plus grand nombre d'assassinats et de disparitions, en particulier dans le Tamaulipas : les m\u00e9dias et leurs travailleurs \u00e9taient dans la ligne de mire. D\u00e9but mars 2010, plusieurs reporters de diff\u00e9rents m\u00e9dias ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s dans le Tamaulipas ; l'un d'entre eux a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, tandis que cinq sont toujours port\u00e9s disparus. Alors que la lutte arm\u00e9e s'intensifie dans la r\u00e9gion, les journalistes, qu'ils soient locaux ou nationaux, ne sont pas les bienvenus. Le 4 mars 2010, le lendemain de leur enl\u00e8vement, un journaliste et un cam\u00e9raman de la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision <em>Mill\u00e9naire<\/em> de la capitale. Comme il s'agissait de m\u00e9dias nationaux, la situation tr\u00e8s grave de la presse dans le nord-est a \u00e9t\u00e9 largement rapport\u00e9e, et Ciro G\u00f3mez Leyva a d\u00e9clar\u00e9 : \"Dans de plus en plus de r\u00e9gions du Mexique, il est impossible de faire du journalisme. Le journalisme est mort \u00e0 Reynosa et un long etcetera\" (Documentemos los agravios, 4 mars 2010).<\/p>\n\n\n\n<p>Outre les disparitions, un autre type de menace terrorise la presse : des attaques \u00e0 l'arme lourde et \u00e0 la grenade contre les b\u00e2timents des m\u00e9dias, dans le but d'exercer une pression directe sur la ligne \u00e9ditoriale des journaux.<a class=\"anota\" id=\"anota14\" data-footnote=\"14\">14<\/a> Cette pratique, ainsi que la privation de libert\u00e9 (connue sous le nom de \"levant\u00f3n\"), a incit\u00e9 plusieurs m\u00e9dias \u00e0 ne plus couvrir les questions li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, au trafic de drogue et \u00e0 la criminalit\u00e9 organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Entre 2010 et 2013, des journaux tels que <em>Vanguard<\/em> de Saltillo, <em>Demain<\/em> de Nuevo Laredo et <em>Socle<\/em>publi\u00e9 dans quatre villes de Coahuila, a annonc\u00e9 sa d\u00e9cision de cesser de publier des informations relatives \u00e0 la criminalit\u00e9 et aux conflits violents entre groupes criminels organis\u00e9s. Les trois groupes de journalistes co\u00efncidaient dans leur argumentation : l'absence de conditions pour le libre exercice du journalisme et la d\u00e9cision de privil\u00e9gier la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs et de leurs familles par rapport \u00e0 l'information (Romero, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que la criminalit\u00e9 organis\u00e9e a intimid\u00e9 les reporters, elle a \u00e9galement attaqu\u00e9 les b\u00e2timents des m\u00e9dias et envoy\u00e9 des messages clairs aux propri\u00e9taires de journaux. \u00c0 propos du journal <em>Le Nord<\/em>Un c\u00e2ble du consul am\u00e9ricain \u00e0 Monterrey publi\u00e9 par Wikileaks rapporte que les propri\u00e9taires du journal ont \u00e9t\u00e9 menac\u00e9s et sont arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion qu'ils ne pouvaient pas compter sur l'arm\u00e9e pour les prot\u00e9ger,<a class=\"anota\" id=\"anota15\" data-footnote=\"15\">15<\/a> Ils ont donc pris diverses mesures pour pr\u00e9server leur int\u00e9grit\u00e9 personnelle.<a class=\"anota\" id=\"anota16\" data-footnote=\"16\">16<\/a> Malgr\u00e9 cela, les attaques contre lui se sont intensifi\u00e9es en 2012, apr\u00e8s la publication d'irr\u00e9gularit\u00e9s commises par des fonctionnaires de l'Institut de contr\u00f4le des v\u00e9hicules de Nuevo Le\u00f3n, qui \u00e9taient impliqu\u00e9s dans un r\u00e9seau criminel de vol de voitures (<em>Wall Street Journal<\/em>, 27 ao\u00fbt 2012).<\/p>\n\n\n\n<p>La question des liens entre les fonctionnaires et les criminels a \u00e9t\u00e9 au centre de nombreuses attaques contre la libert\u00e9 d'expression. Par exemple, dans la Comarca Lagunera, des journalistes et des employ\u00e9s de Televisa ont \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s \u00e0 l'\u00e9t\u00e9 2010, alors qu'ils couvraient une manifestation devant la prison de G\u00f3mez Palacio, apr\u00e8s que le directeur de la prison ait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d'\u00eatre responsable de laisser les criminels en libert\u00e9 la nuit. Dans ce contexte de si\u00e8ge constant contre la libert\u00e9 d'expression, plusieurs journalistes du nord-est se sont d\u00e9plac\u00e9s, seuls ou accompagn\u00e9s de leur famille. Nous analysons ci-dessous comment l'int\u00e9r\u00eat des groupes concurrents \u00e0 contr\u00f4ler la ligne \u00e9ditoriale a expos\u00e9 les communicateurs \u00e0 la victimisation, car ils se sont retrouv\u00e9s au milieu d'une guerre qui s'est \u00e9galement d\u00e9roul\u00e9e dans la sph\u00e8re de la communication.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La guerre des m\u00e9dias : les luttes pour le contr\u00f4le de la ligne \u00e9ditoriale<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Les personnes charg\u00e9es de d\u00e9finir la ligne \u00e9ditoriale, que ce soit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou dans la presse \u00e9crite, ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es aux tentatives de contr\u00f4le des acteurs arm\u00e9s du conflit, dans le cadre de leur strat\u00e9gie de guerre communicationnelle. Ils avaient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ne pas publier d'informations sur les pertes de leurs troupes, mais aussi \u00e0 prot\u00e9ger l'image publique de leur camp.<\/p>\n\n\n\n<p>Le directeur de l'information d'une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision se souvient que pendant des ann\u00e9es, alors qu'il \u00e9tait encore journaliste, la cha\u00eene a pu traiter de ce que l'on appelle la \"nota roja\" au Nuevo Le\u00f3n sans subir de pressions, m\u00eame pour ce qui est du trafic de stup\u00e9fiants. La situation a chang\u00e9 avec la guerre contre le trafic de drogue, et l'assassinat d'officiers de la police minist\u00e9rielle a \u00e9t\u00e9 un signe de la lutte entre les cartels :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">C'est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que la violence a encore augment\u00e9, lorsque Los Zetas sont arriv\u00e9s, ont pris le contr\u00f4le de tout et qu'un autre cartel est arriv\u00e9, le cartel de Sinaloa, et qu'ils ont tous essay\u00e9 de prendre le contr\u00f4le de la ville et qu'une guerre a commenc\u00e9. C'est ce qui a fait monter la violence au plus haut niveau, car dans une certaine mesure, Los Zetas ont pris le contr\u00f4le de la ville avec leurs enl\u00e8vements, leurs extorsions et tout le reste, mais il n'y a pas eu d'affrontements dans les rues, parce qu'ils avaient la criminalit\u00e9 sous contr\u00f4le. Lorsque l'autre cartel est arriv\u00e9, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 se battre pour la place, \u00e0 se disputer et \u00e0 se faire la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, les groupes criminels ont commenc\u00e9 \u00e0 s'inqui\u00e9ter du traitement des informations relatives \u00e0 leurs luttes. Les Zetas \u00e9taient de connivence avec la police et certains journalistes, qui servaient d'interm\u00e9diaires dans les salles de r\u00e9daction. Alors qu'il \u00e9tait directeur de l'information dans une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision, un membre d'un groupe criminel l'a un jour contact\u00e9 sur son t\u00e9l\u00e9phone portable personnel pour l'informer de son arriv\u00e9e dans la ville et exiger sa loyaut\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Un type s'est adress\u00e9 \u00e0 moi et m'a dit : \"Ecoutez, je suis untel, on m'appelle untel et je vous parle pour vous dire quelque chose, c'est comme une invitation ou un avertissement, comme vous voulez le prendre. Nous sommes du cartel de Sinaloa, nous venons d'arriver \u00e0 Monterrey, \u00e7a va devenir tr\u00e8s dur parce que nous allons nous battre pour la place, nous allons faire fuir ces salauds\", et je ne sais pas ce que et : \"Nous vous parlons juste pour que vous ne preniez pas parti, si vous recevez de l'argent, si vous avez un engagement avec Los Zetas, vous devez partir tout de suite. Si nous d\u00e9couvrons que vous recevez de l'argent, que vous avez un engagement quelconque avec Los Zetas, nous vous tuerons. Si j'apprends que l'un des v\u00f4tres re\u00e7oit de l'argent, qu'il a un engagement, nous le tuerons. En d'autres termes, c'est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je suis intervenu et que j'ai dit : \"attendez-moi, c'est bien, c'est bien, mais je vais r\u00e9pondre de mes collaborateurs, c'est bien, j'ai le contr\u00f4le de mes journalistes, mais je ne sais pas ce qu'ils font quand ils quittent leur travail\". Je lui ai dit : \"Je vais vous faciliter la t\u00e2che si vous, tous mes collaborateurs, savez qu'ils doivent \u00eatre honn\u00eates, qu'ils doivent vivre de leur salaire parce qu'ici, la politique de l'entreprise est que cela n'est pas autoris\u00e9\" et c'\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9, c'est-\u00e0-dire que l'entreprise avait une politique tr\u00e8s stricte dans ce sens. Pour des raisons de survie, on ne peut pas permettre \u00e0 quelqu'un d'\u00eatre avec les trafiquants de drogue parce que nous sommes tous en danger, alors vous savez, personne, je leur ai toujours dit, personne n'accepte d'argent ou d'engagement de la part de ces salauds, pour survivre. Alors je lui ai dit : \"si tu sais \u00e0 un moment donn\u00e9 que quelqu'un de mon \u00e9quipe re\u00e7oit de l'argent de l'un ou l'autre d'entre vous et que tu me le dis, j'irai personnellement te le dire pour que tu puisses lui parler\". Ah ! Bon, parfait, et puis il m'a redit : \" si tu reviens, on sait \" que je ne sais pas quoi, \" oui, c'est bien, oui, le message est clair, au revoir, au revoir \". J'ai d\u00e9couvert que c'est ainsi qu'ils ont parl\u00e9 \u00e0 tout le monde, \u00e0 moi, au type de Multimedios, au type d'El Norte, ils ont tous parl\u00e9 directement au cartel de Sinaloa, je suppose qu'ils ont \u00e9galement parl\u00e9 \u00e0 la police et c'est alors que la guerre a commenc\u00e9, c'est alors que la p\u00e9riode la plus violente a commenc\u00e9, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 se battre, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 se battre pour les municipalit\u00e9s, ils venaient et tuaient la police qui \u00e9tait pay\u00e9e par eux, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 corrompre la police pour leur c\u00f4t\u00e9 et c'\u00e9tait un g\u00e2chis, c'\u00e9tait une guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre \u00e9tait \u00e9galement communicationnelle, et apr\u00e8s ce premier appel, le \"calvaire\" de Federico a commenc\u00e9, puisqu'il a fait l'objet d'autres appels lui demandant de couvrir des meurtres et de diffuser des messages sur les narcotiques :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Cela a d\u00e9clench\u00e9 une psychose et un stress dont vous n'avez pas id\u00e9e, parce que comme il y avait deux camps, ces types qui me parlaient au t\u00e9l\u00e9phone avaient d\u00e9j\u00e0 mon t\u00e9l\u00e9phone, j'en ai chang\u00e9 deux fois et ils ont continu\u00e9 \u00e0 me parler au t\u00e9l\u00e9phone, ils l'ont eu, puis un camp vous parlait, le camp de Sinaloa vous parlait pour vous dire : \"h\u00e9, nous allons jeter des cadavres \u00e0 tel endroit et nous allons mettre une narcomanta, un message, pour qu'il passe \u00e0 l'antenne\". Ensuite, les Zetas vous appelaient sur votre t\u00e9l\u00e9phone portable et vous disaient : \"H\u00e9, ils ont jet\u00e9 des cadavres \u00e0 tel ou tel endroit, ne laissez pas l'affiche sortir\". Alors certains vous disaient de la diffuser et d'autres vous disaient de ne pas la diffuser.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils voulaient profiter au maximum de la couverture t\u00e9l\u00e9visuelle : \"Les narcos \u00e9taient tr\u00e8s m\u00e9diatiques, ils allaient proc\u00e9der \u00e0 une ex\u00e9cution et ils le faisaient avant 10 heures du matin pour que ce soit montr\u00e9 en direct aux informations ou ils vous parlaient : 'Vous savez quoi, \u00e0 7h30 nous allons jeter un cadavre \u00e0 tel endroit', parce qu'ils savaient qu'\u00e0 ce moment-l\u00e0 les informations \u00e9taient diffus\u00e9es et que vous pouviez les voir en direct.<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux strat\u00e9gies des criminels pour contr\u00f4ler la ligne \u00e9ditoriale, les groupes de presse de Monterrey se sont r\u00e9unis pour convenir d'une action commune : \"C'est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que tous les m\u00e9dias ont pris la d\u00e9cision de ne plus publier de narcomessages de qui que ce soit. Pourquoi ? Parce que vous n'\u00e9tiez qu'un porte-parole et qu'il \u00e9tait donc plus probable qu'ils vous accusent d'avoir publi\u00e9 quelque chose, alors nous nous sommes tous mis d'accord pour ne pas publier de narcomessages\".<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les r\u00e9dacteurs en chef de diff\u00e9rents m\u00e9dias ont communiqu\u00e9 pour commenter l'infiltration des salles de r\u00e9daction par des journalistes servant d'agents de liaison pour des groupes criminels. \u00c0 deux reprises, Federico a d\u00fb faire face \u00e0 cette situation. Une fois, un membre d'un groupe criminel l'a appel\u00e9 pour d\u00e9noncer le fait que l'un de ses employ\u00e9s servait d'agent de liaison pour ses adversaires :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Il m'a parl\u00e9 et m'a dit : \"Tu te souviens que tu m'as dit \u00e7a ?\" Oui, eh bien, \"untel est charg\u00e9 de Los Zetas et lui dit qu'il a 24 heures pour quitter la ville si nous ne le tuons pas\". Alors j'ai dit, vous savez quoi, je me souviens que nous \u00e9tions en r\u00e9union et que nous \u00e9tions tous les gens qui prenaient les d\u00e9cisions en mati\u00e8re d'information, et il me parlait sur le Nextel. Je l'ai mis sur haut-parleur pour que tout le monde puisse l'entendre, tout le monde \u00e9coutait : \"H\u00e9, vous savez quoi, \u00e9coutez, ne vous battez pas, je vais le mettre sur haut-parleur, laissez-moi lui parler\". Je l'ai envoy\u00e9 parler, je lui ai dit : \"allez, tu as un s\u00e9rieux probl\u00e8me, salaud, je vais te passer \u00e0 quelqu'un\" et il m'a dit \"tu es pay\u00e9\" comme \u00e7a, \"on a l'information\", tant d'argent, untel te le donne, comme \u00e7a, comme \u00e7a, comme \u00e7a, comme \u00e7a, comme \u00e7a, comme \u00e7a. Le type a chang\u00e9 de couleur et a dit \"nous sommes de Sinaloa et si vous ne partez pas dans les 24 heures, nous allons vous tuer\". Le gars, tu sais quoi, oui, j'ai laiss\u00e9 tout le monde entendre, parce que je ne voulais pas qu'ils pensent que c'\u00e9tait quelque chose de moi ou que je ne savais pas ou que je voulais le faire passer pour autre chose et nous \u00e9tions l'\u00e9quipe qui prenait la d\u00e9cision, les patrons, j'ai d\u00e9cid\u00e9, tu sais quoi, que tout le monde devait \u00e9couter et finalement le gars n'a pas reconnu, non, eh bien, je lui ai dit : \"\u00e9coutez, vous n'avez pas \u00e0 me prouver quoi que ce soit, ce sont ceux qui ont leurs sources et ce sont eux qui disent, je ne vais pas vous sauver de leur venue pour vous tuer, salaud, et si vous avez mal agi, vous vous \u00eates impliqu\u00e9, \u00e0 vos risques et p\u00e9rils, alors vous savez ce que vous voulez faire, vous voulez rester ici, il n'y a pas de probl\u00e8me, mais le gars vous dit que dans 24 heures, ils vont vous tuer\". \"Non, je ferais mieux d'y aller\", eh bien, nous nous sommes tous r\u00e9unis, \u00e0 ce moment-l\u00e0 nous lui avons tous donn\u00e9 de l'argent, le type est parti, il n'est jamais revenu, il est all\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, maintenant avec le doute et tout \u00e7a, plus tard nous avons enqu\u00eat\u00e9 et il a effectivement collect\u00e9 de l'argent pour les narcos, il \u00e9tait impliqu\u00e9, ils l'auraient tu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu'il a d\u00e9couvert \u00e0 une autre occasion qu'un membre de son \u00e9quipe \u00e9tait de connivence, l'entreprise a d\u00e9fini une politique de r\u00e9ajustement du personnel : \"J'y suis all\u00e9, j'ai dit \u00e0 mon patron, le directeur g\u00e9n\u00e9ral, vous savez quoi, nous avons ce probl\u00e8me, ce type est un infiltr\u00e9 et je lui ai dit : vous savez quoi, je pense qu'il n'est pas le seul, bien qu'ils ne soient pas les porte-parole, mais ils sont pay\u00e9s par l'autre cartel. Mon patron m'a alors dit : \"Vous savez quoi, nous allons organiser un r\u00e9ajustement du personnel en raison de probl\u00e8mes financiers dans l'entreprise\" et nous avons inclus ces hommes, \"mais nous devons inclure plus de personnes, pas question\", et un r\u00e9ajustement du personnel a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 pour toute l'entreprise, dans chaque d\u00e9partement nous en avons pris un et l'avons inclus, et c'est ainsi qu'\u00e0 la fin il n'y a pas eu de probl\u00e8me ou quoi que ce soit d'autre\".<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9dacteurs en chef \u00e9taient pris entre deux feux, car lorsqu'ils recevaient des appels d'un c\u00f4t\u00e9, ils recevaient des appels de l'autre. Un jour, il a \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9 par ses adversaires, alors que les journalistes de la cha\u00eene \u00e9taient \u00e0 l'antenne pour rendre compte d'une course-poursuite avec la police :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Ils enregistrent une camionnette qui s'\u00e9crase, tous les gars arm\u00e9s en sortent, la police arrive, les arr\u00eate, les menotte, les allonge et les met dans une voiture de patrouille. On commence \u00e0 raconter : \"on est l\u00e0, il y a eu une course-poursuite\", on passe la vid\u00e9o o\u00f9 ils emm\u00e8nent les gars menott\u00e9s, tous battus, et \u00e0 ce moment-l\u00e0, je re\u00e7ois un appel de ce type, il me dit : \"enl\u00e8ve imm\u00e9diatement ce qu'ils ont maintenant \u00e0 l'antenne\" Qui est-ce ? \"C'est El Chusco\", le fils de ton je-ne-sais-quoi et \"si tu ne l'enl\u00e8ves pas, on va aller au canal et je te r\u00e9cup\u00e8re et vous tous l\u00e0 bas\". Oh salaud, je me suis enfui et j'ai imm\u00e9diatement retir\u00e9 la chanson de l'antenne, merci beaucoup, au revoir, nous ne l'avons pas rejou\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le stress est \u00e0 son comble : \"L'un vous disait une chose, l'autre vous en disait une autre, il fallait surveiller le dos des coll\u00e8gues et c'\u00e9tait terrible\". Ils ne savent pas non plus comment couvrir l'actualit\u00e9 s\u00e9curitaire, il n'est plus possible de dire la derni\u00e8re lettre de l'alphabet, ni de d\u00e9noncer les abus de la police, ni m\u00eame les accidents de voiture. La censure \u00e9tait radicale.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux \u00e9v\u00e9nements ajoutent \u00e0 l'incertitude et poussent Federico \u00e0 prendre la d\u00e9cision de partir. Par deux fois, la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision a \u00e9t\u00e9 la cible d'attaques \u00e0 la grenade, pour lesquelles il s'est vu attribuer des gardes du corps. De plus, le jour o\u00f9 un coll\u00e8gue a \u00e9t\u00e9 \"soulev\u00e9\", Federico a appel\u00e9 un haut fonctionnaire de police pour lui demander de l'aide, mais celui-ci lui a r\u00e9pondu que, selon le protocole, ils devaient attendre 30 minutes avant d'intervenir. La collusion entre la police et les criminels est telle que la s\u00e9curit\u00e9 publique est inexistante.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation a eu un impact majeur sur sa vie personnelle et sa femme lui a demand\u00e9 de changer de travail, car ils sortaient en famille le week-end sous escorte :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">C'\u00e9tait tr\u00e8s difficile, tr\u00e8s difficile, imaginez, les week-ends, sortir se promener avec eux avec une camionnette derri\u00e8re eux avec des gars arm\u00e9s. Vous alliez au restaurant et tout le monde vous d\u00e9visageait parce que les gars \u00e9taient l\u00e0, en d'autres termes, cela changeait votre routine. Lorsque tous ces moments difficiles sont arriv\u00e9s, la grenade, la deuxi\u00e8me grenade, l'enl\u00e8vement du coll\u00e8gue, le garde du corps, tout cela, j'ai commenc\u00e9 \u00e0 me dire, vous savez quoi, je veux changer de vie, je veux dire que c'est bien, nous avons donn\u00e9 tout ce que nous avions \u00e0 donner, mais je ne veux plus vivre avec cette incertitude. Alors, vous \u00eates sorti et avez cherch\u00e9 partout, vous ne saviez pas si un jour un type allait \u00eatre d\u00e9rang\u00e9 par quelque chose que vous aviez publi\u00e9, etc. C'\u00e9tait, comme je l'ai dit, une d\u00e9sillusion totale parce que vous ne vous sentiez pas prot\u00e9g\u00e9 parce que les autorit\u00e9s n'avaient aucun pouvoir. Eh bien, comment allez-vous vous sentir apr\u00e8s que le type vous ait dit d'attendre une demi-heure qu'il parte, alors que vous demandez de l'aide ? Je peux vous citer de nombreux cas comme celui-ci, o\u00f9 il y a de la d\u00e9sillusion, de l'ins\u00e9curit\u00e9 personnelle, je ne sais pas, j'ai fini par me dire que j'allais commencer \u00e0 chercher un moyen de [...] chercher une autre [option], je veux dire, dans le cadre de mon travail, mais pour aller ailleurs, j'ai commenc\u00e9 \u00e0 chercher des options, \u00e0 parler \u00e0 des amis, \u00e0 voir o\u00f9 je pouvais partir d'ici, sortir d'ici, et finalement j'ai trouv\u00e9 un travail aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Rosana Reguillo (2000), la peur est une r\u00e9ponse primaire au risque qui est v\u00e9cue individuellement, mais construite socialement, et qui s'accompagne du besoin d'expliquer la peur ressentie. Dans ce t\u00e9moignage, on voit tr\u00e8s bien comment son sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 - per\u00e7u individuellement - s'est construit sur la base de faits sociaux, tels que la coercition des criminels dans le traitement de l'actualit\u00e9, la collusion des policiers qui a \u00e9largi la capacit\u00e9 d'action du crime organis\u00e9 et garanti son impunit\u00e9, et les r\u00e9percussions sur sa vie personnelle et professionnelle. Celles-ci ont \u00e9t\u00e9 si graves que Federico a d\u00fb quitter le pays pour exercer sa profession, ce qui a pr\u00e9cipit\u00e9 sa relation conjugale dans une crise de confiance. <em>impasse<\/em>. Il a \u00e9t\u00e9 contraint de partir en raison de la possibilit\u00e9 d'\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 : \"Je ne suis pas parti parce qu'il m'a parl\u00e9 et m'a dit, tu as 24 heures pour partir, ce n'\u00e9tait pas comme \u00e7a, mais je suis parti, fuyant de vivre sous le stress, de vivre au milieu de l'anxi\u00e9t\u00e9 et au milieu de ces menaces quotidiennes, que je r\u00eavais, je r\u00eavais qu'ils me tueraient, je r\u00eavais qu'ils m'ex\u00e9cuteraient, je r\u00eavais que ma camionnette \u00e9tait pleine d'impacts de balles ou je voyais une ex\u00e9cution et je disais, h\u00e9, je peux \u00eatre l\u00e0 un jour, psychologiquement cela t'affectera\".<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les relations dangereuses des h\u00e9rauts<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Voyons maintenant comment les relations sociales, autrefois paisibles et importantes pour la pratique du journalisme, sont devenues dangereuses. Dans cette guerre de la communication, les criminels ont utilis\u00e9 les reporters comme des h\u00e9rauts pour faire passer des messages d'un camp \u00e0 l'autre, et ceux qui travaillaient dans la rue ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 des situations \u00e0 haut risque, en particulier lorsqu'ils couvraient des questions de s\u00e9curit\u00e9, ce qui n\u00e9cessite de bonnes relations avec la police. Lorsque la plupart d'entre eux se sont alli\u00e9s aux criminels, leur situation est devenue dangereuse : \"Ce n'\u00e9tait plus la police, mais des criminels en uniforme, puis la police elle-m\u00eame a commenc\u00e9 \u00e0 menacer les gens, les journalistes, \u00e0 collaborer avec la criminalit\u00e9, \u00e0 participer \u00e0 des enl\u00e8vements, \u00e0 prot\u00e9ger des cargaisons, des planques, et c'est l\u00e0 que la d\u00e9composition a commenc\u00e9 : \u00e0 qui s'adresser ?<\/p>\n\n\n\n<p>Arturo est reporter dans la Comarca Lagunera et a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 pour avoir refus\u00e9 de publier une photographie \u00e0 la demande d'un criminel. Il s'agissait d'un ami d'enfance qui travaillait comme photographe de la police. \u00c0 cette \u00e9poque, il a nou\u00e9 de si bonnes relations avec le personnel de la police f\u00e9d\u00e9rale et de la PGR qu'il s'est retrouv\u00e9 impliqu\u00e9 dans le trafic de drogue en les accompagnant dans des op\u00e9rations de saisie de drogue o\u00f9 ils fournissaient des stup\u00e9fiants. C'est ainsi qu'il a cess\u00e9 de travailler dans la presse et qu'il est devenu capo. Lorsqu'ils se sont revus des ann\u00e9es plus tard, son ami d'enfance a confi\u00e9 \u00e0 Arturo que \"dans le Tamaulipas, il avait des mines, des stations-service, un bar, ici \u00e0 Torre\u00f3n, il avait des bars, des bordels, qu'ils appelaient des salons de massage, et en fait, c'est sa petite amie qui dirigeait son affaire de salon\". Son ami avait chang\u00e9, il occupait un niveau \u00e9lev\u00e9 dans la hi\u00e9rarchie criminelle et se comportait de mani\u00e8re arrogante. Dans son r\u00f4le de chef mafieux, il lui proposait : \"Quand tu as besoin d'argent, quand tu as besoin de quelque chose, voici mes employ\u00e9s, tu peux l'appeler et il me marquera, et j'esp\u00e8re qu'il ne me proposera jamais rien, c'est comme \u00e7a que \u00e7a s'est pass\u00e9\". Quelque temps plus tard, elle l'a cherch\u00e9 pour contacter le m\u00e9dia o\u00f9 Arturo travaillait, et la situation est devenue difficile \u00e0 g\u00e9rer. Un soir, elle l'a appel\u00e9 pour lui demander le nom de son patron, et il lui a r\u00e9pondu \u00e0 contrec\u0153ur :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">\"J'ai besoin que tu me rendes un service, on va pendre des morts et mettre des banderoles sur tel boulevard, \u00e0 tel endroit, \u00e0 telle heure, je veux que ce monsieur, ton directeur, envoie quelqu'un pour prendre des photos, pour qu'elles soient publi\u00e9es\" et j'ai dit \"attends, attends-moi, je t'ai d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 son nom, parle-lui, c'est lui le responsable\". \"Il a commenc\u00e9 \u00e0 m'envoyer des messages : \"Tu sais quoi, j'ai besoin que tu me rendes un service, \u00e0 4 heures du matin, nous allons mettre ces corps entre les ponts et tu dois aller prendre les photos\" et j'ai commenc\u00e9 \u00e0 dire non et toutes les cinq minutes, il m'envoyait un message et un autre et encore un autre. Ce que j'ai fait, c'est que j'ai appel\u00e9 mon patron, mon directeur, et nous nous sommes disput\u00e9s, parce qu'il m'a demand\u00e9 pourquoi je le mettais l\u00e0, pourquoi je le mettais l\u00e0, et je lui ai dit : \"ils me posent des questions sur toi\", et il m'a pratiquement donn\u00e9 un coup de pied dans le derri\u00e8re : \"fais ce que tu peux, ne me mets pas l\u00e0\".<\/p>\n\n\n\n<p>Il a r\u00e9pondu aux appels du ca\u00efd, celui-ci lui a offert de l'argent et ils ont discut\u00e9 de la valeur de leur amiti\u00e9, jusqu'\u00e0 ce qu'il menace de s'en prendre \u00e0 lui, \u00e0 sa femme, \u00e0 ses filles et \u00e0 ses parents. Il savait o\u00f9 ils vivaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Dans un de ces moments, il a explos\u00e9 : \"Ecoute, c'est tr\u00e8s facile, je vais envoyer des enfants devant ta maison pour faire sortir ta famille si tu ne le fais pas, apr\u00e8s tout je sais o\u00f9 tu habites\". Il a m\u00eame commenc\u00e9 \u00e0 se plaindre \u00e0 moi : \"Pourquoi me faites-vous cela ? Pourquoi me forcez-vous \u00e0 faire cela ? Je ne veux pas faire \u00e7a avec toi, sinon je vais m'en prendre \u00e0 ton p\u00e8re, \u00e0 ta m\u00e8re et \u00e0 ta s\u0153ur, je sais o\u00f9 ils habitent, mais rends-moi ce service\". J'ai dit : \"Tu sais quoi, d'accord\", j'ai dit : \"O\u00f9 est-ce que je peux te rencontrer pour prendre ces photos ? \"Ok, je t'appelle tout de suite. A ce moment-l\u00e0, j'\u00e9tais pr\u00e8s de la maison d'une de mes belles-s\u0153urs, une des s\u0153urs de ma femme, je suis arriv\u00e9, j'ai laiss\u00e9 la voiture \u00e0 un p\u00e2t\u00e9 de maisons, je suis arriv\u00e9 \u00e0 la maison, je leur ai fait peur parce qu'il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 deux heures du matin, son mari et elle sont sortis, j'ai commenc\u00e9 \u00e0 leur parler \u00e0 grands traits et je leur ai parl\u00e9 de ma famille : \"vous savez quoi, je vais faire ceci et cela\". Alors ils n'ont pas compris, regardez, c'est tr\u00e8s facile, bon, je leur ai expliqu\u00e9 : \"ils font partie d'un groupe et ils vont mettre des banderoles, si le groupe rival d\u00e9couvre que c'est moi qui leur ai fait cette faveur, ils vont me donner la parole, c'est comme \u00e7a qu'ils font et c'est ce qui va se passer, alors je viens prendre mes enfants et ma femme en charge\". Et quand je suis avec eux, il m'appelle, et quand il m'appelle, je lui r\u00e9ponds : \"Vous savez quoi, tout est suspendu, jusqu'\u00e0 demain parce que le patron, je ne sais pas quoi, il n'a pas aim\u00e9 exactement ce que disaient les banderoles et les corps qui sont encore on ne sait o\u00f9, ils ne les ont pas encore amen\u00e9s ici, c'est suspendu, mais c'est pour demain matin\". Non, mon \u00e2me est retourn\u00e9e dans mon corps, je suis rentr\u00e9 chez moi, j'ai emmen\u00e9 ma famille. Le lendemain, c'est-\u00e0-dire lundi, je suis arriv\u00e9 au travail \u00e0 7 heures, le procureur est arriv\u00e9, les directeurs sont arriv\u00e9s, ils ne m'ont m\u00eame pas laiss\u00e9 leur montrer les messages parce qu'il y en avait beaucoup qui me mena\u00e7aient ainsi qu'eux et plusieurs autres, la premi\u00e8re chose qu'ils m'ont dite : \"Avez-vous pris votre famille, sortez d'ici ? \"Non, le plan est d\u00e9j\u00e0 en place, j'ai besoin de ressources pour partir d'ici, parce que c'est quelque chose que nous avons ici, je ne peux pas vivre dehors avec ma famille. \"Ne nous dites pas o\u00f9 vous allez, mais nous vous donnerons beaucoup plus par semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu'Arturo n'appartienne pas \u00e0 la police, la relation amicale qu'il avait d\u00e9velopp\u00e9e dans son enfance a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par l'ancien criminel pour le contraindre. Lorsqu'il n'a pas voulu participer \u00e0 l'\u00e9change de faveurs, typique de l'amiti\u00e9, le capo a fini par le menacer, habitu\u00e9 \u00e0 parvenir \u00e0 ses fins par ce moyen. Arturo a quitt\u00e9 la ville avec sa femme et ses enfants ; des parents l'ont h\u00e9berg\u00e9 \u00e0 Zacatecas et \u00e0 Matamoros. Des semaines plus tard, lorsqu'il apprend que le capo a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9, il reprend le travail au journal et se rend compte que ses coll\u00e8gues ne connaissent pas les raisons de son absence, croyant qu'il est parti en vacances. Le journal avait m\u00eame envoy\u00e9 un autre reporter pour photographier les corps et le message. Son d\u00e9placement forc\u00e9 n'a pas donn\u00e9 lieu \u00e0 l'\u00e9laboration d'un protocole de s\u00e9curit\u00e9 ou d'une strat\u00e9gie de protection des reporters.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des travailleurs jetables ? La violence sanctionn\u00e9e par l'entreprise<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Pour Jos\u00e9 Carlos Nava (2014), les protocoles de s\u00e9curit\u00e9 n'ont pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s parce que les m\u00e9dias sont une entreprise \u00e0 laquelle il ne faut pas porter atteinte : \" Dans la plupart des entreprises, il n'y a pas encore eu d'espace formel pour l'instruction et la mise en \u0153uvre syst\u00e9matiques et organisationnelles des protocoles de s\u00e9curit\u00e9. Il semble que le message soit le suivant : les m\u00e9dias \u00e0 leurs affaires et les journalistes \u00e0 la solitude d'une couverture \u00e0 haut risque\" (2014 : 155). Des exp\u00e9riences telles que celle d\u00e9crite ci-dessus renforcent le sentiment d'impuissance des reporters et leur donnent l'impression d'\u00eatre des pions jetables.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9dias sont des entreprises qui ont une responsabilit\u00e9 en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. En n'adoptant pas de politiques \u00e9thiques pour maintenir l'ind\u00e9pendance des m\u00e9dias et des protocoles de s\u00e9curit\u00e9, ils minimisent les risques pour leurs travailleurs et les encouragent \u00e0 se sentir comme des \"travailleurs de l'information\", comme l'a observ\u00e9 Karla Torres (2012) \u00e0 Nuevo Le\u00f3n. \"Oui, nous sommes des travailleurs, nous sommes ceux qui comptent le moins dans le journal et nous sommes ceux qui travaillent le plus dur. La journaliste cit\u00e9e a m\u00eame entendu des rumeurs dans l'entreprise selon lesquelles \" le propri\u00e9taire du journal a d\u00e9clar\u00e9 lors d'une r\u00e9union qu'il voulait qu'il arrive quelque chose \u00e0 l'un de ses reporters afin d'exploiter l'image du m\u00e9dia \" (Torres, 2012 : 56), une rumeur qui exprime le sentiment d'\u00eatre sacrifi\u00e9 sur l'autel des profits g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la couverture de la guerre contre la drogue.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est le sentiment d'un correspondant d'un m\u00e9dia national qui a d\u00e9missionn\u00e9 en 2011 apr\u00e8s que son r\u00e9dacteur en chef ait sembl\u00e9 ne pas comprendre les risques associ\u00e9s \u00e0 la couverture du crime organis\u00e9, lorsqu'il lui a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 d'enqu\u00eater sur les liens entre le monde de la politique et celui du crime. Dans sa lettre de d\u00e9mission, il fait part de sa \"d\u00e9sillusion \u00e0 l'\u00e9gard de certains dirigeants de l'entreprise\" et d\u00e9nonce le fait que : \"Les salaires de mis\u00e8re vers\u00e9s aux correspondants montrent le peu de s\u00e9rieux avec lequel ils prennent en compte les dangers li\u00e9s \u00e0 la couverture de la situation de violence dans le pays. D'autre part, les exigences sont \u00e9lev\u00e9es, ils demandent un grand nombre de notes et de reportages avec des sources de premier ordre, il semble qu'ils ne comprennent pas qu'on ne peut pas exiger un journalisme du premier monde tout en payant des salaires du tiers monde\".<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les conditions d'extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9 auxquelles les communicateurs d\u00e9plac\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s renvoient \u00e9galement \u00e0 des facteurs structurels qui ont contribu\u00e9 \u00e0 leur sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et \u00e0 leur manque de protection. En accord avec Del Palacio (2015) \u00e0 propos de la situation \u00e0 Veracruz, dans le nord-est \u00e9galement, les personnes d\u00e9plac\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 des facteurs structurels qui ont contribu\u00e9 \u00e0 leur sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et au manque de protection. <strong>\"<\/strong>\u00c0 la violence contre les journalistes s'ajoute la pression gouvernementale exerc\u00e9e sur eux par les propri\u00e9taires des entreprises eux-m\u00eames : <em>a<\/em>) les licenciements injustifi\u00e9s ; <em>b<\/em>) soient modifi\u00e9s d'une source d'information \u00e0 l'autre sans explication ; <em>c<\/em>) que l'information est trait\u00e9e \u00e0 la \"mani\u00e8re\" et au \"go\u00fbt\" de la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la communication sociale du gouvernement de l'\u00c9tat ; d) que les articles qui donnent une mauvaise image du gouvernement sont \"retir\u00e9s\" des portails d'information\" (2015 : 33). En d'autres termes, les propri\u00e9taires de m\u00e9dias sont des acteurs qui maintiennent les journalistes dans une condition de travail pr\u00e9caire : \"Toutes ces formes de violence et de pression ont pour contexte la pr\u00e9carit\u00e9 quotidienne du travail : <em>a<\/em>) la non-professionnalisation ; <em>b<\/em>) les bas salaires ; <em>c<\/em>) pas de s\u00e9curit\u00e9 de l'emploi ni de soins m\u00e9dicaux ; <em>d<\/em>) l'absence de protocoles de s\u00e9curit\u00e9 ; <em>e<\/em>) non exclusifs (ils doivent travailler pour plusieurs m\u00e9dias) (De Le\u00f3n, 2012).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dangereuses dissimulations : fonctionnaires et criminalit\u00e9 organis\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Comme l'a expliqu\u00e9 un correspondant d'un m\u00e9dia national dans sa lettre de d\u00e9mission, il est tr\u00e8s dangereux de couvrir les liens entre le monde politique et la criminalit\u00e9. En plus d'\u00eatre utilis\u00e9s comme des h\u00e9rauts, les journalistes ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 des menaces et \u00e0 des violences lorsqu'ils ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la corruption d'agents publics et leur implication dans le crime organis\u00e9. Parfois, les avertissements \u00e9taient subtils, par exemple lorsqu'un groupe de journalistes de la Comarca Lagunera a divulgu\u00e9 une liste de 46 officiers de police municipale licenci\u00e9s qui recevaient des pots-de-vin de la part de criminels. Le lendemain, lorsqu'une journaliste a suivi l'affaire et s'est rendue chez le directeur de la s\u00e9curit\u00e9, celui-ci l'a mise en garde : \"Vous devriez faire plus attention, n'est-ce pas ? Parce que vous me mettez en danger et que s'il m'arrive quelque chose, vous en serez responsable\", ce qui l'a indign\u00e9e et l'a fait savoir au commandant. Cependant, dans les m\u00e9dias, il a minimis\u00e9 les faits : \"J'ai senti que l'atmosph\u00e8re \u00e9tait \u00e9trange et c'est l\u00e0 que j'ai r\u00e9alis\u00e9 que je n'avais pas vraiment le soutien total des m\u00e9dias pour lesquels je travaillais. Et peut-\u00eatre qu'ils ne l'ont pas fait avec malice, peut-\u00eatre qu'ils ne savaient m\u00eame pas comment, et en fin de compte, en tant que reporters, c'est nous qui sommes responsables des m\u00e9dias\", a-t-il d\u00e9clar\u00e9. <em>sentiment<\/em> de ce qui se passe dans la rue et nous avons des patrons qui ne sont jamais venus faire leur rapport\".<\/p>\n\n\n\n<p>A Tamaulipas, une journaliste de Ciudad Victoria a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e pour avoir publi\u00e9 un article dans lequel elle expliquait qu'un groupe de commer\u00e7ants de Morole\u00f3n, qui n'avaient pas re\u00e7u l'autorisation de la municipalit\u00e9 pour vendre leurs marchandises, disposaient d'un permis de Los Zetas. Lorsqu'elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les liens entre le syndicat et l'organisation criminelle, Los Zetas l'ont contact\u00e9e par t\u00e9l\u00e9phone pour lui demander de ne pas \"se m\u00ealer de leurs affaires\". Un an plus tard, elle est \u00e0 nouveau menac\u00e9e lorsqu'elle publie qu'un dirigeant des bureaucrates, qui devait \u00eatre r\u00e9\u00e9lu, a une concurrente : \"Comme cette dame est une prot\u00e9g\u00e9e de Los Zetas, Los Zetas n'ont pas appr\u00e9ci\u00e9 et m'ont envoy\u00e9e peindre ma voiture [...] elle m'a dit que si je continuais \u00e0 d\u00e9conner, ils me violeraient et me tueraient, moi et ma fille\". Elle a imm\u00e9diatement pris des dispositions pour qu'elle se rende \u00e0 Mexico, o\u00f9 vivaient des membres de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>D'autres coll\u00e8gues n'ont re\u00e7u aucun avertissement et ont tout simplement \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s. C'est le cas d'un reporter et de deux cameramen qui ont couvert une manifestation devant la prison de G\u00f3mez Palacios, apr\u00e8s que le directeur ait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d'autoriser les criminels \u00e0 sortir la nuit. Contrairement \u00e0 d'autres \u00e9v\u00e9nements, celui-ci a fait l'objet d'une couverture nationale car le reporter kidnapp\u00e9 venait de Mexico. C'\u00e9tait l'\u00e9t\u00e9 2010, la tension \u00e9tait \u00e0 son comble dans la Comarca Lagunera, et les assassinats dans les bars de Torre\u00f3n et de Quinta Italia entre janvier et juillet 2010 avaient plong\u00e9 les citoyens dans la peur, avec un bilan officiel de 35 homicides au total (Gibler, 2015), mais d'apr\u00e8s un journaliste, le bilan \u00e9tait plus lourd : \"Dans le bar Las Juanas, il y a eu huit morts, mais en r\u00e9alit\u00e9 non, parce que les gens disent que l'ambulance de la Croix-Rouge \u00e9tait pleine de corps [...] C'\u00e9tait l'inauguration, c'\u00e9tait plein et ils ont commenc\u00e9, ils sont sortis des camionnettes et ceux qui \u00e9taient \u00e0 la porte, eh bien ils les ont tu\u00e9s, et ils sont entr\u00e9s comme ils pouvaient et eh bien ils ont frapp\u00e9 tout le monde, tout le monde, tout le monde, tout le monde, tout le monde, on dit qu'il y en a eu plus de trente, trente et quelques cette fois-l\u00e0 et beaucoup de bless\u00e9s \". Le bulletin officiel ne refl\u00e8te pas l'ampleur du massacre.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, par le biais d'une vid\u00e9o diffus\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux, il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les auteurs de ces crimes \u00e9taient incarc\u00e9r\u00e9s dans la prison, mais que la directrice les laissait sortir la nuit, leur pr\u00eatant m\u00eame des armes et des v\u00e9hicules du Cereso (Centre de r\u00e9insertion sociale). Lorsqu'elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mise de ses fonctions, une \u00e9meute a \u00e9clat\u00e9 et les familles des prisonniers ont manifest\u00e9 devant la prison. Une \u00e9quipe a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e du Mexique pour couvrir l'histoire et la diffuser dans un programme d'analyse hebdomadaire. L'\u00e9quipe \u00e9tant incompl\u00e8te, une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision locale a \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e pour fournir deux cam\u00e9ramans.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier cam\u00e9raman raconte qu'apr\u00e8s avoir interview\u00e9 le maire de G\u00f3mez Palacio, ils se sont rendus \u00e0 la prison parce qu'\"il y avait une manifestation \u00e0 l'ext\u00e9rieur, des gens demandant le retour de la directrice, parce que c'\u00e9tait une directrice tr\u00e8s humaine et ainsi de suite, et \u00e0 l'int\u00e9rieur il y avait des balles, parce que je me souviens qu'une voiture du Semefo (service de m\u00e9decine l\u00e9gale) est m\u00eame entr\u00e9e, et j'ai enregistr\u00e9 tout cela et les m\u00eames policiers qui \u00e9taient l\u00e0 pour garder la prison\". Dans ce climat d'agitation, \"il y avait beaucoup de policiers, de soldats, d'agents f\u00e9d\u00e9raux, donc nous nous sentions en s\u00e9curit\u00e9 pour faire notre travail, nous avons fait, je ne sais pas, peut-\u00eatre dix interviews et ensuite ils nous ont donn\u00e9 trois heures de l'apr\u00e8s-midi\". C'est alors qu'un cam\u00e9raman de l'\u00e9quipe de la D\u00e9fense les a appel\u00e9s pour les informer qu'il \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 l'a\u00e9roport, et ils ont d\u00e9cid\u00e9 d'aller le chercher. Mais en chemin, un groupe d'hommes arm\u00e9s a arr\u00eat\u00e9 leur voiture : \"ils nous ont attrap\u00e9s et nous ont embarqu\u00e9s, et c'est alors que le cauchemar a commenc\u00e9\".<\/p>\n\n\n\n<p>Ils avaient enlev\u00e9 un autre cam\u00e9raman de Torre\u00f3n l'apr\u00e8s-midi m\u00eame, et avec le journaliste mexicain, ils ont fait trois victimes d'enl\u00e8vement. Pendant trois heures, ils ont \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s dans une voiture, alternant les questions sur \"pour qui ils travaillent\", les coups et l'inhalation de fum\u00e9e de marijuana. Ils ont ensuite \u00e9t\u00e9 conduits dans une planque et les voitures des journalistes ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9es. Les cameramen de Torre\u00f3n ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus pendant six jours, tandis que le journaliste de Mexico a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 le quatri\u00e8me jour : \"ils s'int\u00e9ressaient \u00e0 lui parce qu'il avait les vid\u00e9os et qu'ils voulaient qu'ils les diffusent\". Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus avec deux policiers et un chauffeur de taxi, et pendant cette p\u00e9riode, ils ont connu l'angoisse et la douleur, encore plus l'avant-dernier jour o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 battus avec des planches de bois. L'un d'entre eux a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu'ils ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s : \"La police de Mexico nous a emmen\u00e9s l\u00e0-bas, ils ont organis\u00e9 une conf\u00e9rence de presse que nous ne voulions pas, que nous n'avions pas demand\u00e9e, vous voyez. Ils avaient tout pr\u00e9par\u00e9 pour, pour mettre en place la <em>spectacles<\/em> de la circonscription de Garc\u00eda Luna,<a class=\"anota\" id=\"anota17\" data-footnote=\"17\">17<\/a> tout le th\u00e9\u00e2tre. Nous sommes rest\u00e9s une vingtaine de jours au Mexique, et nous avons \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s, d'abord par les narcos, puis par la police\". Convaincu que les actions entourant sa lib\u00e9ration \u00e9taient suspectes, ce cam\u00e9raman a d\u00e9cid\u00e9 de se rendre aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 un membre de sa famille l'a h\u00e9berg\u00e9 et l'a mis en contact avec un avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans les questions d'immigration afin de demander l'asile politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Son autre coll\u00e8gue est rest\u00e9 \u00e0 Mexico pendant trois mois, a obtenu le soutien des propri\u00e9taires de m\u00e9dias et du syndicat pendant son s\u00e9jour et a organis\u00e9 son retour \u00e0 Torre\u00f3n. Ils lui ont propos\u00e9 un emploi \"\u00e0 l'int\u00e9rieur\" et lui ont trouv\u00e9 une maison \u00e0 louer, car il ne voulait pas retourner dans son ancienne maison. Malgr\u00e9 l'insistance de la police minist\u00e9rielle, il a refus\u00e9 d'essayer d'identifier les responsables : \"Les gens du minist\u00e8re public voulaient que je les identifie de force, comment pourrais-je les identifier si je ne les ai jamais vus ? Aujourd'hui, il est profond\u00e9ment reconnaissant \u00e0 Dieu d'\u00eatre en vie, \u00e0 la police qui les a secourus, aux propri\u00e9taires du journal et au syndicat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le demandeur d'asile a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u de constater que, pendant son enl\u00e8vement, il \u00e9tait surveill\u00e9 par une patrouille de police :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Nous sommes des pions dans cette affaire politique, ils nous ont d\u00e9plac\u00e9s o\u00f9 ils voulaient, ceux d'entre nous qui se trouvaient l\u00e0 ce jour-l\u00e0, et ce n'est rien d'autre que la vacance du pouvoir et l'ingouvernabilit\u00e9 qui existent et la relation qui existe entre les diff\u00e9rentes forces de police et les cartels de la drogue, dans ce cas, parce qu'ils agissent d\u00e9j\u00e0 en tant que bras arm\u00e9 des cartels. Nous nous sommes sentis tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9s ce jour-l\u00e0 parce qu'il y avait des \u00e9l\u00e9ments de l'arm\u00e9e, de la police minist\u00e9rielle, de la police f\u00e9d\u00e9rale, de la police pr\u00e9ventive et il s'av\u00e8re qu'ils travaillent pour eux. Alors, quand il y a une telle relation, vers qui se tourne-t-on ? Personne, parce que ce sont eux qui devraient vous prot\u00e9ger et malheureusement, c'\u00e9tait une ville sans loi ou la loi travaillait pour un certain cartel, pour certains, pour Los Zetas, et \u00e0 G\u00f3mez Palacio, \u00e0 Durango, pour El Chapo. C'est ce qui nous est arriv\u00e9 parce que, \u00e0 cause du manque de gouvernance et parce que les forces de police \u00e9taient de connivence avec les cartels, et bien, je les comprends parce qu'ils les paient, ils les paient mieux et quand la rivi\u00e8re est troubl\u00e9e, les p\u00eacheurs y gagnent, la police est aussi devenue des kidnappeurs et des extorqueurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour fonctionner, le crime organis\u00e9 a besoin d'un soutien \u00e0 des niveaux \u00e9lev\u00e9s de la fonction publique, au-del\u00e0 de la police, et selon lui, son enl\u00e8vement a \u00e9t\u00e9 un coup m\u00e9diatique qui a permis de modifier l'agenda des m\u00e9dias et de dissimuler ce soutien aux niveaux les plus \u00e9lev\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Une nouvelle tue l'autre, donc quand nous avons \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s, nous \u00e9tions la nouvelle, elle n'\u00e9tait plus la directrice du Cereso qui \u00e9tait accus\u00e9e d'avoir fait sortir les d\u00e9tenus pour tuer des gens \u00e0 Torre\u00f3n, donc ils ont tr\u00e8s bien r\u00e9fl\u00e9chi, la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision, le gouvernement et tout le monde \u00e9tait d'accord. Ils ont m\u00eame parl\u00e9 du gouverneur de Durango qui avait mis ce directeur l\u00e0, ils ont utilis\u00e9 beaucoup de grands noms, puis avec notre enl\u00e8vement, les m\u00e9dias ont un peu oubli\u00e9 et aussi les gens, les nouvelles sur le directeur de la s\u00e9curit\u00e9, le directeur du Cereso, donc ils ont bien fait. C'est aussi pour cela qu'ils ne nous ont pas tu\u00e9s, parce que nous n'avions rien \u00e0 voir avec cela, en d'autres termes, c'\u00e9tait une n\u00e9gociation, c'est pourquoi je vous dis que nous sommes des \u00e9v\u00eaques, comme des pions dans ce jeu d'\u00e9checs et nous sommes des victimes innocentes des int\u00e9r\u00eats de chacun.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexions finales : autocensure et organisation syndicale<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Pendant la soi-disant guerre contre la drogue, les travailleurs des m\u00e9dias se sont retrouv\u00e9s dans la ligne de mire d'acteurs arm\u00e9s cherchant \u00e0 contr\u00f4ler la ligne \u00e9ditoriale. Ils ont menac\u00e9 de mort les chefs de r\u00e9daction et les reporters, allant jusqu'\u00e0 tuer 31 journalistes et en faire dispara\u00eetre 10 dans le nord-est, et ont perp\u00e9tr\u00e9 des attaques \u00e0 la grenade et \u00e0 l'arme de gros calibre contre les b\u00e2timents et le personnel des groupes de presse. Dans ce contexte, plusieurs journalistes ont \u00e9t\u00e9 contraints de d\u00e9m\u00e9nager pour assurer leur s\u00e9curit\u00e9. Seule la moiti\u00e9 d'entre eux a continu\u00e9 \u00e0 travailler dans les m\u00e9dias, et l'autre moiti\u00e9 a \u00e9t\u00e9 doublement d\u00e9plac\u00e9e : de son lieu de vie et de sa profession. Ceux qui ont quitt\u00e9 la profession sont les reporters, mais pas les cameramen et les r\u00e9dacteurs, car ils sont les plus vuln\u00e9rables \u00e0 la violence du crime organis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les exp\u00e9riences que nous avons analys\u00e9es nous rappellent que, selon Carlos Flores (2013), le crime organis\u00e9 est un vaste r\u00e9seau de corruption gouvernementale pour le fonctionnement durable du groupe criminel, qui int\u00e8gre des criminels conventionnels charg\u00e9s de d\u00e9velopper l'activit\u00e9 illicite, des politiciens de haut niveau qui s\u00e9lectionnent les responsables des institutions de s\u00e9curit\u00e9 publique, ainsi que des membres de ces corporations, charg\u00e9s de subordonner et de discipliner les acteurs criminels. Pour la m\u00eame raison, la couverture journalistique des liens entre le crime et le gouvernement est devenue dangereuse, tant pour les reporters et les r\u00e9dacteurs en chef que pour les propri\u00e9taires de journaux, qui disposaient de ressources sociales et \u00e9conomiques bien plus importantes que les premiers pour leur s\u00e9curit\u00e9 personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le gouvernement de Felipe Calder\u00f3n a r\u00e9ussi en mars 2011 \u00e0 obtenir des groupes de presse qu'ils acceptent de ne pas publier de textes et d'images r\u00e9v\u00e9lant le pouvoir meurtrier de leurs opposants (Eiss, 2014), dans le nord-est, la violence arm\u00e9e, les homicides et les disparitions ont \u00e9t\u00e9 des m\u00e9thodes de coercition qui ont transform\u00e9 la pratique journalistique et affect\u00e9 la couverture en g\u00e9n\u00e9rant une censure explicite, comme l'ont \u00e9galement rapport\u00e9 d'autres analystes (L\u00f3pez, 2015 ; Nava, 2014 ; Torres, 2012).<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, apr\u00e8s l'enl\u00e8vement de journalistes \u00e0 G\u00f3mez Palacios en 2010, une journaliste de la Comarca Lagunera explique que son patron lui a demand\u00e9 de ne pas couvrir les questions de s\u00e9curit\u00e9. En fait, m\u00eame si c'\u00e9tait le cas, de nombreux journalistes sp\u00e9cialis\u00e9s dans la s\u00e9curit\u00e9 attendaient le bulletin de presse, parce que m\u00eame en allant couvrir, en allant \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 publique, non, c'\u00e9tait le pire, c'est-\u00e0-dire qu'en allant \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 publique, vous aviez l'impression qu'ils me regardaient et pointaient une arme sur moi, l'atmosph\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s tendue\". Ce qui est inqui\u00e9tant, c'est que cinq ans apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, la tendance ne s'est pas invers\u00e9e, mais que ce type de censure s'est plut\u00f4t normalis\u00e9 : \"Maintenant que je suis responsable de la zone, eh bien, je suis toujours le m\u00eame, je ne m'occupe toujours pas de s\u00e9curit\u00e9, de questions tr\u00e8s administratives li\u00e9es aux forces de police, en fait, je me suis beaucoup concentr\u00e9 sur le traitement de questions plus sociales et commerciales, pour donner une tournure diff\u00e9rente \u00e0 la situation. [...] Nous donnons une voix \u00e0 des questions qui n'en avaient pas auparavant, aux associations civiles, aux universit\u00e9s, aux chambres de commerce, et je suis en quelque sorte cette ligne de conduite qui consiste \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s social et \u00e0 laisser un peu de politique et de s\u00e9curit\u00e9, je ne m'implique dans rien\".<\/p>\n\n\n\n<p>Si l'autocensure est adaptative, elle est compl\u00e9mentaire de l'\u00e9mergence de formes d'organisation syndicale. L'enl\u00e8vement de G\u00f3mez Palacios en 2010, qui a touch\u00e9 un m\u00e9dia national, a fait basculer le regard du District f\u00e9d\u00e9ral vers le nord. Pour Daniela Pastrana, de Periodistas de a Pie, il s'agit d'un \"point de rupture\", et en ao\u00fbt 2010, la manifestation #LosQueremosVivos est organis\u00e9e, \u00e9galement dans le contexte de la visite des rapporteurs de l'Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains (OEA) et de l'ONU. L'organisation a ensuite entrepris des actions de soutien sp\u00e9cifiques, telles qu'une collecte de No\u00ebl pour les demandeurs d'asile \u00e0 El Paso. Plus tard, elle a d\u00e9velopp\u00e9 des actions pour travailler avec des journalistes \u00e0 Veracruz, l'\u00c9tat qui compte le plus grand nombre de journalistes d\u00e9plac\u00e9s. Ces actions ont rendu le probl\u00e8me visible et ont attir\u00e9 un nouveau soutien international, avec l'arriv\u00e9e de Freedom House au Mexique en 2011, l'ann\u00e9e o\u00f9 l'organisation a class\u00e9 le Mexique comme un pays qui n'est pas libre d'exercer le journalisme.<a class=\"anota\" id=\"anota18\" data-footnote=\"18\">18<\/a> Au niveau f\u00e9d\u00e9ral, le Bureau du procureur sp\u00e9cial pour les crimes contre la libert\u00e9 d'expression (FEADLE) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2010 et le M\u00e9canisme de protection des journalistes et des d\u00e9fenseurs des droits de l'homme en 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le nord-est, des acteurs nationaux et internationaux de la libert\u00e9 d'expression ont dispens\u00e9 des formations aux journalistes, par exemple \u00e0 Piedras Negras, lorsque la zone est devenue dangereuse, \u00e0 la demande des reporters, afin de savoir comment se prot\u00e9ger dans leur pratique professionnelle : \" Ils nous ont expliqu\u00e9 que c'est compl\u00e8tement faux de cacher des choses, qu'il faut communiquer, peut-\u00eatre avoir une personne \u00e0 qui dire o\u00f9 l'on va, comment se d\u00e9placer, ce que l'on fait... \". Freedom House, pour sa part, a donn\u00e9 des cours qui ont conduit \u00e0 la cr\u00e9ation d'une organisation de journalistes appel\u00e9e Voces Iritilas en juin 2014, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 une pratique naissante de solidarit\u00e9 entre les journalistes de la Comarca Lagunera. Un journaliste explique que l'organisation poursuit deux objectifs : \"Nous prot\u00e9ger pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, ou plut\u00f4t nous soutenir, par exemple, maintenant que Rub\u00e9n [Espinoza] a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, nous avons pris position \u00e0 cause de ce qui s'est pass\u00e9, mais il y a aussi le c\u00f4t\u00e9 formation, c'est-\u00e0-dire la formation dans tous les sens, non seulement pour les questions de s\u00e9curit\u00e9, mais aussi pour l'\u00e9criture, la photographie, la gestion des m\u00e9dias sociaux\". Malgr\u00e9 le progr\u00e8s \u00e9vident que cela repr\u00e9sente, peu de coll\u00e8gues y participent, et ils sont stigmatis\u00e9s pour les communiqu\u00e9s qu'ils publient contre les attaques \u00e0 la libert\u00e9 d'expression. Dans cet environnement conservateur, Freedom House a contribu\u00e9 en 2015 \u00e0 la promotion du R\u00e9seau des journalistes du Nord-Est, qui regroupe des journalistes de Tamaulipas, Coahuila et Nuevo Le\u00f3n. Il a organis\u00e9 plusieurs r\u00e9unions pour former ses membres, a soutenu des coll\u00e8gues menac\u00e9s et s'est exprim\u00e9 publiquement pour d\u00e9noncer les attaques contre la presse, leur donnant une visibilit\u00e9 qu'ils n'avaient pas il y a quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, en 2013, le gouvernement d'Enrique Pe\u00f1a Nieto (2012-2018) a chang\u00e9 de discours sur le trafic de drogue et a fait pression en avril 2013 pour l'adoption d'un nouveau discours sur les questions de s\u00e9curit\u00e9 (Eiss, 2014). La situation du journalisme au Mexique a continu\u00e9 \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer, car malgr\u00e9 la cr\u00e9ation du FEADLE, l'impunit\u00e9 entourant les assassinats et les disparitions de journalistes n'a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9e, et pas une seule affaire dans le nord-est n'a abouti \u00e0 une condamnation. Cette impunit\u00e9 a des cons\u00e9quences : \"Le manque de r\u00e9sultats dans le traitement des cas d'agressions contre les journalistes et les m\u00e9dias, de la part des autorit\u00e9s charg\u00e9es des poursuites, ainsi que de celles charg\u00e9es de la s\u00e9curit\u00e9 publique dans le pays, a g\u00e9n\u00e9r\u00e9, dans une large mesure, l'impunit\u00e9 de ces cas, en plus de provoquer l'augmentation de la violence subie par les journalistes\" (CNDH, 2013 : 106).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Art\u00edculo 19 (2016a). \u201cPeriodistas asesinados en M\u00e9xico\u201d. Recuperado de <a href=\"http:\/\/articulo19.org\/periodistas-asesinados-mexico\/\">http:\/\/articulo19.org\/periodistas-asesinados-mexico\/<\/a>, consultado el 22 de octubre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Art\u00edculo 19 (2016b). \u201c<a href=\"http:\/\/articulo19.org\/mexico-el-pais-con-mas-periodistas-desaparecidos-23-caso-en-doce-anos\/&quot; \\t &quot;M\u00e9xico, el pa\u00eds con m\u00e1s periodistas desaparecidos; 23 casos en doce a\u00f1os\">M\u00e9xico, el pa\u00eds con m\u00e1s periodistas desaparecidos; 23 casos en doce a\u00f1os<\/a>\u201d, 9 de febrero. Recuperado de <a href=\"http:\/\/articulo19.org\/mexico-el-pais-con-mas-periodistas-desaparecidos-23-caso-en-doce-anos\/\">http:\/\/articulo19.org\/mexico-el-pais-con-mas-periodistas-desaparecidos-23-caso-en-doce-anos\/<\/a>, consultado el 22 de octubre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Badie, Bertrand (2016). \u201cIntroduction. Guerres d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, en Bertrand Badie y Dominique Vidal (coord.). <em>Nouvelles guerres. Comprendre les conflits du XXI\u00e8me si\u00e8cle. <\/em>Par\u00eds: Editions La D\u00e9couverte, pp 11-25.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">CNDH (2013) Recomendaci\u00f3n 20 sobre agravios a periodistas en M\u00e9xico y la impunidad imperante. Recuperado de <a href=\"http:\/\/www.dof.gob.mx\/nota_detalle.php?codigo=5310858&amp;fecha=19\/08\/2013\">http:\/\/www.dof.gob.mx\/nota_detalle.php?codigo=5310858&amp;fecha=19\/08\/2013<\/a>, consultado el 27 de enero de 2017.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Correa-Cabrera, Guadalupe (2014). \u201cViolence, Paramilitarization and Hydrocarbons: A Business Model of Organized Crime in the State of Tamaulipas, Mexico\u201d, ponencia presentada en el Congreso del LASA, 21-24 de mayo de 2014, Chicago.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">De Le\u00f3n, Salvador (2012). <em>Comunicaci\u00f3n p\u00fablica y transici\u00f3n pol\u00edtica<\/em>. Aguascalientes: Universidad Aut\u00f3noma de Aguascalientes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Del Palacio, Celia (2015). \u201cPeriodismo impreso, poderes y violencia en Veracruz 2010-2014. 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Recuperado de <a href=\"http:\/\/www.rsf-es.org\/news\/clasificacion-mundial-2016-analisis-america\/\">http:\/\/www.rsf-es.org\/news\/clasificacion-mundial-2016-analisis-america\/<\/a>, consultado el 22 de octubre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Romero Puga, Juan Carlos (2015). \u201cLos a\u00f1os que le robaron al periodismo\u201d, Letras Libres N\u00fam. 193, 8 de enero. Recuperado de <a href=\"http:\/\/www.letraslibres.com\/mexico-espana\/politica\/los-anos-que-le-robaron-al-periodismo\">http:\/\/www.letraslibres.com\/mexico-espana\/politica\/los-anos-que-le-robaron-al-periodismo<\/a>, consultado el 24 de enero de 2017.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Torres, Karla (2012). <em>Los impactos de la violencia en el trabajo de los periodistas que cubren Nuevo Le\u00f3n. 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Recuperado de <a href=\"https:\/\/wikileaks.org\/plusd\/cables\/09MONTERREY284_a.html\">https:\/\/wikileaks.org\/plusd\/cables\/09MONTERREY284_a.html<\/a>, consultado el 24 de enero de 2017.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article analyse la coercition exerc\u00e9e contre la presse dans le nord-est du Mexique pendant la soi-disant guerre contre la drogue, en se basant sur les exp\u00e9riences de 10 journalistes d\u00e9plac\u00e9s entre 2010 et 2015. Il montre la lutte des groupes arm\u00e9s en pr\u00e9sence pour contr\u00f4ler la ligne \u00e9ditoriale des m\u00e9dias, ainsi que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des h\u00e9rauts qui se trouvent au milieu de la ligne de feu, le manque de protocoles de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s par les entreprises, et les liens existants entre les fonctionnaires publics et le crime organis\u00e9. Dans ce contexte, o\u00f9 les meurtres et les disparitions de journalistes restent impunis, des initiatives voient le jour pour rem\u00e9dier \u00e0 leur grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 professionnelle. <\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[279],"tags":[376,372,374,373,375],"coauthors":[551],"class_list":["post-30930","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-279","tag-guerra-contra-el-narcotrafico","tag-libertad-de-expresion","tag-migracion-forzada","tag-periodismo-de-guerra","tag-periodistas-desplazados","personas-durin-severine","numeros-362"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Periodismo bajo fuego. 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