{"id":29555,"date":"2018-03-21T12:00:52","date_gmt":"2018-03-21T12:00:52","guid":{"rendered":"https:\/\/encartesantropologicos.mx\/wordpress\/?p=29555"},"modified":"2023-11-17T19:13:53","modified_gmt":"2023-11-18T01:13:53","slug":"giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/","title":{"rendered":"Le glissement global vers la droite et la pertinence de l'anthropologie"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"abstract translation-block\">&lt;Le d\u00e9clin de l&#039;importance de la participation des anthropologues aux d\u00e9bats publics est le r\u00e9sultat de divers facteurs, certains internes \u00e0 la discipline, d&#039;autres externes. La trivialit\u00e9, la sp\u00e9cialisation pouss\u00e9e et la n\u00e9gligence des questions d&#039;int\u00e9r\u00eat public sont des probl\u00e8mes qui doivent \u00eatre d\u00e9battus. De m\u00eame, la r\u00e9surgence actuelle des discours d&#039;intol\u00e9rance et de racisme indique l&#039;arriv\u00e9e possible d&#039;une \u00e8re post-multiculturelle o\u00f9 la connaissance anthropologique doit \u00eatre repositionn\u00e9e. Internet est une autre variable importante pour comprendre l&#039;anti-intellectualisme contemporain, car il g\u00e9n\u00e8re une nouvelle illusion de transparence qui rend les sciences sociales inutiles. L&#039;ethnographie, avec sa capacit\u00e9 \u00e0 nous rapprocher des agents, est une base pour que les anthropologues reprennent un r\u00f4le politique\/public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Mots-cl\u00e9s : Anthropologie, d\u00e9bats publics, anti-intellectualisme, droite politique, multiculturalisme.<\/p>\n\n\n<p class=\"en-title\">La pertinence de l'anthropologie \u00e0 l'heure du virage \u00e0 droite de la plan\u00e8te<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\">La diminution de l'importance de la participation des anthropologues aux d\u00e9bats publics peut \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 un certain nombre de facteurs, certains inh\u00e9rents \u00e0 la discipline, d'autres non. La trivialit\u00e9, les niveaux \u00e9lev\u00e9s de sp\u00e9cialisation et la n\u00e9gligence des questions d'int\u00e9r\u00eat public g\u00e9n\u00e9ral sont des probl\u00e8mes qui doivent \u00eatre d\u00e9battus. En outre, la r\u00e9surgence actuelle de discours racistes et intol\u00e9rants indique l'ouverture possible d'une \u00e8re \"post-multiculturelle\" dans laquelle les connaissances anthropologiques doivent \u00eatre repositionn\u00e9es. Internet est une autre variable importante pour comprendre l'anti-intellectualisme contemporain, car il donne lieu \u00e0 une nouvelle illusion de transparence qui rend apparemment les sciences sociales inutiles. L'ethnographie - avec sa capacit\u00e9 \u00e0 nous rapprocher des agents culturels - est une base pour le nouvel engagement des anthropologues dans leurs r\u00f4les politiques et publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"abstract en-text\"><strong>Mots-cl\u00e9s :<\/strong> Anthropologie, d\u00e9bats publics, anti-intellectualisme, politique de droite, multiculturalisme<\/p>\n\n\n\n<p><p class=\"no-indent translation-block\">&lt;Revenir \u00e0 un exercice de r\u00e9interpr\u00e9tation de l&#039;histoire de l&#039;anthropologie pour parler de son pr\u00e9sent et de son avenir ne peut s&#039;expliquer que par les perspectives programmatiques de chacun d&#039;entre nous. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser d&#039;embl\u00e9e que je constate une crise internationale de la pertinence de l&#039;anthropologie en tant que discipline acad\u00e9mique, une crise plus ou moins intense selon les pays. Au nom de l&#039;aspect pratique ou de l&#039;importance de divers types de connaissances pour le &quot;d\u00e9veloppement&quot;, dans certains endroits, l&#039;anthropologie est supprim\u00e9e des programmes d&#039;\u00e9tudes, dans d&#039;autres, on essaie de fermer des cours ou de r\u00e9duire drastiquement les financements. Je pense, mais pas exclusivement, \u00e0 des cas r\u00e9cents au Royaume-Uni, en Australie, au Japon et en Colombie. Il est n\u00e9cessaire de repenser notre place <em>vis-\u00e0-vis<\/em> des autres disciplines et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conf\u00e9rence s'inscrit \u00e9galement dans une longue tradition de r\u00e9flexion des anthropologues sur leur discipline. Je pense que les anthropologues aiment parler de leur discipline pour deux raisons principales. La premi\u00e8re serait une raison p\u00e9dagogique, disons-le ainsi. \u00c0 ce jour, l'anthropologie n'est pas une discipline tr\u00e8s connue. M\u00eame dans un pays comme le Mexique, o\u00f9 il existe, par exemple, un magnifique mus\u00e9e d'anthropologie et une institution nationale comme l'Institut national d'anthropologie et d'histoire, ce que font les anthropologues n'est pas clair pour la majorit\u00e9 de la population. En fait, tout le monde a une id\u00e9e de ce que fait un m\u00e9decin ou un ing\u00e9nieur, mais ce n'est pas le cas de la pratique anthropologique. En r\u00e9alit\u00e9, nous sommes peu nombreux dans le monde \u00e0 exercer la profession d'anthropologue par rapport \u00e0 des professions plus populaires comme les avocats.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me raison pour laquelle nous aimons parler d'anthropologie est beaucoup plus importante pour nous sur le plan acad\u00e9mique. Le fait est que l'anthropologie est une discipline r\u00e9flexive. Cette caract\u00e9ristique nous am\u00e8ne toujours \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la relation entre l'anthropologie et son temps ; elle nous am\u00e8ne aussi, bien s\u00fbr, \u00e0 savoir que nous pratiquons une discipline qui change en fonction des changements sociaux, politiques, culturels et \u00e9conomiques. R\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette relation entre les changements disciplinaires et les changements historiques plus larges nous oblige \u00e0 ne pas \u00eatre na\u00effs lorsque nous sommes nous-m\u00eames l'objet, et \u00e0 \u00eatre attentifs \u00e0 la relation entre nos th\u00e9ories et l'\u00e9volution de notre r\u00f4le politique dans la soci\u00e9t\u00e9. Cela nous permet \u00e9galement de voir que s'il existe des relations historiques entre la pratique anthropologique et diverses conjonctures, il existe bien s\u00fbr des relations politiques, \u00e9conomiques, culturelles et sociales actuelles entre la discipline et le monde. <em>esprit du temps<\/em> Il s'agit l\u00e0 d'une question d'actualit\u00e9, qui doit \u00e9galement \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chie et connue.<\/p>\n\n\n\n<p>Comprendre que notre discipline change avec le temps et que ses questions \u00e0 certaines \u00e9poques ont des caract\u00e9ristiques \u00e9pist\u00e9mologiques et heuristiques p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es par les dynamiques sociologiques de certains moments est ce qui rend l'\u00e9tude de l'histoire de l'anthropologie importante, comme \u00c1ngel Palerm l'a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 juste titre dans son texte \"Sur le r\u00f4le de l'histoire de l'ethnologie dans la formation des ethnologues\" (2006 [1974]). Nous voyons donc que la connaissance anthropologique, au singulier, est porteuse de nombreux savoirs anthropologiques qui d\u00e9rivent de contextes et d'\u00e9poques multiples.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne m'int\u00e9resse pas ici, comme Palerm le faisait dans son texte, \u00e0 l'histoire du savoir anthropologique avant la formation de l'anthropologie. Je ne doute pas de l'importance de la proc\u00e9dure palermienne, que j'ai cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9largir en consid\u00e9rant notre discipline comme une cosmopolitique, comme un type de savoir anthropologique qui s'est cristallis\u00e9 et consolid\u00e9 en interne dans l'acad\u00e9mie occidentale au XIXe si\u00e8cle (Ribeiro, 2014). Pour penser l'anthropologie comme une cosmopolitique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la compr\u00e9hension des structures de l'alt\u00e9rit\u00e9 (Krotz 2002), je pars du principe que toutes les populations humaines ont toujours \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9es par l'explication de l'alt\u00e9rit\u00e9, c'est-\u00e0-dire par l'existence de diff\u00e9rents autres, de diff\u00e9rentes mani\u00e8res d'\u00eatre dans le monde. Ce d\u00e9sir de comprendre et d'expliquer pourquoi nous sommes semblables et pourquoi nous sommes diff\u00e9rents est ce que j'appelle, \u00e0 l'instar de l'anthropologue indien Ajit Danda (1995), la \"connaissance anthropologique\". Je consid\u00e8re ces connaissances anthropologiques comme v\u00e9ritablement universelles, comme cosmopolitiques, c'est-\u00e0-dire comme des discours qui pr\u00e9tendent avoir une port\u00e9e globale, mondiale, des discours qui d\u00e9passent les particularismes circonscrits. En ce sens, l'anthropologie est la connaissance anthropologique, c'est-\u00e0-dire la cosmopolitique de l'Occident sur les structures de l'alt\u00e9rit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e en tant que discipline acad\u00e9mique et consolid\u00e9e en interne dans les structures formelles de production de connaissances au 19\u00e8me si\u00e8cle. En r\u00e9sum\u00e9, \"si la recherche de la connaissance anthropologique est universelle, l'anthropologie ne l'est pas. Elle est le r\u00e9sultat d'un savoir acad\u00e9mique occidental qui sera plus tard mondialis\u00e9\" (Ribeiro, 2014 : 485). Par cons\u00e9quent, pour comprendre la pertinence de l'anthropologie, je commencerai par le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Anthropologies d'hier<\/h2>\n\n\n\n<p><p class=\"no-indent\">Revoir les classiques n'est jamais un processus anodin. Italo Calvino, dans son magnifique essai intitul\u00e9 \"Pourquoi lire les classiques\", affirme que les classiques sont toujours lus \u00e0 partir d'un certain pr\u00e9sent. Calvino dit (1994 : 18) :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">L'actualit\u00e9 peut \u00eatre triviale et mortifiante, mais elle est toujours le point de d\u00e9part d'un regard vers l'avant ou vers l'arri\u00e8re. Pour lire des livres classiques, il faut savoir d'o\u00f9 on les lit. Sinon, le livre et le lecteur se perdent dans un nuage intemporel. Ainsi, la meilleure lecture des classiques est obtenue par ceux qui savent l'alterner avec un savant dosage d'actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je souhaite faire dans ce texte. Je me tourne vers les classiques de l'\u00e9volution du 19e si\u00e8cle pour regarder en arri\u00e8re et en avant et proposer une interpr\u00e9tation de ce qui se passe aujourd'hui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ses d\u00e9buts en tant que discipline universitaire, lorsqu'elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, c'\u00e9tait une anthropologie optimiste qui voulait \u00eatre davantage une science naturelle, pour prouver que le mental, le social, l'historique et le culturel pouvaient \u00e9galement \u00eatre pens\u00e9s au moyen de lois, tout comme le monde naturel. Les \u00e9volutionnistes repr\u00e9sentent les d\u00e9buts de ce que j'aimerais appeler l'\u00e2ge d'or de l'anthropologie, qui pour moi a dur\u00e9 approximativement de 1870 \u00e0 1990. En tant que fondateurs de la discipline, les \u00e9volutionnistes \u00e9taient d\u00e9sireux de l'expliquer. Ambitieux dans leurs objectifs, leurs grandes questions visaient \u00e0 comprendre comment l'humanit\u00e9 \u00e9tait organis\u00e9e, d'o\u00f9 elle venait (des sauvages et des barbares) et o\u00f9 elle allait (vers la civilisation). En outre, elles soulevaient \u00e9galement quelques-uns des grands dilemmes de la sp\u00e9cificit\u00e9 de l'anthropologie par rapport \u00e0 d'autres \"sciences\". Ce n'\u00e9tait pas une t\u00e2che facile. Pour ce faire, ils se sont appuy\u00e9s sur les sciences naturelles, qui l\u00e9gitimaient toute pr\u00e9tention \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 dans le milieu scientifique de leur \u00e9poque. Edward Tylor dit en 1878 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Pour de nombreux esprits \u00e9clair\u00e9s, la conception selon laquelle l'histoire de l'esp\u00e8ce humaine fait partie int\u00e9grante de l'histoire de la nature, que nos pens\u00e9es, notre volont\u00e9 et nos actions se conforment \u00e0 des lois aussi concr\u00e8tes que celles qui d\u00e9terminent le mouvement des vagues, la combinaison des acides et des bases, et la croissance des plantes et des animaux, semble quelque peu pr\u00e9somptueuse et r\u00e9pugnante (p. 30).<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la r\u00e9sistance persistante de la communaut\u00e9 scientifique de son \u00e9poque \u00e0 \"admettre que les probl\u00e8mes de l'anthropologie sont susceptibles d'\u00eatre trait\u00e9s scientifiquement\" (p. 245), il ne fait aucun doute que l'ampleur des approches anthropologiques, en phase avec l'\u00e9volutionnisme qui dominait la science et la soci\u00e9t\u00e9 dans une Angleterre victorienne tr\u00e8s consciente de sa propre centralit\u00e9 dans le monde, a permis \u00e0 Tylor d'\u00e9crire onze ans plus tard :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Le monde n'a pas \u00e9t\u00e9 injuste \u00e0 l'\u00e9gard de cette science en plein essor, loin de l\u00e0. Partout o\u00f9 les anthropologues ont \u00e9t\u00e9 en mesure de pr\u00e9senter des preuves et des d\u00e9ductions pr\u00e9cises [...], non seulement les sp\u00e9cialistes mais aussi le monde \u00e9duqu\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral sont pr\u00eats \u00e0 recevoir les r\u00e9sultats et \u00e0 les assimiler \u00e0 l'opinion publique (Tylor, 1889, p. 245).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Le monde a \u00e9t\u00e9 loin d'\u00eatre injuste envers la science naissante. Lorsque les anthropologues ont \u00e9t\u00e9 en mesure de pr\u00e9senter des preuves et des d\u00e9ductions claires... non seulement les sp\u00e9cialistes, mais toutes les personnes instruites sont g\u00e9n\u00e9ralement dispos\u00e9es \u00e0 recevoir les r\u00e9sultats et \u00e0 les assimiler \u00e0 l'opinion publique.<\/p>\n\n\n\n<p>James Frazer, dans la conf\u00e9rence inaugurale de son poste de professeur \u00e0 l'universit\u00e9 de Liverpool, \"The Scope of Social Anthropology\", en 1908, est tout aussi optimiste quant \u00e0 la \"science de l'homme... qui vient de na\u00eetre\" (p. 20). Il d\u00e9clare : \"La science de l'homme... qui vient de na\u00eetre\" (p. 20) :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration actuelle ... de tenter l'\u00e9tude compl\u00e8te de l'homme dans son ensemble, d'enqu\u00eater non seulement sur la structure physique et mentale de l'individu, mais de comparer les diff\u00e9rentes races humaines, de retracer leurs affinit\u00e9s, et, par une large collection de faits, de retracer autant que possible l'\u00e9volution de la pens\u00e9e et des institutions humaines depuis les temps les plus recul\u00e9s. .... L'anthropologie cherche [...] \u00e0 d\u00e9couvrir les lois g\u00e9n\u00e9rales qui, dans le pass\u00e9, ont r\u00e9gi l'histoire humaine et qui, si la nature est vraiment uniforme, devraient la r\u00e9gir \u00e0 l'avenir (Frazer, 1908 : 20).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mes arguments ci-dessous, je m'int\u00e9resserai \u00e0 la mani\u00e8re dont ils ont abord\u00e9 les grandes questions de leur temps et en particulier les \"structures de l'alt\u00e9rit\u00e9\". Nous devons ici \u00e9viter l'anachronisme, car de nombreuses hypoth\u00e8ses de sup\u00e9riorit\u00e9 des \u00e9volutionnistes semblent \u00e9tranges et irritent nos sensibilit\u00e9s anthropologiques actuelles. Les \u00e9volutionnistes ont effectu\u00e9 une double op\u00e9ration apparemment contradictoire. D'une part, ils ont plac\u00e9 de mani\u00e8re ethnocentrique les hommes \"sauvages\" dans une autre \u00e9poque, les consid\u00e9rant comme une sorte de laboratoire de l'humanit\u00e9 \u00e0 l'\u00e9tat vierge et niant, comme l'a dit Johannes Fabian (2002), leur c\u0153ntan\u00e9it\u00e9. D'autre part, ils ont affirm\u00e9, dans une sorte de perspective pro-relativiste et anti-raciste, l'humanit\u00e9 des sauvages, \u00e0 la fois en admettant l'unit\u00e9 psychique de l'humanit\u00e9 (\"the well-confirmed similarity of the functioning of the human mind in all races\", dira Frazer, p. 31) et en estimant que la civilisation s'\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir des barbares. Dans le m\u00eame ordre d'id\u00e9es, ils affirmaient que les lois et les religions des pays civilis\u00e9s \u00e9taient d\u00e9riv\u00e9es des exp\u00e9riences normatives et surnaturelles (la magie, par exemple) des primitifs. Tylor exclut clairement la \"configuration corporelle\" et la couleur de la peau et des cheveux comme facteurs explicatifs : \"il semble \u00e0 la fois possible et souhaitable d'\u00e9liminer les consid\u00e9rations sur les variantes h\u00e9r\u00e9ditaires des races humaines et de traiter l'humanit\u00e9 comme homog\u00e8ne dans sa nature, bien que situ\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s de civilisation\" (Taylor, 1889 : 33).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il est clair que l'explication du sens de l'\u00e9volution s'inscrivait parfaitement dans la c\u00e9l\u00e9bration du pr\u00e9sent (de l'\u00e9poque), la c\u00e9l\u00e9bration de la puissance de l'homme blanc occidental, de l'eurocentrisme qui posait l'Atlantique Nord comme point culminant de la trajectoire de la civilisation. En m\u00eame temps, cette c\u00e9l\u00e9bration a calm\u00e9 l'inqui\u00e9tude de l'opinion publique. <em>mauvaise conscience<\/em> colonisatrice, car elle l\u00e9gitimait la pr\u00e9tendue sup\u00e9riorit\u00e9 europ\u00e9enne sur les lointains barbares et sauvages et permettait de placer l'autre exotique interne, les paysans, dans la m\u00eame grammaire, puisque leurs superstitions \u00e9taient des \"survivances\" au sein des \u00c9tats-nations europ\u00e9ens - nombreux en formation - repr\u00e9sentatifs des stades pr\u00e9-civilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire que l'\u00e9volutionnisme a \u00e9t\u00e9 l'une des premi\u00e8res tentatives des sciences sociales pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que nous appelons aujourd'hui la mondialisation, pour mettre de l'ordre dans un monde de plus en plus int\u00e9gr\u00e9. La prise de conscience que l'humanit\u00e9 \u00e9tait de plus en plus une entit\u00e9 interconnect\u00e9e exigeait des explications qui se r\u00e9percutaient dans le pr\u00e9sent. La relation intime entre l'id\u00e9ologie du progr\u00e8s (Harris, 1996 [1968]), une id\u00e9ologie centrale en Occident qui s'est impos\u00e9e avec les Lumi\u00e8res et la r\u00e9volution industrielle, et l'\u00e9volutionnisme est peut-\u00eatre \u00e0 la base de ce que l'on pourrait appeler un \u00e9volutionnisme diffus qui est toujours d'actualit\u00e9. Avec sa terminologie de sup\u00e9rieur et d'inf\u00e9rieur, de peuples aux modes de vie complexes et plus simples, l'\u00e9volutionnisme n'a jamais \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par \"l'opinion publique\", pour reprendre le terme utilis\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment par Tylor, ni par les experts de diff\u00e9rentes disciplines. Une preuve de ce que je viens de dire est sa transmutation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en diverses th\u00e9ories et id\u00e9ologies du d\u00e9veloppement (Ribeiro, 1991, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le temps qui m'est imparti, il serait impossible de d\u00e9tailler, comme je l'ai fait quoique rapidement avec l'\u00e9volutionnisme, les caract\u00e9ristiques d'autres moments classiques ult\u00e9rieurs de l'histoire de la discipline. Je suis revenu au d\u00e9but de notre histoire de l'anthropologie parce que je crois qu'elle nous a enseign\u00e9 \u00e0 la fois de bonnes et de mauvaises le\u00e7ons. Ici, je m'int\u00e9resse davantage aux bonnes le\u00e7ons, en particulier au r\u00f4le que les anthropologues ont jou\u00e9, consciemment ou inconsciemment, dans la construction de discours ou dans les luttes contre le racisme. J'ai choisi cet axe d'organisation de mon raisonnement parce que le racisme est l'id\u00e9ologie la plus pernicieuse que les structures de l'alt\u00e9rit\u00e9 peuvent g\u00e9n\u00e9rer en interne dans diff\u00e9rents syst\u00e8mes interethniques, en particulier dans les syst\u00e8mes interethniques qui font partie des processus de construction de la nation sous la direction d'un certain segment ethnique avec des id\u00e9ologies raciales discriminatoires et d'exclusion (Williams, 1989).<\/p>\n\n\n\n<p>Je n'ignore pas les cas de l'Allemagne (Kohl, 2017) et de l'Afrique du Sud (Spiegel, 2017), o\u00f9 certains anthropologues influents ont soutenu des r\u00e9gimes ouvertement racistes par leurs pratiques. Je n'ignore pas non plus l'utilisation d'anthropologues am\u00e9ricains comme espions pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et plus tard, comme administrateurs de camps de concentration pour les citoyens am\u00e9ricano-japonais, ou leur implication actuelle dans la machine de guerre et l'espionnage des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je pense qu'il est possible, avec beaucoup de raison, d'affirmer que la grande majorit\u00e9 des anthropologues sont, dans l'ensemble, du bon c\u00f4t\u00e9 dans la lutte contre le racisme et l'oppression. Pour ne prendre qu'un exemple historique classique et m\u00e9morable, je citerai le texte du p\u00e8re de l'anthropologie am\u00e9ricaine, l'Allemand Franz Boas (1964), sur \"Le probl\u00e8me racial dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne\", publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1943, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le racisme prenait de l'ampleur et allait devenir la cause de trag\u00e9dies humaines indicibles. Si nous tournons notre regard vers l'Am\u00e9rique latine, de nombreux noms devraient \u00eatre cit\u00e9s, mais dans une g\u00e9n\u00e9ration plus contemporaine, il est impossible de ne pas se souvenir de Darcy Ribeiro et de Roberto Cardoso de Oliveira, mes compatriotes, ou des Mexicains Guillermo Bonfil Batalla, \u00c1ngel Palerm et Rodolfo Stavenhagen, pour ne citer que quelques anthropologues extraordinaires. Je pense \u00e9galement qu'il est possible de dire que dans l'histoire de l'anthropologie, l'arsenal de concepts, de th\u00e9ories et de visions antiracistes s'\u00e9toffe au fil du temps. Les discussions sur le relativisme culturel ou celles sur le multiculturalisme et l'interculturalisme me viennent \u00e0 l'esprit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les anthropologies aujourd'hui<\/h2>\n\n\n\n<p><p class=\"no-indent\">Je ne m'int\u00e9resse pas ici au d\u00e9bat sur les diff\u00e9rences th\u00e9oriques dans l'anthropologie contemporaine, qui ont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 dramatis\u00e9es sous le label des tournants : le tournant culturaliste, le tournant interpr\u00e9tativiste, le tournant linguistique, le tournant postmoderne, par exemple, et maintenant, comme l'a montr\u00e9 le rapport de la Commission europ\u00e9enne, les diff\u00e9rences entre l'anthropologie contemporaine et l'anthropologie contemporaine. <em>dernier cri<\/em>le tournant ontologique. Je ne r\u00e9p\u00e9terai pas non plus un exercice que j'ai fait lorsque j'ai discut\u00e9 de l'importance d'examiner les anthropologies du monde dans le pr\u00e9sent (Ribeiro, 2006). Mon objectif est de comprendre la place de l'anthropologie dans le monde d'aujourd'hui, et celle-ci a beaucoup chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis que les \u00e9volutionnistes ont refus\u00e9 d'expliquer les diff\u00e9rences entre les hommes en termes raciaux et ont fait de l'\u00e9tude \"des habitudes et des capacit\u00e9s acquises par l'homme en tant que membre d'une soci\u00e9t\u00e9\" (Tylor 1878 : 29) un \u00e9l\u00e9ment central de leur int\u00e9r\u00eat pour fonder la science de la culture, comme Edward Tylor a appel\u00e9 l'anthropologie, la notion de culture a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur du d\u00e9veloppement des id\u00e9ologies antiracistes modernes. En effet, une contribution fondamentale de l'anthropologie \u00e0 la vie publique a \u00e9t\u00e9 la diffusion, directe ou indirecte, de la notion anthropologique de culture. Dans ce parcours sociologique et historique, la \"culture\" s'est politis\u00e9e et a particip\u00e9 \u00e0 des formulations importantes pour la vie d\u00e9mocratique et r\u00e9publicaine, en fa\u00e7onnant des politiques publiques visant \u00e0 g\u00e9rer les conflits interethniques inh\u00e9rents aux structures de l'alt\u00e9rit\u00e9 interne dans les \u00c9tats-nations.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que la diffusion internationale du multiculturalisme est le meilleur exemple de ce que je viens de dire et elle co\u00efncide, pour moi, avec l'augmentation de la pertinence de l'anthropologie dans la vie sociopolitique contemporaine et avec le d\u00e9but du d\u00e9clin de cette pertinence. Les ann\u00e9es 1990 seraient, comme je l'ai dit, la fin de l'\u00e2ge d'or de l'anthropologie. L'impact du multiculturalisme peut \u00eatre illustr\u00e9 par la publication aux \u00c9tats-Unis, en 1997, du livre <em>Nous sommes tous des multiculturalistes maintenant<\/em>Le monde acad\u00e9mique a \u00e9t\u00e9 largement impact\u00e9 par la cr\u00e9ation de programmes multiculturalistes de troisi\u00e8me cycle et par l'utilisation de cette notion dans diff\u00e9rents types d'interpr\u00e9tations sociologiques et anthropologiques. Le monde universitaire a \u00e9t\u00e9 largement influenc\u00e9 par la cr\u00e9ation de programmes de troisi\u00e8me cycle multiculturalistes et par l'utilisation de cette notion dans diff\u00e9rents types d'interpr\u00e9tations sociologiques et anthropologiques. La prise de conscience que le multiculturalisme est une id\u00e9ologie anglo-saxonne de gestion des conflits interethniques a conduit beaucoup d'entre nous en Am\u00e9rique latine \u00e0 une approche de l'\"interculturalit\u00e9\", une autre perspective qui r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement la centralit\u00e9 de la notion de culture \u00e0 cette \u00e9poque (Ribeiro, 2003 ; Garc\u00eda Canclini, 2011).<\/p>\n\n\n\n<p>S'il est exact de dire que les fondateurs \u00e9volutionnistes de l'anthropologie avaient une rh\u00e9torique optimiste, il est tout aussi exact de dire qu'un certain pessimisme sur son propre sort semble avoir affect\u00e9 l'anthropologie \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Pour une discipline souvent prise en otage par ce que Michel-Rolph Trouillot (2003) a appel\u00e9 \"le casier du sauvage\", la perspective de la disparition de l'\"indig\u00e8ne\" a toujours \u00e9t\u00e9 un probl\u00e8me. Voir, par exemple, les lamentations de Frazer en 1908 (1908 : 33-34) sur l'\"extinction\", l'\"agonie\" ou le changement in\u00e9vitable du sauvage et sa signification pour la collecte de donn\u00e9es anthropologiques. En 1966, pr\u00e8s de 60 ans plus tard, Claude L\u00e9vi-Strauss (1966 : 124), dans <em>Current Anthropology<\/em>a d\u00fb faire face \u00e0 la mode \"dans certains cercles de dire que l'anthropologie est une science en d\u00e9clin en raison de la disparition rapide de son sujet traditionnel : les soi-disant primitifs\". Cent un ans apr\u00e8s Frazer, en 2009, la conf\u00e9rence de l'American Anthropological Association avait pour th\u00e8me \"The End(s) of Anthropology\". La reconnaissance que la fin du sauvage a \u00e9branl\u00e9 les fondements classiques de l'anthropologie peut \u00eatre synth\u00e9tis\u00e9e dans la c\u00e9l\u00e8bre phrase que Clifford Geertz (1983 : 151) aurait prononc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980 : \"we are all natives now\" (nous sommes tous des indig\u00e8nes maintenant). Pour Arturo Escobar (1999), dans un texte symptomatiquement intitul\u00e9 \"La fin du sauvage\", ce qui sous-tend la possibilit\u00e9 de disparition de l'anthropologie, ce sont les nouvelles formes de relation entre nature et culture, issues des nouvelles technologies de reproduction et du virtuel, par exemple, qui vont engendrer une \u00e8re de d\u00e9veloppement durable. <em>post-naturel<\/em>selon l'expression de l'anthropologue britannique Marilyn Strathern (1992). En fait, la relation entre la discipline, sa crise et la possibilit\u00e9 de sa disparition est tellement pr\u00e9sente et r\u00e9currente que j'ai compar\u00e9 l'anthropologie au ph\u00e9nix, l'oiseau mythique grec qui rena\u00eet de ses propres cendres (Ribeiro, 2004).<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la large diffusion publique de la notion anthropologique de culture, l'anthropologie, d\u00e8s les ann\u00e9es 1990, a commenc\u00e9 \u00e0 payer pour ses propres victoires. D'une part, la concurrence au sein de l'acad\u00e9mie s'est accrue avec l'\u00e9mergence ou la consolidation de champs de d\u00e9bat transform\u00e9s en (trans)disciplines, comme les \u00e9tudes culturelles, les \u00e9tudes postcoloniales, les \u00e9tudes de genre, les \u00e9tudes sur la science et la technologie. On ne peut manquer de mentionner \u00e9galement, dans les ann\u00e9es 1990, le postmodernisme, qui comble le vide laiss\u00e9 par la perte d'influence du marxisme dans les ann\u00e9es de l'apr\u00e8s-guerre froide. Avec sa critique des m\u00e9tar\u00e9cits et sa glorification du fragmentaire, le postmodernisme a \u00e9pous\u00e9 une tendance \u00e0 l'hypersp\u00e9cialisation qui s'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9e en raison de la forte croissance du monde universitaire apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Comme le disait tr\u00e8s justement Eric Wolf en 1998 (2008 : 33-34), dans sa pr\u00e9sentation de la deuxi\u00e8me \u00e9dition de l'ouvrage <em>Anthropologie et marxisme<\/em> Selon \u00c1ngel Palerm, le rejet par les postmodernistes de l'utilisation de \"concepts g\u00e9n\u00e9raux\" a conduit \u00e0 la privation de \"l'utilisation de m\u00e9thodes ad\u00e9quates pour caract\u00e9riser la matrice de relations dans laquelle se d\u00e9roulent les \u00e9v\u00e9nements et les r\u00e9cits qu'ils enregistrent\" et \u00e0 \"des r\u00e9sultats triviaux, puisqu'aucune relation ne peut \u00eatre \u00e9tablie avec des sujets autres que les leurs, dans leurs propres termes\".<\/p>\n\n\n\n<p>La concurrence avec d'autres disciplines souvent plus ouvertes aux positions et aux d\u00e9bats politis\u00e9s, l'hypersp\u00e9cialisation et la banalisation conduisent \u00e0 une image d'insignifiance publique croissante de l'anthropologie am\u00e9ricaine, l'anthropologie la plus puissante au monde. En fait, l'anthropologie am\u00e9ricaine parvient, d'une certaine mani\u00e8re, \u00e0 exporter sa propre crise comme s'il s'agissait d'une crise universelle de la discipline. En fait, la banalit\u00e9 et l'inutilit\u00e9 de l'anthropologie am\u00e9ricaine avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es comme un probl\u00e8me s\u00e9rieux par Eric Wolf dans son texte \"American Anthropologists and American Society\" (2001 [1969] : 21). Les coll\u00e8gues am\u00e9ricains ont r\u00e9agi au cours des 15 \u00e0 20 derni\u00e8res ann\u00e9es en essayant de rem\u00e9dier au probl\u00e8me par le biais de ce qu'ils ont appel\u00e9 l'\"anthropologie publique\" (Borofsky, 2004) et l'\"anthropologie engag\u00e9e\" (Low &amp; Merry, 2011). Malheureusement, le r\u00e9tablissement de la pertinence publique de l'anthropologie n'est pas un mouvement qui peut se produire ind\u00e9pendamment des dynamiques sociologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d'aborder directement la question, je tiens \u00e0 dire que la perte de pertinence relative de l'anthropologie ne se produit pas de la m\u00eame mani\u00e8re dans tous les pays. Il est vrai que certaines des raisons sociologiques que je vais pr\u00e9senter ci-dessous s'appliquent \u00e0 presque tous les pays, mais l'histoire de la discipline, ses relations institutionnelles et politiques dans des contextes diff\u00e9rents se traduisent par des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes. La question centrale est de savoir comment expliquer qu'une discipline de plus en plus puissante, qui s'est d\u00e9velopp\u00e9e de mani\u00e8re significative dans diverses parties du monde, ait perdu son \"prestige\" en participant aux d\u00e9bats publics et soit souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un probl\u00e8me ou comme non pertinente.<\/p>\n\n\n\n<p>Les changements dans la relation culture\/nature sont certainement importants pour expliquer non seulement l'accent n\u00e9cessaire mis dans les \u00e9tudes anthropologiques sur la science et la technologie, mais aussi pour comprendre les conceptions qui circulent facilement dans le monde universitaire d'aujourd'hui, telles que celles qui postulent l'agence des choses, que j'ai appel\u00e9es hyper-animisme ou, ironiquement, animisme des modernes, un mouvement qui se rapporte \u00e0 un projet de r\u00e9-enchantement du monde. La force de l'hyper-f\u00e9tichisme, de la marchandisation de tout, m\u00eame de l'inconscient, comme l'affirmait d\u00e9j\u00e0 Fredric Jameson dans un essai visionnaire en 1984, est le revers de l'hyper-animisme dans un monde plat et hypersatur\u00e9 de technologies et de manipulations humaines. La pens\u00e9e des sciences sociales se situe aujourd'hui dans l'espace g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la tension de ces deux extr\u00eames, un monde anim\u00e9 par d'autres forces qui s'opposent \u00e0 un monde anim\u00e9 par l'invasion du capital dans tous les espaces.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n'est pas un hasard si l'on parle aujourd'hui de l'Anthropoc\u00e8ne, une notion g\u00e9ologique qui nous am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la capacit\u00e9 de l'homme \u00e0 d\u00e9truire sa propre plan\u00e8te. D'ailleurs, le terme <em>capitaloc\u00e8ne<\/em> (Moore, 2016) d\u00e9crit le mieux de quoi il s'agit. Voici un autre front sur lequel les anthropologues sont en retard. Curieux : si nous parlons de l'anthropoc\u00e8ne, pourquoi les anthropologues n'ont-ils pas initi\u00e9 cette discussion ? Je pose cette question non pas par chauvinisme anthropologique, mais pour illustrer l'absence des anthropologues dans les d\u00e9bats mondiaux de pointe, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s. Les anthropologues ont disparu non seulement des grands d\u00e9bats nationaux, comme l'affirme Claudio Lomnitz (2014) en parlant de l'anthropologie mexicaine actuelle, mais aussi des grands d\u00e9bats mondiaux. Si ce n'\u00e9tait pas le cas, comment pourrions-nous expliquer l'absence de l'anthropologie mexicaine dans les grands d\u00e9bats mondiaux ? <em>boutade<\/em>La blague de l'anthropologue norv\u00e9gien Thomas Hylland Eriksen lors de sa conf\u00e9rence au dernier congr\u00e8s br\u00e9silien d'anthropologie en ao\u00fbt de cette ann\u00e9e ? Selon Eriksen, l'anthropologue le plus connu au monde aujourd'hui est le biologiste Jared Diamond, pour son livre <em>Guns, Germs and Steel<\/em> (<em>Armes, germes et<\/em> <em>acier<\/em>1997), qui traite de l'histoire de l'humanit\u00e9 d'un point de vue critiqu\u00e9 par les anthropologues. Il semble qu'en abandonnant les grandes questions qui \u00e9taient si importantes pour les \u00e9volutionnistes et les diffusionnistes du 19\u00e8me et du 20\u00e8me si\u00e8cle, nous ayons laiss\u00e9 la porte ouverte \u00e0 d'autres et abandonn\u00e9 ce lieu de parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le dire de la mani\u00e8re la plus simple et la plus directe : est-ce que nous, les anthropologues, sommes \u00e0 bl\u00e2mer ? En partie peut-\u00eatre, car nous nous sommes emp\u00eatr\u00e9s dans nos discussions internes et nos sp\u00e9cialit\u00e9s, comme une fa\u00e7on de montrer notre \u00e9rudition et de faire carri\u00e8re. Mais il existe de nombreuses autres raisons sociologiques qui d\u00e9passent nos propres capacit\u00e9s d'action, m\u00eame si elles ont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 accueillies avec une certaine passivit\u00e9, non seulement par nous, mais aussi par le monde universitaire en g\u00e9n\u00e9ral. Tout d'abord, il y a clairement un anti-intellectualisme croissant dans le monde. L'ignorance semble avoir gravi de nombreux \u00e9chelons dans sa lutte contre la sagesse. Le r\u00f4le politique de l'anti-intellectualisme est bien connu et s'exprime tr\u00e8s clairement dans les discours des politiciens professionnels. Ce n'est pas un hasard si les r\u00e9gimes autoritaires ou populistes sont anti-intellectuels. Mais les universitaires eux-m\u00eames adoptent souvent, comme une mani\u00e8re na\u00efve de critiquer le snobisme de la vie acad\u00e9mique ou comme une mani\u00e8re d'inclure d'autres connaissances dans la circulation du savoir, des attitudes anti-intellectuelles, contribuant ainsi par inadvertance \u00e0 la critique qui accuse ce que nous faisons d'\u00eatre insignifiant.<\/p>\n\n\n\n<p>L'anti-intellectualisme touche particuli\u00e8rement les sciences humaines et sociales. Je distingue l'anthropologie pour ce que je consid\u00e8re comme son caract\u00e8re \u00e9minemment subversif de la naturalisation de l'ordre des choses. En montrant que d'autres mondes sont non seulement possibles mais existent r\u00e9ellement, l'anthropologie d\u00e9nonce constamment l'ordre du capitalisme et les syst\u00e8mes de pouvoir qui lui sont associ\u00e9s. Dans les p\u00e9riodes conservatrices, comme aujourd'hui, la pens\u00e9e critique est \u00e9touff\u00e9e, et l'anthropologie ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 ce mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>L'anti-intellectualisme peut aussi \u00eatre le r\u00e9sultat du r\u00e8gne des \u00e9crans, en particulier des \u00e9crans qui sont des passerelles vers l'internet. Nous assistons \u00e0 l'entr\u00e9e dans l'\u00e2ge adulte de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration native de l'\u00e8re num\u00e9rique. L'\u00e9volution des comp\u00e9tences et des modes de lecture est un enjeu majeur pour tous ceux qui travaillent \u00e0 la production, \u00e0 la transmission et \u00e0 la diffusion des connaissances. Il n'y a pas encore de consensus et les positions varient entre ceux qui montrent une diminution des capacit\u00e9s de lecture en profondeur et ceux qui croient en l'\u00e9mergence d'un nouveau type de lecture fragment\u00e9e qui n'est pas enti\u00e8rement compris parce que les chercheurs ont encore une vision du probl\u00e8me centr\u00e9e sur le livre. Voir par exemple <em>Hacia una antropolog\u00eda de los lectores<\/em>Le r\u00e9sultat d'une enqu\u00eate men\u00e9e par l'uam-i avec la participation d'anthropologues tels que N\u00e9stor Garc\u00eda Canclini, Eduardo Niv\u00f3n Bol\u00e1n et Rosal\u00eda Winocur Iparraguirre (Garc\u00eda Canclini <em>et al.<\/em>, 2015). L'internet repr\u00e9sente \u00e9galement un autre type de d\u00e9fi pour les sciences sociales en g\u00e9n\u00e9ral. La d\u00e9claration extr\u00eame d'Umberto Eco selon laquelle \"les r\u00e9seaux sociaux donnent le droit de parole \u00e0 des l\u00e9gions d'idiots\" et ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une \"invasion d'imb\u00e9ciles\" est pour moi un sympt\u00f4me de quelque chose de plus large, de l'hyperd\u00e9mocratisation de ce que j'ai appel\u00e9 l'espace public virtuel, dans lequel tout le monde a apparemment le m\u00eame poids et la m\u00eame valeur. Les effets de cette hyperd\u00e9mocratisation peuvent \u00eatre positifs, comme je l'ai cru en 1998 en parlant de la communaut\u00e9 transnationale imagin\u00e9e virtuellement et de son pouvoir de t\u00e9moignage et d'activisme politique \u00e0 distance (Ribeiro, 1998), ou comme Manuel Castells (2012) l'a cru en analysant les r\u00e9seaux d'indignation et d'espoir derri\u00e8re des mouvements tels que le printemps arabe ou la crise de l'euro. <em>occuper Wall Street<\/em>. Mais ses effets peuvent aussi \u00eatre n\u00e9gatifs. D'abord, en raison de la facilit\u00e9 avec laquelle on peut aujourd'hui surveiller les citoyens du monde entier qui utilisent le r\u00e9seau. En r\u00e9alit\u00e9, nous assistons \u00e0 la fin de la notion bourgeoise de vie priv\u00e9e. Ensuite, en raison de ce que cela a signifi\u00e9 en termes de concentration du pouvoir \u00e9conomique et politique entre les mains de quelques entreprises g\u00e9antes, telles que Google et Facebook. En outre, je soup\u00e7onne qu'une grande partie de la polarisation politique observ\u00e9e dans des pays comme le mien, le Br\u00e9sil, est li\u00e9e \u00e0 cette capacit\u00e9 accrue d'intervention dans l'espace public virtuel. Enfin, pour revenir \u00e0 la vitup\u00e9ration d'Eco et avec un impact beaucoup plus fort sur ce qui nous int\u00e9resse dans cette conf\u00e9rence, l'internet cr\u00e9e une illusion panoptique et omnisciente chez ses utilisateurs. En fin de compte, je peux tout voir et tout savoir gr\u00e2ce \u00e0 Internet. Le monde semble \u00eatre transparent pour ses sujets. Si je peux tout voir et tout savoir, pourquoi aurais-je besoin de quelqu'un pour m'expliquer le monde ? \u00c0 quoi servent les chercheurs en sciences sociales ?<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l'internet est le royaume de ce que j'appelle le capitalisme \u00e9lectronique informel, la face la plus dynamique du capitalisme hyper-flexible qui repr\u00e9sente d'autres dynamiques du capital souvent subsum\u00e9es sous la m\u00e9ga-\u00e9tiquette du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Bien entendu, l'universit\u00e9 et les structures de (re)production du savoir ne pouvaient pas rester \u00e0 l'abri. Les centres h\u00e9g\u00e9moniques du syst\u00e8me mondial de production acad\u00e9mique ont \u00e9t\u00e9 visiblement affect\u00e9s par les id\u00e9ologies n\u00e9olib\u00e9rales et leurs mandats administratifs. Au Royaume-Uni et aux \u00c9tats-Unis, les pr\u00e9sidents de nombreuses universit\u00e9s sont devenus des gestionnaires d'entreprise qui doivent produire des profits croissants. C'est triste, mais il semble y avoir un processus de d\u00e9molition d'un patrimoine d'intelligence humaine qui a mis des si\u00e8cles \u00e0 se construire dans ces pays. Parmi les processus structurels de ce mouvement dans le monde universitaire, on peut citer la culture de l'audit et le productivisme, c'est-\u00e0-dire le contr\u00f4le de la production de produits universitaires par la quantit\u00e9 et non par la qualit\u00e9, des mesures mises en \u0153uvre \u00e0 l'\u00e9chelle internationale. L'anthropologie, avec les longs moments consacr\u00e9s \u00e0 la pratique ethnographique et \u00e0 la maturation de la r\u00e9flexion, a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement touch\u00e9e. Mais les anthropologues se sont \u00e9galement int\u00e9ress\u00e9s au n\u00e9olib\u00e9ralisme au sein de l'universit\u00e9. Les travaux de Cris Shore et de Sue Wright en sont un bon exemple. Dans l'introduction d'un recueil de textes consacr\u00e9s \u00e0 l'analyse anthropologique du sujet, Tracey Heatherington et Filippo M. Zerilli (2016 : 43) affirment :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">S'appuyant sur des ann\u00e9es de recherche syst\u00e9matique dans diff\u00e9rents contextes universitaires, Shore et Wright montrent clairement que le mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral ne transforme pas seulement le r\u00f4le de l'universit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9, mais qu'il cr\u00e9e \u00e9galement de nouveaux types de sujets dont les pratiques et les comportements sont diff\u00e9rents de ceux de l'universit\u00e9. <em>ethos<\/em> sont structur\u00e9s par une culture entrepreneuriale \u00e9mergente qui s'enracine au c\u0153ur du monde universitaire. Dimitris Dal\u00e1koglou examine comment les changements n\u00e9olib\u00e9raux favorisent les strat\u00e9gies entrepreneuriales et les comportements \u00e9go\u00efstes des universitaires. Exploitant l'\u00e9tymologie de l'idiotie, il insiste sur le fait qu'il est crucial de reconna\u00eetre et de remettre en question les actions des nombreux \"idiots\" qui circulent actuellement dans le monde universitaire, c'est-\u00e0-dire ceux qui agissent simplement en fonction d'int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, le principe \"publier ou p\u00e9rir\" a \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9 en tant que guide de productivit\u00e9 et a conduit \u00e0 une augmentation de la non-pertinence des textes acad\u00e9miques. Dans un article de journal intitul\u00e9 \"Profe, nobody's reading it\", Asit Biswas et Julian Kirchherr (2015) d\u00e9plorent l'augmentation de \"l'absence des professeurs\", en particulier des chercheurs en sciences sociales, \"dans l'\u00e9laboration des d\u00e9bats publics et des politiques publiques\", et notent que \"dans les ann\u00e9es 1930 et 1940, 20 % des articles publi\u00e9s dans les prestigieux journaux de l'Union europ\u00e9enne \u00e9taient des articles de fond. <em>La revue am\u00e9ricaine de science politique<\/em> se sont concentr\u00e9s sur les recommandations politiques. Aux derni\u00e8res nouvelles, ce chiffre n'\u00e9tait plus que de 0,3 %\". Ils montrent en outre que \"82 % des articles publi\u00e9s dans les sciences humaines ne sont pas cit\u00e9s une seule fois\", ajoutant que \"si un article est cit\u00e9, cela ne signifie pas qu'il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement lu... selon une estimation, seuls 20 % des articles cit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement lus\". Ils \"estiment qu'un article de taille moyenne dans une revue \u00e0 comit\u00e9 de lecture n'est lu dans son int\u00e9gralit\u00e9 que par dix personnes au maximum\". Tout porte \u00e0 croire que <em>publier ou p\u00e9rir<\/em>L'approche \"publier ou p\u00e9rir\" en dit de plus en plus long sur les int\u00e9r\u00eats des oligopoles internationaux de l'\u00e9dition scientifique que sur les int\u00e9r\u00eats des chercheurs ou d'un domaine scientifique particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 tous ces changements structurels dans les universit\u00e9s et les macro-politiques scientifiques, les r\u00e9actions des universitaires ont \u00e9t\u00e9 timides. Lorsqu'il est question de faire de la <em>science lente<\/em>un postulat g\u00e9n\u00e9ralement inconnu de la plupart des gens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais terminer cette session avec l'un des facteurs de la place probl\u00e9matique que l'anthropologie occupe aujourd'hui, en consid\u00e9rant quelque chose de fondamental pour le destin du pr\u00e9sent et de l'avenir. Pour ce faire, je dois revenir \u00e0 la structure de l'alt\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 ses id\u00e9ologies. Dans la plupart des pays, nous sommes identifi\u00e9s comme des d\u00e9fenseurs du multiculturalisme, c'est-\u00e0-dire de la d\u00e9fense de la diff\u00e9rence et de la diversit\u00e9 culturelle et comportementale. Comme je l'ai dit, le moment o\u00f9 l'importance publique de l'anthropologie \u00e0 l'\u00e9poque contemporaine commence \u00e0 diminuer co\u00efncide avec la mont\u00e9e du multiculturalisme en tant que politique et discours public dans les ann\u00e9es 1990. Mais comment avons-nous commenc\u00e9 les ann\u00e9es 2000 ? Avec l'attaque des tours jumelles de New York, perp\u00e9tr\u00e9e par des fondamentalistes musulmans. Le fondamentalisme est devenu un probl\u00e8me politique mondial, de plus en plus racialis\u00e9, alors que d'autres attentats \u00e9taient commis en Europe et qu'une entit\u00e9 telle que l'\u00c9tat islamique rempla\u00e7ait Al-Qa\u00efda, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s redout\u00e9. Les migrations massives d'Arabes vers l'Europe ont intensifi\u00e9 l'ethnocentrisme et le racisme dans un contexte o\u00f9 il existe une identification automatique entre la terreur et l'islamisme. L'intol\u00e9rance raciale et le racisme reviennent avec intensit\u00e9, mais avec de nouveaux objets et des sc\u00e9narios tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux au centre desquels se trouvaient les populations noires des \u00c9tats-Unis, organis\u00e9es en mouvements sociaux, luttant pour leurs droits civiques dans les ann\u00e9es 1950 et 1960. Ce sont ces mouvements sociaux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'origine de la transformation des pr\u00e9misses multiculturalistes en politiques publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la nature du racisme contemporain le plus visible a chang\u00e9. Il n'est plus exclusivement li\u00e9 aux demandes de reconnaissance et de dignit\u00e9 formul\u00e9es par des citoyens historiquement discrimin\u00e9s dans diff\u00e9rents \u00c9tats-nations. Le racisme contemporain est \u00e9galement li\u00e9 \u00e0 la g\u00e9opolitique mondiale des forces imp\u00e9rialistes, o\u00f9 la discrimination est dirig\u00e9e contre les musulmans et les migrants. Le racisme est de retour en force, comme le d\u00e9montrent l'\u00e9lection de Donald Trump aux \u00c9tats-Unis ou la mont\u00e9e de l'intol\u00e9rance au Royaume-Uni et en Allemagne. Tout cela m'am\u00e8ne \u00e0 me demander si nous ne sommes pas d\u00e9j\u00e0, en fait, dans une \u00e8re post-multiculturaliste. Si tel est le cas, pourquoi avons-nous besoin des anthropologues et de leurs le\u00e7ons de tol\u00e9rance ? En effet, l'\u00e9lection de Trump aux \u00c9tats-Unis a non seulement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une vague d'intol\u00e9rance raciale contre les immigr\u00e9s mexicains et musulmans, par exemple, mais aussi un d\u00e9bat sur la fin de l'efficacit\u00e9 des politiques identitaires lib\u00e9rales avec la r\u00e9surgence d'un supr\u00e9macisme blanc d\u00e9complex\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Conscients comme peu d'autres des dangers qui guettent le pr\u00e9sent, les anthropologues polonais se sont mobilis\u00e9s contre la discrimination et ont publi\u00e9 un manifeste en octobre 2016, que je reproduis en partie comme un index de ce que je viens de dire et un effort l\u00e9gitime pour repositionner l'anthropologie face aux graves probl\u00e8mes d'aujourd'hui :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">En tant que repr\u00e9sentants des disciplines de l'anthropologie et de l'ethnologie, nous nous sentons particuli\u00e8rement responsables de la mani\u00e8re dont la culture et la soci\u00e9t\u00e9 sont comprises et repr\u00e9sent\u00e9es. Nous sommes s\u00e9rieusement pr\u00e9occup\u00e9s par la prolif\u00e9ration et la manipulation de l'ignorance dans le d\u00e9bat public, les m\u00e9dias, l'\u00e9ducation et la politique en Pologne aujourd'hui. Nous nous r\u00e9f\u00e9rons en particulier aux d\u00e9clarations trompeuses sur l'immigration, les r\u00e9fugi\u00e9s et le multiculturalisme, ainsi que sur les identit\u00e9s nationales, ethniques et religieuses. Pour toutes ces raisons, nous pensons qu'il est important et n\u00e9cessaire de prendre position sur ces questions. Depuis plus de cent ans, la culture et la soci\u00e9t\u00e9 sont au c\u0153ur de la r\u00e9flexion th\u00e9orique et des \u00e9tudes empiriques dans notre discipline. Nous nous sentons donc oblig\u00e9s et en droit de nous exprimer lorsque ces connaissances sont utilis\u00e9es pour induire le public en erreur. Notre sens de l'obligation est enracin\u00e9 dans la <em>ethos<\/em> de l'anthropologie, une discipline au service de la soci\u00e9t\u00e9 et des valeurs humanistes. Nous sommes \u00e9galement motiv\u00e9s par un sens de la responsabilit\u00e9 et du devoir civiques. En embrassant ces id\u00e9aux, nous nous opposons r\u00e9solument \u00e0 la discrimination, \u00e0 l'exclusion et aux discours de haine motiv\u00e9s par des diff\u00e9rences culturelles, religieuses, ethniques, de genre ou de vision du monde. Nous protestons contre la manipulation consciente des faits, l'id\u00e9ologisation des croyances, la x\u00e9nophobie, le racisme et la violence \u00e0 l'encontre de personnes repr\u00e9sentant des cultures, des identit\u00e9s, des positions politiques, des croyances et des valeurs diff\u00e9rentes. Ces actes de haine, qui sont devenus plus fr\u00e9quents dans la soci\u00e9t\u00e9 polonaise d'aujourd'hui, sapent les fondements de l'ordre social et conduisent souvent \u00e0 de v\u00e9ritables trag\u00e9dies. Nous soutenons une connaissance fiable de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9, nous appelons au respect mutuel et exigeons le respect des valeurs humanistes. Notre objectif et notre r\u00eave sont une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e et ouverte fond\u00e9e sur les id\u00e9aux de la d\u00e9mocratie et des droits de l'homme (anthropologues polonais, 2016).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Anthropologies du futur<\/h2>\n\n\n\n<p><p class=\"no-indent\">Face au nouveau visage du racisme qui se consolide, les anthropologues doivent s'organiser et rejoindre les mouvements sociaux qui luttent pour les droits de l'homme et contre toutes les formes de discrimination, comme le font les coll\u00e8gues polonais. Notre imagination interpr\u00e9tative, th\u00e9orique et politique doit comprendre l'intersection actuelle du racisme et de la g\u00e9opolitique mondiale imp\u00e9rialiste afin de fournir des interpr\u00e9tations qui r\u00e9v\u00e8lent les formes contemporaines de violence raciste, sexiste et environnementale. Notre t\u00e2che ne consiste pas \u00e0 nous r\u00e9conforter avec des m\u00e9ta-r\u00e9cits pastoraux et communautaires, qui peuvent \u00eatre importants et n\u00e9cessaires dans des contextes sp\u00e9cifiques et limit\u00e9s, mais qui sont insuffisants pour faire face \u00e0 la crise de civilisation dans laquelle nous vivons et aux orientations du capitalisme hyper-flexible. Notre t\u00e2che principale est, par le biais de la recherche et des efforts de r\u00e9flexion, d'aider \u00e0 envisager et \u00e0 construire des voies possibles pour sortir de cette crise qu'Immanuel Wallerstein a appel\u00e9e un \"tournant global \u00e0 droite\" (Wallerstein, 2016). Dans l'imm\u00e9diat, compte tenu de notre tradition de lutte contre le racisme, nous sommes appel\u00e9s \u00e0 participer clairement aux temps difficiles que repr\u00e9sentera l'\u00e8re post-multiculturelle. Je suis d'accord avec Claudio Lomnitz (2014), qui place \u00e0 nouveau l'ethnographie au centre de nos efforts pour d\u00e9montrer la pertinence sociale et politique de notre travail. Dit Lomnitz :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"large-quote\">Trop souvent, aujourd'hui, nous avons le sentiment que les cat\u00e9gories d'analyse ne parviennent m\u00eame pas \u00e0 d\u00e9crire la r\u00e9alit\u00e9, et encore moins \u00e0 l'expliquer. En effet, on ne peut pas bien expliquer ce que l'on ne sait pas d'abord d\u00e9crire. En d'autres termes, la crise de l'\u00e9conomie et de la science politique, et m\u00eame le penchant actuel pour les sondages et l'agr\u00e9gation d'opinions comme s'ils d\u00e9crivaient de mani\u00e8re transparente les pratiques et les croyances des personnes interrog\u00e9es, laisse une place consid\u00e9rable \u00e0 l'ethnographie et donc \u00e0 un renouveau du r\u00f4le de l'anthropologie dans le d\u00e9bat public et la construction de l'avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise que nous traversons nous obligera \u00e0 assumer notre r\u00f4le politique dans le pr\u00e9sent et dans l'avenir. Les conflits qui seront d\u00e9clench\u00e9s conduiront \u00e0 une nouvelle reconnaissance sociale des vertus de l'anthropologie (voir par exemple Leader, 2016) dont le m\u00e9tar\u00e9cit est bas\u00e9 sur la compr\u00e9hension et la paix.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Antrop\u00f3logos Polacos (2016). Anti-discrimination manifesto of Polish anthropologists and ethnologists http:\/\/zjazd.weebly.com\/english.html. Acceso 2 de noviembre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Biswas, Asit y Julian Kirchherr (2015). \u201cProf, no one is reading you\u201d. <em>The Straits Times<\/em> (Singapur), 11 de abril de 2015. http:\/\/www.straitstimes.com\/opinion\/prof-no-one-is-reading-you. Acceso 30 de noviembre de 2016<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Boas, Franz (1964 [1943]). \u201cEl problema racial en la sociedad moderna\u201d. <em>Cuestiones fundamentales de Antropolog\u00eda Cultural<\/em>. Buenos Aires: Solar, pp. 253-271.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Borofsky, Robert (2004). \u201cConceptualizing Public Anthropology\u201d. http:\/\/www.publicanthropology.org\/Defining\/definingpa.htm, acceso 11 de abrill de 2007.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Calvino, Italo (1994 [1991]). <em>Por qu\u00e9 leer los cl\u00e1sicos<\/em>. M\u00e9xico: Tusquets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Castells, Manuel (2012). <em>Networks of outrage and hope. Social movements in the internet age<\/em>. Cambridge\/Malden: Polity Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Danda, Ajit K. 1995. <em>Foundations of Anthropology: India<\/em>. Nueva Delhi: Inter-India.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Diamond, Jared (1997). <em>Guns, Germs and Steel<\/em>. Nueva York: W.W. Norton.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Eco, Umberto (2015). \u201cLas redes sociales le dan el derecho de hablar a legiones de idiotas\u201d. https:\/\/actualidad.rt.com\/actualidad\/177851-umberto-eco-redes-sociales-legion-idiotas. Acceso 30 de noviembre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Escobar, Arturo (1999). \u201cEl final del salvaje: antropolog\u00eda y nuevas tecnolog\u00edas\u201d, en <em>El final del salvaje. Naturaleza, cultura y pol\u00edtica en la antropolog\u00eda contempor\u00e1nea.<\/em> Bogot\u00e1: cerec\/ican.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Fabian, Johannes (2002). <em>Time and the Other: How Anthropology Makes its Object<\/em>. Nueva York: Columbia University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Frazer, James (1908). \u201cEl alcance de la antropolog\u00eda social\u201d. <em>Entrada Libre<\/em>: 19-36.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Garc\u00eda Canclini, N\u00e9stor (coord). (2011). <em>Conflictos interculturales<\/em>. Barcelona\/Buenos Aires: Gedisa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 <em>et al<\/em> (2015). <em>Hacia una antropolog\u00eda de los lectores<\/em>. M\u00e9xico y Madrid: Ediciones Culturales Paid\u00f3s\/Fundaci\u00f3n Telef\u00f3nica\/Universidad Aut\u00f3noma Metropolitana.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Geertz, C. (1983). <em>Local Knowledge: Further Essays in Interpretive Anthropology<\/em>. Nueva York: Basic Books.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Glazer, Nathan (1997). <em>We Are All Multiculturalists Now<\/em>. Cambridge: Harvard University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Harris, Marvin (1996 [1968]). <em>El desarrollo de la teor\u00eda antropol\u00f3gica. Historia de las teor\u00edas de la cultura.<\/em> Mexico y Madrid: Siglo XXI.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Heatherington, Tracey y Filippo M. Zerilli (coord.) (2016). \u201cAnthropologists in\/of the Neoliberal Academy\u201d. <em>Anuac<\/em>. 5 (1): 41-90.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Jameson, Fredric (1984). \u201cPostmodernism, or, the Cultural Logics of Late Capitalism\u201d. <em>New Left Review<\/em> 146: 59-92.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Kohl, Karl-Heinz (en prensa). \u201cAnthropology in Germany\u201d. <em>International Encyclopedia of Anthropology<\/em>. Nueva York: Wiley-Blackwell.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Krotz, Esteban (2002) <em>La otredad cultural entre utop\u00eda y ciencia: un estudio sobre el origen, el desarrollo y la reorientaci\u00f3n de la antropolog\u00eda<\/em>. M\u00e9xico: uam-i\/fce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">L\u00e9vi-Strauss, Claude (1966) \u201cAnthropology: Its Achievements and Future\u201d, <em>Current Anthropology<\/em> 7 (2): 124-127.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Low, Setha&nbsp;M. y Sally Engle&nbsp;Merry (2011). \u201cEngaged Anthropology in the United States and its relevance for world anthropologies\u201d, en Gustavo Lins Ribeiro (coord.), <em>Global Anthropologies<\/em>. Pek\u00edn: Intellectual Property Publishing House.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Lomnitz, Claudio (2014). \u201cLa etnograf\u00eda y el futuro de la antropolog\u00eda en M\u00e9xico\u201d. http:\/\/www.nexos.com.mx\/?p=23263 . Acceso 30 de noviembre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Leader, George (2016). \u201cUniversities need more anthropology now, more than ever\u201d. <em>The Hufington Post<\/em>. 20 de octubre. http:\/\/www.huffingtonpost.com\/american-anthropological-association\/universities-need-anthrop_b_12576982.html Acceso 10 de noviembre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Moore, James (2016). <em>Anthropocene or capitalocene? Nature, history and the crisis of capitalism<\/em>. Oakland: pm Press\/Kairos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Palerm, \u00c1ngel (2006 [1974]). \u201cSobre el papel de la historia de la etnolog\u00eda en la formaci\u00f3n de los etn\u00f3logos\u201d. <em>Historia de la etnolog\u00eda 1. Los precursores<\/em>. M\u00e9xico y Guadalajara: Universidad Iberoamericana \/ Instituto Tecnol\u00f3gico de Estudios Superiores de Occidente, pp. 7-22.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Ribeiro, Gustavo Lins (2014). \u201cWorld Anthropologies: Anthropological Cosmopolitanisms and Cosmopolitics\u201d. <em>Annual Review of Anthropology <\/em>43: 483-498.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2007). \u201cPoder, redes e ideolog\u00eda en el campo del desarrollo\u201d. <em>Tabula Rasa<\/em> 6: 173-193.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2006). \u201cWorld Anthropologies: Cosmopolitics for a New Global Scenario in Anthropology\u201d. <em>Critique of Anthropology <\/em>26 (4): 363-386.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2003). <em>Postimperialismo. Cultura y pol\u00edtica en el mundo contempor\u00e1neo<\/em>. Barcelona y Buenos Aires: Gedisa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1998). \u201cCybercultural Politics. Political Activism at a Distance in a Transnational World\u201d, en Sonia \u00c1lvarez, Evelina Dagnino y Arturo Escobar (comp.), <em>Cultures of Politics\/Politics of Cultures. Revisioning Latin American Social Movements<\/em>. Boulder: Westview Press, pp. 325-352.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1991). Ambientalismo e Desenvolvimento Sustentado. Nova Utopia \/Ideologia do Desenvolvimento. <em>Revista de Antropologia<\/em>, Universidade de S\u00e3o Paulo (34): 59-101.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Spiegel, Mugsy (en prensa). \u201cAnthropology in South Africa\u201d. <em>International Encyclopedia of Anthropology<\/em>. Nueva York: Wiley-Blackwell.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Strathern, Marilyn (1992). <em>After nature. English Kinship in the Late Twentieth Century<\/em>. Cambridge: Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Trouillot, Michel-Rolph (2003). \u201cAnthropology and the savage slot. The poetics and politics of Otherness\u201d, en<em> Global Transformations. Anthropology in the Modern World<\/em>. Nueva York: Palgrave Macmillan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Tylor, Edward Burnett (1878). <em>Researches into the Early History of Mankind and the Development of Civilization.<\/em> Boston: Estes &amp; Lauriat, pp. 1-13.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (1889). \u201cOn a Method of Investigating the Development of Institutions; Applied to Laws of Marriage and Descent\u201d<em>. Journal of the Anthropological Institute<\/em> 18: 245-72.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Wallerstein, Immanuel (2016). \u201cComo deter a virada \u00e0 direita\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">http:\/\/outraspalavras.net\/posts\/wallerstein-como-deter-a-virada-a-direita\/. Acceso 30 de noviembre de 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Williams, Brackette F. (1989). \u201cA Class Act. Anthropology and the Race to Nation across Ethnic Terrain\u201d. <em>Annual Review of Anthropology<\/em> 18: 401-444.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">Wolf, Eric (2008 [1998]). \u201cPresentaci\u00f3n\u201d, en \u00c1ngel Palerm, <em>Antropolog\u00eda y Marxismo<\/em>. M\u00e9xico: ciesas\/uam\/Universidad Iberoamericana,<\/p>\n\n\n\n<p>pp. 21-41<\/p>\n\n\n\n<p class=\"bibliography\" data-no-auto-translation=\"\">\u2014 (2001 [1969]). \u201cAmerican Anthropologists and American society\u201d, en <em>Pathways of power. Building an anthropology of the modern world.<\/em> Berkeley: University of California Press, pp. 13-22.<\/p>\n\n\n<div class=\"notas invisible\" id=\"notas-fixed\"><div class=\"nota invisible\" id=\"footnote1\">1&nbsp;<br \/>\nConf\u00e9rence donn\u00e9e au ciesas-Occidente, Guadalajara, le 4 novembre 2016. Je suis reconnaissant au Dr Andr\u00e9s F\u00e1bregas Puig, son directeur, pour l'honorable invitation.<br \/>\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\" translation-block\">&lt;Le d\u00e9clin de l&#039;importance de la participation des anthropologues aux d\u00e9bats publics est le r\u00e9sultat de divers facteurs, certains internes \u00e0 la discipline, d&#039;autres externes. La trivialit\u00e9, la sp\u00e9cialisation pouss\u00e9e et la n\u00e9gligence des questions d&#039;int\u00e9r\u00eat public sont des probl\u00e8mes qui doivent \u00eatre d\u00e9battus. De m\u00eame, la r\u00e9surgence actuelle des discours d&#039;intol\u00e9rance et de racisme indique l&#039;arriv\u00e9e possible d&#039;une \u00e8re post-multiculturelle o\u00f9 la connaissance anthropologique doit \u00eatre repositionn\u00e9e. Internet est une autre variable importante pour comprendre l&#039;anti-intellectualisme contemporain, car il g\u00e9n\u00e8re une nouvelle illusion de transparence qui rend les sciences sociales inutiles. L&#039;ethnographie, avec sa capacit\u00e9 \u00e0 nous rapprocher des agents, est une base pour que les anthropologues reprennent un r\u00f4le politique\/public.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[240,28,239,241,242],"coauthors":[551],"class_list":["post-29555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-33","tag-anti-intelectualismo","tag-antropologia","tag-debates-publicos","tag-derecha-politica","tag-multiculturalismo","personas-lins-ribeiro-gustavo","numeros-217"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda &#8211; Encartes<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda &#8211; Encartes\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La disminuci\u00f3n de la importancia de la participaci\u00f3n de los antrop\u00f3logos en debates p\u00fablicos es el resultado de diversos factores, algunos internos a la disciplina, otros externos. La trivialidad, la alta especializaci\u00f3n y el abandono de los temas de amplio inter\u00e9s p\u00fablico son problemas que necesitan ser debatidos. Asimismo, el actual resurgimiento de discursos de intolerancia y racismo apunta la posible llegada de una era postmulticultural donde el conocimiento antropol\u00f3gico debe reposicionarse. La internet es otra variable importante para comprender el antiintelectualismo contempor\u00e1neo, pues genera una renovada ilusi\u00f3n de transparencia que hace que las ciencias sociales parezcan in\u00fatiles. La etnograf\u00eda, con su capacidad de aproximarnos a los agentes, es una base para que los antrop\u00f3logos retomen un papel pol\u00edtico\/p\u00fablico.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/encartes.mx\/fr\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Encartes\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2018-03-21T12:00:52+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-11-18T01:13:53+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"34 minutes\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label3\" content=\"Written by\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data3\" content=\"Arthur Ventura\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\"},\"author\":{\"name\":\"Arthur Ventura\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/97215bba1729028a4169cab07f8e58ef\"},\"headline\":\"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda\",\"datePublished\":\"2018-03-21T12:00:52+00:00\",\"dateModified\":\"2023-11-18T01:13:53+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\"},\"wordCount\":8244,\"commentCount\":0,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#organization\"},\"keywords\":[\"anti-intelectualismo\",\"Antropolog\u00eda\",\"debates pu\u0301blicos\",\"derecha poli\u0301tica\",\"multiculturalismo\"],\"articleSection\":[\"Coloquio principal\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\",\"url\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\",\"name\":\"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda &#8211; Encartes\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#website\"},\"datePublished\":\"2018-03-21T12:00:52+00:00\",\"dateModified\":\"2023-11-18T01:13:53+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\/\/encartes.mx\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#website\",\"url\":\"https:\/\/encartes.mx\/\",\"name\":\"Encartes\",\"description\":\"Revista digital multimedia\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/encartes.mx\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":\"required name=search_term_string\"}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#organization\",\"name\":\"Encartes Antropol\u00f3gicos\",\"url\":\"https:\/\/encartes.mx\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/logo\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Logo-04.png\",\"contentUrl\":\"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Logo-04.png\",\"width\":338,\"height\":306,\"caption\":\"Encartes Antropol\u00f3gicos\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/logo\/image\/\"}},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/97215bba1729028a4169cab07f8e58ef\",\"name\":\"Arthur Ventura\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/image\/8a45818ea77a67a00c058d294424a6f6\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/e8ff614b2fa0d91ff6c65f328a272c53?s=96&d=identicon&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/e8ff614b2fa0d91ff6c65f328a272c53?s=96&d=identicon&r=g\",\"caption\":\"Arthur Ventura\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda &#8211; Encartes","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda &#8211; Encartes","og_description":"La disminuci\u00f3n de la importancia de la participaci\u00f3n de los antrop\u00f3logos en debates p\u00fablicos es el resultado de diversos factores, algunos internos a la disciplina, otros externos. La trivialidad, la alta especializaci\u00f3n y el abandono de los temas de amplio inter\u00e9s p\u00fablico son problemas que necesitan ser debatidos. Asimismo, el actual resurgimiento de discursos de intolerancia y racismo apunta la posible llegada de una era postmulticultural donde el conocimiento antropol\u00f3gico debe reposicionarse. La internet es otra variable importante para comprender el antiintelectualismo contempor\u00e1neo, pues genera una renovada ilusi\u00f3n de transparencia que hace que las ciencias sociales parezcan in\u00fatiles. La etnograf\u00eda, con su capacidad de aproximarnos a los agentes, es una base para que los antrop\u00f3logos retomen un papel pol\u00edtico\/p\u00fablico.","og_url":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/","og_site_name":"Encartes","article_published_time":"2018-03-21T12:00:52+00:00","article_modified_time":"2023-11-18T01:13:53+00:00","author":"Arthur Ventura","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Arthur Ventura","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"34 minutes","Written by":"Arthur Ventura"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/"},"author":{"name":"Arthur Ventura","@id":"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/97215bba1729028a4169cab07f8e58ef"},"headline":"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda","datePublished":"2018-03-21T12:00:52+00:00","dateModified":"2023-11-18T01:13:53+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/"},"wordCount":8244,"commentCount":0,"publisher":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/#organization"},"keywords":["anti-intelectualismo","Antropolog\u00eda","debates pu\u0301blicos","derecha poli\u0301tica","multiculturalismo"],"articleSection":["Coloquio principal"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/","url":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/","name":"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda &#8211; Encartes","isPartOf":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/#website"},"datePublished":"2018-03-21T12:00:52+00:00","dateModified":"2023-11-18T01:13:53+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/encartes.mx\/giro-global-a-la-derecha-y-la-relevancia-de-la-antropologia\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/encartes.mx\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Giro global a la derecha y la relevancia de la antropolog\u00eda"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/encartes.mx\/#website","url":"https:\/\/encartes.mx\/","name":"Encartes","description":"Revista digital multimedia","publisher":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/encartes.mx\/?s={search_term_string}"},"query-input":"required name=search_term_string"}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/encartes.mx\/#organization","name":"Encartes Antropol\u00f3gicos","url":"https:\/\/encartes.mx\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Logo-04.png","contentUrl":"https:\/\/encartes.mx\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Logo-04.png","width":338,"height":306,"caption":"Encartes Antropol\u00f3gicos"},"image":{"@id":"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/logo\/image\/"}},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/97215bba1729028a4169cab07f8e58ef","name":"Arthur Ventura","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/encartes.mx\/#\/schema\/person\/image\/8a45818ea77a67a00c058d294424a6f6","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/e8ff614b2fa0d91ff6c65f328a272c53?s=96&d=identicon&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/e8ff614b2fa0d91ff6c65f328a272c53?s=96&d=identicon&r=g","caption":"Arthur Ventura"}}]}},"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29555"}],"version-history":[{"count":81,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29555\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":38083,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29555\/revisions\/38083"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29555"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/encartes.mx\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=29555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}