{"id":30904,"date":"2019-03-21T15:15:41","date_gmt":"2019-03-21T15:15:41","guid":{"rendered":"https:\/\/encartesantropologicos.mx\/wordpress\/?p=30904"},"modified":"2023-11-17T18:57:19","modified_gmt":"2023-11-18T00:57:19","slug":"exhumacion-fosas-comunes-mexico","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/","title":{"rendered":"L'histoire \u00e0 contre-courant : r\u00e9flexions sur la recherche et l'exhumation des charniers au Mexique"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Cet article propose de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la multiplication des enterrements ill\u00e9gaux de restes humains au Mexique au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, en se basant sur leur pouvoir coercitif en tant que m\u00e9canisme de terreur, mais aussi sur leur capacit\u00e9 \u00e0 encourager l'action collective, \u00e0 remettre en question la v\u00e9rit\u00e9 officielle et \u00e0 agir comme une autopsie du r\u00e9gime politico-social de la pr\u00e9carit\u00e9 et de l'in\u00e9galit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rales. Bas\u00e9 sur les exp\u00e9riences des parents de personnes disparues en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9, l'article soul\u00e8ve les tensions encore non r\u00e9solues entourant le droit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 face \u00e0 l'expansion de la cruaut\u00e9 expos\u00e9e par l'enterrement irr\u00e9gulier des morts, et nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux d\u00e9fis \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9thiques auxquels sont confront\u00e9s les enqu\u00eateurs-t\u00e9moins dans ces paysages de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots cl\u00e9s : <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/desaparicion-forzada\/\" rel=\"tag\">disparition forc\u00e9e<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/exhumaciones\/\" rel=\"tag\">exhumations<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/fosas-comunes\/\" rel=\"tag\">charniers<\/a>, <a href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/tag\/verdad\/\" rel=\"tag\">v\u00e9rit\u00e9<\/a><\/p>\n\n\n<p class=\"en-title\">Combiner l'histoire \"\u00e0 l'envers\". R\u00e9flexions sur la recherche et l'exhumation des fosses communes du Mexique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">Une r\u00e9flexion sur la multiplication des enterrements ill\u00e9gaux de restes humains au Mexique au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, bas\u00e9e sur leur pouvoir coercitif en tant que m\u00e9canismes de terreur ainsi que sur leur capacit\u00e9 \u00e0 propitier l'action collective, d\u00e9fie les v\u00e9rit\u00e9s officielles et agit comme une autopsie du r\u00e9gime politico-social auquel donnent lieu la pr\u00e9carit\u00e9 et l'in\u00e9galit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rales. A travers les exp\u00e9riences des familles \u00e0 la recherche des disparus, des tensions non r\u00e9solues sont pos\u00e9es quant au droit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 face \u00e0 la cruaut\u00e9-expansion que les enterrements irr\u00e9guliers des morts exposent ; l'auteur invite les lecteurs \u00e0 contempler les d\u00e9fis \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9thiques auxquels les chercheurs et les t\u00e9moins sont confront\u00e9s dans ces paysages combatifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\"><strong>Mots cl\u00e9s : <\/strong>Exhumation, fosses communes, disparitions forc\u00e9es, v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\"><span class=\"dropcap\">L<\/span>a premi\u00e8re fois, j'ai accompagn\u00e9 un collectif de parents de personnes disparues \u00e0 la recherche de \"tr\u00e9sors\".<a class=\"anota\" id=\"anota1\" data-footnote=\"1\">1<\/a> \u00e0 Sinaloa, au Mexique,<a class=\"anota\" id=\"anota2\" data-footnote=\"2\">2<\/a> J'ai assist\u00e9 \u00e0 la mise en \u0153uvre de pratiques et de concepts qui m'\u00e9taient jusqu'alors inconnus, dont le \"peignage du terrain\". Cette expression fait partie d'un langage technique issu de l'expertise des parents de personnes disparues et fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'action de parcourir le lieu o\u00f9 l'on pr\u00e9sume l'existence d'une s\u00e9pulture, en faisant une sorte de \"r\u00e2teau\" humain avec lequel ils ont l'intention de v\u00e9rifier chaque centim\u00e8tre du lieu, pr\u00e9alablement marqu\u00e9, en explorant les signes qui peuvent indiquer la pr\u00e9sence d'une tombe avec des restes humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche, devenue banale pour des centaines de parents qui ont entrepris de fouiller la terre \u00e0 la recherche de leurs disparus, \u00e9voque l'image de Walter Benjamin (2008) lorsqu'il parle de \" peigner l'histoire \u00e0 contre-courant \", comme une mani\u00e8re de r\u00e9sister \u00e0 la barbarie de l'histoire. En d'autres termes, \" faire une critique de l'id\u00e9ologie de l'historicisme pour montrer l'autre c\u00f4t\u00e9 de l'histoire : l'histoire des vaincus, de leur souffrance et de leur r\u00e9sistance \" (Villena Fiengo, 2003 : 97).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette optique, ratisser le terrain et le retourner pour retrouver les filles, les fils, les p\u00e8res, les m\u00e8res, les fr\u00e8res, les s\u0153urs disparus, c'est retourner l'histoire des vainqueurs et mettre en crise le r\u00e9gime d'impunit\u00e9 et de non-v\u00e9rit\u00e9 avec lequel ils prot\u00e8gent leurs projets politiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 l'exercice critique de Benjamin, qui vise \u00e0 se tourner vers le pass\u00e9 pour \u00e9clairer le pr\u00e9sent et ainsi racheter le pass\u00e9 lui-m\u00eame, la recherche et l'exhumation des charniers n'est pas la m\u00eame chose que la recherche et l'exhumation du pass\u00e9.<a class=\"anota\" id=\"anota3\" data-footnote=\"3\">3<\/a> au Mexique ne se r\u00e9f\u00e8re pas au pass\u00e9, puisqu'il n'a pas expir\u00e9. Ce pr\u00e9sent renvoie \u00e0 un paysage de guerre contre la population, une guerre sans fin, non conventionnelle mais de plus en plus courante.<a class=\"anota\" id=\"anota4\" data-footnote=\"4\">4<\/a> et naturalis\u00e9s, dont l'objectif central est d'\u00e9tablir le mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral de concentration du pouvoir par la d\u00e9possession et l'\u00e9limination de populations enti\u00e8res.<a class=\"anota\" id=\"anota5\" data-footnote=\"5\">5<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau international, les exhumations sont devenues des outils de v\u00e9rit\u00e9, de justice et de r\u00e9paration, et ont radicalement transform\u00e9 les mani\u00e8res d'aborder le pass\u00e9 traumatique gr\u00e2ce, entre autres ph\u00e9nom\u00e8nes, au renforcement de la science m\u00e9dico-l\u00e9gale et \u00e0 son implication dans le domaine des droits de l'homme (Rosenblatt, 2015) et \u00e0 la mise en \u0153uvre de m\u00e9canismes de justice transitionnelle dans les p\u00e9riodes de post-conflit et d'apr\u00e8s-guerre (P\u00e9rez Sales et Navarro, 2007). Mais que se passe-t-il au Mexique, qu'est-ce qui est ouvert et qu'est-ce qui est ferm\u00e9 avec l'exhumation des tombes clandestines, quels m\u00e9canismes de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9paration sont mis en \u0153uvre avec ces processus, et quelles significations ces concepts acqui\u00e8rent-ils \u00e0 partir de l'exp\u00e9rience des proches et du contexte de la disparition ?<\/p>\n\n\n\n<p>En plus de tenter de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions \u00e0 la lumi\u00e8re de mon exp\u00e9rience en tant que \" t\u00e9moin \" (De Marinis, 2017) des processus de recherche et d'exhumation de tombes au Mexique, je propose quelques r\u00e9flexions sur les d\u00e9fis \u00e9pist\u00e9mologiques que ce processus implique non seulement pour l'anthropologie, mais aussi pour les sciences sociales et m\u00e9dico-l\u00e9gales. Surtout, dans l'esprit de comprendre comment les soci\u00e9t\u00e9s traitent les concepts de justice, de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9paration \u00e0 partir de leurs propres connaissances et pratiques et comment elles g\u00e8rent le caract\u00e8re \"objectif\" et \"universel\" de la science autour de l'exhumation des restes humains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Paysages de guerre : disparition des corps et administration de la souffrance<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Bien que les chiffres continuent de poser probl\u00e8me pour reconna\u00eetre la dimension r\u00e9elle de la disparition forc\u00e9e de personnes au Mexique, les statistiques officielles permettent de reconna\u00eetre que 37 436 personnes ont disparu au cours des 11 derni\u00e8res ann\u00e9es sur le territoire national.<a class=\"anota\" id=\"anota6\" data-footnote=\"6\">6<\/a> Les collectifs de proches d\u00e9noncent le fait que ce nombre est bien inf\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, compte tenu du fait que de nombreuses personnes n'ont pas os\u00e9 d\u00e9noncer les disparitions forc\u00e9es en raison de la m\u00e9fiance \u00e0 l'\u00e9gard des institutions de l'\u00c9tat, dont la collusion avec des acteurs priv\u00e9s a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e, et de leur responsabilit\u00e9 directe dans les disparitions forc\u00e9es.<a class=\"anota\" id=\"anota7\" data-footnote=\"7\">7<\/a> Malgr\u00e9 les inconv\u00e9nients li\u00e9s \u00e0 la mesure du probl\u00e8me, le Mexique a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 par diff\u00e9rentes organisations nationales et internationales de d\u00e9fense des droits de l'homme comme un pays pr\u00e9sentant un probl\u00e8me syst\u00e9matique de disparitions forc\u00e9es et d'autres violations des droits de l'homme (GIEI, 2015 ; 2016 ; IACHR, 2016 ; HRW, 2013 ; UN, 2012). Ces rapports montrent que le cas mexicain est d'une complexit\u00e9 \u00e9crasante, car il d\u00e9passe non seulement les cat\u00e9gories juridiques \u00e9tablies historiquement pour rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne, mais aussi les explications traditionnelles pour rendre compte d'un crime historique aux contours assez bien d\u00e9finis (Robledo, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de ma participation \u00e0 la premi\u00e8re brigade nationale de recherche des personnes disparues \u00e0 Veracruz<a class=\"anota\" id=\"anota8\" data-footnote=\"8\">8<\/a> J'ai eu l'occasion de recevoir 29 parents de personnes disparues, qui se sont adress\u00e9s \u00e0 l'Universit\u00e9 autonome de l'Etat de Morelos pour que des \u00e9chantillons g\u00e9n\u00e9tiques soient pr\u00e9lev\u00e9s sur eux afin d'\u00eatre compar\u00e9s ult\u00e9rieurement avec les r\u00e9sultats des recherches. Parmi ces familles, 10 n'avaient d\u00e9pos\u00e9 aucune plainte par crainte de repr\u00e9sailles :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Comment vais-je porter plainte si la m\u00eame voiture de police qui a enlev\u00e9 ma fille fait des rondes devant ma maison et s'arr\u00eate \u00e0 l'entr\u00e9e de l'\u00e9cole de mon autre fille pour nous surveiller. Cela fait deux mois que ma fille a disparu et je ne me suis pas rendue dans un bureau gouvernemental. C'est la premi\u00e8re fois que je raconte cela \u00e0 quelqu'un d'autre que ma famille (Elena,<a class=\"anota\" id=\"anota9\" data-footnote=\"9\">9<\/a> m\u00e8re d'une jeune femme disparue en f\u00e9vrier 2016 \u00e0 C\u00f3rdoba, Veracruz).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \"d\u00e9civilisation<a class=\"anota\" id=\"anota10\" data-footnote=\"10\">10<\/a> de sujets pour lesquels l'\u00c9tat a perdu son masque, se montrant dans toute son ill\u00e9gitimit\u00e9, est consolid\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 une \"politique de la peur\" (Calveiro, 2015) qui profite \u00e0 l'\u00e9tablissement du pouvoir sur le territoire et les corps et d\u00e9stabilise compl\u00e8tement le pacte social qui ne tenait qu'\u00e0 un fil dans les r\u00e9gimes de d\u00e9possession, de pauvret\u00e9 et de violence institutionnelle syst\u00e9mique.<a class=\"anota\" id=\"anota11\" data-footnote=\"11\">11<\/a> Dans ce champ de r\u00e9organisation du pouvoir accompagn\u00e9 par le rythme du march\u00e9, le Mexique a assist\u00e9 \u00e0 l'amplification du spectacle de la souffrance et de la cruaut\u00e9, \u00e0 travers la mise en sc\u00e8ne de diverses formes de violence extr\u00eame (Nahoum-Grappe, 2002).<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la d\u00e9couverte en 2010 d'un entrep\u00f4t contenant 72 corps de migrants \u00e0 San Fernando, Tamaulipas, ex\u00e9cut\u00e9s avec des traces de torture,<a class=\"anota\" id=\"anota12\" data-footnote=\"12\">12<\/a> mais surtout apr\u00e8s la disparition des 43 \u00e9tudiants d'Ayotzinapa, \u00e0 Iguala-Guerrero, en septembre 2014, l'existence de tombes a commenc\u00e9 \u00e0 former un spectacle m\u00e9diatique de cruaut\u00e9, qui est devenu au fil du temps un \u00e9v\u00e9nement quotidien. Un mois seulement apr\u00e8s la disparition des 43 jeunes, plus d'une centaine de corps ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s enterr\u00e9s dans des fosses \u00e0 Iguala, Guerrero, gr\u00e2ce aux recherches men\u00e9es par les proches eux-m\u00eames, accompagn\u00e9s d'hommes et de femmes solidaires des communaut\u00e9s environnantes. La d\u00e9couverte de ces restes, qui ne correspondaient pas \u00e0 ceux des \u00e9tudiants, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l'existence d'une trag\u00e9die qui d\u00e9passait les limites de l'agenda m\u00e9diatique. Depuis les entrailles de la terre, ces corps ont commenc\u00e9 \u00e0 retrouver leur identit\u00e9, et depuis les villes, des personnes se sont organis\u00e9es pour \"r\u00e9cup\u00e9rer ces tr\u00e9sors\" et leur rendre leur nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, alors que le discours public et les revendications d'une grande partie des associations civiles se concentraient sur la trag\u00e9die des jeunes \u00e9tudiants d'Ayotzinapa et la demande de leur pr\u00e9sentation en vie, plus de 500 familles se sont organis\u00e9es dans le Comit\u00e9 des autres disparus d'Iguala, Guerrero, pour r\u00e9cup\u00e9rer non seulement les restes retrouv\u00e9s jusqu'alors dans les environs d'Iguala, et dont personne ne s'\u00e9tait souci\u00e9 de l'identit\u00e9, mais aussi pour entamer ce qui allait \u00eatre un long parcours d'apprentissage de la recherche de restes humains, qui se d\u00e9roulerait simultan\u00e9ment dans plusieurs \u00c9tats de la R\u00e9publique mexicaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la pertinence de ces actions, surtout depuis 2015, la recherche n'est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent. \u00c0 Tijuana, par exemple, la premi\u00e8re d\u00e9couverte de tombes faite par des proches de personnes disparues a eu lieu le 6 avril 2011. Dans un terrain situ\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville, on a trouv\u00e9 des restes qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s selon la technique d\u00e9velopp\u00e9e par Santiago Mesa, alias \" El Pozolero \", qui a dissous pendant des ann\u00e9es des corps dans de la soude caustique sur ordre des cartels op\u00e9rant dans la ville (Robledo, 2017).<a class=\"anota\" id=\"anota13\" data-footnote=\"13\">13<\/a> Il est \u00e9galement possible de retracer des recherches citoyennes \u00e0 Sinaloa depuis 2011, men\u00e9es par des habitants du nord de l'\u00c9tat qui, interrog\u00e9s par un journaliste local,<a class=\"anota\" id=\"anota14\" data-footnote=\"14\">14<\/a> ont signal\u00e9 anonymement, par crainte de repr\u00e9sailles, que la plupart des victimes avaient \u00e9t\u00e9 port\u00e9es disparues par la police municipale (Valdez, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Veracruz, les recherches collectives ont commenc\u00e9 apr\u00e8s l'arriv\u00e9e de la premi\u00e8re brigade nationale de recherche des personnes disparues, qui s'est d\u00e9roul\u00e9e entre le 11 et le 22 avril 2016 \u00e0 Amatl\u00e1n, Veracruz. Cette brigade a rassembl\u00e9 plus de trente membres de familles de diff\u00e9rents \u00c9tats de la r\u00e9publique pour fouiller le terrain indiqu\u00e9 par des voisins, qui avaient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins d'enterrements syst\u00e9matiques et massifs dans cette r\u00e9gion de l'\u00c9tat. Cette strat\u00e9gie de recherche, qui sera ensuite r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 deux reprises (Paso del Macho, Veracruz, en juillet 2016, et Culiac\u00e1n, Sinaloa, en janvier 2017), a permis de g\u00e9n\u00e9rer un espace d'\u00e9change de connaissances et de pratiques entre les chercheurs, ainsi que de renforcer les canaux de communication et de solidarit\u00e9 entre les collectifs sur le terrain de la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers Sinaloa, Guerrero et Veracruz<a class=\"anota\" id=\"anota15\" data-footnote=\"15\">15<\/a> les recherches de \"los Cascabeles\", membres du Grupo Vida de Coahuila, ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es,<a class=\"anota\" id=\"anota16\" data-footnote=\"16\">16<\/a> qui, sous la direction de Silvia Ortiz et de son mari \u00d3scar S\u00e1nchez Viesca, parents de Silvia Estefan\u00eda S\u00e1nchez, disparue en 2006, sont devenus un groupe d'experts dans la recherche de petits fragments d'os en plein d\u00e9sert. Rien qu'en 2015, le groupe, qui a plus de 10 ans d'exp\u00e9rience dans la recherche, a r\u00e9ussi \u00e0 trouver 40 fosses communes, dont la mat\u00e9rialit\u00e9 a conduit les Cascabeles \u00e0 conclure que les groupes criminels \"cuisent\" leurs victimes dans des tambours avec de l'acide et \u00e9crasent ensuite les os pour qu'ils ne puissent jamais \u00eatre identifi\u00e9s.<a class=\"anota\" id=\"anota17\" data-footnote=\"17\">17<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>D'autres techniques de disparition de corps ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es \u00e0 l'attention du public ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment la cr\u00e9mation massive de restes humains sous la garde de l'\u00c9tat par les bureaux des procureurs eux-m\u00eames, comme dans le cas de l'\u00c9tat de Jalisco ;<a class=\"anota\" id=\"anota18\" data-footnote=\"18\">18<\/a> ceux perp\u00e9tr\u00e9s dans les prisons par des groupes arm\u00e9s ill\u00e9gaux avec l'autorisation et la participation d'agents de l'\u00c9tat, comme ceux perp\u00e9tr\u00e9s \u00e0 Piedras Negras, Coahuila, par Los Zetas ;<a class=\"anota\" id=\"anota19\" data-footnote=\"19\">19<\/a> l'enterrement de corps dans des fosses irr\u00e9guli\u00e8res par les parquets charg\u00e9s de rendre la justice, comme dans le cas de Tetelcingo, Morelos,<a class=\"anota\" id=\"anota20\" data-footnote=\"20\">20<\/a> et l'enterrement d\u00e9sordonn\u00e9 et irr\u00e9gulier de corps dans des cimeti\u00e8res publics.<a class=\"anota\" id=\"anota21\" data-footnote=\"21\">21<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La carte de la terreur de ces appareils ne se limite pas aux modalit\u00e9s susmentionn\u00e9es, comme le montrent les t\u00e9moignages des proches eux-m\u00eames :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">L'association compte 211 disparus. J'ai retrouv\u00e9 46 corps, je sais qu'il en reste une trentaine dans la fosse commune que nous devons exhumer. Il me reste donc plus de 100 corps \u00e0 retrouver, mais je sais qu'il y en a certains que je ne retrouverai jamais parce qu'ils ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s aux crocodiles. Pendant des ann\u00e9es, les lacs \u00e9taient peupl\u00e9s de ces animaux qu'ils nourrissaient de cadavres et dont il ne restait que les os. Ensuite, ces os ont \u00e9t\u00e9 broy\u00e9s et enterr\u00e9s. Nous avons trouv\u00e9 une s\u00e9pulture contenant de nombreux morceaux d'os, mais les experts du bureau du procureur ont d\u00e9clar\u00e9 qu'il s'agissait d'os d'animaux, alors ils les ont laiss\u00e9s l\u00e0, sans rien tester (Mirna Medina, dirigeante du groupe \"Las Buscadoras de El Fuerte, Sinaloa, conversation personnelle, 12 mai 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette manifestation de la terreur, qui configure un r\u00e9seau de sens de la normalit\u00e9 autour de la violence extr\u00eame (Blair, 2004), ne s'\u00e9puise pas dans les paysages d\u00e9crits ci-dessus. D'autres types de violence quotidienne et syst\u00e9mique s'ajoutent \u00e0 l'exercice de la cruaut\u00e9 qui affecte non seulement les corps des disparus, mais aussi ceux de leurs proches. Selon Ariadna Est\u00e9vez (2015), l'\u00e9preuve v\u00e9cue par les proches des personnes disparues - et en g\u00e9n\u00e9ral par toute personne qui souhaite obtenir justice par le biais du droit \u00e9tatique - constitue un autre type de dispositif impos\u00e9 aux corps et aux vies de ceux qui cherchent \u00e0 \u00eatre reconnus comme sujets de droits. D\u00e8s qu'ils d\u00e9posent une plainte, les proches se retrouvent plong\u00e9s dans un labyrinthe de papiers, de proc\u00e9dures et de formalit\u00e9s qui se perp\u00e9tuent au fil des ans comme une forme de violence institutionnelle qui impose des temps et des espaces pour confiner les actions des individus dans un processus tortueux qui n'aboutit que tr\u00e8s rarement \u00e0 l'acc\u00e8s \u00e0 la justice ou \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 (Est\u00e9vez, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ce m\u00e9canisme de contr\u00f4le de la vie qui perp\u00e9tue l'impunit\u00e9 et le r\u00e9gime de la non-v\u00e9rit\u00e9, de nombreux proches de disparus finissent par se charger eux-m\u00eames d'enqu\u00eater sur leur propre cas. Pour beaucoup, c'est la seule issue face \u00e0 l'indolence des institutions qui nuisent quotidiennement \u00e0 leur condition de sujet :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Nous avons frapp\u00e9 \u00e0 un millier de portes, \u00e0 toutes les portes possibles. C'est moi qui ai fait le plus de recherches, c'est moi qui ai fait le plus d'enqu\u00eates. Il y a un moyen, soit nous restons \u00e0 la maison \u00e0 pleurer et \u00e0 nous victimiser \u00e0 nouveau, soit nous sortons tous les jours pour chercher notre fils (Mar\u00eda Guadalupe Fern\u00e1ndez, m\u00e8re d'un jeune homme disparu \u00e0 Jalisco).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce paysage de violence extr\u00eame et de violence quotidienne s'organise autour des r\u00e9gimes d'impunit\u00e9 et de non-v\u00e9rit\u00e9. Le r\u00e9gime d'impunit\u00e9 est li\u00e9 \u00e0 l'absence de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale des auteurs de crimes atroces, ainsi qu'\u00e0 la responsabilit\u00e9 administrative minimale li\u00e9e \u00e0 l'incapacit\u00e9 et \u00e0 l'omission des fonctionnaires qui bloquent les enqu\u00eates ou commettent des actes qui nuisent aux possibilit\u00e9s d'obtenir justice (Commission des droits de l'homme des Nations unies, 2005).<a class=\"anota\" id=\"anota22\" data-footnote=\"22\">22<\/a> Mais il s'exprime \u00e9galement dans l'absence de strat\u00e9gies visant \u00e0 r\u00e9parer l'insulte morale provoqu\u00e9e par les disparitions forc\u00e9es et les crimes connexes. Le r\u00e9gime de la non-v\u00e9rit\u00e9 se manifeste dans la construction d'un discours qui justifie la guerre, classe les populations sur la base de la construction de l'id\u00e9e de l'ennemi et insiste sur le caract\u00e8re marginal de la violence soutenue par l'\u00c9tat, en centrant l'imputation de la responsabilit\u00e9 sur ce que l'on appelle le \"crime organis\u00e9\".<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ce paysage d'impunit\u00e9 et de non-v\u00e9rit\u00e9, les tombes clandestines deviennent une strat\u00e9gie de l'oubli impos\u00e9e \u00e0 des communaut\u00e9s enti\u00e8res auxquelles il est interdit d'\u00e9voquer le malheur : \"L'amalgame intentionnel de corps non identifi\u00e9s dans des tombes non marqu\u00e9es injecte des quantit\u00e9s significatives de d\u00e9sordre, d'anxi\u00e9t\u00e9 et de division dans le tissu social\" (Ferr\u00e1ndiz, 2007 : 50). Cependant, comme le souligne Ferr\u00e1ndiz lui-m\u00eame, \"la signification et l'impact social et politique de ces restes exhum\u00e9s d\u00e9pendent \u00e0 leur tour de l'amalgame de parcelles de m\u00e9moire qui s'organisent progressivement (et souvent se concurrencent) autour d'eux\" (2007 : 51). Ainsi, face \u00e0 la moralit\u00e9 universelle des droits de l'homme (Rosenblatt, 2015) et \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 de la science m\u00e9dico-l\u00e9gale, qui constituent g\u00e9n\u00e9ralement des discours h\u00e9g\u00e9moniques pour produire du sens et des v\u00e9rit\u00e9s autour des restes humains, de nouvelles subjectivit\u00e9s, relations, identit\u00e9s et cultures sont produites et d\u00e9finissent des contours divers et m\u00eame partiels autour de la v\u00e9rit\u00e9, de la justice et de la r\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sens et pratiques autour de la v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">D'un point de vue socio-anthropologique, il est soulign\u00e9 que l'apparition, la circulation et la consommation d'images de cadavres portant des signes explicites de torture et de violence ont un double objectif. D'une part, elles s\u00e8ment la terreur en exposant la cruaut\u00e9 de corps sans nom et, d'autre part, elles encouragent la mobilisation qui cherche \u00e0 limiter le \"pacte du silence\" en mettant en lumi\u00e8re le \"linge sale\" qui a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 (Ferr\u00e1ndiz, 2008). Ce double caract\u00e8re de la mani\u00e8re dont la terreur des tombes clandestines est produite et consomm\u00e9e est li\u00e9 \u00e0 une profonde tension dans les significations que la v\u00e9rit\u00e9 acquiert dans le domaine de la disparition forc\u00e9e des personnes, comme je vais essayer de le d\u00e9montrer dans cette section.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la v\u00e9rit\u00e9, le champ th\u00e9orique du droit a \u00e9tabli une distinction fondamentale entre la preuve juridique (v\u00e9rit\u00e9 juridique) et la v\u00e9rit\u00e9 de l'atrocit\u00e9 (v\u00e9rit\u00e9 historique) (Rojas-P\u00e9rez, 2017). Le premier sens se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la connaissance de la mani\u00e8re, du moment et de la forme de l'acte violent et, dans le cas des disparitions, \u00e0 la connaissance du lieu o\u00f9 se trouve la personne disparue ; tandis que le second sens transcende l'acte singulier et se situe dans la reconnaissance des atrocit\u00e9s en tant qu'actes commis contre un ensemble social.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine des disparitions forc\u00e9es, la v\u00e9rit\u00e9 implique le \" d\u00e9sir de savoir \" en tant que \" besoin humain fondamental \" (Naqvi, 2006 : 14), fond\u00e9 sur l'urgence de pr\u00e9venir la torture psychologique des proches des personnes disparues, mais aussi de reconna\u00eetre les formes d'extermination qui ont \u00e9t\u00e9 produites et tol\u00e9r\u00e9es en tant que soci\u00e9t\u00e9, dans le but de ne pas les r\u00e9p\u00e9ter.<a class=\"anota\" id=\"anota23\" data-footnote=\"23\">23<\/a> Ainsi, la v\u00e9rit\u00e9, bien que produite dans la sph\u00e8re publique, poss\u00e8de un caract\u00e8re profond\u00e9ment intime et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne qui remet en question l'obsession de produire des technologies universelles pour la gestion des atrocit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche de la v\u00e9rit\u00e9 autour des exhumations peut \u00eatre travers\u00e9e par deux demandes, qui ne sont pas n\u00e9cessairement contradictoires et exclusives, mais qui peuvent \u00eatre en tension, comme c'est le cas actuellement au Mexique. D'une part, celle de ceux qui insistent sur la r\u00e9cup\u00e9ration de la pleine v\u00e9rit\u00e9 des faits expos\u00e9s par l'enterrement ill\u00e9gal de restes humains dans un cadre de judiciarisation ; autrement dit, un type d'exhumation \u00e0 valeur politique et id\u00e9ologique (Ferr\u00e1ndiz, 2014) ou une recherche judiciaire. D'autre part, il y a ceux qui d\u00e9fendent l'exhumation comme un processus humanitaire - et th\u00e9rapeutique (Ferr\u00e1ndiz, 2014) - qui r\u00e9pond aux besoins individuels et familiaux de r\u00e9cup\u00e9rer la continuit\u00e9 existentielle interrompue par la disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 dans le domaine de l'exhumation des tombes clandestines est li\u00e9e \u00e0 un champ de pouvoir complexe dans lequel agissent les proches des personnes disparues, les fonctionnaires, les scientifiques et les autres acteurs impliqu\u00e9s, dont les relations -asym\u00e9triques- produisent des technologies de l'\u00eatre et de la connaissance qui transcendent les limites du champ juridique (Rojas-P\u00e9rez, 2017). Ce champ exprime un pluralisme en tension par rapport aux trajectoires de v\u00e9rit\u00e9 et de justice, qui \u00e9manent de l'exp\u00e9rience v\u00e9cue des survivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu'au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, les organisations de proches de personnes disparues au Mexique se soient clairement orient\u00e9es vers la recherche des restes humains, elles ne partagent pas toutes le m\u00eame projet. Certains collectifs maintiennent l'engagement politique qui r\u00e9pond au slogan \"ils ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s vivants, nous les voulons vivants\",<a class=\"anota\" id=\"anota24\" data-footnote=\"24\">24<\/a> en rappelant la responsabilit\u00e9 directe de l'Etat dans les disparitions et en rejetant la recherche de restes humains, tout en exigeant des autorit\u00e9s qu'elles rendent en vie les personnes dont elles sont tenues pour responsables de la disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>D'autres secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile insistent sur la voie institutionnelle, \u00e0 travers le suivi et l'exigence d'enqu\u00eates efficaces qui rendent justice, dans un travail permanent de collaboration avec les autorit\u00e9s pour transformer les protocoles, les lois et les structures bureaucratiques qui peuvent rendre plus efficaces la recherche et l'enqu\u00eate sur la disparition forc\u00e9e des personnes. Certaines de ces organisations se sont positionn\u00e9es en faveur de l'exhumation des tombes clandestines, mais en d\u00e9fendant la rigueur scientifique et juridique, pour laquelle elles proposent de garder les tombes aussi longtemps que n\u00e9cessaire tout en garantissant une exhumation rigoureuse, dans le but de promouvoir une v\u00e9rit\u00e9 compl\u00e8te, qui garantisse non seulement l'identification, mais aussi la connaissance possible des responsables et des sch\u00e9mas de violence. Enfin, il y a les parents qui recherchent et localisent les tombes clandestines de mani\u00e8re autonome, en s'appuyant sur le gouvernement pour l'identification des restes, et dont les exhumations ne sont pas li\u00e9es aux processus de v\u00e9rit\u00e9 et de justice \u00e9tatique, car elles sont orient\u00e9es vers l'objectif d'identification et de restauration des restes humains dans une approche humanitaire, en vertu du principe selon lequel l'\"enterrement chr\u00e9tien\" a un caract\u00e8re r\u00e9parateur en soi :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Nous ne cherchons pas la justice, nous ne la cherchons plus depuis longtemps, elle est trop loin, la seule chose que nous cherchons, ce sont nos disparus. Nous voulons savoir o\u00f9 sont nos proches, peut-\u00eatre dans l'espoir de les embrasser \u00e0 nouveau, ou simplement pour savoir o\u00f9 ils sont, afin de d\u00e9poser une bougie pour le salut de leur \u00e2me (Julio S\u00e1nchez Pasilla, du groupe Vida, Coahuila).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette position promeut, d'une part, un message sur l'ill\u00e9gitimit\u00e9 de l'\u00c9tat \u00e0 \u00e9tablir des politiques de v\u00e9rit\u00e9 et de justice et, par cons\u00e9quent, la production d'espaces alternatifs pour atteindre ces objectifs. D'autre part, il s'agit d'une d\u00e9monstration des d\u00e9fis impos\u00e9s par un contexte de conflit permanent, dans lequel la recherche de tombes est effectu\u00e9e dans un contexte de graves violations des droits de l'homme, de pers\u00e9cution, de criminalisation et de pr\u00e9carit\u00e9 exacerb\u00e9e (exposition au danger).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la Brigade nationale de recherche, qui a \u00e9t\u00e9 mise en place non seulement \u00e0 Veracruz, mais aussi \u00e0 Sinaloa et \u00e0 Guerrero, ne cherche pas de coupables, garantissant ainsi la s\u00e9curit\u00e9 des chercheurs dans un territoire violent o\u00f9 l'\u00c9tat est identifi\u00e9 comme l'auteur principal des crimes. Dans le cas des chercheurs du nord de Sinaloa, \"ne pas chercher de coupables\" est une fa\u00e7on d'assurer un type de collaboration avec le gouvernement de l'\u00c9tat pour les aspects techniques li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9couverte de restes humains, en particulier l'identification :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Si je disais au gouvernement que je recherche des auteurs de crimes, il ne me donnerait pas ses experts et ne me pr\u00eaterait pas ses chiens. Il est impossible pour un gouvernement de livrer ses disparus. Leur devise est \"pas de corps, pas de morts, pas de disparus\". Le gouvernement ne va pas remettre les disparus, cela ne lui convient pas (Mirna Medina, chercheurs d'El Fuerte, conversation personnelle, 10 mai 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce type de positionnement est controvers\u00e9 par ceux qui insistent sur le fait que le gouvernement est responsable de la recherche et de l'exhumation et qui ne renoncent pas \u00e0 cette exigence. La v\u00e9rit\u00e9 et la justice sont des cat\u00e9gories inachev\u00e9es et sont constamment contest\u00e9es par les collectifs de parents de personnes disparues et les organisations civiles qui les accompagnent. La pr\u00e9sence de ces discours et pratiques g\u00e9n\u00e8re des fissures dans les cadres juridiques h\u00e9g\u00e9moniques produits \u00e0 partir d'un centre occidental ; un cadre juridique qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9 par les conditions sp\u00e9cifiques de ceux qui souffrent de la violence et de l'impunit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La Brigade Nationale de Recherche a d\u00e9fendu les recherches citoyennes comme une \"guerre contre le gouvernement\" (Jos\u00e9 D\u00edaz Navarro, Collectif Chilapa, Guerrero), comme une forme de d\u00e9sob\u00e9issance ; c'est r\u00e9sister \u00e0 l'administration de la souffrance par les institutions : \"Quand je vois les choses stupides que les m\u00eames personnes du gouvernement font dans les recherches, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas les faire\" (Mario Vergara, Comit\u00e9 Los Otros Desaparecidos de Iguala), \"c'est une sorte de d\u00e9sob\u00e9issance civile, m\u00eame si nous ne le disons pas dans nos communiqu\u00e9s\" (Juan Carlos Trujillo, Enlaces Nacionales). C'est une prise de conscience de la mort de l'\u00c9tat : \"Nous faisons cela parce qu'il n'y a pas d'\u00c9tat, parce qu'ils nous ont laiss\u00e9s seuls\" (Juan Carlos, Enlaces Nacionales).<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche et l'exhumation des tombes clandestines constituent une forme de d\u00e9sob\u00e9issance civile face \u00e0 un institutionnalisme qui a perdu le sens de son r\u00f4le de coh\u00e9sion dans la vie sociale ; c'est aussi un sc\u00e9nario pour la reconnaissance de la citoyennet\u00e9. Et, en m\u00eame temps, c'est un type de d\u00e9sob\u00e9issance contre les discours h\u00e9g\u00e9moniques qui formalisent et monopolisent les proc\u00e9dures d'exhumation dict\u00e9es par le travail scientifique et juridique des droits de l'homme.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est un processus qui correspond \u00e0 l'accumulation de griefs au fil du temps et \u00e0 la formation d'une conscience qui d\u00e9signe l'\u00c9tat non seulement comme incomp\u00e9tent, mais aussi comme un \u00c9tat criminel qui nie toute possibilit\u00e9 d'acc\u00e8s \u00e0 la justice et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Mais il nous parle aussi des nouvelles fa\u00e7ons dont les proches des personnes disparues formulent de nouvelles demandes par rapport \u00e0 une tradition de luttes qui les a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette connaissance est pr\u00e9sente dans le t\u00e9moignage des proches lorsqu'ils \u00e9voquent les obstacles qui ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la punition des coupables, alors que les conditions sont r\u00e9unies pour qu'elle soit possible. La plupart des proches connaissent l'identit\u00e9 des responsables de la disparition, gr\u00e2ce \u00e0 leurs propres investigations. Cependant, malgr\u00e9 toutes les preuves fournies au minist\u00e8re public, il y a eu pendant des ann\u00e9es une n\u00e9gligence syst\u00e9matique de la part des autorit\u00e9s, doubl\u00e9e d'une n\u00e9gligence grave et de pratiques corrompues qui emp\u00eachent que justice soit faite :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Je sais qui a enlev\u00e9 mon mari. Il \u00e9tait policier et c'est de l\u00e0 qu'ils l'ont enlev\u00e9. Bien s\u00fbr, ils savent qui c'\u00e9tait, ce sont les m\u00eames, donc il n'y aura jamais de justice (Yolanda, \u00e9pouse d'un policier disparu \u00e0 San Blas, Sinaloa, conversation personnelle, 12 avril 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par la majorit\u00e9 des membres des familles que j'ai eu l'occasion d'\u00e9couter et de rencontrer au cours des ann\u00e9es de travail sur le terrain, indique non seulement l'annulation de la possibilit\u00e9 de justice dans le syst\u00e8me local, mais aussi dans le syst\u00e8me international. D'une part, les familles estiment que la possibilit\u00e9 d'acc\u00e9der aux avantages des litiges strat\u00e9giques pour porter leurs affaires devant les tribunaux internationaux est lointaine, \u00e9tant donn\u00e9 la raret\u00e9 des ressources pour faciliter l'acc\u00e8s \u00e0 ces espaces, la quantit\u00e9 d'exigences requises pour les promouvoir et l'efficacit\u00e9 minimale de ces processus ; en termes de rapport entre les cas d\u00e9nonc\u00e9s et les cas sanctionn\u00e9s dans ces tribunaux, et le respect des recommandations par l'\u00c9tat mexicain, les calculs co\u00fbts-b\u00e9n\u00e9fices ne sont pas tr\u00e8s favorables jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>D'autre part, selon le diagnostic de P\u00e9rez-Sales et Navarro sur l'exhumation des fosses communes dans 14 pays d'Am\u00e9rique latine (2007), les processus de recherche et de d\u00e9couverte qui ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s par des organisations internationales n'ont pas pleinement garanti l'acc\u00e8s \u00e0 la justice pour les proches des personnes disparues, qu'ils aient \u00e9t\u00e9 guid\u00e9s par des groupes ind\u00e9pendants ou par les autorit\u00e9s gouvernementales. Seuls les cas du Chili et de l'Argentine semblent avoir \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9s de succ\u00e8s, du moins en ce qui concerne la punition des responsables, mais pas la recherche des personnes disparues, sans laquelle la satisfaction du droit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 sera toujours incompl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Le renoncement \u00e0 la justice \u00e9tatique ou \u00e0 sa subordination \u00e0 l'arri\u00e8re-plan r\u00e9pond \u00e0 la conscience de pouvoir faire quelque chose ici et maintenant : les proches en recherche reconnaissent qu'il n'y aura pas d'avenir radieux dans lequel leurs disparus seront retrouv\u00e9s et pr\u00e9f\u00e8rent faire quelque chose tant qu'ils le peuvent, comme une forme de r\u00e9sistance active et de survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la strat\u00e9gie consistant \u00e0 ne pas rechercher les responsables puisse \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e par certains groupes et experts comme un renoncement \u00e0 la justice en termes formels et comme une mani\u00e8re de perp\u00e9tuer l'impunit\u00e9 et de permettre la r\u00e9p\u00e9tition des actes, l'action lue \u00e0 partir d'une ethnographie qui recherche des significations localis\u00e9es nous permet de comprendre la capacit\u00e9 d'exercer un acte de restitution et de conscience critique. Cela implique de comprendre que la pratique des droits va au-del\u00e0 de la loi et se situe dans les mani\u00e8res quotidiennes dont les sujets donnent un sens et mettent en \u0153uvre ce qu'est la justice pour eux (Das et Poole, 2008). Pour s'int\u00e9resser \u00e0 ces pratiques quotidiennes, il est n\u00e9cessaire de comprendre l'action sociale de l'\"int\u00e9rieur\", c'est-\u00e0-dire en s'int\u00e9ressant \u00e0 sa \"couleur \u00e9motionnelle\", \u00e0 ce qui l'anime, et pas seulement aux structures pr\u00e9\u00e9tablies qui rationalisent les pratiques humaines (Illouz, 2012) et les classent dans des cat\u00e9gories moralement pr\u00e9dominantes. Cette ouverture nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer d'autres aspects afin de comprendre quelles significations la v\u00e9rit\u00e9 acquiert dans le domaine sp\u00e9cifique de la disparition de personnes au Mexique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La capacit\u00e9 r\u00e9paratrice et d\u00e9stabilisatrice des exhumations<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">La litt\u00e9rature sur l'exhumation des restes humains a insist\u00e9 sur la capacit\u00e9 r\u00e9paratrice de cet acte, qui est suppos\u00e9 \u00eatre une \"r\u00e9sistance \u00e0 l'oubli\" (P\u00e9rez-Sales et Navarro, 2007), ce qui explique pourquoi il s'agit de l'un des sc\u00e9narios les plus pertinents parmi les formes de gu\u00e9rison des communaut\u00e9s de victimes (Berista\u00edn, 2000). Dans le contexte des recherches de proches que j'ai eu l'occasion d'accompagner, l'exhumation est une action qui g\u00e9n\u00e8re des ruptures politiques et \u00e9thiques sous au moins trois aspects : 1) elle permet au proche de prendre en charge sa propre exp\u00e9rience, en tant que sujet producteur d'histoire et de connaissance ; 2) elle redonne de l'humanit\u00e9 \u00e0 un corps qui en a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9, et 3) dans certains cas, elle permet de restituer les restes de la personne disparue \u00e0 ses proches.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, les exhumations sont des actes d\u00e9stabilisants parce qu'elles sapent la peur impos\u00e9e par les actes de terreur et corrodent l'exp\u00e9rience priv\u00e9e de la souffrance, encourageant l'action collective ; elles remettent en question la v\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e par l'effacement des crimes et fonctionnent comme une autopsie sociale qui met en \u00e9vidence l'existence de r\u00e9gimes de pouvoir qui agissent sur la vie et la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>J'essaierai de d\u00e9velopper ces aspects dans les sections suivantes, en pr\u00e9cisant qu'il s'agit de propositions provisoires pour comprendre un processus qui n'en est encore qu'\u00e0 ses d\u00e9buts. J'essaierai de situer la port\u00e9e et les limites de ces processus collectifs dans un champ de fortes tensions et de transformations constantes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Capacit\u00e9 de restauration<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Le \"can do\" repr\u00e9sente une r\u00e9sistance aux formes paralysantes de la peur impos\u00e9es par la terreur et l'administration de la souffrance. La qu\u00eate rev\u00eat ainsi un caract\u00e8re d'agence, en ce sens qu'elle mobilise des individus et des groupes autour d'un int\u00e9r\u00eat commun. Des corps alli\u00e9s en mouvement \u00e0 la recherche d'autres corps :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Je ne suis pas fi\u00e8re d'\u00eatre chercheuse ou d'avoir un enfant disparu, mais j'aime savoir que nous pouvons rendre un enfant \u00e0 sa m\u00e8re, un mari \u00e0 sa femme. Parfois, nous voudrions que nos mains soient des griffes, quand nous avons des signes d'un corps, nous voulons avoir des griffes pour creuser, nous voulons que ce ne soit pas une personne, mais un animal. Lorsque nous trouvons un corps, nous pouvons commencer \u00e0 pleurer, puis lorsque nous r\u00e9alisons qu'il pourrait s'agir de l'un d'entre nous, nous prions, nous remercions. Personne n'a le droit de les emmener, de faire \u00e7a avec qui que ce soit (Mirna Miranda, Las Buscadoras de El Fuerte, conversation personnelle, 11 mai 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette action ne poursuit pas seulement des int\u00e9r\u00eats individuels, mais se configure comme un type de solidarit\u00e9 collective dans lequel les chercheurs ne recherchent pas seulement leurs proches, mais toutes les personnes disparues. Il s'agit d'une action qui mobilise les \u00e9motions et les affects, les confrontant \u00e0 un sujet politique qui a \u00e9t\u00e9 peu abord\u00e9 par les sciences sociales, qui ont caract\u00e9ris\u00e9 les \u00e9motions comme des irruptions irrationnelles de l'\u00e9tat d'esprit et l'action politique comme celle produite par la rationalit\u00e9 des agents. Des approches plus r\u00e9centes, notamment f\u00e9ministes, ont sorti les \u00e9motions du silence, en supprimant l'exclusivit\u00e9 que la biologie et la psychologie avaient sur elles, disciplines qui les placent g\u00e9n\u00e9ralement dans le champ individuel et priv\u00e9 de la vie. Selon ces approches, qui pourraient s'inscrire dans ce que l'on appelle le \"tournant \u00e9motionnel\", les \u00e9motions n'appartiennent pas seulement \u00e0 la sph\u00e8re de l'intime et du pr\u00e9politique, mais sont produites dans les interactions sociales, \u00e9tant produites et produisant le monde social.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient ici de souligner que cette approche rompt avec la dichotomie rationalit\u00e9\/\u00e9motion et suppose que les \u00e9motions, loin d'interf\u00e9rer avec la prise de d\u00e9cision rationnelle, peuvent au contraire l'encourager (Elster, 2002). Ainsi, en s'int\u00e9ressant \u00e0 la mani\u00e8re dont les acteurs \"ressentent\" la participation, nous offrons la possibilit\u00e9 de trouver des indications sur la mani\u00e8re dont ils vivent la vie sociale (Otero, 2006).<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche motiv\u00e9e par l'amour, la douleur, l'indignation, la col\u00e8re et l'espoir produit des zones d'intensification affective (Reguillo, 2017) dans lesquelles l'\u00e9change, la copr\u00e9sence et la conversation augmentent, articulant ce qui est commun \u00e0 travers la capacit\u00e9 d'affecter et d'\u00eatre affect\u00e9. La g\u00e9ographie de la recherche et de l'exhumation agit ici comme la zone o\u00f9 se condensent les orientations affectives qui parviennent \u00e0 faire muter l'exp\u00e9rience \u00e9motionnelle : \" la honte se mue en fiert\u00e9, la peur et la solitude, en rage et en revendication ; la tristesse, en tant que passion triste, trouve l'espoir qu'un autre monde est possible \" (Reguillo, 2017 : 151).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette condition \u00e9motionnelle de l'action collective r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement le caract\u00e8re l\u00e9gitime de la recherche, la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9tant comprise comme quelque chose qui d\u00e9passe et m\u00eame subvertit le l\u00e9gal. La l\u00e9gitimit\u00e9 est donn\u00e9e par la mise en mouvement d'un m\u00e9canisme \u00e9thique de solidarit\u00e9 qui s'oppose \u00e0 l'indiff\u00e9rence et \u00e0 la cruaut\u00e9 avec lesquelles la souffrance et la violence sont administr\u00e9es. Ainsi, l'action repose sur l'acte collectif de faire quelque chose qui, bien qu'ill\u00e9gal, est l\u00e9gitime en raison de ses cons\u00e9quences humaines et politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche qui rassemble les gens autour d'un int\u00e9r\u00eat commun constitue une sorte de communaut\u00e9 \u00e9motionnelle, qui \u00e9merge au milieu du chaos et de la m\u00e9fiance, favorisant la possibilit\u00e9 d'une action collective et d'un soutien moral. Cette exp\u00e9rience conduit \u00e0 la construction de liens affectifs qui d\u00e9passent les fronti\u00e8res locales. L'\u00e9change de connaissances et le soutien moral que les organisations et les membres de la famille apportent \u00e0 d'autres personnes dans la m\u00eame situation sont fondamentaux dans ce processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la communaut\u00e9 \u00e9motionnelle ne se limite pas n\u00e9cessairement aux proches des personnes disparues. Dans le cas des recherches \u00e0 Amatl\u00e1n, Veracruz, la brigade nationale \u00e9tait bas\u00e9e dans l'\u00e9glise de la ville, o\u00f9 le p\u00e8re Juli\u00e1n Ver\u00f3nica et sa communaut\u00e9 de la\u00efcs engag\u00e9s ont offert un abri, un logement, de la nourriture et un soutien spirituel pendant les recherches. \u00c0 plusieurs reprises, les membres de la communaut\u00e9 religieuse ont exprim\u00e9 leur soutien et leur gratitude aux parents des personnes disparues pour avoir encourag\u00e9 les recherches dans un lieu d\u00e9cim\u00e9 par le silence et la peur. De m\u00eame, \u00e0 Los Mochis, dans l'\u00c9tat de Sinaloa, les recherches sont accompagn\u00e9es par des hommes et des femmes solidaires qui indiquent les tombes, soutiennent le travail de diffusion ou font don de mat\u00e9riel et de nourriture pour soutenir l'action des chercheurs.<\/p>\n\n\n\n<p>L'exhumation des tombes clandestines est \u00e9galement r\u00e9paratrice car elle permet de retrouver la condition humaine des corps entass\u00e9s dans la terre, br\u00fbl\u00e9s et d\u00e9coup\u00e9s dans le but non seulement de mettre fin \u00e0 la vie, mais surtout \u00e0 leur condition d'humanit\u00e9. Elle cherche \u00e0 retrouver le lien perdu entre le corps et son nom. L'acte de d\u00e9terrer et de ramener ces corps dans le monde des vivants pour les remettre \u00e0 leur juste place redonne de la valeur \u00e0 ces vies. Cet objectif est cependant l'un des plus difficiles \u00e0 atteindre en raison des conditions qui emp\u00eachent une identification efficace :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Nous cherchons partout et les autorit\u00e9s n'ont aucun moyen de progresser dans l'identification. Des corps et des d\u00e9pouilles s'empilent dans les bureaux des procureurs et les laboratoires, attendant d'\u00eatre compar\u00e9s aux \u00e9chantillons d'ADN dont ils disposent. Nous avons besoin d'un syst\u00e8me national de recherche et d'identification m\u00e9dico-l\u00e9gale. Dans l'\u00e9tat actuel des choses, il ne sert \u00e0 rien de chercher si nous n'identifions pas (Blanca Mart\u00ednez, directrice du Centre dioc\u00e9sain des droits de l'homme Fray Juan de Larios, participation \u00e0 la table de recherche lors de la r\u00e9union du MPNDM, 9 mai 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>L'absence d'experts locaux ind\u00e9pendants commence \u00e0 cr\u00e9er un vide important dans le processus d'exhumation au Mexique. Bien que la recherche ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue de mani\u00e8re autog\u00e9r\u00e9e, l'identification continue d'\u00eatre entre les mains des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et f\u00e9d\u00e9rales, qui ont d\u00e9montr\u00e9 leur incapacit\u00e9 \u00e0 faire face au volume de restes non identifi\u00e9s. Dans ce contexte, certaines actions citoyennes telles que la formation de l'\u00e9quipe mexicaine d'anthropologie m\u00e9dico-l\u00e9gale, l'installation d'un laboratoire d'identification g\u00e9n\u00e9tique au service des proches par l'universit\u00e9 autonome de l'\u00c9tat de Morelos, et l'initiative Citizen Forensic Science qui a propos\u00e9 la construction d'une biobanque d'\u00e9chantillons g\u00e9n\u00e9tiques sous la garde de la soci\u00e9t\u00e9 civile, sont des initiatives encourageantes, bien qu'insuffisantes face \u00e0 un sc\u00e9nario d'importants besoins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Capacit\u00e9 de d\u00e9stabilisation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Parmi les cons\u00e9quences d\u00e9stabilisantes de l'exhumation de restes humains par des membres de la famille, il y a l'alt\u00e9ration de l'\u00e9tat de peur qui mine l'exp\u00e9rience priv\u00e9e de la souffrance, encourageant ainsi l'action collective. Dans le cas de Veracruz, il a \u00e9t\u00e9 possible d'identifier un \u00e9tat de peur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 qui emp\u00eache les familles de se manifester pour d\u00e9noncer les faits et s'organiser pour la recherche. L'arriv\u00e9e des brigadistes d'autres \u00c9tats \u00e0 Amatl\u00e1n de los Reyes a signifi\u00e9, selon les habitants, un encouragement \u00e0 rompre le silence, non seulement parmi les proches des disparus, dont beaucoup n'avaient m\u00eame pas os\u00e9 d\u00e9noncer, mais aussi parmi la population qui s'est manifest\u00e9e pour indiquer d'\u00e9ventuels sites fun\u00e9raires clandestins et sites d'extermination. Pendant mon s\u00e9jour dans cette communaut\u00e9, j'ai eu l'occasion de recevoir deux familles qui ont apport\u00e9 des informations sur des s\u00e9pultures situ\u00e9es \u00e0 Paso del Macho, une ville voisine, qui ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es par des d\u00e9nonciations anonymes qui sont arriv\u00e9es \u00e0 l'\u00e9glise avec de petites cartes ou des \u00e9crits anonymes.<\/p>\n\n\n\n<p>La peur n'est cependant pas un sentiment qui dispara\u00eet compl\u00e8tement. Les conditions de s\u00e9curit\u00e9 dans lesquelles les exhumations sont effectu\u00e9es constituent un d\u00e9fi pour les chercheurs. Nombre d'entre eux ont d\u00fb faire face \u00e0 des menaces pour leur travail :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Une fois, je cherchais la colline. J'allais dans les collines \u00e0 la recherche de mon fils. Parfois, j'arrivais dans un ranch comme un fant\u00f4me et les ouvriers me regardaient comme pour dire : \"D'o\u00f9 vient-elle ? Une fois, je suis tomb\u00e9e sur un groupe de m\u00e9chants qui ont arr\u00eat\u00e9 leur camion \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi et m'ont demand\u00e9 o\u00f9 j'allais. Je n'en pouvais plus et j'ai commenc\u00e9 \u00e0 pleurer, je leur ai dit que je cherchais mon fils, qu'ils devaient me laisser le chercher. Les m\u00e9chants m'ont dit que je cherchais mon fils et ils ont continu\u00e9 leur chemin\" (Chely, m\u00e8re d'un jeune homme disparu \u00e0 Piedras Negras, Tamaulipas).<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9, les proches affirment qu'\"ils ont tout tu\u00e9, m\u00eame leur peur\". Les multiples formes de violence auxquelles ils ont d\u00fb faire face au fil des ans leur permettent de relativiser le risque et de d\u00e9velopper une forme de r\u00e9sistance dans laquelle leur propre int\u00e9grit\u00e9 est en jeu :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">C'est gr\u00e2ce au travail de toutes les familles que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 dominer la peur, bien qu'il y ait maintenant plus de peur qu'avant, nous avons tous besoin les uns des autres, parce que les disparus nous appartiennent \u00e0 tous, et qu'ils nous ont d\u00e9j\u00e0 entra\u00een\u00e9s dans cette lutte et \u00e0 nous donner \u00e0 fond, comme le disait la grand-m\u00e8re de Miguel Jim\u00e9nez Blanco \"a DIOS rogando y con el mazo dando\" TE BUSCAR\u00c9 hasta ENCONTRARTE alg\u00fan d\u00eda lo vamos a lograrlo (Mario Vergara, Comit\u00e9 Los Otros Desaparecidos de Iguala, communication by <em>Quels sont les<\/em>A<em>pp<\/em>, 30 novembre 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>L'exhumation des tombes clandestines remet \u00e9galement en cause le r\u00e9gime de non-v\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9 par l'effacement des crimes. La mise au jour permet de peigner l'histoire \u00e0 contre-courant et, sans atteindre les id\u00e9aux de la v\u00e9rit\u00e9 judiciaire, elle favorise la rupture de la version dominante, qui consiste avant tout \u00e0 nier la r\u00e9alit\u00e9 des faits et \u00e0 en minimiser la pertinence.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l'exhumation des tombes clandestines agit comme une autopsie sociale qui signale l'existence d'un r\u00e9gime dont le c\u0153ur est \" l'instrumentalisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l'existence humaine et la destruction mat\u00e9rielle des corps et des populations \" (Mbembe, 2003) et qui s'impose en niant la dignit\u00e9 des sujets. L'exhumation r\u00e9v\u00e8le cette expansion de la violence vers des secteurs jusqu'alors consid\u00e9r\u00e9s comme s\u00fbrs du point de vue de leur citoyennet\u00e9 et qui ont \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9s comme diff\u00e9rents types de corps (Das et Poole : 2008) ; des corps qui ne comptent plus, des corps qui incarnent l'ennemi ou le sujet inconfortable et rempla\u00e7able.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Qu'est-ce qui est ouvert et qu'est-ce qui est ferm\u00e9 par une exhumation ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Les formes de r\u00e9sistance prennent des trajectoires incertaines, pas n\u00e9cessairement oppos\u00e9es, mais toujours divergentes par rapport aux pouvoirs institu\u00e9s. \"Elles tendent \u00e0 op\u00e9rer \u00e0 partir des sph\u00e8res qui leur sont assign\u00e9es en tant qu'espaces de contr\u00f4le, en les inversant. Ils \u00e9voluent dans des processus \u00e0 long terme et impliquent une myriade de strat\u00e9gies en constante \u00e9volution, dans lesquelles la mobilit\u00e9 est un aspect d\u00e9cisif \" (Calveiro, 2015). La lutte sp\u00e9cifique des parents de personnes disparues dans le domaine de la recherche des restes humains conserve la m\u00e9moire d'anciennes r\u00e9sistances qu'ils \"actualisent\" dans les circonstances changeantes du monde global \"pour r\u00e9p\u00e9ter des pratiques de lutte et d'organisation capables de vaincre la peur et, parall\u00e8lement, les r\u00e9seaux de pouvoir qui l'instrumentalisent\" (Calveiro, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>Les parents de personnes disparues qui recherchent leurs proches dans les tombes se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la construction d'une cat\u00e9gorie de victimes \"emputada\".<a class=\"anota\" id=\"anota25\" data-footnote=\"25\">25<\/a> (Castillejo, 2016), fatigu\u00e9s et d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 r\u00e9sister aux formes impos\u00e9es par l'administration de la souffrance et au cadre de possibilit\u00e9s d'action qui leur est assign\u00e9. La recherche des restes humains d\u00e9passe les formalit\u00e9s \u00e9tablies par les canons de la v\u00e9rit\u00e9 et de la justice, concepts cl\u00e9s des sc\u00e9narios transitionnels fond\u00e9s non seulement sur les lois nationales de r\u00e9paration et d'administration de la douleur, mais aussi sur des dispositifs scientifiques qui marquent la rationalit\u00e9 de ce qu'il convient de faire. Ils deviennent ainsi des actes de r\u00e9sistance aux formes pr\u00e9\u00e9tablies de r\u00e9paration, limit\u00e9s par les langages et les pratiques de ce qui est \u00e9nonc\u00e9 et de ce qui est permis, et constituent un d\u00e9fi pour la compr\u00e9hension des langages de la douleur dans toute leur diversit\u00e9 et leur complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les termes de Villoro, il s'agit d'un acte ill\u00e9gal mais l\u00e9gitime, qui ouvre des possibilit\u00e9s d'avancer vers l'\u00e9tablissement d'un espace de r\u00e9sistance \" si au Mexique essayer de lutter pour la justice devient un acte ill\u00e9gal, accueillez l'ill\u00e9galit\u00e9 \" (Villoro in UAEM, 2016, 31 mai). Dans ce sc\u00e9nario de dilemmes \u00e9thiques et politiques, la victime qui a attendu la justice et pass\u00e9 des heures dans les labyrinthes bureaucratiques des administrations, renonce \u00e0 jouer ce jeu et promeut de nouvelles formes d'organisation qui renvoient \u00e0 des notions localis\u00e9es de r\u00e9paration, de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Face \u00e0 cela, ceux d'entre nous qui accompagnent ces processus sont oblig\u00e9s d'\u00e9largir leurs propres cadres de r\u00e9f\u00e9rence, \u00e0 travers - et exclusivement - une \u00e9pist\u00e9mologie dialogique qui permette la circulation horizontale des significations entre les sujets qui agissent dans le domaine des exhumations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de terrain dans le contexte de la recherche de restes humains implique non seulement des dilemmes \u00e9thiques et \u00e9motionnels forts, mais aussi un d\u00e9fi pour la s\u00e9curit\u00e9 et l'int\u00e9grit\u00e9 de ceux qui participent \u00e0 ces processus, \u00e9tant donn\u00e9 les conditions de violence pr\u00e9sentes dans les lieux o\u00f9 ils sont men\u00e9s et la nature ambigu\u00eb des marges de l\u00e9galit\u00e9 de cette pratique.<a class=\"anota\" id=\"anota26\" data-footnote=\"26\">26<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9fis dans ce contexte sont \u00e9normes et ne peuvent \u00eatre pleinement assimil\u00e9s par l'auteur de cet article, peut-\u00eatre en raison de l'existence de ce que Robben et Nordstrom (1995) appellent le \"choc existentiel\", en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'impact possible sur le chercheur du manque de formation pour relever certains d\u00e9fis. Francisco Ferr\u00e1ndiz (2008), qui a accompagn\u00e9 l'exhumation des tombes de la r\u00e9pression en Espagne ces derni\u00e8res ann\u00e9es, souligne que l'ethnographie \"au pied de la tombe\" n\u00e9cessite une formation \u00e9motionnelle progressive et un d\u00e9veloppement consensuel du r\u00f4le que l'anthropologue social peut jouer dans cet espace traditionnellement domin\u00e9 par les arch\u00e9ologues, les anthropologues physiques et d'autres professionnels des \"sciences dures\". Pour relever le d\u00e9fi \u00e9motionnel, il est important de reconna\u00eetre que la communication des exp\u00e9riences de souffrance permet la cr\u00e9ation d'une communaut\u00e9 \u00e9motionnelle \"qui encourage la r\u00e9cup\u00e9ration du sujet et devient un v\u00e9hicule de recomposition culturelle et politique\" (Jimeno, 2007 : 160). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne concerne pas seulement les survivants, mais aussi ceux qui d\u00e9cident de les accompagner, ceux qui se posent en \"t\u00e9moins\" des atrocit\u00e9s et de leurs traces.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 qu'il existe une annihilation historique de la v\u00e9racit\u00e9 des t\u00e9moignages de ceux qui ont subi des violences, en particulier des sujets historiquement marginalis\u00e9s des espaces de construction de la v\u00e9rit\u00e9, la figure du t\u00e9moin \"expert\" devient importante, car elle permet d'accr\u00e9diter le t\u00e9moignage en m\u00eame temps que la collecte de preuves et la fondation th\u00e9orique (Stephen, 2015 in De Marinis, 2017). Le r\u00f4le du t\u00e9moin implique non seulement d'observer la r\u00e9alit\u00e9, mais aussi de la communiquer. Il est donc n\u00e9cessaire d'activer un type de justice cognitive qui place au centre les connaissances et les sentiments de ceux qui cherchent, en reconnaissant la port\u00e9e de leurs propres langages pour rendre compte de situations qui d\u00e9passent les possibilit\u00e9s d'\u00e9nonciation de l'atroce, et en interrogeant les limites des langages techniques et scientifiques pour contenir cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Assumer cela, dans mon cas, participer, a conduit au fil des ans \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er des r\u00e9seaux de travail qui ouvrent les horizons du dialogue interdisciplinaire, dans le but de regarder les tombes \u00e0 partir d'approches complexes, en particulier \u00e0 partir du dialogue entre l'anthropologie sociale, l'anthropologie physique et l'arch\u00e9ologie m\u00e9dico-l\u00e9gale, mais surtout \u00e0 partir des connaissances propres des communaut\u00e9s et de leurs strat\u00e9gies de gestion de la violence.<a class=\"anota\" id=\"anota27\" data-footnote=\"27\">27<\/a> Cet \u00e9change de connaissances n\u00e9cessite une rupture \u00e9pist\u00e9mique fondamentale qui repose sur la traduction interculturelle et sur le caract\u00e8re humanisant et digne du processus de r\u00e9cup\u00e9ration des restes humains.<\/p>\n\n\n\n<p>D'une part, en ce qui concerne la reconnaissance des corps enterr\u00e9s clandestinement, la premi\u00e8re rupture \u00e9pist\u00e9mique consiste \u00e0 incorporer d'autres perspectives sur le corps humain, au-del\u00e0 de son caract\u00e8re biologique et physique, si commun dans les sciences exactes qui dominent les pratiques d'exhumation. En ce qui concerne la reconnaissance des proches en tant que d\u00e9tenteurs de connaissances et d'exp\u00e9riences, cela implique la mise en \u0153uvre de m\u00e9thodologies dialogiques et collaboratives qui probl\u00e9matisent les cat\u00e9gories dichotomiques qui reproduisent et instituent l'in\u00e9galit\u00e9 dans le domaine des exhumations entre les connaissances \"expertes\" et les autres connaissances (civilis\u00e9es\/sauvages, science\/superstition, nature et culture).<\/p>\n\n\n\n<p>Un dernier point concerne le d\u00e9fi que repr\u00e9sente la recherche et l'exhumation de restes humains dans des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques qui ne correspondent pas aux cadres de justice transitionnelle ou d'apr\u00e8s-conflit auxquels les anthropologues et autres professionnels de l'humanitarisme m\u00e9dico-l\u00e9gal ont traditionnellement particip\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La pluralit\u00e9 des trajectoires de recherche et d'exhumation des restes humains dont nous sommes actuellement t\u00e9moins au Mexique place les proches et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble face \u00e0 de forts dilemmes \u00e9thiques et politiques, sur lesquels nous devrons continuer \u00e0 d\u00e9battre et \u00e0 produire des connaissances. Ce qui suivra ces trajectoires de recherche ne rel\u00e8vera pas uniquement de la responsabilit\u00e9 des proches des personnes disparues. Apr\u00e8s tout, les dispositifs de \"fabrication de corps\" (Rojas-P\u00e9rez, 2017) des pouvoirs criminels, y compris l'enterrement clandestin de restes humains, n'affectent pas seulement les proches des personnes disparues. Leur effet de souillure nous atteint tous.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Benjamin, Walter (2008). <em>Tesis sobre la historia y otros fragmentos<\/em>. M\u00e9xico: Itaca\/UACM.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Berista\u00edn, Mart\u00edn (2000). \u201cJusticia y reconciliaci\u00f3n: El papel de la verdad y la justicia en la reconstrucci\u00f3n de sociedades fracturadas por la violencia\u201d. cuaderno de trabajo,<em> Cuadernos de Hegoa<\/em>, n\u00fam. 27. Disponible en: <a href=\"http:\/\/publicaciones.hegoa.ehu.es\/publications\/120\">http:\/\/publicaciones.hegoa.ehu.es\/publications\/120<\/a>, consultado el 26 de diciembre 2016. .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Blair, Elsa (2004). \u201cLa pol\u00edtica punitiva del cuerpo: \u201ceconom\u00eda del castigo\u201d o mec\u00e1nica del sufrimiento en Colombia\u201d. <em>Estudios Pol\u00edticos,<\/em> n\u00fam. 36, enero-junio, pp. 39-66.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Calveiro, Pilar (2015). \u201cPol\u00edticas de miedo y resistencias locales\u201d. <em>Athenea Digital<\/em>, vol. 4, n\u00fam. 15, pp. 35-59.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Castillejo, Alejandro (2016). Conferencia: \u201cTestimonio, v\u00edctimas y luchas por la verdad: Reflexiones cr\u00edticas desde Latinoam\u00e9rica para el caso de Ayotzinapa\u201d, 16 de mayo. 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Recuperado de <a href=\"https:\/\/bit.ly\/2QusTaO\">https:\/\/bit.ly\/2QusTaO<\/a>, consultado el 12 de diciembre 2018.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Elster, Jon (2002). <em>Alquimias de la mente, la racionalidad y las emociones<\/em>. Barcelona: Paido\u0301s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Est\u00e9vez L\u00f3pez, Ariadna (2015). \u201cLa crisis de derechos humanos y el dispositivo de administraci\u00f3n del sufrimiento: necropol\u00edtica p\u00fablica de v\u00edctimas, defensores y periodistas en M\u00e9xico\u201d. <em>El Cotidiano<\/em>, n\u00fam. 194, pp. 7-17.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ferr\u00e1ndiz, Francisco (2014). <em>El pasado bajo tierra. Exhumaciones contempor\u00e1neas de la guerra civil<\/em>. 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Recuperado de <a href=\"http:\/\/hispanianova.rediris.es\/\">http:\/\/hispanianova.rediris.es<\/a>, consultado el 26 de diciembre 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Grupo de Trabajo de la ONU sobre las Desapariciones Forzadas o Involuntarias (2012). <em>Informe de Misi\u00f3n a M\u00e9xico<\/em>, Oficina del Alto Comisionado de los Derechos Humanos en M\u00e9xico, M\u00e9xico, p. 27.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Grupo Interdisciplinario de Expertos Independientes (GIEI) (2016). <em>Informe Ayotzinapa: Avances y nuevas conclusiones sobre la investigaci\u00f3n, b\u00fasqueda y atenci\u00f3n a las v\u00edctimas<\/em>. M\u00e9xico: CIDH.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">_______________________________________________ (2015). <em>Informe Ayotzinapa: Investigaci\u00f3n y primeras conclusiones de las desapariciones y homicidios de los normalistas de Ayotzinapa<\/em>. 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II, n\u00fam. 100, pp. 95-101.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article propose de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la multiplication des enterrements ill\u00e9gaux de restes humains au Mexique au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, en se basant sur leur pouvoir coercitif en tant que m\u00e9canisme de terreur, mais aussi sur leur capacit\u00e9 \u00e0 encourager l'action collective, \u00e0 remettre en question la v\u00e9rit\u00e9 officielle et \u00e0 agir comme une autopsie du r\u00e9gime politico-social de la pr\u00e9carit\u00e9 et de l'in\u00e9galit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rales. Bas\u00e9 sur les exp\u00e9riences des parents de personnes disparues en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9, l'article soul\u00e8ve les tensions encore non r\u00e9solues entourant le droit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 face \u00e0 l'expansion de la cruaut\u00e9 expos\u00e9e par l'enterrement irr\u00e9gulier des morts, et nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux d\u00e9fis \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9thiques auxquels sont confront\u00e9s les enqu\u00eateurs-t\u00e9moins dans ces paysages de guerre.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[279],"tags":[366,364,365,367],"coauthors":[551],"class_list":["post-30904","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-279","tag-desaparicion-forzada","tag-exhumaciones","tag-fosas-comunes","tag-verdad","personas-robledo-silvestre-carolina","numeros-362"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Peinar la historia a contrapelo: reflexiones en torno a la b\u00fasqueda y exhumaci\u00f3n de fosas comunes en M\u00e9xico &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Peinar la historia a contrapelo: reflexiones en torno a la b\u00fasqueda y exhumaci\u00f3n de fosas comunes en M\u00e9xico &#8211; Encartes\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Este art\u00edculo propone reflexionar en torno a la multiplicaci\u00f3n de enterramientos ilegales de restos humanos en el M\u00e9xico de inicios del siglo XXI, partiendo de su poder coercitivo como mecanismo de terror, pero tambi\u00e9n de su capacidad para propiciar la acci\u00f3n colectiva, desafiar la verdad oficial y actuar como una autopsia del r\u00e9gimen pol\u00edtico-social de precarizaci\u00f3n y desigualdad neoliberal. A partir de las experiencias de los familiares de personas desaparecidas en b\u00fasqueda, se plantean las tensiones a\u00fan no resueltas en torno al derecho a la verdad frente a la expansi\u00f3n de la crueldad que expone la inhumaci\u00f3n irregular de los muertos, y se invita a pensar en los desaf\u00edos epistemol\u00f3gicos y \u00e9ticos que enfrentan los investigadores-testigos en estos paisajes b\u00e9licos.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Encartes\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2019-03-21T15:15:41+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-11-18T00:57:19+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"40 minutes\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label3\" content=\"Written by\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data3\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/\"},\"author\":{\"name\":\"Arthur Ventura\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/97215bba1729028a4169cab07f8e58ef\"},\"headline\":\"Peinar la historia a contrapelo: reflexiones en torno a la b\u00fasqueda y exhumaci\u00f3n de fosas comunes en M\u00e9xico\",\"datePublished\":\"2019-03-21T15:15:41+00:00\",\"dateModified\":\"2023-11-18T00:57:19+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/\"},\"wordCount\":9616,\"commentCount\":0,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#organization\"},\"keywords\":[\"desaparici\u00f3n forzada\",\"exhumaciones\",\"fosas comunes\",\"verdad\"],\"articleSection\":[\"Dosier\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\/\/encartes.mx\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/\",\"url\":\"https:\/\/encartes.mx\/exhumacion-fosas-comunes-mexico\/\",\"name\":\"Peinar la historia a contrapelo: reflexiones en torno a la b\u00fasqueda y exhumaci\u00f3n de fosas comunes en M\u00e9xico &#8211; 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